II
 
LE VIN TRISTE

 

J’ai du sable à l’amygdale.

Ohé ! ho ! buvons un coup,

Un, deux, trois, longtemps, beaucoup !

Il faut s’arroser la dalle

Du cou.

 

J’ai le cœur en marmelade.

Les membres froids, l’esprit lourd.

Hé ! ho ! crions comme un sourd

Pour étourdir ce malade

D’amour.

 

J’ai le nez blanc, l’œil qui rentre,

Le teint couleur de citron,

Le corps sec comme un mitron.

Je veux trogne rouge, et ventre

Tout rond.

 

J’ai, pour guérir ma folie,

Pris un remède, dix, vingt ;

Et puisque tout fut en vain,

Je veux être une outre emplie

De vin.

 

Que les verres soient mes armes.

Moi je serai leur fourreau.

Nous tuerons l’amour bourreau

Qui met dans mon vin mes larmes

Pour eau.

 

Je ne bois pas, je me panse.

Au bruit du glouglou moqueur

Je fais taire ma rancœur.

Et j’enterre dans ma panse

Mon cœur.