21
Ils achetèrent des hamburgers avant de regagner le Quai des Orfèvres.
À peine arrivés, ils enfermèrent Graskovich dans une cellule du dépôt de la Crim’, au troisième étage du bâtiment de la PJ, puis mangèrent sur le pouce. Après avoir dévoré un double cheeseburger et bu trois cafés d’affilée, Cécile fut de nouveau opérationnelle. Elle câlinait le commissaire lorsque Charlier apparut sur le seuil. Gênée, la jeune femme s’éloigna discrètement.
— Les ordinateurs des suspects sont dans la chambre des scellés, annonça le lieutenant, comme si de rien n’était. J’ai pensé que vous pourriez avoir besoin des données stockées sur les disques durs, alors je les ai copiées.
Il tira plusieurs DVD-Rom du sac plastique qu’il avait à la main, les déposa devant son supérieur qui les passa en revue d’un regard avide. Chaque étui était étiqueté.
— Tu as bien bossé, Manu. Merci.
Charlier prit congé. La porte se rouvrit aussitôt sur Barnavi.
— Mes hommes ont mis le paquet pour que vous ayez ce rapport le plus vite possible ! s’exclama-t-il, d’une jovialité inhabituelle.
Il lança une chemise en carton à Élie qui l’attrapa au vol.
— Les résultats devraient vous permettre de boucler l’écrivassier ad vitam aeternam. Il a craché le morceau ?
— On ne l’a pas encore cuisiné, intervint Argento.
Sagane désigna du menton la chemise.
— Je vous le revaudrai, Jacob.
Un sourire étira la bouche du chef de la PTS.
— Au fond, je ne vous déteste pas.
Touché par cet aveu, Élie confia à son tour :
— Vous savez quoi ? Moi non plus.
— Je m’en vais avant que nous tombions dans les bras l’un de l’autre, plaisanta Barnavi.
Sagane attendit qu’il se retire pour survoler le rapport à la lumière d’une loupiote.
— Alors ? s’enquit Cécile quand il eut terminé sa lecture.
Un rictus vindicatif releva la lèvre supérieure du commissaire.
— Il est dedans jusqu’au cou.
Il décrocha le téléphone d’un mouvement impatient et appela la permanence de la Criminelle.
— Conduisez l’écrivaillon à la salle d’accouchement, dit-il à l’officier de service.
Il coupa la communication, saisit le compte rendu et le DVD portant la mention « Fichier Graskovich » puis quitta le bureau, suivi de Cécile. Ils traversèrent un long couloir avant d’atteindre la salle d’interrogatoire. Un néon fixé au plafond, juste au-dessus d’une table et de deux chaises en formica, éclairait la pièce dont les dimensions avoisinaient celles d’une cellule de prisonnier. Les gardiens de la paix qui avaient escorté Graskovich se tenaient près de la porte. Le romancier était assis, les doigts croisés et les yeux rivés sur la glace sans tain qui tapissait le mur opposé. La lumière vive du néon blanchissait sa barbe et sa tignasse hirsutes, lui donnant une mine de papier mâché.
Élie prit place sur l’autre chaise, s’empara du gobelet en plastique posé devant lui et but une gorgée d’eau.
— Sortez, ordonna-t-il à ses collègues sans leur prêter attention.
— Vous n’allez pas recommencer, patron, protesta l’agent Kurower. Le divisionnaire est très strict sur la sécurité. S’il apprend que…
Sagane frappa la table du poing. De l’eau jaillit du gobelet de Graskovich.
— Vous êtes sous mon autorité, alors obéissez, gronda-t-il.
— Je suis d’accord avec Kurower, énonça Argento qui avait comme une appréhension.
Élie se rua vers la porte, l’ouvrit d’un geste rageur et gueula :
— Dégagez !
Tandis que les flics s’engageaient dans le couloir, il pivota vers Cécile.
— Toi aussi !
Elle tomba des nues.
— Tu es en plein délire !
Dans un état second, il l’attrapa par le bras et la flanqua dehors. Une lueur d’affolement s’alluma dans les yeux de Graskovich lorsque Sagane referma derrière son équipière. Il se leva avec la précipitation de celui qui craint pour sa vie.
— Je ne me sens pas en sécurité, se révolta-t-il. J’exige que vous les rappeliez.
Élie le rejoignit au centre de la salle.
— Je rêvais d’un tête-à-tête avec vous, lui susurra-t-il dans le creux de l’oreille. Nous avons tellement de choses à nous dire !
Il exerça une pression sur ses épaules pour l’obliger à se rasseoir et retourna à sa place. Il y eut un long silence, au cours duquel les deux hommes se jaugèrent d’un air hostile.
— Êtes-vous disposé à parler ? demanda Sagane quand le tic-tac de sa montre devint audible.
— De quoi ? De la pluie et du beau temps ? repartit Graskovich sur le ton de la raillerie.
Par miracle, Élie résista à l’envie de se jeter sur lui et de l’écharper. Il se força au calme et alluma une cigarette avec le briquet qu’il avait confisqué à l’écrivain.
— J’hésitais entre le dialogue et la manière forte, continua-t-il en rabattant le capuchon, sur lequel étaient gravées les initiales entrelacées de Graskovich. Votre attitude me facilite la tâche.
Il prit une photo pleine page dans le rapport, la fit glisser vers le suspect qui l’examina avec un mélange de défiance et d’amusement.
— À quoi jouez-vous ?
Sagane lui souffla la fumée au visage.
— Nous l’avons dénichée dans le débarras de votre duplex.
Anticipant la suite, Graskovich se défendit :
— Je n’ai jamais vu ce truc de ma vie.
D’une pichenette, Élie envoya la cigarette au loin.
— Ce fil de cuivre standard est utilisé dans le bâtiment. Il provient d’un rouleau mesurant huit mètres.
Il pointa l’index vers le centre du cliché.
— L’extrémité porte la marque d’une pince universelle. La longueur manquante correspond à celle dont le Tueur de mariées s’est servi pour ligoter Pujos et Paleantoni, les pendus qui font les gros titres des journaux.
Graskovich afficha une expression dégoûtée.
— Vous l’avez mis chez moi pour me piéger, affirma-t-il.
Sagane eut un sourire ambigu.
— Cela reste à prouver.
Le romancier le considéra d’un air à la fois ahuri et haineux.
— Je vois clair dans votre jeu, grogna-t-il. Épingler une célébrité sur votre tableau de chasse vous permettrait d’avoir les honneurs de la presse et d’obtenir la promotion du siècle. Vous êtes abject. Les salauds que je dépeins dans mes livres ont plus de dignité que vous.
Élie abattit une autre photographie devant lui.
— Vous le reconnaissez ?
Les yeux de Graskovich allèrent du cliché au policier qui se balançait sur sa chaise. Dès que le stress fut à son paroxysme, il tambourina sur sa cuisse.
— Je devrais ? dit-il, énervé.
Sagane arrêta de se balancer et s’accouda à la table dans la foulée.
— Et comment ! Il s’agit du tapis persan de votre chambre à coucher.
Il se pencha vers Graskovich avec impétuosité. Celui-ci sursauta de frayeur, manquant tomber les quatre fers en l’air.
— Des fibres issues de ce tapis ont été prélevées sur les vêtements des pendus, poursuivit Élie. Ce n’est pas tout. Vous voyez ces taches sombres ? C’est du sang ! Les ADN extraits par les experts sont identiques à ceux de Paleantoni et Pujos. Quand il les a attachés avec le fil de cuivre, l’assassin a serré si fort que leurs poignets ont saigné sur le tapis.
Hors de lui, Graskovich envoya valser le compte rendu dont les feuilles volèrent dans la pièce.
— Vous mentez ! Je ne me laisserai pas berner !
— Nous avons des preuves à la pelle, Jean-Charles, enchaîna Sagane, résolu à ne lui accorder aucun répit. Le fil dans le réduit, les fibres sur les cadavres, le sang sur le tapis, le fichier sur votre disque dur… Néanmoins, il existe un moyen de vous en sortir.
La méfiance brilla dans le regard de Graskovich.
— Lequel ?
Sagane se cala dans son siège et croisa les jambes.
— Le test ADN.
Sentant qu’il reprenait l’avantage, l’écrivain se détendit et s’offrit même le luxe de ricaner.
— Je connais mes droits. Il vous faut l’accord du juge et celui de mon avocat.
— Le vôtre suffira.
Graskovich feignit d’hésiter.
— Vous pouvez toujours courir, finit-il par assener avec une délectation manifeste.
L’exaspération crispa le visage du commissaire.
— Si je comprends bien, vous avez décidé de m’emmerder.
Graskovich prit un air arrogant.
— C’est vous qui avez commencé. Je ne fais que vous rendre la monnaie de votre pièce.
Élie entreprit de changer son fusil d’épaule.
— Pourquoi avez-vous interrompu vos études de médecine ?
Il quitta sa chaise, ramassa une feuille et la tendit au romancier.
— Vos résultats étaient excellents.
Graskovich ne daigna pas jeter un œil sur le papier.
— Je ne supporte pas la vue du sang, et encore moins celle des toubibs, expliqua-t-il avec une pointe d’écœurement. Ils se moquent éperdument de la santé des gens, ils pratiquent des opérations injustifiées et ils trompent leurs légitimes avec des étudiantes qu’ils sautent à la va-vite dans les chambres inoccupées des hôpitaux.
Sagane ne se laissa pas distraire par cette description peu reluisante.
— Vous avez eu une très bonne note à l’examen de dissection. Découper un corps humain requiert une parfaite maîtrise de soi. D’après votre professeur, vos nerfs ne lâchaient jamais, même lorsque du liquide céphalo-rachidien vous giclait sur la figure. Il fondait de grands espoirs sur vous.
Graskovich se rembrunit à ce souvenir.
— Je détestais farfouiller dans les entrailles des morts. J’ai souvent eu envie de vomir.
— Votre dossier donne à penser que vous étiez dans votre élément.
— Faut croire que je jouais bien la comédie.
— Votre épouse soutient que vous étiez avec elle quand ces femmes ont été tuées.
— C’est ce qu’on appelle un alibi en béton.
Élie sentit la colère monter en lui. Il fit le tour de la salle pour se calmer.
— Je suis persuadé que les cadavres des victimes n’ont pas atterri près de chez vous par hasard.
— Vous avez une imagination sans limites.
Sagane s’assit sur le bord de la table et plongea son regard d’acier dans le sien.
— Tôt ou tard, vous serez obligé de subir un prélèvement salivaire.
— Je n’ai rien à voir avec ces meurtres, articula Graskovich d’une voix où perçait la lassitude.
— Ni avec celui de mon équipier, je présume, s’agaça Élie.
La stupeur agrandit les yeux de l’écrivain.
— Vous parlez de cet officier de la Criminelle qui a été égorgé ?
Sagane acquiesça en silence.
— Je comprends votre désarroi, prononça Graskovich d’un ton faussement apitoyé. Après tout, ce sont les risques du métier.
Cette pique déchaîna le policier.
— Y en a marre ! s’emporta-t-il. Je sais qui tu es, alors te fous pas de ma gueule !
Graskovich déglutit.
— Vous êtes… fou, bégaya-t-il.
— À lier ! approuva Élie, défiguré par la haine. Ça vient ?
— Je suis innocent ! s’écria Graskovich, tétanisé. Combien de fois faut-il vous le répéter ?
Sagane agrippa la table et la balança à travers la pièce avec un hurlement de rage. Les gobelets percutèrent la glace sans tain, l’aspergeant d’eau, l’étui du DVD se fracassa contre le sol. Terrifié, Graskovich courut vers la porte. Élie le rattrapa et, d’une poigne de fer, le plaqua contre un mur. Le romancier se débattit comme un forcené, en pure perte : la fureur décuplait les forces du commissaire.
— Tu vas parler, fais-moi confiance ! aboya ce dernier.
Il déboutonna l’étui à sa ceinture, prit le Sig Sauer par le canon et le brandit comme un marteau.
— Ou tu casses le morceau, ou je te défonce le crâne à coups de crosse ! menaça-t-il avec une expression démente.
L’écrivain eut le réflexe de lever le bras pour se protéger.
— À l’aide ! brailla-t-il, pris de panique.
La porte s’ouvrit à toute volée. Argento et les gardiens de la paix s’engouffrèrent dans la salle, saisirent Sagane aux épaules et le firent sortir manu militari.
— Qu’est-ce que vous foutez, bande de crétins ? tonitrua-t-il en se démenant pour les ralentir.
Lorsqu’ils se furent éloignés, deux policiers de la Brigade entrèrent à leur tour, menottèrent Graskovich qui tremblait de tous ses membres et le ramenèrent à sa cellule. Les agents traînèrent le commissaire dans les couloirs. Une fois dans son bureau, ils le lâchèrent. Il en profita pour décocher un coup de pied dans le mollet de Kurower qui poussa un cri de douleur et claudiqua jusqu’à un fauteuil en proférant des injures.
— Il s’apprêtait à avouer, imbéciles heureux ! fulmina-t-il.
Ils reculaient pour être hors de sa portée quand Dubreuil débarqua dans la pièce.
— En voilà assez, Élie ! attaqua-t-il, blême de colère. Vos accès d’humeur commencent à me courir sur le haricot ! Si vous n’êtes pas capable de garder votre self-control, remplissez une demande de mutation ou démissionnez !
— Laissez-moi y retourner, chef, quémanda Sagane.
Le divisionnaire rejeta cette requête d’un geste expéditif.
— Vous n’êtes pas en état de poursuivre l’interrogatoire. Je m’occupe du suspect.
Il reporta son regard courroucé sur Cécile qui n’en menait pas large.
— Surveillez-le, il a besoin d’une nounou.
Dans un coin, le gardien de la paix massait son mollet esquinté en grimaçant.
— Eh bien, Kurower ! le brusqua Dubreuil. Suivez-moi au lieu de bayer aux corneilles !
L’agent arbora une mine déconcertée.
— Je croyais que nous devions rester avec le commissaire.
Dubreuil soupira d’énervement.
— Je parlais au commandant, pas à vous.
Argento attendit qu’ils sortent pour lancer à Sagane :
— Tu crois qu’il va passer l’éponge sur cette histoire ?
— C’est le cadet de mes soucis, répliqua-t-il tout en fixant la flamme du briquet d’un regard vide.

 

Ils ne s’adressèrent pas la parole jusqu’au retour de Dubreuil, aux alentours de vingt-deux heures.
— Il n’a pas desserré les dents, annonça le divisionnaire avec une moue découragée.
À cette nouvelle, Élie se dressa d’un bond et entra dans une rage folle.
— Vous n’auriez pas dû intervenir ! J’étais à un doigt de le faire craquer ! J’y vais !
— Il n’est plus ici, déclara son supérieur tandis qu’il s’élançait vers la sortie.
Sagane se figea sur le pas de la porte, frappé de stupeur.
— Où est-il ?
Dubreuil marqua une hésitation avant de répondre :
— En route pour le cabinet du juge d’instruction.
— À une heure aussi tardive ? s’étonna Cécile qui s’était tenue sur la réserve jusque-là.
— Le juge Lelieu est insomniaque, expliqua Dubreuil. Il travaille sans relâche.
— Comment fait-il pour tenir debout ?
— Il prend six repas par jour et des amphétamines toutes les huit heures. Grâce à ce régime, il obtient les meilleurs résultats du département depuis plus de cinq ans.
— Vous me charriez.
Dubreuil remua négativement la tête.
— Les anges de la Crim’ le surnomment Amphétoman.
Il barra ses lèvres avec son index.
— Mais chut ! murmura-t-il sur le ton de la connivence. C’est un secret.
— Prévenez-moi lorsque vous aurez fini de déblatérer contre ce brave père de famille, s’impatienta Élie.
— Au regard des preuves dont nous disposons, il a accepté de recevoir Grasko sans délai et de lui signifier sa mise en examen pour les meurtres du junk et du balafré, raconta son chef, de nouveau sérieux.
— Que deviennent les mariées ?
— Le fait que Grasko soit en possession d’un fichier dans lequel figurent leurs photos ne suffit pas à prouver qu’il les a dessoudées. Quoi qu’il en soit, le but de la manœuvre est simple : l’inculpation d’homicide nous permettra de le garder dans nos murs jusqu’à ce que son avocat nous autorise à effectuer le test ADN ou la comparaison vocale.
Sagane pinça la bouche d’un air sceptique.
— J’en ai assez de tourner en rond. Avec votre permission, j’aimerais rentrer chez moi.
Dubreuil cilla en signe d’approbation.
— Vous y verrez plus clair après une bonne nuit de sommeil.
Élie le remercia et mit sa parka. Argento toussota pour manifester sa présence.
— Je ne vais pas m’éterniser non plus.
Le divisionnaire eut une mimique compréhensive.
— À demain.
Une vague de tendresse l’envahit alors qu’il observait ses collaborateurs quitter le bureau. Sous l’impulsion de l’émotion, il prit son portable et tapa le numéro de son domicile. Il avait besoin d’entendre la voix de Josette.
— Chérie, dit-il quand elle décrocha, je serai là dans une demi-heure.

 

Cécile convainquit le commissaire de passer la nuit chez elle.
À peine arrivée, elle gagna la chambre à coucher en traînant les pieds. Trop épuisée pour se changer, elle s’étendit sur le lit tout habillée. Après avoir grignoté un biscuit dans la cuisine, Sagane la rejoignit et s’allongea à côté d’elle.
— Tu penses qu’il est coupable ? demanda-t-elle.
Une voiture descendit la rue à vive allure. Le vrombissement du moteur fit trembler les cadres et les étains posés sur la commode. Élie suivit des yeux la lumière des phares qui filtrait à travers les persiennes.
— Tout porte à croire qu’il l’est, repartit-il lorsque la pièce fut de nouveau plongée dans l’obscurité.
— Tu es drôlement remonté. Je ne voudrais pas que…
Elle n’acheva pas sa phrase mais il la comprit à demi-mot.
— Te bile pas. J’ai renoncé à me venger.
Elle se tourna vers lui.
— Tu en es sûr ?
— Si je mettais ce projet à exécution, je te perdrais, articula-t-il avec gravité. Je ne veux pas que nos routes se séparent.
— Tu m’aimes comment ? s’enquit-elle, charmeuse.
— Un peu.
— C’est tout ? feignit-elle de s’offusquer.
— À la folie, corrigea-t-il. Le corps de Lino sera inhumé lundi. Tu viendras avec moi ?
— À partir de ce soir, je ne te lâche plus d’une semelle. Ça ne t’effraie pas, au moins ?
Leurs lèvres se rencontrèrent et ils échangèrent un baiser brûlant.
— Plus maintenant, admit-il avec un sourire. Demain, une rude journée nous attend. Si on essayait de dormir ?

 

La sonnerie du téléphone les réveilla à sept heures du matin. La jeune femme s’arracha du lit pour répondre.
— J’ai une mauvaise nouvelle, Argento, siffla Dubreuil.
Elle frotta ses yeux bouffis de sommeil.
— Qu’y a-t-il, monsieur le divisionnaire ?
Dubreuil inspira d’un air désappointé.
— Après que le juge lui a annoncé qu’il encourait la réclusion à perpétuité, Graskovich a piqué une crise, expliqua-t-il. Il s’est colleté avec les chaussettes à clous qui l’escortaient. Il a réussi à délester l’un d’eux de son arme de service.
Il parut chercher ses mots.
— Il a retourné le flingue contre lui-même. Il est mort.
Une expression à la fois incrédule et catastrophée tordit les traits de Cécile.
— Manquait plus que cette tuile !
— Je suppose que Sagane est avec vous ?
Cette question la prit au dépourvu.
— Euh… oui, parvint-elle à balbutier.
— Radinez-vous, tous les deux.
Il raccrocha au moment où Élie entrait dans le salon.
— Qui c’était ? interrogea-t-il en s’étirant.
Elle reposa le combiné sur son support et s’avança vers lui d’un pas hésitant.
— Graskovich s’est suicidé.