Ils achetèrent des hamburgers avant de regagner le
Quai des Orfèvres.
À peine arrivés, ils enfermèrent Graskovich
dans une cellule du dépôt de la Crim’, au troisième étage du
bâtiment de la PJ, puis mangèrent sur le pouce. Après avoir dévoré
un double cheeseburger et bu trois cafés d’affilée, Cécile fut de
nouveau opérationnelle. Elle câlinait le commissaire lorsque
Charlier apparut sur le seuil. Gênée, la jeune femme s’éloigna
discrètement.
— Les ordinateurs des suspects sont dans la
chambre des scellés, annonça le lieutenant, comme si de rien
n’était. J’ai pensé que vous pourriez avoir besoin des données
stockées sur les disques durs, alors je les ai copiées.
Il tira plusieurs DVD-Rom du sac plastique qu’il
avait à la main, les déposa devant son supérieur qui les passa en
revue d’un regard avide. Chaque étui était étiqueté.
— Tu as bien bossé, Manu. Merci.
Charlier prit congé. La porte se rouvrit aussitôt
sur Barnavi.
— Mes hommes ont mis le paquet pour que vous ayez
ce rapport le plus vite possible ! s’exclama-t-il, d’une
jovialité inhabituelle.
Il lança une chemise en carton à Élie qui
l’attrapa au vol.
— Les
résultats devraient vous permettre de boucler l’écrivassier
ad vitam aeternam. Il a craché le
morceau ?
— On ne l’a pas encore cuisiné, intervint
Argento.
Sagane désigna du menton la chemise.
— Je vous le revaudrai, Jacob.
Un sourire étira la bouche du chef de la
PTS.
— Au fond, je ne vous déteste pas.
Touché par cet aveu, Élie confia à son
tour :
— Vous savez quoi ? Moi non plus.
— Je m’en vais avant que nous tombions dans les
bras l’un de l’autre, plaisanta Barnavi.
Sagane attendit qu’il se retire pour survoler le
rapport à la lumière d’une loupiote.
— Alors ? s’enquit Cécile quand il eut
terminé sa lecture.
Un rictus vindicatif releva la lèvre supérieure du
commissaire.
— Il est dedans jusqu’au cou.
Il décrocha le téléphone d’un mouvement impatient
et appela la permanence de la Criminelle.
— Conduisez l’écrivaillon à la salle
d’accouchement, dit-il à l’officier de service.
Il coupa la communication, saisit le compte rendu
et le DVD portant la mention « Fichier Graskovich » puis
quitta le bureau, suivi de Cécile. Ils traversèrent un long couloir
avant d’atteindre la salle d’interrogatoire. Un néon fixé au
plafond, juste au-dessus d’une table et de deux chaises en formica,
éclairait la pièce dont les dimensions avoisinaient celles d’une
cellule de prisonnier. Les gardiens de la paix qui avaient escorté
Graskovich se tenaient près de la porte. Le romancier était assis,
les doigts croisés et les yeux rivés sur la glace sans tain qui
tapissait le mur opposé. La lumière vive du néon blanchissait sa
barbe et sa tignasse hirsutes, lui donnant une mine de papier
mâché.
Élie prit place sur l’autre chaise, s’empara du
gobelet en plastique posé devant lui et but une gorgée d’eau.
— Sortez, ordonna-t-il à ses collègues sans leur
prêter attention.
— Vous
n’allez pas recommencer, patron, protesta l’agent Kurower. Le
divisionnaire est très strict sur la sécurité. S’il apprend
que…
Sagane frappa la table du poing. De l’eau jaillit
du gobelet de Graskovich.
— Vous êtes sous mon autorité, alors obéissez,
gronda-t-il.
— Je suis d’accord avec Kurower, énonça Argento
qui avait comme une appréhension.
Élie se rua vers la porte, l’ouvrit d’un geste
rageur et gueula :
— Dégagez !
Tandis que les flics s’engageaient dans le
couloir, il pivota vers Cécile.
— Toi aussi !
Elle tomba des nues.
— Tu es en plein délire !
Dans un état second, il l’attrapa par le bras et
la flanqua dehors. Une lueur d’affolement s’alluma dans les yeux de
Graskovich lorsque Sagane referma derrière son équipière. Il se
leva avec la précipitation de celui qui craint pour sa vie.
— Je ne me sens pas en sécurité, se révolta-t-il.
J’exige que vous les rappeliez.
Élie le rejoignit au centre de la salle.
— Je rêvais d’un tête-à-tête avec vous, lui
susurra-t-il dans le creux de l’oreille. Nous avons tellement de
choses à nous dire !
Il exerça une pression sur ses épaules pour
l’obliger à se rasseoir et retourna à sa place. Il y eut un long
silence, au cours duquel les deux hommes se jaugèrent d’un air
hostile.
— Êtes-vous disposé à parler ? demanda Sagane
quand le tic-tac de sa montre devint audible.
— De quoi ? De la pluie et du beau
temps ? repartit Graskovich sur le ton de la raillerie.
Par miracle, Élie résista à l’envie de se jeter
sur lui et de l’écharper. Il se força au calme et alluma une
cigarette avec le briquet qu’il avait confisqué à l’écrivain.
— J’hésitais
entre le dialogue et la manière forte, continua-t-il en rabattant
le capuchon, sur lequel étaient gravées les initiales entrelacées
de Graskovich. Votre attitude me facilite la tâche.
Il prit une photo pleine page dans le rapport, la
fit glisser vers le suspect qui l’examina avec un mélange de
défiance et d’amusement.
— À quoi jouez-vous ?
Sagane lui souffla la fumée au visage.
— Nous l’avons dénichée dans le débarras de votre
duplex.
Anticipant la suite, Graskovich se
défendit :
— Je n’ai jamais vu ce truc de ma vie.
D’une pichenette, Élie envoya la cigarette au
loin.
— Ce fil de cuivre standard est utilisé dans le
bâtiment. Il provient d’un rouleau mesurant huit mètres.
Il pointa l’index vers le centre du cliché.
— L’extrémité porte la marque d’une pince
universelle. La longueur manquante correspond à celle dont le Tueur
de mariées s’est servi pour ligoter Pujos et Paleantoni, les pendus
qui font les gros titres des journaux.
Graskovich afficha une expression dégoûtée.
— Vous l’avez mis chez moi pour me piéger,
affirma-t-il.
Sagane eut un sourire ambigu.
— Cela reste à prouver.
Le romancier le considéra d’un air à la fois ahuri
et haineux.
— Je vois clair dans votre jeu, grogna-t-il.
Épingler une célébrité sur votre tableau de chasse vous permettrait
d’avoir les honneurs de la presse et d’obtenir la promotion du
siècle. Vous êtes abject. Les salauds que je dépeins dans mes
livres ont plus de dignité que vous.
Élie abattit une autre photographie devant
lui.
— Vous le reconnaissez ?
Les yeux de Graskovich allèrent du cliché au
policier qui se balançait sur sa chaise. Dès que le stress fut à
son paroxysme, il tambourina sur sa cuisse.
— Je devrais ? dit-il, énervé.
— Et comment ! Il s’agit du tapis persan de
votre chambre à coucher.
Il se pencha vers Graskovich avec impétuosité.
Celui-ci sursauta de frayeur, manquant tomber les quatre fers en
l’air.
— Des fibres issues de ce tapis ont été prélevées
sur les vêtements des pendus, poursuivit Élie. Ce n’est pas tout.
Vous voyez ces taches sombres ? C’est du sang ! Les ADN
extraits par les experts sont identiques à ceux de Paleantoni et
Pujos. Quand il les a attachés avec le fil de cuivre, l’assassin a
serré si fort que leurs poignets ont saigné sur le tapis.
Hors de lui, Graskovich envoya valser le compte
rendu dont les feuilles volèrent dans la pièce.
— Vous mentez ! Je ne me laisserai pas
berner !
— Nous avons des preuves à la pelle, Jean-Charles,
enchaîna Sagane, résolu à ne lui accorder aucun répit. Le fil dans
le réduit, les fibres sur les cadavres, le sang sur le tapis, le
fichier sur votre disque dur… Néanmoins, il existe un moyen de vous
en sortir.
La méfiance brilla dans le regard de
Graskovich.
— Lequel ?
Sagane se cala dans son siège et croisa les
jambes.
— Le test ADN.
Sentant qu’il reprenait l’avantage, l’écrivain se
détendit et s’offrit même le luxe de ricaner.
— Je connais mes droits. Il vous faut l’accord du
juge et celui de mon avocat.
— Le vôtre suffira.
Graskovich feignit d’hésiter.
— Vous pouvez toujours courir, finit-il par
assener avec une délectation manifeste.
L’exaspération crispa le visage du
commissaire.
— Si je comprends bien, vous avez décidé de
m’emmerder.
Graskovich prit un air arrogant.
Élie entreprit de changer son fusil
d’épaule.
— Pourquoi avez-vous interrompu vos études de
médecine ?
Il quitta sa chaise, ramassa une feuille et la
tendit au romancier.
— Vos résultats étaient excellents.
Graskovich ne daigna pas jeter un œil sur le
papier.
— Je ne supporte pas la vue du sang, et encore
moins celle des toubibs, expliqua-t-il avec une pointe
d’écœurement. Ils se moquent éperdument de la santé des gens, ils
pratiquent des opérations injustifiées et ils trompent leurs
légitimes avec des étudiantes qu’ils sautent à la va-vite dans les
chambres inoccupées des hôpitaux.
Sagane ne se laissa pas distraire par cette
description peu reluisante.
— Vous avez eu une très bonne note à l’examen de
dissection. Découper un corps humain requiert une parfaite maîtrise
de soi. D’après votre professeur, vos nerfs ne lâchaient jamais,
même lorsque du liquide céphalo-rachidien vous giclait sur la
figure. Il fondait de grands espoirs sur vous.
Graskovich se rembrunit à ce souvenir.
— Je détestais farfouiller dans les entrailles des
morts. J’ai souvent eu envie de vomir.
— Votre dossier donne à penser que vous étiez dans
votre élément.
— Faut croire que je jouais bien la comédie.
— Votre épouse soutient que vous étiez avec elle
quand ces femmes ont été tuées.
— C’est ce qu’on appelle un alibi en béton.
Élie sentit la colère monter en lui. Il fit le
tour de la salle pour se calmer.
— Je suis persuadé que les cadavres des victimes
n’ont pas atterri près de chez vous par hasard.
— Vous avez une imagination sans limites.
Sagane s’assit sur le bord de la table et plongea
son regard d’acier dans le sien.
— Je n’ai rien à voir avec ces meurtres, articula
Graskovich d’une voix où perçait la lassitude.
— Ni avec celui de mon équipier, je présume,
s’agaça Élie.
La stupeur agrandit les yeux de l’écrivain.
— Vous parlez de cet officier de la Criminelle qui
a été égorgé ?
Sagane acquiesça en silence.
— Je comprends votre désarroi, prononça Graskovich
d’un ton faussement apitoyé. Après tout, ce sont les risques du
métier.
Cette pique déchaîna le policier.
— Y en a marre ! s’emporta-t-il. Je sais qui
tu es, alors te fous pas de ma gueule !
Graskovich déglutit.
— Vous êtes… fou, bégaya-t-il.
— À lier ! approuva Élie, défiguré par
la haine. Ça vient ?
— Je suis innocent ! s’écria Graskovich,
tétanisé. Combien de fois faut-il vous le répéter ?
Sagane agrippa la table et la balança à travers la
pièce avec un hurlement de rage. Les gobelets percutèrent la glace
sans tain, l’aspergeant d’eau, l’étui du DVD se fracassa contre le
sol. Terrifié, Graskovich courut vers la porte. Élie le rattrapa
et, d’une poigne de fer, le plaqua contre un mur. Le romancier se
débattit comme un forcené, en pure perte : la fureur décuplait
les forces du commissaire.
— Tu vas parler, fais-moi confiance ! aboya
ce dernier.
Il déboutonna l’étui à sa ceinture, prit le Sig
Sauer par le canon et le brandit comme un marteau.
— Ou tu casses le morceau, ou je te défonce le
crâne à coups de crosse ! menaça-t-il avec une expression
démente.
L’écrivain eut le réflexe de lever le bras pour se
protéger.
La porte s’ouvrit à toute volée. Argento et les
gardiens de la paix s’engouffrèrent dans la salle, saisirent Sagane
aux épaules et le firent sortir manu militari.
— Qu’est-ce que vous foutez, bande de
crétins ? tonitrua-t-il en se démenant pour les
ralentir.
Lorsqu’ils se furent éloignés, deux policiers de
la Brigade entrèrent à leur tour, menottèrent Graskovich qui
tremblait de tous ses membres et le ramenèrent à sa cellule. Les
agents traînèrent le commissaire dans les couloirs. Une fois dans
son bureau, ils le lâchèrent. Il en profita pour décocher un coup
de pied dans le mollet de Kurower qui poussa un cri de douleur et
claudiqua jusqu’à un fauteuil en proférant des injures.
— Il s’apprêtait à avouer, imbéciles
heureux ! fulmina-t-il.
Ils reculaient pour être hors de sa portée quand
Dubreuil débarqua dans la pièce.
— En voilà assez, Élie ! attaqua-t-il, blême
de colère. Vos accès d’humeur commencent à me courir sur le
haricot ! Si vous n’êtes pas capable de garder votre
self-control, remplissez une demande de mutation ou
démissionnez !
— Laissez-moi y retourner, chef, quémanda
Sagane.
Le divisionnaire rejeta cette requête d’un geste
expéditif.
— Vous n’êtes pas en état de poursuivre
l’interrogatoire. Je m’occupe du suspect.
Il reporta son regard courroucé sur Cécile qui
n’en menait pas large.
— Surveillez-le, il a besoin d’une nounou.
Dans un coin, le gardien de la paix massait son
mollet esquinté en grimaçant.
— Eh bien, Kurower ! le brusqua Dubreuil.
Suivez-moi au lieu de bayer aux corneilles !
L’agent arbora une mine déconcertée.
— Je croyais que nous devions rester avec le
commissaire.
Dubreuil soupira d’énervement.
Argento attendit qu’ils sortent pour lancer à
Sagane :
— Tu crois qu’il va passer l’éponge sur cette
histoire ?
— C’est le cadet de mes soucis, répliqua-t-il tout
en fixant la flamme du briquet d’un regard vide.
Ils ne s’adressèrent pas la parole jusqu’au retour
de Dubreuil, aux alentours de vingt-deux heures.
— Il n’a pas desserré les dents, annonça le
divisionnaire avec une moue découragée.
À cette nouvelle, Élie se dressa d’un bond et
entra dans une rage folle.
— Vous n’auriez pas dû intervenir ! J’étais à
un doigt de le faire craquer ! J’y vais !
— Il n’est plus ici, déclara son supérieur tandis
qu’il s’élançait vers la sortie.
Sagane se figea sur le pas de la porte, frappé de
stupeur.
— Où est-il ?
Dubreuil marqua une hésitation avant de
répondre :
— En route pour le cabinet du juge
d’instruction.
— À une heure aussi tardive ? s’étonna
Cécile qui s’était tenue sur la réserve jusque-là.
— Le juge Lelieu est insomniaque, expliqua
Dubreuil. Il travaille sans relâche.
— Comment fait-il pour tenir debout ?
— Il prend six repas par jour et des amphétamines
toutes les huit heures. Grâce à ce régime, il obtient les meilleurs
résultats du département depuis plus de cinq ans.
— Vous me charriez.
Dubreuil remua négativement la tête.
— Les anges de la Crim’ le surnomment
Amphétoman.
Il barra ses lèvres avec son index.
— Mais chut ! murmura-t-il sur le ton de la
connivence. C’est un secret.
— Prévenez-moi lorsque vous aurez fini de
déblatérer contre ce brave père de famille, s’impatienta
Élie.
— Au regard
des preuves dont nous disposons, il a accepté de recevoir Grasko
sans délai et de lui signifier sa mise en examen pour les meurtres
du junk et du balafré, raconta son chef, de nouveau sérieux.
— Que deviennent les mariées ?
— Le fait que Grasko soit en possession d’un
fichier dans lequel figurent leurs photos ne suffit pas à prouver
qu’il les a dessoudées. Quoi qu’il en soit, le but de la manœuvre
est simple : l’inculpation d’homicide nous permettra de le
garder dans nos murs jusqu’à ce que son avocat nous autorise à
effectuer le test ADN ou la comparaison vocale.
Sagane pinça la bouche d’un air sceptique.
— J’en ai assez de tourner en rond. Avec votre
permission, j’aimerais rentrer chez moi.
Dubreuil cilla en signe d’approbation.
— Vous y verrez plus clair après une bonne nuit de
sommeil.
Élie le remercia et mit sa parka. Argento toussota
pour manifester sa présence.
— Je ne vais pas m’éterniser non plus.
Le divisionnaire eut une mimique
compréhensive.
— À demain.
Une vague de tendresse l’envahit alors qu’il
observait ses collaborateurs quitter le bureau. Sous l’impulsion de
l’émotion, il prit son portable et tapa le numéro de son domicile.
Il avait besoin d’entendre la voix de Josette.
— Chérie, dit-il quand elle décrocha, je serai là
dans une demi-heure.
Cécile convainquit le commissaire de passer la
nuit chez elle.
À peine arrivée, elle gagna la chambre à
coucher en traînant les pieds. Trop épuisée pour se changer, elle
s’étendit sur le lit tout habillée. Après avoir grignoté un biscuit
dans la cuisine, Sagane la rejoignit et s’allongea à côté
d’elle.
— Tu penses qu’il est coupable ?
demanda-t-elle.
Une voiture descendit la rue à vive allure. Le
vrombissement du moteur fit
trembler les cadres et les étains posés sur la commode. Élie suivit
des yeux la lumière des phares qui filtrait à travers les
persiennes.
— Tout porte à croire qu’il l’est, repartit-il
lorsque la pièce fut de nouveau plongée dans l’obscurité.
— Tu es drôlement remonté. Je ne voudrais pas
que…
Elle n’acheva pas sa phrase mais il la comprit à
demi-mot.
— Te bile pas. J’ai renoncé à me venger.
Elle se tourna vers lui.
— Tu en es sûr ?
— Si je mettais ce projet à exécution, je te
perdrais, articula-t-il avec gravité. Je ne veux pas que nos routes
se séparent.
— Tu m’aimes comment ? s’enquit-elle,
charmeuse.
— Un peu.
— C’est tout ? feignit-elle de
s’offusquer.
— À la folie, corrigea-t-il. Le corps de Lino
sera inhumé lundi. Tu viendras avec moi ?
— À partir de ce soir, je ne te lâche plus
d’une semelle. Ça ne t’effraie pas, au moins ?
Leurs lèvres se rencontrèrent et ils échangèrent
un baiser brûlant.
— Plus maintenant, admit-il avec un sourire.
Demain, une rude journée nous attend. Si on essayait de
dormir ?
La sonnerie du téléphone les réveilla à sept
heures du matin. La jeune femme s’arracha du lit pour
répondre.
— J’ai une mauvaise nouvelle, Argento, siffla
Dubreuil.
Elle frotta ses yeux bouffis de sommeil.
— Qu’y a-t-il, monsieur le
divisionnaire ?
Dubreuil inspira d’un air désappointé.
— Après que le juge lui a annoncé qu’il encourait
la réclusion à perpétuité, Graskovich a piqué une crise,
expliqua-t-il. Il s’est colleté avec les chaussettes à clous qui
l’escortaient. Il a réussi à délester l’un d’eux de son arme de
service.
Il parut chercher ses mots.
Une expression à la fois incrédule et catastrophée
tordit les traits de Cécile.
— Manquait plus que cette tuile !
— Je suppose que Sagane est avec vous ?
Cette question la prit au dépourvu.
— Euh… oui, parvint-elle à balbutier.
— Radinez-vous, tous les deux.
Il raccrocha au moment où Élie entrait dans le
salon.
— Qui c’était ? interrogea-t-il en
s’étirant.
Elle reposa le combiné sur son support et s’avança
vers lui d’un pas hésitant.
— Graskovich s’est suicidé.