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– Je pense que tout dans le monde n’est qu’une question d’équilibre, affirma Gregor. Un plaisir quelque part, un malheur ailleurs. C’est une gigantesque balance de bien et de mal qui ne doit jamais pencher plus d’un côté que de l’autre.
– Ah ouais ? Eh bien moi j’aimerais bien qu’elle se remette en équilibre pour moi, parce que la mienne de balance elle tangue sacrément du côté négatif ! lâcha Lewis.
Tous deux ainsi que Sean se trouvaient chez Meredith, allongés sur la moquette de la chambre dans des sacs de couchage. Meredith dominait cette petite assemblée de son lit.
– Vous croyez que Zach et Eveana ils… ils font ce que vous savez ?
La question de Meredith attira les regards des trois adolescents. Sean eut un petit pincement au cœur à l’idée de savoir Zach et Eveana ensemble, mais il s’avoua avec franchise que c’était plus normal ainsi. Lui n’aurait jamais pu approcher la jeune fille, elle avait deux ans de plus que lui. Zach méritait d’avoir quelqu’un comme elle. Zach était un homme dur d’apparence mais sensible dans le fond. Quelqu’un sur qui il pouvait compter, il était sincère.
– À mon avis ils ne sont pas en train de tricoter ! lança Lewis.
– Foutons-leur la paix, intervint Sean, après tout, ça ne nous regarde pas.
Gregor approuva.
– Et si nous décidions plutôt ce que nous allons faire au sujet de notre livre, reprit Sean.
Meredith haussa les sourcils en signe d’ignorance.
– On commence par appeler un exorciste ?
– Sérieusement ! On ne va pas rester comme ça, à attendre qu’un de ces monstres nous découpe en petits morceaux ? s’énerva Sean.
Ils envisagèrent différentes possibilités, mais aucune ne satisfit le groupe. Finalement, il fut décrété que le livre resterait à l’abri jusqu’à ce qu’ils puissent en discuter plus longuement avec les trois autres personnes concernées. Meredith avait clos la discussion à ce sujet en expliquant qu’ils étaient un groupe de sept, et qu’ils devaient délibérer avec les sept, sans casser le cercle.
Quand la dernière lampe fut éteinte, ils restèrent tous à contempler les étoiles par la fenêtre, les astres brillants qui s’amusaient à cache-cache avec les nuages. Tous pensaient à l’apparition des créatures aux yeux rouges, plus particulièrement Sean et Lewis qui ne trouvèrent le sommeil que bien plus tard.
Korn avisa Aaron qui se tenait sur le sol, la bouche béante après ce qu’il avait vu arriver à Tom.
– Relève-toi, seuls les chiens et les insectes vivent à même le sol !
Aaron eut un gémissement de peur quand il fut tiré de ses pensées. Il se mit debout en grimaçant.
Korn alla vers Tebash. Ce dernier regardait le corps embroché du jeune garçon qui se vidait de son sang et dit :
– Doit-on débusquer ses amis et les faire parler, maître ?
– Non. Les trouver ne sera pas bien difficile, bien que je me méfie de ces morpions, ce qui m’inquiète c’est qu’ils aient bien caché le Livre. J’ai vu de la sincérité dans les yeux de celui-ci (Korn eut un geste de mépris vers Tom) quand il m’a dit que le Livre était bien dissimulé.
Tebash sortit un mouchoir en soie et le tendit à Korn.
– Que doit-on faire alors ? demanda-t-il.
– Nous allons les presser lentement comme une orange, et lorsque la pulpe se sera progressivement échappée de l’enveloppe de peau, nous l’écraserons et la jetterons. Entre-temps nous récolterons les indices qui nous conduiront jusqu’au Livre.
Une goutte de sang coula d’une de ses narines, il s’essuya avec le mouchoir. Il répéta l’opération lorsque du sang coula de son oreille.
Il se tourna et regarda Aaron qui contemplait toujours le corps de Thomas Junior Willinger. Korn avait des projets pour lui, il allait jouer le rôle du presse-orange, et il s’en accommoderait sans difficulté. Il était bien trop bête et méchant pour ça.