36.
Cam
Cam était stupéfait par le pouvoir de la musique à changer le monde. Juste quelques accords. C’était un carburant plus puissant que l’uranium, et elle alimenta son voyage. Elle rassemblait des fragments de souvenirs, comme des étoiles dans une constellation. Connectez-les et vous verrez toute l’image.
Tandis qu’il traversait l’épaisse forêt de pins, il se demanda ce que Roberta faisait en ce moment. Elle devait être occupée à limiter les dégâts, comme elle adorait le faire. Il était désormais un formaté déserteur – une nouveauté sous le soleil. Il se demanda si la Brigade des mineurs serait appelée en renfort. Il était un fugitif, tout comme l’étaient ceux qu’il cherchait. C’était à la fois effrayant et motivant.
S’il avait raison et que Risa se trouvait dans la réserve arápache, que lui dirait-elle et que lui répondrait-il ? Que ferait-il lorsqu’il se retrouverait face à l’Évadé d’Akron ? Malgré ses efforts pour essayer d’anticiper ces moments, il savait que rien ne pouvait l’y préparer.
Au moment où le jour commençait à décliner, il tomba sur quelque chose de totalement incongru et pourtant tellement espéré. Un mur en pierres d’une hauteur de dix mètres qui s’étendait à perte de vue sur la gauche et sur la droite.
Au premier coup d’œil, le mur semblait impénétrable, mais, en regardant de plus près, Cam vit des morceaux d’argile qui dépassaient d’entre les nombreux blocs de granite composant le mur. Ils auraient pu être là pour l’esthétique, mais ils semblaient être davantage qu’une tentative d’embellissement. Plus il les regardait, plus Cam se rendait compte que ces pierres proéminentes étaient là dans un autre but. Elles représentaient un message. Un message qui disait « N’allez pas plus loin… à moins que votre motivation ne soit plus grande que ce mur. »
Il examina leur disposition puis commença à grimper. Ce n’était pas une tâche aisée. Apparemment, les Arápache offraient l’asile uniquement aux déserteurs qui réussissaient l’épreuve. Il se demanda s’il y en avait qui étaient tombés et s’étaient tués.
Au sommet du mur, le soleil, dissimulé par les blocs de pierre, l’éblouit au point de lui faire presque lâcher prise. Il se demanda si quelqu’un pouvait le voir. Il n’y avait certainement personne à proximité – la forêt s’étendait de l’autre côté du mur. Il aperçut quand même, au loin, une ville dans la vallée. Il vit aussi une gorge qui semblait abriter des maisons taillées dans la falaise. Il connaissait cet endroit. Ou plutôt, un petit morceau de lui le connaissait.
Il redescendit de l’autre côté du mur et se dirigea vers le village.
Il faisait nuit depuis longtemps lorsqu’il sortit de la forêt. La ville avait un aspect à la fois désuet et moderne. De l’adobe d’un blanc étincelant et des briques marron, des trottoirs non pas en béton, mais en planches d’acajou laquées. Des voitures coûteuses un peu partout, mais aussi des poteaux d’attache pour les chevaux. Les Arápache vivaient bien et choisissaient leur technologie plutôt que de la laisser décider pour eux.
C’était une petite ville, mais pas assez pour ne pas avoir de vie nocturne. Le centre de la ville restait animé après le coucher du soleil. Les restaurants et les magasins qui accueillaient une foule plus jeune étaient lumineux, engageants et remplis. Il les évita et s’aventura dans une autre artère commerçante abritant des banques et autres commerces de jour fermés à cette heure de la nuit. Les passants occasionnels le saluèrent d’un bonjour, ou d’un tous, ce qu’il supposa être l’équivalent en arápache – il ne pouvait pas en être sûr parce qu’il n’avait reçu aucune partie du centre de langage de Wil Tashi’ne. Il rendit les saluts tout en s’assurant que la capuche de son sweat-shirt noir couvrait bien ses cheveux et son visage.
Wil Tashi’ne devait avoir des souvenirs de ces rues. La plupart de ceux-ci étaient perdus pour Cam et faisaient partie du cerveau d’autres personnes, maintenant. Les autres dérivaient en lui comme des effluves dans le vent. Ils tournoyaient, tourbillonnaient, dirigeaient ses pieds dans des directions que sa conscience ne pouvait comprendre, mais il pouvait leur faire confiance.
L’un de ces tourbillons l’entraîna dans une rue adjacente. Il ne se souvenait même pas d’avoir pris le virage, ça s’était fait si naturellement que tout besoin d’y penser était exclu. Le parfum du souvenir était très puissant ici. Il le laissa le guider jusqu’à la porte en palissandre d’un magasin. Les lumières étaient éteintes, le magasin, comme tous ceux de cette petite rue parallèle, était fermé.
Il essaya de tourner la poignée, vit qu’elle était verrouillée, comme il l’avait prévu. Mais il y avait autre chose. Il remarqua que ses doigts picotaient. Il toucha les briques du bâtiment à côté de la porte. Oui, ses doigts reconnaissaient quelque chose que le reste de son être ignorait ! Il glissa une main le long des briques, sentant la texture rugueuse et celle plus rugueuse encore du ciment jusqu’à ce que ses doigts trouvent ce qu’ils cherchaient. Une clé était cachée dans un trou de mortier au milieu des briques. Mais lorsqu’il regarda la clé, elle ne lui évoqua aucun souvenir.
Il glissa la clé dans la serrure et ouvrit lentement la porte.
Il reconnut immédiatement les formes qui pendaient du plafond. Des guitares. Est-ce que Wil travaillait ici ? Cam fouilla sa mémoire, sans succès. En revanche, cet endroit lui évoquait des chansons. Elles s’étaient mises à jouer dans sa tête et il savait que, s’il leur donnait libre cours, d’autres connexions se feraient.
Une guitare était posée sur le comptoir. Elle devait avoir servi récemment, car elle était bien accordée. Une douze-cordes. Sa préférée. Il emplit ses poumons de l’odeur boisée du magasin et se mit à jouer.
Les Éclairés
9782702440629_couverture.xhtml
9782702440629_pagetitre_1_1_8.xhtml
9782702440629_isbn_1_1_7.xhtml
9782702440629_collec_1_1_11.xhtml
9782702440629_dedi_1_1_17.xhtml
9782702440629_part_1_3_1.xhtml
9782702440629_chap_1_3_1_6.xhtml
9782702440629_chap_1_3_1_7.xhtml
9782702440629_chap_1_3_1_8.xhtml
9782702440629_chap_1_3_1_9.xhtml
9782702440629_chap_1_3_1_10.xhtml
9782702440629_chap_1_3_1_11.xhtml
9782702440629_chap_1_3_1_12.xhtml
9782702440629_chap_1_3_1_13.xhtml
9782702440629_chap_1_3_1_14.xhtml
9782702440629_chap_1_3_1_15.xhtml
9782702440629_chap_1_3_1_16.xhtml
9782702440629_chap_1_3_1_17.xhtml
9782702440629_part_1_3_2.xhtml
9782702440629_chap_1_3_2_4.xhtml
9782702440629_chap_1_3_2_5.xhtml
9782702440629_chap_1_3_2_6.xhtml
9782702440629_chap_1_3_2_7.xhtml
9782702440629_chap_1_3_2_8.xhtml
9782702440629_chap_1_3_2_9.xhtml
9782702440629_chap_1_3_2_10.xhtml
9782702440629_part_1_3_3.xhtml
9782702440629_chap_1_3_3_4.xhtml
9782702440629_chap_1_3_3_5.xhtml
9782702440629_chap_1_3_3_6.xhtml
9782702440629_chap_1_3_3_7.xhtml
9782702440629_chap_1_3_3_8.xhtml
9782702440629_chap_1_3_3_9.xhtml
9782702440629_chap_1_3_3_10.xhtml
9782702440629_chap_1_3_3_11.xhtml
9782702440629_chap_1_3_3_12.xhtml
9782702440629_chap_1_3_3_13.xhtml
9782702440629_chap_1_3_3_14.xhtml
9782702440629_chap_1_3_3_15.xhtml
9782702440629_chap_1_3_3_16.xhtml
9782702440629_part_1_3_4.xhtml
9782702440629_chap_1_3_4_4.xhtml
9782702440629_chap_1_3_4_5.xhtml
9782702440629_chap_1_3_4_6.xhtml
9782702440629_chap_1_3_4_7.xhtml
9782702440629_chap_1_3_4_8.xhtml
9782702440629_chap_1_3_4_9.xhtml
9782702440629_chap_1_3_4_10.xhtml
9782702440629_chap_1_3_4_11.xhtml
9782702440629_chap_1_3_4_12.xhtml
9782702440629_chap_1_3_4_13.xhtml
9782702440629_chap_1_3_4_14.xhtml
9782702440629_chap_1_3_4_15.xhtml
9782702440629_chap_1_3_4_16.xhtml
9782702440629_chap_1_3_4_17.xhtml
9782702440629_chap_1_3_4_18.xhtml
9782702440629_chap_1_3_4_19.xhtml
9782702440629_chap_1_3_4_20.xhtml
9782702440629_chap_1_3_4_21.xhtml
9782702440629_part_1_3_5.xhtml
9782702440629_chap_1_3_5_4.xhtml
9782702440629_chap_1_3_5_5.xhtml
9782702440629_chap_1_3_5_6.xhtml
9782702440629_chap_1_3_5_7.xhtml
9782702440629_chap_1_3_5_8.xhtml
9782702440629_chap_1_3_5_9.xhtml
9782702440629_chap_1_3_5_10.xhtml
9782702440629_chap_1_3_5_11.xhtml
9782702440629_chap_1_3_5_12.xhtml
9782702440629_chap_1_3_5_13.xhtml
9782702440629_chap_1_3_5_14.xhtml
9782702440629_chap_1_3_5_15.xhtml
9782702440629_part_1_3_6.xhtml
9782702440629_chap_1_3_6_4.xhtml
9782702440629_chap_1_3_6_5.xhtml
9782702440629_chap_1_3_6_6.xhtml
9782702440629_chap_1_3_6_7.xhtml
9782702440629_chap_1_3_6_8.xhtml
9782702440629_chap_1_3_6_9.xhtml
9782702440629_chap_1_3_6_10.xhtml
9782702440629_chap_1_3_6_11.xhtml
9782702440629_chap_1_3_6_12.xhtml
9782702440629_chap_1_3_6_13.xhtml
9782702440629_appen_1_4.xhtml
9782702440629_appen_1_5.xhtml
9782702440629_appen_1_6.xhtml
9782702440629_collec_1_7.xhtml