13 juin 2001

 

 

 

 

Quatre heures du matin, la dernière équipe criminalistique quitte l'usine. Ils ont relevé tout ce qu'il y avait à relever. Ils l'ont fait avec une telle minutie qu'il n'y a plus une tache de sang sur la poutrelle. Tout ce qui reste de Naïs se trouve déjà au laboratoire du fbi. Tout, sauf Naïs elle-même.

Le corps, dissout dans le métal, sera transformé avec lui en élément de grue, de pont, de charpente, ou en rail de chemin de fer. L'esprit disparaîtra au fil du classement de l'affaire, rapidement à n'en pas douter. L'âme n'existe pas.

Naïs glisse le long de la corde jusqu'à la poutrelle depuis laquelle elle a laissé le cadavre basculer dans le métal en fusion. Elle tire sur la corde pour la ramener, l'enroule et la glisse avec le harnais dans le sac où l'attendent déjà les manilles, les roues à gorge et les filins de Nylon qui lui ont servi à manipuler la dépouille subtilisée dans un établissement de pompes funèbres. Puis elle jette le sac dans la cuve et joue les équilibristes jusqu'à une paroi.

Avoir passé une partie de la nuit immobile dans le harnais fixé sous le toit ne lui facilite pas la descente. Son bras gauche est complètement engourdi et ses yeux s'embuent régulièrement d'un voile d'épuisement. Mais elle est libre d'Ann X, enfin, et cette libération lui procure les forces nécessaires. Il sera autrement plus délicat d'affronter Stephen, que Nadja n'aura pas pu préparer puisque Naïs ne lui a jamais parlé du dernier acte. Mais Nadja ne lui en voudra pas. Alors que Stephen...

C'est pour cela qu'elle ira l'attendre où elle est sûre qu'il se réfugiera : à Sainte-Anne-du-Lac.

Après...

L'essentiel est qu'il existe un après.