Depuis Tintinolâtrie, ouvrage hélas aujourd’hui aussi épuisé que mes efforts pour le faire rééditer, j’ai reçu un courrier aussi abondant que passionné. Ce dictionnaire énervé tient compte d’un certain nombre des judicieuses remarques, de suggestions éclairantes et d’envois magiques qui me furent faits. À plusieurs reprises, ce dictionnaire en tient compte.
Que soient donc remerciés :
Thomas Billet, Jeanne Bonnel, Jean Boutersky, Annoula Casale, Antoine Champeaux, Yves Crespel, Arnaud Delcourt, Aurélie Deviller, Gianpaolo F. Dorigo, J.-Y. Fournier, Philippe Fréchat, Florence Gacoin-Marks, Jimmy Gladiator, Philippe Guigon alias n° 31, Éric Jos, Prince Hvalkar, W. Kavitch, Maxime Lacoste, Éric Lavallade, Alexis Lavillat, Philippe Lefever, Bernard et Mireille Marchand, François Métral, Pierre Nedjar, Luc Pomerlean, Sylvie Pons, Philippe Regottaz, Alain Sanders, Philippe Sido, Alain Talma, Nicolas Thilliez, Marie-Pierre Venard.
Que ceux et celles que j’aurais omis me pardonnent !
Une pensée toute particulière pour mes élèves du collège Les Allobroges de la Roche-sur-Foron. Comme gémissait si bien Verlaine : « Jadis déjà, combien pourtant je me rappelle. » Sans eux, je ne me serais jamais remis sur les traces de Tintin.
Grâce soit surtout rendue aux deux cancres que je surpris un jour au fond de la classe, plongés dans la lecture de L’Étoile mystérieuse. Confisquant l’album, je leur promis de le leur restituer s’ils se montraient capables de répondre à quelques questions sur cette aventure. Toutes leurs réponses furent exactes ! Sans hésiter, ils me donnèrent même en chœur l’heure précise de la fin du monde prévue par l’assistant du professeur Calys !
Ce fut sans doute là un des moments les plus exceptionnels de ma carrière d’enseignant, car cela me fit comprendre que dans certains domaines, un supposé cancre pouvait parfois en savoir beaucoup plus long que son prof. J’envisageai alors quel parti ludique, plus encore que pédagogique, il y avait à tirer des aventures de Tintin. Sans forfanterie, je peux dire que pendant les séances consacrées à Tintin, les heures passaient très vite, autant pour les enfants que pour moi. Et c’est ainsi, pour avoir lancé mes élèves à la découverte des jurons du capitaine, que me vint l’idée du Haddock illustré.
Juste retour des choses, j’ai appris que mon pastiche racinien du Sceptre d’Ottokar, qui figure dans Tintinolâtrie, a été repris dans un manuel scolaire ! (Collection « Entre-Lignes », Nathan, 1992).
Que sont aujourd’hui ces petits Savoyards devenus ? Je n’en ai revu que trop peu. Si le temps irrévocable a fui, je ne les ai pourtant pas oubliés et je ne les oublierai jamais. Car c’est à eux que je dois parmi mes plus beaux et mes plus drôles souvenirs de ces années d’enseignement.
Un merci affectueux et amical, tout d’abord et tout particulièrement à Christine Bertola, à Karine Valentini, à Sandra Marchand, à Nadia Jos et à Monique Bouvard. Comment oublier leur vivacité et leur entrain ? Et si j’eus parfois à subir leur insolence malicieuse, c’est pour n’avoir pas su très bien leur cacher que j’étais encore, un peu, et même beaucoup, de leur monde. Ce qui fit de moi, à la fois un très mauvais, et un très bon prof.
Que soient remerciés aussi Bernard Djidel, Philippe Guérin, Philippe Dorange. Leurs noms inscrits sur des albums que je possède encore signalent qu’ils les avaient prêtés à la bibliothèque de classe que j’avais organisée pour faire aimer la lecture à tous ceux qui croyaient y être allergiques. Qu’il me soit pardonné de ne pas avoir restitué ces albums à leurs jeunes propriétaires quand j’ai quitté la Haute-Savoie. Mais grâce à ces Tintin pieusement conservés, le temps s’abolit et je revois ces visages tels qu’en eux-mêmes. Dans ma mémoire revit aussi cette salle de classe un peu vétuste. Rebaptisée « Salle Fantômas » en hommage au maître de l’effroi – dont certains me suggérèrent d’ailleurs que Rastapopoulos en était la réincarnation –, il m’arrivait, avant l’entrée des élèves dans la classe, et sans qu’ils en fussent prévenus bien sûr, de m’enfermer dans le placard du fond pour en surgir avec fracas quand le chahut s’installait. Parfois, c’est par la fenêtre du fond que je faisais irruption dans la salle, sifflet au bec. Mais ceci est une autre histoire…