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Les yeux rivés sur les lignes bleues indiquant le relief projetées par son scanner de pilotage, Han manœuvrait l’aérofouineur en suivant un nouveau vecteur. Il mémorisa son cap, sa vitesse et le temps de manière à calculer une nouvelle route vers l’oasis sans avoir à se servir de la carte holographique. Avec les Impériaux en train de monter une opération de sauvetage et les Tusken sur leurs talons, les choses risquaient de se compliquer davantage.
Et puis il avait bien failli perdre Leia. À quelques centimètres près, le projectile n’aurait certainement jamais traversé le cockpit. Il tourna la tête et vit que Leia était en train de le regarder. Son visage était pâle et ses lèvres tremblaient encore, en réaction à ce qui avait failli arriver.
— Fais gaffe, Han, lui dit-elle.
Han reporta son attention sur les schémas de la projection frontale du pare-brise.
— C’est pas passé loin, hein ?
— Non, vraiment pas. (Le ton de Leia lui parut très fragile.) Ils ont bien failli t’avoir.
— Moi ? Mais ce n’est pas sur moi qu’ils ont tiré…
— Non, c’est vrai. (Curieusement, Leia retrouva soudain un peu d’assurance.) Il faut qu’on se trouve un abri. Ce TIE ne va certainement plus tarder et je commence à avoir un mauvais pressentiment à propos de cette petite conversation que nous venons d’avoir avec le Chimaera.
— Tu commences seulement ? dit Han. Moi, j’en ai des frissons depuis un moment !
Il trouva enfin un ravin profond et ralentit. Il passa le long de la falaise plusieurs fois de suite, afin d’effrayer toute créature pouvant s’y cacher ou de repérer une sentinelle Tusken campant à proximité. Rien ne se produisit. Il fit glisser l’aérofouineur dans le canyon et le gara dans l’ombre d’un énorme rocher. Après un dernier coup d’œil au paysage se découpant dans la lumière lunaire, il coupa tous les systèmes, sauf celui de la tourelle blaster.
— Bon, ça m’a l’air tranquille, dit Leia. Les Tusken ne penseront probablement pas à venir regarder dans ce coin.
— Ouais, c’est aussi tranquille que notre chambre à coucher sur Coruscant, répondit Han. Pourquoi ne pas continuer à étudier le journal de ta grand-mère, hein ? Je crève d’envie de savoir si Watto est tombé dans le panneau.
— Ben voyons, dit Leia. Tu veux juste me faire oublier la présence des Hommes des Sables, c’est ça ?
— Non, je t’assure… (Han attendit que Leia se baisse pour ramasser le databloc qu’elle avait laissé tomber sur le sol. Il regarda Chewbacca par-dessus son épaule, pointa son index et son majeur vers ses yeux et fit signe au Wookiee de remonter dans la tourelle.) Mais je sais à présent de qui tu tiens ton courage !
— Ah oui ? (Leia se redressa en souriant, le databloc à la main, juste au moment où Han se retournait. La Princesse jeta un coup d’œil à Chewbacca, qui se donnait beaucoup de mal pour avoir l’air innocent tout en remontant dans la tourelle.) J’ai bien vu votre manège, tous les deux. Merci.
Leia alluma le journal et l’installa entre elle et son mari. Han vit alors le visage – buriné par le désert mais toujours séduisant – d’une femme aux yeux marron. Elle était belle et digne, telle qu’il imaginait Leia dans vingt ans. Elle se mit à chuchoter :
16 : 04 : 21
« Il faut réussir à le ferrer, Anakin. Je me sens… En fait, je ne sais pas vraiment comment je me sens. Mon cœur bat la chamade, mes mains tremblent. Je ne devrais pas avoir honte d’essayer de duper Watto. Mais si, un peu. À moins que je ne sois en train d’éprouver de la pitié pour lui. »
Le visage de Shmi fut bientôt remplacé par l’image du comptoir encombré de la boutique. Quelques minutes plus tard, un fermier humain de forte carrure entra dans le cadre, portant une caisse équipée d’un bouclier énergétique. Shmi apparut à son tour dans l’image. Elle embrassa l’homme sur la joue pendant qu’il posait sa caisse sur le comptoir. Un Toydarien ventripotent sortit en volant d’un bureau derrière le comptoir et s’approcha de la boîte.
« Alors, c’est ça ? (La voix de Watto était à peine audible.) Laissez-moi voir. »
Il tendit une main vers le fermoir mais l’homme – qui devait être Cliegg Lars – posa la main sur le couvercle de la caisse.
« D’abord, discutons du prix. (Sa voix était grave et très distincte.) Ensuite, la lentille.
— Je veux seulement voir la marchandise. Vous ne croyez tout de même pas que je vais débourser une fortune pour une caisse scellée ?
— Les conditions, d’abord.
— Les conditions ? Cette lentille est à moi, de toute façon. Je sais qu’elle est à moi. (Watto se tourna vers Shmi.) C’est ce Jedi qui te l’a envoyée. Tu me prends pour un imbécile, ou quoi ?
— Elle appartient à Cliegg, à présent, dit Shmi. Si vous la voulez, vous devez discuter avec lui. »
Watto se tourna à nouveau vers Cliegg.
« Bon, d’accord. Si cette lentille existe bien et si le modèle est adapté à mon vaisseau, je suis prêt à vous céder le quart du prix de la vente. »
Cliegg demeura silencieux, la main toujours posée sur la boîte.
« Dites-moi quelque chose ! Mon acheteur doit s’en aller dans moins d’une heure. Si je ne peux pas faire installer la lentille d’ici là, elle ne vaut rien pour moi.
— Vous savez bien ce que je veux et il ne s’agit pas d’argent.
— C’est. Shmi que vous voulez ? Vous feriez mieux d’accepter mon offre. Avec une telle somme, vous pourriez vous acheter une douzaine d’esclaves comme elle.
— C’est Shmi que je veux. »
Watto réfléchit pendant une minute, puis déclara :
« Je vais vous dire ce qu’on va faire. Je vous donne un quart du prix de la vente de l’engin. Et Shmi. À condition que vous ne la gardiez qu’une semaine par mois. »
Cliegg ramassa la caisse et tourna les talons, prêt à s’en aller.
« Bon, d’accord ! Elle n’est plus bonne à grand-chose, comme esclave, depuis qu’elle vous a rencontré, de toute façon. (Watto se tourna vers Shmi.) Tu as toujours voulu partir avec lui, c’est ça ?
— Oui, je l’ai déjà dit.
— Bien sûr, bien sûr… (Watto flotta quelques instants dans l’air puis jeta un coup d’œil à son chronomètre.) Laissez-moi voir cette lentille. Il faut que je me dépêche si je veux intercepter mon acheteur avant qu’il ne parte pour Pavo Prime.
— D’abord, donnez-moi la commande de désactivation de son implant, dit Cliegg. Et dites-moi où l’explosif est caché.
— Derrière sa mâchoire, à gauche. (Watto indiqua son propre menton pour illustrer son propos. Il plongea une main dans sa veste et sortit une petite télécommande électronique. Tous les voyants en étaient éteints.) Voici la commande, mais vous n’en aurez pas besoin. J’ai débranché le transmetteur il y a bien longtemps de cela.
— Quoi ? s’étrangla Shmi. Et quand donc ?
— Quelques mois après le départ du gamin. (Watto se détourna et on eut l’impression qu’il était en train de s’essuyer les yeux.) Comme tu t’agitais tout le temps pour le nettoyage, j’ai eu peur que tu ne déclenches l’explosion par inadvertance.
— J’aurais pu m’en aller ? N’importe quand ?
— Mais tu ne l’as pas fait », dit Watto en haussant les épaules.
Le Toydarien confia la commande à Cliegg puis vola jusqu’à la caisse et posa les doigts sur les fermoirs.
« Watto ! cria Shmi. Attention au… »
Mais Watto venait déjà d’ouvrir la boîte. Une tornade de lumières irisées jaillit du couvercle. L’écran du databloc ne fut plus qu’un tourbillon multicolore.
« Je suis aveugle ! » cria Watto dans le lointain.
L’enregistrement se termina par un fondu au blanc.
— La lentille… avança Han. J’ai déjà entendu parler de ces trucs. On s’en servait pour alimenter les vieux propulseurs photoniques des Renatta. On prétend que les lentilles de Tobal peuvent convertir la chaleur en lumière avec pas loin de cent pour cent d’efficacité.
— Mes banques de données me signalent qu’on atteint effectivement les cent pour cent, annonça C-3PO. Cela dépend, bien évidemment, du talent du joaillier qui s’est chargé de la taille.
Herat demanda quelque chose mais elle fut interrompue par un grognement d’alarme provenant de Chewbacca. Han se retourna et vit le Wookiee indiquer un point dans le ciel juste derrière eux. Là, les deux discrètes traînées jumelles d’un TIE étaient en train de traverser les cieux nocturnes. Après leur petite mise en scène de l’attaque des pillards Tusken, l’engin avait dû être envoyé à leur secours.
Ils regardèrent, silencieusement, sans respirer, les deux traînées disparaître derrière une paroi du canyon. Ils attendirent deux minutes de plus, pensant que le TIE reparaîtrait. Le ciel resta dégagé. Pas la moindre traînée de propulseur ionique. Han, avec précaution, fit avancer l’aérofouineur jusqu’à la sortie du ravin.
— Quelqu’un voit quelque chose ? (Han et Leia avaient été obligés de baisser leurs vitres, couvertes d’impacts, pour pouvoir observer le ciel plus attentivement.) Prenez le temps qu’il faut…
Au bout de dix minutes d’observation assidue, ils furent enfin convaincus que le TIE était parti. Ils sortirent du ravin et Han remit le cap sur l’oasis.
Ils progressèrent pendant encore quelques minutes.
— Han ? Peut-être qu’on devrait aller se planquer à l’ancienne maison d’Obi-Wan, suggéra alors Leia. Histoire de laisser les choses se tasser pendant quelques heures.
Han prit un moment avant de répondre, n’essayant pas de se demander si Leia avait raison, mais s’interrogeant plutôt sur ce qui lui était arrivé. Son épouse n’était pas du genre à se laisser si facilement impressionner.
— Kitster ne dispose peut-être pas de quelques heures, répondit-il enfin. Et je te rappelle que ta patronne va rappeler les Spectre dans moins de vingt-deux heures.
Leia soupira et hocha la tête.
— Oui, je le sais bien. Mais il y a quelque chose que je dois te dire.
Han sentit un signal d’alarme retentir dans sa tête.
— Quoi, encore ? (Il se tourna vers Leia. Celle-ci était en train de se mordre la lèvre inférieure, les yeux baissés vers le plancher.) Maintenant ? C’est pas un peu tard pour m’annoncer que le Conseil Provisoire t’a ordonné de passer à la maison d’Obi-Wan pour récupérer un vieux sabre laser, ou je ne sais quoi d’autre, non ?
— Non, je ne te ferais pas un coup pareil, dit Leia en secouant la tête.
— Il y a un début à tout !
— Han, c’est juste que nous n’avons pas encore eu l’occasion d’en parler. (Leia fit un geste vers le pare-brise, rappelant à son époux que c’était toujours lui qui pilotait.) Depuis notre arrivée sur Tatooine, je ressens… eh bien, comme des sensations induites par la Force.
— Induites par la Force ? demanda Han, posant à nouveau les yeux sur la projection frontale. Comme quoi ? Tu t’es réveillée flottant dans les airs ? Tu t’es mise à parler aux oreilles des dewbacks ? Tu as créé un embouteillage de transdunes par la seule puissance de ton esprit ?
Leia inspira profondément avant de déclarer :
— Non, j’ai eu des visions, des sensations…
— Allons bon, voilà que ma femme se met à voir des choses ! dit Han. C’est ça que tu voulais m’annoncer ?
— C’est un peu plus compliqué que ça, en fait, répondit Leia. Ce rêve que j’ai fait en arrivant dans le système de Tatooine, eh bien, on y voyait Luke coiffé du casque de Dark Vador. Enfin, je crois que c’était Luke…
Han fronça les sourcils.
— Mais ce n’était qu’un rêve, hein ?
— C’est ce que j’ai pensé, dit Leia. Jusqu’à ce que je voie ton swoop en plein désert.
— Comment ça, jusqu’à ce que tu voies mon swoop en plein désert ?
— Sous mes yeux, Han, comme un hologramme. Il était exactement dans la même position que lorsque nous l’avons trouvé avec les Darklighter. (Leia marqua une pause, comme si elle souhaitait chercher un autre exemple mais se contenta simplement d’ajouter :) J’ai des visions induites par la Force.
Chewbacca grogna une question.
— Non, je ne suis pas sûre des sensations, répondit Leia. Je n’arrête pas d’être confrontée, ici, sur Tatooine, à des choses qui me paraissent familières… Je suis à peu près certaine que la Force m’a pas mal guidée, pour ne pas dire poussée, pendant tout ce temps. J’ai découvert beaucoup trop de choses concernant mon père au cours de ce voyage pour qu’il s’agisse d’une simple coïncidence…
— Reparlons plutôt de l’oasis, suggéra Han. Est-ce que tu y as vu quelque chose de dangereux ?
— Là, en revanche, il s’agit plus d’une sensation, dit Leia. L’impression que ce n’est pas une bonne idée d’y aller.
— J’aurais très bien pu le dire moi-même, sans avoir recours à la Force ! rétorqua Han. Mais je ne crois pas que nous ayons beaucoup le choix. Les choses ne vont pas s’arranger si nous attendons plus longtemps. Si ce TIE ne retrouve pas notre trace, les Impériaux vont devenir soupçonneux. Et puis, les Tusken que nous avons vus ne campaient pas là par hasard. Ils surveillaient certainement leurs arrières.
Chewbacca grogna un acquiescement, ajoutant que plus tôt ils atteindraient l’oasis, meilleures seraient les chances de Kitster. Et les leurs. Les chances de quoi, il ne précisa pas.
Mais Herat avait une tout autre idée en tête, que C-3PO s’appliqua à leur traduire consciencieusement une fois que la Jawa eut terminé de déblatérer dans sa langue.
— Herat pense qu’il est de votre devoir de faire demi-tour et de l’aider à récupérer son véhicule, que les Squibs se sont accaparé, avant que les Impériaux le repèrent. Elle estime que votre assurance concernant leur incapacité à redémarrer le transdunes sans le catalyseur du réacteur n’est pas fondée.
— Hors de question d’y retourner, répondit Han.
— Comment peut-elle être sûre que c’est bien son transdunes que le TIE est en train de rechercher ? demanda Leia.
Herat couina une réponse.
— Combien de transdunes pensez-vous qu’on puisse trouver dans une zone comme celle-ci ? traduisit C-3PO. Un seul.
— Alors nous n’aurons aucun problème à le retrouver un peu plus tard, pas vrai ? ajouta Han.
Il mit le cap sur l’oasis, visiblement troublé par ce que Leia lui avait dit mais également incapable de discerner s’il y avait ou non autre chose à faire. Les Squibs connaissaient la région. Il y avait de bonnes chances pour qu’ils sachent déjà ce qui était arrivé au tableau et ils devaient certainement avoir pris la direction de l’oasis fantôme. Ce qui signifiait que les Impériaux ne tarderaient pas non plus à y débarquer puisqu’ils suivaient le transdunes depuis les airs. La meilleure chance de Han et de Leia – probablement leur unique chance – était de coiffer tout le monde au poteau. Mais il restait encore une bonne heure de route.
Après quelques minutes de voyage, Leia estima que Han avait certainement eu raison de refuser de faire demi-tour. Elle décida donc de continuer à étudier le journal intime de sa grand-mère. Concentré sur les scanners de terrain, Han écouta d’une oreille distraite Shmi expliquer comment elle avait rapidement déménagé à la ferme de culture d’humidité des Lars, n’emportant avec elle que ses vêtements, son journal et le droïde qu’Anakin avait commencé à assembler quelques années auparavant.
Les chapitres concernant les six mois suivants étaient sporadiques, en partie effacés. Mais Han en saisit suffisamment pour comprendre que Shmi, en dépit de l’amour de Cliegg et d’Owen, se languissait de son fils de plus en plus chaque jour. Les chapitres qu’elle enregistrait le soir étaient de plus en plus longs, ponctués de souvenirs sur l’enfance d’Anakin. Il arrivait souvent à Shmi d’extrapoler sur le devenir de son fils, sur ce qu’il faisait au Temple Jedi, d’imaginer vers quelle planète de la galaxie il était en train de voyager.
Finalement, Leia tomba sur un chapitre intact.
20 : 07 : 22
« Anakin, aujourd’hui, ta mère est une femme mariée. Cliegg a attendu jusqu’au mois dernier pour demander ma main. Je suppose qu’il a d’abord voulu s’assurer que c’était bien lui que j’aimais, plus que ma liberté. La cérémonie, très simple, s’est tenue à Anchorhead. Owen est venu, bien entendu, ainsi que quelques-uns de ses amis et des amis de Cliegg. Kitster, Wald et Amee sont venus. Ils m’ont demandé de tes nouvelles. J’aurais tant aimé que tu sois là mais je sais que les Jedi ne t’auraient pas autorisé à venir. Je ne sais pas si l’invitation que nous avons envoyée t’est parvenue. Mais je comprends. Vraiment.
J’aurais tellement souhaité que tu puisses être là.
Watto nous a tous surpris en se présentant à la cérémonie alors qu’il n’était pas invité. J’ai cru qu’il allait nous piquer une colère quand il a découvert qui était Owen. Mais il s’est contenté de plisser les yeux et de dire “Toi !”. Puis il a offert à Cliegg un bon de réduction sur des pièces détachées. Ensuite, il est venu me dire que si jamais je me lassais de la vie difficile de cultivateur d’humidité, je pouvais toujours revenir travailler au magasin car, visiblement, mon remplaçant – Wald – n’était pas très doué comme assistant. Il n’a toujours pas trouvé d’acheteur pour le vaisseau de course de chez Renatta. Mais il en demande un million de crédits ! Personne ne va vouloir l’acheter à ce prix ! »
Shmi garda le silence pendant quelques instants avant de reprendre :
« Owen me fait penser à toi, Anakin. Tu me manques tellement. Je ne peux pas le regarder sans voir ton image… Enfin, ce n’est pas ce que je veux dire, je ne te vois pas, toi, quand je le regarde, lui. Owen est fort comme son père, pragmatique, sûr de lui, reconnaissant pour les joies simples de la vie à la ferme de culture d’humidité. Toi, ton regard était toujours tourné vers les étoiles. Même quand tu étais gamin, il fallait que tu crânes auprès de tous ceux que tu rencontrais, il fallait que tu leur prouves que tu étais le meilleur dans tout ce que tu entreprenais. Pour toi, cette ferme que je trouve merveilleuse serait comme une prison.
Mais, toi et Owen, je vous aime très fort. Je suis certaine que si… Non, plutôt : quand vous ferez connaissance, vous deviendrez de grands amis. »
Leia appuya sur le bouton du chapitre suivant et poussa un juron entre ses dents.
Han tourna la tête et vit les dates défiler sur l’écran du databloc. Elles étaient apparemment vides de tout enregistrement ou bien tellement chargées de parasites qu’il était impossible de discerner quoi que ce soit.
— D’autres sections endommagées ?
Leia hocha la tête, puis demanda :
— Han, est-ce qu’il y a des chances pour que l’affichage frontal d’un aérofouineur Impérial soit équipé d’un module de reconnaissance rétinienne ?
— Heu… Non…
— Bien, alors je te suggère de garder les yeux sur les scanners de terrain ! aboya Leia. On n’y voit rien, dans le noir !
Han reporta son attention sur ses instruments et, l’air de rien, donna un coup de volant pour éviter en dernière extrémité un rocher de la taille d’un bantha, espérant que personne n’avait remarqué qu’ils venaient de friser une mégacollision.
Leia continua de pianoter sur les touches du journal. Finalement, après l’équivalent d’une année d’enregistrements détruits, elle atteignit des chapitres qui semblaient intacts. La plupart concernaient la vie à la ferme et parlaient des récoltes, du faible pourcentage d’humidité de l’air et des prix du marché qui semblaient s’effondrer.
20 : 32 : 23
« Aujourd’hui, la journée a très mal commencé, Anakin. J’ai ouvert la porte du caisson de maturation numéro trois pour découvrir que j’avais oublié d’y déposer des capsules protectrices la nuit précédente. En résumé, les profoggs ont totalement détruit une récolte complète de racines de tanga. J’ai craqué. Après les vents de la sécheresse et le pourrissement de nos pousses de pallie, j’ai commencé à croire que je portais la poisse à cette ferme. Je me suis assise par terre, complètement désespérée.
Et c’est là qu’Owen m’a trouvée. Il est si gentil, Anakin. Il m’a dit que ce n’était pas ma faute, qu’il avait, lui aussi, vérifié le caisson de maturation la nuit précédente. Je ne l’ai pas cru mais c’était une délicate attention. Nous avons donc tout nettoyé. Je lui ai demandé comment on pouvait résoudre le problème.
Tu sais ce qu’a fait Owen, alors ? Il a capturé deux profoggs, puis, tenant les deux petites bêtes écailleuses dans ses poings, il a proposé de m’expliquer comment les accommoder en ragoût.
Ce n’est que dans la soirée que j’ai compris ce qu’il avait vraiment essayé de me dire, Anakin. Nous étions tous les trois attablés devant notre ragoût de profoggs – tu peux me croire, c’est vraiment encore plus répugnant que tout ce que tu peux imaginer – et Cliegg et Owen discutaient du prix très bas de l’eau. Cliegg constata que cela ne servirait pas à grand-chose de tenter de récupérer l’humidité de la récolte détruite. Il a haussé les épaules et a dit : “Ce n’est pas nous qui possédons la ferme, c’est elle qui nous possède.”
Alors, Owen a englouti une grande cuillerée de ragoût, il a poussé un soupir de satisfaction et nous a dit que nous prenions les choses du mauvais côté. En fait, ce qu’il fallait qu’on démarre, c’était un élevage de profoggs ! Tu aurais dû nous voir, à essayer de manger cette bouillie écœurante… Mais nous avons tous éclaté de rire ! J’ai tellement ri que les larmes me sont montées aux yeux.
C’est alors que j’ai compris le secret de la vie des cultivateurs d’humidité sur Tatooine, Anakin. Tu ne peux pas lutter. Tu dois te contenter de prendre ce que la planète veut bien te donner et trouver un moyen de l’utiliser. »
Leia éteignit le databloc et garda le silence. Han voulut demander si quelque chose n’allait pas mais il remarqua que le terrain commençait à se creuser de ravins au-devant d’eux. C’était le signe qu’ils étaient sur le point d’atteindre les limites de la Mer de Dunes.
— À moi… chuchota Leia. À moi…
— Quoi ? demanda Han.
— Non, rien… dit Leia, secouant la tête. Excuse-moi. C’est juste un truc que j’essaye de comprendre.
— Et ?
— Je t’en parlerai quand j’aurai compris.
Han se tourna vers elle et vit qu’elle avait fermé les yeux. La tête de Leia était penchée en arrière, comme si son esprit s’était retranché dans un autre monde.
— À moi… murmura-t-elle.
— À toi ?
Leia ouvrit brusquement les yeux et elle indiqua une direction dans les ténèbres, de son côté de l’aérofouineur.
— Tourne de ce côté.
— Tourner ? (Han jeta un coup d’œil dans la direction indiquée.) Ici ?
Leia hocha la tête et observa le désert plongé dans l’obscurité.
— Il faut qu’on s’arrête à la maison d’Obi-Wan.
— On en a déjà parlé, dit Han, conservant son cap initial. Plus vite on sera arrivés et…
— Han, fais-moi confiance. (Ce n’était pas une requête. C’était un ordre.) Il faut qu’on s’arrête à l’ancienne maison d’Obi-Wan. On ne pourra pas sauver Kitster ou qui que ce soit d’autre si on ne s’y arrête pas. Il y a là-bas quelque chose qu’il faut qu’on récupère.
— Et quoi donc ? demanda Han. Un sabre laser de rechange ? Une armure de Wookiee ? Un détachement d’artillerie lourde ?
— Je ne sais pas, répondit Leia. J’ai comme un pressentiment. Il faut que je suive mon instinct.
Chewbacca gronda qu’il était d’accord.
— Tout à fait, acquiesça C-3PO. J’ai toujours eu une foi absolue dans les pressentiments de Maîtresse Leia. Surtout quand ces pressentiments nous intiment de ne pas foncer tête baissée dans la bagarre !
— Oh… un pressentiment, hein ? (Han secoua la tête, témoignant de sa reddition, et entama le long virage vers la maison d’Obi-Wan.) Pourquoi ne pas l’avoir dit plus tôt ?