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Le déjà fameux swoop de Rao n’était guère plus qu’un fauteuil soudé au laser sur un vieux moteur de pod IPG Longtail. On l’avait équipé de quelques vannes de contrôle, d’un gros répulseur de speeder pour maintenir sa masse en suspension et d’un carénage en plastoïde transparent. Le capot de moteur tout cabossé et la selle couverte de sang séché suggéraient que l’engin était plus dangereux qu’Ulda ne le disait. Une construction maison destinée à gagner des courses au mépris des risques encourus.
Han tomba sous le charme de la machine, même si l’idée de la piloter l’effrayait quelque peu. Il se persuada que cela lui rappellerait l’époque où il était contrebandier. La poursuite serait rapide, très périlleuse, certainement très excitante, mais pleine d’embûches, de détours improbables et potentiellement porteuse d’une fin aussi violente qu’inattendue.
Pendant qu’Ody installait la vidéocarte entre les poignées de commande, Han passa une combinaison de vol. Ulda avait insisté pour qu’il le fasse. Il prit ensuite un moment pour faire le tour de la machine, vérifiant si tous les relais et jougs apparents fonctionnaient librement. Il fut bien obligé d’admirer l’intelligence du constructeur. Celui-ci devait réellement s’y connaître en matière de courses de swoops. En raison de la taille de l’engin, un ingénieur traditionnel aurait doublé, voire triplé, les dimensions des volets de direction, il aurait également équipé la moto de mécanismes assistés par ordinateur afin d’ajuster les commandes à très grande vitesse. Le concepteur de cette machine s’était servi de volets de petite taille, sachant parfaitement, d’une part, qu’ils seraient beaucoup plus tolérants en accélération maximale et, d’autre part, qu’ils seraient moins sujets aux pannes dans l’environnement sableux de Tatooine.
Quand Solo termina son inspection, la vidéocarte était installée et programmée. La destination de Han était une petite maison isolée en plein désert, environ aux deux tiers de la distance qui séparait Mos Espa de l’ancien palais de Jabba.
— C’est là que Kitster va se réfugier quand il a besoin de calme, expliqua Ulda. D’après ce que j’ai compris, il y a une vue magnifique sur la Mer de Dunes Occidentale.
— Vous-même, vous n’y êtes jamais allée ? demanda Leia.
Ulda secoua la tête.
— Une fois, j’ai fait suivre Kit. Je le soupçonnais de voir une autre femme. Il est apparu qu’il allait passer des heures dans le désert à dessiner des paysages. (Elle lança un regard venimeux en direction de Tamora.) C’est peut-être pour cela que je me suis laissé trahir si facilement par la suite.
Le visage de Tamora s’empourpra et la jeune femme se mordit la lèvre inférieure.
— Ouais, eh bien inutile de ressasser le passé. (Impatient de changer de sujet, Han passa sa main sur le capot du swoop.) Il va falloir que je fasse gaffe à ne pas franchir le mur du son, avec cette bécane…
— Oui, soyez prudent. (Ulda lui tendit un casque volumineux, avec visière faciale, comlink intégré et relais optiques branchés sur la vidéocarte.) Elle a tendance à vibrer bizarrement quand on dépasse cette vitesse.
— Ah oui ? (Han s’obligea à sourire pour masquer sa surprise, lui qui pensait plaisanter en évoquant la vitesse du son.) Vous voulez rire ?
D’un hochement du menton, Ulda lui signala qu’elle ne plaisantait pas.
— Bon, arrête de t’exciter, l’acrobate, dit Leia. Je te rappelle que tu n’as plus seize ans.
— Tant mieux, parce qu’à seize ans j’aurais été bien incapable de manœuvrer cet engin. (Han ferma sa visière et se tourna vers Chewbacca.) Tu veux bien me pousser, s’il te plaît ?
Le Wookiee grogna et regarda Leia. Han se tourna aussi vers elle. Des larmes perlaient aux coins des grands yeux bruns effrayés de la Princesse.
— Pourquoi s’inquiéter ? (Han ouvrit sa visière et embrassa Leia. Il attendit qu’elle se détache de lui.) Je peux te garantir que je vais revenir !
Une demi-heure plus tard, Leia méditait toujours les derniers mots de Han. Tamora était en train de les conduire par des rues ensablées, bordées de huttes misérables faites de sable et de boue séchée, vers le quartier le plus pauvre de Mos Espa. Certes, la Princesse avait toujours été attirée par le côté vaurien de Han, par cette aura de danger qui s’accrochait à lui comme un vilain parasite. Mais c’était le caractère héroïque de son mari qu’elle aimait vraiment, son courage débonnaire, cette façon qu’il avait eue d’enfourcher cette fusée et de foncer tête baissée à travers un désert grouillant de fantassins Impériaux pour retrouver un chef-d’œuvre inestimable contenant un code secret. Aucun homme ne devrait se sentir obligé de mettre sa vie en péril pour plaire à la femme qu’il aimait.
Mais Han n’hésitait jamais et c’était ce qui le rendait si adorable.
Ils s’arrêtèrent devant une petite hutte sordide, coincée entre des douzaines d’autres petites huttes tout aussi sordides.
— Cette vieille cabane était comprise dans le lot quand Wald a acheté l’entrepôt de ferraille. D’après ce que je sais, elle appartenait à un certain Watto, le maître de votre père. (Tamora attendit que la porte de l’habitacle soit ouverte, puis elle débarqua du speeder et marcha jusqu’à la porte. Elle composa un code que Wald venait de lui transmettre par comlink.) Wald prête ce gourbi à des chineurs de passage ou bien à des spationautes qui ont raté leur transport. Au moins, on est sûrs de ne pas attirer l’attention, l’endroit est idéal pour se faire oublier.
— C’est une maison d’esclave ? demanda Leia, suivant Tamora et passant la porte. Mais combien en possédait-il, ce Watto ?
— Wald a juste récupéré celle-ci, répondit Tamora en haussant les épaules.
Leia balaya l’endroit du regard. Bien que poussiéreuse et en désordre, la maison était un peu plus spacieuse que l’apparence extérieure ne le laissait imaginer. Il y avait une grande pièce centrale, d’où rayonnaient trois espaces plus réduits. L’un d’entre eux était au même niveau que la salle principale et servait à la cuisine, les deux autres étaient en hauteur et devaient faire office de chambres à coucher.
Malgré la crasse et le manque évident de fenêtres, l’endroit n’était pas aussi repoussant que cela. En fait, il paraissait même curieusement… confortable.
C’était Tamora elle-même qui avait suggéré d’y faire étape, mais Leia commençait à suspecter que quelque chose d’autre les avait conduits jusqu’à cette maison. En inspectant les lieux, elle s’attendit à découvrir une paire d’yeux blancs terrifiants étincelant dans l’ombre d’une porte, ou bien à entendre une voix chuchoter son nom depuis une autre pièce.
— Est-ce qu’il s’agit de l’endroit où Anakin Skywalker a vécu avec ses parents ? demanda Leia à Tamora.
Celle-ci haussa les épaules.
— Peut-être… Apparemment, il y avait juste une mère. Kit n’a jamais parlé du père d’Anakin. (Elle passa un doigt sur la surface de la table et regarda la poussière qu’elle avait essuyée.) Je suppose que ça ne grouille pas de droïdes de ménage, dans le coin…
— Ça ira très bien. Nous ne resterons pas longtemps. (Leia remarqua un petit éclair d’impatience dans les yeux de Tamora. Elle se rendit compte que la jeune femme ne pensait pas nécessairement à elle-même.) Enfin, pour nous, les adultes, je veux dire… Si vous pensez que c’est trop sale pour Ji et Elly…
— Non, non, répondit Tamora. Si je les laissais faire, ces deux-là, ils passeraient leur temps à ramper dans la poussière des dunes !
— En tout cas, je suis sûre qu’on peut certainement trouver quelque chose de mieux dans les environs, dit Leia. Chewbacca va vous ramener chez Wald pour que vous puissiez aller chercher vos enfants dès que j’aurai récupéré quelque chose dans le speeder.
Le Wookiee émit un grognement interrogatif.
— Notre holocom mobile, répondit Leia. Il faut que j’envoie un message à Mon Mothma pour lui raconter ce qui s’est passé à la vente aux enchères.
Chewbacca hocha la tête et sortit l’holocom de la petite soute à bagage du glisseur, puis il repartit avec Tamora. Après avoir installé l’unité et calibré la parabole de réception, Leia envoya C-3PO à l’extérieur afin de surveiller les manœuvres des vaisseaux-espions Impériaux croisant au-dessus de la ville. Même si la Nouvelle République utilisait à présent un système d’ondes fantômes synchronisées – dérivé technique du code Shadowcast – pour camoufler ses transmissions clandestines, Leia tenait à prendre toutes les précautions possibles. Jusqu’à présent, tout était allé de travers au cours de cette mission initialement prévue pour être de tout repos.
Après avoir lu à l’écran l’heure qu’il était dans le quartier gouvernemental, Leia décida que Luke serait probablement la personne la plus sûre à contacter. Elle ne faisait pas assez confiance aux assistants parlementaires pour les laisser transmettre son rapport. De plus, réveiller Mon Mothma à une heure pareille risquait d’attirer l’attention des espions Impériaux. Leia ne souhaitait surtout pas donner au nouvel amiral du Chimaera des indices concernant la véritable importance du Crépuscule des Killik.
De toute façon, Leia voulait s’entretenir avec Luke depuis ce rêve à bord du Faucon, elle voulait revoir ce visage souriant qu’elle connaissait et aimait, elle souhaitait s’assurer que tout allait bien. Elle hésitait cependant encore à lui raconter ce qu’elle avait vu au cours de son cauchemar. Elle ne tenait pas à être celle qui distillerait la peur dans l’esprit de son frère jumeau. Surtout sans connaître les véritables raisons de cette peur. Après tout, ce n’était qu’un rêve. Un bien mauvais rêve, mais un rêve.
Elle ouvrit une fréquence et appela l’appartement de Luke. Il ne fallut qu’un court moment pour qu’une image un peu brumeuse, de la taille d’un poing, représentant son visage, se matérialise au-dessus du générateur de l’holocom. Luke avait le menton appuyé sur les pouces de ses deux mains et ses yeux bleus fixés sur un document. L’image n’était pas assez nette pour que Leia en soit totalement sûre, mais le document qu’il était en train d’étudier ressemblait aux archives récupérées du Chu’unthor, le vaisseau d’entraînement Jedi disparu à Dathomir quelques mois auparavant.
— Un instant… (Luke termina ce qu’il était en train de lire, puis releva les yeux.) Oui, j’écoute…
— Luke ? C’est Leia. Est-ce qu’il y a là-dedans quelque chose concernant les Maîtres Jedi et leur besoin de sommeil ?
Luke baissa les mains. Celles-ci sortirent de l’image. Il fixa le visage de sa sœur à travers la transmission spatiale.
— Pourquoi serais-je allé dormir alors que je savais que tu allais appeler ?
— Tu le savais ? Ces archives d’entraînement doivent être… (Leia vit les coins de la bouche de son frère esquisser un sourire. Elle comprit soudain qu’il venait encore de lui faire le coup du « Maître Jedi infaillible » et elle laissa sa phrase en suspens.) Je suppose que tu sais également pourquoi je t’appelle ?
— Bien sûr, dit Luke, le visage de marbre. Parce que tu veux me parler.
Leia leva les yeux au ciel.
— Je finis par me poser la question ! (Elle se pencha vers l’holocom et parla à voix basse :) Écoute, nous avons eu de la visite pendant la vente aux enchères.
Leia parla à Luke de la clé cachée à l’intérieur du cadre du Crépuscule des Killik, elle lui raconta comment les Impériaux avaient tenté d’acquérir la peinture, puis la pagaille et le vol qui avaient suivi, et lui expliqua comment la situation s’était détériorée depuis.
— J’ai bien peur d’avoir attiré l’attention des gens du Chimaera sur la réelle importance du tableau, lorsque nous avons essayé de le détruire, conclut Leia. Et depuis, les choses ne font qu’empirer.
— Je crois que tu as quand même bien fait, dit Luke, hochant la tête. Si la clé se retrouvait accrochée au mur de la cabine d’un amiral quelconque, il faudrait que la Nouvelle République mette fin au programme Shadowcast. En admettant que les Impériaux découvrent un jour son existence, cela entraînerait la mort de nombre de nos espions.
— Je sais tout cela, dit Leia. Mais au rythme où vont les choses, si Han ne retrouve pas le tableau le premier, nos espions risquent de mourir encore plus rapidement que prévu.
Cette fois, Luke n’essaya même pas de rassurer sa sœur.
— Qu’est-ce que je peux faire pour t’aider ?
— Pas grand-chose, j’en ai bien peur, dit Leia. La situation évolue beaucoup trop vite pour que tu aies le temps de venir jusqu’ici. Mais j’aimerais que tu ailles informer Mon Mothma en personne. Personne d’autre ne connaît la véritable raison pour laquelle nous tenons à récupérer le Crépuscule.
— J’irai la trouver demain matin à la première heure.
— Merci, dit Leia. Et dis-lui bien que si elle n’a pas eu de nouvelles de nous avant le moment prévu pour le départ de l’Escadron Spectre…
— C’est-à-dire ? l’interrompit Luke.
— Eh bien, dans deux jours, répondit Leia, sentant que quelque chose n’allait pas. Ne me dis pas qu’ils sont déjà partis ?
— Wedge vient tout juste d’annuler le dîner que nous avions prévu pour demain soir, dit-il. Il ne m’a pas expliqué pourquoi, mais j’ai eu l’impression que quelque chose était sur le point de se produire, et plus tôt que prévu.
— C’est mauvais signe, dit Leia.
Les Spectre devaient partir en mission sur Askaj afin de capturer le Grand Moff Wilkadon pendant son inspection annuelle de ses installations. Le plan stipulait que Wedge Antilles, en charge de l’opération, se servirait du Shadowcast pour activer une cellule de résistance locale à même de fournir toutes sortes de renseignements et de l’armement. Si le Shadowcast était repéré, il n’y aurait personne à l’arrivée des Spectre pour leur donner un coup de main. Ou alors une armada Impériale au grand complet, pour leur tendre une embuscade.
— C’est très mauvais signe, ajouta Leia.
— Tu veux que je demande à Mon Mothma de les rappeler en urgence ?
— Non, répondit Leia en secouant la tête. Ça pourrait leur causer plus de tort que de bien. Ils traversent l’espace profond en silence radio total. La seule façon de les contacter, c’est le Shadowcast.
Elle n’eut pas besoin de lui expliquer que le très haut taux de sécurité du Shadowcast était contrebalancé par un certain manque de réactivité. Chaque message devait être méticuleusement codé avant d’être inséré comme onde fantôme sur un programme publicitaire bien spécifique, diffusé sur les réseaux holographiques à une heure convenue. Cela signifiait donc qu’il faudrait au moins une journée entière avant de pouvoir rappeler les Spectre. Malheureusement, à ce moment précis, ils auraient déjà franchi le point de non-retour. Pour peu que Wedge ait déjà activé la cellule locale de résistance, il n’y aurait aucun moyen de les empêcher de démarrer l’opération. Et d’aller droit dans le mur.
— Il faut qu’on récupère le code, dit Leia.
— Et si tu n’y arrives pas ?
— Je pense qu’il faudra quelques jours aux Impériaux pour le déchiffrer, répondit-elle. Il est possible qu’on ait assez de temps pour réagir.
— Que la Force soit avec toi, alors…
— Merci, dit Leia, se rendant compte de l’ironie de ces paroles en de telles circonstances. Dis à Mon Mothma que nous la tiendrons informée. Si elle n’a pas de nos nouvelles dans deux jours, il faudra qu’elle comprenne que le Shadowcast est perdu.
— Je le lui dirai. (Luke pinça les lèvres. Puisque Leia ne semblait pas vouloir couper la communication, il ajouta :) J’ai l’impression que tu veux me parler d’autre chose.
Leia sourit d’un air entendu et demanda :
— Est-ce ta sensibilité à la Force ou bien suis-je devenue si prévisible ?
— Un peu des deux. Si tu avais vraiment eu simplement besoin de quelqu’un pour transmettre un message à Mon Mothma, tu aurais certainement appelé Winter. (Il plissa les yeux et, dans l’hologramme indistinct, ceux-ci devinrent lugubres, presque vides.) Il y a quelque chose qui te perturbe…
— C’est cet endroit, je suppose, soupira Leia. Luke, pourquoi ne m’as-tu jamais dit qu’Anakin Skywalker avait grandi à Mos Espa ?
— Comment l’as-tu appris ?
— J’ai rencontré son meilleur ami, dit Leia. Il vit toujours ici. C’est lui qui a volé Le Crépuscule des Killik.
— Le meilleur ami de notre père a volé le tableau ? demanda Luke, l’air perplexe. Tu es bien sûre que c’est un ami de notre père ?
— Il s’appelle Kitster Banai, dit Leia. Il a proposé un holocube d’Anakin Skywalker pendant la vente aux enchères. Et tu n’as toujours pas répondu à ma question.
La tête de Luke se pencha vers l’avant.
— Honnêtement, Leia, j’ai pensé que tu ne voudrais pas le savoir. Chaque fois que j’essaie de te parler de notre père, tu me lances un de ces regards…
— Quel regard ? Eh bien, je te remercie, ça fait plaisir. (Leia détourna les yeux de l’émetteur holographique, ne sachant plus trop où se mettre. Luke lui ferait certainement la morale à propos de toutes ces choses qui venaient de se produire sur Tatooine. Elle décida de commencer par des questions simples :) Tu savais qu’il participait à des courses de podracers ?
L’image de Luke hocha la tête.
— J’ai fait des recherches par nom sur le réseau HoloNet. Il a gagné sa liberté à la Boonta Eve. C’est le seul humain à y être arrivé, je crois.
— C’est ce qu’on raconte, dit Leia. C’est un véritable héros, ici.
— Vraiment ? demanda Luke en souriant.
— Vraiment. (La voix de Leia suintait le sarcasme.) On dit qu’il n’a jamais triché.
— Cela ne me surprend pas.
— Moi, ça me surprend, dit Leia. J’ai du mal à croire tout ce que j’entends. Tous les gens qui le connaissaient l’adoraient. Et ils l’adorent toujours.
— Leia, ce n’était qu’un petit garçon, à l’époque. Tu ne pensais quand même pas qu’il serait venu au monde avec un casque noir et un masque facial, hein ?
Leia se rappela le rêve à bord du Faucon Millennium.
— Cette pensée m’a effectivement traversé l’esprit à un moment. (Elle marqua une pause, se demandant si elle devait – si elle allait oser – lui parler de son cauchemar. C’était un peu comme annoncer à quelqu’un qu’on n’a pas vu depuis longtemps qu’il va mourir… Ce n’est pas le genre de chose qu’on a envie d’entendre.) Luke, tu n’as jamais remarqué quelque chose d’étrange à propos de Tatooine ?
— Qu’entends-tu par étrange ? demanda-t-il. Tu sais bien quel genre de planète c’est…
— Je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. C’est une présence. La sienne. À moins que ce ne soit la tienne. (Leia lui parla de ses conversations avec Wald et Teemto, de cette curieuse sensation familière qu’elle avait éprouvée dans les rues de Mos Espa. Elle s’abstint de lui parler de celle qu’elle avait perçue dans son rêve.) Je n’arrête pas de penser que la Force est en train de me conduire sur le chemin qu’ont emprunté tous les Skywalker. Je ne suis pas sûre d’aimer ça.
Luke se pencha vers son holocom et l’image de sa tête grossit.
— Tu n’es pas obligée d’aimer ça. Essaye juste de ne pas y résister.
Leia sentit la colère monter en elle.
— Tu veux dire que je dois lui pardonner ?
— Non, je veux dire que tu dois avoir foi en ce que tu découvres, dit Luke d’une voix plus sérieuse. Leia, la Force n’est au service de personne. Ce sentiment que tu éprouves n’a rien avoir avec moi ou avec notre père. Si la Force a une quelconque emprise sur toi, c’est qu’elle répond à l’énergie que tu émets.
— Ce n’est pas possible, dit Leia. Je ne suis pas Jedi.
— Tu n’as pas besoin d’être un Jedi pour succomber à tes propres peurs ou à tes propres colères.
— Moi ? (Leia secoua la tête.) Je me fais peut-être un peu de souci pour Han. Mais je n’éprouve pas de peur. Enfin, pas celle que tu peux imaginer. Et puis, je ne suis en colère contre personne, en ce moment.
Luke ne dit rien et attendit. L’image n’était pas assez nette pour qu’elle puisse s’en assurer, mais Leia sentit qu’il était en train de la dévisager, patiemment.
— Enfin, pas après qui que ce soit de vivant, se corrigea-t-elle. Et Dark Vador ne compte pas.
— Dark Vador n’est pas celui avec qui tu dois faire la paix. La Force est avec toi et ce que tu entreprendras ne pourra rien y changer. (Luke se pencha si près de l’holocom que Leia ne vit plus que ses yeux, bleus, doux… et légèrement flous.) Leia, il se peut que tu sois en danger. Si tu ne fais pas attention, ta peur et ta colère te pousseront vers ce que tu crains le plus.