DICTIONNAIRE DES AUTEURS
ALBEE (GEORGE SUMNER) – C’est là un de ces auteurs-météores qui ne font qu’une seule apparition dans le monde de la science-fiction, et dont le souvenir serait perdu s’ils n’avaient retenu l’attention d’un anthologiste ; dans ce cas particulier, ce fut Groff Conklin qui reprit cette nouvelle dans son recueil 12 Great Classics of Science Fiction.
ALDISS (BRIAN WILSON) – L’« homme de lettres » de la science-fiction britannique. Né en 1925, Brian W. Aldiss participa à la seconde guerre mondiale en Birmanie. Revenu à la vie civile, il travailla pendant une dizaine d’années comme libraire, avant de se consacrer à une carrière littéraire. Il fut un des auteurs révélés par la revue londonienne New Worlds. Observant que « la science-fiction n’est pas plus écrite pour les savants que les histoires de fantômes ne le sont pour les fantômes », il s’efforce de concilier les exigences du style avec celles du contenu. Sa réputation est aussi étendue aux États-Unis que dans son propre pays, grâce à des ouvrages tels que Non-stop (1956, Croisière sans escale), Space, Time and Nathaniel (1957, l’Espace, le temps et Nathanaël), The Canopy of Time (1959, Equateur), Hothouse (1961, Le Monde vert) et Greybeard (1964, Barbe-Grise). Il a ultérieurement signé quelques récits où l’expérimentation verbale tient la première place, ce qui l’a fait classer parmi les adeptes occasionnels de la « nouvelle vague » de la science-fiction. En 1964-1965, il collabora avec Harry Harrison pour un éphémère – mais remarquable – périodique consacré à la critique littéraire du domaine, S. F. Horizons. Il a fait paraître, en 1973, une histoire de la science-fiction, Billion Year Spree, et a de nouveau œuvré avec Harry Harrison, notamment pour la publication de neuf anthologies annuelles, Best S. F. : 1967-1975. Il a réuni, seul, d’autres recueils notables, dont Space Opéra (1974), Space Odysseys (1974) et Galactic empires (1976). Comme auteur, Aldiss a expérimenté les techniques habituellement associées à l’anti-roman et au flux de conscience à la manière de James Joyce dans Report on Probability A (1968), une « histoire surréaliste de voyeurisme énigmatique ». Il a aussi écrit The Shape of Further Things (1970), une intéressante combinaison d’autobiographie et d’autocritique. Avec Harry Harrison, encore, il a réalisé Hell’s Cartographers (1975), un recueil de textes autobiographiques par six auteurs de science-fiction, dont Harrison et lui-même. Enfin, il est toujours présent sur la scène science-fictive du début des années 80 avec la trilogie saisonnière d’Helliconia (1er tome : Le Printemps d’Helliconia).
ANDERSON (POUL) – L’orthographe de son prénom s’explique par ses ascendances Scandinaves ; il est cependant né aux États-Unis, en 1926. Après des études de physique – financées par la vente de ses récits, et achevées par un diplôme obtenu en 1948 –, il s’est consacré à la carrière d’écrivain. Entre son premier texte, publié en 1947, et le numéro spécial que The Magazine of Fantasy and Science Fiction lui consacra en avril 1971, il a fait paraître trente-quatre romans, quinze recueils, trois livres ne relevant pas de la science-fiction et deux anthologies, en plus de ce qu’il a signé dans les différents magazines spécialisés. Un sens de l’épopée, sans égal dans le domaine, anime beaucoup de ses écrits ; ceux-ci possèdent une vitalité dans l’action qui marque en particulier les scènes de bataille, pleines de mouvement. Cette qualité est mise au service de combinaisons thématiques variées. Guardians of Time (1955-1960, La Patrouille du temps) met en scène des hommes voyageant dans le passé afin d’éliminer les occasions de « déraillement historique ». The High Crusade (1960, Les Croisés du cosmos) exploite adroitement le motif du handicap d’une technologie trop avancée face à des primitifs résolus, les habitants d’un village médiéval anglais. Algis Budrys a salué en lui « l’homme qui serait le mieux qualifié pour parler des classiques (de la science-fiction) », ajoutant qu’il n’entreprenait cette étude que pour mieux créer ses propres univers. Titulaire de nombreux prix Hugo et Nebula, il a bâti une « histoire future » dans laquelle les récits construits autour de Nicholas van Rijn et, surtout, Dominic Flandry constituent des éléments unificateurs.
BRADBURY (RAY) – Aux yeux du non-spécialiste, Ray Bradbury est l’écrivain qui, plus que tout autre, a longtemps personnifié la science-fiction contemporaine. C’est par un chemin curieux qu’il est arrivé à cette situation. Son enfance paraît avoir été marquée par une peur de l’obscurité beaucoup plus prononcée que chez la plupart des écoliers, ainsi que par un intérêt précoce pour les contes de fées et les récits d’aventures. Ceux qui l’ont connu à cette époque le décrivent comme le boute-entrain du fandom de Los Angeles. Né en 1920, il décida, vers l’âge de dix-huit ans, qu’il deviendrait écrivain, mais les récits qu’il soumit à divers magazines spécialisés furent d’abord refusés ; de tous les grands auteurs « classiques », il est pour ainsi dire le seul qui n’ait pas été révélé par John W. Campbell Jr., le rédacteur en chef d’Astounding. Il vit en revanche ses nouvelles publiées dans Weird Tales et Planet Stories, puis dans des périodiques tels que The New Yorker, Collier’s, Esquire et The Saturday Evening Post ; après Robert Heinlein, il fut donc un des premiers auteurs de science-fiction dont les textes échappèrent aux supports spécialisés, et ce précédent devait prendre ultérieurement une importance considérable. Après 1946, ses écrits commencèrent à retenir vivement l’attention par leur originalité ; plusieurs se déroulaient dans un décor commun (la planète Mars, telle que Bradbury la rêvait, et non telle que l’astronomie la révélait), et ils furent réunis en 1950 en un volume qui consacra définitivement la réputation de leur auteur : The Martian Chronicles (Chroniques martiennes). The Illustrated Man (1951, L’Homme illustré), recueil composé de manière semblable, puis Fahrenheit 451 (1953), son premier roman, connurent un succès presque aussi vif. Il se confina alors pratiquement dans un unique thème fondamental (la dénonciation insistante des méfaits possibles de la science) qu’il développait dans un style volontairement simple, mais sur un rythme narratif dont la lenteur et la densité, obtenues en partie par l’emploi de répétitions et de retours, étaient minutieusement élaborées. L’esprit critique, chez Bradbury, ne va jamais très loin, mais l’écriture et le sens poétique sont ses atouts majeurs d’écrivain. C’est sans doute la raison pour laquelle les critiques non spécialisés l’ont remarqué, lui plutôt qu’un autre, parmi les auteurs de science-fiction contemporains. En mai 1963, The Magazine of Fantasy and Science Fiction lui consacra un numéro spécial. Depuis cette date, il a notablement ralenti son activité dans le domaine, écrivant du fantastique, de la poésie et des scénarios – pour le théâtre et le cinéma aussi bien que pour la télévision.
BUCK (DORIS PITKIN) – Cette signature est apparue, depuis 1952, au sommaire de The Magazine of Fantasy and Science Fiction principalement, avec des nouvelles ainsi que des poésies.
CHRISTOPHER (JOHN) – Christopher Samuel Youd, Anglais, né en 1922, utilise le pseudonyme John Christopher pour ses récits de science-fiction. Il s’est créé une large audience grâce à des romans aux thèmes post-catastrophiques : The Death of Grass (1956, Terre brûlée), sur une Terre brusquement privée de ses ressources agricoles ; The World in Winter (1962, L’Hiver éternel), sur les ravages provoqués par une nouvelle ère glacière ; A Winkle in the Skin (1965), sur les bouleversements dus à une série de séismes continentaux. Sans sacrifier au pessimisme noir ni à l’horreur, ces textes sont écrits avec un sobre réalisme et une vraisemblance incontestable sur le plan de la psychologie. Parmi les autres livres de cette période, The Twenty-Second Century (1954) groupe des nouvelles sur une Terre future où l’économie éclairée a supplanté les milieux politiques dans la conduite des affaires mondiales. Après 1966, il a surtout écrit pour de « jeunes adultes », rencontrant un succès considérable. Sa trilogie, The White Mountains, The City of Gold and Lead, The Pool of Gold and Fire (1967-1968), reprend le thème de la révolte contre des conquérants extra-terrestres avec l’adjonction d’une menace climatologique.
ELLISON (HARLAN) – Né en 1934, Harlan Ellison est un des écrivains de science-fiction – de science-fiction, et ce, malgré sa volonté particulièrement affirmée de se situer à l’extérieur du genre ! – qui éprouve le plus violemment le besoin de s’expliquer. Ses recueils comportent habituellement un substantiel appareil para-fictif, sous forme de préface, introductions séparées des nouvelles, réflexions de l’auteur, aperçus autobiographiques, etc. Une manière plus rapide d’évaluer le personnage consisterait à lire son portrait de jeunesse tracé par son ami Robert Silverberg dans le numéro spécial (juillet 1977) que The Magazine of Fantasy and Science Fiction lui consacra ; que l’on sache simplement qu’il n’est pas rare de le voir jouer de la machine à écrire dans des lieux assez insolites (la vitrine d’une librairie ; une tente de camping installée dans les salons d’une convention mondiale), et que seules quelques rares personnes peuvent arborer le badge suivant : Never insulted by Harlan Ellison. Dans ses écrits, il apparaît comme une sorte d’écorché agressif, dont le style oscille de l’opportunisme « nouvelle vague » à la simple faconde, et s’appuie sur un talent narratif nerveux. S’il ne s’est pas beaucoup intéressé au roman, Ellison a signé un nombre considérable de nouvelles, dans lesquelles on distingue certains thèmes principaux : son aversion pour la science – qu’il ne traite d’ailleurs pas de façon rigoureuse –, son intérêt pour les archétypes des mythes juifs et chrétiens, sa méfiance envers l’amour. Ces écrits lui ont rapporté un nombre appréciable de prix Hugo et Nebula. Il a publié trois anthologies notables : Partners in Wonder (1971, La Chanson du zombie), Dangerous Visions (1967, Dangereuses visions) et Again, Dangerous Visions (1972). La première rassemble des récits dont chacun résulte de la collaboration d’Ellison avec un auteur différent. Les deux dernières, qui ont fait l’effet d’une bombe par la qualité, l’originalité et l’« avant-gardisme » des textes retenus – quoique la série des Orbit de Damon Knight ne leur cède en rien –, ne sont que l’apéritif à Last Dangerous Visions, superstructure, pour l’instant limitée à trois épais volumes, en gestation depuis plus de dix ans, et dont on espère la publication prochaine…
HILL (RICHARD) – Né en 1943. Après avoir exercé divers métiers (vendeur de chaussures, chauffeur d’ambulance, maître nageur, etc.), il s’est tourné vers l’enseignement et la littérature. Il a écrit, en plus de quelques récits de science-fiction – romans et nouvelles –, des articles de journalisme et des poèmes.
KAGAN (NORMAN) – Après avoir achevé des études de mathématiques, Norman Kagan écrivit, entre 1964 et 1966, quelques nouvelles de qualité où il exploitait souvent avec humour et de façon originale ses connaissances scientifiques.
KORNBLUTH (CYRIL M.) – Après avoir travaillé pour une agence de presse, C. M. Kornbluth (1923-1958) publia son premier récit, en 1940, et se consacra, dès lors à la science-fiction. Doué, dès ses débuts, d’une grande facilité d’écriture, il put compenser les effets de la mobilisation de ses confrères plus âgés ; il lui arriva, en effet, de remplir pratiquement à lui seul, sous divers pseudonymes, des numéros entiers de certains périodiques dont les forces rédactionnelles avaient été « décimées » par l’appel sous les drapeaux. Il commença, en 1949, une deuxième carrière, écrivant cette fois sous son propre nom, et collabora notamment avec Frederik Pohl, en particulier pour The Space Merchants (1952, Planète à gogos), roman devenu rapidement classique par son évocation de l’hypertrophie future de la publicité et de ses pouvoirs. Kornbluth avait une réputation de solitaire, au caractère renfermé, et ses écrits reflètent souvent une vision pessimiste du monde – ce pessimisme allant de l’ironie désinvolte à l’amertume mordante et désespérée. Les romans qu’il rédigea avec ses collaborateurs – Frederik Pohl, principalement ; parfois, Judith Merril – laissent souvent percer l’influence modératrice de leur coauteur. Un récit qu’il avait écrit avec Pohl, The Meeting, a reçu un Hugo en 1973, quinze ans après son décès.
LEIBER (FRITZ) – Fils d’un acteur de théâtre et de cinéma qui eut son heure de célébrité dans les années 20 – on peut le voir dans Le Fantôme de l’Opéra –, et qui portait le même prénom que lui, Fritz Leiber Jr., naquit en 1910, et découvrit très tôt Shakespeare dans les tournées de son père. Il obtint un diplôme de psychologie, et s’essaya à divers métiers (prédicateur religieux, acteur dans la troupe paternelle). Il débuta, en 1939, dans Unknown, l’excellente – mais éphémère – revue de fantastique que John W. Campbell Jr. menait parallèlement à Astounding, et où il publia les premières aventures héroïques du Souricier gris et de Fafhrd (Le Cycle des épées, Le Livre de Lankhmar). En même temps, paraissaient, dans Weird Tales, des nouvelles fantastiques comme The Hound (1942), sur les « êtres surnaturels d’une cité moderne ». Enfin, il passa au roman, avec Conjure Wife (1943, Ballet de sorcières), puis Gather, Darkness ! (1943, À l’aube des ténèbres) et Destiny Times Three (1945) – dans ces deux derniers récits, il se convertit à la science-fiction, mais comme à regret, et en conservant de nombreuses références à la sorcellerie. En mai 1945, il devient co-rédacteur en chef de Science Digest, et s’arrête d’écrire. De 1949 à 1953, il signe une série de nouvelles sarcastiques pour Galaxy, dont Corning Attraction (1950, Le Prochain Programme au spectacle) et The Moon is Green (1952, La Lune était verte). Cette double activité professionnelle finit par le mener à la dépression ; il se met à boire, et tout finit par une cure de désintoxication. Enfin, il quitte Science Digest en 1956, et recommence à publier en 1957. Cette troisième carrière est de beaucoup la plus brillante, avec notamment deux romans qui obtiennent le prix Hugo : The Big Time (1958, Guerre dans le néant) et The Wanderer (1964, Le Vagabond). Fritz Leiber est peut-être, avec Théodore Sturgeon, l’auteur le plus original de sa génération ; son ton inimitable, où l’horreur et l’humour font pour une fois bon ménage, lui a souvent valu d’être tout d’abord incompris, et ce n’est que depuis les années 60 qu’on lui rend pleinement justice. Le numéro de juillet 1969 de The Magazine of Fantasy and Science Fiction lui a été consacré.
PURDOM (TOM) – Né en 1936, Tom Purdom est diplômé en sciences sociales. Il a principalement travaillé comme professeur, enseignant la langue anglaise et la science-fiction dans divers établissements universitaires de Philadelphie. Son ambition, a-t-il déclaré, est d’écrire le genre d’histoires qu’il aime lire. Le thème qui l’intéresse le plus est l’adaptation à la technologie. The Tree Lord of Imeten (1966), Five Against Ariane (1967) et The Barons of Behavior (1972) sont des romans où il campe un héros s’opposant à un dictateur, dans un cadre dont il soigne la cohérence technologique.
SCHRADER (STEVEN) – Le récit présenté dans ce volume paraît avoir été l’unique incursion de l’auteur – sous cette signature, tout au moins – dans le domaine de la science-fiction.
TENN (WILLIAM) – Pseudonyme de Philip Klass, né en 1920. Il n’a écrit qu’une cinquantaine de nouvelles, surtout dans les années 50, où il fut un des auteurs marquants de la revue Galaxy. Il est connu pour son sens de l’humour et sa désinvolture, mais le pathétique et l’amertume n’en sont pas moins significatifs de son œuvre. Depuis 1959, il ne fait plus que de rares apparitions, car son temps est pris par l’enseignement de fa science-fiction qu’il donne à l’Université d’État de Pennsylvanie. Il n’a écrit qu’un roman, Of Men and Monsters (1963, Des hommes et des monstres), et publié une belle anthologie sur l’enfant dans la science-fiction, Children of Wonder (1953).
WOLFE (GENE) – Né en 1931. Ingénieur diplômé, rédacteur d’un magazine professionnel spécialisé. Ses récits unissent une minutieuse attention envers la science à une écriture précise, évitant les effets brutaux. Sa trilogie de nouvelles, The lsland of Doctor Death and Other Stories (1970, L’Ile du docteur Mort et autres histoires), The Death of Doctor lsland (1973, La Mort du docteur Ile) et The Doctor of Death lsland (1978, Le Docteur de l’île de la Mort), joue sur les relations entre le monde réel et l’imaginaire, à travers un emprisonnement suggéré par les permutations de mots dans les titres. The Fifth Head of Cerberus (1972, La Cinquième Tête de Cerbère) réunit trois textes en un récit de colonisation planétaire utilisant extra-terrestres, ethnologie et clones. Gene Wolfe est un auteur original, profond, qui mériterait d’être plus largement lu, comme en témoigne également le cycle de Severian le Bourreau (1980-1982, L’Ombre du bourreau, La Griffe du demi-dieu, L’Épée du licteur, La Citadelle de Vautarque).