PAUL ET SON ARBRE

Par Gene Wolfe

 

Morte est l’autorité, chacun vit à sa guise.

RONSARD,

Discours des misères de ce temps.

 

Cette fois tout de même, la Constitution américaine se déglingue, la violence est maîtresse de la rue. Des révoltés ? Sans doute, mais de lespèce fasciste. A côté, des gens qui ne veulent pas voir. Mais il y a diverses façons de ne pas voir, et les enfants nimiteront pas forcément leurs parents. Peut-être sont-ils en train de chercher ailleurs une autre voie. A moins que ce comportement énigmatique soit leur manière à eux de vivre la même lâcheté que leurs parents. Allez savoir ! Gene Wolfe est un auteur très ambitieux, et il a réussi à écrire une histoire le héros est absent. Avec lui, nous finissons dans lambiguïté et le mystère. La révolte ne secoue plus. Elle plane.

 

C’ÉTAIT le lendemain du jour où le gouverneur de l’État avait fait appel à la Garde nationale, mais dans l’esprit de Morris, c’était plutôt le matin qui suivit la deuxième nuit passée par Paul dans l’arbre. Morris se lavait les dents au scotch ; il venait de jeter un coup d’œil dans la chambre de Paul ; son lit n’était pas défait. Et il faisait chaud, mais pas dans la maison car elle était climatisée.

Sheila dormait encore, allongée de tout son long comme un homme, sur l’un des lits jumeaux. Respectant son sommeil, il remplit son verre de scotch et, ainsi pourvu, se rendit au patio qui flanquait la maison. Le soleil était à peine levé et pourtant les meubles métalliques du patio en recevaient déjà une certaine chaleur. La journée promettait d’être torride. Il entendit le bruit sec des cisailles de Russell de l’autre côté de la haie et il s’arma de courage en prévision de l’inévitable commentaire.

« Ça va chauffer, hein ? »

La tête de Russell avait surgi au-dessus de la haie. Morris répondit d’un signe d’assentiment, espérant, par son silence, maintenir Russell à distance. Vain espoir. Il entendit son voisin lever le loquet de la barrière, et pourtant il évitait de regarder de son côté.

« Plus chaud que les charnières des portes de l’enfer, dit Russell en s’asseyant. J’avais décidé de faire mon jardinage de bon matin, à la fraîche, et voyez dans quel état je suis. Déjà tout en sueur. Vous avez su ce qu’ils ont fait la nuit dernière ? Ils ont frappé un flic à mort avec des clubs de golf et des maillets de polo qu’ils avaient piqués à une devanture. »

Morris ne dit mot ; il regardait la cabane de Paul dans l’arbre. C’était de l’autre côté de la cour, mais à une hauteur telle qu’on pouvait la voir par-dessus le toit de la maison.

« Ils l’ont frappé à mort en pleine rue.

– Je dirais que certains flics le méritent, dit Morris d’un air sombre,

– Oui, d’accord, mais ce que je n’encaisse pas, c’est de les voir zigouillés par ces gars-là… Dites-donc, il est un peu tôt pour picoler, non ? »

Russell était un grand type dégingandé, avec un long cou d’où saillait une grosse pomme d’Adam ;

Morris, petit et ventru, lui enviait son aspect longiligne.

« C’est bien possible, répondit-il. Je vous offre un verre ?

– Eh bien, comme c’est samedi… »

La maison était fraîche, bien plus que le patio, mais manquait d’air. Il emplit un verre du whisky bon marché réservé aux invités et y fit gicler un jet d’eau gazeuse. Lorsqu’il ressortit, Russell fixait à son tour la cabane perchée dans l’arbre.

« Votre fils Paul ? »

Morris fit un signe de tête affirmatif.

« Il a construit ça tout seul, pas vrai ? Je me rappelle l’avoir vu grimper là-haut avec des planches ou je ne sais quoi, et son petit transistor qui marchait pour lui tenir compagnie. »

Il prit le verre que Morris lui tendait.

« Ça ne vous ennuierait pas que j’aille voir ça de plus près ? »

Morris le suivit de mauvais gré, enjambant ces roses inodores aux tons de feu que Sheila aimait tant.

L’arbre qui se dressait de l’autre côté de la maison donnait trop d’ombre pour des roses. Il n’y avait rien sous ses branches hormis un maigre gazon et quelques pierres que Paul avait laissées tomber.

Russell siffla d’admiration.

« C’est tout en haut, dit-il. A quinze mètres au bas mot. Pourquoi lui avez-vous permis de bâtir ça si haut ?

– Sheila a pour principe de ne pas contrecarrer ses inclinations naturelles. »

Ces paroles, à peine prononcées, lui parurent insipides, et il les noya sous une nouvelle gorgée de whisky. Russell hocha la tête.

« Si jamais il tombe de là-haut, il se tue.

– Paul sait grimper aux arbres.

– Bien sûr, sinon il n’aurait jamais pu bâtir cette cabane. »

Russell continuait à la fixer, le corps fléchi en arrière. Morris était impatient de le voir retourner au patio.

« Le travail lui a pris près de deux semaines, dit-il.

– Il a chipé du bois dans le chantier à côté, n’est-ce pas ?

– Je lui en ai acheté une partie. »

Morris avait entrevu la petite tête brune de Paul à une fenêtre de sa cabane. Il se demanda si Russell l’avait vu.

« Mais il a piqué presque tout. Des barres de cinquante millimètres sur cent et de cent sur cent, ça a l’air d’être du solide.

– Certainement. »

Et Morris laissa échapper :

« Il a des seaux remplis de pierres là-haut.

– Pour quoi faire ?

– Je n’en sais rien.

– Eh bien, demandez-le-lui. C’est votre fils, non ? »

Frustré dans sa curiosité, Russell paraissait furieux. Silencieux, Morris liquida son second whisky.

« Comment fait-il pour grimper là-haut ? demanda Russell, les yeux fixés de nouveau sur la cabane. Vous-même, je doute que vous en soyez capable.

– Il a coupé certaines des branches une fois son travail terminé. Il a une corde à nœuds qu’il déroule de là-haut.

– Une corde ? Où ça ? » Russell écarquillait les yeux en quête d’une corde entortillée quelque part dans les branchages.

Trop tard, c’était lâché, et Russell allait tout savoir.

« Il tire la corde à lui lorsqu’il est installé là-haut », dit Morris. Son whisky était comme un bain de mercure sur son estomac à jeun.

« Quoi, il est donc là-haut maintenant ?

– Il y est depuis jeudi », dit Sheila, apparemment libre de toute inquiétude.

Les deux hommes ne l’avaient pas entendue venir. Morris se tourna vers elle et vit qu’elle portait une robe d’intérieur rose matelassée. Elle avait encore ses bigoudis.

« Tu n’avais pas besoin de te lever si tôt, dit-il.

– C’est exprès, répondit-elle en bâillant. J’ai mis le radio-réveil à six heures, Il va faire chaud en ville et je veux y être dès l’ouverture des magasins.

– A votre place, je n’irais pas aujourd’hui, dit Russell.

– Je n’irai pas là où vous pensez… Je sais choisir les bons magasins. »

Sheila bâilla de nouveau. Lorsqu’elle était démaquillée, pensa Morris, elle faisait trop âgée pour avoir un fils aussi jeune que Paul. Lui aussi, d’ailleurs, mais en général Sheila lui paraissait plus jeune ; surtout quand il avait bu.

« Vous avez vu qu’on a fait appel à la Garde nationale ? » ajouta-t-elle lorsqu’elle eut fini de bâiller.

Russell hocha la tête.

« Vous savez qu’on leur a reproché de tirer à tort et à travers et de faire plus de dégâts que les émeutiers. Eh bien, ils veulent manifester contre ces insinuations. Je l’ai entendu à la radio. Ils vont organiser une marche de protestation aujourd’hui. »

Russell n’écoutait plus. Il se pencha en arrière pour regarder une fois de plus la cabane de Paul.

« Il n’a pas bougé de là depuis jeudi, dit Sheila. C’est comique, non ? »

Morris fut le premier surpris de s’entendre dire :

« Moi, je ne trouve pas ça drôle, et je vais le faire redescendre aujourd’hui. » Sheila le regarda froidement. « Comment peut-il vivre là-haut ? demanda Russell.

– Oh ! il a des couvertures et tout ce qu’il faut.

– Pendant que j’étais au bureau jeudi, dit Morris posément, il s’est muni de couvertures, de conserves et de jus de fruit, et il a tout monté là-haut.

– C’est excellent pour lui, dit Sheila. Il a sa radio, son couteau de scout et tout le nécessaire. Il veut être seul et indépendant. Pourquoi pas ? Il descendra quand il aura faim, voilà ce que je dis à Morris, et en attendant nous savons où il est.

– Je vais le faire descendre aujourd’hui », répéta Morris, mais ni sa femme, ni Russell ne l’écoutaient.

Lorsqu’ils furent partis – elle pour mettre en train le petit déjeuner, lui sans doute pour finir de tailler son côté de la haie -, Morris resta sur place, les yeux fixés sur la cabane. Au bout de quelques minutes, il se dirigea vers le tronc et posa sa main sur son écorce rugueuse. Depuis trois jours, il étudiait cet arbre, et il savait qu’il n’était pas facile d’y grimper, même avant que Paul n’en élague quelques branches. D’un pas à peine chancelant, il alla au garage et en sortit l’échelle double.

Du haut de l’échelle, il arrivait à atteindre la branche la plus basse au prix d’une pénible gymnastique d’étirement, le corps appuyé contre le tronc, en équilibre instable sur ses orteils. Il avait bien changé depuis quinze ans et il en prit soudain conscience : ses paumes étaient devenues toutes molles, et son corps était lourd, lourd ! Pourtant, étreignant la branche, il tenta un rétablissement, mais en voulant serrer l’arbre entre ses jambes, il donna un coup de pied à l’échelle, qui fut renversée. Alors il entendit monter la voix de Russell – « Attention, Morris, vous allez vous casser la figure ! » – et un faible bruit de musique. Se tordant le cou, il vit Russell qui, un transistor attaché à la ceinture, était en train de redresser l’échelle.

Morris lui lança un remerciement reconnaissant et, tout haletant, fit une halte sur son perchoir avant d’en redescendre.

« A votre place, j’y renoncerais, dit Russell.

– Écoutez, dit Morris, encore suffoquant, voudriez-vous monter là-haut pour aller le chercher ? Vous êtes sûrement meilleur grimpeur que moi. »

Il était bien humiliant pour lui de s’avouer ainsi vaincu, mais il fallait s’y résigner.

« Désolé, dit Russell en portant la main à sa poitrine. Interdit par la faculté.

– Oh ! je ne savais pas.

– Rien de grave, mais je dois éviter les endroits d’où je pourrais faire une chute dangereuse. Je suis sujet au vertige.

– Je vois.

– O. K. Vous avez entendu les dernières nouvelles à propos des faux policiers ? »

Morris fit non de la tête, toujours pantelant, s’appuyant sur l’échelle pour retrouver son assiette.

« Ils dépouillent les flics crevés de leurs uniformes pour les endosser. Pour foutre la pagaille, c’est radical.

– Je veux bien le croire. »

Russell frappa l’arbre du pied.

« C’est votre môme, non ? Pourquoi ne lui dites-vous pas tout simplement de descendre ?

– C’est ce que j’ai fait hier. Sans résultat.

– Eh bien, essayez encore aujourd’hui. Un peu de fermeté !

– Paul ! cria Morris d’une voix aussi autoritaire que possible. Paul, regarde-moi ! »

Rien ne bougea dans la cabane en haut de l’arbre.

« Soyez ferme. Dites-lui qu’il faut descendre.

– Paul, sors de là immédiatement. »

Les deux hommes attendirent. Rien ne troubla le silence hormis la musique discordante de la radio et le murmure de la brise parmi les feuilles en dents de scie.

« Je parie qu’il ne viendra pas, dit Morris.

– Vous êtes sûr qu’il est là-haut ? »

Il en était sûr puisqu’il avait entrevu la tête de Paul un moment auparavant.

« Il est là-haut. C’est tout simple, il ne veut pas répondre. »

Morris se rappela le temps où il sortait de leur tiroir les photos de sa propre enfance, don de sa mère, et les étudiait pour essayer de découvrir quelque similarité entre lui et Paul.

« Il ne veut pas discuter, conclut-il faiblement.

– Dites-donc, pourquoi ne pas abattre l’arbre ? »

Russell avait dit ces mots en un murmure. Morris fut horrifié.

« Il serait tué ! »

La radio cessa d’égrener ses tintements métalliques. « Nous interrompons ce programme pour vous donner lecture dune dépêche qui vient de tomber sur nos téléscripteurs. » Les deux hommes se figèrent. « La manifestation organisée par les Citoyens pour la Paix a été dispersée par quelque cinq cents membres des sections dassaut du Parti Nazi Américain. Il paraîtrait que les membres dun club motocycliste sont entrés dans la mêlée, mais on ignore dans quel camp. »

Russell arrêta la radio. Morris soupira.

« Chaque fois qu’ils nous transmettent un communiqué, je m’attends à ce que ce soit la grande nouvelle. »

Son voisin acquiesça d’un signe de connivence.

« Bon. Écoutez. Il n’est pas question d’abattre l’arbre entièrement. De toute façon il fait bien quatre-vingts centimètres de diamètre, et ça prendrait sans doute deux ou trois jours. Alors il nous suffirait de lui donner quelques coups de hache. Votre fils aurait peur d’être abattu avec l’arbre, et il descendrait. Vous avez une hache ? »

Morris fit non de la tête.

« J’en ai une, dit Russell, je vais la chercher. »

Morris attendit qu’il eût disparu, puis appela Paul plusieurs fois d’une voix douce. Pas de réponse. Morris éleva la voix.

« Nous ne voulons pas te faire du mal, Paul. »

Que faire ? Lui offrir quelque chose pour l’amadouer, mais quoi ? Il avait déjà une bicyclette.

« Je ferai aménager pour toi une piscine, Paul. Dans l’arrière-cour, là où ta mère a ses fleurs. Je vais faire venir des hommes avec un bulldozer pour creuser la terre et faire une piscine. »

Pas de réponse. Il aurait aimé dire à Paul qu’ils n’avaient pas vraiment l’intention d’abattre l’arbre, mais quelque chose l’en empêchait. Il entendit Russell ouvrir la barrière de l’autre côté de la maison.

Sa hache était un vieil outil émoussé et rouillé ; la tête en était mal assujettie sur le manche, si bien qu’au bout de quelques coups il fallait la cogner sur le tronc pour la remettre en place ; la main de Morris, déjà écorchée, souffrait à chaque coup de hache. Lorsqu’il eut enfin réussi à faire sur l’arbre une petite entaille – la plupart du temps notre bûcheron manquait piteusement son but, frappant trop haut ou trop bas – il avait les bras et les poignets tout endoloris. Paul n’avait pas bougé, ne daignant même pas regarder par une de ses fenêtres.

« Je vais encore essayer de grimper, dit Morris. Avez-vous une échelle plus longue que celle-ci ? »

Russell acquiesça.

« Oui, si vous m’aidez à la transporter. »

La femme de Russell les intercepta tandis qu’ils traversaient son patio ; elle les fit entrer chez elle pour leur offrir une limonade.

« Bonté divine, Morris, on dirait que vous allez attraper un coup de sang ! Fait-il donc si chaud dehors ? »

La maison de Russell était climatisée, elle aussi.

Ils étaient assis dans la salle de séjour, sirotant leur limonade. On voyait scintiller des images animées sur le petit écran, mais la femme de Russell avait baissé le son au point de le réduire à un faible murmure. On voyait un vaste édifice hétéroclite d’où sortaient des vagues de fumée. Des pompiers et des soldats s’affairaient tout autour. Puis la caméra, en un travelling vertigineux, prit en enfilade des rues de banlieue, et Morris vit deux maisons très semblables à la sienne et à celle de Russell ; il eut presque l’impression de percer leur mur du regard et de se voir lui-même, avec son voisin, en train d’observer leurs propres maisons sur l’écran, du fond de leurs fauteuils… Une autre image : la police tirant sur les fenêtres d’un grand immeuble de rapport. Russell, par des clins d’œil et des gestes, lui faisait signe de se taire : il profitait de ce que sa femme était à la cuisine pour lui verser du gin dans sa chope de limonade.

Morris fut pris de nausée lorsqu’il se leva. Il se demandait vaguement si Sheila le cherchait, irritée de voir son déjeuner refroidir. Il reprit son aplomb sur le pas de la porte et sortit, précédé par Russell. Il était conscient d’avoir le visage en feu. La chaleur était devenue accablante.

Il leur fallut écarter des pots de peinture et des fenêtres brisées pour dégager l’échelle extensible de Russell. Elle était aussi vieille que la hache, barbouillée de taches blanches et jaunes, et elle leur parut lourde comme du métal lorsqu’ils l’eurent calée sur leurs épaules pour l’amener à l’arbre.

« Avec ça vous grimperez les six premiers mètres, dit Russell. Vous pensez pouvoir aller ensuite jusqu’en haut ? »

Morris fit oui de la tête, sachant bien qu’il en serait incapable.

Ils assemblèrent les deux sections de l’échelle et la posèrent contre l’arbre, Russell discourant savamment sur la distance qui devait séparer sa base de celle de l’objet à escalader. Il avait été ingénieur autrefois ; pourquoi ne l’était-il plus ? Morris ne l’avait jamais su exactement.

L’échelle tremblait. Il lui paraissait étrange d’être entouré de feuilles au lieu de les voir d’en bas, et d’avoir à regarder en dessous de lui pour voir Russell collé au sol. Au sommet de l’échelle, une grosse branche était tombée quelques années auparavant, et elle avait laissé un espace vide qui lui permettait d’embrasser du regard toutes les maisons du voisinage au-dessus au toit de sa propre demeure.

« Je vois de la fumée, cria-t-il. Là-bas. Un grand incendie.

– Pouvez-vous grimper jusqu’à votre fils ? »

Morris essaya d’abandonner l’échelle en enjambant délicatement le tronçon de la branche cassée. Il fut pris de vertige et redescendit.

« Qu’avez-vous ?

– Si j’avais une corde, dit Morris, accompagnant ces mots d’une mimique appropriée, je la mettrais autour de ma taille et autour du tronc. Vous savez, comme les hommes qui grimpent aux poteaux télégraphiques. »

– Des sirènes mugissaient au loin.

« J’en ai une, dit Russell en claquant des doigts. Attendez une minute. »

Morris attendit. Le bruit des sirènes s’éteignit. Il n’entendait plus que le murmure des feuilles. Mais Russell ne revint pas. Morris allait rentrer chez lui lorsque le camion s’arrêta le long du trottoir. C’était un camion découvert et il disparaissait sous les hommes qu’il transportait, des blancs, des bruns, des noirs ; la plupart d’entre eux portaient des chemises et des pantalons kaki avec de larges ceintures de cuir noir, mais pas d’insignes, et ils avaient pour armes des gourdins, des bouteilles et des barres de fer. Il en vit quelques-uns traverser sa pelouse alors que le camion était à peine arrêté, et un grand type armé d’une batte de base-ball se mit à frapper sur la grande baie de sa salle de séjour.

« Que voulez-vous ? dit Morris. Qu’est-ce que c’est ? »

Le chef de la bande l’attrapa par le plastron de sa chemise et le secoua comme un prunier tandis que les autres faisaient cercle autour de lui. Une pierre frappa le sol, suivie d’une seconde pierre, et Morris comprit que Paul les lançait de là-haut pour le défendre, mais la distance était trop grande. Il reçut un grand coup de chaîne sur le dos.


Traduit par JEAN BAILHACHE.

Pauls Treehouse.