CHAPITRE V

Le général Khamar et quelques-uns de ses principaux officiers d’état-major observaient les envahisseurs depuis la crête sur laquelle s’était tenue Odie quelques heures auparavant. Khamar avait réussi à atteindre la falaise avant que l’ennemi ne se déploie complètement et avait rapidement établi une place forte. Jusqu’ici, les envahisseurs se contentaient de tirs sporadiques contre les troupes de Khamar, sans les attaquer proprement dit.

— Nos tranchées sont trop profondes, remarqua l’un des officiers.

— Ce ne sont que des droïdes, de toute façon. Rien qui puisse inquiéter nos troupes, observa un autre.

Le général Khamar lui jeta un coup d’œil. Rien qui puisse inquiéter nos troupes ? Cet officier n’avait manifestement aucune idée quant au potentiel terriblement destructeur des droïdes de guerre. Il envisagea rapidement de le remplacer par quelqu’un de plus expérimenté, mais réalisa qu’il n’en aurait pas le temps. Il revint à ce qui se passait sous ses yeux. Il y avait quelque chose de bizarre, dans tout ça. Une armée d’environ cinquante mille droïdes était tranquillement assise là, sans faire le moindre mouvement pour les attaquer.

Qu’attendaient-ils ?

— Ils ne peuvent pas nous déborder par les côtés, monsieur. Nous avons de nombreuses troupes, annonça un officier. S’ils veulent nous attaquer, il va falloir qu’ils le fassent de front. Nous les taillerons en pièces s’ils s’y risquent. Ils attendent sans doute des renforts.

Le général Khamar fronça les sourcils en se passant pensivement la main sur le menton. Il n’avait pas dormi depuis quarante-huit heures. C’était l’un des problèmes majeurs, en temps de guerre. On ne dormait jamais assez. Plus d’une fois, Khamar avait demandé des renforts à Coruscant, en particulier des croiseurs intersidéraux pour protéger la planète directement depuis l’espace, mais toutes ses demandes avaient été refusées. Il n’ignorait pas que la République s’était engagée dans un vaste conflit à l’échelle galactique ; et les soldats qu’on lui refusait pour assurer la défense de Praesitlyn étaient hélas nécessaires sur d’autres champs de bataille. Quand il avait précisé à quel point le Centre de Communication Intergalactique était important, on lui avait rétorqué qu’il allait devoir faire avec ce dont il disposait. Même les Sluissis, qui possédaient pourtant des vaisseaux, ne lui seraient d’aucun secours. Ils avaient besoin de toutes leurs unités pour protéger leurs pistes de décollage.

C’était presque comme si la République voulait que les Séparatistes attaquent Praesitlyn. Le général avait gardé cette pensée pour lui, bien sûr. C’était de toute façon ridicule. Tout le monde savait à quel point Praesitlyn était vitale. Tout le monde savait à quel point les forces de la République étaient faibles.

Mais…

Tout d’un coup, le général vit avec une clarté absolue ce qui allait se produire. Il se retourna vers la carte holographique et pointa le doigt sur un vaste chaos rocheux à dix kilomètres derrière ses lignes.

— Je veux qu’on envoie un détachement ici, dit-il rapidement. Faites-les avancer dès que possible, mais en petites unités, l’infanterie et les troupes de soutien en premier. Si l’ennemi s’aperçoit que nous reculons, je ne veux pas qu’ils attaquent et que nos premières lignes se retrouvent seules. Que les ingénieurs et leurs aides partent avec le premier groupe pour aménager le terrain. Les tanks et l’artillerie mobile noieront l’ennemi sous un déluge de feu pour s’assurer qu’ils ne bougent pas une oreille. Ils partiront en dernier et tiendront jusqu’à ce que les autres soient en sécurité. De combien de vaisseaux disposons-nous ?

— Toute une escadrille, monsieur, mais…

— Parfait, il nous faudra un appui aérien pour couvrir notre retraite.

— Mais Monsieur, protesta un autre officier, nous avons formé un périmètre classique de défense. Ils ne peuvent pas le percer.

D’autres membres du staff approuvèrent de la tête en jetant des regards anxieux à leur général.

— Ils ne tenteront pas le moindre assaut ici, annonça tranquillement Khamar, et ça n’est pas leur armée principale. Nous nous sommes fait avoir. Les vaisseaux les plus importants n’ont pas encore débarqué. Quand ils le feront, ce sera derrière nous. Cette armée – il désigna les droïdes en contrebas – n’est que l’enclume. Le marteau ne va pas tarder à frapper. Juste derrière nous.

Un silence total suivit les paroles de Khamar pendant plusieurs secondes, le temps que leur signification se fraie un chemin à travers la tête dure des officiers.

— Oh, non, murmura quelqu’un.

Le général Khamar soupira.

— Écoutez-moi attentivement. Nous nous retirons. Appelez ça comme vous voudrez, mais il est vital que le moral des troupes n’en souffre pas.

— Général, déclara un officier, en ce cas, n’annonçons pas la retraite. Contentons-nous de dire que nous changeons de position pour les attaquer d’un autre endroit.

Le général Khamar sourit et tapa l’officier sur l’épaule.

— Parfait. Allons-y, exécution. Je compte bien sauver ce que je peux de cette armée, et si les Séparatistes s’emparent de cette planète, ce qu’ils feront à coup sûr si j’ai vu juste, je veux au moins le leur faire payer chèrement. J’espère juste qu’on ne sera pas trop lents à atteindre ces rochers.

 

Pors Tonith ne prit même pas la peine de regarder Karaksk Vet’lya, son chef d’état-major Bothan, quand ce dernier lui apporta la nouvelle.

— Donc, il n’est pas aussi stupide que prévu ? dit Tonith, un léger sourire sur ses lèvres tachées de rouge. Depuis combien de temps ont-ils commencé leur retraite ?

Son ton était parfaitement maîtrisé.

La fourrure de Karaksk ondoya doucement alors qu’il cherchait les mots appropriés pour faire un rapport aussi clair que possible.

— Depuis une heure, monsieur, mais nous…

— Ah ?

Tonith regarda finalement Karaksk et leva son index pour lui intimer le silence.

— Nous ? Qui ça, nous ? Vous êtes schizophrène ? Qui est donc ce nous qui prend des décisions à ma place ?

Karaksk déglutit nerveusement.

— Je veux dire, monsieur, que notre état-major a remarqué ces déplacements et que nous, l’état-major et moi-même, avons décidé d’observer le déroulement des événements pour s’assurer de leurs véritables intentions.

Sa fourrure se tordit, témoin de son malaise, alors que la trouille le prenait au ventre.

— Vous avez décidé ?

Tonith reposa précautionneusement sa tasse de thé sur la soucoupe et se leva.

— Leurs intentions consistent à se retirer, n’est-ce pas ?

Il sourit.

— Pauvre crétin ! hurla-t-il en postillonnant sur la fourrure de Karaksk, ils ont percé à jour notre plan. Ils déplacent leur armée jusqu’à une position tenable ! Même un droïde aurait pu s’en rendre compte !

Tonith réussit à se calmer.

— Combien de soldats sont encore en position ? À quelle distance du Centre de Communication se trouve leur force principale ?

Avec un peu plus de confiance en lui, Karaksk répondit :

— Leur artillerie mobile et leurs tanks restent en place, monsieur. Leur infanterie a atteint la faille, une barrière naturelle à quelque dix kilomètres derrière leur position précédente. D’autres troupes sont en route. Ils sont à environ cent cinquante kilomètres du Centre.

Tonith commençait à apprécier le défi que ces changements représentaient.

— Intéressant. Nous continuons comme prévu. Je donne immédiatement l’ordre à notre flotte principale d’atterrir. Il semble que je sois face à deux choix : Je peux laisser cette garnison tranquille et les isoler pendant que je prends le Centre avec mes autres troupes, ou bien d’abord anéantir la garnison et ensuite prendre le Centre. Qu’en pensez-vous, cher ami ?

— Eh bien, monsieur, si je peux me permettre, encerclez-les et prenez immédiatement le Centre de Communication Intergalactique, Nous n’avons pas besoin de toutes nos forces pour les déborder. Votre plan, monsieur, est parfait.

— Et laisser une armée ennemie derrière moi, vraiment ?

— Eh bien…

— Les ennemis ne se vengent pas quand ils sont morts. Nous commencerons d’abord par défaire entièrement cette armée, et seulement ensuite, nous prendrons le Centre de Communication. Nous avons l’avantage militaire, mais nous avons aussi le temps. Rompez.

Il termina sa sentence en le foudroyant du regard.

Tonith sourit alors que Karaksk se retirait rapidement. Les Bothans étaient opportunistes, traîtres, avares et obséquieux, autant de caractéristiques qu’il appréciait et qu’il pouvait utiliser. Et les ondulations sur leur fourrure les rendaient tellement transparents.

 

— J’ai une mission pour vous.

Odie se tenait raide et figée devant le commandant de l’unité de reconnaissance accompagné d’un autre officier dont les insignes trahissaient le grade d’ingénieur en chef.

— Je vous présente le colonel Kreen, qui commande notre bataillon d’ingénieurs de terrain. Cette formation rocheuse, là où vous avez rejoint le sergent Maganinny, je veux que vous la montriez au colonel Kreen. Immédiatement.

— Oui monsieur, répondit Odie.

— Allons-y, soldat, dit le colonel Kreen.

Il s’avança vers elle après avoir adressé un bref signe de tête au lieutenant. Alors qu’Odie et lui se dirigeaient vers le bivouac de l’unité d’ingénieurs, il la briefa rapidement sur sa mission.

— J’ai tout un convoi plein à craquer de marchandises et prêt à partir. Je veux que vous leur montriez le chemin. Ils déchargeront tout là-bas, au milieu de cette formation rocheuse, et ils y prépareront un périmètre de défense.

Il lui sourit, mais elle pâlit quand elle comprit soudainement la nature exacte de leurs déplacements.

— Ce n’est pas une retraite, précisa-t-il, nous ne faisons qu’établir une base arrière de ravitaillement.

Il sourit chaleureusement en voyant son expression.

— Êtes-vous prête à partir ? demanda-t-il en souriant toujours.

Son ton rassurant était un peu forcé et son regard en disait long.

— Oui monsieur, répliqua Odie avec enthousiasme.

Comme on n’avait plus besoin d’elle pour les missions de reconnaissance, elle était affectée ici et elle s’ennuyait à mourir.

 

L’éclaireuse de première classe Odie Subu démarra sa motojet alors qu’elle observait attentivement les trois cents véhicules de l’unité d’ingénierie reculer lentement en direction de la faille. Il y avait des terrassiers, des ouvriers, des géomètres et toutes sortes de machines exotiques dont elle n’aurait su dire l’utilité. Les plus nombreux restaient les transports de marchandises, dont la plupart portaient les symboles danger, explosifs.

Elle estima qu’il y avait ici suffisamment de poudre pour vaporiser l’armée entière. Elle se demanda brièvement pourquoi le général Khamar n’utilisait pas ces explosifs pour anéantir les droïdes, mais réalisa ensuite qu’il était impossible de les acheminer au cœur de l’armée ennemie sans annihiler l’unité chargée d’un tel boulot. Malgré tout, il lui semblait dommage de ne pas en laisser quelques tonnes derrière eux pour piéger les droïdes.

Bon, décida-t-elle, le général Khamar sait certainement ce qu’il fait. Par ailleurs, comment pouvait-elle savoir si les ingénieurs n’avaient pas déjà placé quelques explosifs pour détruire tout droïde qui passerait par ici ?

— Éclaireuse.

La voix du colonel Kreen lui arriva via la radio du casque.

— J’écoute, monsieur, répondit-elle dans son micro.

— Nous sommes prêts. Allez-y.

Odie jeta un dernier regard au convoi. Quelle que soit la route qu’elle choisisse, elle allait devoir tenir compte de la largeur maximale de certains véhicules. Elle secoua la tête, un geste masqué par son casque. La plus grosse de ces machines était si large qu’il lui faudrait faire quantité de détours avant d’arriver à destination.

— J’avance, monsieur, dit-elle en démarrant sa motojet.

Elle ne pourrait pas pousser la vitesse au maximum. Même les misérables deux cent cinquante kilomètres à l’heure de sa motojet étaient de trop. Sur un terrain aussi rocailleux, cinquante kilomètres à l’heure était la vitesse la pointe des véhicules les plus lents. De plus, elle dut s’arrêter plusieurs fois parce que le colonel Kreen décrétait que le nuage de poussière qu’ils soulevaient était trop visible. La distance qu’ils avaient à couvrir ne dépassait pas les dix kilomètres à vol d’oiseau. Mais il fallait sans cesse faire des détours, et au final, les dix kilomètres furent multipliés par quatre.

Mais ils finirent par arriver. Elle stoppa et se mit de côté pendant que les véhicules la dépassaient.

Le colonel Kreen gara son véhicule de commandement à ses côtés.

— Impeccable, soldat, dit-il. Je veillerai à ce que le général Khamar et votre chef d’unité sachent que votre comportement a été exemplaire. Vous pouvez repartir, maintenant.

— Merci, monsieur.

Odie salua et attendit que le commandant retourne dans son véhicule pour faire demi-tour et redémarrer. Elle lança sa motojet à plein régime.

 

Le lieutenant Erk H’Arman savait qu’il tombait, mais même en dégringolant vers le sol, il resta calme, faisant appel à chaque fibre de son corps et à toutes ses compétences pour sauver son vaisseau. Le tir du chasseur ennemi l’avait frappé comme un gigantesque marteau et l’avait fait tourner comme une toupie incontrôlable. Il avait tout juste réussi à stabiliser son engin à environ mille mètres au-dessus du sol. Le système hydraulique le lâcherait bientôt et il n’aurait alors que deux choix : s’éjecter ou se sacrifier avec son vaisseau. Jusqu’ici, aucun feu ne s’était déclaré à bord. Le crash ne posait pas de problème en soi – c’était rapide –, mais brûler vif était la pire angoisse des pilotes.

Les alentours foisonnaient littéralement de cibles potentielles, bien plus que n’en avaient jamais rencontrées Erk et ses collègues pilotes. Même pendant les nombreuses séances de simulation, personne n’aurait imaginé cette situation. Déjà trois pilotes de l’escadrille commandée par Erk étaient morts en se crashant contre des appareils ennemis. Pas volontairement, mais bien parce qu’il y avait beaucoup trop d’appareils en présence pour voler sans danger. Le combat continuait, loin, très loin au-dessus d’Erk. L’ennemi était en train de remporter la victoire, mais pour le moment, Erk essayait de sauver sa peau et, si possible, son vaisseau.

Une tempête de sable s’était levée au sol et obscurcissait la vue. La combinaison d’Erk était trempée de sueur ; il estimait avoir perdu au moins trois litres d’eau pendant le combat aérien. La soif le torturait déjà. Mais il n’avait pas le choix : il lui fallait atterrir en pleine tempête. Il prit sa décision.

— Bon, mon vieux, murmura-t-il alors qu’il luttait pour maintenir l’assiette de l’appareil, je ne vais pas te laisser tomber.

Il resterait jusqu’au bout dans son vaisseau.

 

Odie n’était qu’à mi-chemin vers la base après avoir accompagné le convoi chargé d’aménager les fortifications, quand la tempête la frappa avec la soudaineté proverbiale des anomalies climatiques de Praesitlyn. Le vent monta rapidement à soixante kilomètres à l’heure, la giflant de tous côtés et rendant sa motojet difficilement contrôlable. Elle s’arrêta et ferma sa fermeture Éclair. Des millions de grains de sable l’aveuglaient. Quand cette tempête serait enfin terminée, d’ici dix minutes ou dix jours, elle savait que son casque serait littéralement râpé par le sable. Mais pour l’instant, elle n’y voyait pas à deux mètres. Elle descendit de son engin et se lova contre lui après avoir éteint les répulseurs. Il lui fallait attendre la fin de la tempête.

Un grondement à faire trembler le sol, encore plus bruyant que le hurlement du vent, la submergea alors qu’un engin gigantesque passa à quelques dizaines de mètres d’elle. La terre vibra tout autour et l’énorme traînée de flammes qui sortit du nuage de poussière était si chaude qu’elle la sentit à travers sa combinaison, elle entendit un sifflement aigu, puis un bruit d’impact, comme si un objet métallique venait de toucher sa cible. Un peu plus loin sur sa droite, il y eut une brève lueur rouge immédiatement suivie d’un immense nuage de scories. Un chasseur venait tout juste de se crasher à proximité. Elle n’entendit pas d’explosion, le vaisseau avait dû atterrir à peu près entier. Est-ce que le pilote a survécu ? se demanda-t-elle. De quel vaisseau pouvait-il bien s’agir ? Elle resta blottie contre sa motojet, indécise quant à la marche à suivre.

Le vent se calma soudainement et, en levant la tête, Odie aperçut une faible lueur provenant des moteurs de l’appareil. Elle connaissait bien les sigles et symboles de tous les engins Séparatistes – en tant qu’éclaireuse, c’était même son boulot – mais, à cette distance, il lui était impossible de dire à quel camp appartenait le vaisseau.

Elle monta sur sa motojet, démarra le moteur et se dirigea vers l’épave. Alors qu’elle s’approchait, elle libéra son arme de son holster et la tint fermement.

Quand elle fut suffisamment près pour identifier les symboles, elle sut qu’il s’agissait d’un patrouilleur des forces aériennes de Praesitlyn. Le cockpit était fermé. La structure chasseur grinça et crissa comme s’il agonisait, tandis que ses moteurs refroidissaient. Elle se demanda s’il risquait d’exploser. Pas de temps à perdre. Elle bondit de sa motojet et grimpa sur l’aile du vaisseau. Impossible de voir à travers la vitre. Elle la frappa du poing et soudainement, le cockpit s’ouvrit. Le pilote était harnaché aux commandes, un pistolaser pointé directement vers son visage.

— Ne tirez pas ! cria-t-elle en visant instinctivement l’homme avec son propre laser.

Ils restèrent immobiles pendant de longues secondes, les deux armes pointées l’une vers l’autre.

— Eh bien, soupira finalement le pilote en baissant son pistolaser, je n’ai jamais été aussi content de vous voir !

Odie l’aida à sortir du cockpit et l’allongea sur le sol à côté de l’appareil.

— Est-ce que vous avez de l’eau ? demanda-t-il. On est parti tellement vite que les mécanos n’ont pas eu le temps de remplir mon système d’hydratation.

Elle déboucla la gourde de deux litres attachée à sa motojet et la lui passa. Il but avidement et la lui rendit avec un remerciement. Ce faisant, il étudia son nouveau compagnon. Elle était petite et, à en juger par les lèvres et le visage qu’il apercevait au travers du casque, très jolie. Odie l’observait elle aussi. Un pilote ! Les pilotes étaient les seuls membres de l’armée avec lesquels les unités de reconnaissance s’entendaient bien. Tout comme elles, ils opéraient en solo, loin du gros des troupes, ne devant leur vie qu’à leur talent… Et à leur estomac.

À cet instant, tous deux réalisèrent à quoi ils étaient en train de penser et ils éclatèrent de rire.

— Bon, lâcha le pilote, j’imagine que quoi qu’on fasse, on le fera ensemble désormais. Je m’appelle Erk H’Arman. Qui êtes-vous ?

Il lui tendit la main.

Odie était surprise qu’un officier lui parle aussi familièrement. Il ne s’était même pas présenté comme lieutenant.

— Je suis Odie Subu, soldat du bataillon d’éclaireurs, monsieur.

Elle lui prit la main et la lui serra.

— L’unité de reconnaissance ? C’est bien, très bien même. Vous allez pouvoir me ramener à la base et je pourrai retourner au combat.

Odie aima instantanément le son de sa voix. Il avait une estafilade sur le front à cause du crash, mais le sang qui lui avait coulé le long du visage était déjà sec. Ses courts cheveux noirs, sa complexion un peu rougeaude tempérée par d’incroyables yeux bleus lui donnaient un air d’athlète de haut niveau tout juste débarqué d’une randonnée en altitude.

Le vent était tombé, maintenant. Odie se leva.

— Suivez-moi, monsieur, dit-elle en lui tendant la main pour l’aider à se relever.

Soudain, le monde explosa autour d’eux.