COMME C’EST CHOUETTE DE TROUVER UN DUR
R. Patrick Gates

Elle mouillait. Une fois de plus.

Mais bon sang, pourquoi je me suis assis à côté de la fenêtre ?

La réponse était claire comme de Peau de roche. Juste devant cette fenêtre, une équipe d’ouvriers, torse nu, démolissait la chaussée. Plusieurs n’étaient pas mal, mais l’un d’entre eux était beau à mourir.

Elle croisa les jambes. Le serveur apporta les plats.

— Le médecin de l’hôpital dit que je souffre d’une fatigue chronique. C’est une maladie de gens branchés, tu sais. Shelly, l’infirmière en chef de mon étage, prétend, elle, qu’il cherche à me draguer… en fait, je n’en sais rien.

Darlène cessa de parler le temps de retirer avec les dents de sa fourchette les oignons de la salade qu’elle avait choisie.

— Jeff, poursuivit-elle – c’est le médecin –, appelle ça « la maladie des yuppies ». Une autre infirmière prétend que c’est contagieux et que j’ai dû la choper, mais lorsque j’en ai parlé à Jeff, il m’a répondu que c’était une blague. Pourtant, si ça s’attrape, je parie que c’est ce taré de Roger qui me l’a refilée. Tu comprends, Lisa, il a beau rouler en Ferrari et avoir un superbe appart dans Martha » s Vineyard, il est sacrément bizarroïde, ce mec.

Darlène continua à papoter, mais Lisa ne l’écoutait plus. Elle avait déjà entendu une centaine de fois tout ce que son amie racontait. Celui qui était beau à mourir actionnait un marteau piqueur et ses muscles ondoyaient magnifiquement.

— La dernière fois que tu as couché avec un type, c’était quand ? demanda Lisa sans quitter des yeux les muscles qui dansaient la gigue. Je veux dire, en faisant vraiment l’amour, jusqu’à ce que ton cerveau explose et que tu tombes dans les pommes ?

Darlène, interrompue dans son énumération des avantages de Martha » s Vineyard, regarda Lisa d’un air interloqué. Elle piqua un fard, mais une ombre de sourire étira la commissure de ses lèvres.

— Lisa ! Comment tu parles ? On croirait un mec !

C’était vrai. Lisa le savait. Elle avait toujours parlé comme les mecs. C’était l’un de ses problèmes.

Le marteau piqueur s’arrêta. Le beau type avait remarqué qu’elle bavait pour lui. Et maintenant, il la matait. Ce fut plus fort qu’elle, Lisa passa la pointe de sa langue sur ses lèvres. Il sourit.

— J’ai… j’ai… tu sais… connu l’amour fou, une seule fois, souffla Darlène d’une voix timide. C’était la nuit de ma promo en dernière année de fac dans un lit à vibrations à la Dew Drop Inn. Nous étions toute une bande à avoir loué une suite de chambres pour une partie…

Se rendant compte que Lisa ne l’écoutait pas, Darlène se tut abruptement.

Elle suivit le regard de son amie qui était toujours tourné vers la fenêtre. Elle découvrit un ouvrier ayant belle allure, la main plaquée sur son sexe, hanches en avant, et qui appelait Lisa du doigt. « Tu le veux ? » lut Darlène sur les lèvres du type.

Elle hoqueta sous le choc, puis sursauta lorsqu’elle vit Lisa qui répondait par un sourire aux avances de ce type.

— Mais enfin ! s’exclama Darlène, le rouge de la honte aux joues. Mon Dieu ! Tu es incroyable ! C’est comme ça que les femmes se font violer, figure-toi.

Lisa jeta un regard amusé à son amie, puis lorgna de nouveau l’ouvrier. Celui-ci ramassait son blouson et sa gamelle tout en continuant à la reluquer d’un air aguicheur.

— Dar, je suis navré ! fit Lisa. Je dois y aller.

Darlène resta bouche bée, comme son amie partait avec l’ouvrier.

 

Pour Lisa, le week-end se perdait dans la brume.

Ce mec s’appelait Rod et il passait ses week-ends à se défoncer à la coke. Il était même en bonne voie pour en faire une habitude à plein temps. Lisa s’en fichait. Elle avait déjà goûté aux extases sexuelles de la coke et avait même plongé là-dedans pendant un certain temps. Si elle n’avait pas eu sa cloison nasale déviée qui la faisait parler du nez et l’empêchait de renifler à fond et de décoller, elle serait facilement devenue accro. Elle était déjà pas mal atteinte, mais nympho plus toxico, cela aurait été carrément se vautrer dans la lie. Si elle avait suivi cette voie, elle en aurait été réduite à tapiner pour assurer ces deux habitudes.

À peine furent-ils arrivés dans l’appartement de Rod que celui-ci sortit un sachet de poudre. Elle sniffa quelques lignes et, déjà bien lancée, se sentit partir. Lorsque Rod appliqua un peu de cette poudre venant d’une jungle de l’Amérique du Sud sur ses tétons à l’aide d’une plume, elle perdit conscience.

Ensuite, elle ne gardait que des lambeaux de souvenirs : Rod préparant ligne sur ligne, puis lui faisant l’amour pendant des heures et des heures ; un amour sauvage et sportif ; Rod vidant sur elle la bouteille de Jack Daniel et buvant à même son corps ; il y avait eu aussi des allées et venues de gens. (Avait-elle baisé avec plusieurs de ses copains ? Hé ! les gars, visez-moi ça ! Cette poule est une nympho !) Peut-être… Mais elle gardait surtout le souvenir effiloché d’une éruption volcanique et interminable de plaisir sexuel qui l’avait emportée dans le gouffre d’une inconscience orgastique.

Quand elle s’était réveillée au milieu de la nuit du samedi, tout son corps était endolori et elle avait l’impression qu’une armée entière avait piétiné toute sa bouche. Rod dormait à son côté, le bord des narines couvert de croûtes laissées par son dernier sniff.

Lisa contempla son corps nu, baigné par la lumière de la lune qui filtrait par la fenêtre et elle sentit un désir brûlant renaître au fond de son ventre. Jamais elle n’avait pris autant son pied que lors de ces dernières quarante-huit heures. Elle avait frisé le plus intense orgasme qu’elle se savait capable d’atteindre. Seulement il avait fallu pour cela la coke, l’alcool et la partouze. Et pourtant elle n’était pas encore satisfaite. Il manquait un petit quelque chose.

Lisa joua avec le corps de Rod tout en désespérant. Jamais elle n’obtiendrait ce dont elle avait besoin ! Jamais elle ne connaîtrait l’extase parfaite et l’accomplissement total ! Aucun homme vivant ne saurait la combler. Lisa avait trente-deux ans et était en quête de l’orgasme suprême depuis l’année de ses dix ans où elle avait perdu sa virginité sur une selle de vélo lors d’une longue promenade. Ce jour-là, elle avait également découvert sa faim insatiable.

Depuis cette époque, elle avait subi toutes les humiliations sexuelles les plus bizarres, à commencer par son transport à l’hôpital à l’âge de quinze ans pour se faire retirer de la matrice un morceau de brochette jusqu’à ce match de Thanksgiving, lors de sa dernière année de lycée, où elle s’était laissé enfiler par toute l’équipe de foot. Deux décennies d’aventurisme sexuel pour en arriver à friser l’extase absolue lors de ce pitoyable week-end avec la Rod and Co. Si jamais elle ne crevait pas du sida, elle crèverait à coup sûr d’ennui.

Dans son sommeil, Rod frissonna sous ses caresses. Il poussa un profond gémissement et sa respiration devint plus légère. Lisa sentit le feu dans son ventre se répandre dans tout son corps. En poussant un gloussement qui tenait plus du cri de rage que de plaisir, elle glissa le long du corps de Rod, éveillant son désir avec sa langue et ses lèvres.

Rod gémit, comme en écho à sa propre souffrance. Elle accéléra le rythme de ses caresses, le menant au bord de l’explosion, et ralentit alors. Rod dormait toujours, mais à présent, sa queue était toute gonflée.

Poussant un petit cri de désespérance à cause de la futilité de cette gymnastique, Lisa le chevaucha dans le clair de lune, le fit entrer en elle. Elle chercha à aspirer son corps tout entier dans sa grotte comme si c’était l’unique moyen d’être enfin repue.

La respiration de Rod devint hachée. Il commença à remuer sous elle. De petits orgasmes de rien du tout et trop rapides se déclenchèrent chez Lisa et elle poussa un soupir de frustration.

La fatigue rendait la respiration de Rod sifflante ; des convulsions le secouaient. Juste quand elle crut qu’il allait décharger, il se mit à émettre d’insolites gargouillis et la travailla avec une vigueur accrue. Ces coups de reins éveillaient ce qui – elle le savait – serait un véritable orgasme fulgurant.

— Oui ! oui ! cria-t-elle. S’il te plaît, ne viens pas tout de suite !

Les mains de Rod se refermèrent sur ses bras et il se mit à la secouer. La première vague d’orgasmes emporta Lisa, électrifiant ses hanches et portant ses mouvements de croupe vers une frénésie ressemblant à celle d’un piston. Rod lâcha ses bras et saisit ses seins. Il s’y cramponna faiblement comme la seconde vague la foudroyait. Le ventre de Lisa tremblotait comme celui d’une danseuse égyptienne.

— Continue ! hurla-t-elle, comme les mains de Rod s’effondraient sur le matelas… Il a fini ! se lamenta-t-elle.

Mais il l’empala une fois, deux fois et à la troisième, il s’enfonça si loin en elle que la quatrième et la cinquième vague d’orgasmes déferlèrent simultanément.

Rod ne bougeait plus. Lisa accéléra son rythme pour qu’il ne débande pas.

Juste encore un petit peu ! supplia-t-elle en silence. Bon Dieu, jamais je n’y arriverai. Il va devenir mou. Je vais encore une fois passer à côté. Encore une fois !

Mais l’inattendu se produisit : Rod ne devint pas mou. Au contraire, sa queue durcissait ! On eût dit qu’elle enflait de plus en plus. Lisa rugit comme une tigresse électrisée.

Des orgasmes à cent à l’heure se succédèrent en une réaction en chaîne, la bombardant sans cesse en l’espace de vingt minutes. Après cette explosion, ils chavirèrent ensemble dans un unique et gigantesque orgasme qui semblait pouvoir durer l’éternité.

 

Lorsque Lisa se réveilla de nouveau, il faisait toujours nuit, mais de quelle nuit s’agissait-il, elle ne le savait plus. Elle gisait sur le plancher, au pied du lit, les cuisses collées l’une à l’autre ; une bosse de la taille d’une balle de golf avait poussé sur sa nuque.

Je suis tombé du lit, songea-t-elle en gloussant de rire.

Malgré son corps meurtri et les élancements de douleur qui lui martelaient le crâne, elle se sentait dans une forme éblouissante.

— C’est arrivé ! murmura-t-elle à l’adresse du plafond plongé dans l’obscurité. J’y suis arrivé !!!

Ses démangeaisons étaient calmées, sa soif brûlante étanchée. Pour combien de temps ? Elle l’ignorait et, pour l’instant, s’en moquait. C’était la première fois que depuis cette maudite balade en vélo, elle était totalement repue.

C’était beau ! Ah Dieu, que c’était beau !

Lisa se mit à genoux. Dans cette position, ses yeux arrivaient juste à hauteur du lit. Elle regarda, cligna des yeux, regarda encore et poussa un hoquet de surprise : Rod endormi était encore en érection ! Mieux ! Sa queue qui était déjà d’un respectable gabarit avait gonflé et semblait plus longue. Le souvenir de leur baise foudroyante lui arracha un sourire, puis un gloussement hystérique de joie tomba en cascade de sa bouche ouverte. Riant à en perdre le souffle, elle grimpa sur Rod pour une nouvelle chevauchée et fut aussitôt consumée par un nouvel orgasme infini et incandescent.

Quand Lisa se réveilla pour la troisième fois, il faisait jour. Elle mourait de soif, allongée là, à l’envers, le nez à quelques centimètres des testicules de Rod. Ils étaient tout ratatinés et bleus, mais son organe demeurait dur et affamé, bien que violacé. Et planté au sommet du gland, il y avait quelque chose. Lisa cligna des yeux pour ajuster sa vision. Ce quelque chose se mit à bouger.

C’était un cafard. L’espace d’une seconde, elle vit l’insecte comme à travers une loupe : sa carapace brun clair, ses antennes frétillantes, les pattes accrochées à la chair violacée, sa bouche mordillant le gland turgescent.

Lisa poussa un long, long hurlement digne d’un film d’horreur – le genre même de hurlements qu’elle avait toujours écoutés avec mépris lorsque c’étaient les minettes en détresse dans les films de série B qui les poussaient – et elle sortit en courant de la chambre. À peine arrivée dans la salle de bains, elle vomit de la bile. Dix minutes plus tard, après s’être rafraîchi les esprits sous une douche froide, elle retourna dans la chambre sur la pointe des pieds.

Le cafard avait disparu, mais le sexe grignoté de Rod était toujours dressé. Il avait une teinte affreuse, comme presque tout son corps. Sa peau avait viré au rouge grisâtre, fonçant carrément au noir et au bleu autour du cou, sous les aisselles, aux chevilles, et, comme elle l’avait déjà remarqué, sur ses parties.

Le visage de Rod était pire encore. Ses yeux grands ouverts fixaient le plafond. Sa peau était bleu-gris, les lèvres blanches et entrouvertes comme en attente d’un baiser. Ses vomissures avaient séché dans sa bouche et ses narines.

Lisa se rendit dans la cuisine pour se préparer un café et tenter de se calmer. Il fallait à tout prix qu’elle parvienne à réfléchir à la situation, sinon elle risquait de se retrouver dans un sacré pétrin. Mais une question la turlupinait plus encore que sa responsabilité pour la mort de Rod : cette érection post mortem était-elle un phénomène fréquent ou un cas exceptionnel ? Somme toute, elle avait enfin découvert une méthode pour atteindre l’orgasme absolu, et elle devait à tout prix savoir si ce n’était qu’un simple hasard. Certes, elle regrettait que Rod ait cassé sa pipe, mais d’un autre côté, elle connaissait à peine ce type. Si elle n’avait guère de qualités, elle était au moins réaliste. Et quant à sa conscience morale, elle était morte depuis le jour de la partouze dans le vestiaire des footballeurs.

Lisa but son café, puis appela Darlène à l’hôpital.

— Salut, Dar ! c’est Lee ! fit-elle d’une voix la plus décontractée possible.

— Je suis débordé, répondit Darlène d’un ton glacial.

— Écoute, Dar, excuse-moi pour le déjeuner de l’autre jour.

— L’autre jour ? Tu veux dire la semaine dernière, non ?

— Euh… oui, répondit Lisa en hésitant. (Bon sang, j’ai baisé un macchabée pendant combien de temps ?) Oui, la semaine dernière. Je suis navré, sincèrement.

— Hum… ! Et c’est pour me dire ça que tu as attendu une semaine avant de m’appeler ?

— Allez, Dar chérie. Je suis désolé… Qu’est-ce que je peux faire de plus ?

— Ma foi, tu ferais mieux de t’adresser à un médecin. Il y en a justement un ici qui a une grande bite. Tu n’as qu’à te ridiculiser avec lui.

Il y eut un coup sourd.

— Darlène ?

— J’ai une grande quoi ? entendit Lisa.

Une voix masculine étouffée, non loin du téléphone.

Lisa allait raccrocher quand cet homme prit la ligne.

— Hello ? Docteur Peter Ruttles à l’appareil. Puis-je vous aider ?

— Euh… bonjour, répondit Lisa gauchement.

— Vous êtes… une amie de l’infirmière Lemay ? s’enquit le médecin en adoptant un ton aussi gauche.

— Oui. Du moins, je l’étais.

— Oh ! Mais… y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous ?

Lisa hésita, puis décida de se jeter à l’eau, malgré sa gêne. C’était trop important.

— Oui. À vrai dire, vous pourrez peut-être me renseigner, répondit-elle en jouant les femmes aux abois.

— J’en serai ravi. Peut-être préféreriez-vous me parler de vive voix… Disons en dînant chez moi, ce soir ? ajouta-t-il d’un ton suave.

Lisa ignora cette invitation.

— Voilà ce que j’ai besoin de savoir : est-il inhabituel qu’un homme meure en ayant une érection ? demanda-t-elle hardiment.

Elle obtint la réaction prévue.

— Comment ? Vous plaisantez ?

Le médecin avait l’air choqué, mais excité aussi. Il eut un petit rire nerveux.

— Non, pas du tout… Voyez-vous, je me suis disputée avec un ami qui essaie toujours de m’en jeter plein la vue. Je lui ai répliqué qu’il exagérait et je voudrais lui clouer le bec une bonne fois pour toutes.

— Oh ! fit le médecin en s’efforçant de faire semblant d’avoir compris et de la croire.

Mais il ne fut guère convaincant et ce fut sur un ton un tantinet lascif qu’il reprit la parole.

— Je pense que nous pourrions discuter de cela chez moi. Je pourrais alors vous montrer qu’une érection d’un homme vivant est mille fois plus agréable que celle d’un mort.

N’y compte pas, mon salaud, songea Lisa, un sourire aigre-doux aux lèvres.

— Oui, ce serait charmant, répondit-elle d’une voix enjouée, mais il me faut ce renseignement tout de suite. Je déjeune avec mon ami.

— D’accord… Je vous réponds et on dîne ensemble.

Lisa accepta.

— Votre ami a tout à fait raison, expliqua le médecin. Il est très fréquent que le sang reflue au niveau du bas-ventre, provoquant ainsi un engorgement du pénis qui se dresse lors de la mort.

Lisa sourit dans le récepteur.

— Euh… et combien de temps une chose pareille dure-t-elle ?

— Oh ! à mon avis, jusqu’à ce qu’un employé des pompes funèbres retire le sang du corps ou que l’engin pourrisse, répondit le médecin en poussant un petit gloussement de gêne. Il existe en France une statue d’un général tombé sur le champ de bataille qui a été faite à partir d’un moulage de son corps effectué plusieurs jours après son décès et son érection est nettement visible dans le bronze. Bon… À quelle heure je viens vous chercher pour dîner ?

— Disons à 19 heures. Et, docteur Ruttles, rendez-moi un autre petit service. S’il vous plaît, ne racontez à personne que nous avons rendez-vous. Darlène m’a appris que les infirmières et les médecins sont très cancaniers.

Le médecin s’empressa de lui promettre le silence et Lisa lui donna son adresse.

Puis elle raccrocha et retourna dans la chambre de Rod. D’après ce que lui avait dit Darlène, une semaine au moins s’était écoulée depuis le premier jour où elle avait couché avec ce type. Elle ne savait pas avec une certitude absolue quand il était mort, mais elle supposait que le décès avait eu lieu au cours de la nuit du samedi, car deux jours plus tard, Rod avait un air déjà blet. Elle fit un petit calcul et estima qu’elle avait baisé un cadavre pendant au moins trois jours avant qu’il ne commence à attirer les cafards. Elle frissonna au souvenir de cette bestiole, mais non à cause de son comportement.

Lisa s’habilla en toute hâte. Elle prit une once de la poudre dynamisante de Rod et plusieurs de ses seringues, puis quitta tranquillement l’appartement. Personne ne la vit. Son unique raison de s’inquiéter demeurait les amis de Rod. Elle comptait sur le fait que tout ce qu’ils savaient d’elle se réduisait à son prénom et à son physique, mais étant donné l’énorme quantité de cocaïne qui avait disparu, ils préféreraient sans doute rester dans l’ombre.

Lorsque le Dr Peter Ruttles sonna à sa porte ce soir-là, Lisa l’accueillit dans ses sapes en cuir les plus sexy. Elle le convainquit facilement de l’emmener à l’Holiday Inn de la ville où elle avait pris l’initiative de réserver une chambre à son nom à lui. Mais elle évita de lui préciser qu’elle avait retenu cette chambre pour trois jours.

À l’issue de ces trois jours, durant lesquels l’écriteau « Ne pas déranger » était demeuré accroché en permanence sur la porte, Lisa se faufila hors de la chambre et sortit par une porte de secours sans être remarquée. Quand la femme de ménage s’aperçut que l’écriteau avait enfin été retiré, elle entra dans la pièce et découvrit le Dr Ruttles mort. Il était nu et ligoté au lit par des bas nylon. Une seringue vide était plantée dans son bras, et son membre en voie de décomposition était encore en érection. Un sourire était figé pour l’éternité sur son visage.