LE MEILLEUR
Paul Dale Anderson
— Nous deux ? (Sursaut de surprise.) Nous deux… en même temps ?
Elle ouvrait déjà son corsage.
— J’ai besoin d’être rempli, expliqua-t-elle avec une intonation langoureuse à laquelle il était difficile de résister.
Son corsage tomba sur le sol. Puis ce fut le tour du soutien-gorge.
— Je me sens si vide, gémit-elle. J’ai besoin d’être rempli. S’il te plaît, fais-le.
Gordon jeta un coup d’œil inquiet à l’autre type, ressentant une aversion soudaine pour lui. À moins que ce ne fût autre chose ?
Une chose à laquelle il se refusait de penser.
— Mon fantasme, ajouta-t-elle, tandis qu’elle émergeait d’une longue jupe de laine, est d’avoir deux hommes en moi. Un seul ne me suffit pas.
Elle fit glisser son slip sur ses longues jambes et offrit son corps nu à leurs regards. Puis elle écarta les jambes et ouvrit son sexe.
Deux doigts fins disparurent à l’intérieur.
Et deux doigts de son autre main jouèrent avec l’un de ses tétons dressés.
— Comblez mon désir et je comblerai les vôtres, promit-elle d’une voix sensuelle, quasiment dégoulinante de miel.
— Fichtre, pourquoi pas ? Fit l’autre mec en ouvrant aussi sec son blouson. Je joue le jeu.
— Et toi ? demanda la femme à Gordon. Ou n’es-tu pas assez viril ?
Ce fut l’étincelle qui mit le feu aux poudres. Gordon jaillit de son fauteuil, saisit la femme par les hanches et la renversa brusquement sur le sol. Il tomba sur elle, cognant son visage et lui écrasant le corps. Il tripota fébrilement le devant de son pantalon, parvint à l’ouvrir Dieu sait comment et embrocha la femme avec une rage inouïe.
L’autre mec l’écarta.
— J’aime pas le matériel d’occase, cracha-t-il. Va donc te secouer le poireau dans un coin pendant que je vérifie son niveau d’huile, que je remplis son réservoir d’essence sans plomb et que je recharge ses batteries. Dès que j’aurai terminé, tu pourras prendre ce qui reste.
— Tous les deux ! geignit la femme. Un, ce n’est pas assez.
L’homme brandit sa bite vers la bouche grande ouverte.
— Suce, ordonna-t-il d’un ton impérieux. Amorce la pompe et tu verras comme elle va devenir grosse. Tu n’auras besoin de personne d’autre.
— Non ! protesta Gordon, comme l’engin gorgé de sang disparaissait, centimètre par centimètre, dans l’antre noir et humide qui se profilait entre les lèvres gourmandes.
— Et si t’allais te faire foutre ? Suggéra l’autre mec. Tu n’vois pas qu’on est occupés ?
Quelque chose claqua dans la tête de Gordon et soudain, il fallut qu’il se prouve qu’il était le meilleur, pas seulement meilleur que le type qu’elle avait pour l’instant dans la bouche, mais meilleur que tous ceux qu’elle avait connus.
Le meilleur.
Oui, il fallait qu’il prouve que Gordon Sommers était le meilleur.
Plus rien d’autre ne compta à ses yeux.
Le lieutenant Ralph Bergstrom de la Crime hocha tristement la tête. Il avait déjà vu cette scène. Et il savait qu’il la reverrait un millier de fois jusqu’au jour où il prendrait sa retraite.
— Pourquoi as-tu fait ça ? demanda-t-il à Gordon. La jalousie ?
— Non, pas la jalousie. (Gordon sanglotait.) Quelque chose d’autre.
— Quoi ?
— Vous ne comprendriez pas.
— Dit toujours.
Gordon Sommers garda le silence.
— O.K., commençons par le début. Où as-tu rencontré cette poule ?
— Pas une poule, lieutenant. Une dame.
— D’accord, cette dame. Et où l’as-tu rencontrée ?
— Aux courses.
— De chevaux ?
— Ouais. Je venais de parier gros à un guichet à deux dollars. Je me suis retourné, et elle était là. La plus belle femme que j’aie jamais vue de ma vie, parole.
— Décris-la-moi.
— Le rêve de tous les hommes : des seins d’enfer, un splendide châssis, de longs cheveux blonds, tout ce qu’on peut désirer chez une femme, quoi. Et elle avait cet air de vous dire qu’elle était amorcée…
— Amorcée ?
— Oui, prête à baiser. Là, tout de suite, devant Dieu et tout le monde.
— Elle avait l’air d’une prostituée ?
— Non, non. Pas du tout. Elle était sapée de façon très classique : corsage blanc de prix, jupe longue. Elle ne voulait pas de fric. Elle venait de gagner à la dernière course et elle tenait à la main un rouleau de billets de dix dollars assez gros pour étrangler un cheval. Le fric était bien la dernière chose qu’elle avait en tête. Ce qu’elle voulait, c’était le sexe. Le S-E-X-E à l’état brut. On le comprenait rien qu’à la regarder. Elle irradiait une urgence absolue – par son regard et son odeur –, qui signifiait qu’elle avait besoin d’un homme à tout prix.
— Et tu étais cet homme ?
— C’est ce que j’ai cru. Elle a remarqué que je la fixais et s’est léché les lèvres. Vous savez, avec lenteur et séduction. Elle a fait passer le bout de sa langue sur sa bouche gourmande et j’ai cru que j’allais décharger dans mon froc.
— Alors, tu lui as fait des avances ?
— Non, non. C’est elle ! Elle s’est approchée de moi en ondulant des hanches et m’a susurré dans le creux de l’oreille : « Je parie que tu veux me baiser. Moi aussi, j’en ai envie. »
— Et c’est alors que tu lui as filé la clef de ta chambre, d’hôtel ?
— Ouais. Je savais qu’à la réception on m’en donnerait une autre.
— Et la victime ?
— Un autre type qu’elle avait rencontré également aux courses. Je ne connaissais même pas son prénom. Elle non plus, d’ailleurs.
— Continue.
— Elle s’est ramenée avec lui. Elle voulait qu’on la saute tous les deux, en même temps. Au début, j’ai cru qu’elle blaguait. Mais elle était sérieuse.
— Elle voulait le faire avec vous deux ?
— Ouais. Elle disait qu’un homme, c’était pas assez.
Le flic grimaça. Combien de fois avait-il entendu les coupables répéter ce refrain ? Une centaine ? Un millier ?
Quand ce cauchemar cesserait-il ?
Le lieutenant Ralph Bergstrom fit un arrêt au bar situé à côté de sa station de métro. Il avait besoin d’un verre : une urgence absolue. Un verre. Non, une bouteille entière, bon Dieu !
Earl Danzig se jucha sur le tabouret à côté de celui de Ralph et fit signe au barman de lui servir un autre scotch.
— J’ai appris que t’en as eu un autre, ce soir, fit Earl. Même topo ?
— Même topo.
— Toujours pas d’indices ?
— Toujours pas.
— Seigneur ! s’exclama Earl en avalant un petit gorgeon. Quel genre de femme peut-elle être ? Une sirène sortie droit de la mythologie ? Je n’arrive toujours pas à croire qu’elle existe vraiment.
— Pourtant, elle existe, affirma Ralph.
— Je n’en sais rien. Tous ces types l’ont peut-être inventée.
— Tous ?
— Une sorte de psychose collective, pourquoi pas ? Ce n’est pas ce que prétendent les avocats lorsqu’ils défendent leurs accusés en invoquant la folie ?
— Écoute, Earl, je n’ai aucune envie de parler de ça. Je suis venu ici pour boire un verre et oublier cette affaire.
— En tout cas, si cette femme existe, j’aimerais bien la rencontrer. On dirait qu’elle est l’idéal des rêves érotiques de tous les hommes.
— Earl, ferme-la ! Ferme ta grande gueule !
— Hé ! Ralph, ne te fâche pas. Je sais que tu viens de te marier. Mais ça ne veut pas dire pour autant que tu n’as plus de rêves cochons, comme nous autres, les pauvres célibataires, hein ?
Ralph saisit son verre et alla à l’autre bout du bar, le plus loin possible d’Earl.
Ce dernier commanda un autre scotch et suivit le mouvement.
— Réfléchis à ça, persista ce dernier, frisant le radotage. Voilà une blonde somptueuse, bâtie comme des chiottes en brique, et tous les types affirment qu’elle baise comme une insatiable, jamais assez, toujours plus. Ne me dis pas que tu ne voudrais pas une part de ce gâteau si tu en avais l’occasion.
— Earl, dégage. Je suis trop crevé pour réfléchir.
— Tu vieillis, Ralph ? Cette nouvelle gonzesse que tu as t’épuise ? Si tu n’assures pas, mon vieux, fais-moi signe. Je suis prêt à te filer un coup de main…
Le premier coup de poing de Ralph fusa droit vers la tronche d’Earl. Celui-ci bloqua le coup et contra par un rapide coup de pied dans les tripes de Ralph.
— Arrêtez ! glapit le barman en fonçant hors du comptoir avec une batte de base-ball dans les mains. Si vous avez un compte à régler, allez dehors.
— Ça… gloup… va, hoqueta Ralph. La bagarre… est terminée.
— Mais bordel, qu’est-ce qui t’a pris ? demanda Earl. Tu ne sais plus comprendre les plaisanteries, dis-moi ? Bon sang, Ralph, tu vieillis… Ça va ?
— Le vent… a frappé.
— Je ne t’ai pas déglingué le ciboulot, quand même ?
— Ça fait… mal.
— Viens, je t’emmène à l’hosto.
— Pas… l’hôpital.
— Ralph, je regrette. J’ai vu ton poing filer vers moi et j’ai réagi trop violemment. Laisse-moi au moins te raccompagner chez toi en voiture. Tu ne m’as pas l’air en état de conduire, et tout ça, c’est de ma faute.
— Laisse tomber.
— Non. Si tu ne veux pas aller à l’hosto, alors je te ramène chez toi.
— Je ne te laisserai… pas…
Earl éclata de rire.
— Parce que tu crois que tu peux m’en empêcher ?
Avant que Ralph n’ait eu le temps de protester, Earl pencha le buste et jucha celui qu’il avait blessé sur son dos, à la manière des pompiers.
Puis il gagna la porte.
— Nous étions les meilleurs amis du monde, observa Earl au volant. Partenaires pendant quatre années entières quand tu bossais à la division des cambriolages. Puis tu as été promu, muté à la Crime et maintenant nous sommes comme deux étrangers qui ont essayé de s’entre-tuer dans un bouge. Que s’est-il passé, bon sang ? Ralph, pourquoi tu as changé ?
Ralph demeura muet.
— Tu étais un sacré numéro, tu sais ça ? La fiesta permanente, un sacré coureur de jupons, aussi. Et, du jour au lendemain, tu es devenu sérieux comme un pape. Et maintenant, tu n’as même plus le sens de la plaisanterie.
— Je deviens vieux, balbutia Ralph. Je baisse.
— Mais non. Je t’ai traité de vieux uniquement pour te secouer les puces, pour que tu réagisses, quoi. Je n’aurais pas dû te dire ça. Je m’excuse.
— C’est oublié.
— Au fond, je crois que j’ai été furax que tu te maries et que tu ne me demandes même pas d’être ton témoin. Bon Dieu, tu ne m’as même pas invité à ta foutue noce ! Et, j’y pense, tu ne m’as jamais présenté à cette nouvelle gonzesse que tu as, hein ?
— Non.
— Tu pourrais au moins me dire son prénom.
— Hélène.
— On m’a dit qu’elle était beaucoup plus jeune que toi. C’est vrai, ça ?
— Non. En fait, elle est plus âgée.
— Mais une belle plante. Exact ?
— Exact.
— Alors, tu nous présentes ? (Earl s’engagea dans l’allée de la maison de Ralph et stoppa à côté de la porte de derrière.) Tu m’invites à boire une bière chez toi pour satisfaire ma curiosité ?
— Une autre fois.
Ralph ouvrit la portière du passager et tomba face contre terre.
— Seigneur ! Ça va ? demanda Earl.
Ralph eut un haut-le-cœur et d’abondantes vomissures jaillirent entre ses dents serrées.
Earl descendit de voiture et s’approcha de Ralph qui gisait sur le gazon.
— Contrecoup dû à un choc en plein ventre, commenta Earl sur un ton de connaisseur. Tu ne pourras pas marcher pendant une semaine.
Soudain le porche s’éclaira et la porte s’ouvrit.
— Ralph ? demanda une voix féminine à l’intérieur de la maison. C’est toi ?
Ralph tenta de répondre, mais de la bile lui obstrua encore la gorge et son corps fut secoué de violents hoquets.
— Tout va bien, madame Bergstrom, dit Earl. Je suis le sergent Danzig. Ralph a eu un malaise. Je vais l’aider…
Ralph se débattit, mais Earl – plus grand de cinq centimètres et plus lourd de vingt-cinq kilos – le remis sur ses pieds et l’entraîna vers la porte. Dans la lueur irréelle du porche éclairé à la vapeur de mercure, le visage de Ralph était exsangue. Du vomi était resté accroché à ses poils de barbe.
Ils entrèrent et gagnèrent la chambre. Earl entendit Mme Bergstrom trottiner derrière lui.
— Que s’est-il passé ? Demanda celle-ci.
Earl allongea le récalcitrant sur un immense lit à eau.
— Rien de bien grave. On s’exerçait au combat à mains nues et Ralph a été touché au ventre par accident. Il aura récupéré dans un jour ou deux.
La femme de Ralph prononça quelques mots que le sergent ne comprit pas, si bien qu’il se tourna vers elle.
Et pour la première fois, il vit Hélène.
Ô mon Dieu !
Elle était somptueuse.
Son kimono en soie noire dissimulait à peine aux yeux fureteurs d’Earl son corps voluptueux. Cette femme était la créature la plus sexy qu’il ait jamais vue de sa vie. Deux collines gonflaient délicieusement son fourreau de soie. Le fin tissu épousait avec délicatesse l’arrondi des hanches et des fesses à la manière d’une seconde peau. Le kimono s’arrêtait – assez abruptement, remarqua Earl – à mi-chemin de cuisses laiteuses qui semblaient douces comme du satin. Elle se tenait juste devant la seule lampe éclairée dans la chambre et la lumière filtrait à travers le mince kimono, révélant ainsi avec netteté la fourche de ses jambes…
Naturellement, elle ne portait pas de sous-vêtements. Earl se dit qu’il aurait pu compter les poils de son pubis s’il en avait eu envie…
Il en avait envie, bien sûr. Mais il n’osait pas.
— Je m’appelle Hélène, annonça-t-elle en faisant subtilement porter son poids sur l’autre pied afin qu’Earl la vît mieux encore. Content du spectacle ?
Earl tenta de déglutir, mais sa gorge était beaucoup trop sèche. Sa langue demeura paralysée. Son souffle déjà lourd prit un rythme fiévreux qui lui ôta toute voix.
Il entendait son cœur cogner sous son crâne.
— Envie d’en voir plus ? demanda-t-elle en tapotant la ceinture qui mettait sa taille en valeur.
Earl ne put articuler.
Autant demander si le pape était catholique…
Elle fit glisser le kimono de ses épaules et le laissa tomber sans bruit à ses pieds. Ses tétons pointaient, comme deux flèches jumelles, droit vers les yeux d’Earl.
— Hélène, croassa dû lit Ralph. Ne…
— Je te désire, murmura-t-elle. Je veux que tu me bai…
— Hélène, répéta Ralph, plus forte. Tu me l’as promis.
— Je n’y peux rien, soupira-t-elle. J’ai besoin…
— Je sais ce que tu as fait aujourd’hui, coupa Ralph d’une voix tendue. Tu es sortie de nouveau, n’est-ce pas ?
— Oui. Je suis allé aux courses.
— Je le sais, bon sang de bon sang ! Je sais où tu es allée. J’ai vu ce qui s’est passé.
— C’est arrivé tout seul… On m’a entraîné…
— Et maintenant, ajouta Ralph, tu en veux plus encore, hein ? Mais quand ça va s’arrêter, dis-moi ?
— Je ne suis jamais satisfait. Est-ce ma faute si je ne suis pas satisfait ?
— Lutte, Hélène. Lutte contre ton envie ! Tu peux y arriver. Je sais que tu peux y arriver.
— Je ne peux pas.
— Earl, écoute-moi. Tu dois partir. Maintenant. File. Va chez toi, va au bistrot, va où tu veux, je m’en fous, mais pars d’ici, bon Dieu !
— Earl n’a pas envie de partir, intervint Hélène en passant la langue sur ses lèvres. N’est-ce pas, Earl ?
Earl secoua la tête.
— Hélène est en feu, murmura-t-elle dans l’oreille d’Earl. Touche ma chatte. Sens comme elle brûle.
Earl loucha la chatte d’Hélène.
Ralph ferma les yeux. Il ne voulait rien voir.
Toutefois, il était bien obligé d’entendre.
Il avait déjà vu et entendu ce spectacle un millier de fois, mais était impuissant à y mettre fin. Il avait épousé Hélène dans l’espoir de la contrôler, de la protéger. Et dans l’espoir aussi de la faire changer.
Mais cela avait été peine perdue.
Hélène avait un appétit vorace. Il avait compris alors que rien de ce qu’il pourrait dire ou faire ne la changerait.
Et rien ne changerait non plus l’amour qu’il éprouvait pour elle.
Yeux clos, il chercha à tâtons la crosse de son revolver.
Ils étaient en train de forniquer au pied du lit. Earl était au-dessus d’Hélène. Il entendait les petits halètements du sergent tandis que ses fesses montaient et descendaient comme un piston.
Ralph savait que le moment approchait.
— Maintenant ! hurla Hélène comme le sperme d’Earl jaillit en elle. Maintenant !
À cette portée, impossible de le louper.
Sang et cerveau éclaboussèrent les murs.
Une demi-seconde plus tard, une détonation écorchaient les tympans de Ralph. Il ferma les yeux et tenta sans succès de bloquer toute image et tout cri dans son esprit torturé.
Malheureusement, son esprit, tel un magnétoscope, s’entêta à repasser toute la scène, en couleurs, et avec tous les détails sanglants.
Hélène, le corps nu couvert par ce qui restait du cadavre, connaît l’extase pure. Des orgasmes en série, déclenchés par les soubresauts de l’agonie d’Earl, font vibrer son corps magnifique comme dans une crise de tétanie incontrôlable. Le sang rouge vif coule à flots du trou qui a été la tête d’Earl. Le visage et les cheveux d’Hélène ruissellent de sang visqueux. Des bouts d’os et de matière grise spongieuse obscurcissent à moitié son front.
Ses yeux étincellent. Elle sourit.
N’est-ce pas, somme toute, pour cela qu’elle vit ? Toute sa raison d’être ?
Rien d’autre ne compte.
Ralph eut soudain de nouveau mal au cœur, mais il ne restait pas grand-chose dans son estomac.
— Je t’aime, dit Hélène au bout d’un certain temps. Personne d’autre ne peut me satisfaire comme toi. Tu le sais, ça ? Tu es le meilleur, Ralph. Absolument le meilleur.
— Tu en es sûre ?
— J’en suis sûr.
— Tu ne sortiras pas demain, dis ?
— Non. Pas demain.
Il aurait tellement voulu pouvoir la croire.
— Peut-être après-demain, remarque, ajouta-t-elle d’une voix déjà plus éteinte.