III
Le marteau et l’enclume
Diamat
La 200e année de la Grande Croisade de l’Empereur
— Transmission vocale de l’escadron destroyer douze, rapporta la capitaine Stenius, alors qu’il rejoignait le primarque au poste holographique principal du strategium. Les radars longue portée détectent trente vaisseaux ancrés en orbite haute au-dessus du monde-forge. Les émissions des réacteurs et des senseurs suggèrent qu’il s’agit d’un mélange de bâtiments de type capital et de cargos de transports lourds.
Lion El’Jonson posa ses mains sur le bord terni de l’engin. Un léger sourire apparut au coin de sa bouche.
— Identification ?
Stenius secoua la tête. C’était un autre vétéran ayant participé aux toutes premières campagnes de la légion. Et il en arborait fièrement les cicatrices. Ses yeux étaient entourés d’argent, des lentilles grises ayant été enfoncées profondément dans ses orbites vides bordées de balafres. Des dégâts au niveau des nerfs, provoqués par les éclats de verre projetés par l’explosion d’un poste holographique, avaient transformé son visage en un sinistre et insondable masque.
— Aucun des bâtiments en orbite n’émet le moindre code d’identification, répondit le capitaine. Mais le commandant Bracchius, à bord du Rapier, affirme que les signatures des réacteurs des croiseurs les plus grands correspondent à celles du Forinax et du Leonis.
Le primarque hocha la tête.
— De formidables navires, mais plus de la première jeunesse. C’était ce à quoi je m’attendais : Horus a envoyé une flotte de seconde classe, comprenant des bâtiments impériaux renégats, ainsi que des unités de l’armée pour piller Diamat, alors qu’il a conservé ses Astartes pour protéger Isstvan V.
Stenius étudia l’image holographique qui se mettait à jour pour afficher les nouvelles données. Diamat se trouvait en suspension au centre de la carte, symbolisée par un mélange sombre de rouille, d’ocre et de fer brûlé. De minuscules icônes rouges criblaient la surface de la planète que la flotte Dark Angel approchait, indiquant approximativement la localisation des navires adverses en orbite. Deux des icônes avaient provisoirement été classées comme des croiseurs lourds rebelles, alors que les autres n’étaient identifiés qu’approximativement, grâce à la signature et à la taille de leurs réacteurs. Pour le moment, la carte en suspension ne faisait état que de vingt contacts de la taille de croiseurs ancrés autour de Diamat, ainsi qu’une dizaine de transports lourds.
Nemiel, qui se tenait à la gauche de Jonson, de l’autre côté du projecteur, nota un trouble certain dans le regard du capitaine. De seconde classe ou pas, les rebelles avaient avec eux le double de vaisseaux de type capital. Pour le moment, les Dark Angels avaient l’avantage de la surprise, et l’ennemi était pris avec une marge de manœuvre réduite. Mais tous se demandaient combien de temps cela durerait.
La tension et le doute pesaient sur l’atmosphère dans la pièce. Nemiel observait la chose depuis déjà des semaines, notant les épaules voûtées et les échanges murmurés entre les officiers de la flotte. Pendant les deux mois du voyage depuis Gordia, la nouvelle de la trahison d’Horus et la nature de leur mission clandestine avaient laissé des marques indélébiles sur le moral de l’équipage.
Ils avaient perdu la foi, pensa Nemiel. Et pourquoi pas ? L’inimaginable venait de se produire. Le Maître de Guerre, Horus, le fils préféré de l’Empereur, s’était détourné de son père, obligeant le frère à combattre le frère. Le chapelain étudia les visages des hommes dans le strategium et observa la même peur tapie au fond de leurs yeux. Personne ne savait à qui faire confiance à présent. Si quelqu’un comme Horus pouvait tomber, qui serait le prochain ?
Les deux cents Astartes à bord du vaisseau mère géraient leurs propres doutes comme ils l’avaient toujours fait : en affûtant leurs talents et en se préparant aussi bien mentalement que physiquement à la bataille. Dès le début du voyage, Jonson avait donné une série de directives, organisant les escouades qu’il avait sélectionnées en deux compagnies, et établissant un rigoureux entraînement pour s’assurer de leur cohésion en tant qu’unités de combat.
Seul chapelain à bord du bâtiment, Nemiel avait personnellement été chargé par Jonson de surveiller l’entraînement des Astartes pour s’assurer de leur santé physique, mais aussi morale. Comme virtuellement tous les officiers supérieurs de la légion avaient été laissés derrière, autour de Gordia IV, Nemiel avait rapidement réalisé que les responsabilités de la logistique et de la flotte lui étaient aussi échues. Il avait accepté les tâches supplémentaires avec fierté, mais aussi un certain malaise. En effet, plus il travaillait au côté de Lion El’Jonson, moins la prise de Diamat lui semblait aussi primordiale. Une si petite force ne pourrait tenir très longtemps contre quatre légions rebelles complètes, et Nemiel ne pouvait imaginer que l’Empereur ait demandé à son fils de tenter une telle chose. Plus il y réfléchissait, plus il était certain que le primarque avait lancé cette expédition sur Diamat pour des raisons qui lui étaient entièrement propres.
Nemiel se concentra sur la carte tactique et tenta de mettre de côté son mauvais pressentiment.
— Les rebelles sont plus nombreux que nous, seigneur, dit-il.
Jonson lui lança un regard oblique.
— Je suis capable de faire des calculs hyperspatiaux de mémoire, frère, déclara-t-il avec une pointe d’ironie. Je pense être capable de compter jusqu’à trente sans aucune aide.
Nemiel remua inconfortablement.
— Oui, bien sûr, seigneur. Je ne voulais pas débiter des évidences, dit-il rapidement. Je me demandais juste, concernant ta stratégie…
— Du calme, frère, gloussa Jonson en tapant sur l’épaulière de Nemiel. Je sais très bien ce que tu voulais dire.
Il montra les points indiquant les transports au-dessus de Diamat.
— Ceci sera leur point faible, expliqua-t-il. Le succès ou l’échec de leur mission dépend de la survie de ces énormes et pesants vaisseaux. Ils vont pendre au cou de l’amiral rebelle comme des boulets. Des détachements ? demanda-t-il en se tournant vers Stenius.
Ce dernier acquiesça.
— Bracchius nous indique la présence de trois escadrons servant de sentinelles, répondit-il. Ils ont repéré nos éclaireurs et sont sur le point de les engager. Estimation du premier contact à une heure et quinze minutes à la vitesse actuelle. Quels sont vos ordres, mon seigneur ? demanda-t-il en se raidissant et en plaçant ses mains dans son dos.
La petite flotte allait donc atteindre le point de non-retour. À plus d’un point et demi d’unité astronomique de Diamat, le groupe avait encore la possibilité de tourner les talons et de se retirer du système. Si Jonson choisissait de continuer tout droit, il allait lancer sa petite force dans une bataille qui serait alors inévitable.
Il n’hésita pas un seul instant.
— Exécution du plan d’attaque alpha, déclara-t-il calmement. Et faites passer le message de lancer tous les Stormbirds. Bracchius doit maintenir sa vitesse et s’engager dès que les escadrons seront à portée. Il va avoir l’honneur de porter le premier coup contre les rebelles d’Horus.
Stenius s’inclina devant le primarque et s’éloigna, lançant une série d’ordres aux officiers du vaisseau amiral. Jonson retourna son attention sur le plan tactique.
— Frère-rédempteur Nemiel, informe les commandants de compagnies qu’ils doivent préparer leurs escouades à un assaut orbital. Je pense que nous serons en position de largage dans trois heures.
— Immédiatement, répondit Nemiel avant de transmettre l’ordre au commandement via son microémetteur.
L’image au-dessus de l’engin holographique se mit à nouveau à jour, illustrant cette fois la localisation approximative de trois petits escadrons d’éclaireurs, formant le groupe d’assaut. Devant eux, trois formations plus importantes clignotaient en rouge vif, s’organisant pour former un arc de cercle grossier, entourant les bâtiments impériaux comme une paire de bras. Des données numériques bleues et rouges, indiquant la portée, la course et la vitesse des deux camps évoluèrent de plus en plus rapidement.
Lion El’Jonson étudia les essaims d’informations et croisa les bras, une expression de distance et d’intense réflexion figeant ses traits. Nemiel observa un nouveau sourire à peine esquissé sur le visage du primarque, lorsque les deux forces s’engagèrent l’une l’autre. Il dut lutter pour repousser cette impression de malaise. À ce moment précis, il aurait payé cher pour savoir ce que Jonson voyait dans cette sinistre représentation que lui ne voyait pas.
Aussitôt la flotte d’assaut Dark Angel arrivée dans le système solaire de Gehinnon, elle s’était rapidement divisée en deux forces. Six des bâtiments du groupe qui en comptait seize étaient des destroyers, tout en finesse et en rapidité. Le primarque les avait immédiatement envoyés à l’avant du groupe principal, accompagnés d’un trio de croiseurs légers, afin de les soutenir. Ces escadrons d’éclaireurs prirent rapidement de l’avance sur les plus gros et plus lents des croiseurs, leurs radars longue portée balayant le vide devant eux pour tenter de déterminer exactement la taille et la disposition de la flotte adverse.
À présent que l’ennemi était en vue, les émissions sonores allaient et venaient entre les deux escadrons de destroyers et le trio de croiseurs légers leur emboîtant le pas. Alors que les bâtiments d’escorte rebelles, pas moins de quinze destroyers organisés en trois grands escadrons, se déployaient en une formation standard de croissant de lune, les croiseurs légers de Jonson allumèrent leurs réacteurs et s’élevèrent pour former une ligne de front avec les autres éclaireurs.
Des milliers de kilomètres derrière eux, le reste de la flotte du primarque changeait aussi de formation. L’Invicible Reason et les croiseurs d’assaut, l’Amadis et l’Adzikel, se placèrent devant les deux grands croiseurs et les deux croiseurs lourds que comprenait le reste de la force principale. Au même moment, les portes blindées s’ouvrirent pesamment, libérant nuée après nuée de Stormbirds, qui se lancèrent dans les ténèbres comme autant de flèches. En quelques minutes, sept escadrons de vaisseaux d’assaut lourdement armés filaient à pleine vitesse au-devant de la formation, afin de rejoindre leurs éclaireurs avant que les destroyers adverses ne soient à la limite de la portée de tir.
Quatre minutes avant le contact, les sentinelles rebelles augmentèrent soudainement leur vélocité : le commandant de la flottille avait peut-être détecté les vagues de Stormbirds ou avait cédé à son désir de se lancer dans l’engagement. Mais c’était un petit peu trop tard. Les Stormbirds de Jonson étaient déjà en train de dépasser la ligne de feu des éclaireurs, juste au moment où l’ennemi ouvrait le feu.
Les vaisseaux rebelles se lancèrent dans la bataille, exactement comme le primarque l’avait anticipé. Ils ouvrirent leurs tubes et projetèrent une salve de torpilles mortelles en direction des éclaireurs qui continuaient à avancer. Une trentaine d’énormes missiles, chacun assez puissant pour détruire un bâtiment de la taille d’un destroyer, filèrent vers les éclaireurs en suivant une large courbe, ne laissant ainsi aux vaisseaux impériaux que peu de marge de manœuvre pour s’échapper.
Les radars à bord des Stormbirds détectèrent immédiatement les tirs, et les pilotes Astartes s’éparpillèrent le plus possible pour intercepter les torpilles qui arrivaient. Ils glissèrent à travers la vague de projectiles en l’espace de quelques secondes. Leurs canons laser crachèrent des traits de lumière, traversant le blindage des torpilles et faisant sauter leurs énormes réserves de combustible. De titanesques explosions illuminèrent rageusement les ténèbres à la suite des Stormbirds, dispersant des nuages incandescents de gaz et de débris qui disparurent rapidement dans le vide spatial. Presque la moitié des torpilles trop rapide pour que les petits vaisseaux changent leurs trajectoires et opèrent un second tir de barrage. Les Astartes conservèrent donc leur cap, sélectionnant déjà des cibles parmi les sentinelles qui approchaient.
Les escadrons d’éclaireurs ouvrirent à leur tour le feu sur les torpilles lorsque ces dernières arrivèrent à portée. Leurs macrocanons et autres lasers à cadence rapide remplirent le vide devant les petits vaisseaux, générant un véritable mur de feu. Des flèches d’énergie, de gros traits de décharges voltaïques, formèrent une série d’arcs devant les croiseurs légers. De nouvelles bulles de feu explosèrent sur le chemin des éclaireurs en pleine charge, se mélangeant en des champs de métal vaporisé et de gaz radioactifs.
Cinq torpilles surgirent du maelstrom. Elles traversèrent l’espace qui restait entre elles et leurs cibles en moins d’une seconde, filant au milieu d’un deuxième et plus petit nuage de projectiles explosifs généré par toute la puissance de feu rapprochée des destroyers. L’équipage de serviteurs aux postes de tir réussit à détruire deux des missiles restants.
Trois torpilles sur trente atteignirent leur but. L’une d’elles s’enfonça dans la proue du destroyer Audacious, mais sans exploser. L’Hotspur et le Stiletto n’eurent pas cette chance. Les ogives plasmatiques des projectiles éparpillèrent littéralement les destroyers aux blindages légers, les transformant en nuages de gaz et de débris en un instant. Les rebelles d’Horus venaient de verser le premier sang.
Les vaisseaux intacts passèrent à travers les nuées laissées par les torpilles interceptées, nimbant leurs boucliers de jets de plasma et brouillant temporairement leurs auspex. Avides de vengeance, leurs équipes responsables des détecteurs se concentrèrent sur leurs télescopes, à la recherche de signatures reconnaissables au cœur du brouillard de parasites. Les portées et les vecteurs furent rapidement calculés et transférés aux salles des torpilles, qui entrèrent les données à leur tour dans leurs mortels engins. Pendant que les sentinelles adverses s’échinaient encore à recharger leurs tubes, les éclaireurs larguaient leur salve de torpilles.
À cet instant précis, les deux formations étaient à longue portée l’une de l’autre, et l’escorte de rebelles faisait face à un dilemme : tirer sur les Stormbirds qui approchaient toujours, sur les torpilles ou sur l’escadron d’éclaireurs se trouvant derrière. Le commandant de la flottille était forcé de prendre la décision en une fraction de seconde. Il donna l’ordre à tous les tirailleurs de viser les éclaireurs, laissant le reste aux soins des canonniers.
La tactique était courageuse, mais coûteuse. Les Stormbirds atteignirent les sentinelles en premier, chaque groupe choisissant une cible précise et faisant tomber sur elle un déluge de feu. Des projectiles explosifs et des tirs en rafales de laser frappèrent de plein fouet les vaisseaux du primarque, mais les Stormbirds lourdement blindés passèrent à travers le barrage. Ici et là, un tir ennemi atteignait sa cible : des engins explosaient ou des cockpits étaient détruits par des impacts directs. Mais les autres continuaient à charger. Ils se glissèrent le long de leurs cibles, pour se diriger vers les ponts supérieurs, avant de cribler leur coque et leur infrastructure de projectiles et de roquettes à fusion. Quatre des cibles sélectionnées quittèrent leur formation, le pont détruit et leur centre de commande en feu.
Une seconde plus tard, les torpilles impériales frappèrent. Sept d’entre elles touchèrent leur cible, abattant les destroyers rebelles. Les quatre bâtiments restants plongèrent en avant, esquivant et rendant coup pour coup au groupe d’éclaireurs. Leurs boucliers s’illuminèrent sous la pluie de balles explosives et les traits de laser lorsqu’ils traversèrent la formation impériale. À une si petite distance, les artilleurs pouvaient difficilement manquer leurs cibles. Les uns après les autres, les boucliers des navires ennemis tombèrent, et la concentration de feu impérial les ouvrit de la proue à la poupe.
Mais les bâtiments d’Horus et leurs équipages de vétérans firent payer cher leur mort. Ils focalisèrent leurs tirs sur les survivants de l’escadron de destroyers numéro douze, ciblant le Rapier et le Courageous. Les boucliers des deux bâtiments cédèrent sous l’assaut fourni. Le Courageous s’éteignit un instant après, lorsqu’un projectile trouva son chemin jusqu’à la salle du réacteur principal. Le Rapier lutta quelques secondes de plus, détruisant l’une des sentinelles d’une dernière salve, avant qu’un missile ennemi ne se fraye un chemin jusqu’à la salle des torpilles.
Quarante secondes s’étaient écoulées depuis la première salve rebelle. Le capitaine Ivers, aux commandes du croiseur léger le Formidable, envoya un message laconique au vaisseau amiral : la voie vers Diamat était ouverte.
— Augmentez la vitesse, ordonna Jonson en surveillant les mises à jour des données sur la carte stratégique en suspension.
Ils se trouvaient à moins d’un quart de million de kilomètres de Diamat à présent, c’est-à-dire complètement à portée des radars des sentinelles. Ils recevaient donc des informations sur les positions de chacune des forces en temps réel.
Il s’était passé un peu plus d’une heure depuis l’engagement initial contre les patrouilles rebelles. Les Stormbirds avaient été récupérés et étaient réarmés pour une nouvelle sortie. Nemiel s’était attendu à ce que le reste de l’escorte se replie. Mais à la place, Jonson avait envoyé la force réduite effectuer un détour pour éviter le flanc gauche de l’adversaire, toujours ancré sur la planète et formant une ligne entre les forces du primarque et le globe ocre. Les cargos rebelles se trouvaient toujours en orbite haute au-dessus de Diamat, entourés par un cordon défensif de huit croiseurs.
Nemiel sentit le grondement des réacteurs du vaisseau amiral qui se propagea jusque sur les ponts, lorsque l’Invincible Reason atteignit sa vitesse maximum. Le vaisseau mère et ses escorteurs avaient adopté une formation triangulaire, présentant ainsi ce dernier en première ligne. Les bâtiments des Astartes, conçus pour forcer leur passage à travers des défenses planétaires hostiles et déployer des compagnies de débarquement, étaient encore plus caparaçonnés que les vaisseaux typiques de la formation. Jonson avait supposé que l’ennemi allait concentrer la majorité de son feu sur le vaisseau amiral, ce qui donnerait aux autres navires de précieuses secondes pour approcher à une portée suffisante.
— Des réponses à nos appels ? demanda Jonson au capitaine Stenius.
Ils avaient tenté de joindre les autorités impériales sur Diamat aussitôt qu’ils étaient arrivés à portée de voix.
Stenius secoua la tête.
— Rien pour le moment, répondit-il. Il y a des signes d’une forte ionisation dans l’atmosphère. Nous ne pourrons pas faire passer un signal à travers avant que nous ne soyons en orbite.
— Radiations ? demanda le primarque.
Le capitaine acquiesça.
— Les rebelles semblent avoir procédé à des dizaines de bombardements orbitaux, ciblant probablement des concentrations de troupes et des installations de défense.
— Est-ce que les rebelles ont réussi à accéder aux forges ? demanda Nemiel.
— Si ce n’est pas le cas, ils ne doivent pas en être loin, estima Jonson. Autrement les cargos auraient quitté leur orbite juste après nous avoir détectés.
Il montra de la tête les symboles représentant les croiseurs de l’escorte.
— Ils n’auraient pas non plus laissé une telle force de réserve pour les protéger s’ils ne contenaient pas déjà quelque chose de valeur. Donc, nous pouvons supposer que l’ennemi a réussi à prendre un certain nombre de forges secondaires à la surface de la planète. S’il y a toujours des forces de défense en action, elles vont se concentrer autour du complexe sidérurgique principal et la fonderie Titan.
— Titan ? demanda Nemiel. Il y a une légion basée sur Diamat ?
Jonson opina du chef.
— Legio Gladius, répondit-il. Malheureusement, leurs engins sont actuellement embarqués avec la 27e flotte expéditionnaire, loin dans le sud de la galaxie. Sur l’ordre d’Horus, précisons-le.
— Et cela laisse les défenseurs avec quoi ?
Le primarque fit une courte pause pour rassembler ses souvenirs.
— Huit régiments de dragons tanagrans, plus deux régiments blindés et plusieurs bataillons d’artillerie lourde.
Nemiel hocha la tête à son tour. Cela constituait tout de même une force militaire importante. Il se demanda combien parmi eux étaient encore vivants.
— Quelles forces peuvent rassembler une forge ?
Jonson ricana.
— Un nombre inconnu de troupes du Mechanicum. Les héritiers de Mars ne sont pas dans l’obligation de partager le secret de leur défense, déclara-t-il avant de faire une pause pour étudier la carte et de secouer la tête en se raidissant. Il semble improbable que les rebelles déploient une unité de leur force principale pour tenter d’intercepter nos escorteurs. Ils vont s’appuyer sur leurs croiseurs de réserve pour les tenir à distance, ce qui nous met en face de pas moins de douze vaisseaux.
— Dix minutes avant le contact, annonça Stenius. Des ordres, seigneur ?
— Les Stormbirds sont-ils prêts pour une autre sortie ? demanda Jonson.
— Nous avons deux escadrons prêts à être lancés et l’Amadis nous fait dire qu’il a un escadron en attente. L’Adzikel a un incendie dans sa baie de largage suite à l’écrasement à l’atterrissage d’un des Stormbirds. Ils estiment pouvoir reprendre les opérations de vol dans quatorze minutes au plus.
— La bataille sera terminée dans dix, grogna Jonson. Très bien : envoyez un signal au groupe d’éclaireurs et donnez-leur l’ordre de tenir leurs torpilles prêtes. Qu’ils se préparent à modifier leur trajectoire quand je le dirai. Transmettez le même signal aux autres vaisseaux et ajoutez que personne ne doit tirer avant que je n’en donne l’ordre.
Stenius s’inclina sèchement et commença à aboyer des instructions à travers le strategium. Sur la carte tactique, la distance entre les deux flottes se réduisait considérablement. Elles allaient bientôt être à la limite de portée de tir. Nemiel repensa à la sauvagerie du premier engagement et se prépara à la tempête à venir.
Le corps principal de la flotte adverse était centré autour de quatre grands croiseurs. À cette distance, les officiers de pont les avaient positivement identifiés comme les grands croiseurs de classe Avenger, Forinax et Leonis et les vaisseaux de classe Vengeance Castigator et Vindicare. Flanquant ce puissant groupe, avait été aligné une escadrille de quatre croiseurs pour chaque : un mélange de Crusaders, leur coque hérissée de batteries de canons, et d’Armigers, agiles et élancés. Contre une telle force, les Dark Angels avaient leur navire amiral et deux croiseurs d’assaut, les deux grands croiseurs de classe Avenger, l’Iron Duke et le Duchess Arbellatris, ainsi que les croiseurs lourds de classe Infernus, le Flamberge et le Lord Dante. Même si les rebelles avaient clairement l’avantage du nombre et de la puissance de feu, ils n’avaient plus aucun vaisseau capable de lancer une torpille : un petit avantage que Jonson comptait bien optimiser.
Les secondes s’écoulèrent. Le capitaine Stenius regardait les données sur la carte tactique.
— Nous sommes à la limite de portée pour lancer les torpilles, annonça-t-il.
— Pas encore, ordonna le primarque.
Il observait la force composée d’éclaireurs dépasser le gros de la flotte adverse, accélérant toujours en direction de Diamat, et les transports vulnérables.
Stenius hocha la tête.
— Deux minutes avant d’être à la limite de portée de tir.
— Des réponses en provenance de la planète ? demanda Jonson.
— Négatif, répondit le capitaine.
— Très bien, dit-il en se tournant vers Nemiel. Si nous n’avons toujours pas de nouvelles du gouverneur ou de ses forces de défense lorsque nous arrivons en orbite, je vais lancer le débarquement autour du complexe de la forge principale. Vos ordres sont de sécuriser la forge et d’éliminer toutes les troupes rebelles présentes. Est-ce clair ?
— Très clair, seigneur, répondit aussitôt Nemiel.
Le groupe d’assaut fila tout droit, en direction des gueules de canons des vaisseaux rebelles en attente. Deux minutes plus tard, la voix de l’officier de bord résonna :
— Tirs en approche !
— Que tous les vaisseaux se préparent à l’impact ! ordonna le primarque.
Des traits de lumière partaient des proues des croiseurs rebelles, balayant le vide avec d’incandescentes flèches d’énergie. Ils s’écrasèrent sur la proue de l’Invincible Reason, ainsi que sur celles de deux croiseurs d’assaut, illuminant leurs boucliers de fleurs de feu. Des lumières violettes explosaient au-delà des baies vitrées du pont, et de titanesques impacts résonnaient le long de la coque du grand vaisseau.
— Brèche dans la coque, pont douze, zone soixante-trois, annonça l’officier de bord. Pas de pertes signalées.
Le capitaine Stenius reçut l’information avec un petit mouvement de tête.
— Répliquons-nous ? demanda-t-il au primarque.
— Pas encore, répondit Jonson qui étudiait intensément les données sur la carte tactique. Envoyez un signal aux éclaireurs pour qu’ils orientent leur course en un-deux-zéro et qu’ils larguent une première salve de torpilles sur les grands croiseurs.
Les bâtiments des Astartes plongèrent à travers des nuages scintillants de magma et de morceaux de ponts vaporisés, pour continuer à s’approcher des vaisseaux rebelles. Alors qu’ils arrivaient à la portée de tir optimum, la flotte ennemie opéra un pivotement lent sur tribord pour présenter leurs terrifiants flancs et tirer sur la flotte impériale. Mais alors qu’ils commençaient à peine à tourner, Nemiel observa les éclaireurs changer aussi leur course. La petite escorte opéra un arc de cercle serré pour se retrouver directement derrière les navires ennemis, leur présence dissimulée par les émissions des réacteurs de leurs cibles.
Le piège se refermait. Jonson sourit froidement.
— Signalez à l’Amadis et à l’Adzikel : ciblez les grands croiseurs adverses et libérez vos torpilles. Capitaine, vous pouvez faire feu à volonté.
Des traits de lumière supplémentaires surgirent des navires rebelles, accompagnés, cette fois, de leurs batteries, qui firent s’abattre un déluge de projectiles sur les impériaux continuant leur avance. Au même moment, des torpilles surgirent des tubes de lancement des bâtiments astartes, ainsi que des éclaireurs, assaillant les grands croiseurs rebelles à la fois au niveau de la proue et au niveau de la poupe.
De gros impacts marquèrent le vaisseau amiral de bâbord et de tribord. Des alarmes se mirent à hurler.
— Impacts multiples du pont cinq à vingt ! annonça l’officier de pont. Incendie sur le pont douze !
— Envoyez un signal à la force principale, dit calmement Jonson. Nouvelle trajectoire, trois-zéro-zéro. Toutes les unités, ciblez les croiseurs ennemis à bâbord. Feu à volonté.
Secoués par le maelstrom de feu, les vaisseaux impériaux pivotèrent lourdement à bâbord, s’éloignant du centre de la formation adverse. À la place, ils se dirigèrent vers les quatre croiseurs rebelles positionnés sur les flancs. Le long du pont supérieur du vaisseau amiral, d’énormes tourelles pivotèrent doucement, orientant leurs titanesques canons en direction des croiseurs de classe Armiger. Au même moment, les armes sur les flancs entrèrent en action, frappant de plein fouet les boucliers des bâtiments ennemis avec les projectiles lancés par les macrocanons. Lesdits boucliers clignotèrent rageusement sous le tir de barrage ininterrompu, avant de s’effondrer totalement. Aussitôt, leurs batteries libérèrent leur propre feu en direction de l’Invincible Reason, pilonnant ses boucliers de la proue à la poupe. Des traits d’énergie réussirent à passer la barrière et s’enfoncèrent dans la coque blindée du bâtiment.
Quelques secondes plus tard, ce dernier répondit par une tonnante salve projetée par ses canons. Ils frappèrent à travers toute la coque comme des tambours de guerre, chacun étant plus fort que le précédent à mesure qu’ils s’approchaient du pont principal. Les projectiles brillèrent en filant à travers le vide et s’écrasèrent sur les flancs des navires ennemis. Nemiel observa, impressionné, une série de explosions massives fracassant les ponts d’un des croiseurs, avant qu’il ne se disloque et ne disparaisse au cœur d’une fleur de magma géante.
Un peu plus loin, les grands croiseurs au centre de la formation étaient secoués par les explosions de torpilles impériales qui les percutaient de bâbord et de tribord. Le Forinax bascula pour quitter la formation, son pont principal en feu. Le Castigator vit la plus grande partie de ses ponts de canonniers écrasée sous trois impacts directs. Les éclaireurs réduisirent leur vitesse et continuèrent leur course derrière leurs ennemis, profitant de leur position pour libérer vague après vague de projectiles et de traits de laser.
Les vaisseaux impériaux plongèrent dans la formation rebelle, échangeant une tempête de feu avec les bâtiments ennemis. Les plus petits des croiseurs souffrirent plus que les autres des coups infligés par le vaisseau amiral de Jonson. L’un d’eux fut pris entre les salves de l’Amadis et de l’Iron Duke passant de part et d’autre. Il fut ouvert par les impacts, pour finalement exploser. Au même moment, un autre Armiger disparut au cœur d’une titanesque boule de feu lorsque son générateur principal fut percé. Des projectiles et des rayons laser touchèrent aussi les impériaux. Le vaisseau amiral et son escorte subirent le principal des dégâts, leurs coques blindées criblées par les multiples coups au but et leurs plaques renforcées brillant sous la force de l’énergie incandescente. Le Duchess Arbellatris chancela sous le rideau de feu, sa coque réparée à la hâte se déchirant sous l’assaut fourni. Une série d’explosions dévastatrices ravagea ses flancs, le laissant partir à la dérive. Le Flamberge et le Lord Dante souffrirent tout autant, leurs ponts supérieurs et leur superstructure étant dévastés par les projectiles ennemis. Cependant, les deux vaisseaux réussirent à maintenir leur course et à retourner le feu avec toutes les armes qu’ils avaient à leur disposition.
L’échange dura quinze secondes tout au plus, mais Nemiel eut l’impression qu’il avait duré une éternité. Le vide était rempli de feux et de nuées de débris incandescents. Des vaisseaux et des hommes étaient morts le temps d’un clignement de paupière, avant que les deux forces ne s’éloignent l’une de l’autre, suivant des trajectoires opposées. Les éclaireurs continuèrent à harceler les rebelles prenant la fuite, pour ensuite opérer un lent demi-tour et retourner au sein de la flotte impériale.
— Estimation des dégâts ! ordonna Jonson.
L’Invincible Reason tressauta comme une bête blessée alors qu’il filait à grande vitesse vers Diamat. L’air dans le strategium était de plus en plus épaissi par les feux et fumées qui s’étaient répandus dans tout le vaisseau.
Le capitaine Stenius était penché sur la station de l’officier de bord, sa lentille oculaire envoyant une lumière verte en direction de la cascade de données.
— Tous les vaisseaux annoncent des dégâts de modérés à sévères, répondit-il. Le Duchess Arbellatris ne répond plus aux appels. Le Flamberge et le Lord Dante indiquent des pertes importantes. L’Iron Duck et l’Amadis disent que leurs batteries de canons sont hors service. Les réparations ont commencé.
— Et nous ? dit le primarque. Quels sont les dégâts ?
Stenius grimaça.
— Notre blindage a arrêté le pire, mais nous avons des brèches dans la coque un peu partout et des incendies sur trois ponts différents. La salle des torpilles indique que les tubes avant sont obstrués, mais ils s’activent pour les dégager, ajouta-t-il en secouant la tête. Pas très brillant, mais ça aurait pu être pire.
Jonson sourit sombrement.
— Ne tentez pas le destin, capitaine. On n’en a pas encore terminé. Indiquez à la force principale de modifier sa course à trois-trois-zéro et larguez les Stormbirds. Nous allons droit vers les cargos pour voir si nous pouvons leur faire lever l’ancre. Je suis prêt à parier que la force de réserve va préférer se désengager plutôt que de faire courir le moindre risque à ces navires.
Il se tourna vers Nemiel.
— Frère, il est temps que tu ailles aux nacelles de débarquement. Nous allons être au-dessus de Diamat dans dix minutes.