VII

Frères d’armes

Diamat
La 200e année de la Grande Croisade de l’Empereur

L’escouade de Nemiel fila dans la ruelle en direction du point d’atterrissage du module d’écho quatre, s’attendant à rencontrer de nouvelles troupes rebelles d’un moment à l’autre. Les bruits de combats entre les équipes d’Astartes et les forces adverses résonnaient un peu partout dans le no man’s land avec un peu plus de violence à chaque instant : les rebelles réagissaient à la nouvelle menace qui venait de leur arriver droit dessus. Nemiel entendit l’aboiement d’armes automatiques ici et là, couvert parfois par le tonnerre du canon d’un tank.

— Tournez au sud au prochain croisement, indiqua-t-il à son escouade. Écho quatre devrait se trouver quatre cents mètres plus bas après le carrefour, quelque part sur la gauche.

— Compris, répondit frère Yung, l’un des deux guerriers de tête.

Nemiel observa les Astartes se précipiter jusqu’au coin de la rue et plaquer leur dos contre les murs calcinés, leurs bolters tenus contre leur poitrine. L’un des deux guerriers, frère Cortus, se dit Nemiel, glissa jusqu’à la limite du mur et jeta un coup d’œil rapide dans le coin.

Nemiel entendit un canon faire feu et observa l’angle du bâtiment, derrière lequel Cortus se tenait, être désintégré en un simple battement de cœur. Les deux Astartes disparurent dans une tourmente de pierre pulvérisée et de poutrelles d’acier déchirées. Un aveuglant nuage de poussière et de fumée enveloppa l’intersection et grossit jusqu’à avaler le reste de l’escouade.

Par pur réflexe, cette dernière se mit à couvert derrière les tas de débris ou en se plaquant contre les murs. Nemiel vérifia les indicateurs dans son heaume et observa l’icône de frère Cortus passer du vert à l’ambre. Il était blessé, peut-être sérieusement, mais pouvait toujours agir. Les murs du bâtiment devaient avoir protégé les Astartes du plus fort de l’impact.

Moins d’une minute plus tard, frère Yung émergea du nuage de fumée, son armure noire couverte de poussière marron. Il portait et tirait à moitié frère Cortus. Nemiel quitta sa couverture et se précipita alors que frère Yung déposait le guerrier blessé dans la véranda dévastée d’une unité d’habitation.

Cortus se releva et se débattit avec son heaume. Une partie de la protection en céramite avait été endommagée, brisant la lentille droite et s’ouvrant du haut de la tête jusqu’à la nuque. Yung aida l’Astartes blessé à se libérer de son casque.

— Statut ? demanda Nemiel.

Frère Cortus envoya voler le heaume brisé à travers la ruelle. La partie droite de son visage avait été profondément écorchée par l’impact, retirant même la peau et les chairs jusqu’à l’os à certains endroits. Son œil droit n’était qu’une plaie sanglante, mais la blessure se cicatrisait déjà rapidement grâce aux capacités de guérison supérieures de Cortus.

— Un char d’assaut et quatre transports blindés à trois cents mètres au sud, dit-il la voix rendue rauque par la douleur. Approximativement un peloton d’infanterie en position de défense improvisée, peut-être plus.

— Je parlais de ta tête, frère.

Cortus observa, hébété, le rédempteur, clignant de son œil intact.

— Ho, ça, dit-il avec dédain, ce n’est rien. Quelqu’un a-t-il aperçu mon bolter ?

— Voilà, dit Yung laconiquement en tendant l’arme couverte de poussière.

Le visage du guerrier s’illumina.

— Merci bien, frère, déclara-t-il. Kohl m’aurait écorché vif si je l’avais perdu.

— Très juste, grogna le sergent alors qu’il s’accroupissait à côté de Nemiel. Il semble que les rebelles aient été plus rapides que nous pour arriver jusqu’à écho quatre. Nous sommes peut-être là trop tard.

— Ou peut-être juste à temps, le contra Nemiel. Trois cents mètres est une distance trop importante pour pouvoir tuer avec une arme à fusion. Nous devons nous approcher.

Il regarda la ruelle qu’ils venaient d’emprunter à la recherche d’une allée qu’ils pourraient utiliser pour contourner les positions adverses, mais il n’y en avait aucune.

— Nous devons passer par l’intérieur des bâtiments, décida-t-il. Sergent, toi et Askelon, vous ouvrez la marche.

Kohl opina et fit un signe en direction du techmarine. Nemiel aida Cortus à se remettre sur ses pieds, puis emboîta le pas du sergent à l’intérieur de l’unité d’habitation à la porte béante.

Il fallut dix minutes à l’escouade pour se frayer un chemin à travers la structure en partie effondrée. Kohl et Askelon écartaient le moindre débris se trouvant sur leur route. À certains endroits, le techmarine utilisait son servobras pour soutenir la structure du bâtiment, s’assurant ainsi que l’escouade puisse passer sans risquer un effondrement. Ils sortirent via une porte-fenêtre brisée, passèrent une allée remplie de détritus et entrèrent à l’intérieur d’une autre structure de l’autre côté.

Le second bâtiment avait presque entièrement été dévasté de l’intérieur, forçant les Astartes à évoluer au milieu d’énormes tas de débris pour atteindre l’autre côté. Nemiel pouvait entendre le ronronnement des moteurs d’engins à l’arrêt, ainsi que le son encore distant d’ordres hurlés.

Ils arrivèrent au sommet d’une pile de gravats non loin de l’extrémité opposée du bâtiment et s’aplatirent. Nemiel se joignit à Kohl et Askelon pour observer par-dessus les décombres. À ce point de leur périple, son armure était tellement couverte qu’il était pratiquement invisible ainsi perché sur les débris.

Il pouvait observer les positions ennemies à travers une large ouverture dans le coin du bâtiment en ruine. Le char d’assaut était stationné au centre d’une autre intersection, ses flancs noircis par les fumées d’échappement. Les quatre transports étaient postés derrière lui, à distance les uns des autres. Leurs rampes étaient abaissées et leurs troupes s’étaient déployées pour couvrir chaque côté de la rue. À l’opposé de l’intersection se trouvait une unité d’habitation en ruine dont l’un des étages supérieurs était ouvert par un énorme trou. Des flammes s’échappaient de ce dernier.

— Nous avons trouvé écho quatre, annonça Nemiel sur le vox. Vardus, règle ta visée. Tous les autres, on se prépare à bouger.

Le frère Vardus se fraya un chemin à travers la pile de débris et ajusta son arme à fusion en direction du tank, à travers l’ouverture dans le mur. Le reste de l’escouade escalada la pente de chaque côté, les armes prêtes.

Le tireur au fuseur hocha la tête en direction de Nemiel.

— Feu, dit ce dernier.

Le fuseur cracha son trait d’énergie avec un chuintement d’air surchauffé et atteignit le tank au niveau de l’un de ses flancs, juste à côté de son moteur. Des pièces de blindage fondu, ainsi que des morceaux de mécaniques, furent projetés dans les airs. Nemiel se redressa d’un coup.

— Loyauté et honneur ! hurla-t-il. Chargez !

Poussant tous le même cri, les Dark Angels dévalèrent les décombres et bondirent à travers l’ouverture dans le mur, leurs bolters crachant déjà du feu. Les troupes rebelles tombèrent comme des mouches, leurs armures légères ne les protégeant pas contre les puissants projectiles des bolters, mais les survivants ouvrirent immédiatement le feu. Des traits de laser strièrent l’espace, s’écrasant contre les façades des bâtiments noircis avec un claquement tout en staccato.

Nemiel arriva dans la rue, chargeant directement les transports à l’arrêt. Les tireurs postés au sommet de ces derniers faisaient déjà pivoter leurs canons. Mais les Astartes étaient maintenant trop proches des véhicules pour que les tirs ne puissent réellement les inquiéter. Le feu des lasers incinérait l’air autour du rédempteur. Il leva son pistolet bolter et libéra rapidement deux projectiles, touchant un homme couché dans l’entrée d’un bâtiment un peu plus loin dans la rue.

— Passez l’intersection, ordonna-t-il dans le vox en dépassant le tank en feu. Allez au bâtiment de l’autre côté. C’est là qu’écho quatre s’est posé.

Askelon et Kohl le suivaient de près, échangeant des coups de feu avec les troupes rebelles. Ils bondirent au cœur des transports blindés toujours immobiles, et le sergent lança une grenade à fragmentation dans l’habitacle des deux véhicules qu’il put atteindre. Vardus prit le temps de viser et tira tout en avançant, touchant l’un des artilleurs au sommet du transport placé un peu plus bas dans la rue. Le coup arriva dans la vitre avant et passa facilement les blindages, pour finalement provoquer une énorme explosion.

Nemiel arriva de l’autre côté de l’intersection en quelques secondes et se retrouva sous le feu adverse, s’abattant sur lui de trois directions différentes. Une autre escouade s’était mise à couverture dans le bâtiment où s’était posé écho quatre, et, à présent, elle tirait à bout portant sur les Astartes qui chargeaient. Un tir de laser toucha Nemiel droit dans la poitrine. Un autre creusa un énorme cratère brûlant dans son brassard gauche. Heureusement, la céramite absorba l’essentiel des impacts. Askelon fut à son tour touché plusieurs fois, mais son harnais décoré, forgé par les maîtres artisans de Mars, résista sans problème aux impacts.

À la droite de Nemiel, le sergent Kohl tira à bout portant sur un soldat rebelle, pour ensuite transpercer un second de son épée énergétique. Le rédempteur aperçut alors un sergent ennemi sur la gauche qui rechargeait à la hâte la cellule énergétique de son pistolet laser. Il tira deux fois sur le rebelle pour se précipiter ensuite au milieu des soldats adverses. Il massacra tous ceux qui se trouvèrent à portée de son crozius. Un tir de laser passa à travers l’entrée ouverte du bâtiment et le toucha au niveau du ventre. Une douleur intense le secoua lorsque le rayon se fraya un chemin à travers un point faible de son armure. Mais la couche de céramite réussit une fois de plus à amortir l’essentiel de l’impact.

Grondant de défi, Nemiel continua à avancer à l’intérieur du bâtiment, laissant les ennemis survivants aux bons soins de ses frères. Il se retrouva dans une nouvelle coque vide de béton, détruite de l’intérieur. Le toit de l’unité d’habitation et ses trois étages s’étaient effondrés il y avait déjà un certain temps, ne laissant debout que des murs extérieurs complètement criblés. Et à l’opposé de sa position, juste dans un coin, reposait écho quatre. Le module était tombé à presque quarante-cinq degrés pour s’enfoncer dans un amas de poutrelles et de maçonnerie. Pas une seule des rampes ne pouvait se déployer normalement, piégeant les éventuels occupants.

Des silhouettes se découpèrent dans l’intérieur sombre du bâtiment, tirant au pistolet ou au fusil laser sur Nemiel. L’un des tirs le toucha à la cuisse droite, les deux suivants arrivant droit au niveau de sa poitrine. Des messages d’alarme orange s’allumèrent sur les tableaux de son armure. Mais l’intégrité de la combinaison était encore bien loin d’être mise à mal. Il chargea en direction du module, ses jambes puissantes lui permettant d’évoluer sans ralentir au milieu des décombres instables. Son pistolet bolter aboya encore et encore. Chacun des tirs faisait mouche, tuant un soldat rebelle qui quittait sa couverture ou qui essayait de bouger pour le contourner.

Il venait tout juste de grimper en haut du plus élevé des tas, à moins de dix mètres du module, lorsqu’il découvrit le scintillement d’un champ d’énergie sous lui, au niveau de son pied gauche. Sans même réfléchir, il plongea sur la droite et abattit son crozius pour bloquer le coup. Se faisant, il réussit de justesse à éviter que sa jambe ne soit sectionnée au niveau du genou. Puisqu’il s’agissait de cela, l’épée énergétique d’un lieutenant rebelle réussit tout de même à profondément trancher dans son mollet gauche, le faisant basculer.

La douleur fut si intense qu’elle lui en coupa le souffle. Même à l’aide des petites routines auto hypnotiques à sa disposition, la blessure l’envoya aux extrêmes limites de l’état de choc. Son armure repéra les dégâts et compensa immédiatement, ankylosant les muscles de son mollet gauche et l’immobilisant comme une attelle de céramite. Le changement soudain de mobilité envoya Nemiel en avant, le faisant glisser la tête la première au pied du tas de décombres, en direction du petit peloton de commandement rebelle.

Les soldats s’approchèrent du rédempteur de tous les côtés, déchargeant sur lui leurs pistolets laser. Il fut touché dans la tête, les épaules et la poitrine. Son armure arrêta les tirs, mais les signaux d’intégrité commencèrent à passer de l’ambre au rouge. Il entendit le craquement très caractéristique de l’épée énergétique du lieutenant, alors que ce dernier dévalait le tas de débris dans sa direction.

Nemiel termina sa course en s’écrasant contre un ensemble de poutres à la base de l’amas et pivota sur le côté, juste au moment où l’officier ennemi arriva sur lui. L’épée énergétique opéra un arc descendant en direction de sa poitrine, mais il réussit in extremis à se contorsionner, pour finalement parer avec son crozius. Grognant, le lieutenant retira sa lame pour frapper à nouveau. Mais Nemiel leva au même moment son pistolet bolter et envoya un projectile droit dans le cœur de l’homme.

Un autre rebelle se précipita à côté du cadavre du lieutenant, qui n’était pas encore à terre, et tenta de planter sa baïonnette dans la gorge du rédempteur. Ce dernier bloqua sans difficulté le coup et tua le soldat d’un simple revers de la main dans la tête. Les rebelles survivants s’éparpillèrent lorsque le sergent Kohl arriva en haut des décombres et ouvrit le feu avec son pistolet bolter. Ils firent retraite, allant se dissimuler derrière un autre tas de permacrete.

Kohl rengaina son arme énergétique et descendit lourdement du tas.

— Tout va bien, frère ? demanda-t-il en tendant la main.

Nemiel refusa l’aide d’un mouvement.

— Je vais bien, dit-il en se remettant rapidement sur ses pieds.

Il était sur le point d’appeler le frère Askelon, lorsque le techmarine fit son apparition au sommet des décombres et se déplaça rapidement pour les rejoindre. Plutôt que de s’inquiéter de l’état de santé de Nemiel, il concentra uniquement son attention sur le module.

L’Astartes indiqua une caisse ouverte à quelques mètres de là. Quatre charges à fusion en forme de disques avaient été précautionneusement déballées et attendaient en bon ordre sur une petite planche composite arrachée.

— On dirait que nous sommes arrivés juste à temps, nota-t-il, lançant un regard lourd de sens du côté de Kohl.

— Mais tu sais ce que je dis toujours, Askelon ? répondit Kohl.

Le reste de sa réplique fut emportée par un tonnerre assourdissant, lorsque le tank à l’extérieur tira au canon en direction du bâtiment croulant. L’impact pulvérisa une section large d’une dizaine de mètres de l’entrée, couvrant les Astartes d’une pluie de pierre et de métal. Puis, le nuage de poussière et de fumée se dissipa. Nemiel put observer la situation à travers le trou ouvert par le tank ennemi, toujours là où Marthes l’avait pourtant touché. Le tir de fuseur avait bel et bien détruit le moteur, mais l’équipage à bord de l’engin était toujours en vie.

— Marthes ! appela Nemiel à travers le vox.

— Je sais, frère, je sais ! répondit Marthes. Je suis à l’extrémité sud du bâtiment avec la moitié de l’escouade. Donnez-moi juste une minute, le temps de me mettre en position.

— Nous n’avons peut-être pas une minute ! répliqua Nemiel.

Mais il ne s’inquiétait pas pour lui-même ou pour ses camarades. Le module au sol faisait une cible bien plus alléchante.

— Askelon ! On doit ouvrir ce module tout de suite ! cria-t-il.

Le techmarine opina du casque.

— Nous devons le redresser rapidement. Les rampes pourront alors se déployer, dit-il en baissant les yeux vers les charges à fusion. Aidez-moi ! lança-t-il en se penchant pour récupérer deux des disques.

Nemiel et Kohl attrapèrent chacun une charge et suivirent Askelon de l’autre côté du module. Le techmarine inspecta les décombres. Il déploya ensuite son servobras pour creuser des trous relativement profonds dans les débris, en des points spécifiques autour de la base inclinée de l’appareil.

— Tu ne vas pas être capable de déblayer ce tas assez rapidement ! aboya Kohl.

— Je n’en ai pas l’intention, frère, répondit Askelon.

Il saisit une des charges à fusion, régla le minuteur et lança la première bombe dans l’un des trous, avant de répéter l’opération avec la seconde.

Nemiel perçut le chuintement des servos, alors que la tourelle du tank pivotait pour sélectionner une nouvelle cible. C’est alors que s’éleva la plainte de l’air surchauffé et qu’un tir de fuseur toucha le côté droit du tank. La détonation fit vibrer l’ensemble de la rue. Mais lorsque la fumée se dissipa, Nemiel réalisa que Marthes avait tiré de trop loin. L’impact du fuseur n’avait pas pénétré suffisamment le blindage du tank. L’équipage à l’intérieur avait sans doute été légèrement étourdi par le coup, mais cela ne durerait pas plus de quelques secondes.

Askelon arracha la charge des mains de Nemiel.

— J’essayerai de me mettre à couvert si j’étais toi, dit-il en réglant le minuteur de l’explosif avant de le placer dans les débris.

Les trois Astartes s’éloignèrent rapidement du module et s’accroupirent à la base d’un tas de ruines. À peine avaient-ils eu le temps de se baisser que les quatre charges explosaient en une succession parfaitement orchestrée.

Les détonations furent tellement rapprochées les unes des autres que le son se résuma à une unique et terrible explosion. De la pierre fondue, ainsi que de la terre vaporisée, furent expulsées du tas de débris, libérant de l’espace pour le module grâce au placement précis des charges. D’un seul coup d’un seul, Askelon venait de retirer dix mètres cubes de décombres à la base du module. Doucement, puis de plus en plus vite, l’extrémité supérieure de l’engin commença à se redresser, jusqu’à ce qu’il se tienne enfin à la verticale avec un bruit métallique. Le flanc du module percuta l’un des coins du bâtiment, provoquant une série de craquements alarmants à travers l’ensemble des murs déjà bien endommagés.

Immédiatement, Nemiel entendit le claquement métallique des harnais se libérant, puis le bourdonnement mécanique des servos lorsque les quatre grandes rampes s’abaissèrent enfin, révélant ainsi l’unique passager d’écho quatre.

L’énorme silhouette au centre du module avait une forme vaguement humanoïde, dotée de deux puissantes et courtes jambes, ainsi que d’une paire de bras armés, rattachés à un torse large comme un caisson. Une tourelle sensorielle, façonnée comme un heaume, pivotait de droite et de gauche sur l’axe d’un col blindé, placé un peu plus haut que le milieu du torse. L’ensemble donnait l’impression de se retrouver devant un géant bossu, dans une carapace de céramite noire. Les deux épaules portaient l’insigne de la 1re légion, et un nombre impressionnant de décorations de bataille pendaient des plaques frontales du dreadnought. Un artiste du Mechanicum avait sculpté un parchemin doré, juste en dessous de la tête pivotante de l’engin, pour indiquer son nom : Titus.

Ses engins et ses servomoteurs ronronnant, frère Titus sortit du module juste au moment où le tank tira à nouveau. Le projectile se dirigea droit vers la coquille où s’était trouvé l’Astartes quelques secondes plus tôt et la pulvérisa littéralement.

Une pluie de shrapnels en fusion s’abattit sur les épaules de frère Titus. Le dreadnought dévala la rampe du module en feu en trois enjambées et se fraya un chemin à travers les décombres en direction du tank ennemi. La tourelle de ce dernier pivota sur la droite, cherchant désespérément à viser la machine de guerre qui approchait, pendant que son équipage luttait pour charger un nouveau projectile dans la culasse du canon.

Frère Titus était équipé des armes standards d’un dreadnought. Son bras droit se terminait par un canon d’assaut à gueule multiple, capable de tirer un torrent de projectiles à haute vélocité, létal pour des troupes ou des véhicules légers, mais peu à même de pénétrer l’épais blindage d’un tank. Cependant, le bras gauche de Titus se terminait par une puissante main dotée de quatre doigts parcourus d’arcs électriques, à l’instar du poing énergétique d’un Astartes. Nemiel et ses frères observèrent Titus charger à travers le trou ouvert précédemment dans la façade du bâtiment et lancer sa terrifiante main en direction de la tourelle carrée au sommet du tank. Le blindage se déchira comme du fer-blanc. Il y eut une gerbe d’étincelles violettes, suivie d’une secousse terrible lorsque la tourelle fut arrachée par le coup. Des flammes s’élevèrent des tubulures ouvertes.

Nemiel secoua la tête, impressionné par la puissance du dreadnought.

— Frère-sergent Kohl, reformation de l’escouade, dit-il en sortant rapidement du bâtiment.

La souffrance dans sa jambe s’était atténuée un peu grâce aux injections de tout un panel d’antidouleurs produits par sa combinaison, ainsi que grâce à sa propre capacité de guérir plus rapidement. Il passa sur le réseau de communication du commandement.

— Commandant des forces Lamnos. Ici alpha six, dit-il. Nous avons rejoint écho quatre et libéré frère Titus. Pas de forces ennemies dans l’entourage immédiat. Quels sont vos ordres ?

— Bon travail, alpha six, répondit Lamnos. Titus était le seul qui manquait encore à l’appel. Le reste de la force de débarquement a engagé des unités tout du long du tramway et nous avons reçu des informations comme quoi des éléments avancés des dragons tanagrans progressent en direction du sud pour nous rejoindre.

Il y eut une courte pause, le temps que Lamnos puisse consulter les autres chefs d’escouade.

— Il y a toujours des unités adverses postées à l’entrée du complexe sidérurgique, reprit-il. Approximativement à un kilomètre au sud-est de votre position. Prenez Titus avec vous et engagez l’ennemi.

— Affirmatif, répondit Nemiel. Alpha six, terminé.

Le rédempteur s’approcha de Kohl et Askelon qui se tenaient dans l’ombre du dreadnought. Askelon était visiblement impressionné par la machine de guerre. Kohl, lui, fixait la tourelle sensorielle de Titus, la tête levée, comme s’il était en grande conversation. Ils parlaient sans doute sur un canal privé, réalisa-t-il. Les dreadnoughts n’étaient pas fréquents dans la légion. Comme ils nécessitaient la présence d’un esprit humain, seuls les Astartes les plus grièvement blessés se voyaient offrir la possibilité de continuer à servir l’Empereur en se faisant incarcérer dans cette machine de guerre. Ceux qui avaient cet honneur étaient typiquement des guerriers qui avaient fait montre d’un grand héroïsme au combat et qui étaient mentalement assez forts pour supporter l’enfermement dans le sarcophage du dreadnought. De ce fait, ils étaient l’objet de la plus profonde des révérences de la part de leurs frères.

La tête de Titus pivota doucement à l’approche de Nemiel.

— Mes remerciements à toi et à ton escouade, frère-rédempteur, dit-il sur le canal de l’escouade.

La voix de Titus était profonde et puissante, complètement dénuée d’intonations humaines.

— Le commandant des forces Lamnos m’a indiqué d’accompagner ton escouade pour le moment. Quel est notre objectif ?

— Les rebelles ont pris l’entrée sud du complexe sidérurgique, indiqua Nemiel et montrant le sud-est de la tête. Nous allons la leur reprendre.