XVII
Le feu du ciel
Diamat
La 200e année de la Grande Croisade de l’Empereur
Des traits de laser filèrent tout autour de Nemiel, alors qu’il plongeait en direction du magos Archoï et des soldats rebelles. Son pistolet bolter tonna et deux officiers tombèrent, des trous béants au niveau du torse. Archoï sauta pour échapper à l’attaque du rédempteur, couinant en binaire, et ses acolytes chargèrent immédiatement, sortant de puissants pistolets laser de leur ceinture.
Nemiel abattit un autre rebelle d’un balayage de son crozius chargé d’énergie. Un rayon toucha le côté de son heaume, le frappant avec la force d’un marteau contre une enclume et faisant vaciller quelques secondes ses indicateurs visuels. Un icône d’alerte lui indiqua que l’intégrité de son casque était compromise. Il tira à bout portant sur un officier, le soulevant dans les airs, et sentit ensuite une pluie de coups lorsque les acolytes libérèrent un déluge de tirs au niveau de sa poitrine.
Ces derniers étaient des formes trop rapides pour être suivies à l’œil nu, leurs muscles ayant sans doute été gorgés de drogues et de boosters d’adrénaline. Nemiel sentit une demi-douzaine d’impacts frapper son plastron, avant qu’un éclat de douleur assourdissante ne transperce son cœur principal. Un court instant, un rideau menaça de tomber sur ses yeux alors que son anatomie luttait pour contrer les effets du choc. Puis, soudain, la douleur disparut et son esprit s’éclaircit, comme nettoyé par une vague glaciale, sous l’effet des anesthésiants et des stimulants injectés dans son corps.
Un bolter cracha quelques balles au-dessus de l’épaule de Nemiel, et l’un des acolytes tomba dans une fontaine de sang et de fluides. Le rédempteur tira sur le second deux fois, pour l’achever d’un revers de crozius. Il bondissait déjà en avant, alors que le corps de son ennemi n’avait pas encore touché le sol, filant à la poursuite d’Archoï dans une petite contre-allée.
Le frère-sergent Kohl suivit la même trajectoire, mais au sommet de la coque du canon de guerre, tirant avec son pistolet bolter sur tous les tech-adeptes se trouvant sur son passage. Derrière Nemiel, Marthes s’était accroupi au sommet d’un des véhicules et tirait une nouvelle boule d’énergie en direction des skitarri toujours sur la passerelle qu’ils venaient de quitter. Cette dernière explosa dans une tempête de fragments fondus, faisant tomber les survivants sur le sol de permacrete, deux étages plus bas. Le techmarine Askelon atterrit lourdement à son tour, continuant à avancer malgré les servomoteurs endommagés de sa combinaison protectrice. Vardus et Ephrial assurèrent les arrières, fauchant tout soldat ou tech-adepte tentant de contourner l’escouade.
Nemiel bondit comme un lion calibanite sur le magos, ses lèvres retroussées par un grognement sauvage. Même si c’était la dernière chose qu’il ferait de son vivant, il voulait s’assurer que ce traître subisse la justice de l’Empereur. Derrière et au-dessus de lui, il entendit Kohl hurler un avertissement. C’est à ce moment que des prétoriens le chargèrent depuis un interstice entre deux machines de guerre.
Le cri lui sauva la vie. Nemiel pivota et se pencha le plus possible, évitant de justesse le passage d’une griffe énergétique qui lui aurait probablement arraché la tête. Un second prétorien plongea sur lui, creusant une profonde blessure au niveau de sa hanche avec un couteau énergétique brillant. Nemiel abattit son crozius sur la main portant la lame, arrachant cette dernière de la poigne de son attaquant, avant de tirer trois balles directement dans sa poitrine. Le guerrier sursauta sous l’impact des projectiles perçant son armure, mais son système nerveux modifié lui permit de rester debout.
Il y avait quatre de ces monstruosités génétiquement modifiées. Celle avec la griffe énergétique se précipita vers le bras de Nemiel qui portait le pistolet. La seconde leva ses armes en essayant de contourner le rédempteur. La paire restante de skitarii fut bloquée par le sergent qui leur sauta dessus avec un hurlement de fureur. Son épée énergétique s’abattit en laissant une traînée de lumière derrière elle. Elle découpa au passage l’un des bras armés d’un des guerriers et provoqua un geyser d’étincelles et de fluides.
Le prétorien contournant Nemiel par sa droite s’écroula au milieu d’un déluge de balles libéré par le techmarine Askelon. Profitant de l’opportunité, le rédempteur pivota sur son talon gauche et écrasa la tête de l’autre skitarii d’un coup de crozius. Le guerrier mourut juste au moment où sa griffe se refermait sur l’avant-bras de Nemiel, laissant trois larges crevasses sur la protection noire avant de s’effondrer définitivement.
Kohl acheva le prétorien blessé devant lui d’un coup brutal qui l’ouvrit au niveau du torse. Le dernier des skitarii leva ses bras armés et visa le sergent, seulement pour mourir, trois balles tirées à bout portant par Nemiel dans son dos.
Nemiel se retourna d’un coup, cherchant le magos, mais ce dernier n’était plus en vue. Les prétoriens avaient accompli leur mission en donnant le temps au traître de s’échapper en sacrifiant leurs vies. Le reste des tech-adeptes avait fui de la même façon, s’éparpillant comme de la vermine entre les allées étroites du bâtiment d’assemblage. Le rédempteur s’élança à leur poursuite, mais le sergent Kohl lui cria de s’arrêter.
— Nous n’avons pas le temps de chasser le lapin, déclara Kohl alors que des rayons laser continuaient à s’abattre depuis les étages supérieurs. Nous devons retourner prévenir nos frères et les dragons.
Vardus, Ephrial et Askelon libérèrent une volée de projectiles en direction des skitarii, réussissant à en tuer un grand nombre et à faire reculer les autres. Nemiel fit mine de continuer, attiré par les sirènes de la vengeance, mais la raison et l’entraînement l’emportèrent finalement sur l’émotion.
— Tu as raison, frère, dit-il au sergent. Nous n’avons fait que forcer la main d’Archoï. Il va immédiatement donner l’ordre à ses troupes d’entrer en action. Askelon ! appela-t-il en se tournant vers le techmarine. Quel est le chemin le plus court pour sortir d’ici ? Nous n’avons pas un instant à perdre !
En fait, il était déjà dix minutes trop tard.
Le plan d’Archoï avait été précipité, décidé dans l’urgence, alors qu’il était encore penché sur le corps criblé de balles de son ancien maître, Vertullus. Il venait d’être informé qu’une force inconnue d’Astartes était arrivée en orbite pour sauver le monde-forge pillé. Sa prise de pouvoir était déjà bien avancée, ses unités loyales de tech-adeptes et de skitarii assassinant ceux qui soutenaient Vertullus et parquant les autres dans des vieux abris enterrés profondément sous les usines, à la base du grand volcan. Quand l’amiral responsable de la flotte du Maître de Guerre l’avait informé qu’il devait faire retraite, Archoï lui avait promis que lorsqu’ils reviendraient sur Diamat, lui et ses gens seraient prêts. C’était ça ou devoir affronter le peloton d’exécution lorsque ce bâtard de Kulik aurait eu vent de ses crimes. Alors que le dernier des vaisseaux rebelles sortait du champ d’action des vox, le magos avait généré une bulle de réflexions binaires qui allait former son plan. L’élément crucial dont tout dépendait était une date précise, accompagnée d’une heure approximative : deux semaines et demie. Et à présent, le temps était venu. Le magos espérait que le Maître de Guerre ne serait pas en retard.
À travers tout le secteur sud du complexe sidérurgique, jusqu’à son entrée et le long des fortifications de la zone de combat, tous les skitarii intégrés aux forces de défense reçurent un message codé. Les soldats endormis se réveillèrent et prirent calmement leurs armes, alors que ceux en faction sortirent leurs couteaux ou leurs armes silencieuses pour les utiliser contre leurs compagnons de garde. En quelques minutes, des tirs claquèrent dans les ténèbres, alors qu’un peu partout, les tech-gardes massacraient par surprise leurs camarades.
Dans les baraquements des forces Astartes au sol, la plupart des Dark Angels étaient réveillés, s’occupant de leurs armes ou s’entraînant au combat rapproché en préparation de la bataille à venir. Les prétoriens parmi eux se raidirent lorsque le signal leur arriva, pour enclencher leurs protocoles de combat, gorgeant leurs veines de drogues à base d’adrénaline. En un battement de cœur, les skitarii se transformèrent en machines à tuer bersekers. La puissance des drogues était si forte, que dans un quart d’heure elles commenceraient à éroder leurs muscles, les dévorant littéralement vivants. Cependant, jusqu’à ce moment fatidique, ils seraient immunisés contre tous les dégâts, sauf les plus catastrophiques. Levant leurs armes greffées ou leurs équipements de combat rapproché, les prétoriens chargèrent directement les Astartes pris par surprise, et le sang commença à couler à flot.
Le premier signe de danger en orbite fut la tempête de brouillage de vox qui isola complètement tous les vaisseaux de Jonson, du premier jusqu’au dernier. Les opérations de ravitaillement avaient cessé pour la journée, mais il y avait encore des centaines de tech-adeptes et de serviteurs de la forge travaillant dur sur l’Iron Duke, le croiseur d’assaut Amadis et l’Invincible Reason. Plusieurs des vaisseaux de guerre, notamment les croiseurs lourds comme le Flamberge et le Duke Infernus, et les bâtiments escorteurs du groupe d’éclaireurs, se précipitèrent aux stations de combat, alors que les autres crurent que la coupure dans le vox n’était qu’un accident causé par les réparations en cours.
Alors que les capitaines essayaient de déterminer la cause de la perte soudaine des moyens de communication et tentaient vainement de renouer le contact avec le vaisseau amiral, leur attention fut distraite du danger qui émergeait des ténèbres et qui filait droit vers eux. Une petite mais puissante flotte, assemblée à la hâte avec les moyens disponibles et envoyée à la va-vite en direction de Diamat, glissait doucement, tous moteurs et radars éteints.
Les vaisseaux éclaireurs furent les premiers à détecter les bâtiments ennemis qui arrivaient. S’envoyant des signaux les uns aux autres en utilisant leurs lumières, les croiseurs légers, ainsi que leur escorte, allumèrent leurs réacteurs et quittèrent l’orbite, leurs radars balayant le vide au cas où le brouillage soit l’annonce d’une attaque ennemie. Ils détectèrent huit vaisseaux adverses quelques minutes plus tard.
Des signaux lumineux furent échangés entre les bâtiments impériaux : formez une ligne et préparez-vous à lancer les torpilles. Avec une précision et une compétence remarquables, les petits vaisseaux filèrent de l’avant, accélérant jusqu’à atteindre la vitesse d’attaque. Sous les ponts, les serviteurs et les torpilleurs luttaient pour charger les tubes, alors que l’officier responsable des torpilles entrait la trajectoire et la vitesse des cibles dans le système d’armement du navire.
En moins de cinq minutes, les vaisseaux signalaient qu’ils étaient prêts à lancer les missiles. Lorsque la force d’éclaireurs arriva à la portée optimale de torpillage, le signal fut donné : pour l’Empereur, lancez toutes les torpilles.
Les ordres furent transmis aux torpilleurs. Les officiers responsables vérifièrent leurs données de tir et tournèrent leur clef de lancement.
Un peu moins d’une demi-seconde plus tard, ils étaient morts.
Lorsque chaque torpille reçut le signal de lancement, son réacteur plasmatique surchauffa, faisant détonner son ogive dans le tube. Les ponts élancés des fins destroyers s’évaporèrent au cœur d’une série de sphères de plasma grossissant, pour transformer les vaisseaux en coques brisées. Les croiseurs légers ne s’en tirèrent pas beaucoup mieux, leurs ponts de lancement de torpilles détruits et tous les étages les entourant envahis par des incendies incontrôlables. Le petit escadron n’eut d’autre choix que d’abandonner sa formation et tenter de sauver ses bâtiments.
Les explosions indiquèrent aux rebelles que leur approche discrète n’était plus de mise. Les réacteurs se rallumèrent à pleine puissance. Les boucliers crépitèrent en reformant des sphères opalescentes autour des vaisseaux, comme d’énormes bulles, avant de se concrétiser et de redevenir invisibles. Les radars reprirent vie, balayant des bâtiments impériaux surpris et gavant de données les engins des artilleurs rebelles.
Huit vaisseaux, trois croiseurs, deux croiseurs lourds et trois grands croiseurs plongèrent droit vers la flotte impériale. Coupés les uns des autres, ne sachant pas si leurs propres munitions avaient été sabotées par les traîtres de la forge, les bâtiments du primarque se préparèrent à l’assaut rebelle.
L’aube perçait lorsque Nemiel sortit enfin du bâtiment d’assemblage de Titans. Il entendit le staccato des armes à feu dans le lointain et comprit qu’ils étaient à court de temps. Tout ce que son escouade et lui pouvaient faire à présent, c’était de courir à la rescousse de leurs compagnons Astartes et tuer le plus d’ennemis possible.
— En avant, cria-t-il à ses hommes. Ne laissons personne nous barrer le chemin !
Ils descendirent à grande vitesse la route d’accès menant à la partie sud du complexe sidérurgique, leurs armes levées et prêtes à être utilisées à la moindre menace. Mais il n’y avait aucun moyen de savoir précisément d’où venaient les clameurs de la bataille. Il s’agissait probablement d’une patrouille mécanisée de skitarii, pensa Nemiel tout en réfléchissant aux déroulements récents des événements.
Des fusils laser à haute intensité hurlèrent derrière eux. Frère Vardus fut touché dans le dos par le puissant trait, ce qui le fit tomber à genou. Marthes leva son fuseur de son bras gauche et se pencha, attrapant au passage le bras de Vardus pour le remettre sur ses pieds. Frère Ephirial pivota sur lui-même et libéra une longue rafale en arrière, arrachant un cri de douleur de l’un des poursuivants.
Un peu plus loin, des bruits d’engins s’élevèrent furieusement.
— Marthes ! dit Nemiel, montrant une direction au porteur du fuseur.
Au même moment, un transport armé émergea d’une contre-allée pour s’arrêter aussitôt. Sa tourelle dotée de canons automatiques pivota et cracha un torrent de projectiles à haute vélocité en direction des Astartes qui couraient. Le tireur n’était pas très précis, aussi les balles passèrent au-dessus des cibles. Mais Nemiel observa la gueule du canon s’abaisser alors que l’homme ajustait son arme. Des skitarri en armure caparaçonnées arrivèrent à la suite de l’engin, plongeant sur le ventre et ouvrant le feu en direction des Dark Angels.
Frère Marthes dépassa le reste de l’escouade et visa avec son fuseur. Un rayon laser à haute intensité le toucha au niveau de l’avant-bras et laissa une méchante brûlure dans la plaque de céramite. Un autre tir le toucha à la jambe, provoquant un jet d’étincelles à la hauteur de la jointure du genou. Le tireur du transport armé, réalisant sans doute le danger, ajusta son canon et libéra une rafale de balles en direction de Marthes, au moment même où ce dernier pressait sur la détente de son fuseur. L’impact perfora le flanc du blindé comme un couteau énergétique, faisant exploser ses réserves d’essence et projetant une boule de feu qui s’éleva haut dans le ciel.
Nemiel observa Marthes tressauter lorsque deux des balles explosives du canon le percutèrent en pleine poitrine. Il y eut deux flashs de lumière coup sur coup, si rapprochés l’un de l’autre que leur son ne fit qu’un et résonna comme le tonnerre. L’Astartes vacilla en avant de deux pas et tomba face contre terre. Son statut sur les indicateurs à l’intérieur du heaume de Nemiel passa directement au noir.
Les skitarri se remirent sur leurs pieds, leurs armures fondant sous l’effet de la chaleur dégagée par le véhicule en feu. Nemiel et les autres les arrosèrent avec leurs bolters, abattant ainsi un grand nombre d’entre eux, et obligeant les survivants à faire retraite. Kohl arriva au niveau de Marthes, s’agenouilla et s’empara du fuseur, qu’il lança en direction d’Ephirial. Il posa alors la main sur l’épaulière du guerrier mort pour lui dire adieu, avant de bondir et de rejoindre le reste de l’escouade.
Ils mirent la carcasse calcinée du transport entre eux et leurs poursuivants, pour ensuite couper sur la gauche et s’enfoncer dans une petite ruelle, cherchant à continuer leur progression. En arrivant à la fin de la contre-allée et en s’orientant à nouveau vers le sud, Askelon montra le ciel.
— Regardez ! dit-il le souffle coupé.
Nemiel regarda au-dessus de lui et aperçut une pluie de météores incandescents traversant la strate de nuages et plongeant en direction de la côte. Beaucoup furent calcinés par la chute, creusant de grandes blessures orange et vertes dans le ciel matinal, alors que de plus gros morceaux continuèrent leur trajectoire jusqu’à disparaître derrière l’horizon. C’était une vision impressionnante, mais qui emplit Nemiel de terreur. Il avait contemplé ce genre de spectacle à de nombreuses reprises auparavant, lorsque la guerre faisait rage sur Barrakan ou Leantris. Ces météores étaient des morceaux de vaisseaux de guerre qui venaient de se désintégrer en orbite haute. L’attaque de Diamat avait commencé.
Des pistolets laser gémirent et résonnèrent dans l’air à l’opposé de la contre-allée qu’ils venaient d’emprunter. Un rayon toucha Kohl au niveau de la poitrine, se dispersant sans provoquer de dégâts contre son plastron. L’escouade répondit en tirant, et deux skitarii se mirent à couvert avant de faire retraite au coin d’un immeuble bas.
— C’était une équipe d’observation ! avertit Nemiel. Nous allons être à la limite de leur périmètre dans une petite minute. Ephrial, prépare-toi à utiliser ce fuseur.
Alors qu’ils s’approchaient de la fin de la grande route d’accès du complexe, Nemiel fit remonter le souvenir du plan général des fortifications. Tout juste devant eux et sur la droite se trouvaient des postes de tir dotés de canons laser. Un peu plus à l’ouest, il y avait un nid de mitrailleuses lourdes. Et enfin sur la gauche, un peu plus loin, se trouvait un autre nid identique. Il fit signe à Ephrial d’avancer jusqu’au coin du bâtiment le plus rapproché sur la droite, alors qu’il prenait lui-même position sur la gauche.
Nemiel plaqua son dos contre le mur de l’usine et jeta un coup d’œil de l’autre côté de l’avenue, en direction d’Ephrial. Il fit signe à l’Astartes de tirer sur la cible à sa droite. Ephrial acquiesça. Sans hésiter, il surgit du coin de l’immeuble et tira à l’aide du fuseur. Il y eut immédiatement une détonation lorsque la réserve énergétique du canon laser explosa, suivie des hurlements d’agonie de ceux qui manipulaient l’arme.
Aussitôt le nid de mitrailleuses lourdes à la gauche de Nemiel ouvrit le feu, marquant le dos d’Ephrial d’une longue ligne d’impacts. Le rédempteur surgit à son tour de son coin et leva son pistolet bolter en direction des quatre hommes cachés par les sacs de sable, à cinq mètres de lui. Quatre tirs rapides plus tard, tous les skitarii étaient à terre.
Nemiel se tourna vers le reste de l’escouade et leur fit signe d’avancer. Ils quittèrent le secteur de la fonderie et se dirigèrent rapidement vers les baraquements plus au sud, subissant le feu de deux autres mitrailleuses lourdes au passage. Vardus boitait suite à un tir qui, par malchance, avait touché sa jambe. Askelon continuait à avancer avec autant de détermination, mais Nemiel pouvait voir qu’il luttait contre le poids de sa propre armure et était complètement épuisé. Le rédempteur partit de l’avant, laissant tomber le chargeur vide de son pistolet bolter pour en placer un nouveau.
Il estima qu’ils se trouvaient à quatre kilomètres et demi des baraquements utilisés par les forces au sol. Il pouvait toujours entendre l’aboiement des bolters au loin, ce qui lui permettait de dire que certains de ses frères étaient encore en vie et combattaient. Il essaya plusieurs fois de les contacter par le vox, mais le brouillage l’en empêchait toujours. Des colonnes de fumée noire s’élevaient d’au moins une dizaine de points au-delà des fortifications entourant le complexe, et il craignait le pire pour les courageux dragons de Kulik.
Alors qu’ils se rapprochaient des baraquements, Nemiel entendit soudain une tempête de rayons laser et des rafales de mitrailleuses, suivie par le grondement d’un canon d’assaut. Il réalisa qu’il s’agissait de frère Titus. Le dreadnought avait monté la garde à l’extérieur des baraquements de la 2e compagnie lorsqu’ils étaient partis en reconnaissance au début de la nuit dernière. Sans réfléchir, il guida son escouade dans cette direction, écoutant les bruits de la bataille s’amplifier.
Le temps qu’ils arrivent en vue des entrepôts, le combat s’était déplacé dans la rue, à l’extérieur. Ils trouvèrent Titus, gardant l’entrée secondaire du bâtiment, contre l’assaut d’un peloton complet de skitarii. Des dizaines de cadavres brisés jonchaient le sol autour de ses larges pieds, marquant un premier assaut repoussé de l’adversaire. De nombreux autres tech-gardes étaient éparpillés un peu partout sur le permacrete, déchiquetés par les terrifiantes armes du dreadnought. Et pourtant, d’autres arrivaient par l’entrée sud, se postant pour tirer et libérer un déluge de feu sur l’armure frontale de Titus.
Nemiel fit s’arrêter l’escouade.
— Ce n’est qu’une question de temps avant que les tech-gardes n’apportent un lance-missile ou un canon laser pour détruire Titus, dit-il. Nous allons les contourner et les frapper par-derrière. Askelon, es-tu en mesure de continuer ?
Les épaulières du techmarine étaient voûtées après l’épuisante course. Son visage ensanglanté était pâle, mais il leva les yeux vers Nemiel et répondit.
— Le frère-sergent Kohl n’arrête pas de répéter que j’ai besoin d’exercice, dit-il le souffle court. Ne t’inquiète pas pour moi.
— Il a juste peur de devoir supporter un poids mort, grogna Kohl. Allons-y, à présent.
L’escouade se dirigea vers le nord-ouest, passant deux entrepôts avant de repartir à nouveau droit vers le sud. Les guerriers entendaient les sons de la bataille sur leur gauche, estimant ainsi leur position par rapport à l’adversaire et se déplaçant cinq cents mètres derrière eux. Puis, ils coupèrent en direction de l’est, prenant de la vitesse alors qu’ils se préparaient à charger et à frapper l’ennemi dans le dos.
Ils n’avaient pas fait une centaine de mètres qu’ils aperçurent un peloton de skitarii au pas de course, entrant dans leur champ de vision. Les rebelles avaient quatre canons laser montés sur roues. Ils découvrirent la présence des Astartes presque en même temps, à environ trois cents mètres d’eux. Frénétiquement, les troupes ennemies posèrent les quatre canons au sol et commencèrent à les faire pivoter pour tirer en direction de l’escouade.
— Chargez ! hurla Nemiel, même si ses hommes n’avaient pas vraiment besoin qu’on le leur ordonne.
Ils se mirent tous à courir le plus vite possible, tirant en même temps sur tout ce qu’ils pouvaient.
Nemiel observa les balles explosives percuter les plaques blindées des canons lasers et ricocher sans faire le moindre dégât. Les équipes travaillaient rapidement et avec une remarquable précision, connectant les armes sur leurs unités énergétiques et les chargeant en l’espace de quelques secondes. S’ils avaient été confrontés à des troupes humaines, cela aurait peut-être été suffisant. Mais les Astartes furent sur leurs ennemis une seconde trop tôt.
Ils bondirent par-dessus les canons et atterrirent au beau milieu des équipes pétrifiées. Nemiel abattit deux adversaires à bout portant et en écrasa deux autres sous le poids de son crozius, le frère-sergent Kohl et le frère Ephrial en tuèrent presque une douzaine d’autres avant que le reste de peloton ne se disperse et ne prenne la fuite.
Nemiel s’arrêta au milieu du carnage, ses sens automatiques détectant de nouvelles activités sonores au sud : des troupes ennemies arrivant. Il était sur le point de demander à Askelon de saboter les canons laser abandonnés lorsque les cieux s’ouvrirent et une langue de feu s’abattit sur la forge.
Il ne s’agissait pas simplement de météorites qui tombaient en lignes avant de disparaître. Nemiel compta huit queues de fumée et de flamme bien distinctes, plongeant en suivant une courbe, pour converger vers un point commun : le cœur du complexe sidérurgique, à trente kilomètres de là. Lorsque les points incandescents touchèrent leur cible, l’ensemble de l’horizon au nord disparut dans une apocalyptique lumière blanche.
Nemiel avait été le témoin de plus d’un bombardement orbital. Mais ces derniers n’avaient été que des lances de feu qui s’étaient enfoncées dans le sol, comme une épée incandescente, ou les salves d’obus mal tirées pilonnant une surface donnée. Il n’avait jamais été assez proche pour observer la fureur des canons lorsqu’ils libéraient un bombardement de barrage. Et il n’était pas prêt pour ce qui allait suivre.
Les huit projectiles touchèrent plus ou moins en même temps leur cible, leurs ogives magmatiques explosant avec la force d’une bombe nucléaire. Les systèmes de l’armure de Nemiel enregistrèrent la surpression due à la détonation, et il n’eut que le temps de hurler :
— À terre !
Et le souffle arriva.
Il plongea au sol et maintint son heaume contre le permacrete alors que le mur de flammes grondantes roulait au-dessus de lui. Ses censeurs de température firent un bond dans la zone rouge, et la force du vent le souleva comme un fétu de paille, le renvoyant dans l’étroite contre-allée. Il sentit le tonnerre qui suivit jusque dans son armure, se répercutant même à travers tout son squelette. Ses améliorateurs sensoriels furent submergés et s’éteignirent tous en même temps pour éviter de lui infliger des dommages permanents.
Tout fut terminé en quelques instants. Pendant une seconde, l’univers dans son entier semblait voué à se désintégrer, et la suivante, tout était d’un silence presque surréel. Nemiel resta sur le dos, cherchant à retrouver ses sens. Des icônes clignotèrent sur les écrans à l’intérieur de son heaume, l’informant que ses radars et son unité-vox se remettaient à zéro. Alors que sa vision revenait, il aperçut des tourbillons de fumée s’échapper de son armure endommagée. Doucement et avec précaution, il s’assit. Il y avait de la fumée partout. Elle provenait en partie des entrepôts qui avaient été enflammés par le souffle de l’explosion. Les quatre canons laser abandonnés étaient partis. Il regarda autour de lui et en aperçut un réduit en miettes au pied du mur d’un bâtiment. Mais les autres avaient simplement disparu.
Un crissement de parasites dans son oreille attira son attention, lui indiquant que son unité-vox fonctionnait à nouveau. Il était sur le point de l’éteindre lorsqu’il arriva à percevoir quelques mots à travers la bouillie sonore.
— Force de bataille alpha, ici Léonis ! déclara une voix familière, mais hachée et brouillée par la ionisation. Activez vos balises de téléportation et attendez !
Nemiel se releva péniblement. Léonis était le nom de code personnel du primarque. Il regarda la rue couverte de fumée et aperçut le frère-sergent Kohl se redresser aussi, suivi dans son mouvement par Verdus et Ephrial.
— Où se trouve frère Askelon ? demanda-t-il. Nous devons retourner aux entrepôts immédiatement !
— Par ici, répondit faiblement une voix depuis une petite rue adjacente.
Nemiel et Kohl se précipitèrent pour découvrir Askelon se remettant sur ses pieds. Sa tête, sans protection, avait été sévèrement brûlée par le souffle de l’explosion, mais par miracle, le techmarine était encore capable de bouger.
Ils l’aidèrent à se relever. Il regarda du côté de Kohl et tenta de grimacer un sourire, faisant craquer ses lèvres.
— Il semble que vous deviez me porter finalement.
Kohl attrapa son bras et l’enroula autour de son épaule. Il le saisit ensuite par la ceinture de sa main gauche.
— Je pourrais en porter deux comme toi sans même transpirer, grogna le sergent. Tu t’occupes juste d’ouvrir l’œil et de prévenir si tu vois d’autres de ces foutus skitarri. Je me charge du reste.
Nemiel attrapa l’autre bras d’Askelon et, ensemble, ils aidèrent le techmarine à avancer. Il pouvait entendre le signal se répéter inlassablement sur le canal de commandement de la force au sol. Il pouvait en conclure qu’au moins certains Dark Angels avaient survécu à l’embuscade mortelle d’Archoï. Il espérait surtout qu’il y avait toujours un apothicaire de vivant qui pourrait sauver Askelon.
Ils rejoignirent le reste de l’escouade et se dirigèrent vers les baraquements aussi vite que possible. Ce ne fut qu’alors que Nemiel se rendit compte de l’ampleur de la dévastation causée par le bombardement.
Une énorme colonne de cendre et de fumée s’élevait dans le ciel au nord, là où le volcan et la forge se trouvaient. Le soleil levant baignait le champignon de débris de nuances de rouge sang et d’orange agressif, alors que plus proche du sol, Nemiel pouvait entrapercevoir des veines grenats : du magma s’échappant du flanc blessé du volcan. Des incendies incontrôlables faisaient rage d’un point à l’autre de l’horizon, dévorant les formes dévastées des bâtiments dans le périmètre autour du point d’impact. De fait, le complexe sidérurgique avait été totalement détruit.
Il fallut plus d’une demi-heure pour couvrir les cinq cents mètres de distance séparant l’escouade des entrepôts. Les Astartes aperçurent d’abord la silhouette dominante de frère Titus. Son armure avait été éraflée : par endroits, la peinture avait été arrachée et laissait apparaître le métal nu. Mais il ne semblait pas plus endommagé que cela. Les entrepôts, eux, étaient en feu, et la rue était pleine d’Astartes. Un long et perturbant alignement de frères morts s’étirait sur la longueur du passage et continuait sur la gauche. Les corps étaient pris en charge par l’un des deux apothicaires des forces au sol, qui récupéraient les glandes progénoïdes pour les futurs membres de la légion. Le second s’occupait d’un nombre encore plus grand d’Astartes blessés, rassemblés en petits groupes en fonction de leur escouade d’origine.
Au centre de la foule se trouvaient les commandants de la compagnie et les chefs d’escouade, restant sous l’ombre de l’immense dreadnought. En leur milieu se détachait une silhouette dominante dans une armure étincelante, la tête haute et le visage arborant une expression de colère froide. Nemiel abandonna Askelon aux bons soins du frère-sergent Kohl et se dépêcha de rejoindre le primarque.
Lion El’Jonson écoutait les rapports des commandants de compagnie lorsque Nemiel arriva. Il croisa le regard de ce dernier, mais ne dit rien avant que les deux capitaines n’aient terminé d’énumérer leurs morts et leurs blessés. Pour autant que Nemiel puisse comprendre, près de trente Astartes avaient péri durant l’embuscade, et le double avait été sérieusement blessé avant que le dernier des prétoriens frénétiques ne soit tombé. La vue d’autant de ses frères morts le remplit de peine et d’une froide, mais incommensurable rage.
Le primarque écouta avec gravité les rapports de ses deux capitaines pour finalement se tourner vers Nemiel.
— Nous avons un sinistre début de journée, frère-rédempteur, déclara Jonson. J’espère que tu nous amènes des nouvelles un peu meilleures.
Sans préambule, Nemiel fit son rapport. Il raconta à Jonson tout ce qu’il avait trouvé pendant la nuit, depuis le lieu probable de l’assassinat de Vertullus, jusqu’à la découverte des grandes armes de siège et la folle trahison d’Archoï.
— J’étais arrivé à la même conclusion lorsque la plupart de nos éclaireurs ont été détruits par leurs propres torpilles flambant neuves, dit Jonson.
Il se tourna et regarda l’immense colonne de cendre au nord.
— Lorsque nous avons remonté la source du brouillage des vox, la duplicité d’Archoï n’en a été que plus évidente, ajouta-t-il.
— Les seigneurs de Mars vont être furieux de la perte d’une forge si vénérable, présagea Nemiel.
Jonson se retourna vers lui, ses yeux verts lançant des éclairs.
— Tel est le destin de tous les traîtres ! s’écria-t-il.
La force de sa colère était presque physiquement palpable, comme s’il venait de gifler Nemiel.
— Et c’est ce qu’Horus et le reste de ses vauriens vont apprendre quand leur heure sera venue, ajouta-t-il.
— Nous avons vu les débris d’un vaisseau tombant à terre, tenta Nemiel avec un peu plus de prudence. Dois-je comprendre que les rebelles sont revenus ?
Le primarque inspira profondément et maîtrisa ses émotions. Il acquiesça.
— Une force bien plus petite, cette fois, mais suffisante pour accomplir sa mission, indiqua-t-il laconiquement. Horus a réagi bien plus rapidement que ce que j’imaginais. Il a immédiatement envoyé une flotte assez semblable à la nôtre. Nous aurions peut-être été capables de les vaincre en l’état, mais la trahison d’Archoï nous a été fatale. Tous nos destroyers ont été perdus, ainsi que nos grands croiseurs et le croiseur d’assaut Adzikel. Après avoir bombardé la forge et éliminé la source du brouillage, j’ai donné l’ordre au reste de la flotte de faire retraite jusqu’aux limites du système, avant de me téléporter pour vous rejoindre.
La nouvelle de la défaite de la flotte remua profondément l’Astartes pourtant stoïque. Il agrippa son crozius, se rappelant de ses devoirs envers la légion.
— Tant que nous vivons, nous nous battons, seigneur, dit-il la voix chargée de défi. Même si la tempête fait rage et que l’ennemi se rassemble autour de nous, nous sommes inébranlables. Qu’ils viennent. Nous sommes les guerriers de la 1re légion et nous n’avons jamais connu la défaite !
Des cris pour confirmer ses paroles s’élevèrent parmi les Dark Angels assemblés. Jonson sourit.
— Bien dit, frère-rédempteur, répondit-il. Tu as raison. Nous avons subi d’énormes dégâts, mais la bataille n’est pas encore terminée.
— Que veux-tu que nous fassions, seigneur ? demanda Nemiel.
Jonson fit porter son regard vers le nord, en direction des imposantes silhouettes des bâtiments d’assemblage.
— On fait retraite jusqu’à la fonderie, dit-il. Tant que nous avons les canons de siège d’Horus, les rebelles ne vont pas se risquer à un bombardement orbital.
Lorsqu’il se tourna vers ses Astartes, son visage était sombre.
— Une fois que nous serons en position, nous devrons fortifier le secteur du mieux possible et nous préparer à nous battre pour nos vies. Sauf si je me trompe vraiment, les Sons of Horus vont bientôt être là.