VI
Anges de la mort
Caliban
La 200e année de la Grande Croisade de l’Empereur
— Ici epsilon trois-neuf, décollant de la zone quatre. Je me fais tirer dessus !
La voix paniquée sur le réseau coupa court au brouhaha des conversations dans le strategium de la forteresse, détournant l’attention de Zahariel des pages de rapports luisantes projetées au-dessus de son bureau. Serrant les dents, il éteignit son appareil holographique et sortit rapidement de son bureau pour entrer dans la salle agitée juste à côté.
C’était la moitié de l’après-midi du quatorzième jour depuis le début de l’attaque à grande échelle des insurgés. Et pour le moment, la violence ne semblait pas se calmer. Le strategium avait été constamment sur le pied de guerre depuis deux semaines, peuplé par un mélange d’officiers de la légion, de leurs aides, ainsi que d’officiers supérieurs dirigeant les régiments de Jägers à travers toute la planète. Les hommes et les femmes des Jägers luttaient pour gérer la nature toujours changeante des attaques adverses, ainsi que la pression due au maintien constant de l’ordre, le tout en tentant de mettre la main sur des insurgés qui cherchaient à éviter le combat direct le plus possible. Ils tenaient en buvant des pots et des pots de thé amer, avalant des capsules de stimulants, tout en cherchant à imiter le stoïcisme des Astartes qui les dominaient dans l’ombre. Mais Zahariel put sentir leur frustration alors que l’appel de détresse du pilote de cargo résonna à travers toute la salle. Zahariel nota la présence de Luther qui se tenait non loin de l’unité-vox, écoutant attentivement. Pour autant qu’il le sût, le maître de Caliban n’avait pas quitté cette pièce depuis des jours.
Une nouvelle voix s’éleva à travers le vox alors que Zahariel se frayait un passage dans la salle. Il entendit le contrôleur militaire de la légion déclarer :
— Epsilon trois-neuf, une patrouille aérienne a été prévenue et se dirige vers votre position. Temps estimé avant rendez-vous, trente secondes. Que voyez-vous ?
Le pilote civil d’epsilon répondit sur le vox immédiatement.
— Mon copilote dit avoir vu des lumières venant du nord, à l’extérieur du périmètre. Mes engins de tribord ont été touchés. La température monte en flèche ! Je dois modifier ma course et opérer un atterrissage d’urgence.
— Négatif, trois-neuf, cria le contrôleur. Augmentez votre vitesse et votre altitude. Ne tentez pas, je répète, ne tentez pas de vous poser.
Zahariel secoua la tête, irrité. Les pilotes civils essayaient toujours de reposer leurs transports au moindre problème, sans réaliser que pivoter et ralentir pour atterrir ne faisait que les rendre un peu plus vulnérables à une attaque au sol. Un éclair roula à travers toute la pièce lorsque les pilotes de chasse passèrent au-dessus des pics d’Aldurukh, filant vers le nord à grande vitesse.
— À quoi s’en prennent-ils cette fois ? demanda Zahariel en arrivant au côté de Luther.
— Un cargo de type II chargé avec dix mille tonnes de prométhium, répondit sombrement le maître de Caliban, les yeux fixés sur la grille du vox. Ils n’auraient pas pu choisir une meilleure cible.
Les yeux de Zahariel s’agrandirent. Epsilon trois-neuf était une véritable bombe volante. Un tir direct dans l’un des réservoirs sous pression remplis de prométhium et le bâtiment serait transformé en une énorme boule de magma, éparpillant des débris et de l’essence en feu sur l’ensemble des zones d’atterrissage de la région nord. Il se rappela soudain de la présence de toutes les cuves et de tous les hangars à cet emplacement et chercha à estimer les dégâts que pourrait provoquer une telle explosion.
L’unité-vox grésilla à nouveau. Mais cette fois ce fut la profonde voix d’un Astartes qui passa la grille.
— Ici lion quatre. J’ai epsilon trois-neuf en visuel. Patientez, déclara le pilote avant d’ajouter quelques secondes plus tard. Contact. J’ai localisé un groupe de rebelles utilisant un canon laser depuis l’arrière d’un camion civil, deux kilomètres à l’extérieur du périmètre. Je les engage.
— Dépêchez-vous, lion quatre ! cria epsilon trois-neuf. Nous venons d’être à nouveau touchés !
Lion quatre ne répondit pas. Les secondes passèrent, et Zahariel réalisa que l’ensemble du strategium était à présent silencieux. Puis, enfin, la voix craqua à nouveau.
— Ici lion quatre. Cible détruite. Je répète. Cible détruite. Epsilon trois-neuf a le champ libre.
Des cris de soulagement s’élevèrent au sein des officiers Jägers et des aides de la légion. Et pourtant, il n’y avait pas de quoi trop fanfaronner dans les circonstances actuelles. Les Astartes dans la pièce reçurent les nouvelles, impassibles, et continuèrent leur travail. Zahariel, lui, prit une grande bouffée d’air frais et jeta un coup d’œil du côté de Luther.
— Les rebelles sont de plus en plus audacieux, observa-t-il. C’est la troisième tentative depuis une douzaine d’heures.
Le maître de Caliban fronça les sourcils, soucieux.
— Nous devons étendre le périmètre d’environ cinq autres kilomètres. Il faut aussi augmenter le nombre de patrouilles mobiles. Tôt ou tard, ils vont réaliser que les canons lasers montés sur des véhicules sont trop simples à repérer. Ils vont passer au lance-missile porté à l’épaule, ce qui rendra la tâche encore plus ardue.
Zahariel acquiesça. Pour le moment, ils avaient eu de la chance : seulement deux navettes avaient été abattues durant les deux dernières semaines. Aucun des transports les plus importants n’avait subi des dégâts vraiment importants. À l’évidence, les rebelles voulaient empêcher tout trafic orbital entre Aldurukh et les vaisseaux de ravitaillement qui tournaient au-dessus de Caliban. Mais Luther avait décidé de continuer les opérations, malgré les protestations de plus en plus sonores des pilotes civils dirigeant les cargos. L’une des plus grandes inquiétudes de Zahariel était qu’aucun ravitaillement n’arrivait pour remplacer celui qui était envoyé quotidiennement dans l’espace.
— Nous avons quatre régiments de Jägers à l’entraînement qui sont assez expérimentés pour se charger des patrouilles, suggéra l’archiviste. Nous pourrions les assigner au périmètre de surveillance immédiatement.
— Qu’en est-il des régiments de front ? demanda Luther.
Zahariel secoua la tête.
— Toutes nos unités de combat compétentes ont déjà été déployées. En ce moment même, les Jägers disponibles se font rares, dit-il avant de faire une pause et de reprendre. Nous avons presque un chapitre d’éclaireurs complet et prêt à l’action, frère. Nous pourrions les envoyer par paire pour patrouiller dans la campagne autour d’Aldurukh et traquer les équipes armées de rebelles, au lieu de le faire faire par soldats encore en formation.
Luther sembla considérer cette option quelques instants.
— Si les attaques rebelles s’accélèrent, j’y réfléchirai, dit-il enfin. Pour le moment, organise une rotation de patrouilles avec les régiments en formation.
— Très bien, répondit Zahariel.
Il essayait de dissimuler toute trace d’exaspération dans le ton de sa voix. La violence s’était répandue à la surface de Caliban pendant deux semaines, et les Dark Angels n’étaient toujours pas sortis de la forteresse. Il ne pouvait pas comprendre la réticence de Luther à engager la légion dans le conflit. Zahariel s’était décidé à croire que le maître de Caliban les gardait en réserve pour une action rapide et décisive contre les insurgés.
La seule autre possibilité consistait à croire que Luther n’était pas certain de savoir où allait sa fidélité. Et la chose était tout simplement trop horrible à contempler.
— Cette situation est absolument intolérable !
Les doigts gantés de fer de la magos administratum Talia Bosk fendirent l’air à la façon d’une lance impériale. Elle se tenait perchée au bord d’un immense fauteuil bâti comme un trône, dans les quartiers du grand maître, sa silhouette fine presque perdue au milieu des replis de ses robes.
— Nos quotas de production sont tombés de soixante-trois pour cent. Quelque chose doit être fait immédiatement concernant ces attaques ou nous n’allons pas pouvoir remplir nos obligations pour aider l’Empereur dans sa Grande Croisade.
À en juger par la terreur qui déformait le ton de la voix de Bosk, elle aurait très bien pu évoquer la fin de la vie telle qu’elle existait actuellement, ce qui de son point de vue devait s’approcher de la vérité.
Bosk et la plus grande partie de son équipe étaient de Terra. Ils avaient été assignés sur Caliban par l’Administratum pour superviser le développement bureaucratique à travers la planète, ainsi que le programme d’industrialisation intensive. Des câbles brillants, métallisés, partaient de prises à la base de son crâne et s’enroulaient autour de son cou d’oiseau, disparaissant ensuite dans le large col de ses robes. Sa tête rasée était ornée de tatouages exécutés à l’aide d’une encre holographique. Cette dernière puisait dans le champ d’énergie de la femme pour projeter des représentations scintillantes de l’aquila impériale quelques millimètres au-dessus de sa peau. Les interfaces tactiles couvrant l’extrémité de ses doigts étaient ornées de minuscules pierres précieuses ainsi que de délicates volutes, comme des empreintes digitales, gravées dans la surface de platine. Ses prothèses oculaires brillaient d’une lueur bleue glaciale alors qu’elle observait Luther depuis l’autre côté de son énorme bureau de chêne.
C’était la fin d’après-midi et les lumières mourantes rampaient sur le sol de la grande pièce, passant par les grandes fenêtres ouvrant les murs ouest. Cet espace, qui habituellement semblait gigantesque à Zahariel, était peuplé d’officiers de régiment, d’aides de camp et de l’irritante coterie bureaucratique accompagnant Bosk partout. Il restait patiemment à côté d’une des fenêtres, ses larges épaules se découpant dans le soleil couchant, une plaquette de données pendant négligemment dans sa main. La réunion avait pour but de fournir à Luther un rapport sur la situation de la part des officiels impériaux. Et cela ne se passait pas très bien.
Luther alla s’asseoir dans l’énorme chaise du grand maître. Conçue pour la corpulence massive d’El’Jonson, elle donnait presque l’impression que le chevalier était un enfant en comparaison. Il posa ses coudes sur les bras massifs du fauteuil et regarda froidement Bosk.
— Soyez assurée, magos Bosk, qu’il n’y a personne sur cette planète ayant autant conscience que moi de nos obligations envers la légion, répondit Luther.
Seul quelqu’un de proche aurait été capable de percevoir la pointe de tension dans le ton de sa voix. Il continua.
— Général Morten, peut-être pouvez-vous nous éclairer concernant la situation actuelle ?
L’interpellé, portant le costume vert sombre des Jägers de Caliban, se racla la gorge et se leva doucement de sa chaise. Tout comme Bosk, il était Terran : un soldat décoré pour ses nombreuses années de service à qui avait été confiée l’organisation de la défense planétaire. C’était un homme petit, robuste, doté de lourdes bajoues et d’un nez qui avait été cassé tellement de fois, qu’il se résumait à une sorte de patate informe au milieu de son visage fatigué. Sa voix était rêche, résultat d’années de combat au milieu des émanations toxiques de Cambion Prime.
— Les arcologies principales de Caliban restent sous le régime de la loi martiale, avec un couvre-feu obligatoire à effet immédiat. Les émeutes semblent s’être calmées pour le moment, mais nous assistons toujours à des attaques rebelles isolées aux postes de contrôle, contre les commissariats et des infrastructures comme les pompes à eau et les relais enfouis, précisa-t-il en soupirant. Une forte présence armée dans les arcologies a sensiblement réduit le nombre des attaques, mais nous ne pouvons les éliminer complètement.
— Et les sites industriels ? demanda Luther.
— Nous avons eu beaucoup plus de chance de ce côté-là, continua Morten. Les plus grandes usines et les postes miniers se sont vus adjoints une petite garnison afin d’assurer leur sécurité. Cette dernière est dotée d’une force de réaction mobile prête à apporter des renforts en cas d’attaque. Du coup, nous avons réussi à repousser un certain nombre d’attaques majeures sur l’ensemble des derniers jours.
— Cependant, les rebelles semblent avoir suffisamment confiance pour oser tirer sur les transports et navettes effectuant des allers-retours à Aldurukh elle-même, fit remarquer Bosk.
À peine une demi-heure après l’attaque sur epsilon trois-neuf, ça avait été le tour de la navette de la magos, elle-même, d’être brièvement la cible d’un canon automatique alors qu’elle approchait de la forteresse.
— Qui sont ces criminels et comment ont-ils pu en arriver à un tel point en si peu de temps ? demanda-t-elle.
Luther prit une profonde inspiration, choisissant clairement ses mots avec précaution.
— Il y a des indications comme quoi les rebelles seraient essentiellement des nobles ayant perdu leur titre, ainsi que d’anciens chevaliers. Nous pensons qu’ils ont préparé en amont leurs opérations depuis des années, constituant des réserves d’armes et organisant leurs forces.
— Leur discipline est impressionnante, avoua Morten. Et leur organisation totalement décentralisée. Je n’ai pas de preuve, mais je suspecte fortement qu’un ou plusieurs de leurs chefs ont reçu un entraînement militaire impérial. Nous n’avons pas été capables de réunir des informations utiles concernant le relais de leurs ordres et leur réseau de liaisons, pas plus que nous n’avons pu identifier leurs chefs.
Zahariel observa Luther intensément, se demandant s’il allait donner les identités du seigneur Thuriel et des autres chefs rebelles, mais le chevalier resta muet.
— Que veulent ces criminels ? demanda Bosk.
Luther fixa la magos, le regard insondable.
— Ils veulent être utiles à nouveau.
— Alors qu’ils aillent travailler dans une usine de munitions, lâcha Bosk. Cette planète a des obligations, des obligations strictes, envers les forces de l’Empereur. Et il est de ma responsabilité de m’assurer que ses obligations soient respectées. Qu’est-ce qui a été fait pour attraper ces fauteurs de troubles et les traiter comme il se doit ?
Morten soupira.
— C’est plus facile à dire qu’à faire. Mes troupes sont déjà utilisées au maximum de leur capacité. Elles maintiennent l’ordre et protègent vos complexes industriels.
— Qui ne fonctionnent pas parce qu’il n’y a personne pour travailler sur les chaînes de production, rétorqua Bosk. Les ouvriers ne peuvent pas quitter leurs unités de logement à cause de la loi martiale.
Des plis et des replis de tissus bruissèrent lorsque la magos croisa les bras et fixa Luther.
— Et où se trouve la légion dans tout ça, maître Luther ? demanda-t-elle. Pourquoi n’a-t-elle pas été lâchée contre ces rebelles ?
Zahariel se raidit. Bosk était directement allée à la question. Peut-être qu’ils allaient à présent entendre la vérité.
Luther se pencha en avant, posant ses bras sur le bureau de chêne massif. Il planta son regard dans celui de l’administratrice sans ciller.
— Administratrice, mes frères sont capables de grandes et nombreuses choses. Mais chasser des criminels n’en fait pas partie. Lorsque cela sera le bon moment et lorsque les cibles adéquates se présenteront, les Dark Angels agiront. Pas avant.
La magos Bosk se raidit à la réponse de Luther.
— Cela n’est pas suffisant, maître Luther, répondit-elle sèchement. Ces troubles doivent prendre fin immédiatement. Les devoirs de Caliban doivent être remplis sans aucun délai. Si vous n’agissez pas, alors je vais être dans l’obligation de faire un rapport sur la situation au primarque Jonson, ainsi qu’à l’Adeptus Terra.
L’air dans la salle se chargea soudainement de tension. Le regard de Luther se fit froid et dur. Zahariel commença à s’avancer pour désamorcer la situation, mais la porte de la salle s’ouvrit et l’un des aides de camp de Morten se précipita à l’intérieur. Avec une courbette en guise d’excuse à l’intention de Luther, le subalterne se tourna vers le général et chuchota rapidement à son oreille. Morten fronça les sourcils et commença à poser des questions de plus en plus rapidement. La magos Bosk observa l’échange avec une peur croissante.
— Qu’est-ce qui se passe, demanda-t-elle, ses doigts métalliques crispés sur les bras en bois de son fauteuil. Général Morten ? Que se passe-t-il ?
L’interpellé renvoya son aide d’un mouvement. Il regarda du côté de Luther d’un air interrogatif. Ce dernier lui donna la permission de parler d’un petit geste de la main. Le général prit une grande inspiration et s’adressa à la magos.
— Il y a eu un… incident à sigma cinq-un-sept, dit-il.
— Un incident ? demanda Bosk en haussant le ton de sa voix. Vous voulez dire une attaque ?
— Possiblement, répondit le général. À ce point, nous ne pouvons pas en être certains.
— Hé bien, que savez-vous de façon certaine ?
Morten ne put cacher complètement son irritation face au ton autoritaire de l’administratrice. Il répéta ce qu’il savait d’une manière sèche.
— Il y a approximativement quarante-huit minutes, notre quartier général a reçu une transmission confuse de la garnison à sigma cinq-un-sept. L’opérateur du réseau a confirmé que celui qui envoyait le signal utilisait bien le bon mode d’appellation, ainsi que le bon type de cryptage, mais il n’a pas pu comprendre la teneur du message. La transmission a duré trente-deux secondes avant d’être coupée. Nous n’avons plus de nouvelles de la garnison depuis.
— Brouillage ? demanda Luther.
Morten secoua la tête.
— Non, seigneur. La transmission s’est tout simplement arrêtée. L’interlocuteur a été coupé en milieu de phrase.
Le maître de Caliban tourna son attention en direction de la magos Bosk.
— Qu’est-ce que sigma cinq-un-sept au juste ?
— Une installation de traitement du matériel dans les étendues nordiques, répondit-elle. Elle a été ouverte il y a un mois et n’est pas encore complètement opérationnelle.
— Combien de travailleurs ?
— Quatre mille par rotation dans des conditions normales, mais comme je le disais, l’installation n’est pas encore opérationnelle, indiqua Bosk en se pinçant les lèvres alors qu’elle piochait dans ses données corticales. Il y a eu des difficultés au niveau du réacteur thermique. Une équipe d’ingénieurs était sur place. Elle essayait de trouver la source du problème, mais c’est tout.
Luther acquiesça.
— Et la garnison ?
— Un peloton de Jägers et une escouade d’armement lourd, répondit Morten. Assez pour défendre le site contre n’importe quoi sauf une attaque rebelle majeure.
— Hé bien, c’est exactement ce qui vient de se passer, non ? lâcha Bosk. Vous nous aviez dit que vous aviez des troupes mobiles pour renforcer les garnisons en cas d’attaque. Pourquoi ne les avez-vous pas déployées ?
Le général lança un regard venimeux en direction de Bosk.
— C’est le cas, magos. Ils se sont posés sur le site il y a cinq minutes.
— Et au nom de l’Empereur, qu’ont-ils trouvé ?
L’expression de Morten s’assombrit d’un coup.
— Nous ne savons pas, admit-il à contrecœur. Nous avons perdu tout contact avec eux au moment même où ils ont touché le sol.
Luther se redressa d’un coup de sa chaise de grand maître. Zahariel sentit une vague de malaise le submerger. Il se passait quelque chose de très étrange, se dit-il. À son regard noir, il semblait évident que le maître de Caliban en pensait de même.
— Quelle était la taille des renforts ? demanda Luther.
— Une compagnie complète, répondit Morten. Deux cents hommes, des armes lourdes et dix transports armés aériens de type Condor.
Le malaise de Zahariel s’accentua. Une force de cette taille était largement suffisante pour contrer une attaque rebelle.
— Il est possible que la communication d’origine ait été une ruse et que les renforts aient été attirés dans une embuscade.
— C’est possible, répondit Luther sans trop y croire. Mais pourquoi cette absence de communication ? Nous aurions dû recevoir quelque chose, dit-il en se tournant vers Morten. Y’a-t-il une autre force d’intervention disponible dans la zone ?
— La plus proche se trouve à plus de deux heures, indiqua le général. Je peux lui demander de se rendre sur le site, mais cela laisserait le secteur des Collines Rouges sans aucune surveillance dans le cas d’une nouvelle attaque.
Bosk se leva en colère.
— C’est intolérable ! déclara-t-elle. Maître Luther, sans vouloir vous manquer de respect, je dois immédiatement faire part de la situation au primarque Jonson, ainsi qu’à mes supérieurs sur Terra. Elle ne fait qu’empirer un peu plus à chaque instant, et il est évident que vous ne désirez pas impliquer vos Astartes dans un combat contre vos propres gens. Peut-être qu’une autre légion pourrait être déployée pour mettre fin à cette rébellion ?
Le beau visage de Luther pâlit de colère. Le général Morten se rendit compte du danger et se prépara à répondre rapidement, mais Zahariel le devança.
— La défense de Caliban n’est pas un sujet dont doit s’occuper l’Adeptus Terra, déclara-t-il d’une voix sévère. Et notre primarque a des affaires bien plus importantes à gérer en ce moment. Maître Luther vous a déjà expliqué qu’il attendait le bon moment pour faire agir nos frères de bataille. Et clairement, ce moment est arrivé.
Luther se tourna vers Zahariel alors que l’archiviste parlait. Leurs regards se croisèrent. Le maître de Caliban fixa son Astartes un moment, les yeux chargés de colère. Zahariel soutint son regard sans flancher.
Quelques secondes passèrent et Luther sembla capable de contrôler à nouveau sa colère. Il acquiesça lentement, même si son expression démentait ses actes.
— Bien dit, frère. Rassemble une escouade de vétérans et pars pour sigma cinq-un-sept immédiatement. Élimine toute forme de résistance et sécurise l’endroit. Ensuite, fais-moi un rapport. Compris ?
Intérieurement, Zahariel soupira de soulagement. Il regrettait d’avoir dû forcer la main de Luther, mais il était certain qu’avec le temps, le maître de Caliban lui pardonnerait. L’archiviste s’inclina devant Luther, puis opina de la tête respectueusement en direction du général Morten et de la magos Bosk, avant de quitter rapidement la salle.
Sa conscience était claire. Au nom de l’Empereur et pour l’honneur de la légion, les Dark Angels de Caliban entraient en guerre.