IX
Sur la brèche
Diamat
La 200e année de la Grande Croisade de l’Empereur
— Je vois que les dragons ont fourni aux rebelles quelques fortifications, grogna Kohl.
Nemiel et le sergent étaient accroupis au coin d’un bâtiment calciné à deux cent cinquante mètres de l’entrée du complexe sidérurgique. Ils observaient le terrain depuis les décombres de ce qui avait été autrefois l’habitation de quelqu’un. Depuis leur position, ils pouvaient épier approximativement cinq cents mètres de tramway, ainsi que le grand portail qui donnait sur la frange extérieure de la grande forge. Aucun des deux Astartes ne prêtait attention à ce qu’ils regardaient.
Au début du conflit, les hommes de la garnison impériale avaient considérablement blindé l’entrée, élevant une paire de bastions en permacrete de part et d’autre du portail. Des nids d’armes lourdes avaient été placés pour créer une zone mortelle de feux croisés, couvrant les environs du passage. De plus, des trous avaient été creusés pour offrir une couverture pour les véhicules blindés. Les bâtiments avaient été détruits sur deux cents mètres autour des fortifications, créant une zone sans aucune couverture possible. C’était une formidable place forte de tous les points de vue. Et Nemiel aurait plutôt été content de sa présence, si les forces rebelles ne s’y étaient pas trouvées à la place des dragons tanagrans.
— Il semblerait qu’au moins les Tanagrans n’aient pas abandonné la position sans combattre, observa Nemiel.
Leur vision modifiée leur permettait de surveiller les bastions avec autant d’acuité que des hommes dotés d’une paire de jumelles.
— La plupart des postes de tir ont été détruits, et il y a un tank calciné dans chacun des trous. C’est pour cette raison que les rebelles ont stationné leurs véhicules le long du tramway, continua-t-il.
Kohl lâcha un grognement pessimiste. Ils pouvaient voir quatre transports blindés alignés sur le bas-côté, tout sas fermé, avec uniquement leur tourelle à autocanon levée.
— Je me demande pourquoi il n’y a aucun tank.
— Ils ont probablement été appelés ailleurs pour renforcer une autre partie de la ligne, suggéra Nemiel.
Le sergent acquiesça.
— Je parie que ce terrain est truffé de mines, dit-il en montrant de la tête la large surface de terre retournée qui menait jusqu’aux bastions.
Le rédempteur secoua la tête avec regret.
— Tu rayonnes toujours autant d’optimisme et d’espoir, frère.
— L’espoir, c’est ta responsabilité, déclara Kohl. La mienne, entre autre, consiste à éviter que de jeunes officiers écervelés ne se précipitent dans des champs de mines.
— Et pour cela, nous te sommes reconnaissants, répondit Nemiel.
Il respira alors profondément, se concentra et étudia les bastions une fois de plus.
Il pouvait voir de nombreuses traces prouvant que les fortifications avaient subi un feu nourri, mais il n’arrivait pas à comprendre comment les rebelles avaient réussi à les prendre. Il n’y avait aucun corps sur la zone à découvert indiquant une quelconque avancée, ni même les carcasses calcinées de véhicules suggérant une charge de blindés. S’ils pouvaient découvrir comment l’ennemi avait réussi à prendre la place forte, Nemiel et son escouade pourraient utiliser les mêmes faiblesses à leur avantage.
— Qu’en penses-tu, frère-sergent ? demanda Nemiel. Comment allons-nous prendre ces bastions ?
Kohl étudia les fortifications quelques instants de plus.
— Hum ? Je pense que nous allons simplement y aller et leur demander de nous laisser entrer.
Nemiel lança un regard noir du côté de son sergent, geste totalement futile dans le confinement de son heaume.
— Ce n’est pas très drôle, sergent.
— Je ne cherchais pas à l’être, répondit Kohl.
— Pas si vite, cria Nemiel par-dessus le grondement du moteur du transport. La dernière chose que nous voulons, c’est d’effrayer un sniper rebelle un peu rapide de la gâchette, capable de tirer sur des cibles amies.
Les deux transports blindés descendaient la ligne de tramway à vitesse constante, en direction de la forge. Ils laissaient dans leur sillage d’épaisses fumées crachées par les pots d’échappement, mais aussi un nuage de poussière ocre. Askelon avait utilisé son servobras et un couteau plasmatique pour retirer tout ce qui était possible de l’intérieur des véhicules, depuis les bancs, en passant par les caisses de munitions destinées aux canons automatiques du toit. Et pourtant, il n’y avait assez de place que pour un Astartes à l’avant et trois autres dans le compartiment réservé aux troupes. Frère Marthes, qui conduisait le transport où se trouvait Nemiel, devrait ramper dans la cabine du pilote, sur ses mains et ses genoux, pour ressortir et accéder au compartiment des troupes avant de pouvoir émerger par la rampe de débarquement. Pour la centième fois, Nemiel se demanda comment il avait pu se faire embarquer dans une histoire comme ça par le sergent Kohl.
— Le sergent a dit de faire comme si nous étions en train de fuir quelque chose, répondit Marthes en hurlant. Si nous allons trop lentement, ils peuvent tenter de nous arrêter.
— Et à l’opposé, si nous allons trop vite, ils risquent de nous tirer dessus, non ?
Marthes ne répondit pas tout de suite.
— Je dois dire que ça semblait avoir un certain sens au moment où le sergent Kohl a expliqué son plan, dit-il.
Nemiel secoua la tête, irrité. Au moins, Kohl avait eu la décence d’être le premier membre de l’escouade à se porter volontaire pour tester sa petite ruse. Il se trouvait dans le second transport avec Askelon, Yung et frère Farras. Nemiel avait frères Cortus et Ephrial dans le compartiment avec lui. Ils étaient serrés les uns contre les autres dans un espace exigu, complètement aveugle, enfumé par le kérosène et bruyant. Nemiel, plus proche de la cabine du pilote, tenta vainement de passer sa tête pour voir par l’un des hublots avant.
— À quelle distance sommes-nous des bastions ? demanda-t-il.
— Cent cinquante mètres, répondit Marthes. Ils nous ont vus arriver depuis une bonne minute déjà. Je peux voir plusieurs transports blindés diriger leurs canons vers nous.
Nemiel hocha la tête pour lui-même. Il ne faisait aucun doute que le commandant de la garnison tentait de les contacter via le vox pour savoir pourquoi ils approchaient ainsi de sa position. Askelon avait bien pris soin de tirer sur les antennes des véhicules avec son pistolet bolter. Mais les rebelles allaient-ils tomber dans le piège ? Allaient-ils même simplement le remarquer ? Ou n’allaient-ils prendre aucun risque et ouvrir le feu ? C’est ce qu’il ferait immédiatement à leur place.
Le rédempteur alluma son vox.
— Frère Titus ? Es-tu en position avec le reste de l’escouade ? demanda-t-il.
— Affirmatif, répondit le dreadnought de sa voix métallique. Je vous ai sur mes radars en ce moment même.
— Très bien, dit Nemiel. Feu à volonté.
Deux cents mètres plus au nord, exactement au même endroit où Kohl et Nemiel avaient observé les fortifications trente minutes plus tôt, frère Titus passa le coin du bâtiment calciné et leva son canon d’assaut. Les six gueules de l’arme commencèrent à tourner avec un affreux bruit de moteurs électriques, jusqu’à ce qu’elles ne forment plus qu’un seul et unique cylindre métallique et flou. Le dreadnought observa les positions ennemies d’un mouvement de sa tourelle de radar et tira une longue rafale vibrante.
Des balles à pointe de diamantine, capables de percer des armures légères, s’écrasèrent sur le bastion nord pour ensuite s’enfoncer dans les transports stationnés. Les projectiles creusèrent des cratères dans le permacrete. Les troupes adverses à découvert furent littéralement hachées sur place par les balles à haute vélocité. Ces dernières perforèrent la carapace légère de la tourelle du véhicule le plus à l’est et touchèrent l’une des munitions dans la réserve de ses canons automatiques. L’engin explosa dans une boule de feu jaune, se remplissant de l’intérieur de shrapnels mortels.
Les guerriers restants de l’escouade de Kohl se placèrent de part et d’autre du dreadnought et commencèrent à avancer sur le terrain à découvert en direction des bastions, tirant sur tout ce qu’ils pouvaient. Leurs rafales complétèrent la tempête de projectiles, poussant les rebelles pris par surprise à se réfugier derrière les protections les plus proches.
Les tourelles des trois transports restants pivotèrent immédiatement vers la source du danger au nord.
— Ça fonctionne ! cria frère Marthes. Ils ciblent Titus !
— Ne le laissons pas dans cette situation plus longtemps que nécessaire, répondit Nemiel. Accélère !
Les deux véhicules continuèrent leur course à pleine vitesse le long de la ligne de tramway, semblant vouloir trouver refuge derrière les fortifications autour de l’entrée. Alors qu’ils s’approchaient des transports rebelles immobiles, un sergent se redressa et commença à montrer du doigt un emplacement sur le bas-côté. Mais les deux véhicules continuèrent leur course.
— Heu, frère-rédempteur Nemiel ? dit Marthes. Vous n’avez rien mentionné à propos d’une barricade entre les deux fortifications.
— Nous ne pouvions pas voir entre les fortifications pendant notre reconnaissance, répondit Nemiel. Pouvons-nous passer à travers ?
— Nous allons bientôt le savoir, lança sombrement l’Astartes. Préparez-vous à l’impact !
La seconde qui suivit, le transport blindé percuta deux barrières de permacrete qui avaient été couchées à l’entrée du complexe. Il y eut un terrible impact, suivi du grincement du métal contre la pierre. Le véhicule de quarante tonnes se redressa vers le ciel, comme une baleine sautant hors de l’eau, lorsqu’il passa par-dessus le rebord de la barricade. Il aurait pu rester coincé dans cette position si le second transport ne lui était rentré immédiatement après dans l’arrière.
Le choc envoya l’engin un peu plus en avant, le poussant complètement par-dessus la barricade et forçant ainsi le passage entre les deux bastions. Le véhicule s’arrêta en glissant sur la ligne de tramway lorsque ses deux roues avant furent arrachées.
— Baissez la rampe ! cria Nemiel qui pouvait déjà discerner les cris alarmés et les tirs de laser à l’extérieur.
Il entendit un bruit creux à l’arrière du compartiment, suivi d’un couinement de métal, alors que frère Ephrial tentait de forcer le passage à travers la rampe partiellement coincée. Les sons de combat envahirent soudain la petite cabine : des hurlements de colère, le craquement des tirs de laser, le grondement lointain des canons du dreadnought, ainsi que l’aboiement rauque des pistolets bolter. Des rayons commencèrent à toucher la paroi du transport, provoquant une série de petites explosions.
Ephrial réussit à s’extraire du véhicule détruit et ouvrit le feu, tirant de façon courte et précise en direction de remparts du bastion nord. Cortus lui emboîta le pas et sortit sensiblement plus vite puisqu’il avait à présent assez de place pour se lancer de plein fouet contre la rampe et l’abaisser un peu plus. Un trait de laser percuta la base de son heaume alors qu’il s’extrayait. Il secoua la tête comme un ours en colère et se remit sur ses pieds, son bolter crachant déjà la mort en direction des rebelles.
— Marthes, on y va ! cria Nemiel.
Le rédempteur se fraya un passage, son crozius serré dans son poing. Il émergea au cœur d’une véritable tempête de feu, arrivant des deux bastions à la fois, pour découvrir le transport du sergent, couché sur le côté, au sommet de la barricade détruite. Les Dark Angels avaient réussi à déployer leur rampe et échangeaient à présent des tirs avec les rebelles du bastion sud, protégés derrière l’épave de leur véhicule.
Nemiel sortit son pistolet bolter et se dirigea sur la droite, tirant sur les remparts du bastion nord dès qu’il avait une cible en vue. Les fortifications ressemblaient à des pyramides de trois étages en escaliers, dotées d’un rempart et de postes de tir à chaque niveau. Malheureusement pour les rebelles, il n’y avait qu’un espace limité leur permettant de couvrir la distance entre les deux bastions. Les défenses étaient orientées essentiellement vers l’extérieur, surplombant des centaines de mètres de zone à découvert, ainsi que la longue et large ligne de tramway. Les troupes adverses étaient à présent rassemblées le long des étroits remparts, faisant s’abattre une pluie de tirs de laser sur les Astartes. Mais ces derniers en massacraient un peu plus chaque nouvelle seconde qui passait.
— Frère-sergent, faites avancer votre section ! ordonna-t-il à travers le vox. Ephrial ! Cortus ! Avec moi !
Il courut à grandes enjambées jusqu’à la limite du bastion, non loin de l’entrée du complexe. Comme il s’y attendait, il y avait un escalier menant dans les étages de la fortification.
— Grenades ! hurla-t-il.
Ephrial et Cortus firent sortir une paire de grenades à fragmentation des distributeurs à leur ceinture, réglèrent les détonateurs et les lancèrent par-dessus le premier rempart. Nemiel chargeait déjà dans l’escalier, le bolter levé.
Les grenades explosèrent avec une sorte de souffle étouffé, immédiatement suivie d’un chœur de hurlements. Nemiel arriva au sommet du premier escalier pour tourner immédiatement sur la droite et accéder au premier rempart. Il s’agissait d’une fortification impériale standard, toute droite sortie du manuel de construction. Et il en connaissait les plans par cœur. Il dépassa le coin, tirant sur les rebelles assommés à l’aide de son pistolet bolter, en hurlant un cri de bataille.
De ce côté du muret de permacrete, c’était un véritable massacre. Les morts et les vivants étaient entremêlés au sol de cette étroite tranchée, en partie couverte de débris arrachés par les tirs du dreadnought ou désintégrés par les projectiles à fragmentation. Les survivants tentaient de faire retraite le long du passage, piétinant maladroitement les corps de leurs camarades. De nouveaux rayons laser s’abattirent des remparts supérieurs. Ils s’écrasèrent sur les épais brassards de son armure ou sur son heaume courbe. Il continua sa progression, tuant méthodiquement un soldat à chaque tir. Ephrial et Cortus se joignirent à lui quelques instants après, arrosant les remparts au-dessus, pour interdire tout tir de ces positions.
Le passage continuait sur quinze mètres vers l’ouest avant de tourner brutalement vers le nord-est. Au coin, Nemiel s’arrêta et lança une de ses grenades. Il se précipita aussitôt après l’explosion de l’engin. Plusieurs mètres derrière lui, il entendit le cri perçant d’un fusil à fusion. Il comprit que Marthes les avait enfin rejoints.
Après le coin, le rempart continuait sur plus de quarante mètres en ligne droite. C’était là que se trouvaient les postes de tir couvrant la zone que traversaient Titus et les autres frères. Le parapet avait été sauvagement entamé par les canons d’assaut du dreadnought, ainsi que par le bolter lourd de frère Marthes. Il y avait bien plus de rebelles morts que vivants pour tenir encore la tranchée. Quinze mètres plus loin, une autre volée de marches menait à l’étage supérieur.
Les rebelles furent effrayés en voyant Nemiel progresser vers eux, mais tinrent la position, ne voulant pas le laisser accéder à l’escalier suivant. Ils déchargèrent leurs pistolets laser sur l’Astartes qui avançait, mais leurs armes étaient destinées à abattre des humains en armures légères, pas un juggernaut sur pied comme un Dark Angel. Nemiel continua obstinément sa course au milieu de la tempête de feu, subissant les tirs les uns après les autres. Des signaux d’alarme se mirent à clignoter dans tous les sens à l’intérieur de son heaume, mais il les ignora tous jusqu’au dernier. Rassemblant toute sa force, il chargea sur les dix mètres restant, jusqu’à ce qu’il soit au corps à corps. C’est alors que le massacre commença vraiment.
Le crozius étincelant s’abattit en sifflant, écrasant les casques et brisant les os. Il n’y avait nulle part où fuir dans un espace si étroit, nulle part pour manœuvrer ou tenter de le contourner. Les rebelles étaient obligés de rester et d’affronter sa colère directement. Il les extermina sans aucune pitié. Lorsque le courage les quitta finalement, et qu’ils firent demi-tour pour fuir sur la longueur restante de ce côté de la pyramide, Nemiel réalisa qu’il avait dépassé de trente mètres les escaliers qu’il visait et que son armure était couverte de sang jusqu’à la taille. Il avait progressé à travers les corps calcinés ou brûlés pendant plus d’une dizaine de minutes.
Un peu plus bas, au niveau de la ligne de tramway, un autre transport blindé explosa dans une gerbe de métal fondu. Frère Titus et le reste de l’escouade du sergent Kohl étaient presque au niveau de l’accotement. Les rebelles survivants étaient en complète déroute, fuyant à pied le plus rapidement possible en suivant la ligne de tramway, en direction du port spatial capturé. Derrière Nemiel, Cortus, Ephrial et Marthes échangeaient des coups de feu avec les soldats au niveau supérieur. Le rédempteur enclencha un nouveau chargeur dans son pistolet bolter et s’en alla les rejoindre.
Les rebelles luttaient sans relâche, obligeant les Astartes à combattre pour chaque mètre qu’ils montaient. Mais les Dark Angels étaient implacables. Nemiel prit une fois de plus la tête, tirant avec son pistolet jusqu’à ce qu’il soit à portée pour lever son mortel crozius. Il avait une demi-douzaine de blessures. Les tirs de laser passaient à travers les points affaiblis de son armure, calcinant les chairs en dessous. Lors du combat, un soldat l’avait chargé avec un fusil laser terminé par une baïonnette, réussissant à planter la lame dans une jointure au niveau de la hanche. La pointe s’était profondément enfoncée dans les chairs, pour se briser lorsque Nemiel avait balayé l’homme au loin d’un revers de son crozius. Mais la blessure ne l’avait qu’à peine gêné à ce point de la bataille. La victoire était à portée.
Ils lancèrent leurs dernières grenades au sommet du troisième escalier et chargèrent à la rencontre de l’ultime résistance rebelle. Ephrial tomba pendant l’assaut, touché au genou droit. Il s’affala sur le permacrete, sa jambe blessée tendue sous lui. Il continua néanmoins à tirer sur l’ennemi avec son bolter. Au sommet de la pyramide, les Astartes eurent la possibilité de se déployer afin d’attaquer les rebelles tous en même temps. La mêlée qui s’en suivit fit rage pendant trois longues minutes avant que le dernier soldat ne tombe sous le crozius de Nemiel.
— Bastion nord sécurisé, annonça ce dernier dans le vox. Un blessé.
— Bastion sud sécurisé, répondit le sergent Kohl une minute plus tard. Pas de blessé.
— Entrée sécurisée, compléta frère Titus. Frère-rédempteur Nemiel, je repère un mouvement à l’intérieur. Approximativement six contacts se déplaçant dans cette direction.
— Très bien, répondit Nemiel. Je descends. Frère-sergent Kohl, laisse l’un des membres de ta section en arrière pour servir de sentinelle. Ensuite, retrouve-moi au niveau de l’entrée.
Nemiel laissa frère Ephrial pour monter la garde dans le bastion nord et se dirigea vers le sol. Un peu plus loin au nord-ouest, il pouvait entendre le grondement des moteurs et le claquement des chenilles de tank. De nouvelles indications sur le réseau de commandement de la compagnie lui apprirent que les dragons tanagrans avaient réussi à percer et étaient presque au niveau du tramway.
Kohl et ses guerriers arrivèrent à l’entrée en même temps que Nemiel. Frère Titus se tenait immobile au beau milieu, ses canons d’assaut fumants, pointés direction d’une avenue qui s’enfonçait vers le nord-est dans le complexe.
— Où sont les contacts à présent ? demanda Nemiel au dreadnought.
— Deux cents mètres au nord-est. Je reçois d’étranges réponses sur mes radars. Quels qu’ils soient, ils savent optimiser leur couverture et évitent de se trouver en ligne de vue. Je ne pense pas qu’il s’agisse de troupes rebelles, dit-il après une pause.
— Peut-être que ce sont des tech-gardes, suggéra Askelon. Il devait bien y avoir une garnison quelconque pour défendre la forge.
— Espérons, répondit Nemiel. Cependant, il semblerait que l’ennemi ait réussi à pénétrer dans les quartiers périphériques avant que nous arrivions. Nous devons savoir à quel point, dit-il en se tournant vers le dreadnought. Garde l’entrée, frère Titus. Cela ne devrait pas prendre trop longtemps.
Nemiel guida le groupe et passa l’enceinte du Mechanicum. Le sol sous ses pieds n’était pas de permacrete, mais une sorte de pavage poli et métallique. Il résonnait doucement sous chacun de ses pas et s’étendait vers le nord-est avec la rectitude du laser, en direction des contours du volcan. De grandes et sombres structures s’élevaient de part et d’autre de la route. Des entrepôts, se dit Nemiel, ou des usines dont le fonctionnement avait été interrompu par l’attaque rebelle.
Le rédempteur continua sa progression, fouillant intensément les ténèbres entourant les bâtiments silencieux. Il savait à peu près où se trouvaient les six individus, mais malgré ses efforts, il n’arrivait pas à les repérer.
— Ils doivent se trouver au coin de l’une de ces bâtisses, dit-il doucement. Si c’est le cas, il y a des chances qu’ils ne sachent pas que nous sommes là.
Le techmarine Askelon secoua la tête.
— Je ne compterais pas trop dessus, répondit-il. S’il s’agit de tech-gardes, ils doivent être dotés de radars qui rivalisent avec ceux de frère Titus.
Nemiel n’aimait pas l’idée que quelque chose puisse voir mieux et plus loin que lui.
— Restez sur vos gardes, dit-il à ses guerriers en continuant à avancer.
Après une quinzaine de mètres, Titus les appela sur le vox.
— Les contacts se déplacent, indiqua-t-il. Ils sont à trente mètres, nord, nord-est, et se dirigent droit sur vous.
Les Astartes s’orientèrent en suivant les indications du dreadnought, leurs armes abaissées mais prêtes. Ironiquement, ce fut frère Cortus, le frère borgne, qui les repéra en premier.
— Là ! dit-il en indiquant de la tête une allée étroite sur la gauche.
Six silhouettes en émergeaient et se déployaient en demi-cercle, pour se diriger ensuite vers les Astartes. Lorsqu’ils quittèrent les ombres des bâtiments, Nemiel put voir qu’il s’agissait de créatures massives, chacune au moins aussi grande et puissante qu’un Astartes. Des plaques de blindage couvraient leur corps aux muscles surdimensionnés, et même à cette distance, Nemiel pouvait voir que leurs membres, ainsi que leur tête, étaient lourdement modifiés par des implants bioniques et chimiques. Leurs bras se terminaient par un panel d’armes effrayantes : à feu, à énergie et même potentiellement mortelles au corps à corps. Il pouvait les entendre se parler les uns aux autres en utilisant des codes binaires sonores. Leurs yeux artificiels envoyaient une pâle lueur verte du fond de leurs orbites métalliques oxydées.
Nemiel se tourna vers Askelon.
— Qu’est-ce qu’ils se disent les uns les autres ? demanda-t-il.
Le techmarine secoua la tête.
— Je ne peux pas dire. C’est hautement crypté. Mais leur système d’armement et leurs radars fonctionnent à plein régime.
Nemiel se retourna pour étudier les silhouettes qui approchaient.
— Tu les reconnais ?
— Ho oui, dit Askelon. Ce sont des skitarii. Et plus spécifiquement une unité de prétoriens. Il s’agit là de l’élite de la garde du Mechanicum.
Les prétoriens continuèrent leur progression, claquant et couinant pour communiquer dans leur sinistre langage codé. Nemiel s’avança à son tour, baissant de façon évidente son arme.
— Ave, prétoriens, commença-t-il. Je suis le frère-rédempteur Nemiel, de la 1re légion de l’Empereur. Nous sommes venus pour défendre la forge…
Le reste des salutations de Nemiel fut coupé court lorsque les prétoriens levèrent leurs armes et ouvrirent le feu.