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Arcadie, Géorgie, vendredi 2 février, 11 h 35
— Ça colle, dit Luke en se penchant sur le haut-parleur du téléphone de Chase.
Daniel les avait appelés depuis le bureau du shérif Corchran. Il venait de leur raconter l'histoire d'Annette O'Brien, tout en attendant avec elle les agents qui devaient l'emmener dans un endroit sûr.
— Il ne nous reste plus qu'à le trouver, conclut-il.
— Nous avons une photo plus récente pour l'avis de recherche, annonça Chase. Mack est bien plus costaud qu'au moment de son arrestation.
— C'est classique, répondit Daniel. Il a pu aussi se teindre les cheveux. Pendant que nous roulions vers le bureau de Corchran, Mme O'Brien s'est souvenue qu'une boîte de shampoing colorant blond avait récemment disparu de chez elle.
— Très bien, je prends en compte la nouvelle couleur de cheveux, dit Luke. Tiens, j'ai là quelque chose qui devrait t'intéresser : Mack faisait partie de l'équipe d'entretien des routes, quand il était en prison. Il nettoyait les fossés, si tu vois ce que je veux dire.
— Il faudra fouiller l'usine de papier. Et surtout l'entrepôt construit sur le terrain de la famille O'Brien.
— J'ai déjà envoyé sur place une équipe qui se fait passer pour des gars de l'hygiène, répondit Chase. Où en est-on, en ce qui concerne le mandat pour le coffre-fort ?
— Chloé s'en occupe. Dès que j'en aurai terminé ici, je file à Dutton pour être sur place et ouvrir le coffre dès que le juge aura signé. Comment va Hatton ?
— Il est toujours au bloc. Crighton a réclamé un avocat. Il ne nous dira rien.
— Quel salaud ! murmura Daniel. J'aimerais tant le coincer... Pour Kathy Tremaine.
— Au bout de treize ans, fit remarquer Luke d'une voix désabusée. Ça m'étonnerait qu'on y arrive.
— Je sais, mais ça aiderait Alex à tourner la page. Elle a demandé à le voir?
— Non. Elle attend l'appel de l'hôpital avec Leigh. Elle n'a pas l'air de penser à Crighton.
Daniel soupira.
— Elle demandera à le rencontrer quand elle sera prête. Je vous appelle dès que j'ai ouvert le coffre. Croisez les doigts.
Atlanta, vendredi 2 février, 12 h 30
Alex faisait les cent pas devant le petit comptoir de Leigh.
— Ils auraient dû appeler, murmura-t-elle.
— Une opération, ça peut durer, répondit calmement Leigh. On nous préviendra dès qu'il sortira, ne vous en faites pas.
Elle affichait un calme impressionnant, mais Alex devina à son regard qu'elle était inquiète et, du coup, elle se sentit moins seule. Elle allait ouvrir la bouche pour lui demander si ça allait durer encore longtemps à son avis, quand son téléphone sonna. L'appel venait de Cincinnati, mais elle ne reconnut pas le numéro.
— Allô?
— Mademoiselle Alex Fallon ?
— Oui ? Qui est à l'appareil ?
— Je suis l'agent Morse, de la police de Cincinnati.
— Que se passe-t-il ?
— On a cambriolé votre appartement hier soir. En déposant votre courrier ce matin, le concierge de votre immeuble a remarqué que la porte était entrouverte.
— Une amie est passée hier pour relever mon courrier. Elle a dû oublier de fermer en partant.
— Non, mademoiselle Fallon. On a saccagé votre appartement. Les coussins et les matelas étaient éventrés, le contenu de votre commode renversé sur le sol et...
Au mot saccagé, le cœur d’Alex s'était brusquement emballé.
— Et mes vêtements étaient déchirés, acheva-t-elle.
Il y eut un temps d'hésitation à l'autre bout de la ligne.
— Comment le savez-vous ?
« Ne fais confiance à personne... », avait dit Wade à Bailey.
— Pouvez-vous me donner votre nom et votre numéro de badge, je vous prie ? Je vais vérifier votre identité et vous rappeler.
— Pas de problème.
Il lui donna les informations qu'elle réclamait et elle promit de le rappeler.
— Leigh ? Vous voulez bien vérifier l'identité d'un officier de police qui vient de m'annoncer que mon appartement a été mis à sac ?
— Seigneur ! s'exclama Leigh. Je m'en occupe sur-le-champ...
— Merci. Pendant ce temps, j'appelle une amie.
Elle composa le numéro de Letta et fut soulagée d'entendre sa voix. Elle lui conseilla de se montrer prudente, puis lui demanda de transmettre le message à Richard, lequel était de service.
Elle raccrocha en même temps que Leigh.
— Le flic de Cincinnati est un vrai flic, annonça Leigh.
Elle le rappela aussitôt.
— Merci d'avoir patienté, agent Morse, dit-elle.
— Vous avez bien fait de vérifier, on n'est jamais trop prudent. Qui a pu fouiller chez vous ?
— Probablement la personne qui a déjà mis sens dessus dessous le pavillon que je loue ici. Puis-je vous demander de vous adresser à l'agent Daniel Vartanian? Il vous donnera tous les renseignements nécessaires.
— Je vais l'appeler. Que cherchait le malfaiteur, d'après vous?
— Un objet se trouvait chez mon ex-mari. Il me l'a envoyé ici depuis, mais j'ai bien peur qu'on aille fouiller chez lui, maintenant.
— Donnez-moi son adresse. Nous enverrons quelqu'un.
— Merci, dit Alex.
— De rien. Nous suivons l'actualité, mademoiselle Fallon. On dirait que l'agent Vartanian est très occupé en ce moment.
Elle poussa un soupir.
— C'est le moins qu'on puisse dire.
Dutton, vendredi 2 février, 12 h 30
En sortant du bureau du shérif d'Arcadie, Daniel s'était arrêté dans une librairie. Il contempla d'un air songeur le lourd volume de poésie qu'il tenait à la main. Chloé n'ayant toujours pas obtenu le mandat, il avait du temps à tuer. Il était à présent garé en face du salon de coiffure pour hommes de Dutton. Il s'apprêtait à parler à son vieux professeur d'anglais, M. Grant, qui était installé sur le banc et scrutait les alentours de son œil d'aigle.
Il sortit de sa voiture.
— Monsieur Grant! appela-t-il.
— Daniel Vartanian, répondit Grant.
Les hommes qui l'entouraient levèrent la tête.
Daniel fit signe à Grant d'approcher et attendit qu'il traverse en boitillant.
— J'ai quelque chose pour vous, dit-il quand Grant l'eut rejoint.
Il lui tendit le livre.
— En remerciement de vos précieux cours de littérature, ajouta-t-il tout haut.
Il baissa la voix.
— Je veux absolument vous parler, mais je dois rester discret.
Grant caressa le livre avec respect.
— Il est magnifique...
Puis, tout bas :
— J'attendais votre venue. Que voulez-vous savoir?
— Que savez-vous ?
— Si je vous disais tout ce que je sais, j'aurais de quoi écrire un livre plus épais que celui-ci, mais tout ne serait pas d'un intérêt équivalent. Posez vos questions. Si je peux répondre, je le ferai.
Il ouvrit le livre et s'arrêta sur le poème de John Donne qui avait valu autrefois un premier prix de poésie à Daniel, en inclinant la tête de côté, avec l'attitude de quelqu'un qui s'apprête à lire tout haut.
— Allez-y, insista-t-il. Je vous écoute.
— Parlez-moi de Mack O'Brien.
— Un garçon intelligent, mais caractériel. Mack était un élève à problèmes. Il vandalisait les murs et le mobilier de l'école, il conduisait sa Corvette comme un pilote de course, et quand il y avait une bagarre, il en était. Il se vantait d'avoir du succès auprès des filles.
— Et c'était le cas?
— Non.
Il tourna les pages, pour choisir un autre poème.
— Je me souviens avoir entendu des filles parler de Mack et se moquer de lui parce qu'il avait invité l'une d'elles au bal de fin d'année. A l'époque, il avait déjà quitté la Bryson Academy. Elles disaient qu'elles l'avaient supporté jusque-là parce qu'il avait une belle voiture, mais que c'était fini. Il était loin d'être aussi séduisant que son grand frère. Il avait eu beaucoup d'acné et en avait gardé de profondes cicatrices. Bref, les filles le maltraitaient plutôt.
— Qui étaient ces filles, monsieur Grant ?
— Celles que vous avez trouvées dans un fossé récemment, Daniel. Janet était la plus féroce. Gemma riait à gorge déployée parce qu'elle avait fait ça avec Mack dans sa voiture. Elle se justifiait en disant qu'elle était soûle.
— Et Claudia ?
— Claudia a rajouté son grain de sel. Kate leur a demandé d'arrêter.
— Pourquoi ne m'avez-vous pas dit tout ça plus tôt ?
Grant feuilleta posément le livre, d'un air profondément absorbé, avant de s'arrêter sur un troisième poème.
— Parce qu'elles étaient cruelles avec bien d'autres garçons. Je n'aurais pas pensé à vous parler de lui si vous n'aviez pas mentionné son nom. De plus, il est en prison.
— Il n'est plus en prison, déclara tranquillement Daniel.
Le vieil homme se raidit. Puis il soupira.
— C'est bon à savoir, remarqua-t-il.
— Et Lisa Woolf?
Grant fronça les sourcils.
— Je me souviens d'une fois où Mack s'était absenté pendant deux semaines. Quand j'ai demandé aux élèves ce qui lui était arrivé, ça a déclenché un éclat de rire général. Les filles, surtout, n'arrivaient pas à s'arrêter. Elles m'ont répondu qu'il avait été mordu par un chien. Je me suis renseigné et j'ai appris qu'il se remettait des suites d'une bagarre. Apparemment, il avait fait des avances à Lisa et ses frères lui avaient donné une bonne correction. Quand il est revenu, il rasait les murs et les gamins hurlaient sur son passage comme des loups un soir de pleine lune.
Le téléphone de Daniel vibra dans sa poche. C'était Chloé Hathaway.
— Veuillez m'excuser, dit-il à son professeur.
Il se détourna.
— Vartanian, répondit-il.
— C'est Chloé. Je t'annonce que tu es désormais dépositaire d'un mandat de perquisition pour un coffre au nom de Charles Wayne Bundy. J'espère que tu y trouveras ce que tu cherches.
— Moi aussi. Merci.
Il referma son téléphone.
— Je dois y aller, annonça-t-il à Grant.
Grant lui tendit le livre.
— Je suis content d'avoir évoqué avec vous de vieux souvenirs, Daniel. C'est toujours agréable de rencontrer un élève qui a bien tourné.
Daniel repoussa le livre vers lui.
— Gardez-le, je vous en prie. Je l'ai acheté pour vous.
Grant serra le livre contre son cœur.
— Merci, Daniel. Soyez prudent.
Daniel le suivit des yeux tandis qu'il traversait pour rejoindre son banc. Il espérait s'être montré suffisamment discret. Trop d'innocents avaient déjà payé pour les péchés d'une poignée de gamins dégénérés, indifférents aux lois et à la souffrance de leur prochain. Selon son habitude, M. Grant quitterait ce banc à 17 heures. Daniel comptait envoyer quelqu'un pour veiller sur lui. Il n'aurait pas voulu avoir sa mort sur la conscience.
Il venait de démarrer quand son portable vibra de nouveau. Cette fois, l'appel venait du bureau d'investigation, et il songea aussitôt à Hatton.
— Vartanian.
— Daniel, c'est Alex. Quelqu'un a saccagé mon appartement de Cincinnati hier soir.
— Merde... Ils cherchaient la clé.
— Mais comment pouvaient-ils savoir que Bailey me l'avait envoyée par courrier ? A part Bailey...
Il comprit où elle voulait en venir et, même s'il ne partageait pas son optimisme, il n'eut pas le cœur de la décourager.
— Tu penses que son ravisseur a réussi à la faire parler, dit-il.
— Je pense qu'elle est toujours en vie.
Il soupira. C'était possible, après tout.
— Si elle est en vie...
— Si elle est en vie, l'un des hommes que vous poursuivez sait où elle se trouve. Davis ou Mansfield... Daniel, je t'en prie, arrête-les et fais-les parler.
— Ne t'imagine pas qu'il suffirait de les arrêter pour qu'ils parlent, dit-il en essayant de ne pas prendre un ton trop condescendant. Nous surveillons Davis et Mansfield. Je sais que c'est dur pour toi, mais il ne faudrait surtout pas précipiter les choses maintenant. Sois patiente.
— J'essaie.
— Je sais, ma chérie.
Il se gara devant un parcmètre, en face de la banque.
— Rien d'autre ? Je m'apprête à entrer dans la banque pour ouvrir le fameux coffre.
— Il y a encore une petite chose. La secrétaire du vétérinaire a appelé. Riley peut sortir.
Il secoua la tête. Ce n'était pas le moment de lui parler du chien.
— Je ne peux pas aller le chercher, protesta-t-il.
— Je sais, oui. Mais je me demandais si Shannon ne pourrait pas s'en charger. Hope réclame « le chien triste ».
Le surnom le fit sourire.
— D'accord. Je me charge de la prévenir. Tu ne bouges pas.
— Je ne bouge pas, assura-t-elle d'un ton résigné. Et toi, sois prudent.
— Je le suis. Alex...
Il hésita, un peu effrayé par les mots qui lui brûlaient les lèvres. Il décida de se taire pour le moment.
— Dis à Meredith de ne donner que des croquettes à Riley. Il a vraiment l'estomac fragile. Fais-moi confiance.
— Je te fais confiance, répondit-elle.
Il comprit qu'elle ne parlait pas seulement de Riley.
— Appelle-moi dès que tu peux, ajouta-t-elle.
— Je n'y manquerai pas.
Il sortit de sa voiture et traversa la rue avec la sensation de marcher au bord d'un précipice. Dès qu'il aurait réclamé l'ouverture de ce coffre, tout le monde serait au courant et tout le monde saurait aussi ce qu'il contenait. Au diable les petites villes !
* * *
Mack ôta ses écouteurs quand Vartanian s'éloigna dans Main Street. Il se vantait d'avoir du succès auprès des filles... Il avait toujours détesté M. Grant, ce vieux con guindé et prétentieux. Quand il en aurait terminé avec les autres, il s'occuperait de Grant et lui ferait regretter ses paroles.
Daniel savait désormais que c'était lui l'assassin. Ça lui avait fait une petite décharge d'adrénaline de penser que ce crétin passait le comté au peigne fin, alors qu'il se trouvait là, juste sous son nez.
Mais son triomphe avait été de courte durée. Vartanian était venu seul.
S'il commençait à se déplacer sans la fille Tremaine, c'était embêtant.
Il voulait que Tremaine soit la cerise sur le gâteau, et pour ça, il fallait qu'il trouve un moyen de l'attirer jusqu'à lui. Sinon, le coup de grâce tomberait à plat et tous ses effets seraient gâchés. Et à propos de coup de grâce, il avait des invitations à envoyer.
Il allait faire démarrer sa camionnette quand il aperçut Vartanian qui traversait la rue. En direction de la banque ? Enfin ! Il allait à la banque. Il avait fini par comprendre le message des clés. Ce n'était pas trop tôt.
Mack sourit en songeant aux photos que Vartanian trouverait dans le coffre de Charles Wayne Bundy. Les notables de cette petite communauté seraient bientôt menacés de prison, humiliés, foutus...
Mais s'il travaillait bien, ils n'iraient pas en prison. Parce qu'ils seraient morts.
Atlanta, vendredi 2 février, 12 h 45
Alex raccrocha d'un air morne.
— Un problème ?
Elle se retourna. Luke Papadopoulos la fixait de son habituel air songeur.
— J'ai la sensation que Bailey est toujours en vie et... Cette attente m'est insupportable.
— Vous voudriez bien qu'on agisse.
— Oui. Je sais que Daniel a raison et qu'il n'y a pas que Bailey dans cette affaire, mais... Bailey est ma demi-sœur. Alors je ne vois que son intérêt. Du coup je me sens très égoïste. Et geignarde.
— Vous n'êtes ni geignarde ni égoïste. Venez. Je prends une pause pour le déjeuner. D'habitude, je mange le repas que me prépare ma mère, mais on dirait que quelqu'un me l'a piqué.
Il jeta un regard mauvais du côté du bureau de Chase.
— Il me le paiera plus tard.
Alex ne put s'empêcher de sourire.
— Chase est un personnage, convint-elle. Mais consolez-vous, Leigh m'a dit qu'ils servaient de la pizza à la cafétéria, le vendredi.
Tout en parlant, elle se rendit compte qu'elle avait faim. Elle n'avait même pas pris de petit déjeuner.
— Allons-y, dit-elle.
En sortant du bureau de Daniel, elle prit le temps de dévisager Luke. Il était séduisant... Tout à fait le genre qui plaisait à Meredith.
— Vous avez une petite amie ?
Son sourire éclatant trancha sur sa peau bronzée.
— Vous êtes déjà fatiguée de Danny?
Elle songea à leur brève étreinte, ce matin, et rougit.
— Non. Je pensais à ma cousine Meredith. Elle vous plairait. Elle est très sympathique.
— Elle aime la pêche ?
— Je ne sais pas trop, mais je pourrais lui poser la...
Elle se tut et s'arrêta net, en même temps que Luke. Debout près du comptoir, une femme parlait avec Leigh. Cette femme, elle l'avait reconnue et Luke aussi, à en juger par son attitude.
Elle était petite, avec de beaux cheveux noirs lisses et brillants, un regard triste. On voyait à ses vêtements qu'elle venait de New York. Elle paraissait lasse.
— Susannah, murmura Alex.
La femme chercha son regard.
— Vous me connaissez ?
— Je suis Alex Fallon.
Susannah acquiesça.
— J'ai lu des articles à votre sujet.
Elle se tourna vers Luke.
— Vous êtes Luke, l'ami de Daniel. Nous nous sommes vus à l'enterrement, la semaine dernière. Agent Papadopoulos, c'est ça?
— C'est ça, répondit Luke. Qu'êtes-vous venue faire ici, Susannah ?
Elle eut une moue ironique.
— Je ne sais pas trop... Je crois que je suis venue pour remettre ma vie sur des rails. Et aussi pour retrouver ma dignité.
Dutton, vendredi 2 février, 12 h 55
Il savait que le piège serait irrésistible. Il regarda Frank Loomis qui s'arrêtait sur l'escalier du commissariat et ouvrait son téléphone pour lire un message. Puis Loomis leva la tête pour jeter un œil méfiant vers les fenêtres des locaux du Dutton Review, fermés aujourd'hui pour cause de décès. Mack ne put s'empêcher de sourire. Les Woolf étaient en deuil et c'était à lui qu'ils le devaient. Les gens mettaient parfois du temps à payer leurs dettes. Mais plus le temps passait et plus les intérêts étaient élevés.
Tuer la sœur de Woolf était un bon début, mais ce n'était qu'un début. Il allait encore utiliser les Woolf avant que tout ça ne se termine. En attendant, Frank Loomis prenait sa voiture et s'éloignait dans la bonne direction.
Il lui avait envoyé un message bref et efficace.
Encor u 1 tuyo. Sè où è Bailey. Vieille usine O'B prè rivièr.
Trouvé BC + autres fill. Attendue à la morg. T pass la relev. Voulè k tu arriv avt Vart. Bonn chans. Signé : M. Woolf.
Frank était en route et Vartanian ne tarderait pas à le rejoindre. Mansfield suivrait avec Harvard, le dernier du groupe. Mack avait mis un certain temps à l'identifier et il avait été bigrement surpris quand il avait découvert qui se cachait derrière ce prestigieux pseudonyme.
Quant à Alex Fallon... Ce ne serait pas bien compliqué de l'attirer dans ses filets. Elle ne songeait qu'à retrouver Bailey. Et moi, je sais où est Bailey. Une fois que la poussière soulevée par les futurs événements de l'après-midi serait retombée, Alex voudrait croire à tout prix que sa chère demi-sœur était en vie.
Et la boucle serait bouclée.
Mansfield s'arrêta devant son bureau.
— O.K., Harvard, je suis là.
Il leva des yeux étonnés et méfiants.
— Tu es là, je vois, mais pourquoi ?
Mansfield fronça les sourcils.
— Tu m'as envoyé un message.
— Jamais de la vie.
Le cœur de Mansfield se mit à battre.
— J'ai reçu un message sur mon téléphone jetable. Je n'ai donné ce numéro qu'à toi.
— On dirait pourtant que quelqu'un d'autre l'a, fit froidement remarquer Harvard. Montre un peu.
Mansfield lui tendit le téléphone.
Venir d'urgens. DVar sè pour lè foto.
Le visage de Harvard se rembrunit.
— Quelqu'un sait. Même si c'est du bluff et que Vartanian n'a rien découvert, celui qui nous a envoyé ça, sait. Tu as été suivi, crétin.
— On m'a suivi, oui, mais j'ai semé le type, sois tranquille.
Il ne l'avait pas semé, il l'avait tué, mais ce n'était pas le moment d'avouer une chose pareille. Ça n'aurait fait qu'aggraver son cas.
— Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Mansfield.
Harvard resta longuement silencieux, ce qui n'augurait rien de bon.
— On va les mettre sur le bateau.
— Sur le bateau, on ne peut en faire monter qu'une demi-douzaine.
Harvard se leva. Il luttait contre la colère qui l'envahissait par bouffées.
— Inutile d'user ta salive pour me dire ce que je sais déjà. Emmène sur le bateau celles qui sont en état de voyager. Les autres, je m'en charge.
Dutton, vendredi 2 février, 13 h 30
Daniel attendit d'avoir quitté Dutton pour abattre son poing sur le volant. Puis il se calma et appela Chase.
— Le coffre était vide ! lança-t-il sans préambule.
— Tu plaisantes ? Complètement vide ?
— Non, pas complètement. Il y avait un papier avec un message. Un bref message : Hi hi.
— Putain! murmura Chase. Rob Davis a pu te dire qui était la dernière personne à avoir eu accès à ce coffre ?
— Un certain Charles Wayne Bundy. Six mois après la fausse de mort de Simon. Il ne s'agissait sûrement pas de Simon, qui n'aurait pris le risque de se montrer à Dutton.
— Mais d'après le journal de Jared, on ne pouvait pas ouvrir sans sa clé.
— Annette s'est trompée. Ou bien Jared s'est trompé. Quelqu'un a ouvert, c'est tout ce que je peux te dire.
— Rob Davis possède peut-être un passe.
— Bien sûr qu'il possède un passe. Mais il avait l'air aussi ahuri que moi en découvrant le coffre vide.
— Qu'est-ce qu'il a dit quand tu es arrivé ?
— Quand il a su ce que je venais faire, il s'est mis à transpirer comme un bœuf. Après ouverture, il paraissait plutôt soulagé et content. Ce salaud !
— Calme-toi. Euh... je veux dire, détends-toi. Je te passe quelqu'un qui veut te parler.
— Non. Dis à Alex que je la rappellerai. Je suis trop...
— Bonjour, Daniel...
Daniel ralentit aussitôt et se rangea sur le bas-côté. Ses mains tremblaient.
— Susannah? Tu es ici, à Atlanta?
— Je suis ici, répondit-elle posément. Je sais par Luke que tu espérais trouver des photos dans un coffre de banque. Je viens de comprendre qu'elles n'y étaient pas.
— Non, elles n'y étaient pas. Je suis désolé, Suze. Avec ces photos, on était sûrs de coincer ces ordures.
Elle se tut quelques secondes.
— Je crois savoir où on pourrait les trouver, dit-elle enfin.
— Où?
Mais il avait déjà compris et son estomac se noua.
— Chez nous, Daniel. On se retrouve là-bas.
— Attends... N'y va pas seule. Passe-moi Luke.
— Je l'y emmène, répondit Luke en prenant l'appareil. Alex est à côté de moi. Elle me fait signe qu'elle veut venir aussi.
— Non. Dis-lui que...
— Daniel...
Alex avait pris le téléphone des mains de Luke.
— Tu m'as tenu la main quand je suis entrée chez Bailey. Laisse-moi faire la même chose pour toi, je t'en prie.
Il ferma les yeux. Alex comptait plus que tout pour lui, il avait besoin de sa présence pour affronter les fantômes de la maison de son enfance.
— Très bien. Ne quitte pas Luke d'une semelle. Je vous retrouve sur place.
— Bailey! appela tout bas Beardsley.
Bailey s'obligea à ouvrir les yeux. Elle tremblait comme une feuille.
— Je suis là.
— Tout est prêt, nous pouvons y aller.
Ailleurs, en d'autres temps, ces mots auraient pu lui paraître merveilleux. Mais aujourd'hui, ils signifiaient simplement qu'ils allaient bientôt mourir tous les deux.
— Bailey, murmura de nouveau Beardsley.
Seigneur... Il lui fallait une dose... Hope a besoin de toi. Elle serra les dents.
— D'accord, murmura-t-elle.
Elle regarda les mains de Beardsley ôter de pleines poignées de terre jusqu'à creuser un trou suffisamment grand pour Hope.
— Je ne passerai jamais, protesta-t-elle.
— Il le faudra bien. Nous n'avons plus le temps de creuser. Mettez-vous sur le ventre et glissez vos pieds là-dedans.
Elle obéit et il se mit à la tirer sans ménagement.
— Désolé... J'espère que je ne vous fais pas mal.
Elle eut presque envie de rire. Il continuait à tirer, tantôt un pied, tantôt l'autre, pour la faire progresser de biais. Il dut lui saisir les hanches à pleines mains pour les faire passer, mais au niveau des seins, il hésita.
Elle leva les yeux au ciel. Elle était sur le ventre, coincée dans ce trou, crasseuse et puante, et Beardsley trouvait le moyen de faire le timide.
— Tirez, murmura-t-elle.
Il glissa l'une de ses mains sous elle et plaqua l'autre sur son dos, puis manœuvra jusqu'à atteindre ses épaules, la partie la plus large.
— Tournez votre visage sur le côté, dit-il.
Elle obéit et il l'aida à dégager sa tête. Ça y était, elle se trouvait de son côté du mur.
Et elle le voyait pour la première fois. Lui aussi la voyait pour la première fois, et elle aurait préféré qu'il la découvre sous un autre jour. Elle baissa les yeux, honteuse. Il lui prit gentiment le menton.
— Laissez-moi vous regarder, Bailey.
Elle le laissa faire, gênée, et leva les yeux vers lui. Il était sale lui aussi, couvert de terre et de sang, mais il était aussi l'homme le plus séduisant qu'elle ait jamais vu. Elle eut envie de pleurer. Il sourit. Ses dents étaient blanches.
— Je ne suis pas trop mal, n'est-ce pas ? murmura-t-il d'un ton taquin.
Les larmes qu'elles retenaient roulèrent sur ses joues.
Il la prit sur ses genoux et la serra en la berçant, comme elle l'avait fait tant de fois avec Hope.
— Chut..., murmura-t-il. Ne pleurez pas. Nous en sommes presque sortis.
Elle pleura de plus belle. Parce qu'ils allaient mourir et qu'elle ne pourrait jamais montrer, ni à lui ni à personne, qui elle était vraiment. Ils allaient mourir.
— Fermez les yeux, dit-il d'un ton fiévreux.
Elle ferma les yeux et il essuya ses larmes avec son pouce.
— C'est encore pire, ajouta-t-il avec un petit rire.
Puis il la serra de nouveau contre lui.
— Quoi qu'il advienne, dit-elle, je vous remercie.
Il la repoussa gentiment et se leva. Il était grand et, en dépit de son épuisement, il émanait de lui beaucoup de force.
— Nous n'avons pas beaucoup de temps, reprit-il.
Elle se leva, mais ses jambes tremblaient.
— Comment allons-nous procéder? demanda-t-elle.
Il sourit de nouveau et posa sur elle le regard plein d'approbation et de chaleur de ses yeux marron. Elle se promit de ne jamais oublier ce regard. Il lui tendit une pierre de dix centimètres de long, aux bords tranchants.
— C'est la vôtre, dit-il.
Elle ouvrit des yeux ronds.
— C'est vous qui avez fait ça?
— Dieu a fait la pierre, je me suis contenté de l'aiguiser. Gardez-la, elle vous sera très utile si nous sommes séparés.
— Vous avez un plan ?
Il alla dans un coin et gratta la terre jusqu'à mettre au jour une autre pierre, plus pointue que la sienne et trois fois plus grande.
— Vous avez dormi un peu, tout de même ? demanda-t-elle.
Il sourit de nouveau.
— J'ai somnolé de temps en temps, répondit-il.
Il passa les dix minutes qui suivirent à lui montrer où et comment frapper un assaillant pour le mettre hors d'état de nuire.
Puis ils entendirent une porte claquer dans le couloir et ils échangèrent un regard.
— Il vient, murmura-t-elle en se mettant à trembler.
Beardsley lui caressa gentiment les bras.
— Il vient, mais nous sommes prêts. N'est-ce pas ?
Elle acquiesça.
— Allez vous recroqueviller dans un coin et arrangez-vous pour paraître grande. Il faut qu'il vous prenne pour moi.
— Il en faudrait deux comme moi, fit-elle remarquer.
Il ébaucha un sourire.
— Trois. Bailey, nous n'aurons pas droit à l'hésitation. Quand je vous donnerai un ordre, il faudra obéir sur-le-champ. Vous comprenez ?
Ils l'entendirent approcher, ouvrir une porte. Puis un coup de feu.
Et des cris. Ils échangèrent de nouveau un regard horrifié tandis que la séquence se répétait. Une porte. Un coup de feu. Et des cris, des pleurs. Puis, peu à peu, les cris se firent moins nombreux et cessèren: tout à fait en même temps que les coups de feu.
— Il est en train de les tuer, murmura Bailey.
Un muscle de la mâchoire de Beardsley tressaillit.
— Je sais, dit-il. Changement de programme. Placez-vous de ce côté de la porte, de façon à être derrière quand il poussera le battant; moi, je me mets face à vous. Vite.
Ils effectuèrent la manœuvre en même temps, en serrant fort leurs pierres aiguisées. Une seconde plus tard, la porte s'ouvrit à la volée et elle se protégea pour ne pas recevoir le battant en plein visage. Puis il y eut un cri étranglé, un gargouillement, et le bruit sourd d'un corps qui tombe sur le sol.
— Allons-y, dit Beardsley.
En enjambant le corps, elle reconnut un gardien qui l'avait conduite à plusieurs reprises dans le bureau de leur ravisseur. Beardsley essuya sa pierre à son pantalon, puis se mit à courir en la tirant par le bras.
Mais avec ses genoux ankylosés et ses jambes endolories, elle ne cessait de trébucher.
— Laissez-moi ici, dit-elle. Je vous retarde.
Il ne la lâcha pas et ils continuèrent à avancer dans le long couloir jalonné de portes de cellules. Certaines étaient vides. Dans d'autres... Bailey poussa un gémissement étouffé... Toutes ces filles enchaînées et couvertes de sang. Mortes.
— Ne regardez pas ! cria-t-il. Courez !
— Je ne peux pas.
Il la souleva et la cala sous son bras comme un ballon.
— Je ne vous laisserai pas mourir, tant qu'il me restera un souffle de vie, Bailey, grommela-t-il tout en repartant.
Puis il s'arrêta net et elle leva les yeux.
Il leur bloquait le passage et il était armé. Beardsley la lâcha et elle tomba sur les genoux.
— Fuyez, ordonna-t-il tout en plongeant sur lui.
Bailey parvint à se relever et elle fonça, sans réfléchir, laissant derrière elle les deux hommes qui luttaient. Elle entendit un bruit affreux qui ressemblait à celui d'un crâne contre le béton. Mais elle ne se retourna pas.
Puis elle vit une fille... Couverte de sang, blessée au torse et à la tête. Elle avait réussi à ramper jusqu'à la porte de sa cellule et s'était effondrée, un bras allongé dans le couloir. Mais elle respirait, elle était vivante.
— Aidez-moi, murmura-t-elle en tendant faiblement une main. Je vous en supplie...
Bailey attrapa cette main et l'aida à se lever.
— Allons-y, dit-elle.
Dutton, vendredi 2 février, 14 h 35
Daniel s'arrêta quelques secondes sur le porche de la maison de son enfance. Il songea qu'il s'était trouvé là trois semaines plus tôt avec Frank Loomis, le jour où Frank lui avait annoncé que ses parents avaient disparu. Ce jour-là, il avait décidé de partir à leur recherche. Ces recherches l'avaient mené à Philadelphie et aux photos de Simon. Et maintenant, les photos le ramenaient sur ce même porche.
— Une légère impression de déjà-vu ? demanda doucement Luke.
Daniel acquiesça, tout en ouvrant la porte. Mais ses pieds refusèrent de lui obéir. Il ne pouvait plus avancer.
Alex le prit par la taille.
— Viens, murmura-t-elle en l'entraînant pour lui faire franchir le seuil.
Il balaya l'entrée du regard. Seigneur... Il haïssait chaque pierre de cette maison. Il se tourna vers Susannah et vit qu'elle aussi contemplait l'entrée d'un air désolé. Elle était pâle, mais il ne s'inquiéta pas. Elle tiendrait le coup, comme toujours.
— Par où commençons-nous ? demanda-t-il.
Susannah le dépassa sans un mot et se mit à grimper l'escalier. Il la suivit, en broyant la main d'Alex dans la sienne. Luke fermait la marche, aux aguets.
Arrivé à l'étage, Daniel fronça les sourcils. Il avait soigneusement refermé les portes derrière lui lors de son précédent passage, et pourtant elles étaient ouvertes. Il poussa celle qui donnait dans la chambre de ses parents. On avait fouillé la pièce en la laissant dans un désordre indescriptible. Le matelas était éventré.
— Ils sont venus ici, dit-il. Probablement pour chercher la clé de Simon.
— Par ici, appela Susannah d'une voix monocorde.
Ils la suivirent dans la chambre de Simon. Elle aussi avait été fouillée, mais le juge Vartanian l'ayant vidée depuis longtemps, seul le matelas témoignait du passage des vandales.
Daniel eut la sensation que le mal planait dans cette pièce. Mais sans doute n'était-ce que son imagination.
— Il y a une étrange atmosphère, n'est-ce pas ? murmura Alex en se penchant vers lui.
Pour toute réponse, il lui pressa la main.
Susannah s'était postée devant le dressing. Elle regardait la poignée de la porte en ouvrant et fermant les poings, comme pour prendre son élan, mais elle ne la touchait pas. Daniel la trouvait de plus en plus pâle.
— Je peux me tromper, dit-elle. Il n'y a peut-être rien là-dedans.
Elle ouvrit. Le dressing paraissait vide, mais elle y entra tout de-même.
— Tu savais que la maison était truffée de cachettes ? demanda-t-elle à Daniel.
— Oui, mais je croyais toutes les connaître.
Elle s'agenouilla pour tester les plinthes.
— J'ai trouvé celle de mon dressing par hasard, un soir que je m'y étais réfugiée pour échapper à Simon. Je m'étais recroquevillée contre le mur et j'ai dû pousser quelque chose, parce qu'un panneau s'est ouvert et que je me suis retrouvée de l'autre côté du mur.
Tout en parlant, elle continuait à sonder le bois.
— Je me suis demandé s'il y avait la même chose dans tous les dressings. Un jour, Simon s'était absenté, et je suis entrée ici pour chercher.
Elle avait prononcé cette dernière phrase sur un ton fataliste qui serra le cœur de Daniel.
— Et il s'en est aperçu, dit-il.
— Oui. Il ne m'a rien dit, mais il s'en était aperçu. Quand je me suis réveillée avec une bouteille de whisky à la main, c'était derrière le panneau secret de mon dressing.
Alex caressa le bras de Daniel et il se rendit compte qu'il lui serrait la main trop fort. Il la lâcha, mais elle continua à le caresser.
Il se racla la gorge.
— Il connaissait donc ta cachette.
Elle haussa les épaules d'un air résigné.
— Plus tard, il m'a montré une photo de moi avec... Peu importe... Et il m'a demandé de ne plus me mêler de ses affaires. Je lui ai obéi.
Elle poussa le panneau et il céda.
— Après sa mort, j'avais juste envie de tout oublier.
Elle se pencha vers le trou et en tira une boîte couverte de poussière. Luke la lui prit des mains et la posa sur le matelas lacéré de Simon.
— Merci, murmura-t-elle.
Elle désigna la boîte d'un geste las.
— Je pense que vous y trouverez ce que vous cherchez.
Daniel souleva le couvercle, le cœur battant. Et ce qu'il découvrit lui retourna l'estomac.
— Seigneur..., murmura Alex derrière lui.
* * *
Vendredi 2 février, 14 h 50
— Viens, répéta Bailey en tirant la main de la fille pour l'entraîner dans le couloir sombre.
Beardsley lui avait montré cette direction. Il n'avait pas pu se tromper. Son cœur se serra. Il avait sacrifié sa liberté pour elle. Et il allait mourir.
Concentre-toi, Bailey. Tu dois sortir d'ici. Pour que cet homme n'ait pas donné sa vie en vain.
Au bout de quelques minutes, elle aperçut une lueur.
Une lueur au bout du tunnel.
Elle faillit rire, mais accéléra, dans un regain d'énergie, en entraînant toujours la fille avec elle. Enfin, elle atteignit une porte et poussa le battant en s'attendant à être accueillie par des aboiements de chien.
Mais il n'y avait que le silence. L'air pur. Les arbres. Le soleil.
Et la liberté.
Merci, Beardsley.
Puis ce beau tableau s'effrita en une seconde. Devant elle se dressait Frank Loomis. Et il tenait un revolver.