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Ibb et Obb rebaptisés et Les Hauts, encore

Les Empileurs : Pour débarrasser un livre du vyrus ortografique, des milliers de dictionnaires sont acheminés dans l’ouvrage infecté et empilés de part et d’autre de la brèche pour former un barrage. Le mur de dictionnaires est ensuite resserré, paragraphe par paragraphe, jusqu’à isoler le vyrus dans une phrase, puis un mot, avant de l’étouffer complètement. Cette tâche incombe aux Empileurs, généralement des Génériques de grade D, bien que pendant des années, le Groupe d’Intervention Rapide Anti-Fautes d’ortografe (GIRAF) ait été composé principalement de six mille et quelques Mrs. Danvers en surplus dans le PDHP. (Cf. Danvers, Mrs.  – surproduction de).

LE CHAT DE LA.U. DE W.

Guide de la Grande Bibliothèque (glossaire)

C’était deux jours plus tard. Je venais juste d’être malade comme tous les matins de bonne heure et je m’étais recouchée, l’œil rivé sur le mot de mamie pour essayer de comprendre ce qu’elle avait voulu dire. Souviens-toi. De quoi fallait-il que je me souvienne ? Elle n’était toujours pas rentrée de la cour des Médicis, et bien que le message ait pu être écrit dans un de ses moments de « flottement », je n’arrivais pas à me défaire d’un certain sentiment de malaise. Ce n’était pas tout. Sur ma table de nuit, il y avait le croquis d’un homme séduisant qui devait friser la quarantaine. J’ignorais qui il représentait… pourtant, c’était moi qui l’avais dessiné.

On frappa impatiemment à la porte. C’était Ibb. Il se féminisait à vue d’œil, jusqu’à aller se pavaner d’un air hautain toute la journée du mercredi. Obb, de son côté, prétendait avoir raison sur tout et, mis au pied du mur, avait fait la gueule ; ça aussi, tout le monde savait ce que cela signifiait.

— Bonjour, Ibb, dis-je en reposant le portrait. Comment ça va ?

En guise de réponse, Ibb défit le haut de son bleu de travail.

— Regardez ! s’exclama-t-elle en me montrant ses seins.

— Félicitations, fis-je lentement, encore un peu groggy. Tu es une fille.

— Je sais ! dit Ibb, incapable de contenir son excitation. Vous voulez voir le reste ?

— Non merci, répondis-je. Je te crois sur parole.

— Je peux vous emprunter un soutien-gorge ? demanda-t-elle en bougeant les épaules. Ces trucs-là ne sont pas super-pratiques.

— Je doute que l’un des miens puisse t’aller, déclarai-je précipitamment. Tu es bien plus plantureuse que moi.

— Oh, fit-elle, décontenancée.

Puis :

— Peut-être une brosse et un élastique, alors ? Je ne sais pas quoi faire avec ces cheveux. Les lâcher, les relever… et si je les coupais, hein ? J’aurais tellement voulu avoir des cheveux bouclés !

— Ibb, ils sont très bien, tes cheveux, je t’assure.

— Lola, me corrigea-t-elle. À partir de maintenant, je voudrais que vous m’appeliez Lola.

— O.K., Lola. Assieds-toi sur le lit.

Lola s’assit et, pendant que je lui brossais les cheveux, discourut sur le moyen qu’elle avait trouvé de perdre du poids, consistant à se peser avec un pied sur la balance et l’autre par terre. Ainsi, elle pouvait perdre autant de kilos qu’elle voulait sans renoncer aux pâtisseries. Après quoi, elle se mit à parler de cette nouvelle activité qu’elle avait découverte et qui était tellement sympa qu’elle entendait la pratiquer très souvent… en tout cas, ce n’étaient pas les partenaires qui allaient lui manquer.

— Sois prudente, lui dis-je. Avant de faire ce que tu fais, vois avec qui tu le fais.

C’était le conseil que m’avait donné ma mère.

— Oh oui, m’assura Lola. Je serai très prudente… Je leur demanderai toujours leur nom d’abord.

Lorsque j’eus terminé, elle s’inspecta dans le miroir, me gratifia d’un baiser sonore et se glissa dehors. Je m’habillai sans hâte et allai dans la cuisine.

Assis à la table, Obb était en train de peindre un officier de cavalerie de l’armée napoléonienne pas plus grand qu’un capuchon de stylo. Très concentré sur la minuscule figurine équestre, il était devenu en l’espace de quelques jours un bel homme brun d’une cinquantaine d’années, mesurant plus d’un mètre quatre-vingt-cinq, avec une voix grave et posée. J’espérais seulement qu’il n’irait pas me faire une démonstration de sa virilité de la même façon que Lola.

— Bonjour, Obb, dis-je. Petit déjeuner ?

Il lâcha le cavalier qui tomba à terre.

— Regardez ce que vous avez fait ! grommela-t-il. Du café et des toasts, s’il vous plaît… et c’est Randolph, pas Obb.

— Félicitations.

Il se contenta de grogner, ramassa l’officier de cavalerie et se remit au travail.

Lola arriva d’un pas dansant et, voyant Randolph, marqua une pause pour contempler ses ongles d’un air modeste, dans l’espoir qu’il lèverait les yeux sur elle. Il n’en fit rien.

— Bonjour, Randolph.

— B’jour, marmonna-t-il sans la regarder. Tu as bien dormi ?

— Comme une souche.

— Ça ne m’étonne pas.

Elle ne releva pas la pique et continua à babiller :

— Ce ne serait pas plus joli en jaune ?

Randolph s’interrompit et la dévisagea.

— La couleur d’un officier de l’armée napoléonienne, c’est le bleu, Lola. Le jaune, c’est pour les bananes… et la crème anglaise.

Se tournant vers moi, elle fit une grimace et articula silencieusement « La barbe » avant de se servir une tasse de café.

— On n’irait pas faire du shopping ? me demanda-t-elle. Et, tant qu’à acheter de la lingerie, on pourrait aussi prendre des produits de maquillage et du parfum ; on essayerait des fringues et on ferait tout ce que font les filles entre elles… on irait déjeuner ensemble pour échanger des potins, on s’offrirait une séance chez le coiffeur, on retournerait faire les boutiques, on parlerait de nos fiancés et, après ça, on irait au club de fitness.

— Ce n’est pas vraiment le genre de la maison, répondis-je lentement.

Pour quel genre littéraire la destinait-on, à Ste Tabularasa ? Je ne me souvenais même plus de ma dernière sortie entre filles ; ça remontait à plus de dix ans. La plupart de mes vêtements, je les commandais par correspondance : où allais-je trouver le temps de faire les magasins ?

— Oh, allez ! dit Lola. Une journée de repos, ça ne vous ferait pas de mal. Où étiez-vous hier ?

— À un cours de navigation entre les livres à l’aide du système de positionnement ISBN.

— Et avant-hier ?

— Travaux pratiques sur l’utilisation des cribles textuels pour capturer un Saute-Pages.

— Et avant ça ?

— J’ai recherché vainement le Minotaure.

— C’est pour ça qu’il vous faut un break. On n’a même pas besoin de sortir du Puits : le dernier catalogue Grattan est encore en construction. On peut y rentrer parce que je connais quelqu’un qui y bosse à temps partiel dans la justification du texte. S’il vous plaît, dites oui. C’est tellement important pour moi !

— Bon, d’accord, soupirai-je, mais après le déjeuner. Ce matin, je dois aller faire Mary Jones dans Les Hauts de Caversham.

Elle sauta sur place et frappa dans ses mains de joie. Son exubérance puérile me fit sourire.

— Profites-en donc pour essayer la taille du dessus, dit Randolph.

Elle fît volte-face, les yeux étrécis.

— Que veux-tu dire par là ? demanda-t-elle, furieuse.

— Exactement ce que j’ai dit.

— Que je suis grosse ?

— C’est toi qui l’as dit, pas moi, répliqua-t-il, se concentrant sur son soldat de plomb.

S’emparant d’un verre d’eau, elle le vida sur ses genoux.

— Pourquoi diable as-tu fait ça ? bégaya-t-il.

Il se leva et se saisit d’un torchon.

— Pour t’apprendre à vivre, glapit Lola en pointant le doigt sur lui. Il faut réfléchir à ce qu’on dit, et à qui on le dit !

Là-dessus, elle quitta la pièce.

— Qu’est-ce que j’ai dit ? fit Randolph, exaspéré. Vous avez vu ça ? Quelle mouche l’a piquée, hein ?

— Moi, lui répondis-je, je trouve que tu t’en es tiré à bon compte. À ta place, j’irais m’excuser auprès d’elle.

Il hésita brièvement et, baissant les épaules, s’en fut trouver Lola qu’on entendait sangloter quelque part à la queue de l’hydravion.

— Ah, les verts paradis des amours enfantines ! fit une voix derrière moi. Dix-huit ans d’émotions compressés en une seule semaine, ça ne doit pas être facile.

— Mamie !

Je pivotai sur mes talons.

— Depuis quand es-tu rentrée ?

— À l’instant.

Elle ôta son chapeau et ses gants en vichy et me tendit quelques pièces de monnaie.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Les Génériques D-3 sont désespérément primaires, mais quelquefois, ça peut rapporter gros : j’ai demandé au chauffeur de taxi de faire tout le trajet en marche arrière, si bien qu’à la fin, c’est lui qui me devait de l’argent. Alors, quoi de neuf ?

Je poussai un soupir.

— J’ai l’impression d’avoir un couple d’adolescents à la maison.

— Considère cela comme de l’entraînement en attendant d’avoir tes propres enfants.

Mamie prit une chaise et se mit à siroter mon café.

— Mamie ?

— Oui ?

— Comment es-tu arrivée ici ? Je veux dire, tu es réelle, n’est-ce pas ? Tu n’es pas un simple souvenir ?

— Mais oui, je suis bien réelle, rit-elle. Il fallait quelqu’un qui veille sur toi le temps qu’on règle le problème Aornis.

— Aornis ?

— Oui, soupira ma grand-mère. Allez, cherche un peu.

Je tournai et retournai ce prénom dans ma tête, et en effet, Aornis émergea des ombres comme un bateau dans le brouillard. Sauf que le brouillard était épais et dissimulait d’autres choses… je le sentais.

— Ah oui, murmurai-je, elle. C’était quoi, sinon, que j’étais censée me rappeler ?

— Landen.

Lui aussi sortit du brouillard. L’homme du croquis. Je m’assis, la tête dans mes mains. Comment avais-je pu l’oublier ?

— C’est un peu comme la rougeole, dit mamie, me tapotant dans le dos. Ne t’inquiète pas, on va te guérir d’elle.

— Mais alors, il faut que je retourne la combattre dans le monde réel ?

— Les mnémonomorphes sont toujours plus faciles à neutraliser sur le plan physique, répondit-elle. Une fois que tu l’auras vaincue dans ta tête, le reste devrait suivre.

Je levai les yeux.

— Parle-moi encore de Landen.

Elle le fit, pendant une heure, jusqu’à ce qu’il fût temps de partir remplacer Mary Jones.

 

Je me rendis à Reading avec la voiture de Mary. En chemin, je croisai des Mini rouges, des Morris Marina bleues et les omniprésents camions Soins des pieds Spongg. La vraie ville, je la connaissais passablement bien, et celle des Hauts de Caversham manquait de précision. Nombre de rues avaient disparu, la bibliothèque était devenue un supermarché, le quartier de Caversham ressemblait à Beverly Hills, et le centre-ville, sordide, rappelait New York des années soixante-dix. Je croyais savoir où l’auteur avait puisé son inspiration ; c’était une question de liberté créatrice, histoire d’accroître l’effet dramatique.

Coincée dans un embouteillage, je tambourinai sur le volant. L’enquête sur la mort de Perkins n’avait pas beaucoup avancé. Après trois jours d’investigations discrètes, nous ne disposions que de deux faits nouveaux : seuls huit membres de la Jurifiction avaient accès à L’Épée des Zénobiens, et l’un d’eux était Vernham Deane. Or, il avait été porté disparu après son expédition dans Ulysse pour résoudre le mystère de la ponctuation volée dans le dernier chapitre. Qui plus est, des fouilles effectuées dans Ulysse n’avaient révélé aucune trace de son passage. Depuis, personne ne l’avait revu. Et puis, il y avait le sabotage de mon Chapeau Eject-O. Mais qui aurait voulu m’éliminer ? Comme Havisham se plaisait à le souligner, j’étais quelqu’un de « totalement insignifiant ».

La grande nouvelle, cependant, tombée ces jours-ci, c’était que la date du lancement de UltraWord™ venait d’être fixée. Le Grand Central du Texte l’avait avancée pour faire coïncider l’événement avec les 923e Livres d’Or. Au cours de la cérémonie, Libris allait inaugurer le nouveau système devant un public de sept millions de personnages. L’Homme à la Cloche s’était rendu au Grand Central du Texte et avait vu les moteurs de UltraWord™ de ses propres yeux. Flambant neuf, chaque moteur pouvait traiter jusqu’à mille lectures simultanées d’un même livre… là où les vieux V 8.3 atteignaient péniblement la centaine.

 

Je baissai la vitre et jetai un œil à l’extérieur. Les embouteillages n’étaient pas rares à Reading, mais en général, ça roulait, même doucement, alors qu’ici, le trafic était bloqué depuis vingt bonnes minutes. Agacée, je descendis pour voir. Curieusement, il semblait y avoir eu un accident. Je dis « curieusement » car dans Les Hauts de Caversham tous les piétons et conducteurs étaient des Génériques D-2 à D-9, et une chose aussi spectaculaire qu’un accident était tout à fait en dehors de leur rayon. En passant devant les huit Morris Marina bleues qui me précédaient, je remarquai qu’elles avaient toutes une aile défoncée et le pare-brise cassé. Arrivée à la tête du bouchon, je vis que l’incident impliquait l’un des camions blancs Soins des pieds Spongg. Mais ce camion-là était différent des autres, normalement des Ford, sales, avec des traînées d’essence autour du bouchon de réservoir et un volet roulant rayé à l’arrière. Alors que celui-ci, en forme de caisse à savon, d’un blanc immaculé, ne portait pas la moindre trace de salissure. Ses roues n’étaient pas tout à fait rondes non plus ; on aurait dit plutôt des pentagones donnant l’impression d’un cercle. Je regardai de plus près. Les pneus n’avaient ni dessin ni texture. Ils étaient juste noirs, sans relief. Le chauffeur, pas plus net que son véhicule, était rose, cubiste, avec des traits simples et un bleu de chauffe délavé. Il tentait de tourner à gauche et avait heurté l’une des Morris Marina, leur causant des dégâts identiques à toutes les huit. Le conducteur, un homme aux cheveux gris vêtu d’un costume de tweed à chevrons, tentait de s’expliquer avec le camionneur cubiste, mais sans grand succès. Ce dernier se tourna vers lui, essaya de parler, puis renonça et se rassit tout droit, faisant mine de conduire, même s’il était immobilisé.

— Que se passe-t-il ? demandai-je à la petite foule qui s’était massée tout autour.

— Cet imbécile a tourné à gauche alors que c’est interdit, fit l’automobiliste grisonnant tandis que ses clones, tous des Génériques D-4, hochaient vigoureusement la tête. On aurait pu tous être tués !

— Vous n’avez rien ? dis-je au camionneur cubiste.

Il me contempla d’un air hagard et voulut changer de vitesse.

— Je me déplace dans Les Hauts de Caversham depuis que ce livre a été écrit, poursuivait, indigné, le conducteur de la Marina, et je n’ai jamais eu un seul accident. Je vais pouvoir dire adieu à mon bonus… et le pire, c’est que je n’arrive pas à lui tirer un mot sensé !

— J’ai tout vu, déclara un autre chauffeur de camion Spongg, un vrai, celui-là. Ce type ferait bien de retourner à l’auto-école pour reprendre quelques cours.

— Bon, le spectacle est terminé, annonçai-je à la cantonade. Monsieur le conducteur de la Marina, votre voiture est-elle en état de marche ?

— Je pense que oui, répondirent les huit automobilistes âgés à l’unisson.

— Dans ce cas, dégagez-la d’ici. Chauffeur du camion ?

— Oui ?

— Trouvez un câble de remorquage et enlevez ce tas de boue de la chaussée.

Il partit chercher un câble pendant que les huit automobilistes redémarraient dans un même bruit de ferraille.

J’étais en train de faire signe aux voitures pour contourner le camion bloqué lorsque j’entendis un crépitement. Le camion cubiste s’évanouit dans les airs, laissant derrière lui une vague odeur de cantaloup. Je fixai l’espace vide. Ravis d’être débarrassés de cet obstacle à leur existence ordonnée, les autres automobilistes me klaxonnaient pour que je libère le passage. J’examinai soigneusement la chaussée, mais ne trouvai qu’un boulon de la même facture que le camion  – pas de texture, même forme cubique. Je revins à ma voiture, le glissai dans mon sac et repris ma route.

Jack m’attendait devant la salle de sport de Mickey Finn, située au-dessus de deux ou trois boutiques dans Coley Avenue. Nous étions là pour interroger un organisateur de combats de boxe soupçonné de truquer ses matchs. C’était la meilleure scène du roman : crue, réaliste, avec des personnages bien campés et de bons dialogues. Nous avions un peu de temps devant nous. Le récit n’était pas à la première personne, et c’était tant mieux : à mon sens, Jack n’avait pas les épaules assez solides pour le porter tout seul.

— Bonjour, Jack, dis-je en m’approchant. Comment ça va ?

Il avait l’air beaucoup plus épanoui que la dernière fois. Souriant aimablement, il me tendit un gobelet de café.

— Tout baigne, Mary… Je devrais vous appeler Mary, hein, pour ne pas commettre un lapsus au cas où l’on nous lirait ? Écoutez, hier soir je suis allé voir ma femme Madeleine, et après un échange d’opinions animé, nous sommes parvenus à un accord.

— Vous allez retourner chez elle ?

— Pas tout à fait, répondit Jack en sirotant son café. Mais nous avons convenu que si j’arrête de boire et que je promets de ne plus revoir Agatha Diesel, elle y réfléchirait !

— Bon, eh bien, c’est un début, non ?

— Si, mais ce n’est pas aussi simple. J’ai reçu ça par courrier, ce matin.

Il me tendit une lettre. Je la dépliai et lus :

 

Cher Mr. Spratt

Nous avons appris votre intention de renoncer à la boisson et d’essayer de vous réconcilier avec votre femme. Tout en approuvant ce procédé narratif susceptible d’engendrer davantage de friction et de conflits internes, nous vous recommandons vivement de ne pas mener votre projet à terme, dans la mesure où il dérogerait à la règle 99G du code du Syndicat des Détectives Tristes et Solitaires, ratifié par le Syndical des Détectives Littéraires, ce qui mènerait à votre expulsion de ladite organisation avec annulation des Bénéfices à la clé.

Je compte donc sur vous pour faire le bon choix et mettre le holà à cette conduite anormale et préjudiciable avant qu’elle ne cause votre perte.

P.S. Malgré les sollicitations répétées, vous avez échoué à conduire une voiture classique ou à cultiver un passe-temps inhabituel. Faites-le toutes affaires cessantes ou soyez prêt à en assumer les conséquences.

 

— Hmm, marmonnai-je. C’est signé…

— Je sais qui l’a signée, répliqua Jack, accablé, en reprenant sa lettre. Le syndicat est très puissant. Son influence remonte jusqu’au Grand Manitou. Ceci pourrait précipiter la démolition des Hauts de Caversham, au lieu de la retarder. Le père Brown a voulu défroquer Dieu sait combien de fois, seulement voilà, le syndicat…

— Jack, qu’est-ce que vous voulez ?

— Moi ?

— Oui, vous.

Il soupira.

— Ce n’est pas aussi simple. Je suis responsable des sept cent quatre-vingt-six autres personnages de ce livre. Vous imaginez, tous ces Génériques soldés comme des dindes après Noël ou bien réduits en texte. Rien que d’y penser, j’en ai la chair de poule !

— C’est ce qui risque d’arriver de toute façon, Jack. Mais au moins, nous avons l’occasion de nous battre. Suivez votre instinct. Écartez-vous des sentiers battus.

Il soupira à nouveau et se passa les doigts dans les cheveux.

— Mais les conflits intérieurs ? Les cas de conscience ? N’est-ce pas tout l’intérêt d’être un investigateur solitaire ? On ne peut pas se borner à meurtre-interrogatoire-deuxième meurtre-hypothèses-interrogatoire-fausse fin-coup de théâtre-résolution du mystère, pas vrai ? À quoi bon, si l’enquêteur ne tombe pas amoureux d’une personne impliquée dans le premier meurtre ? Je n’aurai peut-être plus jamais à choisir entre la justice et mes sentiments personnels !

— Et quand bien même ? Il y a des tas d’autres solutions pour corser un récit.

— O.K., dit-il. Admettons que je vive heureux avec Madeleine et les gosses. Et les intrigues secondaires ? C’est le conflit qui donne tout le sel à une histoire comme celle-ci.

Il me foudroya du regard, mais je savais qu’il croyait en lui-même… cette conversation en était la preuve.

— Il ne s’agit pas obligatoirement d’un conflit conjugal, lui rétorquai-je. On n’a qu’à récupérer quelques intrigues secondaires dans le Puits  – c’est vrai que l’action ne peut pas tourner entièrement autour de vous  –, mais si nous… Tiens, j’ai l’impression qu’on a de la compagnie !

Une Triumph Herald rose venait de s’arrêter à notre hauteur. Une femme d’âge moyen en descendit, alla droit vers Jack et, sans autre forme de cérémonie, le gifla violemment.

— Comment oses-tu ? glapit-elle. Je t’ai attendu trois heures au bar à vin… Où étais-tu passé ?

— Je te l’ai dit, Agatha, j’étais avec ma femme.

— Mais bien sûr, éructa-t-elle, haussant le ton. Prends-moi pour une idiote… Avec qui tu baises cette fois, hein ? Avec une de ces petites pétasses au poste ?

— C’est la vérité, répondit-il posément, plus choqué qu’indigné. Je te l’ai dit hier soir, Agatha… c’est fini.

— Ah oui ? C’est vous qui lui avez mis cette idée en tête ? m’apostropha-t-elle, me toisant avec mépris. Vous débarquez du Monde Extérieur avec vos grands airs et vos conneries d’autodétermination en croyant pouvoir améliorer le récit ? Non mais, quelle arrogance !

Elle marqua une pause et nous considéra l’un après l’autre.

— Vous couchez ensemble, c’est ça ?

— Non, déclarai-je fermement, et s’il n’y a pas d’améliorations, bientôt il n’y aura plus de livre. Si vous souhaitez vous faire transférer ailleurs, je pourrais tâcher de m’arranger…

— C’est facile pour vous !

Son visage se convulsa de haine, et une note de panique perça dans sa voix stridente.

— Vous pensez qu’il vous suffit de donner quelques coups de NDBDP-phone, et ce sera dans la poche ?

Et, pointant un long doigt osseux sur moi :

— Sachez une chose, Miss Monde Extérieur, je n’ai pas l’intention de me laisser faire !

L’œil noir, elle regagna sa voiture et redémarra dans un crissement de pneus.

— Ça vous va comme intrigue secondaire ? demandai-je.

Mais Jack ne trouvait pas ça drôle.

— Cherchez encore… je ne suis pas sûr de l’aimer, celle-là. C’est pour quand, l’inspection ?

— Je n’ai pas eu le temps de me renseigner, lui dis-je.

Il consulta sa montre.

— Venez, il y a cette scène de combats truqués qui nous attend. Ça va vous plaire. Mary était un peu lente à la détente pour les « Si vous ne savez pas, nous ne pouvons pas vous aider » quand on faisait notre numéro du gentil et du méchant flic, mais vous n’aurez qu’à ouvrir l’œil, et tout se passera bien.

Il semblait beaucoup plus à l’aise depuis qu’il avait tenu tête à Agatha. Nous nous dirigeâmes vers l’escalier en fer rouillé qui conduisait à la salle de sport.

 

Reading, mardi. Il avait plu toute la nuit, et les rues trempées reflétaient le ciel maussade. Mary et Jack gravirent les marches métalliques qui conduisaient à la salle de Mickey Finn. Un endroit lugubre qui empestait la sueur et les illusions, et où les plus optimistes tentaient de se frayer à coups de poing un chemin vers la réussite. Mickey Finn lui-même était un ancien boxeur, aux yeux balafrés et des tics à l’avenant. Entraîneur, puis manager, aujourd’hui il gérait sa salle de sport et revendait de la drogue sous le manteau.

— On vient voir qui ? demanda Mary tandis que leurs pas résonnaient sur le métal.

— Mickey Finn, répondit Jack. Il a eu des ennuis il y a quelques années, et je suis intervenu en sa faveur. Il est mon débiteur.

Arrivés en haut, ils ouvrirent la por…

 

Heureusement que la porte s’ouvrait vers l’extérieur. Autrement, je n’aurais pas été là pour vous conter la suite. Jack chancela sur le bord ; me cramponnant à son épaule, je le tirai en arrière. De la salle elle-même, il ne restait qu’un bout de plancher : les lattes déchiquetées tremblaient et battaient comme des fanions dans le vent. Au-delà, il n’y avait plus qu’un gouffre béant, une mer déchaînée que sillonnaient de petits bateaux semblables à des chalutiers. Seulement, ce n’était pas de l’eau ; les vagues se composaient de lettres dont certaines s’agglutinaient pour former des mots, voire des phrases courtes. De temps à autre, un mot jaillissait des flots pour retomber dans les filets des marins pêcheurs.

— Damned ! lâcha Jack.

— Qu’est-ce que c’est ?

À cet instant, des lettres formant le mot « saxophone » furent précipitées dans notre direction ; en franchissant le seuil, elles se changèrent en un vrai saxophone qui rebondit avec fracas sur les marches métalliques. Les nuages de lettres dépareillées dans le ciel contenaient des signes de ponctuation qui s’enroulaient en volutes difformes. De temps en temps, la foudre s’abattait sur la mer, et les lettres tourbillonnaient au point d’impact, créant spontanément des mots.

— La Mer de Texte ! hurla Jack pour couvrir les rugissements du vent.

Nous nous efforçâmes de refermer la porte sur la tempête. Un grammasite passa devant nous avec un « Gark ! » perçant et chopa adroitement un verbe qui avait mal choisi son moment pour bondir hors des vagues.

Nous pesâmes de tout notre poids sur la porte qui finit par se fermer. Le vent retomba ; le tonnerre n’était plus qu’un grondement lointain derrière la vitre opaque. Je ramassai le saxophone bosselé.

— J’ignorais totalement que la Mer de Texte ressemblait à ça, pantelai-je. Pour moi, ce n’était qu’une notion abstraite.

— Oh non, elle est bien réelle, dit Jack en récupérant son chapeau. Aussi réelle que tout le reste par ici. Vous savez ce que ça signifie ?

— Que les voleurs de scènes ont encore frappé ?

— Ça m’a davantage l’air d’une suppression, répondit Jack, la mine sombre. Effacé, tout le bataclan. Personnages, décor, dialogues, intrigue secondaire et retournement de situation que l’auteur avait piqué dans Sur les quais.

— Pour le mettre où ?

— Dans un autre de ses romans, sans doute, soupira Jack. Ça prouve qu’on n’en a plus pour longtemps. C’est un clou de plus dans le cercueil.

— Ne peut-on pas passer au chapitre suivant, à la découverte du trafiquant de drogue abattu lorsque la transaction a mal tourné ?

Jack secoua la tête.

— Ça ne marchera pas. Voyons voir… Je n’aurais pas su que Hawkins était mêlé au coup monté par Davison. Qui plus est, Mickey Finn n’aurait pas été tué s’il ne m’avait pas parlé, et donc il aurait été là pour arrêter la bagarre avant que Johnson ne parie la somme de trois cent mille livres. Et la scène émouvante avec le petit gars, dans les deux dernières pages du roman, n’aurait aucun sens, si je ne le rencontre pas ici auparavant. Bon sang ! Ce trou-là, aucun boucheur du Puits ne saurait le colmater. C’en est fini de nous, Thursday. Sitôt que le livre aura pris note de la disparition de la scène de la salle de sport, l’action va se déliter d’elle-même. Nous serons mis en dépôt de bilan littéraire. Si on fait vite, on pourra peut-être muter les principaux protagonistes dans d’autres livres.

— Il doit bien y avoir quelque chose à faire !

Jack réfléchit un instant.

— Non, Thursday. C’est fini. Rideau.

— Attendez, dis-je. Si on revenait ici, mais au lieu de monter tous les deux, je vous croise dans l’escalier alors que vous êtes en train de redescendre, et vous m’expliquez ce que vous avez découvert. De là, on passe directement au chapitre VIII et… Vous me regardez d’une drôle de façon.

— Mary…

— Thursday.

— Thursday, avec ça, le chapitre VII ne fera qu’un paragraphe !

— C’est mieux que rien.

— Ça ne tiendra pas la route.

— Vonnegut fait ça tout le temps.

Il soupira.

— O.K. À vous l’honneur, maestro !

Je souris, et nous revînmes trois pages en arrière.

 

Reading, mardi. Il avait plu toute la nuit, et les rues trempées reflétaient le ciel maussade. Arrivée en retard, Mary croisa Jack alors qu’il redescendait de la salle de sport. Ses pas résonnaient sur les marches métalliques.

— Désolée, dit Mary, j’ai crevé en route. Avez-vous rencontré votre contact ?

— Oui-i, répondit Jack. Si vous aviez vu la salle  – ce qui n’est pas le cas  –, vous auriez trouvé que c’est un endroit lugubre qui empeste la sueur et les illusions, et où les plus optimistes tentent de se frayer à coups de poing un chemin vers la réussite.

— Vous deviez voir qui ? demanda Mary tandis qu’ils se dirigeaient vers sa voiture.

— Mickey Finn, un ancien boxeur, aux yeux balafrés et des tics à l’avenant. Il m’a dit que Hawkins était mêlé au coup monté par Davison. On parle d’une grosse cargaison qui doit arriver le cinq ; il a aussi laissé entendre qu’il avait rendez-vous avec Jethro… un rendez-vous dont je ne comprendrai l’importance que plus tard.

— Autre chose ? s’enquit Mary, l’air pensif.

— Non.

— Vous en êtes sûr ?

— Oui.

— Vous êtes SÛR d’en être sûr ?

— Euh… non, attendez. Ça me revient maintenant. Il y avait un petit gars là-dedans, c’était son premier combat. Mickey dit que c’est le meilleur qu’il ait jamais vu de toute sa carrière… Il pourrait en faire un challenger.

— On dirait que vous n’avez pas perdu votre matinée, observa Mary en contemplant le ciel gris.

— Oh non, répondit Jack, rabattant son blouson sur ses épaules. Venez, je vous invite à déjeuner.

 

Le chapitre s’arrêta là. Se cachant le visage dans les mains, Jack poussa un gémissement.

— Je n’y crois pas ! « Un rendez-vous dont je ne comprendrai l’importance que plus tard. » J’ai dit ça, moi ? Ça ne passera jamais. C’est nul !

— Écoutez, fis-je, cessez de vous prendre la tête. Ça va aller. Il faut juste que le livre puisse tenir le coup, le temps qu’on trouve un plan de sauvetage.

— Qu’est-ce qu’on a à perdre ? déclara Jack avec une bonne dose de stoïcisme. Vous, allez faire un tour à la Jurifiction pour savoir si la date de l’inspection est déjà fixée. Quant à moi, je vais faire passer des auditions et essayer de reconstituer la scène de mémoire.

Il marqua une pause.

— Au fait, Thursday…

— Oui ?

— Merci.

 

 

Je regagnai l’hydravion. Compte tenu de ma résolution de ne pas me mêler de leur politique interne, c’était étonnant, l’affinité que je me sentais avec Les Hauts de Caversham. D’accord, le bouquin était mauvais, mais guère plus qu’un Farquitt de base… ou peut-être que je pensais ça parce que c’était mon chez-moi.

 

— On va faire les courses ? demanda Lola qui m’attendait. Il faut que je trouve une tenue pour les Livres d’Or, c’est dans moins de deux semaines.

— Parce que tu es invitée ?

— Tout le monde est invité, souffla-t-elle, excitée. Apparemment, les organisateurs empruntent à la S.-F. la technologie du champ de déplacement. En bref, ça veut dire que nous pourrons tous tenir dans la Salle aux Étoiles… Ce sera un événement exceptionnel !

— Sûrement, répondis-je en montant dans ma chambre.

Lola me suivit et me regarda retirer les vêtements de Mary.

— Vous êtes quelqu’un d’important à la Jurifiction, n’est-ce pas ?

— Pas vraiment.

J’essayais de boutonner mon pantalon qui se révélait plus serré que d’habitude.

— Zut !

— Quoi ?

— Je ne rentre plus dans mon pantalon.

— Il a rétréci ?

— Non…, répondis-je, le regard rivé sur le miroir.

Aucun doute là-dessus. Je commençais à m’arrondir à la taille. Je m’inspectai sous toutes les coutures, et Lola fit de même, s’efforçant de comprendre ce que je regardais.

 

Faire ses courses à l’intérieur d’un catalogue était beaucoup plus amusant que je ne l’aurais cru. Lola piaillait, ravie, devant tous les modèles en exposition, et elle dut essayer une bonne trentaine de parfums avant de décider de ne pas en acheter : comme pratiquement tous les personnages des livres, elle n’avait pas d’odorat. On aurait dit une gamine lâchée dans un magasin de jouets ; son énergie était inépuisable. Ce fut à la page lingerie qu’elle me parla de Randolph.

— Vous le trouvez comment ?

— Je n’ai rien contre lui, dis-je d’un ton neutre.

Assise sur une chaise, j’étais en train de penser aux bébés pendant qu’elle essayait un soutien-gorge après l’autre : chacun d’eux semblait faire son bonheur jusqu’au suivant.

— Pourquoi cette question ?

— Parce que je l’aime bien, d’une drôle de façon.

— Et lui ?

— Je me le demande. C’est peut-être pour ça qu’il m’ignore et me vanne sur mon poids. Les hommes, ils sont tous comme ça quand une fille leur plaît. On appelle ça le sous-texte, Thursday… je vous expliquerai un jour.

— O.K., dis-je lentement, alors où est le problème ?

— Il n’a pas beaucoup de… enfin, de charisme.

— Ce ne sont pas les hommes qui manquent, Lola. Prends ton temps. Quand j’avais dix-sept ans, j’ai flashé sur un gros nul nommé Darren. Ma mère était contre, c’est ça qui m’a séduite.

— Ah ! fit Lola. Que dites-vous de ce soutien-gorge ?

— Je pense que le rose t’allait mieux.

— Lequel ? Il y en avait une douzaine.

— Le sixième, juste après le dixième noir et le dix-neuvième en dentelle.

— Bon, alors je le réessaie.

Elle fourragea dans la pile et, ayant repéré ce qu’elle cherchait, dit :

— Thursday ?

— Oui ?

— Randolph me traite de pouffe parce que j’aime les garçons. Vous trouvez ça juste ?

— C’est l’une des grandes injustices de la vie. Un homme à femmes, lui, ne récolte que des compliments. Mais Lola, as-tu rencontré quelqu’un qui te plaît vraiment, quelqu’un avec qui tu aimerais partager une certaine… intimité ?

— Un petit ami, vous voulez dire ?

— Oui.

Elle se regarda dans la glace.

— Je ne crois pas avoir été écrite de la sorte, Thurs. Mais c’est vrai que parfois, juste après, vous savez, au moment le plus agréable, quand je suis dans ses bras vigoureux, bien au chaud, comblée et somnolente, là je sens qu’il me faut autre chose… quelque chose qui m’échappe.

— L’amour ?

— Non, une Mercedes. Elle ne plaisantait pas1.

C’était mon NDBDP-phone.

— Une minute, Lola… Thursday à l’appareil2.

— Oui, répondis-je, pourquoi3 ?

— D’accord sur quoi4 ?

— Je vois. Et à part ça, que puis-je faire pour vous5 ?

Je n’étais pas prise. En dehors d’une réunion de la Jurifiction demain midi, j’étais libre comme l’air.

— Bien sûr. Où et quand6 ?

Lola me lança un regard implorant.

— Ça veut dire qu’on va rater notre séance de gym ? Il faut qu’on aille au club de gym… autrement, je vais culpabiliser d’avoir mangé tous ces gâteaux.

— Quels gâteaux ?

— Ceux que je vais manger avant d’aller à la gym.

— À mon avis, tu te dépenses suffisamment, Lola. Mais il nous reste encore une demi-heure… Allez, viens, je te paie un café.


  1. Thursday, vous êtes là ?
  2. C'est le Chat du Cheshire. Vous savez jouer du piano ?
  3. Oh, pour rien ; c'était juste histoire de se mettre d'accord.
  4. Accord de piano, voyons !
  5. Vous êtes convoquée à une audience pour votre procès… Vous vous rappelez, l’infraction à la fiction ? Comme ils ont pris du retard avec le procès en appel de Max de Winter, ils ont prolongé la séance. Pourriez-vous venir cet après-midi si vous n’êtes pas trop prise, disons vers quinze heures ?
  6. Alice au Pays des Merveilles, juste après le chapitre « La déposition d'Alice ». Le Griffon sera là pour vous représenter. N'oubliez pas, quinze heures.