CHAPITRE XI

Il y eut un éclair blanc, très brillant, suivi d’une forte stridulation. Ushaïa se relevait péniblement. Elle devait fuir, car des incendies s’allumaient de tous côtés, attisés par le vent. Mais elle prit le temps d’observer les deux vaisseaux qui s’affrontaient.

La main en visière sur ses yeux, elle vit la navette ripostant avec le rayon blanc. La plateforme des Écumeurs largua encore une bombe grasse. Un nouvel éclair lancé par le Clément-Ader éblouit Ushaïa. La jeune femme ferma les yeux. Quand elle les rouvrit, cherchant désespérément un passage pour échapper au feu, elle comprit que le rayon de la navette avait touché la plate-forme des agresseurs.

Celle-ci se trouvait maintenant à une altitude assez élevée, à peu près à la verticale du vaisseau technoï. Elle semblait dériver légèrement vers l’ouest. Soudain, une fleur géante, pareille à un hortensia blanc, taché de mauve, s’épanouit au milieu de ses superstructures. Et le vaisseau parut éclater d’un seul coup en trois ou quatre morceaux qui restèrent attachés et tombèrent ensemble. Il y eut une sourde déflagration. Puis une forme oblongue, une sorte de grosse torpille, se détacha de l’épave en chute libre.

Ushaïa crut que les Écumeurs avaient eu le temps de lancer un dernier projectile sur leurs ennemis. L’écho de l’explosion roulait encore lorsque la navette décolla. Simultanément, Ushaïa découvrit une trouée dans le cercle de feu, vers le sud, c’est-à-dire dans la direction où s’était déroulé le combat. Mais elle n’avait pas le choix. Elle se mit à courir.

Une nouvelle explosion courba violemment les cimes des arbres. Le souffle balaya la prairie, écrasant un instant les flammes. Les débris de la plate-forme venaient de s’abattre sur la forêt. Il y eut encore un chapelet de détonations. La ligne de feu qui dévorait les hautes herbes à gauche d’Ushaïa fut littéralement emportée. La jeune femme roula dans les cendres chaudes. Elle fut brûlée au visage, aux mains. Elle eut les sourcils roussis, les yeux emplis d’une poussière piquante.

Elle se releva, à demi aveuglée. Quelque chose passa en vrombissant au-dessus d’elle et elle pensa qu’il s’agissait de la torpille lancée par le vaisseau des Écumeurs. Torpille ou embarcation de sauvetage ? L’engin frôla les cimes des arbres les plus proches et s’enfonça dans la forêt en direction de l’est.

Ushaïa marcha moitié au hasard, moitié en se guidant à la chaleur de l’incendie qu’elle fuyait. Elle était obligée de tenir les paupières baissées. Ses yeux lui faisaient maintenant très mal. Elle s’arrêta pour les laver avec sa salive, dès qu’elle sentit sur son visage le souffle frais de l’air matinal.

Le feu était derrière elle et elle avait atteint la lisière de la forêt. Pour le moment, l’incendie semblait se propager vers le nord-ouest. Elle s’estima provisoirement hors de danger. Elle décida d’abord de continuer vers le sud en longeant la forêt. Puis elle changea d’idée. Les bombes grasses des Écumeurs étaient tombées dans cette direction. Elle ignorait tout de leur effet retard et de leurs résidus. Elle s’engagea dans le sous-bois, franchement à l’est.

Elle marcha deux ou trois minutes. Ses yeux douloureux et embués clignaient sans cesse. Mais l’ombre du couvert reposait sa vue. Elle pouvait maintenant avancer sans se cogner aux troncs et éviter les talus et les trous.

Épuisée enfin, elle se laissa tomber sur la mousse, au pied d’un hêtre énorme, entre deux racines qui formaient les bras d’un fauteuil. Peut-être était-il imprudent de s’arrêter si près des lieux de combat ; mais Ushaïa ne pouvait plus faire un pas. À peine avait-elle encore la force de respirer. Une douleur aiguë lui transperçait la poitrine, au-dessus de son sein droit. Et à gauche, son cœur lançait des battements précipités et irréguliers. Elle resta plusieurs minutes complètement immobile, la tête appuyée contre le tronc du hêtre, les paupières à demi baissées, laissant les larmes baigner ses cornées. Plus tard, il lui faudrait trouver une source ou un ruisseau pour boire et se laver les yeux.

La pensée de tous ceux qui venaient de mourir traversa son esprit. Elle était trop fatiguée pour éprouver une réelle souffrance… Kello… Fay-Ann… Peut-être y avait-il d’autres victimes dans la navette. Et la presque totalité du commando des Écumeurs avait dû périr dans l’explosion de la plate-forme.

« Mais, songea-t-elle, ces imbéciles l’ont bien cherché. De même que ce fou de Reno ! »

Elle somnola un moment. Sa position, entre les racines du hêtre, était presque confortable. Un froid vif la réveilla. Là où sa combinaison était déchirée et sa peau brûlée, elle avait l’impression qu’une couche de glace recouvrait sa chair à vif. Et l’air glacé s’insinuait par les fentes du vêtement.

Elle se sentait encore très faible et ne trouvait pas le courage de repartir. La fumée la délogea. Le vent avait dû tourner pendant qu’elle se reposait.

Elle essaya de s’orienter dans l’ombre du sous-bois. Elle situait Acharac vers le sud-est, sans aucune certitude. Elle pouvait marcher dans cette direction en suivant de l’intérieur la bordure de la forêt, dans laquelle elle ne voulait pas s’enfoncer.

Elle se demanda si la navette allait revenir pour rechercher d’éventuels survivants et pour récupérer les corps des deux technoïs tués par Reno Haban. Mais les corps n’existaient probablement plus. Kello et Fay-Ann avaient été carbonisés par le tir du fusil thermique et leurs restes anéantis par l’incendie. Ushaïa ne réussit pas tout à fait à retenir ses larmes. Mais Reno Haban avait des excuses. La vie d’un solitaire sur la Terre de la Présence était extraordinairement dangereuse, avec les Nomades et les chiens géants. Une règle s’imposait : tirer d’abord, réfléchir ensuite, si on avait la chance d’être encore vivant.

« Et moi ? Est-ce qu’ils vont m’abandonner ? » De toute façon, elle ne souhaitait pas revoir les technoïs et retourner à bord du Clément-Ader. Et encore moins partir pour Lagrangia !

Elle devait regagner seule son village, blessée et sans arme, à travers un pays dont le Moratoire avait extirpé la civilisation. Elle savait qu’elle avait peu de chances d’échapper aux dangers qu’elle rencontrerait. Elle ne craignait pas trop les serpents. Elle avait l’habitude. Elle pensait pouvoir éviter sans trop de peine les bœufs et les sangliers. Restaient les ours, les chiens géants et les Nomades.

En se tenant dans la forêt, elle éviterait peut-être les chiens, car le couvert était le domaine des ours. Un choix difficile. Non, les chiens étaient les plus terribles ennemis des hommes… La forêt semblait finalement plus sûre. D’autant que les Nomades fréquentaient surtout la prairie. Enfin, sous le couvert, on pouvait progresser en se dissimulant aux yeux des hommes, sinon au flair des bêtes.

Elle parvint à un sentier apparemment tracé par les cerfs et les sangliers. Elle résista à l’envie de le suivre. Elle obliqua sur la droite. Elle apercevait le soleil à travers les hauts feuillages. Jusqu’à midi environ, il indiquerait la bonne direction. La strate arbustive devenait de plus en plus dense.

Elle se trouva au milieu d’une étendue de fougères, partie vertes, partie sèches, dont les plus hautes atteignaient sa propre taille.

Elle avançait très lentement, les bras levés devant son visage, en espérant que ses bottes et les jambes de sa combinaison la protégeraient des vipères. Elle fut bientôt essoufflée. Elle s’arrêta et leva la tête. Il lui sembla que le soleil se trouvait maintenant un peu trop à droite. Elle avait obliqué vers l’est et perdu de vue la lisière de la forêt. Elle essaya de marcher vers le sud. Mais dans les hautes fougères, il était presque impossible de suivre une direction précise.

Puis les tiges s’abaissèrent, tandis que les troncs devenaient plus serrés. Elle avançait avec moins de peine ; seulement, elle ne distinguait plus le soleil. Découragée, elle s’arrêta sous un couvert sombre.

Elle était lasse. Elle avait soif. Mille douleurs s’intriquaient et se chevauchaient dans son corps. Un bruit infime de glissement attira son regard sur la droite. Elle se tenait entre un arbre et un talus granitique, assez près du talus. Émergeant d’un rouleau de spires rougeâtres, posées sur une pierre grise, la tête triangulaire d’une grosse vipère se tendait vers son visage. La bête, à mi-hauteur du talus, était exactement au niveau des yeux d’Ushaïa.

La jeune femme s’adossait à un tronc ; elle ne pouvait plus reculer. Et tout mouvement latéral risquait de déclencher l’attaque. Ushaïa hésita. La fatigue diminuait fortement ses réflexes. Elle leva instinctivement la main droite devant son visage quand la vipère s’élança pour la mordre. Les crochets se plantèrent dans sa paume, entre le pouce et l’index. Elle cria de rage et de douleur. La bête tomba à ses pieds, frémissante.

« Qu’est-ce qui va arriver si un jour on ne trouve plus de sérum dans les puits à stocks ? » se demanda Ushaïa. Puis elle se rappela qu’elle était seule, loin de son village, sans stocks, sans sérum, sans secours.

Elle serra les dents pour ne pas hurler. Ce n’était pas le moment d’alerter les ours ou les chiens. Elle avait encore de la chance. Une morsure à la main lui donnait un sursis et ne l’empêchait pas de marcher. Mais… que faire ? Où aller ? Fébrilement, elle fouilla les poches de sa combinaison. Elle ne trouva qu’un skribo, une lime à ongles et un tube de rouge à lèvres donné par Fay-Ann.

La montre fixée au poignet de sa combinaison indiquait 7 h 55. Son bras droit s’engourdissait. La douleur montait maintenant jusqu’à son épaule, s’enfonçait en coin dans sa nuque et éclatait dans sa poitrine. Elle pensa au feu. C’était peut-être un moyen de cautériser la plaie. Terriblement douloureux. Et il fallait faire très vite. Un espoir, quand même.

Elle devait repartir vers le nord-ouest, parcourir en sens inverse le chemin qu’elle avait pris. Elle se mit à courir en gémissant un peu. Elle n’y arriverait jamais. C’était trop loin. Et elle était incapable de retrouver ses propres traces. Elle ne possédait aucun point de repère sûr.

Elle s’arrêta et appela de toutes ses forces. Il y avait peut-être une chance sur mille pour que les Technoïs fussent à sa recherche. Ou une chance sur mille pour que la forêt fût habitée par quelque solitaire… Une chance sur mille pour que Reno Haban eût survécu au tir de la navette !

Lui la tuerait, bien sûr… Il était persuadé qu’elle l’avait attiré dans un piège. « Non, se dit-elle, s’il n’est pas mort, il a dû assister au combat des deux vaisseaux et à la destruction de la plateforme de Surveillance. Il a dû comprendre que je n’étais pour rien dans tout ça. Il n’a plus aucune raison de se venger…»

Elle appela : « Reno Haban ! Reno ! Reno ! Au secours ! » Puis elle écouta, appuyée contre un petit arbre au tronc lisse, la bouche ouverte, le bras droit légèrement soulevé parce qu’il lui semblait qu’elle avait moins mal ainsi, les jambes écartées pour tenir debout, comme crucifiée par l’attente et la douleur. Et elle crut qu’on lui répondait. C’était un rêve fou !

Pourtant non. Une voix, ou plusieurs voix, lointaines, hurlaient quelque part au fond du bois. Elle se tut pour vérifier qu’elle n’entendait pas l’écho de ses propres appels. Ce n’était pas l’écho. Mais étaient-ce des voix humaines ?

Elle courut, se cognant aux troncs, se déchirant aux buissons, criant et pleurant, tandis que son bras enflait, se changeait en bois, en pierre, en bronze. Sa combinaison était fendue en plusieurs endroits. Le sang coulait sur son front, autour de sa bouche, dans ses paumes, entre ses doigts.

Quand elle fut à bout de forces, les yeux noyés dans la sueur, elle s’arrêta pour écouter encore.

Les chiens ! C’étaient des chiens géants qui aboyaient ou plutôt lançaient leurs grondements de combat, rauques et sauvages. Impossible de confondre avec des voix humaines, maintenant. Ushaïa connut un instant de désespoir total. Mais elle écouta encore. Peut-être les chiens se battaient-ils contre des hommes ? Depuis des siècles – les siècles du Moratoire – les deux espèces s’affrontaient haineusement, comme si elles étaient vouées à un antagonisme éternel.

Les chiens géants n’avaient-ils pas été manipulés et programmés pour s’attaquer en priorité aux humains ? Pour freiner ainsi l’expansion du peuple de la Présence ? Maria David le prétendait. Mais ils avaient aussi leurs propres ennemis, les ours bruns des montagnes et des forêts profondes. Et Ushaïa crut reconnaître, parmi les aboiements, le feulement gras et lent des plantigrades.

Une bataille entre les chiens et les ours géants ! Elle frissonna. Il lui fallait s’éloigner le plus vite possible des fauves. L’incendie la protégerait peut-être. Les animaux n’oseraient pas s’approcher du feu… Oui, c’était vrai pour les ours. Mais les chiens ?

C’est alors qu’elle entendit la détonation. Pas vraiment une détonation : un long sifflement chuintant, terminé par un choc mou. En tout cas, c’était une arme à feu ou quelque chose de ce genre. Elle était sûre de ne pas se tromper. « Ou alors, je suis en train de devenir folle ! » Il y avait aussi des hommes ! Au moins un ! Peut-être un chasseur solitaire. Peut-être Reno Haban… Ou les Nomades d’Haroun…

Mais Ushaïa n’avait rien à perdre. Un homme, cela signifiait une trousse de survie, ou au moins quelques gélules de sérum anti-venimeux… Guidée par les cris étouffés des bêtes et par les rares sifflements de l’arme à feu, elle repartit, courut encore. De nouveau, elle se cogna, se griffa le visage, accrocha aux branches son bras blessé, trébucha dans les buissons, les fougères, les lianes. Le moindre contact provoquait dans sa main droite une douleur atroce. Mais elle s’efforçait de ne pas crier. Elle retenait les gémissements qui montaient à ses lèvres pour ne pas attirer les chiens sur elle.

Le silence se fit. D’abord, on n’entendit plus le chuintement de l’arme inconnue. Puis les grondements des ours cessèrent. Il y eut encore quelques aboiements, puis l’appel d’un leader, comme si la horde victorieuse quittait les lieux après avoir tué tous ses ennemis.

Ushaïa se dit qu’elle ne trouverait plus que des cadavres sur les lieux du combat. Mais elle pourrait peut-être récupérer quelques médicaments sur les cadavres humains… Il y avait une chance. En attendant, il lui fallait éviter les chiens.

Elle se blottit au creux d’un taillis de hêtres, en espérant qu’une autre vipère, rouge, grise ou bleue, ne la guettait pas sous la mousse visqueuse. Elle avait maintenant très mal à la tête et ne pouvait plus bouger les doigts de la main droite.

Elle craignait de perdre conscience. Elle scruta les aiguilles lumineuses de sa montre. Sa vue se troublait de plus en plus. Il devait être environ 8 h 20. Elle avait été piquée depuis plus d’une demi-heure. Compte tenu d’une certaine immunité résiduelle – car c’était sa troisième morsure de rouge – elle avait encore une autre demi-heure de sursis avant d’être vraiment en danger. Trente minutes à peu près… Mais elle n’était plus capable de mesurer l’écoulement du temps.

Elle connaissait les habitudes des chiens géants. Ils devaient chasser dans la plaine quand ils avaient été attirés par la présence des humains de la navette. Ou bien celle de Reno Haban… ou les deux. D’autres odeurs d’homme les avaient poussés vers l’intérieur. Ou encore la prairie s’étendait-elle aussi à l’est… De toute façon, la horde ne s’attarderait pas dans la forêt qui n’était pas son habitat. Enfin, soûlées par le sang, les bêtes perdaient pendant plusieurs minutes leur flair redoutable. En général, elles filaient droit devant, sous la conduite du leader excité… Ushaïa estimait le danger passé.

Elle se leva péniblement. N’entendant aucun bruit suspect, elle se remit en marche. Son mal de tête empirait. Ses oreilles bourdonnaient de fièvre. Elle traînait les pieds. Pour ne pas tomber, elle s’accrochait de la main gauche aux branches et aux arbustes.

De gros animaux s’échappèrent devant elle, dans une galopade serrée et presque silencieuse. Elle les vit vaguement, à travers le brouillard qui embuait ses yeux. Ceux-là, au moins, n’étaient pas dangereux. Elle continua. Elle accrocha le pied à une racine et tomba. Sur son bras droit… Elle s’évanouit de douleur un moment.

Elle revint à elle d’un seul coup, se releva et repartit. En traversant une clairière baignée par le soleil, elle regarda sa montre. Plus d’une heure, maintenant, qu’elle avait été mordue. Elle entrait dans la zone rouge. Encore une demi-heure, peut-être, et puis…

Elle sentit soudain une odeur piquante. Elle toussa deux ou trois fois et s’arrêta. Des gaz corrosifs. Grenades ou fusil à haute pression. Elle connaissait ce type d’arme. Reno avait utilisé un fusil à gaz devant elle, quelques années plus tôt. On pouvait régler l’intensité du tir depuis le coup de semonce jusqu’à la destruction totale du tissu vivant.

Peut-être Reno s’était-il battu avec les chiens et les ours ? Peut-être allait-elle trouver son corps à demi déchiqueté par les bêtes ? Mais il avait tiré sur les Technoïs avec un fusil thermique. Pourquoi aurait-il affronté les chiens avec une arme à gaz, dix fois moins efficace ? En tant que solitaire, il devait savoir qu’en face des chiens géants, toute demi-mesure était un suicide… « Peu importe, se dit-elle. Il avait sûrement une trousse médicale. Je la trouverai sur son corps ! »

L’odeur la guidait un peu. Elle se traînait dans un cauchemar nauséeux. Elle traversa un épais fourré de buissons. Enfin, les mains et le visage en sang, elle parvint au sommet d’une pente rocailleuse et dénudée.

Elle vit l’appareil posé au milieu des broussailles naines, à trois ou quatre cents mètres. Posé en catastrophe, après avoir percuté les cimes des arbres… Une sorte de canot, d’un gris terne, avec quelques lignes brillantes et un cockpit vitré sur lequel jouaient les rayons du soleil. Elle comprit qu’il s’agissait d’un véhicule auxiliaire du vaisseau de Surveillance, qui avait pu échapper in extremis à la destruction. Elle l’avait pris pour une torpille, en le voyant passer au-dessus d’elle peu après l’explosion de la plate-forme.

Elle repéra un cadavre de chien sur les rochers. Le sang brillait au soleil. Du moins, elle eut cette impression. Elle ne vit pas d’autres cadavres. Ni homme ni chien. Mais le canot s’était abattu au milieu d’un éboulis de gros rocs, du même gris que sa peinture. Les corps avaient dû rouler dans les trous. Ushaïa crut distinguer un débris de vêtement sur une touffe de bruyère ; mais elle n’en était pas sûre.

Elle mesura du regard la distance qui la séparait de l’épave. Quatre cents mètres à dévaler dans les rochers et les buissons. Un très mauvais terrain… et sans doute infesté de vipères. Il lui faudrait au moins vingt minutes ! Mais aurait-elle tout ce temps ? Déjà, ses forces l’abandonnaient.

Elle commença la descente.