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Après le départ de Victoria, je m’installai dans le fauteuil près du lit de Tolliver.

Ma jambe droite était faible. C’est celle le long de laquelle la foudre a couru ce fameux après-midi alors que le tonnerre grondait dehors. Je me préparais à sortir. C’était un samedi ou peut-être un vendredi. Je m’aperçus tout à coup que mes souvenirs s’es-tompaient et ce fut un choc.

Je me rappelle que j’étais devant la glace de la salle de bains et que je tenais un fer à friser à la main, dont la prise était branchée près du lavabo. La foudre est entrée par la fenêtre ouverte. L’instant d’après, je me retrouvais à plat dos, à moitié dedans, à moitié hors de la pièce et Tolliver me réanimait. Puis les secouristes ont pris le relais et Matthew leur hurlait dessus. Mark essayait désespérément de le faire taire.

Ma mère s’était évanouie dans sa chambre. En tournant la tête vers la gauche, je l’ai vue affalée sur le lit. L’un des bébés braillait, sans doute Mariella. Cameron était collée contre le mur du couloir, le visage ravagé par les larmes, l’air complètement désemparé. Une odeur bizarre imprégnait l’atmosphère. Les poils de mon bras droit étaient comme des flocons croustillants. J’étais incapable de bouger.

— Votre frère vous a sauvé la vie, m’a dit un homme d’un certain âge, penché sur moi.

Sa voix était lointaine, une sorte de bourdonnement. J’ai voulu lui répondre mais ma bouche refusait de fonctionner. Je me suis contentée d’opiner.

— Dieu soit loué ! s’est écriée Cameron d’une voix étranglée.

Cette scène me semblait plus réelle que cette chambre d’hôpital à Dallas. Je dis-tinguais parfaitement Cameron : longs cheveux blonds, le regard brun comme celui de papa. Nous ne nous ressemblions pas beaucoup : nos visages et nos yeux étaient de formes différentes. Cameron avait des taches de rousseur sur le nez ; elle était plus petite, plus compacte que moi. Nous étions toutes deux bonnes élèves mais Cameron avait plus de succès que moi. Elle y travaillait.

Je pense que Cameron s’en serait mieux sortie si elle n’avait pas eu le souvenir de la jolie maison de Memphis où nous avions grandi, avant que nos parents ne se laissent entraîner dans une spirale infernale. D’un autre côté, peut-être était-ce précisé-

ment cela qui l’avait encouragée à nous pousser de l’avant. Elle ne supportait pas que nous ne paraissions pas propres, bien arrangés et prospères. Elle sautait au plafond quand quelqu’un avait le malheur de soupçonner que tout n’était pas rose à la maison. Parfois, ce désir frénétique de sauver les apparences à l’école la rendait excessive.

En toute franchise, elle n’était pas facile à vivre. Cependant elle était d’une loyauté infaillible envers ses frères et sœurs, vrais ou faux. Elle avait décidé coûte que coûte

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d’élever Mariella et Gracie en accord avec ses réminiscences de notre passé respectable. Cameron s’acharnait constamment à maintenir l’ordre dans notre taudis et j’étais son adjointe dans cette lutte.

Revoir Victoria avait réveillé ma mémoire. Tandis que Tolliver dormait, je repensai aux années durant lesquelles je m’attendais sans cesse à tomber sur ma sœur, où que nous allions. Je m’étais imaginé qu’un jour, je me retournerais dans un magasin et qu’elle serait derrière la caisse. Ou qu’elle serait l’une de ces prostituées que nous croisions un soir. Ou cette jolie maman poussant un landau, celle avec les longs cheveux blonds.

Ce n’était jamais elle.

Un jour je me permis même de demander à une inconnue si elle s’appelait Cameron tant j’étais convaincue qu’elle était ma sœur, avec quelques années de plus. La pauvre a eu très peur. J’ai dû m’éloigner rapidement avant qu’elle n’appelle la police.

Dans tous ces fantasmes, pas une fois je ne m’étais expliqué comment Cameron s’était lancée dans cette seconde vie ni pourquoi elle n’avait donné aucune nouvelle pendant toutes ces années.

Au début, j’étais convaincue qu’elle avait été enlevée par un gang ou des spécialistes de la traite des Blanches, quelque chose d’horrible et de violent. Plus tard, je me suis dit qu’elle en avait peut-être tout simplement eu assez de son existence : les parents inaptes, le logement sordide, la sœur qui boitait, perdue dans son monde, les deux bébés qui réclamaient tant de soins.

Mais la plupart du temps, j’avais la certitude que Cameron était morte.

Je fus arrachée à ma rêverie par l’apparition soudaine d’un des policiers de la veille. Il entra sur la pointe des pieds et jeta un coup d’œil sur Tolliver.

— Comment allez-vous aujourd’hui, mademoiselle Connelly ? chuchota-t-il.

Je me levai car son excès de discrétion me rendait nerveuse. Il n’était pas particulièrement grand, peut-être un mètre soixante-seize, épais et affublé d’une moustache grisonnante. Rien à voir avec son partenaire Parker Powers. Cet inspecteur était d’une banalité à pleurer. J’essayai de me rappeler son nom. Rudy quelque chose.

Rudy Flemmons.

— Très bien en comparaison de mon frère, répondis-je en l’indiquant d’un signe de tête. Savez-vous qui a pu lui faire ça ?

— Nous avons ramassé des mégots de cigarette sur le parking mais ils pourraient appartenir à n’importe qui. Toutefois, nous les avons envoyés au laboratoire, au cas où nous aurions à établir des comparaisons ADN. En supposant que les gars du labo réussissent à en identifier une.

Nous contemplâmes le patient un moment. Tolliver ouvrit les yeux, me sourit vaguement, se rendormit.

— Croyez-vous que c’était lui que l’on visait ?

— C’est lui qui a reçu la balle, en tout cas, ripostai-je, troublée par la question.

Évidemment que l’agresseur visait Tolliver !

— Mais c’est peut-être vous que l’on voulait atteindre, suggéra Rudy Flemmons.

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— Pourquoi ? m’écriai-je stupidement. Enfin, je veux dire… pourquoi moi ? Sous-entendez-vous par là que Tolliver a été touché par accident, que ça aurait dû être moi

?

— Ça aurait pu être vous.

— Et vous basez ce raisonnement sur… ?

— Vous êtes l’élément principal de votre petit groupe de deux. Votre frère n’est que votre personnel de soutien. Vous êtes le talent. Les chances sont nettement plus élevées qu’on vous en veuille plus qu’à M. Lang. Si j’ai bien compris, il n’a pas de petite amie ?

Cet inspecteur était vraiment très étrange.

Je poussai un soupir. Et on recommence !

— Si, il en a une.

— Qui est-ce?

Il ouvrit son carnet.

— Moi.

Flemmons me dévisagea, surpris.

— Pardon ?

— Nous ne sommes pas liés par le sang, expliquai-je pour la millième fois.

— Exact. Vous n’êtes pas issus des mêmes parents.

Un point pour lui. Il s’était documenté.

— Non. Nous sommes partenaires dans tous les sens du terme.

— Bien, bien. J’ai reçu un appel téléphonique intéressant ce matin.

Aussitôt, je fus sur mes gardes.

— Ah, oui ? De qui ?

— D’un inspecteur de la police de Texarkana. Un certain Peter Gresham. C’est un ami.

— Que vous a-t-il dit ?

Au secours ! Je n’avais aucune envie de ressasser une fois de plus l’histoire de la disparition de ma sœur. J’avais déjà assez pensé à elle pour aujourd’hui.

— Qu’il y avait eu un coup de fil concernant votre sœur.

— De quel genre?

Vous n’imaginez pas le nombre de mauvais plaisantins qui peuplent le monde.

— Quelqu’un l’aurait aperçue au centre commercial de Texarkana.

Je retins ma respiration. Puis j’émis un petit cri.

— Cameron ? Qui ? Quelqu’un qui la connaissait autrefois ?

— La personne n’a pas révélé son identité. C’étais un homme appelant d’une cabine téléphonique.

J’avais l’impression d’avoir reçu un coup de poing dans l’estomac.

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— Mais…comment savoir si c’est la vérité ? Comment inciter cette personne à se dévoiler ? Existe-t-il un moyen ?

— Vous vous souvenez de Peter Gresham. Il était chargé de l’enquête.

J’acquiesçais. Je me souvenais de lui mais pas distinctement. Les journées terribles qui avaient suivi la disparition de Cameron n’étaient plus qu’un brouillard d’angoisse.

— Un type plutôt grand, bredouillai-je. Toujours en bottes de cow-boy ? Chevelure dégarnie. Il était un peu jeune pour les perdre.

— C’est lui. Aujourd’hui, il est complètement chauve. Je crois qu’il rase le peu de cheveux qui lui restent.

— Qu’a-t-il fait ? A propos de cette communication ?

— Il a visionné les vidéos de sécurité.

— Ils filment l’intérieur du centre commercial ?

— A certains endroits. Et surtout le parking.

— Où était-elle ?

S’il ne me répondait pas, je pousserais un hurlement.

— On a repéré une femme qui correspond à la description de votre sœur. Mais on distingue mal son visage, il est donc impossible d’affirmer s’il s’agit ou non de Cameron Connelly.

— Je peux voir l’enregistrement ?

— Je vais m’arranger. Le mieux serait que vous vous rendiez à Texarkana mais vu l’état de santé de M. Lang, nous devrions pouvoir organiser un rendez-vous dans nos bureaux.

— Ce serait formidable. L’aller-retour m’éloignerait trop longtemps de lui, marmonnai-je en m’obligeant à rester calme.

Je ne pus m’empêcher de m’approcher de Tolliver et de lui prendre la main. Elle était froide et je me promis de quérir une autre couverture auprès de l’infirmière.

— Dis donc, toi… tu as entendu ce que vient de m’annoncer l’inspecteur ?

— Mmm…

— Je vais peut-être pouvoir visionner l’enregistrement. Imagine que nous ayons enfin une piste !

Je n’en revenais pas : Victoria et moi en avions discuté moins d’une heure auparavant !

— N’y compte pas trop, répliqua-t-il plus clairement. C’est déjà arrivé.

Je refusai de considérer tous nos espoirs déçus.

— Je comprends. Mais peut-être que cette fois-ci sera la bonne, non ?

Tolliver ouvrit les yeux.

— Elle aura changé. Tu en es consciente, n’est-ce pas ? Elle n’est plus comme avant.

— Je sais.

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Elle ne serait plus jamais comme avant. Trop d’années étaient passées. Trop de souffrances avaient été endurées, trop de… de tout.

— Si tu veux aller à Texarkana…

— Il n’est pas question que je te laisse.

— Si tu en éprouves le besoin, vas-y, insista-t-il.

— C’est gentil mais je n’irai nulle part tant que tu es à l’hôpital.

Je n’en revenais pas de ce que je venais de dire. J’attendais des nouvelles de ma sœur depuis des années. À présent que nous avions une piste - si bizarre et fumeuse fût-elle - voilà que je rechignais à la suivre immédiatement.

Je me rassis, posai mon front sur le drap blanc. Jamais je ne m’étais sentie aussi attachée à un être.

L’inspecteur Flemmons avait écouté notre échange, impassible. Il semblait réserver son jugement à notre égard et je lui en savais gré.

— Je vous préviens dès que nous sommes prêts.

— Merci, murmurai-je.

— Ce n’est que justice, décréta Tolliver dès qu’il fut sorti.

— Quoi ?

— Tu as pris une balle à ma place. Cette fois, c’est mon tour, apparemment. Tu crois que le tireur te visait?

— Tu parles ! La différence, c’est que dans mon cas, le coup a raté et la balle n’a fait que m’effleurer. Celui qui s’est attaqué à toi a.été plus habile.

— Conclusion : j’ai été la cible d’un tireur plus habile.

— J’ai l’impression que les médicaments qu’on te donne sont efficaces.

— Les meilleurs, convint-il, rêveur.

Je souris. Ce n’est pas souvent que Tolliver est aussi détendu. Je ne voulais plus penser à Cameron car je ne savais plus quoi espérer.

Matthew frappa et entra avant que nous ne puissions réagir: Notre moment de paix s’envola.

Il était hagard, ce qui n’était pas très étonnant vu la nuit que nous avions passée.

D’autant qu’il m’avait prévenue qu’il était du premier service chez McDonald’s. De toute évidence, il avait pris le temps de se doucher après le boulot car il ne sentait pas le graillon.

— Tolliver, ton père m’a aidée pendant que nous attendions l’ambulance, annon-

çai-je car je me sentais obligée de lui rendre justice. Et il est resté à l’hôpital jusqu’à ce qu’on nous assure que tu étais hors de danger.

— Tu es sûre que ce n’est pas lui qui m’a tiré dessus ? Si je n’avais pas vécu avec Matthew Lang pendant plusieurs années, j’aurais été outrée.

Quant à lui, il afficha un air profondément blessé.

— Comment peux-tu croire cela, fils ? s’insurgea-t-il, à la fois offensé et furieux. Je sais que je n’ai pas été un père exemplaire…

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— Un père exemplaire ? Tu te rappelles la fois où tu as pointé le canon d’un pistolet sur la tempe de Cameron en me disant que tu lui exploserais la cervelle si je ne te révélais pas l’endroit où j’avais caché ta drogue ?

Matthew se voûta. D’après moi, il avait réussi à oublier cet incident mineur.

— Et tu me demandes comment je te peux te croire capable de me tirer dessus…

Si la voix de Tolliver n’avait pas été aussi faible, elle aurait été brûlante de rage ; en fait, il semblait si triste que j’en aurais sangloté.

— … c’est très facile, papa.

— Je ne l’aurais jamais fait ! protesta Matthew Lang. J’aimais cette fille. Je vous aimais tous. J’étais un putain de junkie, Tolliver. J’étais devenu un minable et je le sais. J’aimerais que tu me pardonnes maintenant que je suis sobre. Je ne sombrerai plus, fils.

— Il faudra plus que des paroles pour nous en convaincre, rétorquai-je, le regard sur Tolliver qui paraissait épuisé au bout de cinq minutes de présence de son père.

Tant qu’à raviver des souvenirs heureux, j’en ai tout un lot que nous n’avons pas évo-qués depuis un moment. Tu étais là hier soir… tant mieux. C’est bien. Mais ce n’était qu’une goutte d’eau dans l’océan.

Matthew était abattu. Ses yeux bruns d’épagneul étaient brillants d’émotion.

Réhabilité, lui ? Je n’y croyais pas une seconde. Pourtant, je l’avoue, j’en avais envie. Si le père de Tolliver pouvait vraiment se remettre dans le droit chemin, essayer d’aimer Tolliver comme il le méritait, de le respecter comme il le méritait, ce serait merveilleux.

Aussitôt, je me bombardai de reproches : quelle imbécile j’étais de tomber dans son piège ! Vu la fragilité de Tolliver, je me devais d’être doublement vigilante. Je veillais sur nous deux, pas uniquement sur moi.

— Harper, je conçois ton mépris. Il faudra du temps pour vous persuader de ma bonne foi. J’ai tout gâché, encore et encore. Je ne me suis pas comporté en père. Je ne me suis même pas comporté en adulte responsable.

Je jaugeai la réaction de Tolliver. Je ne vis qu’un jeune homme qui avait reçu une balle dans l’épaule quelques heures auparavant, un jeune homme exténué par les exigences de son père.

— Tolliver a besoin de se reposer. Nous n’aurions pas dû engager cette conversation. Merci de nous avoir aidés hier soir. À présent, il faut partir.

À son crédit, Matthew dit au revoir à Tolliver et disparut.

— Ouf ! soupirai-je pour combler le silence.

Je serrai brièvement la main de Tolliver mais il n’ouvrit pas les yeux. J’ignorais s’il dormait vraiment ou s’il faisait semblant mais cela ne me gênait pas. Le flot de visiteurs s’était atténué et nous eûmes droit aux heures d’ennui que j’avais anticipées.

J’en étais presque soulagée. Nous visionnâmes des vieux films, je lus quelques pages.

Personne ne téléphona. Personne ne vint.

Quand la grosse pendule afficha 17 heures, Tolliver insista pour que j’aille prendre une chambre d’hôtel et me reposer. Après avoir consulté son infirmière, j’acceptai.

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J’étais un zombie et je mourais d’envie de prendre encore une douche. Les petites coupures sur mon visage me piquaient.

Je conduisis prudemment et finis par trouver un hôtel qui pouvait me louer une chambre propre et prête à m’accueillir au troisième étage. Je hissai mon bagage sur mon épaule et traversai le hall jusqu’à l’ascenseur, pressée de m’allonger. J’avais faim mais me coucher était ma priorité. Quand mon portable sonna, je décrochai, pensant que c’était l’hôpital.

— À vous entendre, vous êtes à bout de force, déclara d’emblée l’inspecteur Rudy Flemmons.

— En effet.

— Nous aurons les enregistrements demain matin. Voulez-vous passer au poste ?

— Volontiers.

— Parfait. Je vous y attends à 9 heures, si cela vous convient.

— Entendu. Où en est l’enquête ?

— Nous quadrillons le quartier au cas où quelqu’un aurait aperçu un individu sur le parking hier soir lorsque votre frère a été touché. L’autre fusillade s’est déroulée rue Goodman et il s’agissait d’un règlement de comptes entre escrocs. Il est possible que le tireur impliqué dans cet incident ait été tellement remonté après avoir descendu son copain qu’il ait décidé de recommencer en passant devant votre motel. Nous pensons avoir trouvé l’endroit où il se tenait.

— Excellent, marmonnai-je, incapable de m’enthousiasmer davantage.

Les portes de la cabine s’ouvrirent à mon étage et j’en émergeai.

— C’est tout ce que vous aviez à me dire ? m’enquis-je en glissant ma carte à puce dans sa fente.

— Il me semble que oui. Où êtes-vous ?

— Je m’installe au Holiday Inn Express.

— Rue Chisholm ?

— Oui. À proximité de l’hôpital.

— À plus tard.

À son ton, je compris que l’inspecteur Flemmons était un croyant.

Dans mon activité, je rencontre trois sortes d’individus : ceux qui ne me croiraient pas si je leur présentais une attestation signée de la main de Dieu ; ceux qui ont l’esprit suffisamment ouvert pour accepter l’inexplicable (je les surnomme les « Hamlet

») ; et ceux qui croient absolument en mon don, voire aiment cette connexion que j’ai avec les morts.

Les croyants sont du genre à aller voir Chasseurs de fantômes, assister à des réunions sur les phénomènes paranormaux ou employer des médiums comme notre collègue décédée, Xylda Bernardo. S’ils ne vont pas jusque-là, ils ne rechignent pas à tenter de nouvelles expériences. Nombre de représentants de la loi figurent dans cette catégorie, ce qui n’est guère surprenant dans la mesure où ils croisent des menteurs jour après jour.

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Je suis une manne pour les croyants. Je suis convaincante parce que je ne suis pas une frimeuse.

Je savais d’ores et déjà que l’inspecteur Rudy Flemmons me contacterait de plus en plus souvent. J’étais la confirmation vivante de tout ce en quoi il croyait secrètement.

Tout ça, parce que j’ai été frappée par la foudre.

J’étais pressée de me mettre sous la douche mais j’enlevai mes chaussures et m’étendis sur le lit. Je téléphonai à Tolliver pour le prévenir que je ferais un saut au poste de police avant de me rendre à l’hôpital pour tout lui raconter. Il semblait aussi vaseux que moi. Je renonçai à me laver, branchai mon portable pour le recharger, me débarrassai de mon pantalon et me glissai entre les draps.

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