ÉCHANGES DE BONS PROCÉDÉS

Paul Danner

2 ap. BY

Chronologie

Paul Danner a écrit six short-stories pour le Star Wars Adventure Journal entre 1996 et 1998, magazine publié par la société West End Games, très investie dans les jeux de rôle.

Échanges de bons procédés est parue dans le douzième numéro du Star Wars Adventure Journal en Février 1997. Elle se déroule deux ans après la Bataille de Yavin, en pleine guerre entre l’Empire et les Rebelles.

Sollaine, officier du BSI, le Bureau de Sécurité Impériale, est chargé par Dark Vador de retrouver et de capturer vivant un espion rebelle. Dans le même temps, Rivoche Tarkin, la fille de feu le Grand Moff Tarkin, a mis la main sur un fichier contenant la liste d’espions rebelles, et est bien déterminée à devancer Sollaine. Tout cela sous l’œil d’Airen Cracken et de son ami Cryle Cavv.

Titre original : Small Favors

 

Il se tenait devant la verrière, parfaitement immobile, contemplant l’allure impassible du soleil de Kuat avec une indifférence de glace. Connue aux quatre coins de la galaxie, l’imposante silhouette vêtue d’une armure noire polis aurait pu passer pour l’incarnation d’une divinité maléfique. Cependant, à bord de la Station Impériale de Transfert, le Seigneur Noir des Sith était rarement prit pour une statue.

Dark Vador admirait la puissance de l’Empire en train de confluer autour de lui. La flotte qu’il avait rassemblée était immense. Elle comptait des centaines de vaisseaux. Mais le Seigneur Noir n’avait que faire de la multitude de vaisseaux de combat et autres navettes de soutien qui se mettaient en position comme une gigantesque nuée d’insectes. Tout ce qu’il accorda aux centaines de croiseurs, cuirassés, et frégates fut un coup d’œil rapide. Même les Destroyers Stellaires, dont le nombre s’élevait à trois douzaines, ne reçurent qu’une attention minimale.

La plateforme d’observation plongea dans le silence le plus total lorsque l’objet d’attention de Vador apparut au loin. Et à son approche, chaque vaisseau alentour s’écarta pour ouvrir un passage…

Faisant huit mille mètres de long – soit cinq Destroyers Stellaires mis côte à côte – le bâtiment de guerre faisait de l’ombre à tout sauf à la station spatiale elle-même. Le premier Destroyer Stellaire de classe Super était un cadeau de l’Empereur, et comme toutes les faveurs de Palpatine, celle-ci avait un prix. L’Executor était le vaisseau-amiral personnel de Vador. De là, il pouvait superviser la destruction finale de l’Alliance Rebelle.

Le Seigneur Noir sortit quitta enfin son état d’immobilisme, inclinant légèrement la tête.

— Je vous attendais il y a plus d’une heure. (Il y eut une pause marquée par la respiration creuse et artificielle de Vador.) Vous êtes en retard, Sollaine.

— Toutes mes excuses, Seigneur Vador, répondit une silhouette dissimulée dans l’obscurité de l’entrée, j’avais des affaires plus importantes à régler.

— Vraiment ?

— L’Empereur m’a chargé de débusquer des espions rebelles.

Sollaine entra dans la pièce, le talon de ses bottes claquant sur le sol polis. Il portait une version personnalisée de l’uniforme du Bureau de Sécurité Impériale : noir, froissé, sans le moindre insigne indiquant son rang. Cependant, ce qui attirait immédiatement l’attention sur l’homme n’était pas son sens de la mode : les deux mains de Sollaine avaient été remplacées par des prothèses. Certes, les prothèses étaient monnaie courantes dans la galaxie, mais celles-ci avait une particularité : elles n’étaient pas couvertes de synthépeau. Ses mains n’avaient pas la prétention d’être vraies. Elles étaient faites d’un squelette métallique bleu-argent, et chaque doigt se terminait par une longue griffe taillée en dent de scie.

Sollaine s’approcha calmement de Vador, n’étant apparemment pas perturbé par l’aura de peur qui affectait tous ceux qui se trouvaient en présence du Seigneur Noir. C’était une des raisons pour lesquelles il avait été placé à la tête du BSI.

Sans même se retourner, Vador tendit une main vers Sollaine. Dans sa main se trouvait un petit datapad.

— C’est une chance que je vous aie choisi pour cette mission, la première que vous mènerez sous votre nouveau statut.

Sollaine saisit le datapad et parcourut brièvement les informations qu’il contenait. Il ne trahit aucune émotion, à l’exception d’un tic au visage presque imperceptible.

— Ces dossiers sont tous encodés. Il faudrait au moins cinq jours à la crypto-analyse pour les déchiffrer entièrement. Et nous savons pertinemment que ces vermines de rebelles auront rapatrié leurs agents bien avant qu’on ait fini tout décoder.

— Dans ce cas, je vous suggère de travailler deux fois plus vite. L’Empereur considère cette mission comme étant d’une importance cruciale.

— Que voulez-vous dire ?

Vador tourna lentement la tête en direction de l’officier du BSI.

— Vous devez identifier un agent infiltré de l’Alliance et le livrer à l’Empereur. (Le Seigneur Noir s’interrompit pour prendre une longue respiration.) Vivant.

Sollaine posa son regard sur la main gantée qui était capable de canaliser le pouvoir du côté obscur de la Force pour ôter la vie d’un homme.

— Comme vous voudrez, répondit-il d’une voix dégoulinante de venin. Ce sera fait.

Vador replongea son regard dans l’infinité de l’espace.

— Je me serais moi-même occupé de cette tâche si l’Empereur ne m’avait pas confié un autre travail, dit-il en faisant un signe de tête en direction de l’Executor.

Sollaine posa son regard sur l’exceptionnel bâtiment de guerre sans prendre la peine de masquer son envie.

Vador reprit :

— Je vous ai donc personnellement recommandé…

Sollaine écarquilla les yeux, comprenant enfin.

— Je suis ravi de voir que nous nous comprenons, dit le Seigneur Noir.

Après une courte pause, Sollaine retrouva la parole.

— Tout comme moi.

— Excellent.

Vador traversa la pièce de trois gracieuses enjambées. Sollaine demeura silencieux pendant quelques instants. Il était trop pantois pour faire quoi que ce soit d’autre que de fixer du regard le datapad qu’il tenait dans les mains. La machine était impassible, sa mémoire électronique contenant soit le triomphe, soit la damnation.

— Et, Sollaine, ajouta la voix tonitruante à l’intention de l’officier du BSI.

Le Seigneur Noir des Sith venait de marquer une pause dans l’encadrement du sas.

— Félicitations, dit Vador.

Et dans un remous de sa cape noir volumineuse, Vador disparut.

Le général Airen Cracken parcourait d’un air sceptique le compte-rendu qui s’était affiché sur l’écran de son datapad.

Comment est-ce possible ? demanda-t-il aux dieux qui régnaient sur la galaxie – si dieux il y avait. Aucune réponse.

— Vous m’avez fait appeler ?

Surpris, Cracken jeta un coup d’œil à l’homme qui se tenait dans l’embrasure de sa porte. Le général tenta de réprimer un sourire, mais n’y parvint qu’à moitié.

— Vous ne frappez donc jamais ?

— Seulement quand il le faut, répondit Cryle Cavv en lui faisant un clin d’œil.

Cavv avait la quarantaine, mais ses yeux bleus azur brillaient avec une espièglerie d’un homme beaucoup plus jeune.

Cracken se leva pour enlacer son ami.

— Ça faisait un bail, sale vaurien.

— Il faut dire que le général de l’Alliance est un homme plutôt occupé. Et qui c’est que tu traites de vieux ? (Cavv croisa les bras.) Je trouve ça offensant.

— Et moi donc, dit Cracken en tendant la main.

Non sans honte, Cavv rendit sa montre au général.

— Comme je le dis toujours, tu as beau reconnaître un voleur en une seconde…

— … la seconde d’après, ta montre est déjà dans sa poche. (Cavv secoua la tête.) Tu n’as pas changé, Cavv.

Cavv parcourut du regard le modeste bureau du général. L’endroit contenait peu de meubles.

— Je pourrais dire la même chose de toi, Cracken. Toujours le strict minimum.

Le regard de Cavv se posa sur le seul objet qui semblait ne pas être à sa place : une petite vitrine en verre contenant une clé hydraulique sur laquelle étaient gravés les mots « Bonjour de la part de l’équipe de Cracken. » Cavv esquissa un sourire, caressant respectueusement la vitrine.

— Contruum. Le bon vieux temps.

Cracken acquiesça.

— Ne m’en parle pas.

Le vaurien esquissa un sourire, ôta sa main de la vitrine, et s’assit.

— Alors, comment vont Josta et les enfants ?

— Très bien. Dena vient d’entrer à l’école et Pash… disons qu’il pourrait finir pilote de chasse. (Cracken adopta un visage grave.) Je suis navré pour Tascin et Rannah. Tout le monde ici a été choqué par l’attaque de Ryvellia.

Cavv hocha la tête.

— Quand je suis arrivé sur V’eldalv, je n’ai trouvé que des ruines fumantes. J’ai eu beaucoup de chance de trouver mon neveu, qui plus est vivant.

— Comment va-t-il ?

— Eh bien, ça n’a pas été facile, mais il est jeune. Les enfants sont coriaces, et Sienn ne fait pas exception à la règle. Après tout, c’est le sang des Cavv qui coule dans ses veines.

— Ouais… pauvre gosse.

Cavv esquissa un sourire espiègle.

— J’adore échanger des insultes avec mon ancien commandant préféré, mais je suppose que ce n’est pas la raison pour laquelle tu m’as fait venir.

— Si seulement la galaxie était aussi accommodante que toi… (Le général poussa un long soupir.) Ces derniers temps, elle est devenue plus dangereuse. Mais ça, tu le sais déjà.

— Tu veux parler de l’Etoile de la Mort, la machine à détruire des planètes que l’Empereur agite au nez de tout le monde ? Dangereuse est un euphémisme…

Cracken roula des yeux et reprit :

— Et elle bien plus dangereuse pour un espion de l’Alliance…

— Je sais ce que c’est, dit Cavv en fronçant un sourcil.

— Un agent infiltré de l’Empire a récemment dérobé un dossier contenant des informations top-secrètes, y compris les identités de certains de nos agents. Nous l’avons appréhendé, mais il a eu le temps de transmettre les données à l’Empire… Fort heureusement, la plupart de nos agents ont encore la possibilité de disparaître avant que les fichiers ne soient décryptés.

Le visage de Cavv pâlit légèrement.

— Mon nom figure dans ces fichiers ?

— Non. Et même si l’Empire ne met pas la main sur l’identité de tous nos agents, il y a de fortes chances qu’ils découvrent quelque chose de tout aussi précieux : l’identité d’un agent infiltré dont la couverture est tout à fait authentique.

— Un renégat impérial bien placé ? Très intriguant, général, dit le vaurien en souriant. Vous avez toute mon attention.

— L’agent en question s’appelle Rivoche Tarkin. Il s’agit de la nièce de feu le Grand Moff Wilhuff Tarkin.

Pour la première fois depuis longtemps, Cavv resta silencieux.

— C’est une blague.

— Malheureusement, non. (Cracken marqua une pause, arborant un visage des plus sérieux.) Bien évidemment, tout ce que je te révèle est classé information confidentielle. Seuls quelques-uns de mes meilleurs agents sont au courant des activités de Rivoche.

Cavv acquiesça.

— Rivoche nous a été d’une aide précieuse jusqu’à maintenant. New Cylimba n’aurait jamais été évacuée sans les informations qu’elle nous a fournies. Je veux lui rendre la pareille. Lorsque l’Empire apprendra la vérité sur elle, son héritage ne suffira pas à la sauver d’une exécution publique et sanglante.

Le vaurien comprit enfin quel était son rôle dans tout ça.

— Tu veux que je la sorte de là…

— Tu es la seule personne sur laquelle je peux compter pour ce genre de mission, Cavv. Pour être honnête, je ne voulais pas te demander ton aide, mais je n’avais pas le choix. Les ressources des Renseignements sont déjà suffisamment réduites comme ça, et Mon Mothma ne peut pas donner son aval pour une opération de sauvetage à grande échelle. (Le général baissa la voix.) Malheureusement, il y a également un aspect politique à prendre en compte. Si le nom de Rivoche est rendu public, il y aura des répercussions au sein de l’Alliance. Beaucoup de gens refuseront de la croire à cause de son lignage. Tarkin et sa doctrine ont répandu la terreur, la haine, et la mort à travers la galaxie. Il a le sang de millions de gens sur ses mains.

Prenant une profonde inspiration, Cavv s’enfonça dans son siège.

— D’accord, j’irai la chercher.

Le général Cracken esquissa un sourire de soulagement, donnant une tape amicale sur le bras de son ami.

Cavv leva un doigt en signe d’avertissement.

— Cependant, je ne suis pas sûr de pouvoir m’en sortir tout seul. Puis-je emprunter quelqu’un ?

— C’est déjà fait, dit Cracken en tapotant le comlink qui était posé sur son bureau.

Le vaurien secoua la tête en poussant un léger gloussement.

— Tu crois si bien me connaître, hein ?

— C’est comme ça que j’ai obtenu mon insigne…

La porte s’ouvrit, et un petit homme entra dans la pièce. Son visage était à peine visible derrière la pile de datapads qu’il tenait dans ses bras. L’assistant craintif parvint finalement à poser son fardeau sur le bureau. Il se redressa et se racla la gorge.

— Vous m’avez fait appeler, mon général ?

Cavv échangea un regard avec Cracken.

— Ne me dis pas que c’est lui…

Le général éclata de rire.

— Non. Voici Gerind, mon assistant. Ces datapads contiennent tout ce que tu dois savoir concernant la mission. (Cracken indiqua de la main quelque chose qui se trouvait derrière Cavv – quelque chose… ou quelqu’un.) Voici ton partenaire.

Le vaurien se retourna, mais il ne vit qu’un plastron renforcé. Le géant émit un grognement, montrant ses dents acérées.

Cavv fit immédiatement un pas en arrière.

Amusé, Cracken fit le tour de son bureau pour faire les présentations.

— Cavv, je te présente Quillin Arkell.

Arkell grogna en signe de salutation.

— Enchanté, dit Cavv en tendant une main.

Le géant posa les yeux sur la main que Cavv lui tendait, mais resta de marbre.

Cavv haussa les épaules, étudiant son nouveau partenaire. Arkell faisait pratiquement deux mètres de haut, et ses cheveux gris argentés tombaient sur son dos et ses épaules. Ses yeux d’un bleu profond ne contenaient aucune pupille. Le plastron renforcé qui couvrait son torse était d’une couleur cendrée, et la combinaison noire qu’il portait en-dessous trahissait la forme de ses muscles.

— Je suis ravi de savoir qu’il est de notre côté, remarqua le vaurien.

Cracken jeta un coup d’œil à sa montre.

— Je suis désolé d’interrompre des présentations aussi touchantes, mais vous aurez tout le temps de vous familiariser en chemin. Sur cette mission, le temps pourrait bien être votre pire ennemi.

Cavv esquissa un sourire attristé.

— Étrangement, j’ai l’impression que ça n’arrivera pas.

Le général serra la main aux deux hommes.

— Bonne chance, et que la Force soit avec vous.

Le vaurien marqua une pause dans l’encadrement de la porte en fronçant un sourcil.

— En supposant que je survive à cette aventure, j’aurai probablement une petite faveur à te demander en retour…

— Fais ce que je t’ai demandé, Cavv, et tu pourras avoir tout ce que tu veux…

— Parfait, répondit Cavv, l’œil pétillant, avant de quitter la pièce.

Le G Cat entra en hyperespace, sa coque lisse et brillante perçant l’horizon étoilé.

— Nous arriverons sur Corulag dans environ dix-neuf heures, annonça Cavv depuis le siège du pilote.

Il jeta un coup d’œil au siège passager, attendant clairement une réponse de son partenaire, mais Arkell regardait droit devant lui comme s’il n’avait rien entendu.

— Des rafraîchissements sont disponibles au niveau divertissement, reprit Cavv, et notre tournoi de shockball commencera à douze heures standard.

Toujours aucune réponse…

— OK, dit Cavv en se retournant, j’ai l’impression que ce ça va être un long voyage.

Un silence gênant s’abattit sur l’habitacle de pilotage et dura pendant ce qui sembla être une éternité. Il n’était rompu que par le bip intermittent du seul autre occupant : une vieille unité R2 verte et or. Le droïde astromec était installé dans un compartiment réparé à la hâte qui servait habituellement de siège au copilote.

— Dans ma culture, s’associer avec un brigand est source de déshonneur.

Cavv fut tellement surpris par le son d’une voix qui n’était pas la sienne qu’il faillit bondir hors de son siège.

— Pardon ?

— Il est inadéquat pour un noble guerrier de s’allier avec une vermine sans honneur, dit Arkell en montrant ses dents.

— N’en fais pas tout un plat, l’ami. (Cavv fit un clin d’œil à Arkell.) Je ferai une exception dans ton cas.

— Tu oses te moquer de moi ?

Arkell se leva de toute sa hauteur – un acte qui aurait certainement impressionné le tout venant s’il n’avait pas été réalisé dans l’espace confiné d’un vaisseau spatial.

Arkell ouvrit doucement les yeux, et gémit tandis qu’une douleur aigue semblait fendre son crâne. Groggy comme il était, il lui fallut un moment pour retrouver ses repères. Le géant était allongé sur une couchette, le regard tourné vers le visage souriant de Cavv.

Secouant la tête d’un air triste, le vaurien rangea un petit médipac dans un conteneur.

— Apparemment j’avais tort, dit-il en jetant un œil à sa montre. Le voyage n’aura pas été très long.

Arkell grogna quelque chose d’inintelligible et essaya de se lever, mais une nausée monstrueuse et une douleur lancinante l’en empêchèrent.

Cavv s’assit sur la couchette située en face.

— L’antidouleur devrait faire effet d’une seconde à l’autre. Il nous reste une heure, et je suggère que tu en profites pour te reposer et retrouver tes forces.

— Sages paroles… à qui les avez-vous volées ?

— Je sais que ça peut te paraître difficile à croire, mais je ne m’empare pas d’une chose sous prétexte qu’elle n’est pas protégée par un champ de force. (Cavv plissa les yeux, jaugeant son compagnon géant.) J’ai déjà rencontré un gars dans ton genre. Un Velabri. Je rencontre des tas d’empotés.

Arkell semblait être prêt à étrangler Cavv, quitte à attiser l’horrible douleur qui le clouait au lit.

— Si tu dis connaître mon espèce, alors tu devrais savoir que nous ne tolérons pas la bêtise.

— Aucun sens de l’humour, en fait.

— La guerre n’a rien de drôle. Et la guerre, c’est tout ce qu’un lanceur Velabri connaît. Nous sommes les protecteurs souverains de notre peuple. L’élite de l’élite choisie pour combattre au service de l’espèce Velabri.

— Dans ce cas, qu’est-ce que tu fais du Serment du Sang Velabri ?

Ce fut au tour d’Arkell d’être surpris, bien qu’il retrouvât rapidement son sang-froid.

— Qu’est-ce que tu connais des serments d’honneur ?

Le regard de Cavv devint soudain absent.

— Seulement ce que j’ai appris lorsque j’ai promis à ma sœur mourante que je prendrais soin de son fils comme si c’était le mien.

Tout à coup, Arkell leva les yeux vers la couchette située au-dessus de lui. Il y eut un silence gênant, puis le géant dit d’une voix calme :

— Il y a longtemps, lorsque l’Alliance n’en était qu’à ses débuts, les Rebelles ont aidé à l’évacuation du gouvernement légitime de Velabri, la planète d’origine de mon peuple. Les gens importants et leurs familles ont réussi à quitter le système juste avant l’arrivée de la flotte d’invasion impériale. Mais l’un des transports s’est fait attaquer. Sans l’intervention d’un jeune pilote de chasse, le transport aurait été capturé. Le vaisseau transportait la famille de Quillin Durand, mon père, et il jura sur son sang que la dette serait remboursée un jour. (Sa voix tremblait très légèrement.) Il est mort peu après, mais son serment fut transmis du père au fils aîné… à moi. Ce jeune pilote s’appelait Airen Cracken. (Il y eut une lueur soudaine dans les yeux d’Arkell.) Et aujourd’hui, je suis là pour m’acquitter de cette dette.

Cavv acquiesça.

— Espérons qu’elle sera remboursée en totalité.

— Je suppose que tu as un semblant de plan pour cette mission.

— Bien sûr, répondit le vaurien en se relevant. Rejoins-moi dans le cockpit une fois que tu te sentiras mieux, et je te dirai tout.

— En d’autres mots, tu n’as aucun plan, dit Arkell d’un ton monotone.

Cavv esquissa un large sourire puis disparut dans le couloir.

Le capitaine Nevik traversa à grand pas la passerelle de commande du Destroyer Impérial Dévastateur – un exploit pour l’homme, considérant son manque flagrant d’exercice.

— Les techniciens viennent tout juste de finir le décodage…

Sollaine ôta le datapad des mains du capitaine et parcourut rapidement le contenu des informations.

Inébranlable, Nevik gonfla le torse et reprit :

— Nous pouvons commencer à débusquer la vermine rebelle sur le champ. Je crois que l’un d’eux se trouve dans le système Alfestril, qui est bien sûr à moins d’une heure de vol de notre position actuelle…

Sollaine écarquilla les yeux en lisant le dernier nom que contenait la liste.

— C’est impossible…

— Je vous assure, monsieur. Ce vaisseau peut être là en quarante minutes standard.

— Idiot ! (Sollaine enfonça le datapad dans le ventre du capitaine, la seule force de sa prothèse manuelle propulsant l’homme en arrière.) Changez de cap : vitesse maximale vers Corulag. (Nevik esquissa un sourire sournois tandis qu’une idée lui venait à l’esprit.) Éteignez le signal de notre transpondeur et maintenez le silence radio.

L’équipage de pont du Dévastateur leva les yeux vers le couloir surélevé que Sollaine était en train d’arpenter. Ils ne semblaient pas être certains d’être tenu de suivre les ordres de Sollaine sans l’approbation de leur capitaine, qui était alors en train de se relever.

— Vous êtes sourds en plus d’être stupides ? J’ai dit vitesse maximale vers Corulag !

— Ignorez cet ordre ! dit Nevik à voix haute, le visage rougi par la colère. Tout ceci est parfaitement inacceptable.

Le capitaine continua son chemin.

— Ceci n’est pas un vaisseau de contrebande. C’est un Destroyer Stellaire Impérial. Et je ne prendrai pas part à vos manigances…

Sollaine s’approcha du capitaine Nevik et lui tapota l’épaule.

— Bien sûr, vous avez raison. C’est tout à fait inacceptable…

— Je suis ravi que vous compre…

Nevik ne termina pas sa phrase car Sollaine venait de compresser sa gorge à l’aide de sa main mécanique. Ses doigts bleus argentés s’enfoncèrent dans les plis de la chair de Nevik, faisant jaillir le sang. Nevik tenta désespérément de se libérer, mais la main artificielle de Sollaine était bien trop forte.

Soudain, une lourde impulsion énergétique se forma autour de la main de Sollaine. Des éclats chatoyants d’électricité bleuâtre dansèrent autour de la surface métallique, partant de la paume de sa main pour terminer dans ses doigts. Les serpentins scintillants atteignirent rapidement leur proie. Le capitaine écarquilla les yeux, et la dernière chose qu’il vit fut le sourire machiavélique de Sollaine…

Les jeunes officiers détournèrent le regard presque immédiatement, et même les vétérans endurcis n’eurent pas le courage de regarder jusqu’au bout. Seul Sollaine assista à l’affreux spectacle dans sa totalité. Après un moment qui sembla durer une éternité, le corps de Nevik cessa de trembler. L’uniforme du capitaine était noirci, et de la fumée s’échappait en fines volutes.

Ne lâchant pas prise sur le corps, Sollaine parcourut la salle d’un regard glacial, terrorisant chaque officier du pont.

Sollaine lâcha prise et ce qui restait de Nevik tomba au sol, faisant grimacer de nombreux membres d’équipage. Il fit un signe à l’intention de deux techniciens juniors.

— Débarrassez-moi de ça.

Les deux hommes pâlirent et s’exécutèrent.

Sans ajouter un mot, Sollaine marcha jusqu’à la verrière d’observation et plongea son regard dans l’immensité de l’espace qui s’offrait à son regard. Il esquissa un demi-sourire.

— Tu ne t’attribueras pas le mérite cette fois-ci, Vador, dit Sollaine à voix basse. J’amènerai moi-même le traître devant l’Empereur. Et lorsque ce sera fait, l’Executor aura un nouveau maître.

Arkell étudia les écrans d’affichage du cockpit, faisant le point sur l’équipement du G Cat. Lorsqu’il s’approcha de l’une des consoles, l’unité R2 fit pivoter sa tête et émit deux bips de réprimande.

— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Cavv.

— Rien. Ce tas de ferraille m’a l’air un peu trop susceptible, dit Arkell en grognant.

— Fwip bip thwapp boo-bip, répondit le droïde, indigné.

— R2-RC est peut-être susceptible, mais il a raison. Ne touche à rien. Mon vaisseau est une délicate œuvre d’art.

— Ou un chef d’œuvre du marché noir. Si je ne me trompe pas, c’est un Hélix Arakyd, un intercepteur léger extrêmement rare qui se vend généralement à un prix scandaleux.

— Cargo léger, le corrigea le vaurien.

Arkell grogna.

— Si ça c’est un vaisseau de transport, alors moi je suis un Jawa. (Il secoua la tête sous la stupéfaction.) J’ai vu des systèmes d’armement mois puissants sur des chasseurs stellaires. Si tu espères pouvoir t’introduire en douce sur Corulag avec ce vaisseau, tu vas avoir droit une sacrée surprise. D’après ce que j’ai entendu, le mot Hélix est comme un signal d’alerte pour la plupart des agents impériaux. Ils se lanceront à notre rechercher, c’est sûr.

— Dans ce cas, mieux vaut se cacher en plein jour. (Cavv entra dans l’habitacle de pilotage et exécuta une élégante rotation, montrant fièrement la combinaison de saut sur mesure qu’il venait d’enfiler. La coloration brillante du tissu transforma le mouvement en une image prismatique.) Qu’est-ce que tu en penses ? Est-ce que je fais assez noble impérial ?

— C’est pratiquement lisible sur ton front, vaurien.

— Magnifique, dit le vaurien. Un noble raisonnable, ça n’existe pas. Ce qui explique non seulement le déguisement, mais également le goût exotique qu’ils ont en matière de vaisseaux.

— Dans ce cas, je suppose que toutes les données de ce vaisseau ont été falsifiées de A à Z.

— La tenue authentique fait peine à voir comparée à la mienne, dit Cavv en esquissant un sourire.

— Je ne suis toujours pas convaincu du succès de la mission, vaurien. S’il y a…

Cavv l’interrompit en levant un doigt.

— Oh, et au fait… à partir de maintenant, tu devras t’adresser à moi en m’appelant seigneur Velastor T’nnac. Mais Mon Seigneur fera très bien l’affaire.

Arkell esquissa un sourire, mais son geste était tout sauf amical. Ses dents acérées étaient clairement visibles.

— Et pourquoi devrais-je faire ça ?

— Parce que c’est la manière dont un esclave alien s’adresse à son maître. (Remarquant l’expression sur le visage d’Arkell, Cavv se dépêcha de reprendre.) Enfin, techniquement, tu seras mon garde du corps. Allez, Velabri… Même avec des yeux et des dents comme ceux-là, tu ferais un Humain crédible. Et on sait tous les deux que les résidents des Mondes du Noyau sont xénophobes…

L’argument sembla peser, du moins pendant un moment. Arkell n’était clairement pas ravi quant à la situation dans laquelle il se trouvait, mais il acquiesça à contrecœur.

— Tu vois ? Je t’ai dit que tout allait bien se passer… De l’argent facile, Velabri. Tout ce qu’il faut, c’est un bon plan. Comme disent toujours les Jawas : Chikkel atik binmett nikk jchimmen kha.

— Ce qui veut dire ?

— Suis le Bantha jusque dans l’eau, mais regarde où tu mets les pieds.

Arkell se renfrogna.

— Quel rapport avec la situation actuelle ?

— Aucun, à vrai dire, dit Cavv, mais je trouve que ça sonne bien.

— Boooo-wiiip woop.

— Je le vois, RC. (Stupéfait, Cavv cligna des yeux à deux reprises. Puis il ajouta d’une voix douce.) Comment tu as pu le manquer ?

— Je croyais que tout allait bien se passer… de l’argent facile, hein ? dit Arkell sur un ton moqueur tout en se penchant au-dessus de l’épaule du vaurien.

Les voies spatiales grouillaient de vaisseaux de toutes formes et de toutes tailles. Cavv n’avait jamais vu un tel attroupement de vaisseaux en temps de paix. Ils étaient bien une centaine de milliers, et se déplaçaient comme une gigantesque meute de banthas. Seulement, ce n’était pas les Hommes des Sables qui menaient le troupeau, mais toute une flotte de Destroyers Stellaires et d’innombrables vaisseaux sentinelles. L’immense sphère bleue et verte de Corulag était à peine visible au milieu de tout cet encombrement.

Arkell était stupéfait.

— Il y a tellement de vaisseaux. Qu’est-ce que ça signifie ?

— Eh bien, soit que le Bureau du Tourisme de Corulag offre des Etoiles de la Mort au million de premiers visiteurs, dit sèchement Cavv, soit qu’on a prévenu l’Empire de notre arrivée et qu’il a grossièrement exagéré ses effectifs.

— Fwiiiip wiiii-biip.

— C’est le moment de commencer notre petite mascarade, répondit Cavv en attrapant le comlink. Communication entrante…

Le brigand fixa l’écran du regard pendant un moment, lisant le message entrant avec un air de surprise totale.

— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Arkell, visiblement impatient.

— Attend une seconde. Il y a quelque chose qui cloche… RC, branche-toi au système et voit si tu peux dénicher d’autres informations.

— Bo-biip.

— Alors ?

Le vaurien leva les yeux, le visage teinté d’une étrange expression.

— C’est un message automatique envoyé pour nous souhaiter la bienvenue à la cérémonie de fiançailles.

— Quelle cérémonie…

RC émit une autre série de bips, focalisant l’attention du vaurien sur l’écran.

— On peut dire ça, dit Cavv, le teint pâlissant. La liste des invités comprend les gouverneurs locaux, le Moff Jamson Caglio, et… (Sa voix monta d’une octave.) Dark Vador.

Arkell scruta les vaisseaux visibles au loin.

— Vador est là ?

— Il arrivera dans environ neuf heures… juste avant le début de la cérémonie.

— Par les yeux de Tarrek ! s’exclama Arkell. Qui pourrait bien vouloir se marier au beau milieu de tout ça ?

— Vastin Caglio, fils aîné du Moff. Et sa future femme s’appelle… Rivoche Tarkin.

Le guerrier Velabri secoua la tête.

— Nous ne passerons jamais les dispositifs de sécurité.

— Un jour on m’a dit : « Jamais est simplement un état d’esprit. Si tu es sûr que c’est impossible, alors personne ne le fera. »

Arkell acquiesça d’un air solennel.

— Pour une fois, tu es sensé. D’où viennent ces paroles pleines de sagesse ?

— Tu serais surpris de savoir ce qu’on peut apprendre après un atterrissage en catastrophe sur une planète marécageuse abandonnée au milieu de nulle part. (Cavv ignora l’expression confuse d’Arkell et se tourna vers les contrôles.) RC, tu penses pouvoir nous ajouter à la liste des invités ?

— Fwip bip.

Cavv tapota le sommet de la tête du droïde et esquissa un sourire.

— On dirait que nous allons assister à notre première soirée impériale. (Le vaurien détacha sa ceinture et disparut dans le corridor.) J’espère qu’il y aura ces petits cylindres multi-viandes qu’on sert dans des poches de pain cuit.

Arkell le suivit du regard.

— Que fais-tu ?

— Je cherche un cadeau, pardi, dit Cavv en lui adressant un clin d’œil. Nous n’allons tout de même pas y aller les mains vides, si ?

Le Dévastateur émergea d’hyperespace tout près d’une grande frégate.

Sollaine regarda par la verrière, bouche bée face au gigantesque rassemblement de vaisseaux.

— Que se passe-t-il ici ?

Le major Gistol, l’adjudant de Sollaine détaché par le Bureau de Sécurité Impériale, répondit aussitôt.

— Nous venons à l’instant d’être contactés par le Destroyer Stellaire Effaceur. Il semble que Corulag abrite actuellement une espèce de mariage.

— Je me fiche de savoir si un Moff s’apprête à épouser un wampa. Contentez-vous de nous frayer un chemin à travers ce désordre et donnez l’ordre de déblayer un passage pour nos forces terrestres.

— À vrai dire, commandant, il y a un problème… (Le major eut un mouvement qui trahit son inconfort face au regard sévère de Sollaine et reprit.) Pour des raisons de sécurité, aucun vaisseau ne peut atterrir sur la planète sans une autorisation en bonne et due forme. Je suppose que ça explique pourquoi les voies spatiales sont si encombrées.

Sollaine marcha jusqu’à la console des communications et posa un doigt métallique sur le bouton d’un comlink.

— Appelez-moi l’officier en charge.

Après un moment, une voix rocailleuse répondit :

— Ici l’amiral Nyran. À qui ai-je l’honneur ?

— Ici Sollaine, commandant du BSI. J’exige que l’on me laisse passer.

— C’est impossible, commandant, dit Nyran. J’ai reçu des ordres très clairs.

— J’annule ces ordres, dit Sollaine, la mâchoire serrée.

— Je suis au regret de vous informer, commandant, que vous n’avez pas l’autorité suffisante pour annuler mes ordres. J’agis sur les ordres du Seigneur Vador lui-même.

Le pont du Dévastateur plongea dans un silence absolu. Les membres d’équipage les plus proches de la station com s’éloignèrent autant que possible, car Sollaine semblait prêt à exploser.

Au lieu de ça, il baissa la voix et murmura dans le comlink.

— Laissez-moi clarifier la situation, amiral. Si je déployais mes forces terrestres sur Corulag quels que soient vos ordres, qu’en pensez-vous ?

— Dans ce cas, la situation serait des plus regrettables. Par chance, étant donnée la puissance de ma flotte, le combat serait bref. Est-ce suffisamment clair, commandant ?

Sollaine esquissa un sourire sournois.

— Comme de l’eau de roche. Merci, amiral. Nous quittons les lieux. Amusez-vous bien à la cérémonie.

Il enfonça son poing dans la console, interrompant violemment la conversation.

Au plus grand soulagement de l’équipage, Sollaine se dirigea vers le sas de sortie. Gistol le suivit de près, datapad en main.

— Faites préparer une navette Bêta, dit Sollaine sur un ton qui ne laissait aucun doute quant à l’humeur furieuse dans laquelle il se trouvait. Faites préparer une escouade de commandos ; qu’elle soit prête à partir dans trois minutes. À ce moment-là, le Dévastateur devra ouvrir le feu sur n’importe quel vaisseau indépendant à portée de tir avant de s’enfuir en hyperespace. Dans la confusion, la navette se fraiera un chemin jusqu’à la surface de la planète où je réglerai personnellement la situation. (Il marqua une pause, laissant son regard balayer les visages tout autour de lui.) Est-ce que quelqu’un à quelque chose à redire ?

Personne ne répondit.

Sollaine acquiesça puis prit Gistol par l’épaule.

— Nous avons du pain sur la planche…

Rivoche Tarkin fut surprise d’entendre sa porte sonner. Elle n’attendait aucune visite aujourd’hui. En fait, elle avait ordonné aux gardes de ne pas la déranger. Elle avait assez à faire avec le rôle d’hôtesse qu’elle devrait assurer auprès de la moitié du secteur. Tout ce qu’elle voulait pour le moment, c’était du calme. Était-ce trop demander ?

Dans un long soupir d’amertume, Rivoche quitta le siège confortable qui était situé sur le balcon de son appartement terrasse. Elle marcha jusqu’à la porte, l’agacement grandissant à chacun des pas qu’elle faisait. Rabattant une mèche de cheveux derrière son oreille, elle demanda sèchement :

— Qui est-ce ?

Il y eut un bref silence.

— Livraison de fleurs, madame.

— Déposez-les devant la porte.

— Euh… j’ai besoin de votre signature.

— Je suis occupée, dit-elle, de plus en plus contrariée. Quelqu’un signera pour moi à l’accueil.

— Ce sont des… des fleurs délicates. Il se pourrait qu’elles fanent si vous ne les mettez pas dans l’eau immédiatement.

En ayant plus que marre, Rivoche tapota sur le panneau de commande, et la porte s’ouvrit, révélant les visages de Cavv et d’Arkell. Le vaurien tenait un paquet joliment emballé sous son bras.

— Qu’y a-t-il ? demanda-t-elle.

Cavv était trop occupé à fusiller du regard son partenaire pour lui répondre.

— C’est la dernière fois que je te laisse jouer la carte de la subtilité. Contente-toi de broyer des crânes. (Le vaurien secoua la tête d’un air de dépit.) En effet, il s’agit bien d’une livraison de fleurs.

— Est-ce que c’est une blague ? dit-elle en plissant les yeux.

Cavv sortit son plus beau sourire.

— J’ai une très bonne explication.

— Étrangement, j’en doute. Mais allez-y, je vous en prie. Laissez-moi juste le temps d’appeler mes gardes.

— Je ne vous le conseille pas, dit Cavv. Ils font une sieste prolongée…

Rivoche enfonça un bouton sur le panneau de contrôle. Mais avant que la porte n’ait pu se refermer, Arkell fit un pas en avant et tendit son bras musclé. La porte resta ouverte. Rivoche recula, n’étant pas certaine de ce qu’elle devait faire.

Cavv contourna le Velabri et entra dans l’appartement.

— Tout va bien. Nous sommes là pour vous aider. (Remarquant l’expression de confusion sur le visage de Rivoche, il se dépêcha d’ajouter :) Le Jawa chevauche à minuit.

Rivoche marqua une pause et pencha la tête. Après un moment de silence, elle répondit :

— Le Jawa chevauche seul.

Le vaurien fit un signe d’acquiescement et tendit la main.

— Nous sommes venus vous sortir de là. Vous êtes en grand danger, Rivoche.

Arkell entra à son tour, laissant la porte se refermer derrière lui.

— Le temps joue contre nous. Nous devons nous dépêcher…

Rivoche semblait légèrement désorientée.

— Je commençais à croire que vous n’arriveriez pas…

Remarquant la confusion de la jeune femme, Cavv glissa son bras autour de la taille de Rivoche.

— Bien que ça me fasse mal de le dire, mon partenaire a raison. Nous devons faire vite si nous voulons partir. Nous réglerons tout quand nous serons en sécurité hors du système.

Rivoche acquiesça.

— Si vous avez quelque chose à récupérer, c’est maintenant ou jamais, dit Cavv.

— Tous mes biens personnels se trouvent sur Eriadu, dans le domaine de ma famille. Il n’y a rien ici qui me tienne à cœur.

— Parfait, alors allons-y.

Elle marqua une pause, jetant un coup d’œil au cadeau qu’Arkell tenait dans ses mains.

— Est-ce que c’est pour moi ?

Arkell eut un grognement de mépris.

— Les femmes…

Rivoche posa ses mains sur ses chevilles et adressa au Velabri un regard sévère.

— Et qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ?

— Est-ce que nous pourrions reprendre cette conversation un peu plus tard ? demanda Cavv en tapotant sur le panneau de commande.

Sollaine attendait de l’autre côté de la porte, les bras croisés et un sourire triomphant sur le visage. Une poignée de commandos impériaux portant des armures noires se tenait derrière lui, prêts à ouvrir le feu.

— Excusez-moi… j’ai toutes les raisons de croire qu’il y a un traître parmi vous, dit Sollaine, fixant Rivoche du regard avec un sourire prédateur. (Puis il remarqua Arkell et Cavv, et plissa les yeux d’un air soupçonneux.) Puis-je voir vos invitations, messieurs ?

— Bien sûr, dit Cavv sans tarder. Elles sont juste ici. (Il esquissa un sourire embarrassé lorsqu’il réalisa que ses mains étaient prises par le paquet qu’il avait apporté.) Pourriez-vous tenir ça, s’il vous plaît ?

Sans même attendre de réponse de la part de l’impérial, Cavv jeta le paquet dans les bras de Sollaine, le propulsant en arrière. Le vaurien referma ensuite la porte tandis que des tirs émergeaient depuis le couloir.

Alors que la porte commençait à céder sous la force des tirs, Cavv leva son poignet autour duquel était enroulé un dispositif de contrôle. Tapotant sur le petit clavier, il plongea au sol et hurla :

— À terre !

Instinctivement, Arkell obéit sans dire un mot, entraînant Rivoche dans son plongeon.

L’explosion assourdissante qui suivit sembla faire trembler tout le bâtiment. Ce qui restait de la porte se retrouva projetée à travers l’appartement, s’écrasant contre le mur du fond. De la fumée et des cendres envahirent la pièce, et l’endroit plongea temporairement dans l’obscurité.

Arkell se leva, aidant Rivoche à faire de même. Cavv eut une petite quinte de toux et essuya son visage. Tous les trois étaient couverts de suie, mais aucun n’était blessé.

Il n’y avait aucune trace de Sollaine ou de ses commandos impériaux, mais dans le couloir se trouvait maintenant un trou béant qui donnait sur l’étage du dessous. Quelques passants stupéfaits et confus levèrent les yeux vers l’ouverture.

Le toit avait subi le même sort que le plancher, offrant une vue splendide sur le ciel bleu de Corulag.

— Qu’est-ce qu’il y avait dans ce cadeau ? demanda Rivoche.

— Termite, répondit Cavv.

— C’est très touchant, dit-elle.

— Ça ne rate jamais, dit le vaurien en secouant la tête d’un air dramatique. Vous essayez de rendre service à quelqu’un et ça vous explose en plein visage.

Arkell roula des yeux.

— Quand vous aurez fini d’échanger des traits d’humour, nous pourrons peut-être partir. De préférence avant que quelqu’un n’alerte les autorités des modifications que nous venons d’effectuer à la décoration.

— Personnellement, j’aurais arrangé l’endroit autrement, dit Rivoche en faisant la grimace.

Cavv fit la moue.

— Tous les goûts sont dans la nature…

Souffrance.

C’était tout ce que sa conscience était capable d’englober pour le moment. L’agonie était si intense qu’il n’y avait pas de place pour quoi que ce soit d’autre.

La force lumière blanche ne faiblit pas, mais d’autres fonctions commencèrent doucement à revenir.

Souvenirs.

Sa vision étant toujours troublée, il se rappela que les images étaient tout ce qu’il pouvait contempler. La dernière chose dont il se souvenait était d’avoir jeté le paquet aussi loin de lui que possible. L’ordre d’ouvrir le feu…

Et puis tout son monde explosa dans un tonnerre virulent.

Il présuma que les armures blindées des commandos impériaux lui avaient fourni une protection adéquate contre l’explosion. Autrement, il aurait de toute évidence partagé leur sort…

Son regard commença à se recentrer et il réalisa que l’énorme masse bleue azur qu’il voyait était en fait le ciel. À ce moment, il se dit qu’il devait être sur le toit.

Dans un torrent de douleur, il passa en revue ses différentes blessures. Quelque chose n’allait pas à l’intérieur. Il sentait des mouvements inhabituels dans sa cage thoracique. Il avait le souffle court, mais sa respiration n’était pas affectée. De nombreuses ecchymoses et entailles s’étaient glissées sous les restes de son uniforme.

Il étira ses mains, rassuré par le cric-crac de ses doigts. Ses jambes ne semblaient pas touchées, et après un petit effort, il parvint à se lever.

Prudemment, Sollaine fit un pas en avant, puis un autre. Puis un autre. Il devint rapidement facile d’ignorer la douleur.

Il esquissa le plus beau sourire possible, malgré l’entaille rouge qui traversait son visage.

Tant qu’il vivait, le résultat n’était pas remis en question. Vador avait fixé les règles de l’ambition meurtrière, mais Sollaine gagnerait la partie.

Ce n’était qu’une question de temps.

— Ce n’est pas bon pour nous.

Cavv retourna discrètement dans la ruelle et s’appuya lourdement contre le mur.

— En fait, c’est très, très mauvais.

— Les patrouilles se sont renforcées ? demanda Arkell sur un ton solennel.

Cavv acquiesça.

— Tu penses bien que Curamelle est sous loi martiale. Le Moff Caglio a dû mobiliser toutes les forces de défense de la cité pour vous retrouver… (Il mordilla le bout de son pouce.) Mais quelque chose ne tourne pas rond ici.

— Vastin est très protecteur, dit Rivoche. Et tout ce que ce morveux pourri gâté veut, son père le lui obtient.

— Pas exactement le genre d’adoration que l’on s’attend à voir chez une future mariée, dit Cavv.

Elle grogna d’un air de dépit.

— C’est parce que toute notre relation n’est rien d’autre qu’une escroquerie. Vastin me considère comme la femme-trophée parfaite, un autre tremplin dans sa course au pouvoir politique. En ce qui me concerne, il n’est bon qu’à me fournir une couverture. Vous voyez, ces derniers temps, certains impériaux de haut rang ont décidé qu’il était temps pour moi de me marier et d’élever une nouvelle génération de chair à canon pour l’armée de l’Empereur.

Arkell jeta un coup d’œil aux speeders militaires impériaux qui passaient près de leur cachette.

— Bien que ça me fasse mal de le dire, le vaurien a raison sur notre situation. Plus nous restons, plus les risques sont grands.

— Ils ont envoyé un criminel à ma rescousse ?

— Surveillez votre langage, jeune femme. Vous ne savez rien de moi.

Rivoche croisa les bras et esquissa un petit sourire en coin.

— Mais ce que je sais, c’est que ce sauvetage n’est pas une grande réussite…

Le vaurien poussa un soupir et regarda Arkell dans l’espoir qu’il le soutienne, mais le guerrier secoua la tête et dit :

— Dans ma culture, les femmes non mariées ne peuvent quitter le cocon familial sans la permission de leur maître.

Rivoche se tourna vers Arkell en lui jetant un regard sévère.

— Espèce de va-t-en-guerre chauviniste ! J’ai un…

— J’ai trouvé ! dit soudain Cavv.

— Quoi ? demandèrent Rivoche et Arkell à l’unisson.

— Je crois qu’il y a deux groupes distincts d’impériaux ici. Et ils travaillent chacun de leur côté.

— Quand les poules auront des dents, dit Rivoche en gloussant. L’Empire n’est pas prêt d’être déchiré par luttes internes.

— Réfléchissez. L’homme qui est venu à l’appartement faisait certainement partie du BSI. Il savait que vous étiez une espionne, et il n’a amené qu’une escouade avec lui. Vous en voyez beaucoup des commandos impériaux dans le coin ? (Avant même que quiconque n’ait pu répondre, Cavv reprit.) De plus, d’après ce que nous avons vu des forces de Caglio, je dirais qu’ils sont à votre recherche. Je parie que le Moff pense que vous avez été attaquée à votre appartement et kidnappée. Probablement par les rebelles.

— Ce que tu dis a du sens, vaurien, dit Arkell, mais pourquoi est-ce que l’agent du BSI aurait-il gardé l’information secrète ?

Cavv haussa les épaules.

— Il veut peut-être se réserver tout le crédit. Nous savons que les impériaux ne sont pas contre de petits jeux politiques, à condition de ne pas être prit sur le fait.

— Eh bien si lui et son escouade sont tous morts, alors il est possible que personne d’autre ne soit au courant pour moi. (Rivoche se tourna vers Cavv.) Nous pourrions utiliser ça à notre avantage, pas vrai ?

— Probablement, mais je ne sais pas encore comment. Notre situation ne s’améliore pas beaucoup. (Cavv remit sa capuche par-dessus sa tête.) De toute façon, nous devons garder votre identité secrète… (Le gémissement d’un véhicule à répulsion le fit sursauter.) Nous devons partir d’ici.

Arkell dégaina son pistolet blaster, adoptant un regard noir.

— Nous ne pouvons pas retourner au vaisseau. J’imagine d’ici les mesures de sécurité du spatioport…

— Si nous ne pouvons pas rejoindre le vaisseau, dit Cavv en sortant un petit comlink de sa poche, alors c’est le vaisseau qui devra nous rejoindre.

Rivoche se tourna vers Arkell en lui adressant un regard d’incompréhension.

— Il ne lui manquerait pas un réacteur à celui-là ?

Le guerrier Velabri haussa les épaules.

Elle reporta son attention sur Cavv.

— Aux dernières nouvelles, cette métropole ne laissait pas beaucoup d’espaces inoccupés où se poser.

— L’improvisation est le fruit du désespoir, dit Cavv en esquissant un sourire satisfait. Quel est le plus grand bâtiment de la ville ?

Après un moment de réflexion, Rivoche répondit :

— L’Hôtel Galaxie Royale. (Elle tenta en vain de réprimer un sourire tandis qu’elle regardait le Velabri.) Est-ce qu’il est toujours aussi agaçant lorsqu’il a raison ?

— Non, répondit Arkell avec un visage impassible. D’habitude, c’est pire…

Sollaine débarqua dans le hall de l’immeuble en tachant de sang le somptueux tapis blanc qui recouvrait le sol de l’entrée au bureau d’accueil. Lorsque la secrétaire tenta de l’arrêter, il la repoussa violemment et continua jusqu’au bureau où il ouvrit brutalement la porte. Le fusil blaster pointé directement sur sa tête ne l’intimida pas le moins du monde.

— Qu’est-ce que vous faites ? demanda l’homme au fusil, qui se tenait derrière son bureau.

Sollaine jeta ses médailles de grades sur la table et esquissa un sourire dédaigneux.

— L’Empire requiert officiellement vos services de chasse à la prime…

— Il doit y avoir une erreur, commandant. La Garde du Noyau n’emploie pas de chasseurs…

— Un prix forfaitaire de cent mille crédits maintenant, cent mille autres au moment de la livraison. Qu’en dites-vous ?

Le dirigeant des Services de Sécurité de la Garde du Noyau esquissa un sourire.

— Combien de vos employés aimeraient dénicher ce job, commandant ?

— Tous.

Sollaine fixa du regard le groupe hétéroclite de chasseurs de primes rassemblé devant lui. Il y avait environ cinquante hommes à l’air méchant et laids. L’ensemble produisait une unique combinaison d’arômes.

Le commandant du BSI ne remarqua rien ; son sens de l’odorat s’était légèrement affaibli. Et de toute façon, ça n’avait pas d’importance. Une chose et une seule comptait aux yeux de Sollaine : capturer Rivoche et la ramener à l’Empereur, puis regarder Vador être mit au banc comme l’idiot qu’il était et prendre la place qui lui revenait de droit auprès de l’Empereur.

Sollaine cessa ses rêveries et reporta son attention sur la situation présente. Il savait très bien qu’avec les forces du Moff Caglio stationnées à chaque point de sortie de la ville, les complices de Rivoche ne parviendraient jamais à s’enfuir par le spatioport.

Ceci étant, il ne leur restait plus qu’une solution. Ils devraient la laisser quelque part et revenir la chercher à bord d’un vaisseau. Et dans Curamelle, il y avait très peu d’endroits où poser un vaisseau sans attirer l’attention.

La réponse lui vint enfin.

Sollaine observa la rue bondée, puis leva les yeux vers le ciel de Corulag. Il laissa son regard remonter le long d’un gratte-ciel jusqu’à ce que son œil ne puisse plus distinguer le reste de la structure étincelante, qui grimpait jusque dans l’atmosphère et bien au-delà…

Son regard se fixa ensuite sur l’holo-panneau où l’on pouvait lire « Hôtel Galaxie Royale. »

Cavv ouvrit la porte et remit le micro-pic dans sa poche.

— Rien de tel qu’une réduction à cinq doigts pour ouvrir une chambre d’hôtel.

Rivoche et Arkell le suivirent à l’intérieur et le vaurien verrouilla la porte derrière eux.

Cavv parcourut la chambre du regard et esquissa un sourire.

— Hé, c’est plutôt cossu.

— Ravie de savoir que l’endroit vous plaît, dit Rivoche.

Ignorant le trait d’humour de la jeune femme, Cavv continua d’explorer la chambre.

— Je ne sais pas comment tout ça va se terminer.

Arkell tournait comme un lion en cage devant une grande fenêtre en transparacier. Il marqua une pause et regarda dehors. De là où il se trouvait, la surface n’était plus qu’un souvenir lointain.

Cavv, confortablement installé sur un des lits de la chambre, adressa un sourire à Arkell.

— Je suppose que les Velabri ne peuvent pas se métamorphoser en créature volante à volonté ? (Il esquissa un autre sourire, haussant les épaules d’un air dramatique.) Ton espèce n’est peut-être pas aussi évoluée que tu sembles le croire.

N’étant clairement pas amusé, Arkell cessa de faire les cent pas et se tourna vers Cavv.

— Si je te jette par cette fenêtre, la seule évolution que tu subiras sera de te transformer en une forme de vie liquide…

— Arrêtez ! hurla Rivoche, qui en avait par-dessus la tête. (Elle était assise sur l’autre lit et se couvrait les oreilles.) Vous ne pensez pas que nous pourrions mieux utiliser le temps qui nous reste ? Je ne sais pas, par exemple… essayer de sauver nos vies ?

Le Velabri croisa les bras sur son large torse.

— Nous sommes coincés dans une chambre d’hôtel et notre seule porte de sortie – qui se trouve sur le toit – est bloquée par cet agent mécanique du BSI et sa légion de chasseurs de primes.

— Au moins, nous savons à quoi nous faisons face, dit Cavv. Si je n’avais pas dit à RC de s’infiltrer dans le système d’holo-surveillance du toit, nous serions tombés dans leur piège.

— Une des rares choses intelligentes que tu as faites, dit Arkell.

Rivoche repoussa une mèche de cheveux de devant son visage.

— Je me demande bien comment il a fait pour survivre à une telle explosion…

— D’après les données que RC a récoltées, Sollaine semble être un vrai dur. Même d’après les standards du BSI…

Le regard distant, Arkell se tourna vers la fenêtre.

— Nous sommes perdus.

Cavv se renfrogna.

— Quel pessimisme...

Pour la première fois, Arkell était sans voix. Il ouvrit la bouche, puis la referma avant de se diriger vers la porte.

Rivoche eut un froncement de sourcils curieux.

— Où est-ce que vous allez ? (Arkell s’arrêta devant la porte et dégaina son pistolet blaster lourd.) Je préfère aller là-bas et mourir comme un guerrier plutôt que de rester ici et de me planquer comme un selliwyrm !

— Parfois, se planquer pour éviter d’être remarqué a ses avantages, dit Cavv. Bien, dans certains cas, mieux vaut se cacher en plein jour.

— Et j’en ai plus qu’assez de tes platitudes idiotes !

— Calme-toi, Velabri, dit Cavv en se levant enfin du lit. Je m’occupe de tout.

— Oh, vraiment ?

Rivoche adressa à Cavv un regard curieux.

— Et comment, exactement ?

Cavv vérifia sa montre.

— J’ai appelé des renforts. Ils devraient arriver d’une minute à l’autre.

— Le plus tôt sera le mieux… (Arkell leva la main vers le panneau de commande.) Parce que la situation va de mal en pis à une vitesse incroyable.

— Y compris votre attitude, dit Rivoche tirant un rire étouffé de Cavv.

Arkell secoua la tête puis appuya sur le clavier du panneau de contrôle avant de se retourner.

— Si vous ne vous étiez pas mis dans le pétrin en premier lieu, nous ne serions pas dans cette situation. Ce n’est pas par hasard si les femmes Velabri sont confinées dans leur foyer.

Lorsqu’il vit l’expression sur le visage de Rivoche, Arkell se dit qu’il devait s’attendre à une nouvelle série d’insultes. Puis il réalisa que ce n’était pas lui qu’elle regardait mais quelque chose qui se trouvait derrière lui. Confus, il lança un regard à Cavv, qui était totalement inexpressif.

Arkell se dépêcha de se retourner – une décision qu’il regretta immédiatement. Il se trouvait face à une femme, qui elle-même se tenait dans l’embrasure de la porte de leur chambre. Une longue tresse pendait dans son dos, mais ce qui pendait de sa bandoulière était bien pire : une douzaine de détonateurs thermiques. Elle était vêtue d’une combinaison-pantalon noire et serrée recouverte d’une armure grise, et portait un masque sombre qui reflétait froidement toute l’horreur qui se lisait sur le visage d’Arkell. Un mot résonnait sans cesse dans la tête du Velabri.

Beylyssa.

Arkell sentit le sang lui monter à la tête. Il se dépêcha de tendre la main de nouveau vers le panneau d’accès.

La porte se referma devant la personne.

Arkell parvint à rassembler suffisamment de volonté pour prononcer deux mots, mots qu’il hurla d’une voix plus aigüe que d’habitude.

— À terre !

Rivoche n’avait pas besoin qu’on lui dise deux fois. Elle se jeta au sol derrière le lit tandis qu’Arkell bondissait dans son sillage. Une fois à l’abri derrière le lit, il passa sa tête à découvert et brandit son blaster en direction de la porte.

C’est à ce moment qu’Arkell remarqua que Cavv ne s’était pas mis à l’abri. En fait, le vaurien avait calmement marché jusqu’au panneau d’accès et s’apprêtait à ouvrir la porte.

Pire encore, il riait.

Arkell n’en croyait pas ses yeux.

— Tu es cinglé ? C’est Beylyssa, le chasseur de primes qui adore faire exploser des trucs !

— Non… et non, répondit Cavv.

Rivoche décida de prendre le risque et jeta un œil par-dessus le lit.

— Quoi ?

— Non, je ne suis pas fou. (Cavv ouvrit la porte avec un grand sourire. La silhouette en armure entra dans la pièce.) Et non, reprit Cavv, ce n’est pas Beylyssa, même si c’est bien l’impression que j’espérais la voir créer…

La porte se referma et Cavv posa son bras sur la silhouette.

— Voici Vinn Varatha. Les renforts sont là.

Ressentant un grand soulagement, Arkell se leva et aida Rivoche à en faire de même. Rangeant son blaster dans son holster, il rejoignit son partenaire. Lorsqu’il tendit la main vers leur nouvel invité, il ne put s’empêcher de sourire.

— Je l’aime déjà. Aussi laide soit-elle.

Cavv gloussa.

— Non, une fois encore.

Le Velabri était confus.

— Sur ma planète, les femmes laides ont pour coutume de masquer leurs formes et leur visage, expliqua-t-il.

La femme en armure ôta son casque. Il fut d’abord difficile de voir son visage à cause de la longue cascade de cheveux bouclés que la femme agita en secouant la tête. Puis ses cheveux s’écartèrent rapidement pour laisser entrevoir un visage beau et jeune. Arkell serra la main de leur nouvelle invitée, mais il était bien trop occupé à fixer du regard ses deux yeux bleus et son sourire vicieux.

Varatha était tout simplement à couper le souffle.

— De toute évidence, sur votre planète il n’y a pas de loi qui interdit aux idiots de voyager, dit-elle en souriant.

Arkell s’éloigna d’un pas de la femme en armure.

— Serait-ce une tentative de moquerie à mon égard ?

— Mais non, dit Cavv avec un sourire en coin. Le mot « tentative » impliquerait qu’elle n’y est pas arrivée, Velabri.

— Un Velabri, hein ? (Varatha posa son regard sur Arkell.) Il n’a pas l’air si coriace.

— Je ne suis pas un simple Velabri, dit Arkell en redressant de toute sa hauteur. Je suis un Lancier. Et pour votre information, je suis plus coriace que deux humains réunis.

Varatha se contenta d’esquisser un sourire et de s’approcher.

— Vous voulez le prouver ?

Le vaurien se dépêcha de s’interposer entre les deux querelleurs.

— Et si on y allait ?

Varatha fit une moue désapprobatrice.

— Mais je viens juste d’arriver…

Cavv lui adressa un clin d’œil.

— Je sais de source sûre qu’un gala se prépare sur le toit de l’immeuble. Voudriez-vous vous joindre à nous, ma chère ?

— Je ne manquerais ça pour rien au monde. Où sont les invitations ?

Le vaurien lui tendit un datapad.

Varatha examina les informations contenues dans l’appareil et secoua la tête.

— Ce n’est pas que j’aime gâcher la fête, vieil homme, mais il nous faudrait quarante-cinq hommes supplémentaires pour espérer avoir nos chances contre eux.

— Nos chances sont correctes, dit Cavv en haussant les épaules.

— Excuse-moi ? (Rivoche fixait le vaurien du regard comme si une seconde tête venait soudainement de lui pousser.) À moins que l’Alliance ait récemment adopté un système mathématique différent, je pense pouvoir dire que nous sommes largement dépassés.

— Tu ne lis donc pas notre propre propagande ? N’importe quel rebelle peut vaincre dix impériaux. C’est ce que dit le manuel… et ceux-là ne sont même pas des impériaux. (Le vaurien esquissa un sourire.) Chacun en prend dix.

Varatha émit un gloussement.

— Et pour les dix derniers ?

— C’est là que notre estimé Lancier entre en jeu. « Plus coriace que deux humains réunis, » tu te rappelles ? Ça veut dire qu’il ne devrait pas avoir de mal à s’occuper du reste sans verser une goutte de sueur. (Cavv posa une main sur l’épaule d’Arkell.) N’est-ce pas ?

Le Velabri devint rouge et montra ses dents acérées à Cavv comme pour lui promettre quelque chose de douloureux.

— Bien sûr, dit-il, la mâchoire serrée.

Ce fut au tour de Varatha de s’interposer entre les deux querelleurs. Elle dégaina un blaster de son holster et le jeta à Rivoche.

— Tu sais t’en servir, chéri ?

Rivoche inspecta la cellule d’alimentation d’un œil expert, ajusta la visée, et tendit l’arme à la manière d’un tireur d’élite.

— Je prends ça pour un oui. (Varatha se tourna vers Cavv.) Alors, quel est le plan, vieillard ?

Le vaurien esquissa un sourire.

— Ce sourire, est-ce que c’est celui qui dit « ne t’inquiète surtout pas, Finn, je me suis occupé de tout » où est-ce que c’est celui qui dit « je vais trouver un plan sur le tas et espérer que la Force est avec moi » ?

Le sourire espiègle de Cavv s’élargit davantage. Il saisit une paire de détonateurs thermique des mains de Varatha et se dirigea vers la porte.

Varatha poussa un long soupir et saisit son fusil blaster.

— Génial.

— Je crois que c’est tout, dit Cavv, essuyant le mélange de sueur et de sang de son front tandis qu’il scrutait le toit.

— Surtout pour toi ! dit une voix.

Surpris, Cavv se retourna lentement… et se retrouva face aux canons de deux fusils blaster. Deux chasseurs de primes se tenaient là.

— Les nombres, ça n’a jamais été ma tasse de thé, dit le vaurien à voix basse en levant les mains en l’air.

C’est alors qu’il remarqua Arkell en train de se positionner derrière les deux chasseurs. Sans prévenir, le grand Velabri saisit la tête des deux hommes et les entrechoqua violemment.

Jusqu’à ce jour, le vaurien n’avait encore jamais vu une armure de combat se fendre comme un œuf. Il ne voulait même pas savoir ce qui s’était passé à l’intérieur des deux amures…

Arkell s’avança, la main posée sur une blessure à la jambe qu’il avait reçue après quelques échanges de tirs.

Le vaurien secoua la tête, tapotant légèrement l’épaule d’Arkell.

— Attention, Velabri. Continue comme ça et il se pourrait que je tombe amoureux de toi.

N’ayant pas l’air amochée le moins du monde, Varatha s’approcha d’eux.

— Est-ce que Rivoche va bien ? demanda Cavv.

Varatha ôta son casque et écarta ses cheveux plein de sueur de devant son visage.

— Je vais bien, merci de demander. Et elle aussi, dit-elle en pointant Rivoche du pouce par-dessus son épaule.

Le vaurien vit Rivoche adossée contre un pilonne en transparacier et fit un signe de tête. Il inspecta les dégâts. Le toit était jonché de cadavres et d’impacts laissés par de grosses explosions. Il y avait également de plus petits trous, provoqués par des tirs de blaster. Des sirènes d’alarme retentissaient au loin.

— Aucune trace de Sollaine ?

Varatha secoua la tête.

— Il s’est fait la malle quand les explosions ont commencé.

Rivoche les rejoignit.

— C’est dur de respirer ici…

— Si le Galaxie Royale ne disposait pas de générateurs d’atmosphère, on ne pourrait pas respirer du tout. (Cavv jeta un œil à sa montre.) J’espère que RC va bien. Il est un peu en retard…

C’est alors que le nez triangulaire inversé d’un G Cat apparut dans le ciel. Le cargo léger se positionna au-dessus du groupe de fugitifs tandis que le comlink de Cavv se mettait à sonner.

— Bwip-dip tou-ip.

Tout le monde se tourna vers le vaurien d’un air impatient.

Cavv haussa les épaules.

— Mieux vaut tard que jamais.

Le G Cat s’éloigna de la planète à toute vitesse, poursuivi par tout un escadron de chasseurs TIE.

Cavv se tourna vers ses passagers.

— Attachez vos ceintures ! Ça va secouer. (Une rafale de tirs heurta le vaisseau.) Je veux quelqu’un à la tourelle du canon Plasburst. (Il regarda fixement la foule de vaisseaux qui grouillait en face. La forte concentration de bâtiments leur fournirait une couverture, mais ça revenait à voler à travers un champ d’astéroïdes.) RC et moi avons du pain sur la planche.

Varatha se détacha de son siège mais Arkell l’interrompit.

— Pas une femme.

Le Velabri esquissa un sourire et grimpa sans attendre dans la tourelle avant que la femme n’ait pu dire quoi que ce soit.

Il attacha sa ceinture, alluma les systèmes de visée, et commença à traquer sa première cible.

— La chasse est ouverte, vaurien, dit Arkell avant de réduire un chasseur TIE en milliers de petits morceaux.

— Tu peux me redire ça ? dit Cavv lorsqu’il vit deux croiseurs de classe Carrack se rapprocher pour les prendre en tenaille.

Au beau milieu de la bataille et de la myriade de vaisseaux, personne ne remarqua la petite navette impériale fuir la zone des combats. Une fois hors du champ de bataille, la navette s’arrêta et resta immobile pendant un moment, entourée d’un voile noir marqué de petits points blancs lumineux.

Bientôt, il ne fut plus seul.

La forme triangulaire bien connue du Destroyer Stellaire Dévastateur jaillit de nulle part. Les portes de ses hangars étaient ouvertes et attendaient patiemment l’arrivée de la navette.

Le G Cat exécuta une rotation à trois-cent soixante degrés et se stabilisa.

Cavv dériva ses écrans de contrôle sur la vue arrière de sa navette et regarda les deux croiseurs Carrack tenter de le prendre au piège dans leur champ tracteur. Leur manœuvre échoua et les deux vaisseaux se prirent au piège mutuellement.

Le vaurien imagina les sirènes d’alarme retentir en vain à l’intérieur des deux bâtiments de guerre et regarda avec un grand sourire les deux vaisseaux se rentrer dedans.

— Aïe… ça doit faire mal.

— Thawip dip biiiip !

Cavv reporta son attention sur l’écran d’affichage et vit un Destroyer Stellaire impérial s’approcher à grande vitesse.

— Je l’ai vu, RC. Verrouille les coordonnées de saut et préviens-moi dès que tu es prêt.

RC émit un bip de confirmation, laissant Cavv porter son attention sur le groupe de chasseurs TIE qui les pourchassaient. Il verrouilla l’un des chasseurs impériaux et décocha une torpille à protons.

— Je l’ai eu ! hurla Cavv tandis que le G Cat fonçait à travers les débris en flammes du chasseur TIE.

Cependant, son excitation ne fut que de courte durée ; le Destroyer Stellaire qui s’était dangereusement approché d’eux lança un barrage de tir punitif.

— Faites attention, bande d’idiots ! hurla Sollaine tout en fixant du regard l’écran tactique principal du Dévastateur. Il n’avait pas eu le temps de panser ses blessures, mais il ne ressentait plus la douleur.

Seule une chose comptait…

— Je veux mon vaisseau intact !

Le major Gistol acquiesça d’un air crispé.

— Préparez les rayons tracteurs…

— Je pense qu’on va pouvoir s’en sortir, dit Cavv, presque effrayé à l’idée de croire en ce qu’il disait.

— Ne pense pas trop vite, rétorqua Varatha en pointant l’écran tactique du doigt.

Aucun geste n’était nécessaire. Cavv avait lui-même vu l’Executor émerger d’hyperespace.

Le colossale Super Destroyer Stellaire s’était matérialisé directement sur le vecteur de fuite du G Cat.

— Par les yeux de Tarrek ! s’écria Arkell en retournant dans l’habitacle de pilotage. Quelle est cette chose ?

Cavv dû y regarder à deux fois.

— Des ennuis, dit-il à voix basse en poussant de toutes ses forces sur le manche à balai.

Le G Cat sembla grogner en réponse, mais plongea courageusement.

À ce moment, le Dévastateur projeta son champ tracteur en direction du G Cat… pour ne saisir que le néant.

Cavv poussa un long soupir tandis que les moteurs du Helix le propulsaient sous le vaisseau-mère impérial. Alors qu’ils fonçaient sous la superstructure spatiale, RC émit un bip strident.

— Maintenant ! hurla Varatha.

Cavv n’avait pas besoin qu’on lui dise deux fois. Les étoiles autour d’eux devinrent des longues lignes floues et le G Cat entra enfin en hyperespace.

— C’est une bonne chose que le Seigneur Noir soit du genre ponctuel, dit Rivoche en poussant un soupir de soulagement.

Cavv s’enfonça dans son siège et laissa échapper un gloussement nerveux.

— Merci à la Force pour les petits coups de pouce…

Sollaine hurla comme si on lui avait tiré dessus.

— Sois maudit, Vador ! Tu me le paieras, je te le promets. (De la salive jaillissait de sa bouche.) Ce n’est pas fini !

Gistol s’éloigna aussitôt du commandant du BSI et le pont plongea dans le silence.

L’équipage du Dévastateur se figea comme plongé dans la carbonite.

— J’ai bien peur que si…

La voix qui venait de résonner à travers le pont ne laissait aucun doute quant à l’identité de celui à qui elle appartenait.

Sollaine se retourna lentement et se retrouva face à une matérialisation holographique grandeur nature de Dark Vador.

Le Seigneur Noir leva son poing ganté et pointa un doigt en direction de Sollaine.

— … du moins, pour vous.

Cracken ne pouvait s’empêcher de sourire.

— J’ignore comment tu as fait, mais tu as réussi à t’en sortir. Je te remercie.

— Mais je t’en prie. (Cavv quitta le bureau du général, le sourire jusqu’aux oreilles.) Arkell le suivit de près.

— Considère ton Serment du Sang rempli.

— Vous deux, vous faites une sacrée équipe, dit Cracken en tapotant l’épaule d’Arkell.

— Dommage que notre partenariat s’arrête ici, dit Arkell.

— Oh, n’allez pas trop vite en besogne.

Arkell écarquilla les yeux.

— Pardon ?

— J’ai promis à Cavv une faveur s’il réussissait à mener la mission à bien. Il a demandé à ce que son groupe des Opérations Spéciales soit réintégré. Il a également demandé à ce que toi et Finn Varatha soit immédiatement transférés dans son unité tactique.

— Quoi ?

— Je suppose qu’il voulait vous faire la surprise.

— Excusez-moi, général.

Avant que Cracken n’ait pu dire quoi que ce soit, Arkell s’éclipsa dans le couloir.

Le général haussa les épaules et referma la porte de son bureau.