DICTIONNAIRE DES AUTEURS

BENFORD (GREGORY). – Né en 1941, docteur ès sciences physiques – dont il est professeur adjoint à l’université de Californie –, Gregory Benford a publié, depuis 1965, un nombre relativement petit de nouvelles et de romans, dont plusieurs – notamment If the Stars are Gods (1977, Les Étoiles, si elles sont divines) – se fondent sur le thème du contact avec des intelligences extra-terrestres.

Il est habituellement attentif à la composante scientifique de ses récits, qu’il sait concilier avec un style souvent travaillé, comme en témoigne Timescape (1980, Un paysage du temps), son « best-seller » à ce jour, qui eut tellement de succès aux États-Unis qu’un éditeur en utilisa le titre pour baptiser sa collection de science-fiction.

BRUNNER (JOHN). – Né en 1934, John Brunner a été un des auteurs les plus précoces de la science-fiction anglaise ; il a vendu son premier roman à dix-sept ans, sa première nouvelle à dix-huit. Depuis lors, il s’est consacré à une carrière littéraire, bien qu’il ait à plusieurs reprises exprimé son amertume devant les difficultés que rencontre celui qui a décidé de ne vivre que de sa plume. Après avoir écrit de très nombreux textes qui se rattachent plus ou moins au space opera, il s’est consacré à des récits où ses préoccupations psychologiques et sociales se fondent sur des extrapolations de caractères actuellement discernables dans nos collectivités. Il s’attache en général à montrer au lecteur l’ensemble des forces en jeu dans les sociétés qu’il décrit, et, pour cela, il recourt soit à la multiplication des points de vue narratifs, soit à une édification particulièrement méticuleuse des décors. Il fait rarement la leçon, et ne cherche pas à transmettre un message unique ; la part du pessimisme et de l’optimisme, dans sa vision, peut varier d’un récit au suivant. Ce tournant dans sa carrière est marqué, en 1964-1965, par The Whole Man (L’Homme total) et The Squares of the City (La Ville est un échiquier), pour culminer avec Stand on Zanzibar (1968, Tous à Zanzibar) (son chef-d’œuvre), The Jagged Orbit (1969, L’Orbite déchiquetée) et The Sheep Look up (1972, Le Troupeau aveugle). Depuis, et parce que ses romans majeurs n’ont pas suffi à lui assurer définitivement le minimum vital, John Brunner s’est vu, sauf pour The Shockwave Rider (1975, Sur l’onde de choc), contraint à revenir à une science-fiction plus « grand public ».

BUSBY (F.M.). – Né en 1921, F.M. Busby, après des études scientifiques, exerça son activité professionnelle dans le domaine des télécommunications. Longtemps productif au sein du fandom, il ne s’attaqua au roman qu’à partir de 1970, pour donner, entre autres, deux séries de space opéras, la première composée de Cage of Man (1974, Dans la cage), The Proud Enemy (1975, Le Choc des races) et The End of the Line (1980, La Fin du voyage).

DISCH (THOMAS MICHAEL). – Né en 1940, Thomas M. Disch travailla dans une agence de publicité et dans une banque avant de se lancer dans une carrière littéraire. Ses récits de science-fiction, proches des textes expérimentaux de la new wave anglaise – alors qu’il est lui-même américain –, se caractérisent souvent par leur allure sombre, soit qu’ils décrivent la totale indifférence d’entités qui manipulent les humains, comme The Genocides (1965, Les Génocides), soit qu’ils baignent dans le pessimisme comme Camp Concentration (1968, Camp de concentration). Pénétrant, ironique, cruel, alternant la froideur et l’austérité, Thomas M. Disch, comme le confirment également 334 (1972, 334) ou On Wings of Song (1978, Sur les ailes du chant), paraît avoir hérité quelque chose de la noirceur inspirée qui distinguait C.M. Kornbluth, pour l’unir à une facture qui lui est personnelle.

HARRISON (HARRY). – Né en 1925, Harry Harrison a réalisé une mutation unique en science-fiction ; il est, en effet, le seul illustrateur devenu écrivain – et même rédacteur en chef. Après des études d’art graphique et quelques bandes dessinées, il se consacra à l’activité littéraire, signant des récits policiers, des westerns et des « confessions ». Ses textes flirtent très souvent avec l’humour et l’aventure – cf. les cycles de Deathworld (Le Monde de la mort) et du Stainless Steel Rat (Ratinox) –, mais on lui doit également des récits sombres, tel Make Room ! Make Room ! (1966, Soleil vert), porté à l’écran Ear Richard Fleischer. Avec Brian W. Aldiss, son colla-orateur attitré, il a dirigé SF Horizons, un éphémère mais remarquable magazine de critique littéraire, réuni neuf anthologies annuelles, et publié Hell’s Cartographers (1975), un recueil de textes autobiographiques. On lui doit également Great Balls of Fire (1975, La Queue de la comète), une « histoire » du sexe dans les illustrations de science-fiction.

HARRISON (WILLIAM). – William Harrison a peu œuvré pour la science-fiction, et c’est la littérature générale qui a assuré son renom grâce à des nouvelles et des romans, tel Lessons in Paradise (1971). Cependant, le succès de Rollerball, le film tiré d’un de ses textes et réalisé par Norman Jewison, aura permis la traduction partielle de son recueil, qui porte d’ailleurs le même nom (1975).

HERBERT (FRANK). – Né en 1920, Frank Herbert fut journaliste avant de se consacrer à la science-fiction. S’il attira l’attention avec son premier roman, The Dragon in the sea (1956, Le Monstre sous la mer), c’est bien évidemment avec le cycle de Dune (1965-1984) qu’il s’imposa comme un auteur de premier plan. Plusieurs motifs s’y enchevêtrent : intrigues politiques, rivalités de clans, religion, pouvoirs parapsychiques, et surtout relations entre l’être vivant et son milieu, le tout décrit avec une minutie et une cohérence de décor exceptionnelles. Frank Herbert est un « créateur de mondes », un très brillant écrivain d’idées, fasciné par les intelligences supérieures et différentes, qu’elles soient artificielles ou étrangères, et c’est une autre constante de son œuvre que de vouloir les faire appréhender par le lecteur, que ce soit dans Dune, mais aussi dans ses autres séries, Destination : Void (1966, Destination : vide), The Jésus Incident (1979, L’Incident Jésus) et The Lazarus Effect (1983, L’Effet Lazare), d’une part – les deux derniers textes sont écrits en collaboration avec Bill Ransom –, Whip-ping Star (1970, L’Etoile et le fouet) et The Dosadi Expe-riment (1977, Dosadi), d’autre part. Dernier retour sur Dune, l’adaptation cinématographique, longtemps confiée à Alexandre Jodorowsky, a été menée à bien par David Lynch, le réalisateur de The Eléphant Man.

HOUSTON (JAMES D.). – Auteur dont l’unique incursion dans le domaine de la science-fiction a été particulièrement remarquée, puisqu’on la trouve au sommaire de quatre anthologies différentes aux États-Unis.

MACLEAN (KATHERINE). – Née en 1925, Katherine MacLean publia son premier récit de science-fiction en 1949, et s’est maintenue, depuis cette date, parmi les plus estimables spécialistes du genre. En général, elle reste fidèle à la rigueur scientifique en imaginant ses extrapolations, tout en s’attachant plus particulièrement aux sciences dites douces : psychologie, sociologie, etc. Elle a étendu The Missing Man, la nouvelle qui lui a valu le Nebula en 1971, aux dimensions d’un roman : Missing Man (1975, Le Disparu).

MATHESON (RICHARD BURTON). – Né en 1926, il a gardé de ses études de journalisme le goût des effets chocs et du style à l’emporte-pièce. Il s’imposa dès son premier récit, Born of Man and Woman (1950, Journal d’un monstre), et produisit en quelques années une série de nouvelles à la frontière de la science-fiction, du fantastique et de l’insolite, où l’essentiel n’est pas dans le sujet traité, mais dans le climat de malaise proprement indicible où il plonge le lecteur grâce à des procédés d’écriture très raffinés, utilisant souvent l’ellipse et la narration à la première personne. Il a aussi écrit des romans noirs, dont le plus connu est Someone is Bleeding (1953, Les Seins de glace). En science-fiction, I am Legend (1954, Je suis une légende), The Shrinking Man (1956, L’Homme qui rétrécit) et Bid Time Return (1975, Le Jeune Homme, la Mort et le Temps) ont été adaptés à l’écran ; il s’agit de L’Ultimo Uomo délia Terra de Sidney Salkow (1964) et de The Oméga Man de Boris Sagal (1971, Le Survivant), pour le premier, de The Incredible Shrinking Man de Jack Arnold (1957, L’Homme qui rétrécit), pour le deuxième, et de Somewhere in time de Jeannot Szwarc (1980, Quelque part dans le temps), pour le dernier. Richard Matheson est lui-même devenu scénariste pour la télévision – quelques épisodes de la série The Twilight zone (1959, La Quatrième Dimension), et le fameux Duel de Steven Spielberg (1971) – et le cinéma, signant notamment dans ce dernier domaine des adaptations d’Edgar Poe mises en scène par Roger Corman. En littérature, son succès croissant lui a ouvert la porte des magazines non spécialisés, comme Playboy, et la qualité de sa production est allée diminuant. Il s’est de plus distancié des périodiques de science-fiction, et restera sans doute avant tout comme un auteur des années 50.

PECK (RICHARD E.). – Né en 1936, Richard E. Peck enseigne l’anglais à la Temple University de Philadelphie. Son œuvre est plus particulièrement critique, que ce soit en littérature générale ou en science-fiction. On lui doit également un certain nombre de pièces de théâtre.

ROBERTS (KEITH). – Né en 1935, Keith Roberts étudia les arts graphiques, et travailla dans le domaine de la publicité avant de se mettre à écrire. Il s’est imposé comme un des auteurs les plus originaux de la science-fiction anglaise avec Pavane (1968, Pavane), une uchronie située dans l’Angleterre du XXe siècle, une Angleterre vaincue, vers 1600, par l’invincible Armada… On retrouve l’intelligence lucide et le sens subtil de la poésie de Pavane dans The Chalk Giants (1974, Les Géants de craie) évocation d’un monde post-apocalyptique. En tant qu’illustrateur, Keith Roberts a dessiné les couvertures de plusieurs numéros de Science Fantasy et New Worlds entre 1965 et 1967.

SMITH (EVELYN E.). – Polygraphe adroite spécialisée dans la transposition des thèmes familiers dans un cadre science-fictif, Evelyn Smith, née en 1927, a publié de nombreuses nouvelles dans les années cinquante, avant de ralentir sa production. Son roman le plus ambitieux s’intitule Unpopular Planet (1975, Planète impopulaire).

SPINRAD (NORMAN). – Né en 1940, Norman Spinrad travailla quelque temps comme agent littéraire. Ses textes significatifs sont à rattacher à la nouvelle vague, comme en témoigne Bug Jack Barron (1969, Jack Barron et l’éternité), son quatrième roman, qui lui valut la célébrité. Ce récit choqua certains par des passages jugés pornographiques – d’où le refus de W.H. Smith, la chaîne de librairies anglaise, de distribuer les numéros de New Worlds le contenant –, et en séduisit d’autres par le renouvellement qui y était proposé d’un thème familier : le redresseur de torts combattait les puissances mauvaises. Il témoignait surtout d’une solide connaissance du monde de la télévision, et extrapolait avec intelligence son influence croissante dans la vie quotidienne d’un proche avenir. Norman Spinrad attira à nouveau l’attention avec The Iron Dream (1972, Rêve de fer), dans lequel Adolf Hitler, médiocre écrivain d’origine autrichienne émigré aux États-Unis – il s’agit d’une uchronie ! –, gagne un Hugo… Signalons également Mind Game (1980, Les Miroirs de l’esprit), thriller à la limite de la science-fiction sur le monde des sectes et leurs mécanismes totalitaires.

 

Fin du tome Deuxième série