Que faire ?

La Loppsi est un projet de loi qui vise à nous protéger, à nous permettre de ne pas tomber par accident sur des images pédopornographiques en les ayants « filtrés » de la toile. Utilisateur et professionnel de l’Internet depuis près de 15 ans, je ne suis, comme nous tous, jamais tombé par accident sur des images pédophiles. Pour les besoins de ce livre j’ai volontairement cherché à « tomber par accident » sur des images pédopornographiques et je n’ai pas réussi, et pour cause je ne sais pas (et ne veut pas) « vraiment » trouver.

À dire vrai, on trouve plus facilement des images horribles d’accidentés de la route, du prosélytisme fanatique, de la vente de cigarettes de contrebande, des jeux d’argent en ligne ou des scènes coupés de Jackass. Et pourtant il n’est pas question dans le projet de loi de filtrer Internet des images choquantes, qui peuvent laisser des traces psychologiques, de rotten.com par exemple.

Si le but de la loi Lopsi était de protéger les plus jeunes des horreurs humaines mises sur Internet tel aurait été son propos, et pas seulement cibler la pédopornographie sur le Web. Mais on le sait bien le sujet de la pornographie infantile aiguise et exacerbe l’opinion et, par sa charge émotionnel intense, permet de passer des lois qui ne serviront pas le but officiellement affiché.

En septembre 1999, l’Unesco avait déjà alerté l’opinion et les politiques dans un long article titré simplement « Internet et la pédophilie ».

Selon Ruth Dixon, responsable d’une ligne britannique d’appels d’urgence gérée par l’Internet Watch Foundation, le matériel le plus abject est concentré dans une vingtaine de forums. Mais l’échange de ce type de documents ne constitue qu’un des aspects du problème. L’autre est le danger encouru par des enfants qui, s’étant joints à des chats sur Internet dans l’intention de se faire des amis ou de partager leurs passions, se retrouvent avec un interlocuteur bien plus âgé qu’il ne l’avait dit, cherchant un rapport sexuel.

Le plus inquiétant peut-être est qu’Internet a donné à ce type de pornographie plus de visibilité ou d’accessibilité, et aux pédophiles le sentiment de faire partie d’une communauté d’individus. « L’une des grandes raisons de l’essor de la pornographie pédophile sur Internet est la facilité de diffusion et de téléchargement, estime Rachel O’Connell. L’anonymat et la commodité du Net ont révélé un extraordinaire intérêt sexuel pour les enfants. On peut supposer qu’il existait à la même échelle avant, mais somnolent ou à l’état latent. »

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Mais, pas plus qu’on ne peut reprocher à la Poste de distribuer des cassettes porno, on ne peut pas vraiment accuser ces fournisseurs d’accès.

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La profession a pris plusieurs initiatives en matière d’évaluation et de filtrage, mais rien n’indique qu’elles gêneront la pornographie pédophile. Parry Aftab a récemment testé tous les logiciels de filtrage actuellement sur le marché : aucun ne bloque les sites pédophiles illégaux dont elle avait dressé la liste. Cyberangels propose aujourd’hui sa liste sous licence aux sociétés qui produisent ces logiciels. À ce jour, une seule l’a achetée : Net Nanny. Et le filtrage, même s’il fonctionnait, ne pourrait protéger que les enfants en ligne, sûrement pas ceux dont les images sont échangées.

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 Seule une vague de fond dans l’opinion peut contraindre les États à consacrer davantage de moyens à ce qui reste un problème de protection de l’enfance. Rachel O’Connell met cependant en garde contre tout sensationnalisme : «Jusqu’à présent, on peut prendre le pouls de la pédophilie. Si la pression devient trop forte, ces individus s’enfonceront plus profondément dans la clandestinité, à des niveaux d’Internet où l’on ne parviendra plus à les trouver. Ce n’est qu’une question de temps ».

10 ans plus tard on y est. On ne peut déjà plus vraiment prendre le pouls de la pédophilie, les réseaux cryptés ou parallèles nous en empêchent désormais. Et le filtrage d’Internet, s’il est mis en place, n’aura qu’une seule et unique conséquence : l’augmentation de la pédophilie sur des niveaux de l’internet où on ne pourra plus les trouver. Les enfants continueront à se faire exploiter, torturer, abuser, violer pour le plaisir des pédophiles qui auront enfin la vie tranquille dans leur souterrain numérique, protégés par la Loppsi qui empêchera de les trouver.

La loi Loppsi budgète 2.5 milliards d’euros sur 5 ans. 10% simplement de cette somme suffirait à mettre en place un vaste de plan de formation des parents afin des les aider à protéger efficacement leurs enfants des méfaits d’internet, et à éduquer les enfants dans les écoles à un bon et intelligent usage du web.

Après tout, on ne laisse pas nos adolescents partir seuls sur les routes sans avoir passé un permis les formants à l’usage et aux dangers, il faut en faire de même avec Internet.

 Toutes les analyses objectives disent que filtrer Internet ne sert à rien et que seuls les actions concrètes sur le terrain, une véritable collaboration des polices et systèmes judiciaires du monde, des moyens financiers et humains accrus, la guerre au tourisme sexuel, l’éradication des paradis fiscaux, un traitement médicalisé et un strict suivi judicaire des pédophiles, le démantèlement des producteurs et des distributeurs et — surtout — une formation continue des enfants et de leurs parents serait une lutte réaliste et efficace contre la pédopornographie sur Internet, et ailleurs.

Mathieu Pasquini
Gérant & Fondateur d’InLibroVeritas