CHAPITRE VI
Comme Yan s’y attendait, l’Impérial, l’hôtel de Fiolla, était un des meilleurs du spatioport.
Essayant de ne pas avoir trop l’air d’un plouc, il la suivit dans le hall aux colonnes incrustées de gemmes, au plafond voûté et à la moquette épaisse. Sans parler des plantes rares luxuriantes et des meubles hors de prix…
Fiolla était l’image même de la décontraction et de la nonchalance. Aristocratique, même en combinaison de travail, elle le conduisit jusqu’à l’ascenseur et demanda le septième étage.
Sa suite était luxueuse mais pas clinquante. Solo en déduisit qu’elle n’aimait pas le tape-à-l’œil.
Il comprit qu’il y avait un problème à l’instant où elle ouvrit la porte. Tout était en désordre. Les meubles éventrés ou renversés, des datacartes gisaient partout sur le sol.
Se souvenant soudain qu’il était désarmé, Yan écarta Fiolla de l’entrée.
— Tu as un blaster ? murmura-t-il.
La jeune femme secoua la tête.
— Alors, donne-moi ton truc miniature, c’est mieux que rien…
Elle lui tendit l’arme enrayée.
Yan écouta, mais ne capta aucun bruit. Le type qui avait dévasté l’appartement était probablement parti.
Il examina chaque pièce : tout avait été fouillé, mais les lieux étaient bien vides.
— Où est la chambre de Magg ? demanda Yan après avoir enclenché la sécurité de l’entrée.
— De l’autre côté d’une porte, derrière cette tenture. Nous prenons des chambres communicantes. Un audit, c’est très long !
Yan ouvrit lentement le battant et entra dans la pièce adjacente.
Elle était dans le même état que la suite de Fiolla.
— Tu l’avais envoyé faire les bagages ?
— Oui.
— Eh bien, quelqu’un l’a précédé… Prends tout ce que tu pourras fourrer dans tes poches. Nous partons d’ici !
— Et Magg ? Yan, il faut signaler ce cambriolage aux Espos…
Fiolla s’interrompit et revint dans sa suite. Yan saisit des instructions sur l’écran de programmation destiné aux drones domestiques de l’hôtel.
— Nous n’irons pas voir les Espos, annonça-t-il. Ils sont peut-être complices. Rappelle-toi ce que tu m’as dit.
Fiolla revint, les poches pleines et un fourre-tout sur l’épaule.
— Je n’aime pas ça, mais tu as raison au sujet des Espos. Que fais-tu ?
Yan finit de saisir les instructions et se tourna vers elle.
— Quoi, une femme qui voyage léger ? (Il sourit.)
J’ai demandé à l’hôtel de mettre de côté tes affaires et celles de Magg. Vous reviendrez les chercher plus tard…
J’espère…, ajouta-t-il mentalement.
— Fiolla, tu avais payé d’avance ? (La jeune femme hocha la tête.) Parfait… Allons-y !
Solo jeta un coup d’œil dans le couloir avant de sortir. Mais tout se passa sans problème.
Un taxi-droïd les déposa devant une des portes latérales du spatioport, non loin du Faucon.
Yan put entrer grâce à ses faux papiers de capitaine.
Quand ils arrivèrent près du vaisseau, il tira Fiolla en arrière, à l’abri d’une petite navette orbitale, et lui montra les types qui traînaient dans le secteur.
— Tu les reconnais ?
— Ces hommes à la peau dorée ? On dirait bien les pilotes de descendeurs de cet après-midi… Dommage qu’ils aient survécu… Mais que font-ils ici ?
— Ils veulent sûrement nous inviter à intégrer leur club d’acrobaties aériennes…
— Qu’allons-nous faire ? demanda Fiolla.
Le pilote sortit ses macrobinoculaires et repéra Chewbacca dans le cockpit du Faucon Millenium.
— Bon. Chewie est à bord. Bollux et Spray aussi, j’imagine… Mais comment les rejoindre ?
Filer en canardant les types était hors de question. Ça alerterait les patrouilles, et leurs chances de s’échapper, avec des navires de surveillance à leurs trousses, paraissaient bien minces.
— Des vaisseaux de ligne font la navette entre ici et Ammuud. Nous pourrions partir pendant qu’ils surveillent le Faucon, et retrouver Chewbacca plus tard. Mais comment le lui faire savoir ?
— Voilà ce qu’il nous faut ! annonça soudain Yan.
Il guida Fiolla jusqu’à une grande grue de chargement raccordée à un ravitailleur de carburant. Ses panneaux d’accès étant ouverts, Yan se glissa dedans. Trente secondes plus tard, il ouvrit le sas du cockpit de l’engin.
— Il n’y a personne, annonça-t-il. Viens !
Il braqua ses macrobinoculaires sur le Faucon. Quand Chewbacca regarda dans leur direction, il fit clignoter les phares de la grue.
Hélas, le Wookie ne capta pas le message.
Yan dut s’y reprendre à quatre fois pour attirer son attention. Puis il vit les grandes mains poilues de son copilote se poser sur la console.
Les lumières du Faucon clignotèrent deux fois.
Pendant que son compagnon communiquait à Chewbacca leur changement de plan, Fiolla surveilla leurs ennemis pour s’assurer qu’ils ne s’étaient aperçus de rien. Quatre autres « flâneurs » au moins montaient la garde autour du cargo.
Très conscient de la présence de Fiolla, serrée contre lui dans le cockpit étroit, Yan s’avisa que son parfum avait tendance à le distraire…
Quand il eut fini de tout expliquer à Chewbacca, les lumières du Faucon clignotèrent encore deux fois.
Yan aida Fiolla à descendre de la grue.
Une tech s’approcha d’eux à grands pas.
— Vous fichiez quoi, là-haut ?
Fiolla foudroya la femme du regard.
— Des surveillants de la Sécurité du Port devraient se justifier devant une simple technicienne ? Qui est votre supérieur ?
La tech marmonna des excuses.
Fiolla lui jeta un dernier regard dédaigneux et s’éloigna, Yan sur les talons.
— Et maintenant, demanda-t-elle, on se réserve des places pour Ammuud ?
— Ouais… Je vais te montrer comment quitter une planète sous un faux nom. Chewie restera ici jusqu’à ce qu’on soit partis, puis il décollera. Ces types ne s’attendent sûrement pas à ce qu’il parte sans nous. Tout devrait bien se passer. Nous le retrouverons sur Ammuud.
— Nous avons de la chance, dit Fiolla en étudiant les holos-horaires, dans le terminal des passagers. Un vol direct pour Ammuud part ce soir.
— Non ! Nous prendrons le 714, une navette.
— Mais elle ne sort pas de ce système solaire !
— Du coup, personne ne la surveillera. Nous changerons de destination au premier arrêt, cette possibilité est mentionnée sur l’horaire. En plus, le vol 714 décolle immédiatement, et ça me convient beaucoup mieux. Dépêchons-nous !
Soucieux de ne pas avoir l’air trop pressé en achetant les tickets, ils atteignirent au dernier moment le portail de départ.
La navette étant un navire intra-système, il n’avait pas de couchettes, seulement de confortables fauteuils d’accélération.
Yan s’attacha à son siège et le bascula vers l’arrière, prêt à savourer un sommeil bien gagné.
— Pourquoi m’as-tu dit de payer les billets en espèces ? demanda Fiolla.
Le pilote ouvrit un œil.
— Tu veux te balader en brandissant des bons de caisse ? Autant mettre un panneau autour de ton cou : « Cadre de l’autorité. Prière de me tirer dessus à vue. »
— Tu crois que c’est arrivé à Magg ?
Yan referma les yeux.
— Non. Ils le garderont pour pouvoir marchander. Je voulais simplement souligner que nous ne devons pas laisser une piste trop évidente. Ne fais pas attention à moi. Parfois, je parle trop.
— Ou pas assez… Je n’ai pas encore décidé que penser de toi.
La jeune femme s’installa confortablement pour regarder le navire décoller. Blasé, Yan s’endormit avant qu’ils aient atteint la stratosphère.
Au premier arrêt, Roonadan, la cinquième planète du système, ils découvrirent qu’ils avaient raté la correspondance. La navette avait été retardée par des problèmes d’injection, et les vaisseaux interstellaires n’attendaient pas. Les caps hyperspatiaux des navires de ligne, calculés largement à l’avance, étaient rarement modifiés…
— Peu leur importe que des passagers soient coincés sur un vulgaire caillou, marmonna Yan, furieux.
Lui, il calculait ses sauts à la dernière seconde, souvent avec des poursuivants aux trousses et une soute pleine d’épice de Kessel…
— Arrête de rouspéter. Nous n’y pouvons rien. Et un autre vaisseau va sur Ammuud. Le vol 332.
Yan consulta la liste holographique.
— Tu es dingue ? C’est un vaisseau de classe M, bourré de touristes ! En chemin, il s’arrêtera sur trois autres planètes !
— C’est le moyen le plus rapide de rallier Ammuud, dit Fiolla. Tu préfères retourner sur Bonadan et faire la paix avec les types qui nous pourchassaient ? Ou attendre qu’ils nous retrouvent ici ?
— Hum… Tu n’as pas assez de liquide sur toi pour louer un vaisseau privé ?
Fiolla eut un sourire mauvais.
— Mais bien entendu ! Il pousse sur mon arbre à espèces sonnantes et trébuchantes ! Mais j’attendais d’en avoir assez pour m’acheter toute une flotte… Yan, si tu arrêtais de délirer ?
— D’accord, d’accord… Au pire, on perdra quelques heures…
Sur le chemin du bureau de réservation, ils rencontrèrent des passagers venus de dizaines de mondes. Des Courataines à la chair molle, vêtus de combinaisons qui généraient l’atmosphère indispensable à leur espèce. Des Wodes à huit pattes, gênés par la gravité inhabituelle pour des créatures nées sur un monde où la pesanteur était le double de la norme. Des splendides Jastaals à plumes, leurs ailes à demi ouvertes. Et des humains, dans toute leur diversité…
Un bras se posa sur l’épaule de Yan. Il sursauta et se retourna, la main à l’endroit où son blaster se trouvait d’habitude.
— Du calme, Yan, dit une voix familière. Je vois que les réflexes sont toujours bons !
Préparé à affronter les associés de Zlarb ou une patrouille d’Espos, Yan soupira de soulagement…
Et blêmit quand il reconnut l’homme.
— Roa ! Que fais-tu ici ?
Roa avait pris du poids, mais ça ne changeait pas vraiment le visage ouvert et amical d’un des meilleurs contrebandiers qu’il ait jamais connu.
Roa sourit, l’air toujours aussi paternel et digne de confiance que d’habitude.
— Je suis en transit, comme tout le monde ici, fiston !
Vêtu d’un costume beige classique, Roa tenait de la main gauche la mallette – un véritable bureau ambulant – dont il ne se séparait jamais.
— Tu te souviens de Lwyll, j’en suis sûr.
Une superbe femme avança d’un pas.
— Comment vas-tu ? demanda-t-elle de la voix chaude que Yan se rappelait si bien.
Lwyll avait beaucoup moins changé que son mari. Avec son visage élégant et ses cheveux blonds bouclés, elle n’avait pas l’air d’avoir… combien d’années en plus, au fait ?
Les revoir lui rappela la période agitée où il travaillait pour Roa, après en avoir eu marre d’être un aventurier de l’espace honnête et constamment fauché.
C’était Roa qui l’avait entraîné dans sa première, aventure sur Kessel. Une « mission » qui avait également failli être la dernière.
Sous l’aile de son mentor, Yan avait très vite acquis la réputation de ne reculer devant rien pour se faire du fric.
Mais leurs chemins s’étaient séparés depuis longtemps. Et même si les loups ne se mangeaient pas entre eux, en principe, Yan se méfiait.
Leur rencontre était-elle vraiment due au hasard ? Ou sa tête était-elle déjà mise à prix par les Espos ?
Cela dit, Roa ne semblait pas le genre de type à bosser pour des flics…
Fiolla se raclant la gorge, Yan fit les présentations.
Souriant, Roa désigna le ceinturon sans holster de son ancien élève.
— Alors, fiston, tu t’es retiré aussi ? Eh bien, je ne t’en blâme pas ! J’ai quitté le métier peu après notre séparation. Lwyll et moi, nous avons eu chaud un peu trop souvent. Et les affaires, même honnêtes, ressemblent un peu à mon ancien job ! Avoir été un truand aide toujours… Et toi, tu fais quoi ?
— Je dirige Yan Solo & Associés, Ltd. Une agence de recouvrement…
— Pourquoi pas, au fond ? Et ton vieux copain, le Wookie, ça boume ? Tu revois parfois les autres ? Tregga, ou Vonzel…
— Tregga est aux travaux forcés sur Akrit’tar. Il s’est fait prendre avant d’avoir pu larguer une cargaison de racine de chak. Sonniod a créé une boîte de livraisons et il tire le diable par la queue. Les jumeaux Briil sont morts. Ces idiots ont joué aux petits soldats avec une patrouille de croiseurs, dans l’Hégémonie Tion… Vonzel s’est craché une fois de trop. Ce qui reste de lui végète dans une clinique de réanimation et n’en sortira jamais.
Accablé, Roa secoua la tête.
— J’avais oublié que les chances sont contre nous… Bien peu d’aventuriers s’en sortent, Yan…
Revenant au présent, Roa glissa deux doigts dans sa ceinture bariolée et en sortit une carte de visite.
— Nous sommes la cinquième entreprise d’import-export du secteur, dit-il fièrement. Les meilleurs fiscalistes travaillent pour nous. Passe dans nos bureaux un de ces quatre, on parlera du bon vieux temps…
Yan empocha la carte.
Toujours souriant, Roa se tourna vers sa femme.
— Je vais vérifier que nos bagages ont bien été transférés. Toi, va voir si notre réservation est confirmée. (Un instant, il parut mélancolique.) Nous avons bien fait de nous ranger, pas vrai, Yan ?
— Oui, Roa. Pour sûr !
L’ancien contrebandier flanqua une claque amicale sur l’épaule de Yan, salua Fiolla et partit.
Lwyll attendit que son mari ait disparu, puis elle jeta un regard amusé à Yan.
— Tu ne t’es pas rangé, n’est-ce pas ? Non, je le vois bien. Pas Yan Solo ! Merci de ne pas le lui avoir dit…
Lwyll effleura la joue du pilote et s’en fut.
— Tu as des amis intéressants, souffla Fiolla.
Mais son jugement sur Yan avait changé. En dépit de sa jeunesse, il avait survécu dans un milieu où peu de gens faisaient de vieux os…
En regardant Roa partir, Yan pensa aux fiscalistes et nota mentalement de ne pas perdre la carte de son vieil ami.
— Yan, on se réveille ! lança Fiolla. Je te rappelle que nous sommes censés nous occuper de sauver nos peaux !
Le pilote s’arracha à sa rêverie.
Les choses pourraient être pires…, pensa-t-il pour se consoler.
— Inutile de les regarder comme ça, dit Fiolla.
Elle parlait des tables de jeu situées à côté du salon des passagers du vaisseau de ligne.
Vêtue d’une robe moulante et de chaussures de soirée en soie polychrome, la jeune femme en jetait. Elle avait fourré cette tenue hyperpliable dans une de ses poches, juste au cas où. Ce soir, la porter lui remontait le moral.
Yan ne s’était pas changé, mais il avait boutonné son col.
— Si nous passions en revue ce que nous savons ? proposa Fiolla.
— On ne fait que ça depuis le décollage, grogna Yan.
Ce n’était pas entièrement vrai. En réalité, ils avaient parlé de beaucoup de choses. Fiolla se révélait spirituelle et bien plus fascinante que les autres passagers, n’était son exaspérante tendance à garder la porte de sa chambre fermée pendant la « nuit ».
Mais ils s’étaient quand même fait des sortes de confidences.
Fiolla lui avait aussi expliqué qu’elle conduisait un audit avec Magg, sur Bonadan, quand son terminal était tombé en panne. Elle avait travaillé sur celui de Magg, équipé d’un clavier différent du sien. Grâce à une erreur de frappe providentielle, elle était entrée par hasard dans une zone en principe interdite du réseau informatique de la planète.
Elle y avait trouvé sur la bande d’esclavagistes des enregistrements qui l’avaient décidée à les traquer.
Yan ne parvenait pas à détourner les yeux des tables où on jouait au Point Cinq, au Rebond, au Poker Menteur, au Vecteur et bien entendu au Sabacc. Depuis qu’il était à bord du Dame de Mindor, il essayait de trouver un prétexte pour flamber un peu.
Maintenant qu’il était reposé, l’inaction lui pesait.
Fiolla avait refusé de lui prêter de l’argent. Vexé, il lui avait fait remarquer qu’elle n’aurait pas dû gaspiller des crédits pour prendre des chambres séparées. De cette façon, elle aurait eu de quoi le dépanner…
— Je n’ai pas envie d’être obligé de t’assommer, avait-elle répondu. Et si tu es un as du jeu, pourquoi voler dans un cargo minable, au lieu d’un yacht de luxe ?
Solo avait promptement changé de sujet.
— Nous sommes sur ce maudit vaisseau depuis une éternité ! Pas étonnant que je devienne dingue ! Le Faucon nous aurait amenés sur Ammuud en moins de deux !
« Au moins, nous atterrirons bientôt… Je vais aller faire laver mes vêtements par un valet-droïd, histoire de m’amuser un peu.
Fiolla lui saisit le poignet.
— Inutile de déprimer comme ça. Et ne me laisse pas seule ici ! J’ai peur que le prêtre de Ninn me fasse un nouveau sermon sur les vertus de l’abstinence. Et pas de commentaires, je t’en prie ! Viens, je vais te payer une partie de Combat Stellaire. Ça, nous pouvons nous le permettre.
Il ne restait pas beaucoup de passagers dans le salon. Rien d’étonnant, puisque le Dame de Mindor devait repasser bientôt dans l’espace normal. La plupart des gens faisaient leurs bagages et se préparaient à débarquer. Yan capitula et suivit sa compagne jusqu’à la rangée de machines à sous.
Elle avança en balançant les hanches, imitant la démarche de Yan et son air soupçonneux.
Il s’aperçut immédiatement de son manège.
— Tu veux bien arrêter ça ? Quelqu’un va finir par nous remarquer.
— Dans ce cas, ce fâcheux sera accueilli par un coup de blaster, mon joli. J’ai étudié avec un maître !
Yan éclata de rire, comme elle l’avait prévu.
Le Combat Stellaire, ainsi que son nom l’indiquait, était une simulation de bataille aérienne.
Yan arrêta Fiolla avant qu’elle ait mis une pièce dans la machine.
— Je n’ai jamais aimé ce jeu, dit-il. Il me rappelle trop le boulot !
— Alors, pourquoi ne pas nous offrir une dernière ballade dans le vaisseau ?
Ils gravirent l’escalier en colimaçon et découvrirent que la promenade était déserte.
Derrière la verrière en transpacier, les traînées de lumière de l’hyperespace dessinaient des motifs fascinants.
Yan s’y intéressa à peine.
— Tu penses à Chewie ? demanda Fiolla.
— Il se débrouillera. J’espère seulement qu’il ne se sera pas fait un sang d’encre en ne nous voyant pas arriver…
L’intercom du vaisseau annonça le retour imminent du vaisseau dans l’espace normal. Mais l’avertissement était surtout destiné aux membres de l’équipage.
Quelques instants après, Fiolla désigna le ciel, où les étoiles venaient de réapparaître. Pour le moment, ils ne voyaient ni Ammuud ni son soleil.
— Combien de temps avant…, commença Fiolla.
Les sirènes d’alarme l’empêchèrent de terminer sa phrase. Les lumières s’éteignirent, remplacées par l’éclairage de secours, bien moins fort.
Ils entendirent les cris de passagers effrayés.
— Que se passe-t-il ? demanda Fiolla. Un exercice ?
— Non, dit Yan. Ils ont coupé tous les systèmes non vitaux. Probablement pour diriger toute l’énergie sur les boucliers.
Il prit la main de la jeune femme et la tira vers l’escalier.
— Où allons-nous ?
— Vers les nacelles de sauvetage les plus proches !
Le salon était vide. En déboulant dans le couloir, ils sentirent le vaisseau frémir de la proue à la poupe.
Yan reprit son équilibre avec l’aisance d’un pilote aguerri, puis rattrapa Fiolla avant qu’elle heurte une cloison.
— Nous avons été touchés ! cria-t-il.
Des sas étanches se fermèrent avec un sifflement sinistre. La coque avait été percée !
Un steward passa devant eux, un médipack sous le bras. Yan l’intercepta au vol.
— Lâchez-moi ! rugit l’homme. Tous les passagers doivent rejoindre leurs quartiers !
— Dites-moi d’abord ce qui est en cours ! exigea Yan.
— Des pirates ! Nous avons été attaqués dès notre sortie de l’hyperespace !
Solo en fut tellement soufflé qu’il lâcha le type.
— Retournez dans vos quartiers, imbéciles ! Ils sont montés à bord !