Ce sacré putain de déluge
vu de cette sacrée putain d’arche

Livre I / L’annonce à Noé

1. Quand Yahvé en eut carrément marre du bordel qui régnait sur terre, Il alla trouver Noé et lui commanda de construire une arche.

2. Il faut dire à Sa décharge (de Yahvé) qu’il avait mis pas loin de sept milliards d’années pour assembler la Terre, avec de la poussière d’étoile refroidie, du carbone, de l’hydrogène et plein d’autres matériaux extrêmement coûteux qu’il avait fallu faire venir de loin ; et sept milliards d’années, même pour un type immortel (ou éternel, comme on voudra), c’est une paye.

3. Ensuite Yahvé avait fabriqué des plantes, puis des insectes, puis des poissons, des batraciens, des reptiles, des oiseaux, des mammifères et des Hommes, pour peupler la Terre. C’était un boulot pas vraiment nouveau pour Lui, car Il l’avait déjà fait sur plus de planètes qu’il n’existe de grains de sable sur une plage genre Santa Monica (et bien plus que ça, en réalité), et qu’il avait dans l’idée qu’il devrait encore fabriquer tellement de planètes et d’êtres vivants pour les peupler qu’il en avait à l’avance un vieux petit coup de fatigue dans les bras.

4. Yahvé n’avait rien à redire au comportement des animaux, qui se comportaient comme des bêtes. Il avait à redire au comportement des Hommes qui, parce que Yahvé avait également créé des femmes, se conduisaient comme des cochons, si on peut dire.

5. Pour parler clairement, les hommes et les femmes passaient leur temps à baiser ; et ça ne plaisait pas à Yahvé, peut-être parce que, insubstantiel, Il ne pouvait pas faire pareil. Et, comme Yahvé n’avait pas créé la pilule, non seulement ces salopiots d’Hommes baisaient, mais en plus ils se reproduisaient, ceci étant la conséquence logique de cela, sauf pour les pédés qui, en ces temps barbares, étaient hélas une minorité.

6. Yahvé, dans Son immense sagesse, avait fabriqué les Hommes dans un matériau biologique très résistant ; les Hommes étaient conçus pour vivre douze cents ans ; les femmes aussi ; et, comme ils faisaient des tas d’enfants d’une longévité égale, la Terre menaça vite d’être submergée par leur prolifération. Yahvé comprit que Sa grande sagesse était une grande connerie ; pour punir les Hommes (et les femmes), Il dérégla quelque chose dans leurs cellules ; les Hommes (et les femmes) ne vécurent plus que cent vingt ans.

7. Mais c’était encore trop. Même en vivant cent vingt ans, les Humains continuaient de baiser et de répandre leurs enfants sur la Terre, qui devenait un dépotoir et où il y avait de moins en moins de place pour les animaux. C’est alors que Yahvé, dans Sa grande sagesse (bis), décida de détruire ce qu’il avait créé.

8. Il pensa d’abord au tremblement de terre, au feu, à la bombe atomique ; mais Il se dit ensuite (car Il avait le don d’ubiquité et pouvait par conséquent Se parler les yeux dans les yeux) que ça ferait des dégâts trop chers à réparer, et qu’en outre la bombe atomique n’était pas encore inventée.

9. Dans Sa grande sagesse (ter), Yahvé pensa alors au déluge ; le déluge était dans Son esprit une sorte de pluie persistante qui noierait tout ; mais, après réflexion, les animaux trouvèrent grâce dans Son esprit (encore une question d’économie), et il résolut de confier à Noé la sauvegarde d’un certain nombre d’entre eux. Ce fut donc l’annonce à Noé.

10. Noé était un homme qui, pour des raisons assez mystérieuses que l’Histoire n’a pas retenues, avait toute la confiance de Yahvé. Il était marin et, s’il ne naviguait plus guère, il avait un beau passé. C’était un type dans la force de l’âge, au corps noueux, mais à qui l’abus de femmes et de boisson avait prématurément grisé le poil et raviné les traits.

11. Lorsque Yahvé entreprit de chercher Noé, Il fit naturellement et systématiquement tous les bistrots et toutes les maisons closes de la ville, ces deux sortes de commerce occupant d’ailleurs souvent le même lieu. Tout ubique qu’il fût, et même omniprésent en même temps qu’omnipotent, Yahvé ne trouva Noé que derrière la cent quatre-vingt-troisième porte poussée.

12. Lorsque Yahvé trouva Noé, ce dernier était affalé contre le bar de la taverne dite La Chope à Caïn ; une taverne, soit dit en passant, avec un étage, et des entraîneuses qui montaient ; Noé en était à sa vingtième bière de la journée, auxquelles il fallait ajouter quelques Pernod, un nombre indéterminé de scotches, et plusieurs verres d’alcool de figue offerts par la maison (Noé était un marin aussi célèbre que Popeye, pour sa tenue de route). Pour tout dire, Noé était rond comme une pelle.

13. Pour marcher parmi Ses créatures, Yahvé avait adopté Sa tenue habituelle, une apparence de doux vieillard au menton orné d’une longue barbe blanche.

14. Lorsque Yahvé dit à Noé qu’il était Yahvé, Son créateur, et qu’il avait à lui parler, Noé fit semblant de ne pas entendre, ou alors il est bien possible qu’il n’entendit pas, car Noé était un peu dur de la feuille ; en outre, il ne croyait pas en Yahvé, Qui n’était pour lui que des contes de bonne femme. Et comme Noé était teigneux quand il avait bu (et même quand il n’avait pas bu, ce qui n’arrivait pratiquement jamais), il rabroua Son créateur avec des insultes scatologiques qui n’ont pas à être rapportées ici.

15. Pour attirer l’attention de Noé, Yahvé prit alors plusieurs apparences : un ange rayonnant tenant en Ses mains une épée flamboyante et un rameau d’olivier (mais Noé Lui pulvérisa au visage une gorgée de bière soufflée entre ses lèvres serrées) ; un flic avec le casque, le bouclier, la matraque, le mousqueton (mais Noé lui brisa une chaise sur la tête et, le flic n’eût été Yahvé en personne, sûr qu’il eût pu avoir le crâne fêlé malgré le port du casque) ; un monstre enfin, hideux, pustuleux, répugnant et puant, à qui Noé tourna délibérément le dos pour s’offrir une vingt et unième bière.

16. Yahvé alors, dans Sa grande sagesse, résolut de prendre l’apparence d’une pute ; Il se fit pousser des seins fermes comme des obus de 75, Il gonfla Ses fesses, entoura Ses hanches d’une petite culotte diaphane sous laquelle Il ouvrit à l’endroit ordinaire une jolie petite chatte au poil lustré, et Il se vêtit d’un rouge corsage échancré et d’une jupette noire fendue jusqu’à la taille. Et, ainsi transformé, Yahvé, d’une voix flûtée, proposa à Noé, pour trois dollars-bronze, une spécialité buccale fort en usage à l’époque.

17. Grande était la sagesse de Yahvé : Noé monta aussitôt à sa suite dans une chambre des étages, et Yahvé dut pratiquer sur Noé la spécialité annoncée, qui n’eut pas l’effet escompté tant Noé était empli de bière.

18. Sous Son apparence de pute, Yahvé dit à nouveau à Noé Qui Il était en réalité, et Il prononça ces phrases célèbres : Voici que vient la fin de toute chair. La Terre est remplie d’iniquité à cause des Hommes, et Je vais les détruire avec elle.

19. Mais Noé ne comprit rien à ce langage savant car il n’était pas allé à l’université ; et Yahvé dut répéter à Noé Son message sous une forme plus apte à pénétrer le tympan durci et le cerveau brouillé du marin. Voici quelle fut la teneur du message de Yahvé à Noé :

20. Écoute-moi bien, pauvre pomme. J’ai décidé de rétamer tous les mecs et toutes les nanas, parce que J’en ai plein les pompes de leurs embrouilles. Je fais une exception pour tézigue, ta grognasse et tes gamines. Dans une semaine, il va pleuvoir comme dromadaire qui pisse. Et ça durera quarante jours. Tout va être noyé. Alors tu vas m’alpaguer un couple de toutes les bestioles que tu pourras trouver, et tu les mettras au sec dans une espèce de bateau-zoo que tu vas Me construire dare-dare. On pourra appeler ça une arche, tiens, ça fera bien dans les annales. Tous les animaux doivent être sauvés, enfonce-toi bien ça dans les esgourdes et mets-y un tampon par-dessus. T’as pigé ? Maintenant, au boulot, et magne-toi le train…

21. Ainsi parla Yahvé, du haut de Sa splendeur faite pute pour la circonstance.

22. Quelque peu dégrisé, Noé rota, péta, se gratta les couilles et les poils gris de sa barbe qu’il n’avait pas rasée depuis quatre ou cinq jours. Une arche, une arche… Mais comment que je vais faire ça, moi ? bredouilla-t-il.

23. Démerde-toi ! dit Yahvé. Et Il disparut dans un nuage de parfum à bon marché, du genre de ceux qu’on trouve dans les souks. Ainsi fut faite l’annonce à Noé.

Livre II / La construction de l’arche

1. Après l’annonce, Noé se soûla et resta soûl sans discontinuer pendant deux jours et deux nuits. Il alla aussi aux putes, les vraies, et elles le détroussèrent complètement à défaut qu’il pût les trousser, car il était trop soûl pour ça.

2. Le matin du troisième jour, Noé sortit péniblement de l’ivresse, la bouche pâteuse, l’haleine forte et le cerveau en pulpe. Les paroles de Yahvé flottaient encore en lui, et quelque chose lui disait que ce n’était pas du flan. Il décida d’obéir à cette voix intérieure, et de consulter sa femme et ses trois filles avant d’œuvrer selon les paroles de Yahvé.

3. Noé était marié à Sallalah. Sallalah était une femme de son âge, laide, pesante et autoritaire, que Noé fuyait avec constance dans les bistrots et les maisons, et avec qui il n’avait plus de rapports.

4. Au temps où Noé avait encore des rapports avec Sallalah, celle-ci lui avait donné trois filles : Nam, Ragam et Cunnilinguam. La première était rousse, la seconde blonde, la troisième brune ; mais semblable était leur beauté ; Nam, Ragam et Cunnilinguam ne ressemblaient ni à leur père ni à leur mère. Leur occupation favorite était de danser jusqu’à l’aube dans les boîtes et, ensuite, d’aller se livrer à des activités charnelles diverses avec des hommes et des femmes, dans les cours, les jardins, les caves, les greniers, les soutes des bateaux, les granges et le dessous des portes cochères.

5. Lorsque Noé tenta de dire à Sallalah qu’une pute qui se prétendait Yahvé lui avait annoncé un déluge d’eau qui noierait tout, et que par conséquent il devrait, lui Noé, construire une arche où il embarquerait un couple de tous les animaux de la Terre, y compris ses filles et même elle, sa femme, ladite femme le jeta dehors de chez lui en criant qu’il était encore soûl, ce en quoi elle n’avait pas tout à fait tort.

6. Noé alla alors parler à sa fille aînée, Nam la rousse, qu’il trouva endormie à demi nue dans une piscine heureusement à sec, au milieu d’autres dormeurs dans la même tenue. Nam la rousse, à peine réveillée, l’envoya promener.

7. Noé alla ensuite parler à la puînée, Ragam la blonde, qui dormait complètement nue dans une étable vide de ruminants mais pleine d’Humains qui ronflaient ; à cette occasion, Noé put constater que Ragam la blonde n’était pas une vraie blonde ; réveillée en sursaut, Ragam agonit son père d’injures extrêmement grossières qui n’ont pas à être rapportées ici, et le jeta hors de l’étable.

8. Noé alla finalement parler à sa cadette, Cunnilinguam la brune, qu’il trouva dans la chambrée des gardes de l’Archonte Hérodias-le-Maigre, bien éveillée, très entourée, et subissant un traitement superficiel qui passerait dans les siècles des siècles sous une dénomination tirée de son patronyme. Cunnilinguam, qui avait en outre la bouche pleine, le pria de foutre le camp d’ici, et ce n’était pas un mot en l’air.

9. Désemparé, Noé conclut qu’il devrait n’avoir à compter que sur ses propres forces pour construire l’arche.

10. Compter sur ses propres forces, en sémantique de l’époque, cela voulait dire faire marner ses esclaves, que Noé, comme tout homme libre, possédait en grand nombre.

11. Noé ordonna aux esclaves d’aller partout aux alentours de la ville quérir du bois, avec lequel il pourrait construire, ou faire construire son arche. Il indiqua aux gardiens des esclaves que le mieux était de couper quelques dizaines de cèdres du Liban, le bois des cèdres du Liban étant de grande qualité. Après quoi Noé alla boire dans une taverne.

12. Le soir, les gardiens des esclaves et les esclaves revinrent bredouilles de leur quête, car cette histoire se passait en Chaldée, et non pas au Liban. Noé but de plus belle.

13. Le lendemain, Noé ordonna aux gardiens des esclaves et aux esclaves de ramener toute sorte d’arbres qu’ils pourraient couper aux alentours de la ville. Les esclaves revinrent bredouilles car la ville avait été bâtie entre la mer et le désert, comme toutes les villes de cette partie du monde. Noé continua à boire, ce qui ne changeait rien à ses habitudes.

14. Le jour d’après, de guerre lasse, Noé ordonna aux gardiens des esclaves d’armer ceux-ci de coutelas et de manches de pioche, et de les mener glaner dans la ville même toutes sortes de pièces de bois qu’ils pourraient trouver, acheter, emprunter, ou même voler. Puis il but.

15. Le soir, Noé fut fort satisfait de constater que les esclaves avaient trouvé, acheté, emprunté ou même volé maintes pièces de bois où l’on reconnaissait des bancs de bistrot, des poutres, des carcasses de chars de combat, des morceaux de silos, des portes de chiottes publics et autres bribes de biens privés ou collectifs. Noé but pour fêter ce succès.

16. Le lendemain était le sixième jour après l’annonce de Yahvé ; à travers les brumes de l’ivresse, Noé réussit à calculer qu’il ne lui restait plus que deux jours pour construire l’arche et capturer les couples d’animaux, avant que les écluses célestes s’ouvrent sur le monde. Cette pensée le dessoûla plus sûrement qu’un grand verre de Fernet-Branca. Il ordonna aux gardiens des esclaves de mettre ceux-ci au travail immédiatement, et de les fouetter jusqu’à l’os au moindre signe de fléchissement.

17. Les esclaves se mirent au travail dans la cour qui se trouvait derrière la maison de Noé. Tout ce remue-ménage ne plut pas à Sallalah, sa femme, qui traita Noé de traîne-savates, de pue-de-la-gueule et de fouteur de merde ; stoïque, Noé fit mine de ne pas avoir entendu.

18. Les esclaves travaillèrent toute la journée, sous les ordres de Noé qui, les jours précédents, avait entre deux verres griffonné sur des tables de bistrot les plans de son arche, laquelle devait avoir trois cents coudées de long, cinquante de large et trente de haut, avec un étage tout en bas, un deuxième au-dessus, et un troisième en haut ; ces plans, sommaires et alléatoires, lui avaient peut-être été soufflés par Yahvé qui, en tant qu’être céleste et insubstantiel, ne connaît rien à la navigation.

19. Le travail ne se déroula pas aussi bien que Noé aurait pu l’espérer. Les esclaves étaient de piètres charpentiers et, en outre, ils mettaient de la mauvaise volonté en tout. Ils paressaient dès que les gardiens avaient le dos tourné, ils ne manquaient pas une occasion de forcer les caves ou les réserves de la maison de Noé pour chaparder de la nourriture et du vin, ils attiraient des filles de mauvaise vie passant dans la rue pour les lutiner dans les arceaux de la carène, bref ils se conduisaient comme des esclaves, et cela ne plaisait pas à Noé.

20. Les gardiens des esclaves étaient obligés de frapper sans discontinuer paresseux, voleurs et lutineurs de filles ; certains esclaves moururent sous le fouet, ou à la tâche ; d’autres furent sérieusement amochés ; d’autres enfin parvinrent à prendre la fuite.

21. Lorsque tomba le soir du sixième jour, la moitié des esclaves étaient morts ou gravement estropiés ; et la moitié de la moitié qui restait était partie ; mais l’arche était terminée.

22. L’arche, construite par les esclaves qui avaient saboté le boulot, n’était pas telle que Noé, dans sa grande intelligence et dans les vapeurs de l’alcool, l’avait conçue ; sa coque n’avait pas grande finesse et ses flancs étaient évasés comme d’un cabas avachi sous plusieurs kilos de pommes de terre ; le bitume destiné à l’étanchéité de la coque avait coulé et se répandait en vastes mares sombres jusqu’aux murs de la maison de Noé, et même à l’intérieur, par les portes ; les mâts étaient semblables à des mètres pliants à moitié repliés, et les voiles, cousues avec des drapeaux, des draps et des nappes récupérés, pendaient comme des serpillières ; le gouvernail ressemblait à une énorme cuillère fixée à la proue par des aveugles croyant œuvrer à la fabrication d’un moulin à huile ; et ne parlons pas de l’aménagement intérieur qui, au moins, avait l’avantage de ne pas se voir de l’extérieur.

23. Lorsque Noé demanda à Sallalah, sa femme, ce qu’elle pensait de l’arche, cette dernière lui répondit que c’était de la matière fécale ; une seconde fois, Noé fit mine de ne pas avoir entendu.

24. Un autre souci accablait Noé : il n’avait plus qu’un jour pour capturer un couple de toutes les bêtes sauvages que Yahvé, dans Son immense sagesse, avait répandues de par le monde.

Livre III / La capture des bêtes et la montée des eaux

1. Dès l’aube du septième jour, alors que le ciel se couvrait déjà de nuées sombres et menaçantes, Noé, exceptionnellement sobre, partit en chasse aux animaux avec la poignée d’esclaves valides qui lui restaient et les deux seuls gardiens qui n’avaient pas été tués ou blessés par les esclaves qui s’étaient enfuis.

2. Noé avait fait construire des cages pour les plus sauvages et les plus dangereux des animaux ; il lui avait ensuite fallu trouver des chevaux, des mulets, des bœufs et des dromadaires pour tirer lesdites cages, ce qui en soi était déjà une bonne chose de faite.

3. Noé et les esclaves commencèrent par le plus facile ; ils capturèrent poule et coq, lapin et lapine, cochon et cochonne, pigeon et pigeonne, mouton et brebis, et bien d’autres bêtes domestiques, dans les poulaillers, clapiers, enclos, bauges et étables de la ville et des environs immédiats ; ce qui eut pour conséquence de menus heurts avec certains habitants, et la mise hors course de deux esclaves supplémentaires.

4. La tâche de Noé et de ses aides se compliqua dès lors qu’il fut question de s’attaquer à des animaux non domestiqués. Les zèbres s’enfuyaient si vite qu’on ne distinguait plus leurs rayures pendant la course, les hyènes montraient les dents et ricanaient sinistrement, les oryctéropes et les ornithorynques faisaient la sourde oreille à leur nom prononcé tout de travers, les aigles et autres oiseaux faisaient ce qu’on devine qu’ils firent, les serpents vous glissaient entre les doigts.

5. Au cours de cette expédition qui se poursuivit fort tard dans l’après-midi et qui conduisit Noé et ses aides loin dans les vallées et les collines arides cerclant la ville, un esclave périt sous la griffe du tigre, et un gardien d’esclave sous l’autre griffe du même animal ; un second esclave fut avalé par un couple de crocodiles qui, repus, se laissèrent capturer sans manger personne d’autre ; le deuxième gardien fut piétiné par des éléphants qui ne l’avaient pas vu ; d’autres esclaves encore furent mangés, déchiquetés ou aplatis par différents animaux tels qu’hippopotames, panthères, buffles, pythons, rhinocéros et loups.

6. Le seul animal qui se laissa capturer sans trop de peine fut la tortue, bien que Noé eût quelque mal à pouvoir distinguer le mâle de la femelle afin de former un couple hétérosexuel.

7. L’expédition terminée, et lorsque toutes les cages, moins celles qui s’étaient brisées en cours de route, furent enfin embarquées dans l’arche, il ne restait plus un seul esclave survivant. Mais un esclave n’est qu’un esclave, après tout.

8. Les seuls animaux que Noé n’avait pu parvenir à capturer étaient les dinosaures.

9. Un dinosaure même moyen aurait de toute façon nécessité trois arches de la taille de celle qu’avait construite Noé ; il n’y avait rien à faire pour les dinosaures, et Noé accepta sans trop de regrets l’idée que leur race s’éteindrait.

10. À la fin de l’après-midi, les noires nuées apportées par le souffle de Yahvé avaient fini d’envahir le ciel ; et les premières gouttes tombèrent. Noé s’empressa d’aller à la recherche de Nam, Ragam et Cunnilinguam, ses trois filles, car tel était le désir de Yahvé.

11. Noé parvint de justesse à entraîner ses trois filles, qu’il avait débusquées dans des endroits et des positions qui n’ont pas à être précisées ici, alors que de sombres ruisseaux de boue commençaient à submerger les rues de la ville ; pour soustraire ses filles à leurs occupations, Noé avait dû user de la menace, du bâton, du coup de pied au cul ; mais Nam, Ragam et Cunnilinguam se trouvèrent à l’abri dans l’arche alors que des trombes de pluie s’abattaient sur la ville.

12. Noé expliqua à ses filles le dessein de Yahvé et ce qu’il attendait de lui ; ses filles le regardèrent comme s’il était devenu fou.

13. Gam demanda à son père s’il avait pensé à embarquer un couple de chats ; Noé n’y avait pas pensé ; il courut dans son grenier, et en ramena un couple de chats.

14. Ragam demanda à son père s’il avait pensé à embarquer un couple de chiens ; Noé n’y avait pas pensé ; il courut dans la cour de la maison voisine et, de l’eau jusqu’aux genoux, il en ramena un couple de chiens.

15. Cunnilinguam demanda à son père s’il avait pensé à embarquer un couple de poissons ; Noé s’apprêta à courir chercher un couple de poissons, s’arrêta, réfléchit, puis revint sur ses pas pour dire à sa fille ce qu’il pensait d’elle.

16. Alors les trois filles de Noé demandèrent à leur père ce qu’il attendait pour aller chercher leur mère et son épouse, qui était en fait une seule et même personne : Sallalah. Noé, de l’eau jusqu’aux cuisses, courut dans sa maison où Sallalah son épouse était en train de préparer le repas du soir. Noé demanda humblement à Sallalah de bien vouloir descendre à la cave chercher une bouteille de bon vin, car il avait ce soir un événement important à fêter avec elle.

17. Sallalah, de mauvaise grâce, descendit à la cave chercher la bouteille de vin. Derrière elle, Noé ferma à clé la porte de la cave et revint à l’arche, de l’eau jusqu’à la poitrine.

18. Lorsque Noé fut dans l’arche, les trombes d’eau envoyées par Yahvé sur la Terre avaient tellement fait monter le niveau que l’arche fut soulevée et flotta sur les flots.

19. Les flots furieux poussèrent l’arche dans la nuit loin de la maison de Noé, et celui-ci comprit qu’il ne reverrait plus son épouse, Sallalah. Il communiqua la nouvelle à ses filles, qui le traitèrent d’hypocrite et d’assassin, et l’envoyèrent rouler à fond de cale à grands coups de coude et de genou dans les parties.

20. Dans la nuit, la pluie continua à tomber et l’eau à monter ; et il en fut de même le matin suivant, et l’après-midi suivant, et le soir suivant, et la nuit suivante.

21. Et il en fut de même le lendemain, et le lendemain du lendemain, et ainsi pendant quarante jours et quarante nuits, comme l’avait annoncé Yahvé.

22. Mais, dès le second jour, toutes les villes avaient disparu sous les eaux ; et, dès le troisième jour, les plus hauts sommets habités avaient pareillement disparu sous les eaux ; on peut considérer que les trente-huit jours supplémentaires de déluge furent purement et simplement de l’énergie gaspillée.

23. Mais c’est dès le premier jour du déluge que Noé eut de grands soucis avec les bêtes et avec ses filles.

Livre IV / Les cent quatre-vingt-dix jours dans l’arche

1. Yahvé, dans Sa grande sagesse, et parce que ça ne Lui coûtait rien, fit pleuvoir sur le monde pendant quarante jours et autant de nuits sans accalmie ; ensuite, comme il avait d’autres chats à fouetter et d’autres planètes à construire en ces temps où la crise n’existait pas, Il oublia complètement la Terre, le déluge et Noé.

2. Noé dut tenir la mer qu’était devenu le monde pendant cent cinquante jours durant lesquels il ne plut plus, mais où le niveau des eaux ne baissa pas non plus. Cela dans une arche déglinguée, qui prenait eau de toutes parts, où les animaux entassés dans des conditions précaires ne cessaient de se chamailler, où la famine ne tarda pas à régner (ce qui eut pour conséquence que les animaux cherchèrent rapidement à se dévorer entre eux), et où, en outre, il n’y avait pas de w.-c.

3. Avant d’embarquer, Noé avait eu le temps de faire entasser dans les cales de l’arche un peu de fourrage pour les herbivores, un peu de viande séchée babylonienne pour les carnivores, et cinq cents boîtes de bière plus cent cinquante bouteilles d’un vieux vin de Palmyre pour lui-même.

4. Sur l’arche, Noé put donc mener une existence en tout point semblable à son existence terrestre, et consacrée à la boisson.

5. Mais, boisson ou pas, la présence de tous les animaux à bord de l’arche était une cause constante de troubles extrêmement agaçants, pour lesquels Noé ne cessait de maudire Yahvé à haute voix en regardant le ciel et en Lui enjoignant de se montrer s’il n’était pas un lâche ; mais Yahvé n’apparaissait pas, et Noé se prit à douter à nouveau de Son existence.

6. Le premier jour du déluge, alors que la mer était encore couverte des cadavres pullulants de tous les vils fornicateurs humains qui ne savaient pas nager et n’avaient pas encore été mangés par les requins, le couple d’éléphants, qui avait été installé au troisième étage, passa à travers le plancher, puis à travers celui du deuxième, puis à travers celui du premier, pour finir dans la cale détrempée au milieu d’une horde jacassante de volatiles qui en perdirent leurs plumes.

7. Le deuxième jour du déluge, alors que les requins avaient déjà débarrassé la mer d’une bonne partie des cadavres des vils fornicateurs humains, le couple de buffles entreprit sa migration saisonnière du bâbord au tribord de l’arche, semant sur son passage misère et désolation.

8. Le troisième jour du déluge, alors que la mer était vierge de toute trace des vils fornicateurs humains, le tigre mâle mangea une certaine partie de la gazelle, et la lionne mangea une certaine partie du cheval ; il fallut séparer mangeurs et mangés à coups de madrier, et soigner avec des cataplasmes d’herbes et de la charpie argileuse la partie des bêtes agressées, qui n’avait pas été totalement mangée.

9. Les cent quatre-vingt-sept jours qui suivirent furent pareillement fertiles en événements de même gravité, mais ils ne seront pas évoqués ici, car cette évocation prendrait trop de place.

10. Une des charges les plus déprimantes auxquelles Noé eut à faire face était d’évacuer journellement les déchets corporels des animaux, qui faisaient n’importe où. Pendant la majeure partie du voyage, Noé fut forcé de se transformer en éboueur. Il détestait tout particulièrement le crottin d’éléphant, car il y en avait chaque jour des dizaines de kilos à évacuer, et la merde de panthère, car elle puait de manière atroce.

11. Pour ce qui était des besoins naturels humains, et comme l’arche était démunie de w.-c., Noé et ses trois filles devaient se livrer à des contorsions périlleuses par-dessus le bastingage, contorsions que le gros temps et la mer houleuse rendaient dangereuses à l’extrême, surtout au moment de s’essuyer.

12. Nam, Ragam et Cunnilinguam, les trois filles de Noé, n’aidaient guère leur père dans ses tâches quotidiennes ; l’absence de boîtes de nuit et de compagnons mâles les rendait moroses, et leur humeur virait à l’aigre ; Noé en était fort chagriné, car il aimait tendrement ses filles.

13. Une autre chose chagrinait fort Noé ; c’était d’entendre, à longueur de nuits, les feulements et les braiments enamourés des animaux qui, n’ayant rien d’autre à faire, s’accouplaient frénétiquement ; et beaucoup parmi les animaux, perturbés par les conditions inhabituelles de leur nouvelle existence, pratiquaient l’échangisme.

14. Malgré l’aide de l’alcool, qui noyait une partie de ses sens, l’autre partie des sens de Noé était bien éveillée ; et, de même que ses filles manquaient de compagnons, lui manquait de compagnes ; et les copulations animales qui le maintenaient éveillé par les bruits divers qu’elles produisaient rendaient ce manque fort éprouvant pour ses nerfs.

15. Aussi Noé pratiquait-il ce que Yahvé avait pourtant formellement interdit ; dans le secret de sa couche, Noé répandait sa semence sur la paille et sur ses vêtements, en s’aidant de manœuvres digitales.

16. Mais ces manœuvres ne suffisaient pas à calmer totalement les nerfs de Noé ; et, comme il avait à cœur le bien-être de ses filles, qu’il aimait tendrement, il décida de les entretenir d’un projet qu’il ruminait depuis plusieurs jours dans le secret de sa conscience de père.

17. Noé réunit donc ses filles et leur parla sans détour des choses de la vie ; il leur proposa une solution à leurs tourments communs ; les filles de Noé acceptèrent.

18. La première nuit qui suivit cette acceptation, la fille aînée de Noé, Nam la rousse, partagea la couche de son père et s’en trouva bien ; Noé également.

19. La seconde nuit qui suivit cette acceptation, la fille puînée de Noé, Ragam la blonde (qui n’était pas une véritable blonde), partagea la couche de son père et s’en trouva bien ; Noé également, malgré la fatigue.

20. Et la troisième nuit qui suivit cette acceptation, la fille cadette de Noé, Cunnilinguam la brune, partagea la couche de son père et s’en trouva bien également ; Noé était très fatigué, mais il pratiqua sur Cunnilinguam la méthode que cette dernière avait rendu familière à ses amants ; et cela pour le bien du père comme de la fille. Noé devint même par la suite un adepte forcené de cette méthode.

21. C’est ainsi qu’à partir du seizième jour du déluge, Noé aima tendrement ses filles ; et il en fut de même pour tout le reste du voyage.

22. À partir de la quatrième nuit, Noé aima indifféremment l’une ou l’autre de ses filles, et parfois toutes ensemble ; lorsque Noé était vraiment très fatigué, ses filles se passaient de lui pour s’aimer ; parfois, elles demandaient même le concours de l’une ou de l’autre des bêtes.

23. Les quarante jours du déluge et les cent cinquante jours suivants passèrent ; et c’est alors que Yahvé, qui entre-temps avait créé sept mille trois cent vingt-huit mondes supplémentaires, Se souvint de la Terre, et du déluge, et de Noé.

24. Yahvé pensa que la Terre était redevenue propre et, avec Sa bouche (mais certains théologues optent pour un autre orifice de Son corps insubstantiel), Il fit descendre sur le monde un souffle desséchant qui fit baisser le niveau des eaux.

25. Lorsque les eaux commencèrent à baisser, Noé et ses trois filles se faisaient bronzer en tenue d’Adam sur la plage arrière de l’arche, défendue contre les attaques des animaux féroces qui cherchaient à les manger pour tromper la famine par une double haie de pieux fort pointus. Noé et ses trois filles louèrent le Seigneur, car eux non plus n’avaient plus rien à manger, il ne restait plus sur l’arche la moindre boîte de bière ni la moindre bouteille de vin vaillante et, pis que tout, Noé et ses trois filles commençaient sérieusement à se lasser les uns les autres.

Livre V / le retour sur la terre ferme et ce qu’il advint de Noé

1. Lorsque les eaux commencèrent à baisser, laissant apparaître à la surface des flots des vêtements en charpie, des casseroles rouillées, des pieds de chaises rongées par les vers et autres produits de la défunte humanité, Noé relâcha par le sabord arrière de l’arche un crocodile, afin de savoir si des terres avaient émergé.

2. Le but de la manœuvre, retransmise de seconde ou de troisième main, reste aujourd’hui encore incertain ; quoi qu’il en fût, le crocodile ne revint pas.

3. Noé, par le même sabord (les autres étaient obstrués par des nuées de crustacés opiniâtres), relâcha alors un phoque ; le phoque revint au bout d’un jour, un harpon planté dans l’échine.

4. Noé en conclut que des terres avaient émergé et que, sur ces terres, des hommes vivaient.

5. Cette déduction lui fut confirmée quand, l’arche approchant d’une île qui était peut-être le sommet d’une montagne dégagée par l’eau qui se retirait, il s’aperçut que ses abords étaient ceinturés de palissades et de fortins ; sur le chemin de ronde de ces fortifications, des soldats en armes s’agitaient, qui lancèrent en direction de l’arche des flèches, des javelots, des pierres taillées et des brandons enflammés.

6. Noé fut mortifié par cet accueil peu amène. Il fut mortifié plus encore quand, le lendemain, alors que l’arche s’approchait d’une autre île dans l’intention d’y aborder, il reçut un accueil similaire, avec une volée de gros carreaux d’arbalètes en prime.

7. Et la mortification de Noé atteignit son comble quand, le troisième jour, alors que l’arche s’approchait d’une troisième terre émergée, il fut gratifié, en plus de projectiles divers, d’injures variées du genre métèque, sale Juif, bougnoule, et autres noms d’oiseaux qui feraient fortune par la suite dans les siècles des siècles.

8. Noé en vint alors à la conclusion que Yahvé n’avait eu qu’à moitié confiance en lui, ou alors seulement confiance au centième ; en réalité, Yahvé, dans Sa grande sagesse, avait frété plusieurs dizaines d’arches, peut-être plusieurs centaines, pour être bien sûr que des Hommes et des animaux survivraient.

9. Et la malchance avait voulu que les arches concurrentes eussent abordé les terres émergées avant celle de Noé ; en outre, la nature humaine, toujours mauvaise, faisait que les premiers arrivés défendissent l’accès de leurs territoires à ceux qui venaient après.

10. Noé en éprouva un fort ressentiment à l’égard de Yahvé, qui s’était ainsi joué de lui ; pour se venger, il leva son instrument et pissa face au ciel.

11. Mais son urine lui retomba sur la tête ; ainsi sont punis ceux qui blasphèment le nom du Seigneur.

12. Noé continua donc son voyage, afin de trouver une terre vierge sur laquelle il pût aborder ; ce voyage, qui dura vingt-sept jours pleins, se déroula dans un silence de mauvais aloi ; en effet, Noé et ses trois filles se tiraient la gueule, et les animaux étaient si affaiblis par les privations et les bagarres continuelles qu’ils ne pouvaient faire un mouvement ni exhaler un son.

13. Le vingt-huitième jour enfin, alors que les eaux avaient fini de se retirer pour former les continents et les îles tels que nous les connaissons aujourd’hui, l’arche de Noé put enfin s’échouer sur le rivage d’un îlot désertique situé loin de toute terre habitée.

14. À peine eut-elle touché le sol rugueux de la plage que l’arche, vermoulue jusqu’au plus haut de ses mâts et pourrie jusqu’à la plus étroite de ses planches, se pulvérisa comme si elle avait été atteinte de plein fouet par un missile Exocet.

15. Les animaux, éclopés, éborgnés, efflanqués, atteints de pelade, de pellagre et de béribéri, se traînèrent hors des débris de l’arche et se dispersèrent dans l’île, laquelle n’était qu’un socle rocheux à peu près complètement dépourvu de végétation.

16. Le lendemain du jour de l’abordage, Noé et ses trois filles se sustentèrent avec les œufs que la poule avait pondus.

17. Le second jour de l’abordage, Noé et ses filles se sustentèrent en faisant cuire les poussins nouveau-nés sur un feu approvisionné par les débris de l’arche.

18. Le troisième jour, ils mangèrent la poule, et le coq pour faire bonne mesure.

19. Le quatrième jour, ils purent capturer les jeunes lapins nouveau-nés, et les firent cuire sur le feu que les débris de l’arche alimentaient sans discontinuer.

20. Le jour suivant, ils capturèrent le père et la mère lapin, les firent cuire et les mangèrent.

21. Ensuite ils capturèrent, firent cuire et mangèrent le mouton et la brebis, le cheval et la jument, le cochon et la cochonne, le buffle et la bufflonne, la tortue et sa femelle, et maints autres animaux qu’ils purent attraper.

22. Lorsque le feu s’éteignit définitivement après épuisement des ultimes débris de l’arche, Noé et ses trois filles durent se résoudre à manger crus les animaux qu’ils capturaient.

23. Les derniers animaux à être capturés par Noé et ses filles furent l’éléphant, et sa femelle l’éléphante ; la chair de l’éléphant et de l’éléphante permit à Noé et à ses filles de tenir deux cent quatre-vingt-onze jours supplémentaires ; à la suite de quoi ils n’eurent plus rien à manger, et eurent faim.

24. Le quatrième jour de famine, Noé résolut le problème en assommant pendant qu’elle dormait sa fille aînée. Ram, tendrement aimée, qu’il partagea paternellement avec Ragam et Cunnilinguam.

25. Lorsque Ram fut terminée, Noé, avec l’aide de Cunnilinguam, noya sa puînée, Ragam, tendrement aimée également, en lui maintenant la tête sous l’eau alors qu’elle faisait ses ablutions ; et il la partagea avec Cunnilinguam.

26. Noé et sa fille cadette Cunnilinguam, qui s’aimaient tendrement, ne se quittèrent plus des yeux pendant les sept jours qui suivirent. Mais, l’épuisement ayant eu raison en premier lieu de Cunnilinguam, Noé put se sustenter pendant quatorze jours supplémentaires.

27. Noé crut alors qu’il allait mourir de faim et, faisant taire à la foi son agnostisme et son ressentiment, appela à l’aide Yahvé.

28. Yahvé, que l’on n’appelle jamais en vain, apparut au-dessus de l’îlot dans un de ces brillants engins lenticulaires qu’il utilise parfois pour Ses déplacements et que l’on appelle « soucoupe volante » ; Il pria Noé de bien vouloir monter à bord, et la soucoupe volante se perdit dans l’infinité du ciel, puis dans l’infinité de l’univers.

29. Nul doute que Yahvé n’ait emmené Noé dans Son grand labo, là où, organisant la matière de l’univers, Il fait Sien ce dogme : Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme.

30. C’est ainsi que, si l’on a mis au jour de par le monde d’innombrables reliques des rescapés du déluge, on ne retrouva jamais aucune trace de Noé et de son arche.