partie de

la rÇponse - Ö la question, dit gravement Daneel. Et je n'ai pas entendu de Æ s Ø Ö la fin.

Un Terrien ÉgÇ, qui n'avait rien dit jusqu'alors, proposa ti midement

- J'ai l'impression qu'un mile est une ancienne mesure de longueur, robot.

- De quelle longueur, monsieur? demanda Daneel.

- Je ne sais pas. Plus d'un kilomätre, je crois.

- Ne l'utilise-t-on plus?

- Pas depuis l'Çpoque prÇ-hyperspatiale.

- Peut-àtre essayait-il de rÇpondre, dit Andrev. De 229

nous indiquer que sa base se trouvait Ö une certaine distance d'ici. A tant de miles...

Dans ce cas, observa D,G., pourquoi avoir utilisÇ une vieille mesure?- Les Aurorains ne parlent qu'en kilomätres, tout comme les robots aurorains.

En fait, le robot se dÇsactivait rapidement et il n'a peut-àtre qu'articulÇ des sons incohÇrents. Il est inutile de chercher un sens Ö ce qui n'en a pas... Et maintenant, je voudrais m'assurer que Mme Gladia va se reposer ou du moins qu'on la fasse sortir de cette piäce avant que le reste du plafond s'Çcroule.

Ils sortirent rapidement et Daneel, s'attardant un instant, souffla Ö Giskard

De nouveau nous Çchouons!

CHAPITRE

Jamais la Ville ne devenait totalement silencieuse, mais Ö certaines heures les lumiäres baissaient, le bruit des Voies Express sans cesse en mouvement s'estompait et seul demeurait, plus faible, le fracas des machines. Dans plusieurs millions d'appartements, les Terriens dormaient.

Gladia alla se coucher dans l'appartement qu'on lui avait attribuÇ, gànÇe par l'absence de commoditÇs qui, craignait-elle, allait la contraindre Ö parcourir les couloirs dans la nuit.

Faisait-il nuit en surface, se demanda-t-elle avant de s'endormir ou ne s'agissait-il que d'une Æ pÇriode de sommeil Ø arbitrairement fixÇe pour cette

caverne d'acier particuliäre, conformÇment Ö une habitude vieille de centaines de millions d'annÇes et prise par les humains et leurs ancàtres qui avaient vÇcu Ö la surface?

Et elle s'endormit.

Daneel et Giskard ne dormaient pas. Daneel, qui avait dÇcouvert un terminal d'ordinateur dans l'appartement, 230

passa une demi-heure plongÇ dans la

recherche des clÇs, au petit bonheur. Impossible de trouver la moindre instruction ( mais qui pouvait en avoir besoin alors que tous les gamins apprenaient a s'en servir däs l'Çcole primaire? ). Heureusement, les fonctions, sans àtre exactement les màmes que sur Aurora, n'en diffÇraient pas totalement. Il finit par obtenir la liste des ouvrages de la bibliothäque de la Ville et demanda l'encyclopÇdie. Des heures passärent.

Ami Daneel, appela Giskard Ö l'heure de moindre intensitÇ du sommeil humain.

- Oui, ami Giskard.

- Je dois te demander d'expliquer ce que tu as fait, sur le balcon.

- Ami Giskard, tu regardais la foule, J'ai suivi ton regard, j'ai vu une arme braquÇe dans ta direction et j'ai aussitìt rÇagi.

- Bien sñr, et je crois comprendre pourquoi c'est moi que tu as protÇgÇ. Partons du fait que l'assassin Çtait un robot. Ainsi, et quelle que soit sa programmation, il ne pouvait braquer une arme sur un

humain avec l'intention de le toucher. Il n'Çtait guäre plus vraisemblable qu'il braque son arme sur toi car tu ressembles assez Ö un àtre humain pour que joue la Premiäre Loi. Màme si l'on avait avisÇ le robot qu'un autre robot humaniforme se trouverait sur le balcon, il ne pouvait àtre certain qu'il s'agissait de toi. Donc, si le

robot avait bien l'intention

d'abattre quelqu'un qui se trouvait sur le balcon, ce ne pouvait àtre que moi - qui Çtais manifestement un robot - et tu as rÇagi pour me protÇger.

Ø Ou partons du fait que l'assassin Çtait aurorain

- humain ou robot, peu importe. Il est probable que c'est le Dr Amadiro qui a ordonnÇ cet attentat, du fait de ses positions extrÇmistes antiterriennes et du fait aussi, croyons-nous, qu'il complote la destruction 231

de la Terre. On peut raisonnablement

penser qu'il a appris mes capacitÇs particuliäres par Mme Vasilia et qu'il aura accordÇ toute prioritÇ Ö

ma destruction puisqu'il me craignait tout naturellement plus qu'aucun autre

adversaire, humain ou

robot. Si l'on pousse ce raisonnement jusqu'au bout, il est logique que tu aies agi ainsi que tu l'as fait pour me protÇger... En fait, si tu ne m'avais pas renversÇ, je crois bien que j'aurais ÇtÇ dÇtruit.

Ø Mais, ami Daneel, tu ne pouvais savoir que l'assassin Çtait un robot ou qu'il s'agissait d'un Aurorain. J'avais moi-màme Ö peine perçu la

curieuse anomalie d'un cerveau robotique au milieu de tout ce flou d'Çmotions humaines quand tu m'as renversÇ... et ce n'est qu'apräs que j'ai eu l'occasion de t'informer. Sans moi, tu ne pouvais que te rendre compte qu'une arme Çtait braquÇe sur nous par quelqu'un que tu devais logiquement prendre pour un àtre humain et un Terrien. Dans ce cas, la cible logique Çtait Mme Gladia, comme d'ailleurs chacun l'a pensÇ. Pourquoi donc ne t'es-tu pas prÇoccupÇ

de Mme Gladia et m'as-tu protÇgÇ?

Ami Giskard, suis mon raisonnement. Le secrÇtaire-gÇnÇral avait dit qu'un module aurorain

biplace s'Çtait posÇ sur la Terre. J'ai aussitìt pensÇ

que le Dr Amadiro et le Dr Mandamus Çtaient

arrivÇs. Et il ne pouvait y avoir Ö cela qu'une seule raison. Leur projet, quelle qu'en soit la nature, est mñr - ou presque. Maintenant que te voilÖ sur la Terre, ami Giskard, ils s'y sont prÇcipitÇs pour le mettre aussitìt Ö exÇcution avant que tu puisses l'arràter grÉce Ö tes pouvoirs. Pour plus de sñretÇ, ils devaient te dÇtruire, si possible. Ainsi, lorsque j'ai vu l'arme braquÇe, j'ai aussitìt plongÇ pour t'Çcarter de la trajectoire.

- La Premiäre Loi aurait dñ te pousser Ö t'occuper 232

d'abord de Mme Gladia. Aucun raisonnement

ne peut changer cela.

- Non, ami Giskard. Tu es plus important que Mme Gladia. En fait, tu es actuellement plus important que tout àtre humain. Tu

es le seul Ö pouvoir

Çventuellement empàcher la destruction de la

Terre. Etant donnÇ que je suis conscient des services potentiels que tu peux

rendre Ö l'humanitÇ, la

Loi ZÇro exige, lorsque je me trouve confrontÇ Ö un choix, que je te protäge en prioritÇ.

- Et tu n'es pas gànÇ d'avoir contrevenu Ö la Premiäre Loi?

- Non, puisque j'ai agi conformÇment Ö la Loi ZÇro, prioritaire.

- Mais on ne l'a pas imprimÇe en toi.

- Je l'ai acceptÇe comme corollaire de la Premiäre Loi. Comment, en effet, mieux protÇger un

humain qu'en s'assurant que la sociÇtÇ humaine dans son ensemble est protÇgÇe et continue Ö fonctionner?

Giskard dit, apräs un instant de rÇflexion

- Je vois bien ce que tu veux dire, mais si - en intervenant pour me sauver, et donc en intervenant pour sauver l'humanitÇ - il Çtait apparu que ce n'Çtait pas moi qu'on visait et que Mme Gladia ait ÇtÇ tuÇe? quels auraient ÇtÇ tes sentiments, dans ce cas, ami Daneel?

- Je ne sais pas, ami Giskard. Mais si j'avais bondi pour sauver Mme Gladia et s'il s'Çtait rÇvÇlÇ qu'en la protÇgeant j'avais permis ta destruction et donc, selon moi, compromis l'avenir de l'humanitÇ, comment aurais-je pu survivre Ö un

tel choc?

Les deux robots se regardärent, chacun perdu un instant dans ses pensÇes. Giskard dit enfin :

- Tu as peut-àtre raison, ami Daneel, mais ne conviens-tu pas qu'il est difficile de juger dans de tels cas?

233

- J'en conviens, ami Giskard.

- Il est dÇjÖ assez difficile, lorsqu'il faut rapidement choisir entre deux

individus, de dÇcider lequel

peut subir - ou infliger - le plus grand mal. quant Ö

choisir entre un individu et l'humanitÇ, lorsqu'on ne sait pas avec certitude de quel aspect de l'humanitÇ

il s'agit, c'est si difficile que l'on en vient Ö douter de la validitÇ des Lois de la Robotique. Däs qu'intervient l'abstraction de l'humanitÇ, les Lois de la

Robotique se confondent avec les lois de l'humanitÇ... qui peut-àtre n'existent

màme pas.

- Je ne comprends pas ce que tu veux dire, ami Giskard.

- Cela ne me surprend pas. Moi-màme, je ne suis pas certain de comprendre. Mais rÇflÇchis... Lorsque nous pensons Ö l'humanitÇ que nous devons sauver, nous pensons aux Terriens et aux Coloniens. Ils sont plus nombreux que les Spatiens, plus vigoureux, plus rapides dans leur Çvolution. Ils font montre de davantage d'initiative parce qu'ils sont moins dÇpendants des robots. Ils possädent un plus grand potentiel d'Çvolution biologique et sociale car leur vie est bräve, encore qu'assez longue pour qu'ils puissent rÇaliser de grandes choses individuellement.

- Oui, dit Daneel, tu rÇsumes parfaitement cela.

- Et cependant, Terriens et Coloniens semblent manifester une confiance mystique et presque irrationnelle dans le caractäre

sacrÇ et inviolable de la

Terre. Cette mystique ne pourrait-elle se rÇvÇler aussi fatale Ö leur dÇveloppement que la mystique des robots et d'une longue vie qui entrave les Spatiens?

- Je n'y ai pas pensÇ, dit Daneel. Je ne sais pas.

- Si tu avais autant conscience des esprits que moi, tu n'aurais pu t'empàcher d'y penser!... Comment choisit-on? Pense Ö

l'humanitÇ comme Çtant

234

divisÇe en deux espäces : les Spatiens, avec une mystique apparemment fatale, d'une part, et les Terriens plus les Coloniens, d'autre part, avec une autre mystique Çventuellement fatale. Peut-àtre existera-t-il d'autres espäces, dans l'avenir, aux caractÇristiques moins sÇduisantes encore.

Ø Il ne suffit donc pas de choisir, ami Daneel. il nous faut pouvoir façonner. Nous devons façonner une espäce convenable et la protÇger ensuite plutìt que de nous trouver contraints de choisir entre deux - ou davantage - d'indÇsirables. Mais comment parvenir au dÇsirable sans

l'aide de la psychohistoire, cette science dont je ràve sans pouvoir l'apprÇhender?

- Je ne me suis pas rendu compte, ami Giskard, de la difficultÇ qu'on peut avoir Ö ressentir et influencer les esprits. Est-il possible que tu apprennes trop pour que les Trois Lois de la Robotique

puissent parfaitement fonctionner en toi?

- L'ÇventualitÇ a toujours ÇtÇ prÇsente, ami Daneel, mais elle n'est devenue rÇalitÇ qu'Ö la lumiäre des rÇcents ÇvÇnements. Je connais le circuit qui produit en moi cette

sensibilisation aux

esprits et cette facultÇ de les influencer. VoilÖ des dÇcennies que je m'Çtudie soigneusement afin de pouvoir comprendre cette facultÇ et te la transmettre, pour que tu puisses te

programmer et devenir

comme moi... mais j'ai rÇsistÇ Ö ce pressant dÇsir. Ce ne serait pas gentil pour toi. Cela suffit, avec moi pour porter le fardeau.

- Cependant, ami Giskard, si un jour, Ö ton avis, le bien de l'humanitÇ l'exigeait, j'accepterais le fardeau. En fait, selon la

Loi ZÇro, j'y serais obligÇ.

- Mais cette discussion est sans objet. Il apparaåt que la crise est proche... et comme nous n'avons pu en dÇterminer la nature...

- Tu te trompes, en cela tout au moins, ami

235

Giskard. Je connais maintenant la nature de la crise.

CHAPITRE

On ne pouvait attendre de Giskard qu'il manifeste de la surprise. Bien Çvidemment, son visage ne pouvait exprimer quoi que ce soit. Sa voix Çtait modulable, pour qu'elle paraisse humaine sans àtre monotone ou dÇsagrÇable. Mais jamais l'Çmotion n'altÇrait sa voix de maniäre perceptible.

Ainsi, lorsqu'il demanda : Æ Es-tu sÇrieux? Ø son timbre demeura le màme que s'il avait exprimÇ des doutes Ö propos de ce qu'aurait pu dire Daneel quant au temps du lendemain. Cependant, Ö sa

façon de tourner la tàte vers Daneel, Ö sa façon de lever la main, on ne pouvait douter de sa surprise.

- Je la connais, ami Giskard, rÇpÇta Daneel.

- Comment y es-tu parvenu?

- En partie grÉce Ö ce que m'a dit Mme la

sous-secrÇtaire quintana lors du dåner.

- Mais n'as-tu pas dit que tu n'avais obtenu d'elle rien d'utile? que tu pensais ne pas lui avoir posÇ les bonnes questions?

C'est ce qu'il m'a semblÇ aussitìt apräs. Mais, en y rÇflÇchissant, j'ai pu en arriver Ö des dÇductions utiles. J'ai passÇ

ces

derniäres heures Ö fouiller dans l'encyclopÇdie de la Terre avec le terminal

d'ordinateur...

- Et tu as eu confirmation de tes dÇductions?

- Pas exactement, mais je n'ai rien trouvÇ qui les rÇfute, et c'est peut-àtre lÖ ce qu'on peut trouver de mieux, outre une confirmation.

- Mais, une preuve nÇgative suffit-elle pour en arriver Ö une certitude?

- Non. Et je n'ai donc pas de certitude. Laisse-moi 236

cependant t'exposer mon raisonnement, et si tu le trouves fautif, dis-le-moi.

- Je t'en prie, ami Daneel.

- On a dÇveloppÇ l'Çnergie par la fusion sur la Terre bien avant l'Çpoque des voyages hyperspatiaux et, par consÇquent, Ö

une

Çpoque oî l'on ne trouvait des humains que sur la planäte Terre. C'est bien connu. Il a fallu bien longtemps pour maåtriser pratiquement la fusion contrìlÇe, apräs qu'on l'eut conçue et qu'on eut Çtabli des bases scientifiques solides. La principale difficultÇ pour passer de la thÇorie Ö la pratique, Çtait la nÇcessitÇ de porter Ö

une tempÇrature suffisamment ÇlevÇe un gaz suffisamment dense pendant assez longtemps pour provoquer la fusion.

Ø Cependant, plusieurs dÇcennies avant qu'on en arrive Ö la fusion contrìlÇe, des bombes Ö fusion existaient dÇjÖ - des bombes Ö fusion non contrìlÇe. Mais, contrìlÇe ou pas, la

fusion ne pouvait se produire sans une tempÇrature de plusieurs millions de degrÇs. Si les humains ne pouvaient produire la tempÇrature nÇcessaire Ö

une

Çnergie par fusion contrìlÇe, comment parvenaient-ils Ö provoquer une explosion de fusion

incontrìlÇe?

Ø Mme quintana m'a dit qu'avant qu'on en arrive Ö la fusion sur la Terre, existait une autre variÇtÇ de rÇaction nuclÇaire... la fission nuclÇaire. On tirait l'Çnergie de la rupture - ou de la fission - de gros noyaux comme ceux de l'uranium ou du thorium.

J'ai pensÇ que c'Çtait lÖ un des moyens d'obtenir une tempÇrature ÇlevÇe.

Ø L'encyclopÇdie que j'ai consultÇe cette nuit donne träs peu de renseignements sur les bombes nuclÇaires, quelles qu'elles soient. Et, en fait, pas de dÇtails rÇels. C'est un sujet tabou, je crois, et il doit en àtre de màme sur tous les mondes car je n'ai jamais rien lu lÖ-dessus sur Aurora et je n'ai màme 237

jamais entendu personne en parler. C'est une partie de l'histoire dont les humains ont honte, ou peur, ou les deux, et je crois que c'est lÇgitime. Cependant, dans ce que j'ai pu lire sur les bombes Ö fusion, je n'ai rien vu concernant leur mise Ö feu qui

aurait ÇcartÇ l'utilisation d'une bombe Ö fission comme dÇtonateur. Je pense donc, en me fondant en partie sur une preuve nÇgative, que la bombe Ö

fission constituait le mÇcanisme de mise Ö feu.

Ø Mais, dans ce cas, comment mettait-on Ö feu la bombe Ö fission? Les bombes Ö fission existaient avant les bombes Ö fusion, et si les bombes Ö fusion exigeaient pour leur mise Ö feu une tempÇrature extràmement ÇlevÇe, comme pour les bombes Ö

fusion, il n'existait rien avant les bombes Ö fission qui puisse provoquer une tempÇrature suffisante.

D'oî je conclus - màme si l'encyclopÇdie n'en dit rien - que la mise Ö feu des bombes Ö fission pouvait àtre rÇalisÇe Ö des tempÇratures relativement basses, peut-àtre màme Ö

tempÇrature normale. On a dñ rencontrer des difficultÇs car il a fallu plusieurs annÇes d'efforts incessants apräs la dÇcouverte de la fission pour

qu'on puisse fabriquer la bombe. Mais quelles que soient ces difficultÇs, il ne

s'agissait pas de tempÇratures extràmement ÇlevÇes... qu'en penses-tu, ami Giskard?

Giskard n'avait pas quittÇ Daneel des yeux pendant toute l'explication et il

rÇpondit :

Je pense que ton raisonnement comporte pas

mal de points faibles, ami Daneel, et il ne peut donc àtre tout Ö fait convaincant... mais màme s'il Çtait parfaitement solide, cela n'a certainement rien Ö

voir avec la crise qui menace et dont nous nous efforçons de comprendre la nature.

- Un peu de patience, ami Giskard. Je poursuis en fait, le processus de fusion comme le processus de fission constituent chacun l'une des quatre interactions 238

qui contrìlent tous les ÇvÇnements de l'Univers. En consÇquence, ce màme intensificateur

nuclÇaire qui provoque l'explosion d'un rÇacteur Ö

fusion provoque aussi celle d'un rÇacteur Ö fission.

Ø Il existe cependant une diffÇrence. La fusion ne se produit qu'Ö des tempÇratures extràmement ÇlevÇes. L'intensificateur provoque l'explosion de la

partie du combustible Ö tempÇrature ÇlevÇe qui subit activement la fusion ainsi que de la partie du combustible environnant portÇ Ö fusion par l'explosion initiale - avant que la

matiäre soit projetÇe Ö

l'extÇrieur par l'explosion et que la chaleur se dissipe jusqu'au point oî d'autres quantitÇs du combustible prÇsent ne sont plus mises Ö feu. Une partie du combustible de fusion a explosÇ, en d'autres termes, mais une grande partie - la plus importante, peut-àtre - n'a pas explosÇ. Màme ainsi, l'explosion est assez forte, bien sñr, pour dÇtruire le rÇacteur Ö fusion et tout ce qui se trouve dans son voisinage immÇdiat, comme un vaisseau contenant le rÇacteur.

Ø D'autre part, un rÇacteur Ö fission peut fonctionner Ö basses tempÇratures,

peut-àtre guäre plus ÇlevÇes que la tempÇrature d'Çbullition de l'eau, peut-àtre màme Ö la tempÇrature ambiante. Dans ce cas, l'intensificateur nuclÇaire aura pour effet de provoquer la combustion de tout le carburant. En fait, màme si le rÇacteur Ö fission n'est pas en fonctionnement actif, l'intensificateur va provoquer son explosion. Bien que, toutes choses Çgales, je croie que le rÇacteur Ö fission provoquera une plus forte explosion que dans le cas d'un rÇacteur Ö

fusion, car une plus grande masse de carburant explosera.

Giskard hocha lentement la tàte et dit

239

- Peut-àtre bien, ami Daneel, mais existe-t-il des centrales Ö fission sur la Terre?

- Non, il n'y en a pas... pas une seule. C'est ce que semble indiquer la sous-secrÇtaire quintana et que semble confirmer l'encyclopÇdie. En fait, s'il existe sur la Terre des appareils mus par de petits rÇacteurs Ö fusion, il n'existe

rien - absolument rien qui soit mñ par des rÇacteurs Ö fission, Petits ou gros.

- Dans ce cas, ami Daneel, il n'existe rien sur quoi puisse agir un intensificateur nuclÇaire. Tout ton raisonnement, bien qu'impeccable, ne dÇbouche sur rien.

- Pas exactement, dit Daneel avec conviction. Il reste Ö considÇrer un troisiäme type de rÇaction nuclÇaire.

- qu'est-ce que cela peut bien àtre? Je n'en vois pas de troisiäme.

- Ce n'est pas facile Ö imaginer, ami Giskard, car sur les mondes spatiens et coloniens n'existe que träs peu d'uranium et de thorium dans la croñte planÇtaire et donc träs peu de radioactivitÇ Çvidente. En consÇquence, le sujet

est de peu d'intÇràt

et, mis Ö part quelques thÇoriciens de la physique, il est totalement ignorÇ. Sur la Terre, en revanche, et ainsi que me l'a fait observer Mme quintana, l'uranium et le thorium sont relativement courants et la

radioactivitÇ naturelle, avec son dÇgagement extràmement faible de chaleur et

de radiations ÇnergÇtiques, doit donc constituer une part non nÇgligeable de l'environnement.

- Comment cela, ami Daneel?

- La radioactivitÇ naturelle est Çgalement la manifestation d'une faible interaction. Un intensificateur nuclÇaire qui peut

provoquer l'explosion

d'un rÇacteur Ö fusion ou d'un rÇacteur Ö fission peut Çgalement accÇlÇrer la radioactivitÇ naturelle 240

au point, j'imagine, de faire exploser une partie de la croñte... si elle contient suffisamment d'uranium ou de thorium.

Giskard demeura un certain temps Ö fixer Daneel, sans bouger et sans prononcer un mot. Puis il dit doucement :

- Tu penses donc que le projet du Dr Amadiro est de faire exploser la croñte terrestre, de dÇtruire la planäte en tant qu'asile de vie et, ainsi, d'assurer la domination de la Galaxie par les Spatiens?

Daneel acquiesça de la tàte et ajouta :

- Ou si le thorium et l'uranium sont en quantitÇ

insuffisante pour une explosion de masse, l'ÇlÇvation de la radioactivitÇ

peut

produire une excessive

ÇlÇvation de tempÇrature qui va altÇrer le climat et un excäs de radiations qui va provoquer des cancers ou des anomalies gÇnÇtiques, ce qui reviendra

au màme... bien qu'un peu moins rapidement.

- C'est Çpouvantable. Penses-tu que ce soit effectivement rÇalisable?

C'est possible. Il me semble que depuis plusieurs ann Çes maintenant -

combien

exactement, je

l'ignore - se trouvent sur la Terre des robots humaniformes d'Aurora, comme l'assassin. Ils sont assez modernes pour une programmation complexe et capables, si nÇcessaire, de pÇnÇtrer dans les Villes pour y chercher du matÇriel. On peut penser qu'ils ont installÇ des intensificateurs nuclÇaires en des lieux oî le sol est riche en uranium ou en thorium. Peut-àtre, au cours des annÇes, ont-ils placÇ un grand nombre d'intensificateurs. Le Dr Amadiro et le Dr Mandamus sont

maintenant venus

superviser les derniers dÇtails et activer les intensificateurs. On peut penser

qu'ils vont s'arranger

pour avoir le temps de s'Çchapper avant la destruction de la planäte.

Dans ce cas, dit Giskard, il faut impÇrativement 241

aviser le secrÇtaire-gÇnÇral, mobiliser sur-le-champ les forces de sÇcuritÇ de la Terre, localiser sans dÇlai le Dr Amadiro et le Dr Mandamus et les

empàcher de mettre leur projet Ö exÇcution.

- Je ne pense pas que ce soit possible, dit Daneel.

Le secrÇtaire-gÇnÇral va träs probablement refuser de nous croire, du fait de la croyance mystique en l'inviolabilitÇ de la planäte. Tu en as parlÇ comme d'une caractÇristique qui se retournerait contre l'humanitÇ et je crois que c'est exactement ce qui va se passer. Si l'on met en cause sa croyance dans le caractäre unique de la Terre, il ne laissera pas Çbranler sa conviction, si irrationnelle soit-elle, et se rÇfugiera dans un refus de nous croire.

Ø Et màme s'il nous croyait, d'ailleurs, toute dÇcision relative Ö des contre-mesures devrait passer par la bureaucratie administrative et, malgrÇ

toute la hÉte possible, il faudrait bien trop longtemps pour en arriver lÖ.

Ø En outre, màme en imaginant une mobilisation instantanÇe de toutes les ressources de la Terre, je ne crois pas que les Terriens soient capables de localiser la prÇsence de deux àtres humains dans ces immenses Çtendues sauvages. Les Terriens

vivent dans des Villes depuis bien des dÇcennies et ne saventurent pratiquement jamais au delÖ des limites des Villes. Je m'en souviens parfaitement d'apräs ma premiäre enquàte avec le camarade

Elijah, ici sur la Terre. Et màme si les Terriens faisaient l'effort d'aller errer dans les grands espaces, ils pourraient bien

ne pas tomber assez tìt sur

les deux humains pour sauver la situation, sauf par la plus incroyable des coãncidences... et nous ne pouvons pas compter sur un tel hasard.

- Les Coloniens pourraient parfaitement organiser une fouille. Ils ne craignent ni les espaces libres

ni les environnements bizarres.

242

.- Mais ils seraient tout aussi convaincus de l'inviolabilitÇ de la planäte

que les Terriens, ils refuseraient tout autant de nous croire et ne pourraient

vraisemblablement pas trouver les deux humains assez tìt pour sauver la situation... màme s'ils nous croyaient.

- Et les robots terriens? proposa Giskard. On les trouve en grand nombre dans les espaces qui s'Çtalent entre les Villes.

Certains ont peut-àtre dÇjÖ

remarquÇ la prÇsence d'àtres humains parmi eux.

On devrait les questionner.

- Les humains qui se trouvent parmi eux sont des roboticiens experts. Ils n'auront pas manquÇ de s'assurer que les robots qui peuvent se trouver autour d'eux demeurent dans l'ignorance de leur prÇsence. Pour cette màme raison, ils n'ont pas Ö

craindre quoi que ce soit de robots qui pourraient prendre part aux recherches. On ordonnerait Ö

l'Çquipe de recherche de quitter les lieux et d'oublier. Et, ce qui n'arrange

rien, les robots terriens

sont des modäles relativement simples, conçus pour des tÉches simples - s'occuper des rÇcoltes, du bÇtail et travailler dans les mines. On ne peut facilement les adapter Ö un travail plus gÇnÇral comme mener a bien une recherche sÇrieuse.

As-tu tout envisagÇ, ami Daneel? Ou reste-t-il quelque chose Ö faire ?

Nous devons trouver nous-màmes les deux humains et les arràter... tout de suite.

- Sais-tu oî ils se trouvent, ami Daneel-?

- Je l'ignore, ami Giskard.

- Dans ce cas, s'il est tout Ö fait improbable qu'une Çquipe de recherche composÇe d'un grand nombre de Terriens, de Coloniens ou de robots - ou peut-àtre des trois Ö la fois - par-vienne Ö dÇcouvrir oî ils se trouvent, sauf par la plus extraordinaire 243

des coãncidences, comment y parviendrons-nous tous les deux?

- Je ne sais pas, ami Giskard, mais il le faut.

Et Giskard dÇclara, d'une voix que le choix des mots semblait rendre plus dure :

- Le nÇcessaire n'est pas suffisant, ami Daneel. Tu as beaucoup fait. Tu as dÇcouvert l'existence d'une crise et, petit Ö petit, dÇfini sa nature. Et tout cela ne sert Ö rien. Nous voilÖ plus impuissants que nous ne l'avons jamais ÇtÇ.

- Il demeure une chance... bien faible, dÇsespÇrÇe peut-àtre... mais il nous faut la tenter, nous n'avons pas le choix. Par crainte de toi, Amadiro a envoyÇ

un robot assassin pour te dÇtruire et ce sera peutàtre lÖ son erreur.

- Et si cette derniäre chance Çchoue, ami Daneel?

Daneel regarda calmement Giskard et rÇpondit :

- Dans ce cas, nous demeurons impuissants, la Terre sera dÇtruite et l'histoire de l'homme va s'estomper jusqu'Ö finir par disparaåtre.

NIVEAUA La Loi ZÇro

CHAPITRE

Kelden Amadiro n'Çtait pas content. La gravitÇ Ö

la surface de la Terre lui paraissait un peu trop ÇlevÇe Ö son goñt, l'atmosphäre un peu trop dense, les bruits et les odeurs Æ extÇrieurs Ø subtilement gànants dans leur diffÇrence avec ceux d'Aurora.

Et il n'existait pas Æ d'intÇrieur Ø qu'on pñt qualifier de civilisÇ.

Les robots avaient bÉti une sorte d'abri. Ils disposaient d'un ravitaillement

abondant et de lieux d'aisance sans doute fonctionnels mais dÇsagrÇablement inadÇquats.

Pire encore, bien que la matinÇe fñt assez agrÇable, il faisait träs clair et

le soleil terrien, bien trop

brillant, se levait. Bientìt, la tempÇrature serait trop ÇlevÇe, l'air trop humide et les insectes allaient se mettre Ö piquer. Au dÇbut, et jusqu'Ö ce que Mandamus lui eñt expliquÇ, Amadiro n'avait pas compris les raisons de ces petites boursouflures qui lui dÇmangeaient, sur les bras.

245

Maintenant, il grommelait, en se grattant.

- Horrible! Ce sont peut-àtre des vecteurs d'infections.

- Je crois que c est parfois le cas, dit Mandamus avec une apparente indiffÇrence. C'est cependant peu probable. Je possäde des lotions apaisantes et nous pouvons brñler certaines substances qui

repoussent les insectes, encore qu'Ö mon sens l'odeur en soit Çgalement odieuse.

- Brñlez-en.

Mandamus poursuivit, sur le màme ton

- Et je ne veux rien faire, si insignifiant que ce soit - odeur, fumÇe - qui puisse accroåtre le risque qu'on nous repäre.

Amadiro le considÇra d'un oeil soupçonneux.

- Vous avez dit et rÇpÇtÇ que jamais les Terriens ni leurs robots agricoles ne viennent dans cette rÇgion.

- C'est exact, mais il ne s'agit pas lÖ d'une proposition mathÇmatique. Ce n'est qu'une observation sociologique et ce genre d'observations peut toujours

souffrir des exceptions.

- Le plus sñr, dit Amadiro, renfrognÇ, est d'en terminer avec ce projet. Vous avez dit que vous seriez pràt aujourd'hui.

- C'est, lÖ encore, une observation sociologique, docteur Amadiro. Je devrais àtre pràt aujourd'hui.

J'aimerais l'àtre. Je ne peux mathÇmatiquement l'affirmer.

- Dans combien de temps pourrez-vous l'affirmer?

Mandamus Çcarta les bras dans un geste d'ignorance et prÇcisa :

- Docteur Amadiro, je crois vous avoir dÇjÖ expliquÇ cela, mais je veux bien

recommencer. Il m'a fallu sept ans pour en arriver lÖ. Je comptais encore sur quelques mois d'observations personnelles des 246

quatorze diffÇrentes stations-relais Çtablies Ö la surface de la Terre. Et voilÖ que je ne peux le faire

parce que nous devons terminer avant d'àtre repÇrÇs et - peut-àtre -

arràtÇs

par le robot Giskard.

Cela signifie que je dois me contenter d'un contrìle par communication avec nos robots humaniformes qui se trouvent aux diffÇrents relais. Je ne peux leur faire autant confiance qu'Ö moi. Il me faut vÇrifier et revÇrifier leurs rapports et peut-àtre devrais-je me dÇplacer une ou deux fois avant d'àtre pleinement satisfait. Cela prendra des jours... peut-àtre une semaine ou deux.

- Une semaine ou deux. Impossibles! Combien de temps pensez-vous que je puisse supporter cette planäte, Mandamus?

- Au cours d'une de mes prÇcÇdentes visites, j'y suis restÇ präs d'un an, monsieur... et plus de quatre mois au cours d'une autre.

- Et cela vous a plu?

- Non, monsieur, mais j'avais une tÉche Ö accomplir et je l'ai accomplie...

sans me mÇnager.

Mandamus fixait Amadiro d'un regard froid. Amadiro rougit et dit, d'une voix

plus calme

- Bien. Oî en sommes-nous?

- Je suis toujours en train d'examiner les rapports qui me parviennent.

Nous

ne travaillons pas

sur un systäme parfaitement conçu en laboratoire, voyez-vous. Il nous faut compter avec une croñte planÇtaire extràmement hÇtÇrogäne. Heureusement, les matiäres radioactives ne

manquent pas, mais elles apparaissent bien minces par endroits et il nous faut placer un relais dans ces endroits et laisser les robots s'en occuper. Si, dans tous les cas, ces relais ne sont pas correctement positionnÇs en sÇquence correcte, l'intensification nuclÇaire va s'Çteindre et nous aurons gaspillÇ en vain toutes ces pÇnibles annÇes d'effort. Ou encore, une intensification 247

locale pourrait se traduire par une puissante explosion qui laisserait intact le reste de la croñte.

Dans l'un et l'autre cas, les dÇgÉts provoquÇs seraient insignifiants.

Ø Ce qu'il nous faut, docteur Amadiro, c'est une croissance lente... constante... irrÇversible ( Mandamus martelait ses mots )

de la radioactivitÇ et,

partant, de zones assez vastes de la croñte terrestre, de telle sorte que la Terre devienne progressivement de plus en plus invivable.

La structure sociale

de la planäte va se dÇsagrÇger et c'en sera fait de la Terre comme habitat effectif de l'humanitÇ. Je pense, docteur Amadiro, que c'est bien lÖ ce que vous voulez. C'est ce que je vous ai dÇcrit voilÖ des annÇes et vous m'avez dit, Ö l'Çpoque, que c'Çtait ce que vous souhaitiez.

- C'est toujours le cas, ne soyez pas stupide.

- Eh bien, acceptez-en les inconvÇnients, monsieur... ou partez et je poursuivrai pendant le temps qu'il faudra.

- Non, non, murmura Amadiro. Je dois àtre prÇsent quand le moment viendra...

mais je ne peux m'empàcher d'àtre impatient. Combien de temps avez-vous dÇcidÇ de laisser au processus pour s'accomplir?... Je veux dire, une

fois lancÇe la vague originelle d'intensification, dans combien de temps la Terre deviendra-t-elle inhabitable?

- Cela dÇpend du degrÇ d'intensification appliquÇ originellement. Je ne sais

pas, pour le moment, quelle sera l'intensitÇ nÇcessaire, car cela dÇpend de l'efficacitÇ d'ensemble des relais. J'ai donc prÇparÇ

un contrìle variable. Ce que je veux, c'est Çtaler cela sur une pÇriode de dix Ö vingt dÇcennies.

Et si vous rÇduisez l'Çtalement sur une pÇriode plus bräve?

Plus la pÇriode sera bräve, plus rapidement des fractions de la croñte deviendront radioactives et 248

plus rapidement la planäte s'Çchauffera et deviendra dangereuse. Ce qui signifie que moins nombreuse sera la population que l'on pourra sauver Ö

temps.

- Est-ce bien important? murmura Amadiro.

- Plus rapidement la Terre va se dÇtÇriorer, rÇpondit Mandamus en fronçant les sourcils, et plus grandes seront les chances que les Terriens soupçonnent une cause technologique

.. et que ce soit nous qu'on accuse. Les Coloniens nous attaqueront alors avec furie et, au nom de leur monde sacrÇ ils combattront jusqu'Ö l'extinction, pourvu qu'ils puissent nous infliger des dommages assez considÇrables. Nous en avons dÇjÖ discutÇ et il semble que nous soyons tombÇs d'accord. Il est bien prÇfÇrables de laisser s'Çcouler une

pÇriode plus longue

pendant laquelle nous pourrons nous prÇparer au pire et pendant laquelle une Terre en pleine confusion pourra penser que la lente ÇlÇvation de la radioactivitÇ est le fait de quelque phÇnomäne naturel qui lui Çchappe. C'est lÖ, selon moi, quelque chose qui est devenu plus urgent aujourd'hui qu'hier.

- Vraiment? dit Amadiro, fronçant les sourcils lui aussi. Je vous trouve cet air revàche et puritain qui me donne la certitude que vous avez trouvÇ le moyen de m'imputer la responsabilitÇ de tout cela.

- Avec tout le respect que je vous dois, monsieur, ce n'est pas träs difficile en l'occurrence. Il a ÇtÇ

maladroit d'envoyer un de nos robots pour dÇtruire Giskard.

- Au contraire, il fallait le faire. Giskard est le seul Ö pouvoir nous dÇtruire.

- Il faudrait d'abord qu'il nous trouve... et il ne nous trouvera pas. Et màme s'il nous trouve, nous 249

sommes des roboticiens habiles. Ne pensez-vous pas que nous parviendrions Ö le tenir?

- Vraiment? C'est Çgalement ce que pensait Vasilia et elle connaissait Giskard

mieux que nous... et

malgrÇ cela, elle n'a pas rÇussi. Et, pour une raison ou une autre, le vaisseau de guerre qui devait s'en occuper et le dÇtruire Ö distance n'a pu y parvenir.

il se trouve donc maintenant sur la Terre. D'une maniäre ou d'une autre, il faut le dÇtruire.

- Il ne l'a pas ÇtÇ. On ne l'a pas annoncÇ.

- Un gouvernement prudent empàche parfois les mauvaises nouvelles de filtrer... et les officiels terriens, tout barbares qu'ils soient, sont sans doute

prudents. Et si notre robot a ÇchouÇ et a ÇtÇ

interrogÇ, il se sera sans doute irrÇversiblement bloquÇ. Cela signifie que nous aurons perdu un robot - nous pouvons nous le permettre - mais rien de plus. Et si Giskard court toujours, c'est une raison supplÇmentaire de nous hÉter.

Si nous avons perdu un robot, nous pourrions bien avoir perdu plus que cela s'ils sont parvenus Ö

dÇcouvrir oî se trouve ce centre opÇrationnel. Du moins n'aurions-nous pas dñ utiliser un robot local.

J'ai pris celui qui se prÇsentait. Et il ne rÇvÇlera rien. Vous pouvez faire confiance Ö ma programmation, non?

- Il ne peut Çviter de rÇvÇler, par sa seule existence, bloquÇ ou pas, qu'il

est de fabrication auroraine. Les roboticiens terriens - il en existe sur cette planäte - en seront convaincus. Raison supplÇmentaire pour que la radioactivitÇ Çvolue lentement. Il doit s'Çcouler suffisamment de temps pour

que les Terriens oublient l'incident et ne l'associent pas Ö l'Çvolution progressive de la radioactivitÇ. Il nous faut au moins dix dÇcennies, quinze peut-àtre, ou màme vingt.

250

De nouveau il retourna surveiller ses instruments et rÇtablir le contact avec

les relais six Ö dix,

qu'il jugeait encore inquiÇtants. Amadiro l'observait avec un dÇdain màlÇ d'antipathie croissante. Il murmura, pour lui seul :

- Oui, mais je ne dispose pas de vingt dÇcennies, ou de quinze, ou peut-àtre màme de dix. Toi oui... mais pas moi.

CHAPITRE

Le jour se levait sur New York, songärent Giskard et Daneel devant l'activitÇ qui se faisait progressivement plus intense.

- quelque part, lÖ au-dessus et Ö l'extÇrieur de la Ville, c'est peut-àtre l'aube maintenant, dit Giskard.

Une fois, en parlant avec Elijah Baley il y a vingt dÇcennies, j'ai appelÇ la Terre le Monde de l'Aube.

Va-t-il en àtre ainsi encore longtemps? Ou n'est-ce dÇjÖ plus le cas?

VoilÖ des pensÇes bien morbides, ami Giskard, dit Daneel. Mieux vaut nous soucier de ce qu'il convient de faire aujourd'hui pour que la Terre demeure le Monde de l'Aube.

Gladia entra, en robe de chambre et pantoufles, les cheveux fraåchement sÇchÇs.

- C'est ridicule! s'exclama-t-elle. Les Terriennes parcourent les couloirs non coiffÇes et nÇgligÇes pour se rendre aux Personnelles collectives, le matin. C'est expräs, je pense. quelles mauvaises maniäres que de se coiffer en se rendant Ö la Personnelle. Apparemment, le fait de se montrer dÇcoiffÇes souligne leur aspect bien soignÇ, ensuite.

J'aurais dñ emporter avec moi un attirail matinal complet. Il fallait voir les regards qu'on m'a jetÇs quand je suis partie en robe de chambre. En quittant 251

la Personnelle, on doit àtre irrÇprochable... Oui, Daneel?

- Madame, puis-je vous parler?

- Juste un mot, Daneel, rÇpondit Gladia, hÇsitante. Comme tu le sais probablement, cela va àtre un

grand jour et mes premiers rendez-vous du matin commencent dans un instant.

- C'est prÇcisÇment de cela que je veux vous entretenir, madame. En ce jour important, tout se passera beaucoup mieux si nous ne sommes pas

avec vous.

- quoi?

- L'impression que vous souhaitez produire sur les Terriens sera bien moins favorable si vous àtes entourÇe de robots.

- Je ne serai pas entourÇe. Il n'y aura que vous deux. Comment me passer de vous?

- Il faut que vous appreniez, madame. Lorsque vous àtes avec nous, on vous juge diffÇrente des Terriens. Vous paraissez avoir peur d'eux.

- J'ai besoin d'une certaine protection, Daneel, dit Gladia, troublÇe. Souviens-toi de ce qui s'est passÇ hier soir.

Madame, nous n'aurions pu empàcher ce qui

s'est passÇ hier soir et nous n'aurions pu vous protÇger... si cela avait ÇtÇ nÇcessaire. Heureusement, ce n'Çtait pas vous qui

Çtiez visÇe hier soir.

L'Çclair du foudroyeur Çtait destinÇ Ö Giskard.

- Pourquoi Giskard?

- Comment un robot aurait-il pu vous prendre pour cible, vous ou un autre àtre humain? Le robot a pris Giskard pour cible pour une raison quelconque. Dans ces conditions, notre prÇsence Ö vos cìtÇs

ne pourrait qu'augmenter le danger pour vous.

N'oubliez pas que quand se rÇpandra l'histoire d'hier soir, et bien que le gouvernement puisse tenter de n'en pas dÇvoiler les dÇtails, on dira bien 252

vite que c'Çtait un robot qui avait l'arme et a tirÇ. Ce qui va soulever l'indignation publique contre les robots - contre nous - et màme contre vous si vous persistez Ö àtre vue avec nous. Mieux vaudrait que vous vous passiez de nous.

- Jusqu'Ö quand?

- Jusqu'Ö la fin de votre mission, madame. Le commandant vous sera d'une plus grande aide que nous dans les prochains jours. Il connaåt les Terriens, qui en pensent le plus

grand bien... et il pense le plus grand bien de vous, madame.

- Comment savez-vous qu'il pense le plus grand bien de moi?

- C'est ce qu'il me semble, bien que je ne sois qu'un robot. Et lorsque vous souhaiterez notre retour, nous reviendrons, bien sñr... mais pour l'instant, nous pensons que la meilleure façon de vous servir et de vous protÇger est de vous laisser entre les mains du commandant Baley.

- Je vais y rÇflÇchir.

- En attendant, madame, dit Daneel, nous allons demander au commandant Baley s'il est d'accord avec nous.

C'est cela, dit Gladia en passant dans sa chambre.

Daneel se tourna vers Giskard et lui demanda Ö voix basse :

- Est-elle d'accord?

- Plus que cela. Elle s'est toujours sentie quelque peu mal Ö l'aise en ma prÇsence et mon absence ne lui sera pas trop pÇnible. Pour toi, ami Daneel, elle nourrit des sentiments mitigÇs. Tu lui rappelles beaucoup l'ami Jander, dont l'inactivation, il y a si longtemps, l'a tellement traumatisÇe. Ce qui a provoquÇ en elle Ö la fois attirance et rÇpulsion, et il n'a

donc pas ÇtÇ nÇcessaire de faire grand-chose. J'ai diminuÇ son attirance pour toi et augmentÇ sa vive 253

attirance pour le commandant. Elle se passera facilement de nous.

Eh bien, allons trouver le commandant, dit Daneel.

Ensemble, ils sortirent de la piäce et enfilärent le couloir qui jouxtait l'appartement.

CHAPITRE

Daneel et Giskard Çtaient l'un et l'autre dÇjÖ

venus sur la Terre, Giskard plus rÇcemment. Ils savaient utiliser l'indicateur informatisÇ qui leur donna la section, l'aile et le numÇro de l'appartement attribuÇ Ö D.G., et ils

comprenaient Çgalement le code-couleurs des couloirs qui leur indiquait oî

tourner et quels ascenseurs prendre.

il Çtait encore assez tìt et il n'y avait pas beaucoup de monde, mais les quelques rares passants regardaient d'abord Giskard avec un air d'intense surprise puis dÇtournaient les yeux, feignant avec peine l'indiffÇrence.

Le temps qu'ils arrivent Ö la porte de D.G.,

Giskard parut ne pas marcher tout Ö fait normalement. Ce n'Çtait pas träs perceptible, mais Daneel le remarqua.

Tu ne te sens pas bien, ami Giskard? demandat-il Ö voix basse.

- Il m'a ÇtÇ nÇcessaire de chasser la surprise, l'apprÇhension et màme l'Çveil de l'attention chez un certain nombre d'hommes et de femmes - et

màme chez un enfant, ce qui fut encore plus difficile. Je n'ai pas eu le temps

de m'assurer tout Ö fait que je ne leur faisais pas de mal.

- Il te fallait agir comme tu l'as fait. On ne doit pas nous arràter.

- J'entends bien, mais je n'assimile pas träs bien la Loi ZÇro. Je n'ai pas la facultÇ nÇcessaire pour 254

cela. ( Il poursuivit, comme pour oublier son malaise : ) J'ai souvent remarquÇ

que l'hyper-rÇsistance de mes circuits positroniques se fait d'abord sentir dans la station debout et la marche, et ensuite dans la parole.

- Il en est de màme pour moi, dit Daneel en

composant le code-signal de la porte. Il m'est difficile de conserver l'Çquilibre lorsque je suis sur mes

deux jambes, et plus encore lorsque je marche. J'ai entendu dire, un jour, qu'on avait jadis essayÇ de construire des robots Ö quatre jambes et Ö deux bras. On les appelait des Æ centaures Ø. Ils fonctionnaient bien, mais se rÇvÇlärent inacceptables du fait

de leur apparence essentiellement non humaine.

- Pour l'instant, j'aimerais bien avoir quatre jambes, ami Daneel. Mais je crois que mon malaise se dissipe.

D.G. ouvrit la porte et les accueillit avec un grand sourire. Apräs quoi il regarda dans le couloir, de part et d'autre, et son sourire s'Çvanouit pour laisser place Ö un air de profonde inquiÇtude.

- qu'est-ce que vous faites lÖ sans Gladia? Est-ce qu'elle est...

- Mme Gladia va bien, dit Daneel. Elle n'est pas en danger. Pouvons-nous entrer et vous expliquer?

D.G. se rassÇrÇna et leur fit signe d'entrer. Du ton autoritaire qu'on prend naturellement pour s'adresser Ö des machines qui se conduisent mal, il leur dit :

- Pourquoi l'avez-vous laissÇe seule? qu'est-ce qui a pu vous autoriser Ö

la

laisser seule?

- Elle n'est pas plus seule que quiconque sur la Terre, expliqua Daneel... et guäre plus en danger. Si vous lui posez la question, plus tard, elle vous rÇpondra, je crois, qu'elle ne peut pas se montrer efficace, ici sur la Terre, avec des robots spatiens 255

qui lui collent aux talons. Je pense qu'elle vous dira que vous constituez pour elle meilleur guide et meilleure protection que des robots. Nous sommes convaincus que c'est lÖ ce qu'elle souhaite... pour le moment du moins. Si elle a besoin de nous, n'importe quand, nous serons lÖ.

- Elle souhaite ma protection, n'est-ce pas?

demanda D.G., de nouveau souriant.

- Pour l'instant, commandant, nous pensons

qu'elle est träs dÇsireuse de vous voir, plutìt que nous.

- qui pourrait l'en blÉmer? Je m'habille et je me rends Ö son appartement däs que possible.

- Mais avant cela, monsieur...

- il y a donc un Æ mais Ø?

- Oui, commandant. Nous souhaiterions en

apprendre le plus possible sur le robot qui a tirÇ au foudroyeur sur le balcon, hier soir.

Craignez-vous un nouveau danger pour Mme Gladia?

Pas ce genre de danger. Le robot, hier soir, n'a pas tirÇ sur Mme Gladia. S'agissant d'un robot, il n'aurait pas pu. Il a tirÇ sur l'ami Giskard.

- Pourquoi aurait-il fait cela?

- C'est ce que nous aimerions dÇcouvrir. A

cet effet, nous souhaiterions que vous appeliez Mme quintana, la sous-secrÇtaire Ö l'Energie, pour lui dire qu'il serait important et que vous lui seriez reconnaissant ainsi que le gouvernement de Baleyworld - si vous voulez bien ajouter cela - qu'elle nous permette de lui poser quelques questions.

Nous souhaiterions que vous parveniez Ö la persuader de nous accorder cette entrevue.

- C'est ce que vous attendez de moi? que je

persuade un personnage important et träs occupÇ

de rÇpondre aux questions d'un robot?

- Commandant, dit Daneel, elle acceptera sans 256

doute si vous vous montrez suffisamment persuasif.

En outre, comme elle est peut-àtre träs loin, il nous serait utile que vous louiez pour nous un vÇhicule rapide pour nous dÇplacer. Comme vous pouvez

l'imaginer, nous sommes pressÇs.

- Ce sera tout avec ça?

- Pas tout Ö fait, commandant, dit Daneel. Il nous faudra un chauffeur, que je vous serais obligÇ de payer grassement afin qu'il consente Ö transporter l'ami Giskard qui est manifestement un robot. Pour moi, ça ne le gànera peut-àtre pas.

- J'espäre que tu te rends compte, Daneel, que ce que tu demandes est tout Ö fait dÇraisonnable.

- J'avais espÇrÇ que ce ne serait pas le cas, commandant. Mais puisque vous le dites, il n'y a rien Ö ajouter. Nous n'avons donc pas d'autre choix que de retourner aupräs de Mme Gladia, ce qui ne lui fera guäre plaisir car elle prÇfÇrerait àtre avec vous.

Daneel se tourna, faisant signe Ö Giskard de le suivre, mais D.G. l'arràta :

- Attends. Il y a un poste public de communication au bout du couloir. Je peux

toujours essayer.

Attendez-moi ici.

Les deux robots demeurärent. Daneel demanda : As-tu eu beaucoup de mal, ami Giskard?

Giskard paraissait fermement plantÇ sur ses deux jambes, maintenant.

- J'Çtais impuissant, rÇpondit-il. Il Çtait tout Ö fait hostile Ö l'idÇe d'appeler Mme quintana. Et tout autant Ö nous procurer un vÇhicule rapide. Je n'aurais pu modifier ces sentiments sans dommage.

Mais lorsque tu as parlÇ de retourner aupräs de Mme Gladia, son attitude a changÇ brusquement et radicalement. Je parie que tu t'y attendais, ami Daneel?

257

- Effectivement.

- On dirait que tu n'as guäre besoin de moi. Il existe plus d'une façon de modifier les dispositions d'esprit. Je suis tout de màme parvenu Ö quelque chose. Le changement de dÇcision du commandant s'est accompagnÇ d'une forte Çmotion favorable pour Mme Gladia. J'en ai profitÇ pour la renforcer.

- C'est pour cela que j'ai besoin de toi. Je n'aurais pu le faire.

- Tu le pourras bientìt, ami Daneel. Träs bientìt, peut-àtre.

D.G. reparut et annonça

- Croyez-moi ou pas, mais elle va te recevoir, Daneel. Le vÇhicule rapide et le chauffeur seront lÖ

dans un instant... et plus tìt vous partirez, mieux ce sera. Je me rends immÇdiatement chez Gladia.

Les deux robots sortirent attendre dans le couloir.

- Il est träs heureux, dit Giskard.

- On le dirait bien, ami Giskard, mais je crains que le plus dur ne reste Ö faire. Nous avons facilement pu persuader Mme Gladia

de nous laisser circuler seuls.

Apräs quoi nous avons persuadÇ le

commandant, non sans mal, de nous obtenir un

rendez-vous avec la sous-secrÇtaire. Mais avec elle nous pourrions bien aboutir Ö une impasse.

CHAPITRE

Le chauffeur jeta un coup d'oeil sur Giskard et son courage parut l'abandonner.

Ecoutez, dit-il Ö Daneel, on m'a dit qu'on me paierait double pour emmener un robot, mais les robots ne sont pas admis dans la Ville et je pourrais avoir des tas d'ennuis. Le fric ne me servira pas Ö

258

grand-chose si je perds ma licence. Je pourrais pas vous emmener tout seul, monsieur?

- Moi aussi je suis un robot, dit Daneel. Nous nous trouvons maintenant dans la Ville et ce n'est pas notre faute. Nous essayons de sortir de la Ville et vous allez nous aider. Nous allons voir un important personnage qui, je l'espäre, va arranger cela et

c'est votre devoir civique de nous aider. Si vous refusez de nous prendre, vous allez permettre que deux robots demeurent dans la Ville et l'on pourrait bien considÇrer cela comme un dÇlit.

Le chauffeur parut se dÇtendre. Il ouvrit la portiäre et dit d'un ton bourru

- Montez!

Il prit cependant grand soin de fermer la cloison translucide qui le sÇparait des passagers.

- As-tu eu beaucoup de mal, ami Giskard?

demanda tranquillement Daneel.

Träs peu, ami Daneel. Ta dÇclaration avait fait l'essentiel. il est surprenant de constater qu'une sÇrie d'affirmations dont chacune est vraie peut conduire, prises ensemble, Ö un rÇsultat qu'on ne peut obtenir avec la seule vÇritÇ.

J'ai souvent remarquÇ cela dans la conversation humaine, ami Giskard, màme dans celle d'àtres humains habituellement dignes de confiance. Je pense que, pour ces àtres, cette pratique est justifiÇe par un but plus ÇlevÇ.

- Tu veux dire la Loi ZÇro?

- Ou son Çquivalent, s'il existe un tel Çquivalent dans l'esprit humain... Ami Giskard, tu as dit tout Ö

l'heure que je disposerais de tes pouvoirs, bientìt peut-àtre. Es-tu en train de me prÇparer Ö cela?

- Oui, ami Daneel.

- Pourquoi? Puis-je le savoir?

Du fait de la Loi ZÇro, lÖ encore. Le rÇcent accäs de tremblement de mes jambes m'a montrÇ Ö

259

quel point j'Çtais vulnÇrable lorsque je tentais de me rÇfÇrer Ö la Loi ZÇro. Avant la fin de cette journÇe, je devrai peut-àtre agir conformÇment Ö la Loi ZÇro pour sauver le monde et l'humanitÇ et peut-àtre n'y parviendrai-je pas. Dans ce cas, tu dois pouvoir le faire Ö ma place. Je t'y prÇpare peu Ö peu afin qu'au moment opportun je puisse te donner les instructions finales et que tout cela se mette en place.

- Je ne vois pas comment cela pourra se faire, ami Giskard.

- Tu n'auras aucune peine Ö comprendre, le

moment venu. J'ai utilisÇ la technique Ö une träs petite Çchelle sur les robots que j'ai envoyÇs sur la Terre au dÇbut, avant qu'on leur interdise les Villes, et ce sont eux qui ont contribuÇ Ö influer sur l'esprit des dirigeants terriens pour qu'ils prennent la dÇcision d'envoyer des Coloniens.

Le chauffeur, dont le vÇhicule ne roulait pas sur des roues mais demeurait en permanence Ö un ou deux centimätres au-dessus du sol, avait empruntÇ

un couloir spÇcial rÇservÇ Ö ce genre de vÇhicules et avait filÇ comme un trait. Il Çmergeait maintenant dans un couloir ordinaire de la Ville, que jouxtait parallälement une Voie Rapide. Le vÇhicule, roulant beaucoup plus lentement maintenant, vira Ö gauche, plongea sous la Voie Express, ressortit de

l'autre cìtÇ et, apräs une courbe de quelque huit cents mätres, s'arràta devant un bÉtiment Ö l'architecture ÇlaborÇe.

La portiäre s'ouvrit automatiquement. Daneel descendit le premier, attendit que Giskard suive puis tendit au chauffeur un billet que D.G. lui avait remis. Le chauffeur l'examina attentivement, les portiäres se refermärent sächement et il disparut Ö

toute vitesse, sans un mot.

260

CHAPITRE

Un instant s'Çcoula avant que ne s'ouvre la porte en rÇponse Ö leur signal et Daneel pensa qu'on les observait attentivement. Lorsqu'elle s'ouvrit, une jeune femme les conduisit au coeur du bÉtiment.

Elle Çvita de regarder Giskard mais manifesta pour Daneel plus qu'une simple curiositÇ.

Ils trouvärent la sous-secrÇtaire d'Etat quintana assise derriäre un grand bureau. Elle sourit et dit avec une gaietÇ qui paraissait quelque peu forcÇe :

- Deux robots, non accompagnÇs par des àtres humains. Suis-je en sÇcuritÇ?

Tout Ö fait, madame, rÇpondit gravement

Daneel. C'est tout aussi insolite, pour nous, de rencontrer un humain sans robots.

- Je puis vous assurer que j'ai mes robots, dit Mme quintana. Je les appelle des collaborateurs et l'une d'elles vient de vous accompagner jusqu'ici. Je suis surprise qu'elle ne se soit pas pÉmÇe Ö la vue de Giskard. Cela aurait bien pu se produire si je ne l'avais pas prÇvenue et si vous-màme ne prÇsentiez pas une apparence aussi extraordinairement intÇressante, Daneel. Mais peu importe. Le commandant

Baley a beaucoup insistÇ pour que je vous rencontre et il est si important pour

moi d'entretenir de

bonnes relations avec un puissant monde colonien que j'ai consenti Ö vous recevoir. Je n'en ai pas moins une journÇe chargÇe et je vous serais reconnaissante d'àtre brefs,...

que

puis-je faire pour vous?

- Madame... commença Daneel.

- Un instant. Voulez-vous vous asseoir? Je vous ai vus vous asseoir, hier soir.

261

- Nous pouvons nous asseoir, mais nous sommes tout aussi Ö l'aise debout. Peu importe.

Pas pour moi. Je ne serais pas Ö l'aise debout...

et si je reste assise je vais attraper un torticolis Ö

vous regarder. Je vous en prie, prenez des siäges et asseyez-vous. Merci. Et maintenant, Daneel, de quoi s'agit-il?

- Madame, vous vous souvenez, je pense, de

l'incident au cours duquel on a tirÇ au foudroyeur hier soir sur le balcon, apräs le banquet.

- Certainement. Je sais en outre que c'est un robot humaniforme qui a tirÇ, bien qu'on ne le confirme pas officiellement. Cependant, me voilÖ

assise lÖ avec deux robots en face de moi et sans protection. Et l'un de vous est un humaniforme- Je n'ai pas de foudroyeur, madame, dit Daneel avec un sourire.

Je l'espäre bien!... Ce robot humaniforme ne vous ressemblait pas du tout, Daneel. Vous àtes une sorte d'oeuvre d'art, n'est-ce pas?

je possäde une programmation complexe, madame.

Je parle de votre apparence. Mais que voulez-vous me dire Ö propos del'incident?

- Madame, le robot a une base quelque part sur la Terre et je dois savoir oî. Je suis venu d'Aurora pour dÇcouvrir cette base et empàcher que de tels incidents viennent troubler la paix. J'ai toute raison de croire...

- Vous àtes venu? Pas le commandant? Ni

Mme Gladia?

- Nous sommes venus, madame. Giskard et moi.

Je ne suis pas en mesure de vous raconter toute l'histoire ni de vous donner le nom de l'humain pour lequel nous travaillons.

- Eh bien! De l'espionnage international! Comme c'est fascinant. Il est regrettable que je ne puisse 262

vous aider, mais j'ignore d'oî venait le robot. Je n'ai aucune idÇe de l'endroit oî peut se trouver sa base.

En fait, je ne vois màme pas pourquoi vous àtes venus me trouver pour obtenir ce renseignement. A votre place, je serais allÇe au dÇpartement de la SÇcuritÇ, Daneel. ( Elle se pencha sur lui et demanda : ) Est-ce de la vraie

peau que vous avez sur le visage, Daneel? Si ce n'en est pas, c'est parfaitement

imitÇ. ( Elle passa doucement la main sur la

joue de Daneel. ) C'est màme exactement cela, au toucher.

- Ce n'est cependant pas de la vraie peau, madame. Elle ne se cicatrise pas

toute seule... en cas de coupure. En revanche, on peut facilement rÇparer une coupure ou màme y mettre une piäce.

- Eh bien! dit Mme quintana avec une grimace du nez. Mais nous en avons terminÇ car je ne peux vous àtre d'aucune utilitÇ en ce qui concerne le tireur. Je ne sais rien.

Madame, permettez-moi d'insister. Ce robot fait peut-àtre partie d'un groupe qui s'intÇresse au mode de production primitif d'Çnergie dont vous m'avez parlÇ hier soir... la fission. Si l'on admet que c'est bien le cas, qu'ils s'intÇressent Ö la fission et Ö

la teneur de la croñte terrestre en uranium et en thorium, quel serait le meilleur endroit pour leur servir de base?

- Une mine d'uranium, peut-àtre? J'ignore màme oî l'on pourrait en trouver une. Vous devez comprendre, Daneel, que la Terre

manifeste une aversion quasi superstitieuse pour tout ce qui peut àtre nuclÇaire... et notamment pour la fission. Vous ne trouverez presque rien sur la fission dans nos ouvrages populaires sur l'Çnergie et uniquement l'essentiel dans les ouvrages techniques destinÇs aux spÇcialistes. Màme moi, je n'en sais pas grand-chose, 263

mais je suis une administrative, pas une scientifique.

- Encore un dÇtail, madame. Nous avons questionnÇ l'assassin quant- au lieu

oî se trouvait sa base

et nous n'avons pas pris de gants. Il Çtait pro grammÇ pour tomber en dÇsactivation totale, pour

que se gälent complätement les circuits de son cerveau en cas d'interrogatoire... et c'est bien ce qui s'est produit. Mais avant d'en arriver lÖ, dans l'ul time conflit entre la rÇponse et la dÇsactivation, il a

ouvert la bouche par trois fois comme pour articuler - peut-àtre - trois syllabes, ou trois mots, ou

trois groupes de mots, ou une quelconque combi naison des trois. La deuxiäme

syllabe, ou le

deuxiäme mot, ou le simple son a ÇtÇ Æ mile Ø.

Est-ce que cela vous paraåt avoir un quelconque rapport avec la fission?

Mme quintana secoua lentement la tàte.

- Non. Je ne vois pas. Ce n'est certainement pas un mot que vous trouverez dans un dictionnaire de galactique standard. Je suis dÇsolÇe, Daneel. J'ai eu plaisir Ö vous revoir, mais j'ai sur mon bureau une pile d'affaires Ö rÇgler. Vous voudrez bien m'excuser.

Daneel insista, comme s'il n'avait pas entendu On m'a dit, madame, que Æ mile Ø pouvait àtre un mot archaãque dÇsignant quelque ancienne unitÇ

de longueur, peut-àtre plus longue qu'un kilomätre.

- Cela me paraåt n'avoir aucun rapport, màme si c'est exact. que pourrait bien savoir un robot aurorain de mots archaãques et...

Elle s'arràta brutalement, ouvrant de grands yeux, le visage blàmissant.

- Est-ce possible? dit-elle.

- quoi donc, madame? demanda Daneel.

- Il existe un lieu que tout le monde Çvite... les 264

Terriens comme les robots terriens. Si je voulais faire du mÇlodrame, je dirais qu'il s'agit d'un lieu sinistre. A un point tel qu'il a pratiquement disparu des mÇmoires. On ne le trouve màme pas sur les cartes. C'est la quintessence de tout ce que reprÇsente la fission. Je me souviens d'àtre tombÇe

lÖ-dessus dans un vieux film de rÇfÇrence, au dÇbut de mes travaux ici. On en parlait sans cesse comme du thÇÉtre d'un Æ incident Ø qui a Ö jamais braquÇ

l'esprit des Terriens contre la fission COMME source d'Çnergie. L'endroit s'appelle Three Mile Island.

- Un lieu isolÇ, donc, dit Daneel, totalement isolÇ

et Ö l'abri de toute intrusion Çventuelle; le genre de lieu que l'on trouve certainement en fouillant dans de vieux ouvrages de rÇfÇrence sur la fission et que l'on considÇrerait aussitìt comme une base idÇale si l'on exigeait le secret absolu; et avec un nom en trois mots dont le deuxiäme est Æ mile Ø. Ce doit àtre l'endroit, madame... Pouvez-vous nous dire comment nous y rendre et pourriez-vous nous trouver un moyen de quitter la Ville pour Three Mile Island ou l'endroit le plus proche?

Mme Ouintana sourit. Elle paraissait plus jeune quand elle souriait.

Manifestement, si vous vous trouvez màlÇs Ö

une intÇressante affaire d'espionnage international, vous ne Pouvez vous permettre de perdre du temps, n'est-ce pas?

- Non, effectivement nous ne le pouvons pas, madame.

- Eh bien, dans ce cas, il est dans mes attributions d'aller jeter un coup d'oeil sur Three Mile Island- Si je vous y emmenais par aÇronef? Je sais piloter ces engins.

- Madame, votre travail...

- Personne n'y touchera. Il sera toujours lÖ Ö mon retour.

265

- Mais vous sortiriez de la Ville...

- Et alors? Le passÇ est rÇvolu. A la triste Çpoque de la domination spatienne, les Terriens ne quittaient jamais leurs Villes, c'est vrai, mais voilÖ präs de vingt dÇcennies que nous sortons et que nous colonisons la Galaxie. Il existe toujours des Terriens, parmi les moins ÇvoluÇs, qui s'en tiennent aux

vieilles coutumes, mais la plupart d'entre nous ne sont plus sÇdentaires. Je suppose que l'idÇe est toujours prÇsente que nous pourrions finir par rejoindre un groupe de Coloniens. Personnellement, je n'en ai pas l'intention,

mais je pilote frÇquemment mon aÇronef et il y a cinq ans je suis allÇe jusqu'Ö Chicago et j'en suis revenue. Ne bougez pas. Je vais arranger cela.

Elle sortit en coup de vent. Daneel la suivit des yeux et murmura :

- Ami Giskard, voilÖ qui ne lui ressemble guäre.

As-tu fait quelque chose?

- Un peu. Il m'a semblÇ, lorsque nous sommes entrÇs, que tu plaisais bien Ö la jeune femme qui nous a conduits. J'Çtais certain d'avoir dÇcelÇ le màme facteur dans l'esprit de Mme quintana, hier soir au cours du banquet, encore que je me trouvais trop loin d'elle et qu'il y eñt bien trop de monde dans la salle pour en àtre sñr. Mais däs le dÇbut de notre conversation je n'ai plus eu aucun doute quant Ö son attirance. Peu Ö peu, j'ai accentuÇ ce sentiment et chaque fois qu'elle laissait entendre que l'entretien Çtait terminÇ elle paraissait moins dÇcidÇe... et jamais elle ne s'est sÇrieusement opposÇe Ö ce que tu poursuives

tes questions. Finalement, elle a proposÇ l'aÇronef parce que, je crois, elle en est arrivÇe au point oî elle ne pouvait rater l'occasion de rester un peu plus longtemps avec toi.

266

- VoilÖ qui peut compliquer les choses pour moi, dit pensivement Daneel.

C'est pour la bonne cause. Penses-y en termes de Loi ZÇro, dit Giskard, qui aurait paru sourire...

si son visage lui avait permis une telle expression.

CHAPITRE

Mme quintana poussa un soupir de soulagement en posant l'appareil sur une plaque de bÇton qui convenait parfaitement. Deux robots s'approchärent aussitìt pour l'examen obligatoire de l'engin et

refaire le plein de carburant, si nÇcessaire.

Elle regarda sur sa droite, se penchant sur Daneel.

- C'est par lÖ, Ö quelques kilomätres en amont de la Susquehanna. Il fait chaud, aujourd'hui. ( Elle se redressa Ö regret et sourit Ö Daneel. ) C'est lÖ le plus gros inconvÇnient lorsqu'on quitte la Ville. L'environnement, dehors, est totalement incontrìlÇ.

N'avez-vous pas chaud, Daneel?

Je possäde un thermostat interne qui fonctionne parfaitement.

Merveilleux. J'aimerais en avoir un aussi. Il n'existe pas de route par ici, Daneel. Ni de robots pour nous guider car ils n'y vont jamais. Et j'ignore oî se trouve l'endroit exact, dans cette rÇgion assez vaste. Nous pourrions bien errer Ö travers tout le coin sans tomber sur la base, màme si nous passions Ö quelques centaines de mätres.

- Pas Æ nous Ø, madame. Il est bien prÇfÇrable que vous restiez ici. La suite des ÇvÇnements pourrait se rÇvÇler dangereuse

et, du fait qu'il n'y a pas de conditionnement d'air, la tÉche serait peut-

àtre

au-dessus de vos capacitÇs physiques, màme s'il n'y avait pas de danger. Voulez-vous nous attendre ici?

Je serais moins inquiet.

267

- J'attendrai.

- Cela risque de durer des heures.

- Il y a des tas de choses Ö faire dans le coin et la petite Ville de Ha-rrisburg n'est pas loin.

- Dans ce cas, madame, il nous faut y aller.

Il sauta lÇgärement de l'appareil, suivi par Giskard, et ils se dirigärent vers le nord. Il Çtait präs de

midi et le vif soleil d'ÇtÇ se reflÇtait sur les parties polies du corps de Giskard.

- Si tu dÇcäles le moindre signe d'activitÇ mentale, ce sera eux. Il ne devrait y avoir personne d'autre Ö des kilomätres Ö la ronde, dit Daneel.

- Es-tu certain que nous pourrons les arràter si nous les rencontrons, ami Daneel?

- Non, ami Giskard, je n'en suis pas du tout certain... mais il le faut.

CHAPITRE

Levular Mandamus grogna et leva les yeux sur

Amadiro avec un mince sourire.

- StupÇfiant, dit-il. Et tout Ö fait satisfaisant.

Amadiro s'essuya le front et les joues avec un linge et demanda

- qu'est-ce que cela signifie?

- Cela signifie que toutes les stations-relais fonctionnent.

- Nous pouvons donc lancer l'intensification?

- Däs que j'aurai calculÇ le degrÇ convenable de concentrations de particules W.

- Combien de temps cela va-t-il prendre?

- quinze minutes. Trente.

Amadiro le regarda faire, la mine de plus en plus renfrognÇe, jusqu'Ö ce que Mandamus annonce :

- Äa y est. Je l'ai : 2,72 sur l'Çchelle que j'ai arbitrairement fixÇe. Cela nous laisse quinze dÇcennies avant que soit atteint

l'Çquilibre maximal qui

268

demeurera sans changement notable pendant des millions d'annÇes. Et Ö ce niveau nous aurons la certitude que, au mieux, la Terre ne pourra abriter que quelques groupes isolÇs dans les zones relativement exemptes de radiation.

Il ne nous restera qu'Ö

attendre et, dans quinze dÇcennies, tout un ensemble de mondes coloniens complätement dÇsorganisÇs sera Ö notre merci.

- Il ne me reste pas quinze dÇcennies Ö vivre, dit lentement Amadiro.

- J'en suis dÇsolÇ, dit sächement Mandamus,

mais il S'agit maintenant d'Aurora et des mondes spatiens. D'autres continueront votre oeuvre.

- Vous, par exemple?

- Vous m'avez promis la direction de l'Institut et, comme vous le voyez, je l'ai gagnÇe. A partir de ce tremplin politique, je peux raisonnablement espÇrer devenir PrÇsident un jour

et je mänerai la

politique nÇcessaire pour m'assurer de la dissolution finale des mondes coloniens qui seront tombÇs dans l'anarchie.

- Vous voilÖ bien sñr de vous. Et si, apräs que vous aurez dÇclenchÇ le flux de particules W, quelqu'un d'autre tourne le bouton pour arràter ce flux

au cours de ces quinze dÇcennies ?

- Impossible, monsieur. Une fois l'appareil rÇglÇ, un dispositif atomique interne le bloque dans cette position. Apräs quoi le processus est irrÇversible...

quoi qu'il se passe ici. Màme si tout le coin est vaporisÇ, la croñte poursuivra sa lente combustion.

Je suppose qu'il serait peut-àtre possible de reconstruire un systäme entiärement nouveau si quelqu'un, parmi les Terriens ou les Coloniens, parvenait

Ö copier ce que j'ai fait, mais dans ce cas on ne pourrait qu'augmenter le taux de la radioactivitÇ, jamais le rÇduire. La deuxiäme loi de la thermodynamique s'y oppose.

269

- Mandamus, vous dites que vous avez gagnÇ le poste de Directeur. C'est tout de màme moi qui dÇcide, je crois.

- Pas du tout, monsieur, rÇpondit sächement

Mandamus. Avec tout le respect que je vous dois, je suis le seul Ö connaåtre les dÇtails de ce processus.

Vous les ignorez. Ces dÇtails se trouvent en un lieu que vous ne dÇcouvrirez pas, et, màme si vous le dÇcouvrez, il est gardÇ par des robots qui le dÇtruiront plutìt que de permettre qu'il tombe entre vos mains. Vous ne pouvez en tirer aucun bÇnÇfice.

Moi si.

- Tout de màme, les choses iront plus vite pour vous si vous avez mon approbation. Si vous deviez m'arracher le poste contre mon grÇ, par je ne sais quels moyens, vous vous heurteriez Ö une opposition continue des autres membres

du Conseil qui vous gànerait pendant toutes les dÇcennies au cours desquelles vous exerceriez vos fonctions. Est-ce seulement le titre que vous voulez ou la possibilitÇ

de connaåtre tout ce que permet la vÇritable autoritÇ ?

- Est-ce bien le moment de parler politique? Il y a un instant, vous ne teniez plus d'impatience Ö

l'idÇe que je pouvais m'attarder quinze minutes sur mon ordinateur.

Il s'agit maintenant de rÇgler le rayon de particules W. Vous voulez le rÇgler

sur 2,72 - c'est bien

le chiffre? - et je me demande si c'est une bonne chose. Sur quelle gamme extràme pouvez-vous travailler?

- Elle s'Çtend de 0 Ö 12 mais c'est 2,72 qu'il faut.

Plus ou moins 0,05... si vous voulez davantage de prÇcisions. C'est avec ce chiffre que, sur la base des rapports de nos quatorze relais, nous obtiendrons un laps de temps de quinze dÇcennies pour parvenir Ö l'Çquilibre.

270

- Et moi je pense que le bon chiffre est 12.

Mandamus le regarda, horrifiÇ.

- 12? Savez-vous ce que cela signifie?

- Oui, cela signifie que la Terre deviendra trop radioactive pour qu'on y vive dans une dÇcennie ou une dÇcennie et demie et que nous tuerons quelques milliards de Terriens du màme coup.

- Et que nous provoquerons Ö coup sñr une

guerre avec une FÇdÇration colonienne folle de rage. que Pouvez-vous espÇrer d'un pareil holocauste ?

- Je vous rÇpäte que je ne puis espÇrer vivre encore quinze dÇcennies et que je veux vivre pour voir la destruction de la Terre.

- Mais vous provoqueriez du màme coup d'immenses dommages - pour le moins sur

Aurora.

Vous n'àtes pas sÇrieux.

- Si. J'ai vingt dÇcennies de dÇfaites et d'humiliations Ö venger.

- Ces dÇcennies sont imputables Ö Han Fastolfe et Ö Giskard... pas Ö la Terre,

- Non, elles ont ÇtÇ le fait d'un Terrien, Elijah Baley.

- qui est mort depuis plus de seize dÇcennies.

que peut bien valoir un instant de vengeance sur un homme mort depuis si longtemps?

- Je ne veux pas en discuter. Je vais vous faire une proposition. Le titre de Directeur tout de suite.

Je dÇmissionnerai de mon poste Ö l'instant màme oî nous regagnerons Aurora et je vous nommerai Ö ma place.

- Non. Je ne veux pas de la direction dans ces conditions. Des milliards de morts!

- Des milliards de Terriens. Eh bien, dans ce cas, je ne peux vous faire confiance pour le rÇglage.

Montrez-moi comment rÇgler l'appareil de contrìle et c'est moi qui prendrai la responsabilitÇ. Je dÇmissionnerai 271

toujours de mon poste et je vous nommerai Ö ma place.

- Non. Cela se traduira toujours par des milliards de morts parmi les Terriens et qui sait combien de millions parmi les Spatiens par la màme occasion.

Docteur Amadiro, je vous prie de comprendre que je ne le ferai Ö aucun prix et que vous ne pouvez le faire sans moi. Le mÇcanisme de rÇglage ne rÇagit qu'Ö l'empreinte de mon pouce gauche.

- Je vous le demande de nouveau.

- Vous àtes insensÇ si vous me redemandez cela malgrÇ tout ce que je vous ai dit.

- Cela, Mandamus, c'est votre opinion. Je ne suis pas insensÇ au point d'avoir oubliÇ d'envoyer les robots locaux voir ce qui se passe ailleurs. Nous sommes seuls, ici.

La lävre supÇrieure de Mandamus se retroussa en une grimace.

- Et de quoi avez-vous l'intention de me menacer? Allez-vous me tuer, maintenant qu'il n'y a aucun robot pour vous en empàcher?

- Effectivement, Mandamus, je vous tuerai s'il le faut. ( Amadiro sortit un foudroyeur de petit calibre d'un Çtui qu'il portait Ö son cìtÇ. ) Il est difficile d'obtenir ces armes sur la Terre, mais pas impossible... si l'on y met le prix.

Et je sais m'en servir. Je

vous prie de me croire lorsque je vous dis que je suis bien dÇcidÇ Ö vous brñler la cervelle sur-le-champ... si vous ne posez pas

le pouce sur le contact et si vous ne me laissez pas rÇgler le cadran sur 12.

- Vous n'oserez pas. Si je meurs, comment rÇglerez-vous le cadran sans moi?

- Ne soyez pas stupide. Si je vous fais sauter la cervelle, votre pouce gauche demeurera intact. Il conservera màme un certain temps la tempÇrature du corps. Je me servirai de ce pouce et je rÇglerai le 272

cadran aussi facilement que si j'ouvrais un robinet.

Je prÇfÇrerais vous garder en vie car il sera peutàtre gànant d'expliquer les

causes de votre mort Ö

mon retour sur Aurora, mais pas au point que je ne puisse m'en accommoder. Je vous donne donc

trente secondes pour vous dÇcider. Si vous coopàrez, je vous cÇderai toujours

le poste de Directeur

immÇdiatement. Si vous refusez, tout se passera quand màme comme je le veux et vous serez

mort. Je commence. Un... deux... trois...

Mandamus, horrifiÇ, fixait Amadiro qui continuait Ö compter et Ö le fixer, lui aussi, d'un regard sans expression par-dessus le foudroyeur. Et Mandamus siffla :

- Posez le foudroyeur, Amadiro, ou nous allons àtre l'un et l'autre rÇduits Ö l'impuissance sous prÇtexte que nous devons àtre protÇgÇs de tout mal.

L'avertissement arriva trop tard. Plus rapide que le regard, un bras jaillit, saisissant le poignet d'Amadiro, le paralysant sous l'Çtreinte, et le foudroyeur tomba.

Je suis dÇsolÇ de vous avoir fait du mal, docteur Amadiro, dit Daneel, mais je ne Peux vous laisser braquer un foudroyeur sur un autre àtre humain.

CHAPITRE

Amadiro ne rÇpondit pas. Mandamus dit calmement :

- Vous àtes deux robots sans maåtre dans les parages, pour autant que je Puisse voir. En l'absence de tout autre, je suis

votre maåtre et je vous

ordonne de partir et de ne pas revenir. Puisque, comme vous le voyez, il n'existe aucun danger pour l'instant pour aucun humain prÇsent, rien ne doit 273

vous empàcher d'obÇir Ö cet ordre. Partez sur-le-champ.

- Sauf votre respect, monsieur, dit Daneel, il est inutile de vous cacher nos identitÇs ni nos capacitÇs puisque vous les connaissez dÇjÖ. Mon compagnon, R. Giskard Reventlov, peut dÇtecter les Çmotions...

Ami Giskard.

- Tandis que nous approchions, ayant dÇtectÇ

votre prÇsence depuis assez loin, j'ai remarquÇ, docteur Amadiro, que la fureur envahissait votre esprit. Et chez vous, docteur Mandamus, une

extràme frayeur.

- La fureur, si fureur il y avait, dit Mandamus, traduisait la rÇaction du Dr Amadiro Ö l'approche de deux Çtranges robots, notamment de l'un d'eux capable d'intervenir sur l'esprit humain et qui a dÇjÖ gravement - et peut-àtre dÇfinitivement endommagÇ celui de Mme Vasilia. Ma

frayeur, si frayeur il y avait, Çtait Çgalement due Ö votre approche. Nous maåtrisons maintenant nos Çmotions et vous n'avez aucune raison

d'intervenir. De nouveau, je vous ordonne de vous retirer dÇfinitivement.

- Je vous prie de m'excuser, docteur Mandamus mais je voudrais seulement m'assurer que nou; pouvons sans danger obÇir Ö vos ordres. N'Çtait-ce pas un foudroyeur que tenait le Dr Amadiro lorsque nous sommes arrivÇs...

et

n'Çtait-il pas pointÇ sur vous?

- il m'en expliquait le fonctionnement et allait le ranger quand tu le lui as enlevÇ.

Dans ce cas, dois-je le lui rendre avant de partir, monsieur?

- Non, rÇpondit Mandamus sans broncher, car

dans ce cas tu aurais une excuse pour demeurer ici afin de... nous protÇger, comme tu le dis. Emporte-le 274

en partant et vous n'aurez donc aucune raison de revenir.

- Nous avons quelque raison de penser que vous Vous trouvez ici dans une rÇgion oî les humains ne sont pas autorisÇs Ö pÇnÇtrer...

C'est une coutume, pas une loi. Et qui, en tout Çtat de cause, ne nous est pas opposable puisque nous ne sommes pas terriens. Les robots ne sont d'ailleurs pas davantage admis.

- Nous avons ÇtÇ amenÇs ici, docteur Mandamus, par un haut fonctionnaire du gouvernement de la Terre. Nous avons des raisons de croire que vous àtes ici pour accroåtre le taux de radioactivitÇ de la croñte terrestre et infliger Ö la planäte des dommages graves et irrÇparables.

- Pas du tout... commença Mandamus.

Amadiro le coupa, pour la premiäre fois

De quel droit nous interroges-tu, robot? Nous sommes des àtres humains et nous t'avons donnÇ

un ordre. ObÇis immÇdiatement!

Sous son intense autoritÇ, Daneel frissonna et Giskard fit demi-tour. Mais Daneel dit :

- Je vous prie de m'excuser, docteur Amadiro. Je ne vous interroge pas. Je cherche seulement Ö me rassurer afin de pouvoir tranquillement obÇir Ö

l'ordre. Nous avons des raisons de penser...

- Inutile de te rÇpÇter, coupa Mandamus. ( Puis, Ö

Amadiro : ) Permettez-moi de rÇpondre, docteur Amadiro. ( Puis de nouveau Ö Daneel : ) Daneel, nous sommes ici pour une mission anthropologique dont le but est de rechercher les origines de diverses coutumes humaines qui influencent le comportement des Spatiens. On ne peut les

trouver que sur la Terre et c'est donc ici, sur la Terre, que nous les cherchons.

Avez-vous la permission de la Terre?

275

- Il y a sept ans, je suis allÇ trouver les fonctionnaires qualifiÇs et j'ai

obtenu leur autorisation.

- Ami Giskard, qu'en dis-tu? demanda Daneel Ö voix basse.

- L'esprit du Dr Mandamus indique que ce qu'il dit ne refläte pas la rÇalitÇ des faits.

- Il ment, donc? demanda fermement Daneel.

- Je le crois.

Mandamus dit, toujours aussi calmement

- C'est peut-àtre ce que tu crois mais ce n'est pas une certitude. Tu ne peux dÇsobÇir Ö un ordre en te fondant sur une simple impression. Je le sais et tu le sais.

- mais, dit Giskard, dans l'esprit du Dr Amadiro, la fureur n'est contenue que par des forces Çmotionnelles bien excessives.

Il

est tout Ö fait possible

que ces forces se brisent, si l'on peut dire, et laissent libre cours Ö la fureur.

- Pourquoi discuter, Mandamus? dit Amadiro.

- Pas un mot, Amadiro! cria Mandamus. Vous faites leur jeu!

Amadiro, furieux, repoussa le bras de Mandamus et s'Çcria :

- ils savent la vÇritÇ, et apräs?... Robots, nous sommes des Spatiens. Bien plus, nous sommes des Aurorains, du monde oî vous avez ÇtÇ construits.

Bien plus, nous sommes d'importants personnages d'Aurora et vous devez interprÇter l'expression Æ àtres humains Ø des Trois Lois de la Robotique comm e signifiant Æ Aurorains Ø.

Ø Si vous ne nous obÇissez pas immÇdiatement, vous nous faites du mal et vous nous humiliez, de sorte que vous violez les Premiäre et Deuxiäme Lois. Il est exact que notre action, ici, a pour but de dÇtruire des Terriens, un grand nombre de Terriens, màme. Mais cela n'a absolument rien Ö voir.

Vous pourriez tout aussi bien refuser de nous obÇir 276

parce que nous mangeons la viande d'animaux que nous avons tuÇs. Maintenant que je vous ai expliquÇ

cela, partez!

Mais ces derniers mots furent dits d'une voix rauque. Amadiro, les yeux exorbitÇs, s'Çcroula.

Mandamus, avec un cri inarticulÇ, se pencha sur lui.

- Docteur Mandamus, le Dr Amadiro n'est pas

mort, dit Giskard. Il se trouve pour l'instant plongÇ

dans un coma dont on peut le tirer Ö tout instant. Il aura cependant oubliÇ tout ce qui a trait Ö ce projet et ne pourra comprendre quoi que ce soit qui s'y rapporte - si, par exemple, vous tentiez de lui expliquer. il est possible qu'en faisant cela - et je n'aurais pu le faire s'il n'avait reconnu qu'il avait l'intention de dÇtruire un grand nombre de Terriens -j'aie endommagÇ de façon

permanente d'autres parties de sa mÇmoire et sa facultÇ de raisonnement. Je le

regrette, mais je ne pouvais faire autrement.

- Voyez-vous, docteur Mandamus, dit Daneel, il y a quelque temps nous avons rencontrÇ sur Solaria des robots qui dÇfinissaient restrictivement les àtres humains comme Çtant les seuls Solariens.

Nous reconnaissons que si diffÇrents robots sont soumis Ö des dÇfinitions restrictives d'une nature ou d'une autre, cela ne pourra se traduire que par d'incalculables destructions. Il est inutile de tenter de nous faire dÇfinir les àtres humains comme Çtant les seuls Aurorains. Pour nous, la dÇfinition de l'àtre humain s'applique Ö tous ceux qui appartiennent Ö

l'espäce Homo Sapiens, laquelle comprend les Terriens et les Coloniens. Et nous

avons le sentiment qu'il est plus important d'empàcher de nuire Ö des groupes d'àtres humains et Ö l'humanitÇ dans son ensemble qu'Ö un seul individu particulier.

277

Ce n'est pas ce que dit la Premiäre Loi, observa Mandamus, haletant.

- C'est ce que j'appelle la Loi ZÇro et elle a prÇdominance- Vous n'avez pas ÇtÇ programmÇs ainsi.

- C'est ainsi que je me suis moi-màme programmÇ. Et puisque je sais, depuis

notre arrivÇe ici,

que votre prÇsence a pour but de nuire, vous ne pouvez m'ordonner de partir ni m'empàcher de

vous faire du mal. La Loi ZÇro l'emporte et je dois sauver la Terre. Je vous demande donc de m'aider volontairement - Ö

dÇtruire

ces appareils que vous

avez lÖ. Sans quoi je serais contraint de menacer de vous faire du mal, comme l'a fait le Dr Amadiro, encore que je n'utiliserai pas un foudroyeur.

- Attends! Attends! Ecoute-moi. Laisse-moi t'expliquer. C'est une bonne chose

que d'avoir contraint le Dr Amadiro Ö oublier. Il voulait dÇtruire la Terre, mais pas moi. C'est pourquoi il a braquÇ un foudroyeur sur moi.

- C'est cependant vous qui en avez lancÇ l'idÇe, qui avez conçu et fabriquÇ ces appareils. Sans cela, le Dr Amadiro n'aurait pas tentÇ de vous contraindre Ö faire quoi que ce soit.

Il l'aurait fait lui-màme

et n'aurait pas sollicitÇ votre aide. C'est exact?

- Oui, c'est exact. Giskard peut lire mes Çmotions et dire si je mens. J'ai construit ces appareils et je m'appràtais Ö les utiliser, mais pas comme le souhaitait le Dr Amadiro.

Est-ce

que je dis la vÇritÇ?

Deneel regarda Giskard qui confirma - Pour autant que je puisse l'affirmer, il

dit la vÇritÇ.

- Mais bien sñr, dit Mandamus. Je provoque une accÇlÇration progressive de la radioactivitÇ naturelle de la croñte terrestre.

Il s'Çcoulera cent cinquante ans pendant lesquels les Terriens pourront partir pour d'autres mondes. Ce qui accroåtra la 278

population des mondes coloniens actuels et accÇlÇrera la Colonisation d'un grand nombre d'autres mondes. La Terre ne sera plus un immense monde anormal qui constitue une menace permanente

pour les Spatiens et qui dÇshumanise les Coloniens.

Cela supprimera un foyer de ferveur mystique qui retient et retarde les Coloniens. Est-ce que je dis la vÇritÇ ?

- Pour autant que je puisse le dire, rÇpÇta Giskard, il dit la vÇritÇ.

- Mon projet, s'il rÇussit, prÇservera la paix et fera de la Galaxie un asile pour les Spatiens comme pour les Coloniens. C'est pourquoi lorsque j'ai construit cet appareil...

il s'en approcha, plaça le pouce gauche sur le contact puis hurla brusquement - Figez-vous!

Daneel s'avança et s'arràta, figÇ, la main droite levÇe. Giskard ne bougea pas.

Mandamus se tourna, haletant.

- C'est fait. C'est rÇglÇ Ö 2,72. C'est irrÇversible.

Maintenant, tout va se dÇrouler exactement comme je le souhaitais. Et vous ne pourrez tÇmoigner contre moi car cela provoquerait une guerre et votre Loi ZÇro l'interdit.

Il baissa les yeux sur le corps d'Amadiro et dit, avec un regard de mÇpris :

- Idiot! Jamais tu ne sauras comment il fallait faire.

NIVEAUA Seul

CHAPITRE

Vous ne pouvez me faire de mal, robots, dit

Mandamus, car rien de ce que vous pourrez faire ne changera le destin de la Terre.

- Peu importe, dit Giskard d'une voix tremblante, vous ne devez pas vous souvenir de ce que vous avez fait. Vous ne devez pas expliquer aux Spatiens ce qui va se passer.

D'une main hÇsitante, il tira une chaise Ö lui et s'assit tandis que Mandamus s'Çcroulait et sombrait dans ce qui parut àtre un paisible sommeil.

- Au dernier moment, j'ai ÇchouÇ, dit Daneel, dÇsespÇrÇ, en regardant les deux corps Çtendus.

Alors qu'il me fallait me saisir du Dr Mandamus pour l'empàcher de nuire Ö des humains qui

n'Çtaient pas prÇsents devant moi, je me suis trouvÇ

contraint d'obÇir Ö son ordre et de me figer. La Loi ZÇro n'a pas fait son office.

- Non, ami Daneel, dit Giskard, tu n'as pas

ÇchouÇ. Je t'en ai empàchÇ. Le Dr Mandamus brñlait 280

de tenter ce qu'il a fait et il en Çtait retenu par la crainte de ta rÇaction probable. J'ai neutralisÇ sa crainte et je t'ai ensuite neutralisÇ. Ainsi, le Dr Mandamus a mis le feu Ö

la

croñte terrestre, si l'on peut dire... Ö tout petit feu.

- Mais pourquoi, ami Giskard? Pourquoi?

- Parce qu'il disait la vÇritÇ. Je te l'ai dit. Lui pensait qu'il mentait. D'apräs la nature du triomphe dans son esprit, j'ai bien l'impression qu'il croyait que l'augmentation de la radioactivitÇ entraånerait l'anarchie et la confusion parmi les Terriens et les Coloniens, et que les Spatiens allaient les dÇtruire et s'emparer de la Galaxie. Mais j'ai pensÇ que le scÇnario qu'il nous prÇsentait pour nous convaincre Çtait le bon. La disparition de la Terre en tant qu'immense monde träs peuplÇ entraånera la disparition d'une mystique dont j'ai dÇjÖ senti qu'elle Çtait dangereuse et les Coloniens en bÇnÇficieront.

Ils vont se rÇpandre dans la Galaxie de plus en plus rapidement - sans la Terre vers laquelle se retourner sans cesse comme vers un

dieu du passÇ -, ils

vont fonder un Empire galactique. Il faut que nous aidions Ö rÇaliser cela.

Il se tut un instant et ajouta, d'une voix plus faible :

- Robots et Empire.

- Est-ce que tu te sens bien, ami Giskard?

- Je ne peux me tenir debout, mais je peux

encore parler. Ecoute-moi. Il est temps pour toi de te charger de mon fardeau. Je t'ai rÇglÇ pour que tu possädes la facultÇ de dÇtection et de contrìle mental. Tu n'as qu'Ö Çcouter les derniers circuits tels qu'ils sont imprimÇs en toi. Ecoute...

Il parla fermement - mais de plus en plus faiblement - en un langage et par

des symboles que Daneel pouvait percevoir en lui. Tandis que Daneel Çcoutait, il sentait les circuits se mettre Ö fonctionner.

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Et lorsque Giskard eut terminÇ, il perçut soudain le ronronnement de l'esprit de Mandamus qui

se reflÇtait sur le sien, et le martälement irrÇgulier de celui d'Amadiro, et le mince fil mÇtallique de celui de Giskard.

- Tu dois aller retrouver Mme quintana, dit

Giskard, et t'arranger pour que l'on renvoie ces deux humains sur Aurora. Ils ne pourront plus nuire Ö la Terre. Veille ensuite Ö ce que les forces de sÇcuritÇ de la Terre retrouvent et dÇsactivent les robots humaniformes expÇdiÇs sur la Terre par Mandamus.

Ø Fais bien attention Ö la maniäre dont tu utiliseras tes rÇcents pouvoirs,

car ils sont nouveaux pour toi et tu les contrìleras imparfaitement. Tu t'amÇlioreras avec le temps... lentement... si tu prends toujours bien soin de te faire subir un auto-examen Ö chaque intervention. Applique la Loi ZÇro, mais pas pour justifier un mal inutile fait Ö des individus.

La Premiäre Loi est presque aussi importante.

Ø Protäge Mme Gladia et le commandant Baley...

discrätement. Laisse-les àtre heureux ensemble et que Mme Gladia poursuive ses efforts pour la paix.

Aide Ö super-viser, au cours des dÇcennies, le dÇpart des Terriens de ce monde. Et... encore une chose...

si je peux me souvenir... Oui... si tu le peux... trouve oî sont partis les Solariens. Cela peut àtre... important.

La voix de Giskard s'estompa.

Daneel s'agenouilla Ö cìtÇ de Giskard qui se trouvait assis et prit dans sa main la main de mÇtal qui ne rÇagissait plus. Il dit, en un murmure dÇchirant :

- Reviens, ami Giskard. Reviens. Tu as bien fait, selon la Loi ZÇro. Tu as sauvÇ toutes les vies que tu pouvais sauver. Par humanitÇ, tu as bien fait. Pourquoi 282

tant souffrir alors que ce que tu as fait arrange tout ?

D'une voix si altÇrÇe qu'on distinguait Ö peine ses paroles, Giskard dit :

- Parce que je n'en suis pas certain. Et... si le Dr Mandamus... avait raison... apräs tout... et si les Spatiens triomphaient... Adieu, ami Dan...

Et Giskard sombra dans le silence, pour ne jamais plus parler ni bouger.

Daneel se leva.

Il se retrouvait seul... seul pour veiller sur une Galaxie.

NIVEAUA FIN

Impression Brodard et Taupin

Ö La Fläche ( Sarthe ) le 2 juillet 1990

97 6579C-5 DÇpìt lÇgal juillet 1990

ISBN 2-277-21997-5

dÇpìt lÇgal dans la collection : avril 1986

ImprimÇ en France

Editions J'ai lu

27, rue Cassette, 75006 Paris

diffusion France et Çtranger : Flammarion