L’ENVOYÉ DU VIDE
Greg Keyes
26 ap. BY
Voici la nouvelle qui à ce jour est la plus longue de la galaxie Star Wars. La plus longue, et également l’une des meilleures. L’Envoyé du Vide est en effet une histoire en six parties, rien que ça. Les trois premières ont suivi le Star Wars Gamer de son apogée à sa triste fin (#8, 9 et 10) avant d’être proposées gratuitement sur StarWars.com. C’est lors de cette publication qu’on a pu apprendre que les trois suivantes – ainsi que toutes les autres nouvelles à venir – seraient désormais diffusées dans le Star Wars Insider, dès le volume 62.
C’est Greg Keyes, maître d’œuvre de Conquête, de Renaissance et de L’Ultime Prophétie, l’un de principaux pères du Nouvel Ordre Jedi avec James Luceno qui signe ici ce projet aussi ambitieux qu’épatant puisqu’il est le premier texte à prendre place en plein NOJ.
Cette aventure étonnante et originale se déroule plus exactement entre les deux tomes de L’Aurore de la Victoire et a le mérite de ne pas mettre en scène les premiers rôles de la saga, mais de parfaits inconnus, ou presque, qui débordent de charisme : Uldir Lochett, le chef d’une équipe de sauveteurs spatiaux secrètement au service de L’Académie de Luke Skywalker (apparu dans les Junior Jedi Knights et le prologue de Conquête) et Klin-Fa Gi, un mystérieux mais néanmoins joli petit bout de femme qui semble être un Chevalier Jedi.
Titre original : Emissary of the Void
CHAPITRE I
COMBAT SUR BONADAN
Voilà qui est intéressant, pensa Uldir Lochett quand une paire de jambes féminines en collants noirs déboula par dessus son épaule gauche. Au-dessus des collants, il aperçut vaguement une jupe jaune foncé et plus haut encore, un visage jeune et déterminé encadré par de courts cheveux sombres. Mais ce furent les pieds qui accaparèrent son attention quand ils atterrirent pile au centre de la table à laquelle il était assis avec ses partenaires, entrechoquant leurs verres qui partirent brièvement en trajectoire sous-orbitale. Puis les pieds disparurent, propulsant les jambes, la jupe jaune et le reste du corps à environ deux mètres de haut et un en avant en direction du balcon situé au-dessus d’eux. Des armes projetèrent leurs éclairs sifflants et Uldir se retrouva en train de tâtonner pour finalement atteindre un holster vide.
— Arrêtez-la ! cria un homme derrière Uldir.
Uldir vit deux de ses trois partenaires chercher comme lui des armes qui n’étaient pas là. La troisième, une femme humaine aux étonnants cheveux platine, essuya une éclaboussure de whisky Corellien de la grande cicatrice se trouvant sous son œil gauche.
— Il me faut un autre verre, fit-elle remarquer, tandis qu’une autre salve de serpentins bleus fusa, frappant le balcon en synthé-bois auquel la fille avait réussi à s’agripper. Les habitués du bar Dans le Rouge plongèrent pour s’écarter de la toute nouvelle zone de combat mais la musique de l’orchestre continua de retentir joyeusement par-dessus les coups de feu.
— Je déteste ces péquenauds, grogna Leaft en cognant son pied fermé en poing sur la table et prenant l’air renfrogné propre aux Dugs.
Un coup d’œil par dessus son épaule confirma ce qu’Uldir soupçonnait déjà : les poursuivants de la fille étaient des agents de l’Autorité du Secteur Corporatif, les seules personnes autorisées à porter des armes sur Bonadan. D’après la couleur et la puissance de leurs rayons, il devina que leurs armes étaient réglées sur le mode neutralisant et visaient sans aucun doute possible la fille qui était à présent loin au-dessus d’eux, mettant Uldir et ses partenaires largement en dehors de la ligne de tir. Il se détendit un peu, fixa ses yeux ambrés sur la fille qui se rétablissait sur le balcon et se demanda ce qu’elle avait bien pu faire pour provoquer une telle réaction de la police locale.
— Très impoli, dit Vook, apparemment d’accord avec le Dug. Son visage plat et sans nez de Durosien était indéchiffrable mais sa voix, comme d’habitude, était mélancolique comme si cet événement lui rappelait sa planète natale disparue.
— Je déteste les vacances, dit Leaft, cognant à nouveau sur la table.
Ce n’étaient pas exactement des vacances. Une petite escarmouche avec un interdicteur Yuuzhan Vong sur la Voie Hydienne avait laissé le vaisseau de transport du quatuor hétéroclite avec un hyperpropulseur grillé et sans boucliers. Ils avaient réussi à se traîner jusqu’au Secteur Corporatif, une région de la Bordure encore majoritairement neutre dans le conflit qui opposait ce qui restait de la libre Nouvelle République à la puissante race extragalactique Yuuzhan Vong, qui avalait système après système dans leur croisade sacrée. N’ayant rien à faire pendant les réparations, Uldir avait compris qu’ils pourraient en profiter pour se reposer et par conséquent, tous les quatre se retrouvèrent vite sur la Bande Galarc-en-Ciel, une avenue colorée près de l’astroport où étaient rassemblés des bars aux prix exorbitants et des casinos.
La fugitive était habillée comme les hôtesses qu’Uldir avait vues plus tôt dans la soirée au casino La Chance tourne, mais pour une joueuse, elle était plutôt agile. Pendant qu’il l’observait, elle s’envola au-dessus du balcon, se faufilant habilement entre les lignes de mire pointées sur elle et s’accroupit derrière une table maintenant désertée. Les agents de l’ASC se regroupèrent sous le balcon, tirant en l’air.
— Ce doit être une erreur, remarqua Vega Sepen, la femme à la chevelure platine.
— Tactiquement peu judicieux, acquiesça Vook d’un air sérieux.
— Un petit humain désarmé contre quatre clowns de la Corp, dit Leaft en ricanant. Tu parles d’un spectacle !
— Pas si petit que ça, corrigea Uldir, croisant les bras et dressant le menton vers le balcon. C’est une fille.
— Oh oh, murmura Vega.
— Épargne-moi la différenciation des sexes chez les humains, fit le Dug en grondant. Rien que d’y penser me rend malade. Euh… Capitaine. Il ajouta cette dernière partie sur un ton maussade, se souvenant probablement d’un des nombreux reproches solennels qu’il avait récemment dû essuyer de la part de ses supérieurs.
Pendant ce temps, la table derrière laquelle la fille se cachait franchit brusquement la balustrade du balcon. Elle heurta directement trois des agents et frôla le quatrième. Sur un sourire carnassier, la fille se retourna et se sauva en traversant l’étage supérieur à la recherche d’une sortie.
— Elle s’en va, nota Vook.
— Ouais, dit Uldir. Peut-être pas.
Vega devait avoir remarqué l’expression du visage d’Uldir.
— Ce n’est pas notre combat, prévint-elle. Nous sommes des sauveteurs spatiaux, pas des chasseurs de primes.
— Eh bien, on ne peut sauver personne sans notre vaisseau et je m’ennuie, dit Uldir. De toute façon, elle me doit ces boissons. Sur ces mots, il poussa sa chaise en arrière, referma sa veste de pilote et sauta sur la table.
— Ça va mal se finir, entendit-il Vook prédire tristement.
Uldir prit l’exemple de la fille, s’envolant de la table. Il agrippa le balcon, passa par dessus et courut vers la sortie par laquelle elle avait disparu.
La sortie menait à un étage supérieur, une cour en plein air. Là-bas, sous la couleur rouille du ciel du soir, il trouva une rangée de clients fâchés et déconcertés lançant des injures à sa cible, qui grimpait sur le câble de sortie du bouclier ionique filtrant l’atmosphère polluée de Bonadan en quelque chose d’à peu près agréable. L’avis d’Uldir sur les prouesses athlétiques de la jeune fille monta encore d’un cran, contrasté par le soupçon croissant qu’elle était probablement un genre de cambrioleur ou d’espion. Peut-être avait-elle volé quelque chose au casino ou tout du moins essayé de le faire. Quoi qu’il en soit, il était déterminé à le découvrir.
Il sauta sur sa droite pour éviter de trébucher sur un Rodien à terre, mais ce bond l’amena face-à-face avec un immense mâle Barabel faisant grincer une rangée de dents acérées à environ cinquante centimètres au-dessus de sa propre silhouette d’un mètre et demi.
— Désolé, maugréa Uldir à l’attention de l’édifice écailleux.
Le visage reptilien noir du Barabel se déforma.
— Tu m’insultes ?
Il sortit ses griffes et il vint à l’esprit d’Uldir que la police de Bonadan ne pouvait confisquer les armes naturelles.
Le Barabel avait des dents, des griffes et soixante kilos de plus que lui. Uldir avait ses poings et le meilleur entraînement de combat à mains nues que l’Unité de Recherche et de Secours pouvait dispenser.
C’est pourquoi il s’enfuit, s’échappant derrière une Togorienne ivre qui titubait alors que le Barabel lançait une gifle dans sa direction. Le lézard géant essaya de se rattraper après le mouvement soudain d’Uldir et frappa à la place l’humanoïde à fourrure blanche qui hurla et se pencha pour faire face à son adversaire. Uldir pensa qu’il serait bien resté pour voir comment l’affrontement allait tourner, dans des circonstances normales, mais une fois de plus, il avait perdu de vue la voleuse.
Il monta le câble à mains nues, se tirant jusqu’au-dessus du toit. D’ici il ne pouvait voir la Bande Galarc-en-Ciel mais il entendait sa fanfare : Uldir et ses partenaires étaient arrivés au milieu d’une sorte de festival organisé par un des nouveaux directeurs du Secteur Corporatif. Ils avaient dû forcer pour passer à travers la parade menée par des flotteurs portant les images des différents chefs de l’ASC qui distribuaient des jetons de casino aux adultes et des bibelots aux enfants. Sa position surélevée dominait maintenant le côté le plus repoussant de Bonadan, le quartier des entrepôts qui était déployé derrière la façade clinquante de la Bande.
— Comment a-t-elle bien pu… ? commença Uldir, avant de réaliser qu’il se parlait tout seul, chose qu’il considérait comme un mauvais signe. Mais comment avait-elle fait ce saut ? Elle avait franchi les quatre mètres d’écart avec la route aérienne que les barges empruntaient comme s’il n’y avait qu’un centimètre à sauter.
Elle prit de la vitesse pour atteindre la barge suivante qui n’était séparée de sa voisine que d’à peu près un mètre, et la série de barges se poursuivait à perte de vue.
— Nom d’une bouffée carbonique ! jura-t-il. S’il ne pouvait faire ce saut, il la perdrait mais ça ne valait évidemment pas le coup de sauter juste pour voir s’il pouvait y arriver… voilà le problème.
Il entendit un sifflement derrière lui et se retourna pour voir le Barabel monter bien vite et décida que finalement, ça valait le coup de vérifier. Il prit dix pas d’élan et bondit de toutes ses forces. Au dernier moment, il eut soudain la terrible impression qu’il n’y arriverait pas, bientôt suivie de la terrible impression que la gravité lui jouait des tours. Il avait sauté assez loin mais pas assez haut. Il n’arriverait même pas à frôler le bord de la barge qui descendait.
Il faillit ne pas voir le câble de multi-détection qui pendait devant lui, mais au dernier moment, il l’aperçut et enroula ses mains autour, grimaçant de par la brûlure de la friction qu’il produisait pour arrêter son élan. Adressant un remerciement silencieux à toutes les divinités, quelles qu’elles soient, qui protégeait les imbéciles et les pilotes, il commença à se hisser vers le haut, ignorant la série sifflante de jurons inintelligibles que le Barabel lui lançait.
Une fois en haut, il s’arrêta un moment pour reprendre son souffle et pendant un instant, il fut émerveillé par la nuit tombante. Le soleil de Bonadan ressemblait à un “rouge d’œuf” géant étalé sur l’horizon d’un noir d’ébène composé de collines érodées et de terrils. Sous l’éclat torride de cette lumière, les tours en plexacier de l’astroport semblaient faites de lave en mouvement. Des panaches de fumée noire issues de raffineries lointaines dérivaient, s’assemblant en nuages rendus lumineux par la lumière du soleil s’éclipsant, comme des doigts d’ombre se déployant vers l’horizon de la nuit. Dans les profondeurs du ciel, les phares chimiques des moteurs ioniques clignotaient ici et là selon le rythme d’arrivée et de départ des vaisseaux. Le train de minerai sur lequel il se tenait s’étirait au loin comme une sorte de voie magique au-dessus du paysage stérile.
Il n’y avait rien d’admirable dans le désastre écologique que les Autorités du Secteur Corporatif avaient réalisé sur une planète autrefois luxuriante, mais il y avait de la beauté dans chaque chose, même dans la destruction. La Force était présente même dans une terre désolée.
Les barges étaient à usage strictement planétaire, leur toit ouvert. Il n’identifia pas le minerai (il espérait qu’il n’était pas radioactif) il valait mieux ne pas s’aventurer dessus, de telle manière qu’il suivit la fille, courant le long du bord métallique surélevé de la barge. L’étroitesse du passage ne le dérangea pas : quand il était gamin, les astroports de Coruscant et de presque tous les autres endroits de la galaxie avaient été ses terrains de jeu et, il avait passé bien des heures à faire des choses beaucoup plus stupides sur des surfaces beaucoup plus dangereuses.
À son grand bonheur, sa cible ne semblait pas encore l’avoir remarqué. Elle prenait son temps, certaine d’avoir semé ses poursuivants. Il sauta le mètre qui le séparait de la barge suivante, gagnant du terrain, confiant que le fredonnement régulier des répulseurs couvrirait son approche. D’ailleurs, la fille s’était arrêtée à présent, relevant sa robe pour atteindre quelque chose d’attaché à sa jambe. Elle s’attaqua à l’adhésif, le taillant en pièces.
Ah-ha, pensa-t-il. Maintenant, on va voir ce que tu as volé.
Cependant, quand il arriva dans les cinq mètres, la fille arrêta ce qu’elle faisait et tourna les talons pour lui faire face.
— Ne bougez plus ! cria-t-elle par-dessus le tambourinement des barges. Je vais me défendre.
— Oh, ça, j’en suis sûr, dit Uldir. J’ai vu ce que tu as fait aux agents dans le bar tout à l’heure.
Elle leva le menton et il réalisa soudain qu’elle était plutôt jolie avec ses yeux foncés et ses petites mèches brunes. Et elle était jeune, peut-être plus jeune que lui. Elle ne correspondait pas du tout à l’image élégante d’une hôtesse de la Galarc-en-ciel, on aurait plutôt dit une petite sœur qui jouait à la dame.
— Qu’est-ce que tu fais ici ? demanda-t-elle, le toisant du regard. Ce n’est pas un uniforme de l’ASC.
— Tu me dois quatre verres, dit-il. En plus, j’ai le sentiment bizarre que ne prépares rien de bon.
— Tu as tort, répondit la fille. Tu ne sais même pas à quel point.
— Explique-moi mon erreur alors. Je serais heureux de l’entendre.
Elle sourit faiblement.
— Tu n’as pas besoin d’une explication, dit-elle.
Uldir se dit qu’il n’en avait finalement pas besoin. Maintenant qu’il l’avait rencontrée, elle paraissait être du genre honnête. Quel que soit le problème qu’elle avait avec l’ASC, c’était probablement un malentendu. Il haussa les épaules et commença à s’éloigner quand il comprit.
— Hé ! fit-il en se retournant.
Un bloc de minerai cogna son épaule avec assez de force pour le renverser. Il se remit vite sur pied mais elle était déjà prête à l’attaque. Maintenant qu’il savait ce qu’elle était, il n’était pas vraiment surpris.
Mais il n’eut pas plus le temps de reprendre la conversation. Elle était en l’air, avec l’intention de lui envoyer un coup de pied dans le plexus.
L’entraînement prit le dessus. Les coups de pied en l’air étaient un bon moyen de désarçonner les adversaires de leurs speeders ou peut-être s’ils étaient paralysés, mais ils n’étaient guère efficaces contre quelqu’un qui gardait son équilibre et avait un minimum de présence d’esprit. Il tourna de côté et il abattit un coup vers la base de son cou quand elle le dépassa, sauf qu’elle ne le dépassa jamais. À la place, elle toucha le sol et pivota, transformant son coup de pied en un cercle qui le frappa à l’endroit qu’il avait essayé d’atteindre sur elle. Le coup le fit rouler et il s’étala rudement sur le minerai puis se releva pour finalement la trouver au-dessus de lui. Cependant, dans sa hâte, elle négligea son geste, et il bloqua son coup de pied suivant puis enfonça ses doigts tendus dans son estomac. Elle toussa et tomba durement dans le minerai.
— Écoute… commença-t-il, mais avant qu’il ne puisse en dire plus, elle fit un geste de la main gauche et un autre morceau de minerai bondit d’un mètre et cogna son front. Il retomba brutalement.
— Aïe, fit-il, se frottant la tête. Tu n’avais pas besoin de faire ça. Je suis…
Il les remarqua avant elle, soit parce qu’elle était sonnée par son coup de poing soit parce qu’elle était concentrée sur lui. Il plongea vers elle. Elle leva défensivement ses mains d’un geste brusque, mais il les attrapa et la traîna sur ses pieds juste au moment où plusieurs éclairs chauffés à blanc creusèrent des trous en fusion dans le minerai sur lequel elle se tenait.
— Des speeders ! cria-t-il.
Effectivement, cinq speeders atmosphériques de la sécurité descendaient vers eux, mitraillant la zone de tirs de blasters. Uldir se trouva soudain face-à-face avec la fille, tenant encore ses deux mains dans les siennes. Elle sembla l’examiner pendant une nanoseconde puis elle se libéra et se remit à courir. Uldir la suivit, des tirs de blasters sur les talons.
La fille courut vers le bord de la barge, l’emprunta pendant quelques secondes puis elle sauta dans le vide.
— Attends ! cria Uldir. Trop tard. Il s’arrêta en dérapant, regardant par-dessus le bord et espérant qu’elle s’était laissée tomber sur un grand immeuble mais il n’y avait rien d’autre qu’un vide d’une soixantaine de mètres se terminant sur vers les maisons décolorées à un étage de la banlieue de l’astroport.
Un tir l’atteignit d’assez près pour friser ses sourcils et il réalisa qu’il était devenu une cible de rechange. Plusieurs autres tirs se répandirent sur le bord de la barge et avec un juron silencieux, il se remit brusquement en mouvement, se laissant tomber dans la barge pour utiliser le bord surélevé en tant que protection réduite. Sa main glissa vers son blaster mais il était toujours à bord de son vaisseau.
Les pilotes étaient malins. Quatre d’entre eux restèrent en arrière, établissant une sorte de périmètre de feu qui le garda enfermé dans la barge. Le cinquième se plaça plus bas, se concentrant sur lui. Il essaya de faire le vide, de sentir les tirs venir avant qu’ils ne soient là mais son entraînement Jedi avait été de la pure perte : il n’avait aucun don pour la Force. Néanmoins, de temps en temps, sa chance était assez insolite pour suggérer que l’académie de Maître Skywalker lui avait laissé quelque chose.
Cette fois, il ne pensait pas qu’il serait aussi chanceux que d’habitude. Quand un sixième speeder s’éleva du dessous de la barge, à guère plus de deux mètres sur sa droite, il en eut la certitude. Il se crispa quand les blasters firent feu.
Mais les tirs fusèrent au-dessus de sa tête et frappèrent le speeder qui le harcelait à bout portant et son point de vue changea brusquement, se concentrant sur la forme en jaune et noir aux contrôles du vaisseau qui venait d’arriver. La silhouette lui faisait des gestes impatients.
— Pas besoin de me le dire deux fois, marmonna Uldir. Évitant encore les tirs plus lointains, il courut en direction du speeder et grimpa à l’intérieur. Dès qu’il fut à bord, la fille appuya sur l’accélérateur, zigzaguant à travers un réseau d’éclairs blancs.
— Merci, dit Uldir.
— Si c’est une blague, tu vas le regretter, fit la fille sur un ton cassant. Pourquoi me poursuivais-tu ?
— Je ne savais pas que tu étais une Jedi.
La fille vira dangereusement et plongea vers le paysage.
— Je crois que tu manques un peu d’altitude, là, ajouta-t-il.
— Ah bon ? Tu veux conduire ?
— Euh… d’accord.
— Super. Elle lâcha les contrôles, laissant Uldir plonger pour les atteindre avant que le speeder ne s’écrase dans une tour de transmission. Pendant ce temps, elle se remit à manipuler ce qui était attaché sur sa jambe.
— Tu ne savais pas que j’étais une Jedi ? C’est justement parce que j’en suis une que tout le monde est après moi.
— Je pensais que tu étais une voleuse, expliqua Uldir, redressant à temps pour éviter les graves dégâts que lui auraient causés la lumière cohérente et les particules chargées. Pourquoi est-ce qu’ils en ont après toi ?
— Parce que je suis une Jedi. Tu es bouché ? Tu ne sais pas que chaque planète de la galaxie joue des pieds et des mains pour nous livrer aux Yuuzhan Vong ?
— Je suis au courant, dit sèchement Uldir. J’ai failli être moi-même impliqué.
Elle se mit à rire.
— Tu n’es pas un Jedi.
Cela le vexa plus qu’Uldir ne voulait l’admettre.
— Hé, sois sympa avec moi. J’ai sauvé tes petites… euh, ta peau.
— Et je t’ai rendu la pareille, lui rappela-t-elle. On est quittes maintenant. Alors, pourquoi quelqu’un voudrait-il te livrer ?
Uldir écarta une mèche de cheveux châtain de ses yeux.
— Je suis un sauveteur spatial, dit-il. Un ancien collègue à moi s’est avéré faire partie des Brigades de la Paix et il a découvert qu’une fois, j’avais suivi des cours de l’Académie Jedi. Il a monté une embuscade dont j’ai eu de la chance de me tirer. C’était juste après que le Maître de Guerre Yuuzhan Vong a déclaré que si tous les Jedi lui étaient livrés, il arrêterait la conquête de la galaxie. Il secoua la tête. Comme si quelqu’un pouvait vraiment y croire.
— Tu étais à l’Académie de Maître Skywalker ? demanda la fille, sceptique.
— Pourquoi, il y en a une autre ?
— Non.
— Mais je n’avais aucun talent pour la Force, ajouta Uldir.
— Ça, c’est évident, dit la fille.
— Ouais, je pense que tu l’as remarqué, dit Uldir, virant brusquement sur sa gauche, alors que les speeders de la police essayaient de le coincer et faisaient du bon boulot. Attends une seconde, dit-il.
— On va devoir se battre un peu. Il regarda par-dessus son épaule. À propos, je m’appelle Uldir.
— Klin-Fa Gi, à ton service, fit-elle avec un sourire sévère. Tu m’as presque fait tuer, Uldir. Ne recommence pas.
— Je vais essayer, Klin-Fa Gi. Reste à couvert, on va essuyer quelques tirs.
— Pas si j’ai mon mot à dire là-dessus.
Pour la deuxième fois cette nuit-là, elle lui passa par-dessus en bondissant, atterrissant avec une grâce féline sur l’avant du speeder. Elle se tenait là en cible parfaite pour les deux speeders vers lesquels ils partaient en tonneau. Puis un sifflement traversa le vent et une bande jaune d’énergie apparut dans sa main gauche, coupant rapidement en dessinant un huit et envoyant une paire de tirs de blaster se perdre en vrombissant dans les terres stériles.
Voilà ce qui était attaché à sa jambe, conclut Uldir. Klin-Fa devait avoir traversé un de ces détecteurs d’armes dont Bonadan était remplie.
— On dirait bien que j’ai des boucliers maintenant, murmura Uldir, pressant les boutons de tir de blaster sur la manette et esquivant sur la droite. Son tir fit mouche, électrocutant le stabilisateur du speeder de son adversaire qui partit en vrille. Uldir espéra que le pilote reprendrait le contrôle de son speeder avant qu’il ne s’écrase sur le sol.
Et d’un, pensa-t-il, alors que Klin-Fa accomplissait une autre série incroyable de parades grâce auxquelles leur speeder n’avait essuyé aucun tir ennemi.
Comme il l’avait remarqué auparavant, les pilotes n’étaient pas idiots. Au lieu d’utiliser les tactiques habituelles de combat aérien, ils essayaient maintenant de passer sous eux, là où ils ne seraient pas arrêtés par le sabre laser de la Jedi. Il laissa le speeder plonger et n’osa pas faire de virages trop brusques en espérant que Klin-Fa pourrait conserver sa prise.
Les terres stériles ombragées grimpèrent vers eux, des hectares sans fin de terres boursouflées par les produits chimiques et découpées en formes géométriques par la violente érosion. Le soleil de Bonadan n’était maintenant plus qu’une fine lentille rouge à l’horizon et au nord des éclairs zigzaguaient à l’intérieur d’un nuage en forme d’enclume. Le vent était chargé d’eau, de gravier et de composés organiques malsains.
Pourtant, la tempête lui donna une idée, et il abaissa sa trajectoire vers le nuage menaçant. La pluie empêcherait de voir et les éclairs embrouilleraient les instruments de bord et peut-être même les droïdes-radars que les gardes croyaient aveuglément. Si lui et Klin-Fa réussissaient à passer à travers, peut-être pourrait-il faire demi-tour et rejoindre le Coup de Bol avant que les speeders de la sécurité ne retrouvent leur piste. Si le vaisseau était réparé, alors ils pourraient probablement s’échapper de la planète avant que les autorités spatiales ne leur ferment le chemin. Si…
Il laissa échapper un sourire, se rappelant de ce que Vega lui aurait dit : “Si”, c’est un raccourci pour dire, “On est fichus”.
— Est-ce que ces gars font partie des Brigades de la Paix ? cria Uldir à la fille.
— C’est toi qui m’en as parlé, répondit-elle. Je n’ai jamais entendu parler d’eux.
Uldir leva le sourcil. C’était étonnant.
— C’est une organisation collaborationniste, lui dit-il. Ils pensent qu’on ne peut pas vaincre les Yuuzhan Vong, alors ils préfèrent s’associer à eux et entrer dans leurs bonnes grâces tant que c’est encore possible. Parfois, ils infiltrent la police locale.
Klin-Fa renifla.
— Les pontes de l’Autorité Corporative ne se le font pas dire deux fois quand ils trouvent une occasion de se remplir les poches, et les chefs ne font pas affaire avec des intermédiaires sauf s’ils y sont contraints. Il y a un exécuteur Yuuzhan Vong sur cette planète alors même que nous discutons. Je suis sûre que les pontes ont fait leurs propres arrangements.
— Quoi ? Mais c’est à l’encontre du pacte de neutralité !
— Je parie que non. Les avocats de l’ASC peuvent trouver une faille, là où il n’y a même pas de brèche.
Le nuage s’avançait mais les speeders étaient bien trop près. Il descendit encore plus bas, se laissant tomber dans un des canyons qui rampaient en bas, du côté de l’astroport.
— On dirait que tu sais piloter, concéda Klin-Fa à contrecœur, bondissant par-dessus le cockpit pour atterrir sur l’arrière, maintenant la partie la plus menacée du vaisseau.
— Non, sans blague ? rétorqua Uldir. Hé, tu fais bien de me le dire. Je ne l’aurais jamais su. Là, je rayonne de bonheur et de confiance. J’ai la certitude que je peux nous sortir de là.
Elle ignora le sarcasme.
— Sauveteur spatial, hein ? dit-elle pensivement. Qui est-ce que tu sauves ?
— Des Jedi, la plupart du temps.
Klin-Fa bloqua un tir dirigé vers le stabilisateur arrière et lui lança un étrange regard.
— Quoi ? demanda-t-elle. Pour qui tu travailles ?
— Le chèque vient de l’Unité de Recherche et de Secours de la Nouvelle République mais c’est un genre de couverture. Les ordres viennent de Maître Skywalker en fin de compte. Il a organisé pendant des mois un réseau de mise hors de danger pour les Jedi.
— Je ne savais rien de tout ça, dit-elle. J’étais… coupée de tout. Je ne connaissais même pas l’existence de l’ultimatum du Maître de Guerre avant hier.
Cela expliquait pourquoi elle ne connaissait pas non plus l’existence des Brigades de la Paix.
— Où étais-tu pour n’en avoir pas entendu parler ? demanda Uldir.
Ses yeux se froncèrent.
— Tu comprendras que je ne délivre pas cette information spontanément.
— Hé, c’est toi la Jedi. Ne peux-tu pas savoir si je mens ou si je suis une menace ?
Elle hésita.
— J’ai déjà été dupée, admit-elle. Tout ce que tu dois savoir c’est que je suis en mission, aussi pour Maître Skywalker. J’ai découvert quelque chose de toute première importance, un danger terrible pour la Nouvelle République.
— Mais tu ne me diras pas ce que c’est ?
— Non.
Uldir était impressionné par son calme. Même si sa trajectoire à travers les canyons les avait temporairement protégés des tirs de blaster, elle devait avoir du mal à conserver sa stabilité ; pourtant, elle n’avait même pas cligné des yeux. Elle avait de l’hélium liquide dans les veines, cette fille-là.
— On va plonger en plein milieu d’une tempête, dit-il. Tu devrais peut-être revenir dans le cockpit.
— Une tempête ? Non. Tu devrais peut-être… attention !
Uldir tira brutalement sur la manette, se reprochant intérieurement de s’être laissé distraire. Un des speeders de la sécurité réussi à se frayer un chemin dans un canyon voisin et maintenant, se retrouvait soudain en face de lui.
Des tirs de blaster écorchèrent le dessous du vaisseau et il se secoua brusquement comme un toukfin pris au harpon. Le système d’alimentation gémit et tous les indicateurs à bord se désactivèrent. Le speeder tomba alors qu’Uldir secouait désespérément la manette de bascule vers les systèmes de secours.
La panne d’alimentation ne dura qu’un instant mais elle provoqua une chute vertigineuse, et il se trouvait maintenant en trajectoire de collision avec le speeder adverse. Il vira franchement à gauche, oubliant momentanément qu’il avait un passager en équilibre à l’arrière. Klin-Fa ne sembla pas y faire attention : elle glissa adroitement sur la partie étroite du speeder maintenant face au ciel, s’accroupit et abattit son sabre en direction de l’autre véhicule. Uldir vit un cisaillement d’étincelles avant l’impact. Elle avait porté un coup oblique et leur adversaire partit en vrille, un gros bout de son avant manquant. Uldir fut vaguement conscient du crissement que le speeder produisit quand il s’écrasa dans un mur du canyon mais il concentra toute son attention pour échapper à ce même sort. Les répulseurs se rallumèrent en crépitant et avec un juron silencieux, il s’éleva et sortit du canyon, incapable de faire suffisamment confiance à son vaisseau pour retourner manœuvrer en bas.
Ce fut seulement là, faisant face au mur sombre de la tempête, qu’il réalisa qu’il ne voyait plus Klin-Fa. Ses derniers mouvements devaient l’avoir délogée.
Il s’engagea dans un virage serré, espérant la repérer et espérant tout autant que ses pouvoirs de Jedi l’avaient aidée à survivre à la chute, quand un cri venant d’en bas attira son attention. Il vit la jeune Jedi suspendue par une main aux attaches magnétiques du vaisseau.
— Tiens bon ! Uldir bloqua sa trajectoire vers la tempête et plongea la main sous le tableau de bord d’où il ressortit le blaster spécial des agents. Puis, il grimpa hors du cockpit et se plaça sur le nez du vaisseau, balançant les bras pour trouver l’équilibre.
Les trois speeders restants se rapprochaient vite et l’air bruissait de particules ionisées mortelles. Uldir se coucha sur le ventre et se pencha par-dessus le rebord, saisissant Klin-Fa par le poignet. Elle referma à son tour ses doigts sur le poignet d’Uldir et se balança dans le vide, faisant tournoyer son sabre laser pour dévier un tir de blaster qui l’aurait coupée en deux. Uldir se redressa pour la remonter, observant avec stupeur qu’elle continuait à parer les attaques. Avec sa main libre, il tira avec acharnement sur le premier vaisseau de police, qui approchait beaucoup trop vite. Il l’érafla par deux fois puis heurta le cockpit avec un coup oblique qui devait avoir blessé le pilote car le vaisseau dévia brusquement. Puis, deux secousses de suite ébranlèrent son speeder tellement fort qu’Uldir en perdit presque ses appuis. Il remonta la Jedi sur la proue juste au moment où la première goutte de pluie tomba près d’eux.
— On rentre dans le cockpit ! cria-t-il. Le vaisseau commençait à dériver bizarrement vers la droite, indiquant une panne probablement irréparable d’un des stabilisateurs.
Un autre trait les frappa alors qu’ils retournaient dans leurs sièges, et là, comme s’ils étaient passés sous un rideau, la pluie se mit à tomber si fort qu’Uldir ne voyait plus rien. Il se jeta sur le bouclier climatique, et l’eau se mit à glisser contre le champ protecteur, mais la visibilité n’augmenta pas le moins du monde.
Un dragon de foudre à dix-huit têtes hurla autour d’eux et les cheveux de la nuque d’Uldir se redressèrent. Le bruit ressemblait à l’implosion d’une planète.
— Larve de Sith ! cria Klin-Fa. Qu’est-ce que tu nous as fait faire ?
— Tu ne vois plus nos amis maintenant, n’est-ce pas ?
— Non. Eux ils ne sont pas assez fous pour voler dans une tempête balayeuse.
— Une quoi ?
— Bonadan possède des stations de contrôle météo sur toute sa surface. Tu ne pensais pas que c’était naturel, n’est-ce pas ? Ils engendrent ces tempêtes dans la périphérie quand l’air devient trop toxique pour les mineurs. La pluie et les éclairs font retomber un peu de la crasse qu’ils mettent dans le ciel chaque jour.
— Oh. Où veux-tu en venir ?
— Je veux t’expliquer que ces tempêtes-là sont plus concentrées et plus violentes qu’une tempête normale, Monsieur Qui-Réagit-Au-Quart-De-Tour. La cheminée autour de l’œil sert à créer un maximum d’ionisations.
— Un maximum… oh-oh.
Tout était devenu plus sombre mais pas si loin, il vit des nappes éclairantes danser comme des voiles de nébuleuses.
— Alors on ferait mieux de ne pas aller là-bas, hein ? Uldir soupira, tirant franchement la manette sur la droite. Rien ne se produisit. Le vaisseau ne les porterait à nul autre endroit que le cœur de la tempête.
— Non. Tu devrais déjà nous avoir fait sortir de là ! cria Klin-Fa. Même à travers le pare-brise, le bruit de la tempête était presque assourdissant.
— Je ne peux pas. J’ai verrouillé les commandes quand je suis sorti te chercher. Elles sont encore verrouillées.
— Eh bien, déverrouille-les, Cerveau-Lent !
Uldir continua de secouer les interrupteurs.
— Ça marche pas, dit-il.
— Bon, qu’est-ce qu’on fait alors ?
— Alors on s’accroche.
Il visa le répulseur arrière avec son blaster et tira.
— Mais t’es dingue ? hurla Klin-Fa.
— Je ne l’étais pas avant de te rencontrer, répliqua Uldir. Maintenant, j’ai besoin de l’opinion d’un professionnel. Il tira à nouveau, et le speeder sembla fléchir contre le vent. Leur trajectoire en courbe devint presque perpendiculaire au sol.
— Comme je disais, fit remarquer Uldir quand un autre filet d’éclairs crépita tout autour d’eux, accroche-toi.
Il sentit alors une vibration qui ne venait pas des éclairs et la reconnut comme un mouvement dans la Force. Il n’y était peut-être pas assez sensible pour la maîtriser mais il avait côtoyé les Jedi les plus puissants de la galaxie et avait appris à reconnaître son utilisation.
En particulier maintenant, quand il sentit que quelque chose ne tournait pas rond. Il regarda Klin-Fa et la trouva les yeux fermés et le visage complètement calme. Sur le moment, ce fut quelque peu terrifiant. Puis, il n’eut pas beaucoup le temps d’y réfléchir car ils heurtèrent le sol, rebondirent, tombèrent et s’écrasèrent de nouveau. Le pare-brise disparut et la pluie ruissela soudain sur eux. Après cela, les ténèbres.
Uldir se réveilla crachant de l’eau de sa bouche et en sentit les irritations douloureuses dans ses poumons. Un des feux de circulation du speeder en-dessous du sol luisait faiblement. À part lui, l’obscurité n’était interrompue que par les terribles flambeaux rouges et blancs de la foudre qui gagnaient de l’ampleur à chaque seconde. La pluie était maintenant mêlée à de la grêle, qui frappait douloureusement la peau nue de son visage, et le tonnerre était un hurlement presque continu. Les flots lâchés du ciel continuaient de sculpter le canyon dans lequel il s’était écrasé, comme ils le faisaient depuis que la végétation naturelle de Bonadan avait renoncé au lien ténu qui la gardait en vie jusqu’alors. Le speeder s’était déporté contre un objet et se remplissait d’eau rapidement.
Dans la faible lumière, il aperçut Klin-Fa Gi, allongée et inconsciente, son visage à peine sorti de l’eau. Il chercha son pouls et fut soulagé de le trouver puissant. Voyant qu’il n’arrivait pas à la réveiller, il l’attrapa comme un nageur, la tenant de derrière pour que sa tête reste à la surface. Tandis qu’il la tirait, le niveau et la vitesse du déluge s’accrurent, et vite. Il devait atteindre un sol plus élevé, c’était évident. Mais pas trop élevé : les éclairs atteignaient les hauteurs et Uldir se sentait déjà comme s’il était dans la ligne de mire d’une force d’assaut aérienne.
Le courant l’entraîna et il était bien trop puissant pour lutter. Il plaça ses pieds en aval, utilisant ses bottes pour se protéger des rochers et des autres obstacles. La situation n’était pas pratique, car Klin-Fa se trouvait au-dessus de lui et sa tête plongeait sous l’eau régulièrement. Cependant, il avait été entraîné pour ce genre de situations, en tant que préparation pour le sauvetage spatial et la petite voix de panique qui menaçait de devenir un hurlement resta relativement calme. Tout ce qu’il avait à faire, c’était protéger sa tête, se dit-il. Et ses bras, et ses jambes…
Quand il commença à ressentir le choc des éclairs, sa tâche devint beaucoup plus difficile à accomplir. Des images cauchemardesques d’eau boueuse et pleine de rochers clignotaient toutes les secondes, c’est pourquoi il avait une vue quasi-continue des alentours à présent. Donnant un coup de pied sur un rocher émergeant, il se dirigea vers ce qui semblait être une pente qui pourrait l’emmener hors d’atteinte des flots. Il la manqua presque mais il réussit à s’agripper à un rocher, se tirant contre le courant extraordinairement fort, et se traîna avec la Jedi sur l’inclinaison. Il s’allongea là un moment, haletant, jusqu’à ce qu’un éclair tombe si près qu’il ressentit la chaude pluie de cailloux pulvérisés sur sa joue. En soupirant, il mit Klin-Fa sur son épaule et se dirigea vers ce qui avait l’air d’être une saillie.
Sa chance était toujours là : c’était effectivement une petite caverne sur le côté du canyon. Elle était assez profonde pour être sèche. Il espéra qu’elle serait aussi assez profonde pour ne pas propager l’attaque des éclairs et assez haute pour ne pas être remplie par les flots, parce qu’il ne lui restait plus un joule d’énergie. Il s’allongea dans les ténèbres, tâchant d’ignorer l’inondation à l’extérieur et se promettant que la prochaine fois qu’une fille renverserait son verre, il s’en payerait tout simplement un autre.
Dehors, on aurait dit que la planète brûlait, le tonnerre étant devenu comme le bruit d’un moteur à fusion explosant dans l’atmosphère. Il se détourna de la foudre et ferma les yeux, attendant que l’orage passe.
Il passa finalement et un calme effrayant s’installa à perte de vue. Puis Uldir eut droit à un autre feu d’artifice, gracieusement dispensé par la station de contrôle météo de Bonadan.
Quand les éclairs s’éloignèrent enfin, il commença à réaliser qu’il avait froid. Était-ce l’hiver ici ? Est-ce que Bonadan avait un hiver ? Il ne s’en souvenait plus. Peut-être que quand la prochaine équipe de recherche les retrouveraient, ils ne découvriraient qu’une paire de corps congelés.
À la lumière d’un bâton lumineux qu’il avait dans une de ses nombreuses poches, il examina Klin-Fa avec le petit médipack qu’il transportait toujours. Une sale bosse sur sa tête indiquait la cause de son inconscience prolongée mais à part cela, elle semblait en bonne santé : il ne trouvait aucune trace de fracture ou d’hémorragie interne.
Il lui donna des anti-inflammatoires et des antibiotiques à large spectre, la positionna le plus confortablement qu’il put, puis se tourna vers ses ressources restantes.
Elles se réduisaient plus ou moins à son comlink. Il tint pensivement le petit cylindre pendant un moment, réfléchissant. On lui avait ajouté un brouilleur de piste : même si tout poursuivant présent dans la zone pouvait détecter ses transmissions, il lui faudrait un décryptage de sécurité pour cerner le signal par triangulation. L’ASC avait vraisemblablement une technologie plutôt convenable dans le domaine mais il pourrait probablement transmettre pendant trente secondes environ avant qu’ils n’aient assez d’informations pour déchiffrer le message ou localiser sa position.
Il faisait de plus en plus froid. Ça valait la peine. Il l’alluma.
Des parasites rugirent, probablement dus à la tempête toute proche. Pourtant, après une seconde, il perçut une version déformée de la voix de Vega Sepen.
— Hé, p’tit chef, dit-elle. Tu ferais mieux de suivre mes conseils de temps en temps.
— Écoute, Vega, dit Uldir. La fille s’est trouvée être une Jedi. Nous avons échappé à nos poursuivants pour le moment, mais nous sommes à pied dans les terres intérieures, peut-être à quinze klicks au sud-est de la ville.
— C’est pas très précis comme position.
— Cherche simplement l’endroit où les speeders de la police tirent, dit-il.
— Avec quoi ? Le vaisseau est toujours en réparations.
— Je te fais confiance, Vega. Tu trouveras quelque chose. Je dois raccrocher avant qu’ils ne repèrent le signal.
— OK. Bonne chance, p’tit chef.
— Je déteste quand tu m’appelles comme ça.
— Je sais. Le signal crépita et Uldir éteignit le comlink. Il était probablement toujours en sécurité, mais la prochaine fois qu’il l’utiliserait, ils retrouveraient sa position en quelques secondes.
Klin-Fa bougea et gémit. Il lui toucha le front et le trouva froid. Il avait lui-même commencé à avoir des frissons dus à la l’humidité et à la température tombante. Avec un soupir, il retira sa veste. Il s’allongea près de la jeune Jedi, se lova contre elle et recouvrit leurs deux corps avec sa veste. Un long moment passa avant que ce contact ne commence à leur tenir chaud.
Il se réveilla, des yeux sombres à quelques centimètres des siens.
— Ça t’a plu ? demanda Klin-Fa.
— Hein ?
— De te blottir contre moi ? C’est ça, ton idée d’un bon moment ?
— Hé, j’essayais juste de nous garder au chaud. De te garder au chaud.
Elle sourit. Enfin… presque.
— Du calme, Monsieur Qui-Réagit-Au-Quart-De-Tour, dit-elle. Je sais bien ce que tu voulais faire et je te remercie. Seulement, ne te fais pas des idées.
Uldir réalisa que leurs corps se touchaient encore et il se sentit soudainement et entièrement mal à l’aise.
— Quoi ? Non, bien sûr que non.
Elle lui tapota le front avec un doigt.
— Bien. Je ne pensais pas qu’il y avait trop de risques qu’une idée sorte de là-dedans mais on ne sait jamais.
— Hé, j’ai plus réfléchi que toi la nuit dernière.
— Je parie que oui.
— Ce n’est pas ce que je voulais dire. Son visage le picotait.
Elle s’assit. Une vive lumière blanc-jaune brillait à l’entrée de la caverne.
— Où sommes-nous ?
— Quelque part dans les terres perdues du sud de la ville. Notre speeder s’est écrasé, tu t’en rappelles peut-être.
— Je me rappelle que tu nous dirigeais vers une tempête balayeuse.
— Hé, comment pouvais-je le savoir ? D’ailleurs, comment le savais-tu ?
— Je suis d’ici, ronchonna-t-elle.
— De Bonadan ?
— Non, de cette grotte. Oui, de Bonadan. J’ai grandi dans ce trou perdu.
— Hé, tout le monde doit bien grandir quelque part.
— Oui, mais les autres ne sont pas obligés de revenir. Mais moi oui, pas de bol.
— Pourquoi ?
— Toi et tes questions. Tu es un pilote ou un reporter ?
— Un pilote, dit Uldir.
— Et où est ton vaisseau ?
— Il… euh, bonne question.
— Tu parles d’un pilote… On dirait que c’est à moi de trouver le moyen de nous sortir d’ici.
— Ben, c’est ta planète.
— Ne me le rappelle pas. Elle se dirigea vers l’entrée, puis se figea.
— Quoi ?
— Viens ici, chuchota-t-elle. Sans faire de bruit.
Il la suivit pour jeter un coup d’œil par l’entrée de la caverne. De l’autre côté, il y avait la rigole dans laquelle ils avaient failli se noyer tous les deux la nuit précédente. Elle était sèche à présent, embouée par des sédiments frais, et ils ne pouvaient voir qu’à un demi-klick en descendant. Près du virage, en haut, là où le speeder s’était écrasé, il put voir huit silhouettes à pied, progressant vers eux dans le canyon.
— La chasse est ouverte, dit-il.
— Ouais, répondit-elle. Tu vois le troisième sur la gauche ?
— Je ne suis pas aveugle.
— Mais moi oui, en ce qui le concerne, répliqua Klin-Fa. Je ne peux le percevoir dans la Force. Ça ne peut signifier qu’une chose.
Uldir approuva.
— Un Yuuzhan Vong, dit-il. Les choses viennent de se compliquer énormément. Comme pour souligner sa remarque, il entendit les bruits hurlants de speeders au-dessus d’eux, de plusieurs speeders.
CHAPITRE II
SOMBRES NOUVELLES
— La journée commence bien, commenta Klin-Fa Gi, fixant Uldir de ses yeux sombres.
Son trait d’ironie fit mouche.
— Au moins, nous sommes encore en vie, dit Uldir. La nuit dernière était loin d’être une promenade de santé.
La bouche de Klin-Fa s’étira en une ligne mince. Uldir se demanda s’il verrait jamais la jeune Jedi sourire. Son teint était pâle, ses cheveux bruns et courts étaient emmêlés et pleins de vase venant de l’inondation à laquelle ils avaient survécu la nuit précédente ; et la bosse sur son front avait pris une nuance de violet qu’il n’avait vu jusqu’alors que dans certaines nébuleuses. Néanmoins, il lui semblait que si elle souriait, elle serait jolie.
Contrariante, presque insupportable, mais jolie.
— Oui, nous sommes en vie, admit-elle. Bravo. Bien joué. Maintenant, si tu pouvais juste t’occuper de ce commando de recherche et de ces combien déjà… huit speeders de police ? Peut-être alors que j’oublierai que si tu n’avais pas été là, je ne serais jamais tombée dans ce pétrin.
Cette dernière remarque fût celle de trop.
— L’ASC était à tes trousses avant même que je ne pose les yeux sur toi, dit Uldir. Si je n’avais pas été là, ils t’auraient déjà capturée à l’heure qu’il est.
— Pas sûr, rétorqua Klin-Fa. Puis elle soupira. De toute façon, c’est hors-sujet… est-ce que tu as des armes ?
— Non, j’ai perdu le blaster. Mes mains étaient occupées à te sauver de la noyade, finit-il intérieurement.
— Au moins, j’ai toujours mon sabre laser.
— Ouais, dit Uldir, observant la patrouille descendant dans le canyon pour s’approcher sans relâche de la grotte où il se cachait avec Klin-Fa. Écoute, je veux bien admettre que tu es plutôt adroite avec ce truc, mais selon toute probabilité…
— La Force peut l’emporter contre toute probabilité, insista-t-elle fermement. De toute manière, on n’a pas vraiment le choix. Ils nous retrouveront bien assez tôt… à moins que tu aies un plan.
— En fait, j’en ai un. Rester tranquille jusqu’à ce que le reste de mon équipe arrive. Ils seront forcément là très bientôt. Si tu veux utiliser la Force, essaie de projeter dans l’esprit de nos poursuivants que nous sommes partis dans une autre direction.
La bouche de Klin-Fa se déforma, comme si elle venait d’avaler un thom qui n’était pas mûr, mais elle acquiesça finalement de la tête avec une certaine réticence. Ça peut marcher… même à cette distance, je suis probablement capable de projeter une suggestion. Mais ce petit tour ne suffira pas à abuser le Yuuzhan Vong là-bas. Elle montra du menton un des membres de la patrouille. Malgré la distance, Uldir put distinguer les cicatrices et les tatouages qui le désignaient comme membre des envahisseurs extragalactiques déterminés à conquérir la galaxie et qui, jusqu’à présent, se débrouillaient plutôt bien.
D’accord, admit-il, mais il ne sait pas où nous sommes. Il va devoir faire confiance aux guides du coin.
Klin-Fa marmonna un mot qu’Uldir devina être un consentement. Elle inspira profondément et ferma les yeux. Elle tendit le bras et les doigts de sa main droite remuèrent légèrement. Uldir sentit un mouvement dans la Force, ce qui ne fit qu’augmenter sa frustration. Il avait étudié à l’académie Jedi mais était parti bredouille, car il n’avait aucun talent de maîtrise de la Force. Son entraînement lui avait surtout laissé la modeste capacité de détecter les Jedi quand ils employaient la Force, et ce que certains considéraient comme une chance hors du commun. Néanmoins, l’expérience lui avait enseigné une chose importante : parfois, on a beau vouloir quelque chose de toutes ses forces, on ne peut pas l’avoir. Il faut vivre avec ce que l’on a et être fier de ses atouts réels, pas de ceux que l’on voudrait posséder. Il pensait avoir fini de se reprocher inutilement cet échec et avait même réussi. Vraiment ! Tout du moins jusqu’à ce que Klin-Fa Gi rebondisse au centre de sa table dans une cantina du coin, poursuivie par les agents de l’Autorité du Secteur Corporatif. Son attitude avait réussi à éveiller en lui cette vieille rancœur. Pourquoi une personne comme elle était si proche de la Force tandis que lui ne pouvait qu’en entendre les murmures ?
Ce n’était pas juste, ce qui le rendait encore plus furieux car il savait que l’univers n’était pas juste.
Mais il devait être équilibré. C’était bien ça le but de la Force, n’est-ce pas ? Et il y avait quelque chose de très instable chez Klin-Fa Gi. Quand elle avait utilisé la Force pour amortir la chute de leur speeder atmosphérique, il avait eu la perception floue de quelque chose de sombre.
Ses yeux étaient encore fermés et Uldir l’examina. Elle n’avait pas l’air méchant, dans sa jupe jaune en lambeaux et ses jambières noirs. Elle paraissait seulement jeune et déterminée.
Ah, qu’est-ce que j’en sais ? se demanda Uldir. Avec mes maigres pouvoirs, je ne saurais même pas distinguer un Sith de Maître Yoda.
Elle lui avait dit qu’elle était en mission secrète pour Maître Skywalker. Il la croirait jusqu’à preuve du contraire. De toute façon, c’était une Jedi et le métier d’Uldir était de secourir les Jedi des mains des Yuuzhan Vong et de leurs agents. Il n’était peut-être pas capable d’utiliser la Force mais personne ne lui avait jamais dit qu’il faisait mal son travail. Il n’y avait pas meilleur pilote de secours que lui dans le métier.
Évidemment, là, maintenant, ce serait mieux d’avoir quelque chose à piloter.
La patrouille pointa du doigt l’autre côté du canyon. Uldir entendit des cris puis ils s’éloignèrent au petit trot.
— Tu as réussi ! souffla Uldir.
— Ouais, dit-elle. Ça ne les trompera pas pour longtemps. Elle se dirigea alors vers la sortie de la grotte.
— Attends, dit Uldir, faisant des signes vers le haut. Il faut encore s’occuper des speeders.
— Tu t’occupes des speeders. C’est toi le pilote.
— Non. Nous devrions attendre mon équipe ou bien faire un semblant de plan.
Elle écarta de son visage une mèche désordonnée.
— Hé, tu avais une bonne idée, petit génie. Ne la gâche pas en réfléchissant trop.
— Maintenant, écoute-moi… hé, attends !
Trop tard. Elle s’était déjà élancée en dehors de l’abri qu’était la grotte et remontait la pente du canyon, partant à l’opposé de la direction dans laquelle elle avait envoyé la patrouille.
— Larve de Sith ! grommela Uldir puis il fit la seule chose qu’il lui restait à faire, celle qu’il avait faite depuis le début de cette énorme embrouille : il se mit à la suivre.
Il arriva au sommet du ravin juste à temps pour la voir disparaître dans un autre canyon. Bonadan avait perdu la plupart des formes de vie qui l’habitaient lors de l’industrialisation brutale du Secteur Corporatif. Sans racines ni rhizomes pour les maintenir en place, l’érosion avait vite ruiné les sols montagneux autour de l’astroport, les dépouillant de leur histoire millénaire, et les transformant en terres désertiques.
Quelque part, Uldir entendit le vrombissement des speeders, mais il ne les vit pas. Ils étaient probablement en train de faire un quadrillage. De plus, ils avaient sûrement des informations par satellite. Le terrain accidenté leur laissait encore une chance mais elle était bien mince.
Il rattrapa Klin-Fa Gi quand elle arriva au bas du second ravin en pleine course.
— Où est-ce que tu crois pouvoir aller ? fit-il d’un ton irrité, essayant à la fois de ne pas crier trop fort et de garder son allure.
— Loin d’ici, lâcha-t-elle. Loin des Vong.
Et alors il comprit. Tu as peur d’eux. Des Yuuzhan Vong.
— Peur ? Non. Je n’ai peur de rien. Mais mes pouvoirs de Jedi sont inutiles face aux Vong. Si je dois combattre, je perdrai peut-être et je ne peux pas me le permettre. La galaxie ne peut pas prendre ce risque. Ma mission ne doit pas échouer.
— Hé, j’ai déjà eu affaire à des Yuuzhan Vong, fit Uldir, haletant. Ils ne sont pas invincibles.
— Je suis contente que ce soit ton avis. Pourquoi ne vas-tu pas les retarder pour moi ?
— C’est justement ce que je devrais faire, lâcha Uldir. Ce serait mieux que de… À TERRE !
Il la tira contre la paroi du ravin, juste au moment où l’ombre d’un speeder se dessinait sur leurs pieds. La pente abrupte les protégea en majorité, mais Uldir retenait toujours sa respiration.
L’ombre s’éloigna.
— On l’a échappée belle, dit-il. Au prochain passage, nous ne serons peut-être pas aussi chanceux.
— D’accord, dit-elle. Qu’est-ce que tu penses qu’on devrait faire ? Tes amis n’ont pas l’air de se montrer.
— Je peux leur envoyer notre position, dit Uldir en montrant son comlink.
— C’est maintenant que tu y penses ?
— Non, lança Uldir à contrecœur. Je les ai appelés la nuit dernière.
— La nuit dernière ? Ils prennent leur temps.
— Notre vaisseau est en panne. Cela leur a peut-être pris la nuit pour pouvoir le faire décoller. En plus, ce n’est pas comme si je pouvais leur communiquer nos coordonnées précises.
— Tu aurais peut-être pu le faire si tu n’avais pas été stupide au point d’entrer dans une tempête de nettoyage, lui rappela-t-elle.
— Moi ? grogna Uldir. J’essayais juste de nous tirer d’une situation désastreuse et tu ne m’as pas aidé du tout. Si tu étais un peu plus explicite sur tes projets…
— Hmm, dit-elle. Je n’ai pas confiance en toi.
— Pas même maintenant ?
— Non.
— Génial…
— Et si tu arrêtais de pleurnicher et que tu appelais plutôt tes copains ?
— Je pourrais le faire mais ces speeders auraient alors notre position. Si mes amis ne sont pas dans le coin, nous n’en serons capturés que plus vite.
Klin-Fa ralentit puis s’arrêta et lui jeta un regard dur comme le transparacier.
— Vite ou moins vite, quelle différence ? fit-elle remarquer. Soit ton équipage trouve le moyen d’arriver ici soit il ne le trouve pas. Dans un cas, nous serons capturés et pas dans l’autre. Allons, tu as prévu de prendre une retraite tranquille ?
Uldir lui rendit son regard mais elle avait raison. Il alluma son comlink.
— Ici Faucon-de-Proie Un, dit-il. Faucons-de-Proie, vous me recevez ?
Des parasites brouillèrent le haut-parleur quelques instants, puis la voix de son bras droit, Vega Sepen, lui répondit.
— Je t’entends, p’tit chef. Tu es toujours en vie, on dirait ! Rien dans la voix grave de la Corellienne n’indiquait qu’elle s’était inquiétée pour lui.
— Je suis en très mauvaise position, Deux, pile entre une supernova et un trou noir. Tu as réussi à te trouver des pattes ?
— Euh oui… d’une certaine manière, répondit Vega.
— Génial. Tu peux me localiser ?
— Désolée. J’ai bien peur de n’avoir pas l’équipement qu’il faut à bord. Il entendit un bruit de fond indistinct : Vega parlant à quelqu’un d’autre et une sorte de musique. Puis la voix de Vega revint. Vook pense qu’il peut faire une triangulation à partir de nos comlinks. Est-ce que tu peux continuer d’émettre ?
— Bien sûr, dit Uldir. Asyui-In.
— Compris. On vient te chercher, p’tit chef, accroche-toi bien.
— C’est quoi cette musique ?
— Rien du tout.
— Par la Force, qu’est-ce que tu pilotes, Deux ?
Vega ne répondit pas.
— Si tu continues d’émettre, ils vont pouvoir nous retrouver, lança Klin-Fa.
— Chut. Il posa le comlink sur un rocher avoisinant. Je sais.
— Mais tes amis…
— Mes amis savent qu’Asyui-In signifie « non » en Dug, répliqua Uldir. Ils établiront un rayon autour du signal. Allez, viens maintenant !
— Attends, dit-elle. L’instant suivant, elle bondit vers le côté du ravin, juste au moment où Uldir remarqua le bruit du speeder de retour. Klin-Fa atteignit le bord de l’abîme quand la patrouille leur passa au-dessus. Des tirs de blaster soulevèrent la poussière autour de ses pieds mais elle les évita prestement et l’instant d’après, son sabre laser était allumé. Une seconde plus tard, c’était un disque tourbillonnant de lumière qui coupait le nez du speeder. D’autres tirs venant d’ailleurs formèrent un pont éphémère au-dessus du sommet du canyon, mais à ce moment-là, Klin-Fa s’était déjà laissée tomber sous le bord du gouffre, et son sabre laser meurtrier retourna dans sa main puis s’éteignit.
— Nom d’une bouffée carbonique ! soupira Uldir. Puis elle passa devant lui à toute vitesse.
— Bouge de là ! cria-t-elle.
Ils descendirent le canyon en courant, sautant d’une pente à l’autre avant de se reprendre leur course… Qui les amena au beau milieu d’une patrouille de quatre humains équipés de blasters de police et un Yuuzhan Vong. Ils étaient à moins de deux mètres.
— Arrêtez-vous ! cria un des humains.
Uldir passa à l’action sans réfléchir. Il plongea avec force sur un des humains, sentant la chaleur des tirs de blaster roussir la peau sur son dos. Il atteignit l’homme à la ceinture et ils tombèrent tous les deux. Uldir espérait que les autres hésiteraient à tirer de peur de toucher leur collègue. Les deux hommes roulèrent et roulèrent encore quand Uldir réalisa soudain que son plaquage insensé les avait fait descendre une autre pente. Des pierres s’enfonçaient douloureusement dans son dos pendant que son adversaire essayait, avec un succès modéré, de l’assommer avec la crosse de son blaster. Heureusement, les coups ricochaient sur la pierre et, quand enfin ils s’écrasèrent sur un rocher assez large pour arrêter leur course, Uldir avait réussi à dégager une de ses mains pour décocher un puissant uppercut. Il entendit les mâchoires du policier s’entrechoquer puis son adversaire s’affaissa.
Des tirs fracassèrent la pierre qui les avait arrêtés. Uldir plongea à l’abri tout en recherchant l’arme du policier. Il la trouva un mètre plus loin, fit une roulade pour l’attraper puis la pointa vers le haut de la pente. Un autre coup de feu creusa dans le sable à quelques centimètres de son genou. Uldir fit feu, manqua sa cible, se remit sur ses pieds et commença de remonter la pente en courant. Son troisième tir toucha un agent dans le sternum et le projeta hors de vue.
Quand il rejoignit Klin-Fa, elle avait déjà mis hors de combat les policiers restants et échangeait des coups tourbillonnants avec le Yuuzhan Vong. Comme tous ceux de sa race, le guerrier méprisait l’usage des appareils mécaniques : il se battait avec un bâton Amphi, une arme vivante ressemblant à un serpent, tour à tour dur et tranchant, ou flexible et souple comme un fouet. Klin-Fla avait passé un mauvais quart d’heure à contrer l’attaque acharnée et complexe. Uldir leva son blaster pour retourner la situation.
Au même moment, un autre speeder dépassa la crête du canyon, blasters en action. Lâchant un juron Ettien dont il aimait les consonances même s’il n’en avait jamais compris le sens, Uldir se jeta pour s’abriter derrière une saillie de pierre et riposta. Son trait ricocha sur le côté du speeder qui pulvérisa son abri en retour. Il vit le pilote sourire à travers le pare-brise. Grimaçant, il s’enfuit au pas de course en tirant. Il ne put trouver une bonne ligne de mire et tous ses tirs manquèrent sa cible ou rebondirent sur la coque solide du speeder. Le pilote n’avait pas ce genre de problèmes pour faire feu : il traquait Uldir grâce à ses deux blasters avant formant un double sillage enflammé, s’approchant de plus en plus. Un tir arriva si près qu’Uldir en trébucha, et pendant un étrange instant, le monde sembla se figer. Uldir sentit ses doigts appuyer sur la gâchette une dernière fois puis l’arme s’échappa de sa main quand son visage s’écrasa sur le sol. Il cracha, le goût du sang et de des déchets métalliques dans la bouche, attendant que se produise l’inévitable.
Mais l’inévitable ne se produisit pas. Il regarda prudemment en l’air. Le speeder flottait toujours en l’air mais le pilote ne rigolait plus : il s’était effondré le long de son siège et le pare-brise était maintenant décoré d’un trou sans bavure.
— Wow, fit Uldir, ébahi. Parfois, sa chance arrivait même à le surprendre lui-même. Il ramassa le blaster et se tourna vers les bruits de combat, craignant ce qu’il allait voir.
Klin-Fa était dans sa ligne de mire, mais il la vit s’accroupir sous le fouet formé par le bâton Amphi puis elle fit lancer sa jambe vers le pied du guerrier Yuuzhan Vong. Elle lui fit un croc-en-jambe, le déséquilibrant légèrement. Il recula longuement pour se reprendre, mais Klin-Fa bondit haut, passa par-dessus la tête de son adversaire en lui décochant un coup. Habilement, le guerrier para derrière son dos et tournoya pour frapper à son tour. Cependant, Klin-Fa s’accroupit en un clin d’œil. Le coup fusa au-dessus de sa tête puis elle fit passer son arme luisante au travers du torse du Vong. Il resta bouche bée puis son corps se sépara en deux parties roussies.
Le guerrier eut encore la force de porter un dernier coup mais la Jedi s’était déjà redressée et elle sauta pour se mettre à l’abri.
— Pour Yabeley, murmura-t-elle. Uldir se demanda qui ou ce qu’était Yabeley. Le Yuuzhan Vong la regarda partir, ses yeux noirs étincelants de haine.
— Jeedai, grogna-t-il. Tes jours sont comptés.
— Pas autant que les tiens, répliqua-t-elle. Sa voix était plus froide qu’une nuit sur la face obscure d’une lune sans atmosphère.
Le Yuuzhan Vong cracha du sang. Ton coup était habile, dit-il. Je te salue. Mais tu vas mourir. Tous ceux de ton espèce vont mourir. Même les tiens t’ont tourné le dos.
Klin-Fa indiqua avec mépris les policiers abattus.
— Ces crétins ne font pas partie de mon espèce, lança-t-elle. Je ne revendique aucune parenté avec des gens assez stupides pour penser que les Yuuzhan Vong arrêteront leur conquête de notre galaxie, uniquement parce qu’ils vous livreront les Jedi.
Le guerrier sourit étrangement.
— Cette galaxie n’est pas la vôtre, dit-il. Vous l’avez juste infestée pour un temps. Nous sommes venus mettre un terme à la contamination, au nom du glorieux Yun-Yuuzhan.
— C’est NOTRE galaxie, répéta fermement Klin-Fa. Mais le Yuuzhan Vong ne l’entendait plus, son regard s’était égaré dans les étoiles.
Klin-Fa éteignit son sabre et l’accrocha à sa ceinture.
— Hé ! fit Uldir. Joli combat. Mais nous ne sommes pas encore tirés d’affaire. J’entends d’autres speeders qui approchent.
— Qu’ils viennent ! dit Klin-Fa, implacable.
Trois d’entre eux le firent et aussitôt Klin-Fa devint un bouclier vivant, déviant les tirs alors qu’Uldir tentait de toucher les speeders ou leurs pilotes à un endroit critique. Toutefois, les pilotes ne restèrent pas statiques mais s’écartèrent pour les encercler. Quand leur manœuvre serait terminée, ils seraient faits : Klin-Fa ne pourrait détourner les tirs de toutes les directions.
Un tir la dépassa et roussit l’oreille d’Uldir. Klin-Fa sursauta quand un second tir érafla sa cuisse et les speeders se resserrèrent pour la mise à mort. Uldir et Klin-Fa se tenaient dos à dos.
— Merci d’avoir essayé, le remercia Klin-Fa et le compliment paraissait sincère.
— Il n’y a pas de quoi, répondit Uldir. C’est mon boulot. Il voulait dire encore quelque chose mais cela lui échappa. Alors, il tira quatre fois sur le speeder le plus proche à la place.
— Tu entends cette musique ? demanda Klin-Fa.
— Maintenant que tu m’en parles, oui. Je pensais que je perdais la tête. Deux speeders les avaient à présent en pleine ligne de mire. Il pouvait essayer d’éviter leurs tirs mais le dos de la Jedi aurait été sans protection. Il réprima le désir impulsif de fermer les yeux. Il verrait la mort venir à lui, ça oui, et la contemplerait en face jusqu’à la dernière seconde.
Sauf que le speeder ne fit jamais feu. Au lieu de cela, il fut contraint de se détourner d’un barrage de tirs légers grésillant sur sa coque. En fait, tous les speeders étaient sous les tirs. L’un d’entre eux ne tourna pas assez vite pour éviter un nouveau danger et perdit en quelques battements de cœur son stabilisateur arrière puis ses répulseurs. Il vacilla puis plongea comme une pierre. Un autre vira sur l’aile et fut touché par le dessous, il tomba et s’éloigna en cahotant. Uldir le poursuivait de ses tirs quand un objet plutôt étrange dépassa le bord du canyon.
Une paire d’yeux gigantesques les fixait d’en haut, placée sur une tête d’au moins un mètre et demi de large. De sa bouche grande ouverte retentissait de la musique. Encore plus étrange, une silhouette semblait danser sur la tête, déversant des serpentins de lumière verte brillante.
— Nom d’un… commença-t-il avant de vaguement comprendre quand il remarqua que la lumière ne rayait pas le ciel au hasard mais harcelait le speeder restant. Le danseur était un Dug, en équilibre sur une de ses pattes avant alors que les trois autres pieds et mains tiraient avec des blasters.
— C’est Leaft ! cria-t-il.
Une série de tirs plus lourds s’ajouta aux tirs déchaînés du Dug sur le speeder et Uldir put distinguer une femme aux cheveux platine se tenant près de la tête, qui semblait perchée sur une plate-forme flottant dans les airs. C’était Vega et son fusil blaster.
— Viens ! lança Uldir à Klin-Fa.
— C’est ça l’élite des sauveteurs spatiaux ? demanda-t-elle, dubitative.
— Oh oui, tu peux me croire.
— Pourquoi est-ce qu’ils se promènent sur la tête du directeur Lounha ?
— Je suis sûr qu’ils ont une bonne raison, répliqua-t-il.
Ils coururent à travers un barrage décroissant de tirs venant du ciel jusqu’à ce qu’ils atteignent la plate-forme. Vega tendit la main à Uldir sans le regarder : elle poursuivait en même temps le dernier speeder encore en vue en tirant sur son pare-brise. Le vaisseau s’écrasa, laissant une trace enflammée sur la paroi opposée du canyon.
— Je t’ai battu ! Trois pour moi et seulement deux pour toi, lança-t-elle à Leaft.
— Grrr… les humains et leur chance, mugit le Dug. La prochaine fois…
Vega ignora les remarques de son collègue.
— Vook, appela-t-elle dans la tête géante. On a récupéré le patron. Maintenant tires-nous de là.
— C’est parti ! lança le Durosien.
La plate-forme commença à dériver en arrière vers le spatioport à une vitesse atrocement lente.
— C’est de la folie, dit Klin-Fa. Où est-ce qu’on va aller avec ce truc ?
— Plus loin que vous quand vous alliez à pied, fit sèchement Vega. Comment ça va, chef ?
— Bien, répondit Uldir. Mais elle a raison. Un des speeders s’est échappé et de toute façon, ils doivent être en contact avec leur QG. Avec ce truc, on ne pourra pas affronter une autre demi-douzaine de speeders et encore moins un plus gros vaisseau.
— Hé, on a fait de notre mieux, dit Vega. C’est la seule chose qu’on a pu trouver en aussi peu de temps.
Uldir grimaça malgré lui.
— Une plate-forme du défilé ? Ah, Vega, j’admets que tu as toujours été douée en improvisations.
— Tu peux le dire, répondit Vega. Et je ne suis pas encore à court de bonnes idées.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— J’ai eu un appel d’UV juste avant qu’on vous récupère. Il a finalement réussi à dépanner le vaisseau. Il est en chemin.
— UV ? demanda Klin-Fa. Un autre de tes as ?
— Notre astromec, expliqua Uldir.
— Un astromec pilotant un vaisseau ? Tout seul ?
— Ce n’est pas un droïde ordinaire, répliqua Uldir.
— Non, admit Klin-Fa. Je m’en doutais.
Le Coup de Bol arriva environ dix minutes plus tard, sur une trajectoire légèrement désordonnée. Le vaisseau atterrit avec une secousse qui fit grincer les dents d’Uldir. Il n’avait pas voulu le dire devant la Jedi mais il avait sérieusement craint de ne jamais revoir son vaisseau après la déclaration désinvolte de Vega. Bien qu’il ait modifié le droïde UV-002 pour piloter le cargo en cas d’urgence, tout n’était que théorie jusqu’aujourd’hui.
Même si l’atterrissage fut un peu brutal, le droïde s’en sortit plutôt bien, et il était bon de retrouver le cargo déglingué. Ils quittèrent la plate-forme et montèrent ensemble la rampe d’atterrissage. Uldir alla droit au le poste de pilotage, UV lui parlant via l’écran de contrôle auquel il était connecté.
Salut p’tit chef. Comment je m’en suis tiré ? fit apparaître le droïde sur le module de traduction de l’écran.
— Tu étais formidable, UV, le remercia Uldir, prenant mentalement note d’éloigner Vega de l’astromec à l’avenir. Il détestait qu’on l’appelle p’tit chef. Parfait.
Je nous emmène en orbite ?
— Non, ça ira, répondit vivement Uldir. Repose-toi, je m’en occupe.
— Des speeders à quatre clicks, dit Vook, placé devant l’écran tactique.
— Ça ira, fit Uldir. Ils vont avaler nos gaz d’échappement. Il lança le moteur, leva la pointe du vaisseau vers le ciel et quitta Bonadan dans un nuage d’ions.
Ce n’est que beaucoup plus tard, après deux sauts de Bonadan, qu’il se détendit, mais même là, son esprit ne se calma que très peu.
— Nous n’avons toujours pas de boucliers, fit-il remarquer.
— Non, dit Vook. Et l’hyperdrive est… capricieux. Les réparations n’ont pas été à leur terme.
— Uldir expira longuement et approuva du chef. Enfin, on fera avec, dit-il. Au moins notre moteur a-t-il encore un peu de puissance. Où est-ce qu’on peut se poser pour terminer les réparations ?
— Eh bien, il y a le Refuge, dit Vega. C’est dans le coin.
— Oui. Et en plein milieu de la Gueule. Je n’essaierai pas de la franchir avec un hyperdrive irritable.
— Bien vu. Qu’est-ce que tu penses de Mon Calamari ?
— Ça me paraît raisonnable.
— Non ! les interrompit Klin-Fa. Nous n’avons pas le temps. Il faut aller sur Wayland, tout de suite !
— Wayland ? répéta Uldir. Par la Force, de quoi est-ce que tu parles ?
— Et d’ailleurs, qui es-tu au juste ? demanda Vega, passant impitoyablement en revue la silhouette de la Jedi.
— Et au nom de l’espace, qui te permet de nous dire ce qu’on doit faire ? ajouta Leaft, avançant lentement vers elle en montrant les dents.
Klin-Fa se contracta mais hormis cela, elle ignora le Dug menaçant.
— Je suppose que c’est le moment de faire les présentations, commença Uldir. Les copains, voici Klin-Fa Gi. C’est une Jedi, au cas où vous ne l’auriez pas encore remarqué. Klin-Fa, voici mon équipage : Vega Sepen, Leaft et Vook Gehu.
Vega inclina brièvement ses tresses platine. Leaft continua de ronchonner et Vook tourna son visage plat vers elle et salua distraitement.
— Heureux de vous connaître, fit le Durosien. Il n’avait pas vraiment l’air d’être heureux, sa mine était plutôt lugubre. Vook avait toujours l’air lugubre.
Klin-Fa ne perdit pas le fil.
— Je dois aller sur Wayland, dit-elle. C’est important.
Uldir fit une grimace moqueuse.
— Mais tu ne me diras pas pourquoi.
— Je ne peux pas, je te l’ai déjà expliqué.
— Vous voulez que je la jette par le sas, patron ? demanda Leaft, prêt à rendre service.
— Oui, rétorqua Uldir, mais tu ferais mieux de réprimer cette envie. Klin-Fa, Wayland est en plein espace occupé par les Yuuzhan Vong, au cas où tu ne le saurais pas. Je n’irai pas jusqu’à Wayland avec un vaisseau aussi mal en point à moins d’avoir une bonne raison de le faire et tu ne m’en as pas donné.
— Je suis en mission pour Maître Skywalker. Cela devrait te suffire.
— Évidemment, si j’avais confiance en toi. Mais je ne suis pas sûr que ce soit le cas. La confiance, c’est réciproque : tu veux que je t’emmène à Wayland ? Dis-moi d’abord pourquoi.
— Je ne peux pas.
— D’accord. Alors nous irons sur Mon Calamari. Entre-temps, je vais essayer d’entrer en contact avec Maître Skywalker pour savoir ce qu’il pense de tout ça.
— Tu fais une grave erreur.
— Je n’ai fait que des erreurs depuis que je t’ai croisée. Pourquoi les choses changeraient maintenant ?
— Parce que le sort de la galaxie dépend de ce que nous allons faire, voilà pourquoi. Nous n’avons pas un instant à perdre.
— Puisque tu le dis… fit Uldir en haussant les épaules.
Le visage de Klin-Fa exprima une colère à peine masquée et Uldir se sentit à nouveau troublé en sa présence. Ce sentiment s’affaiblit quand elle reprit son calme et s’évanouit complètement quand elle lança bizarrement un léger sourire, le premier depuis qu’il l’avait rencontrée. Il avait raison : ce sourire la rendait plus jolie.
— Je pense que si j’étais à ta place, je ne serai pas non plus convaincue, admit-elle à regret. Bien. Quand tu pourras parler à Maître Skywalker, il te confirmera ce que je t’ai dit. Mais il va falloir que tu te dépêches.
Uldir leva les sourcils de surprise.
— Ça semble presque trop raisonnable.
Elle haussa les épaules.
— Est-ce que tu me laisses le choix ? Je dépends entièrement de toi.
— Très bien, dit Uldir. Il jeta un coup d’œil à ses vêtements salis. Je suis content que le problème soit réglé. Nous avons un long saut en hyperespace à faire. Pour ma part, je vais aller me rafraîchir. Tu devrais faire comme moi.
— Je suppose que tu as raison, concéda-t-elle.
— Tu peux y aller la première. Vega va te trouver des habits de rechange.
Une heure plus tard, se sentant considérablement plus humain, Uldir rencontra à nouveau Klin-Fa dans le petit salon du vaisseau. Elle paraissait encore plus petite dans une des combinaisons noires de Vega, et également plus jeune.
— Peut-être sommes nous partis du mauvais pied, dit Uldir. Il lui présenta la main. Je suis Uldir Lochett. Heureux de vous connaître.
Elle fit un petit sourire ironique et lui serra la main.
— Enchantée, dit-elle.
— Tu devrais faire plus attention, dit-il.
— À quoi ?
— Tu en es déjà à ton deuxième sourire, tu vas ruiner ton look.
— Si tu avais enduré la même chose que moi… commença-t-elle mais elle laissa sa phrase en suspens et prit une mine pensive, perdue dans des souvenirs dont Uldir ignorait tout.
— Sûrement, dit-il. Si tu as un jour envie d’en parler, je suis plutôt bon public.
— Évidemment. L’esprit d’équipe. Elle se tourna. Alors comme ça, c’est un vaisseau de sauvetage pour les Jedi ?
— Ouais, c’est mon petit château.
— Il a l’air un peu vieillot.
— En fait, nous n’aimons pas attirer l’attention. Mais il fait ce qu’on lui demande quand il est en forme.
— Tu es fier de lui, fit remarquer Klin-Fa.
— Bien sûr. De mon équipage aussi. Tu ne trouveras pas mieux qu’eux.
— Je ne peux pas nier que vous vous en sortez plutôt pas mal.
Uldir ne put déterminer si cette phrase était un compliment ou non. Il décida de l’ignorer.
— Tu veux que je te fasse visiter les lieux ? demanda-t-il.
— Bof, une fois qu’on a vu un cargo…
— Non… allez, viens !
— Tu ne devrais pas essayer de joindre Maître Skywalker ? demanda-t-elle.
— Vega s’en occupe. Nous devons retransmettre le signal un peu partout et le protéger par plusieurs niveaux de cryptage. Ça prend du temps.
— Pas trop, j’espère…
— Non. J’attends la réponse dans environ une heure.
Elle soupira.
— Bon. Alors j’accepte la visite.
— D’accord, il se leva et l’emmena faire le tour du vaisseau. Le châssis vient d’un vieux cargo Corellien standard, expliqua-t-il, mais nous avons fait quelques changements.
Il lui fit descendre l’échelle conduisant à la tourelle laser.
— Joli ! s’exclama-t-elle, quand elle vit les armements.
— Le canon laser est au top, répondit-il. Il fonctionne à la vapeur de Césium et la puissance des tirs arrache tout ! On peut aussi larguer d’ici des torpilles à protons, exactement comme si l’on était dans le cockpit. Et on a mis une plaque supplémentaire de protection.
— Mais vous n’avez qu’une tourelle ?
— Ouais. J’ai sacrifié la deuxième pour quelque chose de mieux.
— Quoi donc ?
— Le clou de la visite. Suis-moi, on remonte.
Il l’emmena dans un sas d’accès.
— Cette partie était la cale du cargo, expliqua-t-il, en ouvrant le sas. Entre cet endroit et la seconde tourelle manquante, nous avons fait de la place pour ceci.
Il eut finalement le plaisir de la voir surprise.
— Des chasseurs ! souffla-t-elle.
— Eh oui, dit Uldir, indiquant les petits vaisseaux rutilants. Ils étaient quatre, fixés à un support rotatif. On ne peut en lancer qu’un à la fois, mais ils décolleront tous en une minute en cas de besoin.
— Des A-Wings, observa-t-elle, semblant un peu déçue.
— Tu t’y connais, déclara Uldir. Ils sont sortis des chantiers navals en tant qu’Ailes-A. Maintenant, ils ont un petit quelque chose en plus : chacun peut héberger un passager et de l’équipement médical d’urgence. Parfois, on doit se faufiler dans des endroits où le Coup de Bol ne peut accéder.
— Tu les utilises pour évacuer des Jedi ?
— Et pour les déposer. Nous ne faisons pas que du sauvetage : parfois, nous conduisons des Jedi dans l’espace Yuuzhan Vong, quand une mission le nécessite.
— Intéressant. Les choses ont un peu changé pendant que j’étais partie.
— On dirait que oui.
— Je vois que tu as aussi sacrifié les modules de sauvetage, dit-elle pensivement. Mais je suppose que les A-wings peuvent aussi les remplacer.
— Oui. On n’en a jamais eu besoin mais c’est le but. Le numéro un est même capable de passer en hyperespace, alors si nous avons besoin de nous séparer pour la mission ou d’aller chercher des secours, nous avons des pattes supplémentaires pour le faire.
— Bien, dit-elle. Tu m’as impressionnée. Comme pour contredire ses paroles, elle bailla profondément. Maintenant que tout ça est fini, est-ce que tu as une couchette de libre ? Je n’ai pas dormi depuis… une semaine, je crois. Je pense que je vais utiliser le restant de l’heure pour faire un somme.
— Aucun problème, dit Uldir.
Après lui avoir montré la couchette, Uldir retourna en haut où Vega se tenait au poste de pilotage.
— Sympathique, ta nouvelle amie, commenta la Corellienne.
Uldir acquiesça.
— Pas trop mauvaise avec un sabre laser.
— De ce que j’ai vu, je dirais plutôt spectaculaire, corrigea Vega. Elle est mignonne aussi.
— Ça, je n’avais pas remarqué.
— Bien sûr que non. Tu l’avais juste reconnue sur-le-champ comme une Jedi en détresse et tu l’as suivie.
— Je pensais que c’était une voleuse, dit Uldir, sur la défensive. Je voulais aider la police locale à l’attraper. Je ne savais pas que c’étaient eux les pourris.
— Évidemment, dit Vega. En parlant de cela, je pense que nous pouvons considérer tout le Secteur Corporatif comme hostile à présent. J’ai fait quelques recherches sur le nouveau directeur, celui dont on a emprunté la tête. Selon ce que j’ai pu glaner, il semblerait qu’il ait été en négociations secrètes avec les Yuuzhan Vong depuis deux semaines.
— Vu qu’un Vong faisait partie de la patrouille, ce n’est pas très surprenant. Et Klin-Fa avait dit qu’un des directeurs se trouvait sur Bonadan.
— Eh bien, les choses vont de mieux en mieux, n’est-ce pas ?
— Ça devient juste plus intéressant, dit Uldir.
— Ça, tu peux le dire. Et même le redire. Il y a de plus en plus de systèmes dangereux chaque jour.
— La roue tournera un jour ou l’autre, dit Uldir. Maître Skywalker a des projets en route.
— Tu as une foi impressionnante en lui, dit Vega.
— Ce n’est pas de la foi. La foi est ce que l’on accepte sans preuves. Maître Skywalker et les Jedi ont prouvé leurs qualités depuis toujours. C’est le gouvernement de la Nouvelle République qui entrave leur progression.
— N’en sois pas certain, lui répondit Vega. Les Jedi ont beau être forts, ils ne sont pas invincibles. Elle prit un ton plus prudent et plus grave. Il connaissait Vega et il savait qu’elle était sur le point de faire une remarque importante, et probablement pas des plus plaisantes.
— De quoi tu parles ? dit-il.
— Les Jedi. Si l’un d’entre eux basculait vers le Côté Obscur, nous aurions alors des ennuis beaucoup plus graves que les Yuuzhan Vong.
— C’est vrai mais je ne pense pas que ce soit probable. Il inclina la tête, soupçonneux. T’as une raison particulière pour parler de ce sujet ?
— Évidemment. Qu’est-ce que tu sais exactement sur cette Klin-Fa Gi ?
Il hésita.
— Alors ?
— C’est que… j’ai eu une impression troublante à propos d’elle, tout à l’heure, sur Bonadan.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
Uldir se renfrogna.
— Je suis pas sûr. Ce n’était peut-être rien du tout.
La bouche de Vega se déforma.
— Écoute, dit-elle. Je sais que tu possèdes un peu de ce machin avec la Force…
— Le peu que j’ai n’est pas très fiable.
— Peut-être pas. Mais ne laisse pas un joli minois te détourner de ce que tes sentiments pourraient te révéler.
Il se tourna gravement vers elle.
— Où veux-tu en venir ?
— Voilà, j’ai ressenti quelque chose moi aussi. Pas une de tes sensations mystiques, simplement l’impression que quelque chose ne collait pas chez elle. Et Wayland ! Pourquoi Wayland ? Je ne vois que deux possibilités, à l’heure actuelle, pour expliquer ce qu’un Jedi pourrait vouloir faire sur Wayland.
— Je n’ai pas eu le temps d’y réfléchir, admit Uldir. Mets-moi au parfum.
— Wayland est l’endroit où se trouvaient cachés les jouets préférés de Palpy. Toute une collection de sales trucs du Côté Obscur.
— Mais plus maintenant, dit Uldir.
— Faux. J’ai lu les rapports. Certains des appareils de l’Empereur sont encore là-bas. Enterrés, d’accord… mais toujours là-bas.
— Enterrés sous une montagne, rectifia Uldir.
— Oui. Mais les Yuuzhan Vong sont là-bas à présent et ils ont un tas de trucs pour creuser, n’est-ce pas ?
Uldir opina du chef.
— Mais les Yuuzhan Vong sont absents dans la Force, fit-il remarquer. Même s’ils découvraient une arme du Côté Obscur, ils ne pourraient pas l’utiliser.
— En effet. Mais ils peuvent apprendre des renseignements utiles à propos des Jedi. Le doigt levé, elle poursuivit. Donc voilà une possibilité : ils ont étudié l’ancienne technologie de l’Empereur et développent une sorte d’arme anti-Jedi. Notre nouvelle amie a appris cela d’une manière ou d’une autre et est là pour déjouer leur plan maléfique.
— Et l’autre possibilité ?
Vega déplia un deuxième doigt.
— L’autre possibilité est qu’ils aient trouvé un objet dont Klin-Fa Gi veut se servir.
— Tu voudrais dire qu’elle serait passée du Côté Obscur.
— Je dis juste qu’elle est enragée. Même moi je le vois. Et ne m’as tu pas toujours répété que la colère fait partie du Côté Obscur ?
— Je pense qu’elle a perdu quelqu’un, Uldir dit. Elle a cité un nom quand elle a tué le guerrier Yuuzhan Vong. Et moi aussi, je serais furieux si ma planète natale faisait de son mieux pour me jeter en sacrifice.
— Est-ce que la raison de sa colère est vraiment importante ? Elle se sent dans son droit dans tout ce qu’elle entreprend. Est-ce que ce n’est pas aussi grave ?
— Mais si Maître Skywalker lui a ordonné d’aller sur Wayland…
— Justement, c’est le problème, annonça Vega. Il ne l’a pas fait.
— Quoi ?
Elle imprima un compte-rendu. – Ce compte-rendu est arrivé juste avant toi. Klin-Fa Gi a été tuée ou prise pour morte sur Gyndine, il y a deux mois. Et Maître Skywalker n’est pas informé d’une quelconque mission sur Wayland.
— Oh. Nom d’une bouffée carbonique !
— Oui, tu vois bien.
— Qu’est-ce que Maître Skywalker veut que l’on fasse ?
— La ramener pour un débriefing, le plus tôt possible.
Uldir approuva péniblement.
— Je pense que c’est ce qu’on va faire alors.
— Où est-elle maintenant ?
— Elle se repose. Ou tout du moins… Il s’arrêta. Tu ne sens pas quelque chose de bizarre dans l’air ?
Vega écarquilla les yeux, juste au moment où Uldir sentit ses tympans claquer.
Il se tourna rapidement vers les instruments de bord.
— Par les os noirs de l’Empereur ! Nous perdons de la pression.
À ce moment, le vaisseau trembla comme s’il avait été frappé et les lumières s’éteignirent. En jurant, Uldir alluma le moteur de secours.
— Nous sommes sortis de l’hyperespace ! cria-t-il.
— À cause d’un interdicteur ?
— Non. Le moteur a capoté.
— Je parie que ce n’est pas une panne, dit Vega.
— J’en mettrais ma main au feu, admit-il. Vega, retourne là-bas. N’aie pas peur de tirer.
— Trop tard, annonça la Corellienne.
Uldir l’avait vu aussi. L’A-wing Un venait d’entrer dans leur champ de vision à pleine puissance. Un instant plus tard, il disparut en hyperespace.
— Vook ! cria Uldir. Donne-moi son vecteur de sortie !
— Je l’ai, patron, répondit la voix du Durosien. Mais nous avons nos propres soucis.
Ils commençaient vraiment à manquer d’air.
— Elle a laissé la soute ouverte, gronda Uldir. La sale petite…
— Et elle a saboté notre hyperdrive, ajouta le Durosien. Nous n’allons plus nulle part, chef. On est bloqués ici.
— Où est la planète la plus proche en vitesse subluminique ? demanda Uldir, sombrement.
— À deux années d’ici, chef. Il y a très peu d’étoiles dans le coin.
— Comme je le disais, déclara Vega. De mieux en mieux.
CHAPITRE III
LA GUERRE DE WAYLAND
L’espace était en train de venir à bout d’Uldir Lochett et de son équipage, d’une manière très désagréable. Bien que ce ne soit pas la première fois que le vide ait tenté de l’exterminer, et de loin, Uldir avait cependant son mot à dire.
— Notre pression chute et vite ! grommela-t-il, pianotant sur les boutons et les indicateurs du poste de commande de son transporteur : le Coup de Bol. Mais par où tout cet air sort-il ? Sa voix était déjà devenue étrangement faible, et ses tympans étaient sur le point d’exploser. Combien de temps lui restait-il avant que son sang ne commence à bouillonner ?
Arrête d’y penser, ce n’est pas ça qui va t’aider à t’en sortir.
— À ton avis ? demanda Vega Sepen, son lieutenant, ses yeux étincelant comme des gemmes Corusca sous ses mèches platine. Ce n’est pas compliqué : ta petite amie a bloqué le sas des chasseurs en position ouverte.
— Eh bien, ferme-le ! cracha-t-il en renvoyant son regard de feu à la Corellienne. Et ce n’est pas ma petite amie.
— Qu’il est susceptible ! ironisa Vega. Tu ne devrais pas laisser ce petit incident tout gâcher entre vous. Après tout, elle a seulement saboté notre hyperdrive, volé notre seul chasseur capable de passer en hyperespace et laissé le cargo se vider de son air.
— Ah oui ? Tu sembles jalouse, Sepen, lança-t-il.
— Ben voyons, fit Vega, étudiant les indicateurs de vol. J’admets que j’ai eu le coup de foudre pour toi. Je commencerai ta conquête dès que tu arrêteras de porter des couches.
Sa voix semblait bizarre, probablement à cause de la pression qui chutait.
— Patron… poursuivit Vega, sur un ton plus normal.
— Quoi ?
— Il ne se ferme pas.
— Larve de Sith ! Il éleva la voix, tentant de la projeter dans l’atmosphère se raréfiant. Tout le monde en combinaison de sauvetage, vite !
Il se leva et sentit ses jambes vaciller. Il retint un rire nerveux alors que la situation paraissait soudain très amusante. Vega Sepen, plus dure que le diamant était-elle jalouse de la Jedi rebelle ? Vega était plutôt comme une grande sœur coriace et il n’y avait jamais eu de liaison entre eux deux… pas plus qu’avec Klin-Fa Gi. Elle avait été aussi agaçante qu’un mynock sur sa coque à la seconde même où il l’avait rencontrée et c’était avant qu’elle n’essaie de le tuer avec son équipage.
Une autre idée lui vint, cette fois vraiment hilarante : il était presque sûr qu’il n’attendrait jamais les armoires où se trouvaient les combinaisons avant de s’évanouir. Pourquoi n’avait-il pas pensé en premier aux combinaisons spatiales ? Où étaient passés ses neurones ?
Ah oui, c’est vrai. Ils sont en train d’épuiser leur oxygène.
Cette fois, il ne put se retenir de rire : l’univers était le meilleur farceur n’ayant jamais existé.
Il était encore en train de ricaner quand il trébucha sur Leaft. Le Dug s’était effondré, ses membres allongés selon des angles bizarres. Son visage normalement féroce était presque devenu gentil sans la conscience maussade qui l’animait. Et il avait emmené des couvertures avec lui pour s’allonger ou bien était-ce du linge ?
Mais non, espèce d’imbécile, ce sont les combinaisons de sauvetage ! fit une partie d’Uldir, obstinément logique. Tu avais oublié d’y penser mais pas Leaft.
Sa vue se troubla. Il n’en avait plus pour longtemps. Il mit d’abord le casque et tourna la valve d’alimentation, puis commença à se glisser dans la combinaison. L’air frais sentait bon mais ses poumons ne pouvaient en recevoir beaucoup : l’air s’échappait tant que le casque n’était pas joint à la combinaison.
Une grappe de trous noirs apparut soudain sur la cloison. Des vides créés par les Yuuzhan Vong ? Étaient-ils attaqués par dessus le marché ?
— Ras le bol, grogna-t-il. J’abandonne.
Et c’est ce qu’il fit quand les trous noirs dévorèrent son vaisseau, la lumière et finalement Uldir Lochett.
Il se réveilla au doux sifflement de l’air dans son casque. Un visage plat de Durosien le regardait avec inquiétude. Le Durosien portait une combinaison de sauvetage. Après un moment de confusion, Uldir se rappela que c’était Vook, le quatrième membre de son équipage. Il ne prit qu’un instant de plus pour se rappeler ses derniers souvenirs.
— Leaft, Vega ! Il faut que nous…
— C’est déjà fait, p’tit chef. La voix de Vega avait un résonnement métallique dans l’émetteur de son casque. Tout le monde va bien. Leaft est un peu dans les choux mais…
— Je vais bien, mugit le Dug, semblant plus assommé que convaincant.
— C’était une bonne idée d’aller chercher les combinaisons, Leaft, dit Uldir. Mais la prochaine fois, rappelle-toi de toujours mettre la tienne en premier.
— Hrrm. C’est une consigne de base. Pourtant, je n’arrivais pas à réfléchir comme d’habitude. Leaft semblait déçu, ce qui était rare. Je réfléchissais comme un humain, ajouta-t-il. Cela ressemblait plus à Leaft, ce qui rassura Uldir.
— Vook n’a pas perdu la tête lui au moins, répliqua Vega.
Vook parut embarrassé mais il se tut.
— OK, dit Uldir, se redressant. Voyons voir ce qui cloche et réparons-le.
— Et après ? grogna Leaft.
— Après, on ira récupérer notre chasseur et faire regretter pas mal de choses à une Jedi de ma connaissance.
Uldir était allongé avec Vook dans l’étroit conduit du moteur, restant perplexe devant l’hyperdrive en panne, quand Vega passa sa tête par l’ouverture du plafond.
— Nous avons réussi à fermer les portes extérieures, annonça-t-elle.
— Et les portes intérieures ?
— En fait, il y a une bonne et une mauvaise nouvelle, commença Vega. La mauvaise, c’est qu’elle a tranché les portes intérieures avec son sabre laser alors il va falloir qu’on les colmate. Leaft travaille dessus en ce moment. La bonne nouvelle, enfin je pense que c’en est une, c’est qu’elle n’a pas volontairement bloqué les portes extérieures. Elle a cogné l’appareil avec son Aile-A au décollage.
— Alors elle ne voulait pas nous tuer, déduisit Uldir.
— Tu penses que non ? Selon toi, elle n’est pas passée du Côté Obscur ?
— Si c’était vraiment une rebelle, elle n’aurait eu aucun remords. D’ailleurs, elle aurait pu nous torpiller, pour être sûre de se débarrasser de nous.
— Je crois que tu es encore sonné, fit Vega. Elle nous a abandonnés sans hyperdrive au milieu de l’espace Vong, à vingt années-lumière de la civilisation. Elle a aussi coupé notre antenne de communication, ce qui nous empêche d’appeler des secours. En soi, c’est déjà un arrêt de mort. Lent, cruel et sans espoir.
— Peut-être pensait-elle que nous pourrions réparer l’un ou l’autre.
— Elle savait que nous étions déjà dans un sale état, que nous avions besoin de nous approvisionner pour effectuer les réparations. Vega pencha la tête. N’oublie pas, elle est en route pour Wayland. Elle doit être à la recherche d’un des vieux jouets de l’Empereur. Même si elle n’est pas passée du Côté Obscur, elle est à deux doigts de tout fracasser.
— Ouais, admit Uldir. Je te l’accorde. Nous n’avons plus qu’à espérer qu’elle n’en soit pas arrivée là. À l’heure qu’il est, les Jedi ont encore quelques amis. Un Jedi Sombre leur ferait perdre le faible soutien qu’il leur reste. Les membres fanatiques du Sénat en profiteraient pour légaliser la déportation des Jedi chez les Yuuzhan Vong.
— Ce serait le mieux qui puisse nous arriver si elle découvre une des armes de l’Empereur, dit Vega. Nous savons par expérience combien de dégâts peut faire un seul Jedi passé du Côté Obscur.
— Hmm, dit doucement Vook, si seulement elle pouvait causer ces dégâts sur les Yuuzhan Vong, ce ne serait pas de refus.
— Vook… Uldir s’étrangla pour arrêter sa riposte instantanée. Le Durosien avait perdu son monde natal à cause des Vong. Sa rancœur était tout à fait justifiable.
— Je ne peux pas m’imaginer ce que tu peux ressentir, Vook, dit Uldir. Mais le Côté Obscur n’est jamais une solution. Je n’ai pas appris grand chose à l’Académie Jedi mais j’ai appris au moins ça.
Vook cligna lentement des yeux et resta silencieux un moment.
— Je peux réparer l’hyperdrive, dit-il, évitant apparemment le débat.
— Tu peux le faire ?
— Oui. Elle a coupé un des câbles allant du rotor au moteur ce qui est facilement réparable. Cependant, quand nous sommes sortis de l’hyperespace, la surtension résultante s’est propagée dans le reste du mécanisme et a grillé les rotors restants. Je peux redresser le premier afin de pouvoir utiliser les moteurs, mais pour deux ou trois sauts seulement. Ensuite, il grillera lui aussi.
— Génial, fit Vega. Est-ce qu’on pourra atteindre Mon Calamari ?
— Oui.
— Non, les interrompit Uldir. Nous allons sur Wayland.
Vega le fixa de ses yeux acier.
— Et comment ferons-nous pour partir une fois que nous y serons ? N’oublie pas que les Yuuzhan Vong ont aussi établi une base là-bas.
— On s’occupera de ces problèmes le moment venu, rétorqua Uldir. À l’heure qu’il est, les dernières instructions de Maître Skywalker étaient de la ramener pour faire un débriefing. Et c’est ce que nous allons faire.
— Tu ne réfléchis pas avec ta tête, chef, lança Vega.
— Eh ! Ça suffit avec cette histoire, la stoppa Uldir. Elle a fini d’être amusante. Il se tourna vers Vook. Dans combien de temps auras-tu fini ?
— Dans trois heures, peut-être quatre.
— Bien, mets-toi au travail. Vega, tu vas m’aider à nous préparer au mieux pour le combat. Il éleva la voix. Leaft, où en sont les réparations sur les portes intérieures ?
— Elles iraient plus vite si tu me laissais travailler tranquille… résonna la voix du Dug dans l’intercom.
Vega était encore en train de le fixer. Ses yeux et son attitude lui révélèrent qu’elle était en désaccord avec sa décision. Il n’aimait pas faire appel à la supériorité due a son grade quand il pouvait faire autrement. Il valait toujours mieux que l’équipe soit d’accord avec le chef. Mais dans cette situation, il ne laisserait place à aucune discussion. Il ne serait pas responsable d’avoir donné l’opportunité, aussi ténue soit-elle, à un Jedi Sombre de réveiller un des vieux appareils de l’Empereur. Pas même si cette expédition les entraînait vers une mort certaine.
Le Coup de Bol sortit de l’hyperespace avec une secousse à rompre les os. Les compensateurs d’inertie gémirent et la force de gravité tenta de faire sortir le cerveau d’Uldir par son oreille droite. Un grand monde vert occupait la plus grande partie de son champ de vision, et ils en étaient très proches.
— Joli saut, patron, le complimenta Vega.
— Que s’est-il passé ? demanda Uldir, ne s’adressant à personne en particulier. On a eu de la chance de ne pas finir en débris de l’espace, en sortant aussi près d’un puits gravitationnel.
Vook répondit.
— Le rotor s’est cassé pendant le saut, dit-il. Nous avons perdu notre fonction hyperspatiale.
— D’accord, au moins tu as réussi à nous amener jusqu’ici. Bon travail, Vook.
— Oui chef, murmura Vook puis il ajouta nous sommes fichus, chef.
— Pas du tout, répondit Uldir. Je veux que vous commenciez à chercher des solutions. Regardez si vous pouvez démanteler assez de composants pour réparer l’hyperdrive afin de faire un saut, peu importe la destination. Balayez les environs pour repérer des carcasses de vaisseaux dont on pourrait tirer des pièces. Essayez tout ce que vous voudrez. Tout ce que je te demande, c’est de m’accorder encore un saut, Vook.
L’expression du Durosien resta indéchiffrable mais il haussa les épaules.
— D’ac, fit-il.
— Patron, dit Vega, je détecte trois objets qui se dirigent vers nous.
— Génial, ironisa Uldir. Quels types d’objets ?
— Des skips.
Uldir alluma l’intercom.
— Leaft, tu as entendu ?
— Oui, gronda le Dug. Je suis déjà dans la tourelle.
Uldir passa ses détecteurs en mode longue portée. Les skips étaient bien là. Comme tous les appareils issus de la technologie Yuuzhan Vong, les coraux skippers étaient des créatures vivantes, transformés en vaisseaux mortels par une biotechnologie très élaborée. Uldir avait eu suffisamment affaire à ces petites furies pour savoir qu’un seul skip était déjà un problème ; mais en avoir trois aux trousses n’aurait pu arriver que dans un très mauvais jour comme aujourd’hui.
— Ça pourrait être pire, soupira-t-il.
— Je détecte un analogue Vong de corvette en train de contourner l’horizon de la planète, annonça Vega. Je pense que nous avons environ huit minutes pour nous débarrasser des skips avant que celle-là ne vienne aussi participer à la fête.
— Ah, lâcha Uldir. Finalement, c’est pire. Rappelle-moi de ne plus jamais dire ça.
— Quel intérêt ? demanda Vega. Tu n’as pas vraiment suivi les conseils que l’on t’a donné ces derniers temps, même les tiens.
— Et toi, tu glisses vers l’insubordination, l’arrêta Uldir, entraînant le vaisseau dans une série de manœuvres d’évasion. Vook, nous avons gardé toute notre maniabilité ?
— Uniquement en vitesse subluminique.
— Parfait.
— Je demande l’autorisation de parler, chef, fit durement Vega.
— Vega… soupira-t-il. Qu’y a-t-il ?
— Tu n’as pas besoin de moi ici, tu as Vook pour éteindre les incendies et faire les réparations, et Leaft est dans la tourelle. Laisse-moi prendre un chasseur. Nos chances de nous en sortir augmenteront peut-être un peu.
— Bonne idée.
— Super. Elle commença à défaire les boucles de son harnais de sécurité.
— Deux minutes avant d’être à portée de tir, dit Vook.
— Attends, fit Uldir. J’ai dit que prendre un chasseur était une bonne idée. Mais c’est moi qui le piloterai. Je te confie le commandement du Coup de Bol.
— Patron, c’est de la…
— Écoute-moi. On ne peut pas continuer à se frotter à tous les skips qui traînent dans le système. Essaie de me protéger avec un tir de couverture, jette aussi des ordures et je pourrai sortir sans attirer l’attention. Ensuite, je veux que vous filiez, allez vous cacher quelque part sur la planète ou restez discrètement en orbite, peu m’importe. Une fois que je serai sorti de la zone de combat, j’irai retrouver Klin-Fa Gi, l’attraper et la ramener ici.
— Ben voyons. Attraper une Jedi Sombre…
— Je suis le seul ici possédant un minimum de sensibilité à la Force, répliqua Uldir. Je suis donc le seul qui ait la moindre chance de la retrouver. De toute manière, reprit-il après une pause, c’est moi qui l’ai amenée à bord et qui ai pris la décision de la poursuivre. Personne d’autre que moi n’endossera la responsabilité de mes actes.
On aurait dit qu’un horrible insecte s’était fiché dans la gorge de Vega.
— Je n’aime pas du tout cela, le prévint-elle.
— Pas grave. Je vous retrouverai, ne t’inquiète pas.
— Plus qu’une minute, lança Vook.
— Fais pivoter le deuxième chasseur, ordonna Uldir. Sur ce, il abandonna les commandes et se rua dans la soute contenant les chasseurs.
Un tir globuleux de plasma accueillit Uldir dès que son Aile-A fut sortie de la soute. Par réflexe, il tira violemment la manette – oubliant que ses moteurs étaient éteints – mais il était encore à l’intérieur de la zone couverte par les boucliers du Coup de Bol, et l’éclair se propagea de part et d’autre en arc-en-ciel. Grinçant des dents, il laissa le minuscule vaisseau dériver dans le nuage des ordures rejetées. Il vit le cargo lancer un déploiement de torpilles à protons qui clignotèrent pour devenir de petites étoiles enflammées. Les torpilles furent accompagnées d’une rafale de traits d’énergie provenant de la tourelle de Leaft. L’envie le démangeait de presser le bouton d’alimentation des moteurs. Les coraux skippers avaient-ils vu son vaisseau émerger et l’avaient-ils ciblé en particulier ou bien le tir qui l’avait raté de près n’était-il que pure coïncidence ? Il le saurait dans quelques instants. À présent, il était sorti des boucliers du cargo et même si le chasseur avait été grandement modifié depuis sa sortie d’usine, ses bouliers n’avaient pas été renforcés. Un seul tir solide et il ne serait pas seulement hors de combat, il serait mort.
Heureusement pour lui, les skips étaient bien trop occupés pour le remarquer, grâce à son équipage. Un d’entre eux portait déjà une blessure blême là où un des lasers de Leaft avait brûlé le corail yorik, le chauffant à blanc. Tandis qu’il contemplait le premier, un autre essuya l’explosion proche d’une torpille à protons. Un instant, il pensa que le combat serait vite terminé.
Il n’eut pas cette chance. Dérivant sans pouvoir agir, il regarda les skips atteindre leur portée optimale et retourner la situation. Leaft les dardait toujours avec une efficacité mortelle mais les tirs s’arrêtaient dans l’espace à quelques mètres des chasseurs organiques. Les vaisseaux Yuuzhan Vong n’avaient pas de boucliers : à la place, les basals dovin qui leur fournissaient par ailleurs leur impulsion gravifique, ouvraient de petits trous noirs qui absorbaient tout ce qui y pénétrait, torpilles ou missiles à concussion. Même la lumière cohérente et les particules d’un tir de blaster disparaissaient sans laisser de trace. Ils avaient aussi leurs faiblesses, évidemment, et les pilotes de la Nouvelle République avaient appris quelques trucs pour que de temps en temps, un tir échappe à ces défenses gravifiques, mais ce n’était pas vraiment simple. Entre-temps, les skips bombardaient le Coup de Bol avec des globes de plasma concentré, tirant à partir de ce qui semblait être des volcans miniatures disposés sur la surface rigide des coraux skippers. Ils évitèrent la rafale de la tourelle, en plongeant tout près du vaisseau. Vega ne pouvait lancer efficacement de missiles à cette distance, à la fois parce qu’elle avait peu de chance de les toucher et parce que le choc qui s’ensuivrait endommagerait en même temps le transporteur.
— Allez, Vega, vas-y ! grommela-t-il. Qu’est-ce que tu attends ?
C’est alors que se déversa l’énergie du moteur du Coup de Bol en un torrent d’ions ardents qui engloutit un des coraux skippers, dont le pilote avait clairement oublié qu’un moteur ionique pouvait devenir une arme s’il était utilisé à courte portée. Les trous noirs des skips ne pouvant absorber autant d’énergie, le vaisseau s’embrasa, passant de l’orange au jaune puis enfin au bleu avant de disparaître.
— Bien joué ! jubila Uldir, regardant le Coup de Bol s’évader avec une vitesse surprenante. Les skips restants le poursuivirent, évidemment, bien qu’ils n’aient aucune chance de le rattraper si le vaisseau ne décélérait pas. À moins que les chasseurs Vong ne soient capables de passer en hyperespace ce dont il doutait fortement.
Par contre, l’analogue de corvette le pouvait certainement, mais elle ne pourrait pas passer en vitesse hyperluminique avant de s’éloigner de la planète. Il espérait sincèrement qu’elle ne l’ait pas repéré…
Il retint son souffle quand l’énorme vaisseau le frôla à huit kilomètres dans son quart inférieur droit. Si elle l’avait remarqué, elle ne le montrait pas.
Une nouvelle lumière attira son regard, quand quelques débris évacués avec lui rencontrèrent l’atmosphère externe de Wayland et commencèrent à brûler. Gardant un œil sur la corvette le dépassant, il tendit la main pour prendre le manche à balai. Une mauvaise entrée dans l’atmosphère ne lui réussirait pas vraiment. Un angle trop faible et il rebondirait dans l’espace. S’il entrait trop rapidement, il serait incinéré. C’était le moment de songer à une légère correction de trajectoire.
Il ne mit pas pleins gaz, préférant allumer ses réacteurs de manœuvre à partir de sources d’énergies indépendantes. Son angle d’approche augmenta. Il reprit le manche en main et resta bouche-bée devant ses radars : trois petits signaux provenant de la corvette se dirigeaient vers lui.
Ainsi, ils avaient surveillé les débris relâchés et il s’était mis à découvert.
« Inutile de maudire l’espace », disait souvent sa grand-mère. « Il t’attrapera forcément un jour alors vous feriez mieux d’être en bons termes. » Uldir se mit à pleine vitesse, fit piquer le nez du chasseur et plongea en direction de la planète. Les skips accélérèrent pour le poursuivre.
— Bien, les gars ! ironisa Uldir. Venez m’accompagner dans le pétrin avec vos cailloux volants !
Le vaisseau cahota en rencontrant des nuages élevés de cristaux de glace qui décomposaient la lumière du soleil de Wayland en diamant multicolore. Il redressa légèrement la barre, remarquant que les coraux skippers moins aérodynamiques perdaient du terrain derrière son vaisseau plus rapide. Leurs armes efficaces dans l’espace perdirent leur efficacité en entrant dans l’atmosphère. Uldir pourrait certainement les distancer bien vite.
Il lança son vaisseau dans un tonneau serré. Il ne pouvait se permettre de prendre ce risque : même s’il semait les chasseurs ennemis, ils pourraient tout de même le garder dans leurs radars jusqu’à ce qu’un vaisseau plus adapté à l’atmosphère le prenne en chasse. Uldir avait déjà eu affaire à certains de ces speeders et quelques-uns d’entre eux étaient plutôt désagréables. S’il ne voulait pas avoir à combattre les Vong pendant qu’il rechercherait Klin-Fa Gi, il fallait qu’il en finisse avec eux maintenant.
Il orienta sa proue vers les coraux skippers pendant qu’ils se débattaient dans la turbulence qu’il venait de traverser. Il ouvrit le feu avec ses canons laser, ne pensant pas causer de véritables dommages à cette distance mais espérant plutôt les ralentir en forçant les trous noirs à s’ouvrir et se refermer ce qui provoquerait des turbulences autour d’eux et épuiserait plus vite leurs ressources en énergie. Quand il fut à portée de tir, Uldir leur offrit le cadeau qu’il avait préparé, un missile à concussion. Cette arme était de son cru, équipée d’un senseur gravimétrique. Dès qu’il repèrerait un trou noir, il se précipiterait dedans.
Le missile explosa à quelques dix mètres du skip de tête. En atmosphère et à bout portant, un missile à concussion avait une efficacité remarquable, se déployant en sphère supersonique dans l’air qui renvoya le premier corail skipper à son point de départ. Les deux autres avaient commencé à prendre la fuite mais pas assez vite, et les deux vaisseaux partirent en vrille. Uldir s’accrocha en prévision de la faible secousse quand l’onde de choc l’atteignit et, commença à mitrailler lourdement un des skips en pleine chute. Du coin de l’œil, il remarqua que le premier chasseur tombait vers la planète, apparemment entraîné par son incontrôlable moteur gravifique. Il ne put apercevoir le troisième skip mais son instinct l’avertit qu’il n’avait plus que quelques secondes avant de le retrouver à ses trousses.
Des panaches jaunes de corail vaporisé obligeaient le skip devant lui à virer et tanguer, le rendant plus difficile à atteindre, mais il ne semblait pas utiliser ses trous noirs. Uldir était presque arrivé à le verrouiller fermement quand un avertissement retentit dans sa tête. Il monta brusquement vers la gauche et sentit le sang affluer dans son cerveau. Il avait eu raison, des gerbes de plasma fusèrent à l’endroit où il s’était trouvé une seconde plus tôt. Il effectua un looping serré. Les deux skips étaient maintenant sous lui. Il constata avec satisfaction que les tirs du skip qui se trouvait derrière lui avaient atteint le second chasseur en un coup oblique. Le skip s’était transformé en torche.
En peu de temps, Uldir mitrailla le dernier skip et se précipita ensuite vers la forêt, loin, très loin en-dessous de lui.
Lorsqu’il arriva à quelques mètres de la cime des arbres, il redressa la barre et afficha une carte de la planète. Elle comportait de nombreux détails mais très peu d’endroits possédaient un nom. Un d’entre eux était un point dans l’hémisphère nord, sur le grand continent appelé Mont Tantiss. Wayland était resté le secret de l’Empereur pendant de longues années et ne s’était trouvée sur aucune carte stellaire à cause, entre autres, d’une ancienne omission d’écriture. Le Mont Tantiss avait été son entrepôt et le siège de son mystère. Le Grand Amiral Thrawn avait localisé cette planète et la montagne après le décès de l’Empereur, résolu à trouver les armes qui l’aideraient à récupérer les pertes de l’Empire. Ensuite, Luke Skywalker et quelques autres héros de la Rébellion la découvrirent à leur tour et détruisirent la montagne par un gigantesque tremblement de terre.
Si Klin-Fa Gi était vraiment une Jedi Sombre, elle se dirigerait probablement vers les ruines du Mont Tantiss.
Il lança le balayage radar. Sans surprise, ses soupçons trouvèrent confirmation : l’Aile-A semblait s’être arrêtée exactement sur ce point. Avec un air sinistre, il modifia son cap pour aller là-bas, tout en gardant un œil prudent sur les senseurs à longue portée.
Uldir trouva l’Aile-A abandonnée et cachée par une couverture grossière d’énormes feuilles tombées du sommet des arbres. Il inspira profondément, écoutant, observant et sentant la jungle qui l’entourait, essayant d’utiliser sa faible sensibilité à la Force.
Vue d’en haut, Wayland ressemblait beaucoup à Yavin 4, là où il avait suivi les cours de l’Académie Jedi. Ici, au sol, les ressemblances semblaient superficielles. Bien que les continents de Wayland et de la lune de Yavin soient tous deux principalement recouverts par des jungles, celle de Wayland s’élevait bien plus et les cimes des arbres étaient stratifiées en deux couches. L’air de Yavin 4 était agrémenté de l’odeur de la feuille-bleue. Ici, l’atmosphère pesait lourdement sur le sol de la forêt, chargée d’une odeur de musc et de décomposition. La forêt vrombissait, bourdonnait, et cliquetait au rythme des bruits de la faune exotique. Il se rappela des dangers que contenaient les jungles de Yavin 4, et pourtant, là-bas, il savait à quoi s’attendre. Sur ce monde, il ne savait rien. Les sons qui l’entouraient pouvaient venir d’insectes inoffensifs ou de l’équivalent des scarabées-piranhas de Yavin, qui pouvaient dévorer un homme jusqu’à l’os en moins de temps qu’il ne faudrait à un Toydarien pour battre des ailes.
Malgré tout, il était heureux de découvrir que Klin-Fa Gi semblait encore moins à l’aise que lui dans cet environnement : il lui fut facile de suivre la piste jonchée de feuilles piétinées et de buissons tordus ou cassés. Elle menait, comme il s’y attendait, au sommet des collines entourant ce qui était autrefois le Mont Tantiss. La mine sombre, il mit sur ses épaules un kit de survie avec son blaster et quelques grenades à concussion puis se remit en route, suivant Klin-Fa à la trace.
Ou tout du moins espérait-il que la piste était d’elle.
Uldir ne mit pas longtemps à trouver la preuve indiquant que c’était précisément la Jedi qu’il suivait et pas une bête gauche et étrange. Malheureusement, cette preuve vint sous la forme de cinq corps, de deux espèces différentes, toutes deux semblant intelligentes. Aucune des deux espèces n’était Yuuzhan Vong, ce qui signifiait probablement qu’elles étaient indigènes. De quelque espèce qu’ils soient, ils avaient été massacrés par un sabre laser, peu d’armes laissaient le même genre de plaies nettes et cautérisées que l’arme traditionnelle des Jedi.
Lugubrement, il étudia la scène pour obtenir plus de détails. Trois des cadavres étaient grands, minces, avec six pattes dont quatre semblaient servir de bras. Ils avaient des groins souples en guise de nez et leur peau, quand elle n’était pas recouverte de peau de bête ou de décorations en os, luisait comme une carapace.
Les deux autres corps voûtés paraissaient puissants et naturellement protégés par des plaques osseuses sur leurs dos bossus. Tout comme leurs compagnons dans la mort, ces cadavres semblaient avoir été bipèdes à l’origine.
Uldir n’avait jamais rencontré de tels êtres auparavant, que ce soit dans ses voyages spatiaux ou parmi les esclaves que les Yuuzhan Vong utilisaient comme troupes d’assaut. Ceci n’était pas surprenant : il y avait de très nombreuses espèces dans la galaxie qui n’avaient jamais voyagé dans l’espace, soit par choix, soit par retard technologique. Uldir se souvint alors de sa lecture précipitée des fichiers concernant la planète : Wayland était le lieu de vie de plusieurs espèces intelligentes, dont la plupart était encore à l’âge de pierre.
Cependant, quand Uldir vit ce qu’ils tenaient dans leurs mains froides, son sang ne fit qu’un tour. À présent, il comprenait quelque peu la raison de leur mort. Au premier coup d’œil, les armes semblaient être des gourdins, plats d’un côté et pointus de l’autre, et d’environ trente centimètres de long. Uldir avait déjà vu de telles armes auparavant mais même sans cela, il aurait remarqué comme une bizarrerie dans leur léger frétillement, les bâtons bougeaient d’un côté et de l’autre comme des vers polaires de Hoth. Les armes étaient vivantes, et provenaient sans aucun doute des laboratoires biologiques Yuuzhan Vong.
Il analysa les cadavres plus attentivement, à la recherche d’autres signes Yuuzhan Vong, se demandant si ces créatures étaient des alliés consentants ou des esclaves. Uldir ne trouva aucune trace des implants de corail que les envahisseurs utilisaient pour contrôler les sujets récalcitrants, ce qui semblait indiquer que les guerriers étaient de leurs alliés.
Cependant, les moyens de contrôle étaient nombreux et la plupart étaient connus des Yuuzhan Vong.
Quand il voulut retourner un des êtres trapus et cuirassés, pour inspecter l’envers du corps, il réalisa soudain que quelque chose ne tournait pas rond. Les bruits de la forêt environnante avaient changé, et les sons de la faune s’étaient quasiment éteints. Il dégaina son blaster l’air de rien, comme s’il ne voulait qu’essuyer son pantalon.
— Poser arme de la honte ! lui ordonna une voix sifflante au basique fortement accentué. Poser arme de la honte ou toi plus respirer, étranger !
Pour mettre l’accent sur la phrase, un trait vrombissant apparut comme par magie sur le tronc près de lui. Uldir hésita un instant : il avait déjà vu des flèches. Leur façon de percer les gens était primitive mais efficace. D’un autre côté, il avait un blaster, qui faisait des trous plus gros et encore plus efficaces. Mais la voix venait de derrière lui et il ne savait pas combien ils étaient…
Peu importe, ils auraient déjà pu le tuer. Il ferait tout aussi bien de vérifier quelle était sa meilleure chance de s’en sortir. Il leva lentement les bras, se tournant vers la voix. Mais il ne posa pas le blaster.
Le porte-parole n’était qu’une raie colorée dans les broussailles, difficile à distinguer, mais Uldir le reconnut comme étant un des humanoïdes minces à six membres. Uldir respira lentement et profondément, ses yeux balayant les feuilles étranges à la recherche d’autres personnes.
— Poser arme de la honte ! fit de nouveau la créature.
Uldir garda l’arme au-dessus de sa tête, pointée vers le ciel, mais n’obéit pas. Il indiqua les corps de la tête.
— Je n’ai pas tué vos amis, dit-il. Je les ai trouvés comme ça. Je recherche celle qui a commis ce crime.
Il entendit de faibles murmures dans les buissons l’entourant, et son cœur chavira. Il avait probablement perdu l’occasion de tirer son épingle du jeu, s’il n’en avait jamais eu.
Toutefois, en regardant les cadavres, une partie de lui fut soulagée.
La créature fit un léger son de trompette.
— Si elle tué Alliés Du Peuple Mutilé, elle pas notre ennemie, déclara-t-il. Poser arme de la honte. Moi pas répéter.
— Je ne veux pas rester sans défenses, dit Uldir. Je sais ce que les Yuuzhan Vong font à leurs prisonniers. Je ne veux pas qu’ils me capturent.
Un autre son de trompette, un trille cette fois. Un signal de réponse résonna sur sa gauche.
— Nous pas amis du Peuple-Mutilé, annonça avec énergie le porte-parole. Jamais nous les nourrir.
Uldir pouvait en distinguer deux autres maintenant, tous les deux de la race plus trapue. Ils portaient des arcs, des flèches et des haches de pierre au manche en bois, tout comme le porte-parole. Aucun d’entre eux ne portait d’appareils venant de la biotechnologie Yuuzhan Vong. Les épaules d’Uldir se relâchèrent quelque peu. Délibérément, il remit le blaster dans son étui et leva les mains, paumes ouvertes.
— Les Yuuzhan Vong sont mes ennemis, dit-il. Si ce sont aussi vos ennemis alors nous sommes amis.
La mince silhouette s’inclina.
— Étrangers pas amis, rétorqua-t-il. Vous porter honte et amener honte sur nous.
— Je ne suis venu que pour retrouver celle qui a laissé cette piste, dit Uldir. Quand je l’aurai attrapée, je partirai. Je ne vous veux aucun mal. Il se montra du doigt. Mon nom est Uldir Lochett.
La créature le considéra un moment.
— Toi offrir nom ? lâcha-t-il finalement.
— Oui. J’offre mon nom.
L’être y réfléchit quelques instants.
— Moi offrir en retour. Moi Txer. Moi chef du Peuple Libre.
— Heureux de vous connaître, Txer.
Txer dit ensuite quelque chose dans son langage natal et plusieurs autres, une quinzaine estima Uldir, lui répondirent. Cela ressemblait en gros à un débat et il soupçonnait que l’objet du débat ait un rapport avec son proche avenir. Finalement, Txer joignit ses deux mains supérieures et le silence se fit. Il s’approcha d’Uldir, jusqu’à ce qu’ils ne fussent séparés que de deux mètres.
— Toi suivre celle qui a fait piste. Elle très puissante.
— Oui, acquiesça Uldir.
— Nous entendu elle combattre Alliés Du Peuple Mutilé. Nous venir voir. Entendre ta chose-honte atterrir, observer toi. Toi juste venu pour elle ? Vrai ?
— Oui, répéta Uldir.
— Pourquoi suivre elle ? Si ennemis du Peuple-Mutilé tes amis, pourquoi elle non ? Tes mots sont poison d’Étranger, peut-être.
— C’est compliqué, dit Uldir. Oui, c’est une ennemie du, euh, Peuple Mutilé. Mais je crains qu’elle cherche quelque chose ici, quelque chose que l’Empereur a laissé. Vous savez qui est l’Empereur ?
Txer lança une longue et forte trille puis bavarda encore dans son propre langage. Certains répondirent, sévèrement, et tous ceux qu’Uldir put voir brandissaient leurs armes. Sa main le démangea d’aller prendre son blaster.
— Homme Noir, dit finalement Txer. Elle vouloir choses de l’Homme Noir.
— Je pense que oui, répondit Uldir.
— Peuple Mutilé aussi, répondit Txer. Eux faire trous, grands et profonds, dans montagne brisée.
— Oui, fit Uldir. Ils cherchent ses secrets. Comme celle que je poursuis.
— Pas laisser faire, dit Txer, sa voix soudain très basse. Peuple Mutilé mauvais. Homme Noir encore pire. Toutes les choses de la honte, à lui. Moi me souvenir. Ses yeux luminescents se rétrécirent. Me souvenir aussi d’étrangers qui casser la montagne, enterrer objets de l’Homme Sombre. Toi cousin avec eux ?
— Quelque chose comme ça, répondit Uldir.
Txer inclina pensivement son visage allongé, puis parla encore à son peuple.
— Nous aussi suivre traces, dit-il simplement.
— Votre aide me sera utile, le remercia Uldir.
— Pas pour aider toi, dit Txer. Pour regarder.
Ils voyagèrent le restant du jour sur un terrain de plus en plus abrupt. À deux reprises, pour des raisons qu’Uldir ignorait, ils se cachèrent dans les fourrés, restant absolument silencieux jusqu’à ce qu’un signal muet leur permettre de repartir. Cette nuit-là, ils campèrent dans l’abri caverneux des racines noueuses d’un arbre incroyablement grand.
— Pourquoi dites-vous que mon arme est une arme de la honte ? demanda Uldir à Txer, alors que la lumière disparaissait complètement.
— Honteux de l’utiliser. Pas venir de la vie. Il fit une pause, cherchant ses mots. Machine, dit-il enfin, comme si ce mot lui blessait la bouche.
— Oh, répondit Uldir. C’était logique, ce peuple vivait uniquement des ressources de la terre. Étant donné que l’Empire était venu ici, la plupart de leurs expériences avec la technologie avait probablement mal tourné.
— Est-ce pour cela que certains combattent aux côtés du Peuple Mutilé ? Parce qu’ils détestent aussi les machines ? Évidemment, cette phrase était largement modérée. Les Yuuzhan Vong considéraient toute technologie « inerte » comme une abomination, et ceux qui l’utilisaient étaient si impurs qu’ils méritaient l’extermination. Leur conquête de la galaxie était plus une guerre sainte qu’une guerre de territoire : ils avaient conquis depuis longtemps les mondes nécessaires à leur population.
— Alliés penser comme ça, oui, répondit Txer. Eux dire Peuple Mutilé comme nous. Ça être faux. Vie est pour respect. Eux pas respecter vie. Eux casser, tordre, forcer la vie, la rendre sale. Eux faire la même chose avec nous.
— Vous avez raison à propos de tout cela, lui dit Uldir. Je l’ai vu se produire, sur chaque monde, l’un après l’autre. Et au bout du compte, ceux qui les aident souffrent encore plus que ceux qui leur résistent.
— Nous pas besoin sagesse des Étrangers, fit durement Txer. Peuple Libre voir ça tout seul. Pas besoin tes yeux pour voir.
— Je comprends, le calma Uldir.
— Nous combattre eux, comme nous combattu Homme Sombre, poursuivit Txer.
Des armes en pierre contre les Vong ? pensa Uldir. Le combat n’était pas équitable. À moins d’un changement dans l’équation, le Peuple Libre était fichu.
— Je devrais poursuivre seul, au lever du jour, dit Uldir. Je ne veux pas mettre votre peuple en danger.
— Nous combattre eux, déclara Txer. Et si toi mentir, nous combattre toi aussi. Nous combattre jusqu’à Étrangers tous partis ou nous tous mourir. Dormir maintenant. Demain, nous entrer dans territoire du Peuple Mutilé et alors plus de repos.
Uldir passa une nuit agitée, essayant de ne pas s’inquiéter pour son équipage, espérant qu’ils étaient encore en vie et qu’ils avaient réussi à trouver une cachette. Il ne pensait pas que Klin-Fa Gi s’arrêterait pour dormir et il sentait qu’elle prenait de l’avance sur lui ce qui l’inquiétait encore plus.
Quand il s’endormit enfin, son esprit construisit des rêves dont la structure était plus obscure que la nuit.
— La jungle paraît malade, fit remarquer Uldir le matin suivant. La couche supérieure d’arbres semblait déchiquetée et squelettique, et la couche inférieure était recouverte d’un genre de moisissure ou de poussière.
— Oui. Plus loin, encore plus malade, l’assura Txer.
En effet, bientôt, ils marchèrent dans un fantôme de forêt ; les énormes troncs étaient toujours là mais pas le moindre rappel de vert ou de la couleur des bourgeons n’était présent, il n’y avait qu’un gris morne et charbonneux.
— Qu’est-ce qui a causé tout ça ? demanda Uldir.
La bouche de Txer se déforma.
— Moi pas savoir. Personne vivant savoir ce qui fait ça. Aucun mort pouvoir en parler.
Un kilomètre plus loin, les arbres n’étaient plus que des souches carbonisées, manifestement desséchés par une source inconnue de chaleur intense. La zone brûlée continuait sur sa gauche et sur sa droite, à perte de vue.
Deux kilomètres plus loin, même les souches avaient disparu et ils se tenaient sur une crête qui, en surplombant une vallée peu profonde, donnait sur les restes du Mont Tantiss.
Sous la force d’un choc sismique, le sommet avait tremblé puis s’était effondré. Ce côté-ci de la montagne s’était affaissé puis incliné en pente glissante. Sur ce vaste mélange de basalte, au même niveau que lui, se trouvait la base Yuuzhan Vong.
Cinq des complexes vivants semblaient en forme d’étoile ou tout du moins disposés en rayons symétriques. Uldir avait déjà vu ce style de structure, dans des enregistrements pris par un ancien contrebandier du nom de Talon Karrde. Appelés damuteks, les Yuuzhan Vong en avaient fait pousser sur les ruines de l’Académie Jedi lors de la capture du système de Yavin quelques mois auparavant. Son ami de longue date, Anakin Solo, était entré de force dans un damutek et avait rapporté de nombreux renseignements utiles à propos de ces complexes.
— Je pense que ce sont les quartiers des Modeleurs, dit Uldir à Txer.
— Modeleurs ?
— Oui. Les Yuuzhan Vong sont divisés en castes. Les Modeleurs sont ceux qui font de la biotechnologie, euh, qui tordent la vie dans les formes qu’ils veulent. Vous comprenez ?
— Oui. Moi avoir vu, pas aussi mutilés que guerriers. Avoir cheveux comme nid de serpents Brvol.
— Ce sont bien les Modeleurs. Ces complexes sont leurs laboratoires. Mais ça, qu’est-ce que c’est ? demanda-t-il en désignant une sorte de tour cylindrique trapue, voire même recourbée. Elle était énorme, au moins cent mètres de haut et son diamètre était tout aussi grand. Comme les damuteks, elle semblait faite de corail. Par contre, des centaines de trous perforaient sa surface supérieure, chacun d’environ un mètre de diamètre.
Uldir leva ses macrojumelles et examina la base de la chose plus minutieusement mais il ne put rien affirmer d’autre, sauf… oui, c’est cela, elle semblait tourner lentement comme si elle forait dans ou en dehors du sol.
— C’est une foreuse, murmura-t-il.
— Faire des trous, dit Txer. Nous savoir ça aussi.
— Un grand trou. Je pense que c’est un ver géant, ou tout du moins, c’en était un avant que les Modeleurs ne mettent la main dessus.
— Mais une chose nous pas comprendre, expliqua Txer. Si creuser, où elle mettre pierre ?
Uldir observa Txer, se rappelant mentalement que primitif ne voulait pas dire stupide.
— Bonne question, répondit-il. Je pense qu’elle digère la pierre, la brise en elle. Il haussa les épaules. Peu importe. Par contre, vous voyez ces capillaires reliant la mine aux complexes en forme d’étoile ?
— Oui.
— Il doit y avoir des voies d’accès aux mines dans lesquelles le ver creuse. S’ils découvrent quoi que ce soit, ils pourront ainsi le remonter. Ce qui veut dire que je trouverai Klin-Fa soit dans les mines soit dans un de ces complexes. Il soupira. Autrement dit, elle pourrait être n’importe où dans la base.
Il ajusta ses macrojumelles et la multitude de formes se déplaçant entre les complexes se révélèrent être des Yuuzhan Vong, mais il y avait aussi beaucoup de Myneyrshi (la race aux êtres grands et minces) et tout autant de Psadans, ceux à la peau cuirassée. Le camp comptait aussi un certain nombre d’humains, tout comme la bande de Txer : les descendants d’une colonie perdue depuis longtemps, s’il avait bien compris leur histoire.
Uldir se focalisa sur le groupe le plus proche, qui semblait inspecter un genre de plante grandissant sur la pente, juste au-dessus de la zone brûlée. Ils étaient à environ cent mètres et Uldir ne voyait aucun garde Yuuzhan Vong.
— Peut-être arriverai-je à me faire passer pour l’un d’entre eux, spécula Uldir. S’ils ont capturé Klin-Fa, ils parleront certainement d’elle. S’ils ne l’ont pas capturée, ils en parleront sûrement très bientôt.
Toutefois, en observant le complexe, il n’eut pas beaucoup d’espoir. Il n’avait pas le temps nécessaire pour se faufiler discrètement dans le campement Yuuzhan Vong comme Anakin Solo l’avait fait sur Yavin 4 ; Vega et les autres étaient quelque part, probablement en train de lutter pour survivre, attendant qu’il termine sa mission pour qu’ils puissent décoller d’ici. Chaque seconde qu’il passait ici représentait un risque, pas seulement pour sa propre vie mais aussi pour celle de son équipage et pour toutes les autres personnes qu’il aurait pu secourir avec son équipe s’ils n’étaient pas venus ici chercher une Jedi rebelle.
— Jedi, murmura-t-il, et les yeux de Txer se rétrécirent.
— Qui Jedi ? demanda-t-il, soupçonneux. Toi Jedi ?
— Non, pas moi. Celle que je poursuis.
Uldir ferma les yeux et se concentra, essayant d’oublier son corps, ses pensées, son environnement immédiat pour ressentir et utiliser la Force vivante l’entourant. Pour atteindre Klin-Fa Gi. Elle était vraisemblablement la seule Jedi vivante sur Wayland, et les Yuuzhan Vong étaient absents dans la Force. Klin-Fa se distinguerait sûrement comme un Wookiee dans un mariage Ewok, même pour ses perceptions minimes.
Les bruits l’environnant diminuèrent puis disparurent. Grâce à sa projection mentale vers l’extérieur, il était une sphère, se développant, ne pouvant recevoir tout ce qu’il atteignait mais se souvenant qu’il faisait déjà partie de ce tout.
Il ressentait la zone de vie malade derrière lui, se régénérant à mesure qu’augmentait la distance d’avec la colonie Yuuzhan Vong. Il ressentait la nature sur laquelle il se tenait éprouver une douleur à la limite de la mort et même le vide singulier des Yuuzhan Vong. Il ressentait la vie dans les pierres fracturées du Mont Tantiss.
Une partie de lui-même était enivrée. Il n’avait jamais pu voir aussi clairement dans la Force, même dans ses meilleurs jours à l’Académie.
Et là, une meilleure sensation, un clignotement : c’était Klin-Fa, et elle semblait bien proche. Il sentit les battements de son cœur, un danger, un objectif atteint et un objet désiré enfin trouvé…
Puis une pointe sombre de fureur et de désespoir le frappa entre les yeux, avec un hurlement de haine qui ressemblait étrangement plus au goût amer des noix Jiqui qu’à un son.
Son lien ténu dans la Force se brisa, remplacé par une autre sensation, une impression de bourdonnement dans ses os.
Il mit un moment à réaliser que cette sensation venait d’en dessous de lui, remontait par ses pieds, que c’était le sol qui tremblait. Et le tremblement était de plus en plus intense. Il ouvrit les yeux, considérant la montagne dévastée et la terrible créature des Vong qui poussait à l’intérieur.
Quelque chose était différent, mais il lui fallut un instant pour comprendre quoi. Puis il vit, mais ne comprit toujours pas. La tour était plus large et semblait gonflée à bloc.
— Txer, dit-il brusquement. Cours. Tout de suite. Il dévala la colline, traversant le paysage flétri pour se diriger vers le campement Yuuzhan Vong.
— Pourquoi ? cria Txer de derrière lui.
— Cours, c’est tout ! Il n’avait pas le temps d’expliquer car ce n’était qu’une intuition mais s’il prenait le temps d’y réfléchir, ils seraient tous bientôt morts.
Un coup d’œil par-dessus son épaule lui révéla que Txer et son Peuple Libre hésitaient encore.
— Allez ! hurla-t-il.
Txer commença à le suivre. Après cela, Uldir garda toute son attention sur le chemin rocheux et sur le grondement du sol qui gagnait en importance à chaque foulée. Il courut, espérant que le Peuple Libre le suivait, et surtout que sa chance ne l’avait pas trahi au dernier moment.
Quand Uldir atteignit le bas de la colline sur laquelle ils se tenaient et commença à remonter la pente menant aux damuteks, il entendit des cris venant des créatures qui le suivaient. Les Psadans, qui ressemblaient grossièrement à des sphères cuirassées, descendaient surtout la pente en roulant. Les Myneyrshi avaient un peu plus de mal avec leurs jambes à l’aspect délicat. Cependant, quand ils commencèrent à remonter, leurs situations furent inversées. Les Myneyrshi remontaient la pente avec fluidité grâce à leurs six membres, tandis que les Psadans prenaient du retard. Ce fut Txer qui cria et s’exclama le premier, et Uldir suivit la direction que son compagnon lui désignait du regard. À présent, les vibrations dans le sol faisaient claquer ses dents.
La tour se redressa. De chacune des ouvertures garnissant la face supérieure de la tour jaillit un tube semblable à un serpent, se déployant simultanément dans la vallée et vers les collines dans un geste paraissant lent mais qui, vu la distance, était certainement beaucoup plus rapide qu’il n’y paraissait. Chaque tube était orienté vers une direction légèrement différente des autres. Un grand nombre semblait se diriger tout droit vers Uldir, qui accéléra franchement le pas.
— Quoi ça ? demanda Txer.
— Nous devons sortir de la zone brûlée ! hurla Uldir. Nous devons courir vers le jardin Yuuzhan Vong le plus proche.
Il jeta un coup d’œil en l’air et vit les bouches sombres des tubes maintenant orientées vers le bas, comme des vers voulant ne faire qu’une bouchée de lui. De combien devaient-ils descendre ? Le ciel était rempli de ces rayons déployés en éventail, certains ayant de loin dépassé la crête. Tout cela lui aurait semblé étrangement gracieux s’il ne s’était pas souvenu du périmètre de destruction, si la zone incendiée ne s’ajustait pas aussi précisément avec ce qu’il voyait se former.
Ils allaient bientôt découvrir ce que le ver-perceuse faisait des pierres digérées et Uldir pensait qu’ils n’allaient pas apprécier l’explication.
La fin de la zone incendiée se trouvait juste devant lui mais les Psadans ne s’en sortaient pas aussi bien que lui. L’un d’entre eux trébucha et Txer lui porta assistance. Un autre dérapa auprès d’Uldir. Il se mordit la lèvre pensivement. S’il s’arrêtait pour aider le Psadan, il pourrait mourir, d’accord, mais il échouerait aussi dans sa mission, ce qui était un autre problème. Il ne pouvait pas…
Non, pas question. Quelle que soit sa mission, il se devait avant tout d’aider ses compagnons en détresse.
Il plaça son épaule sous le bras corpulent du Psadan, et ensemble, ils peinèrent pour arriver à la bande verte devant eux. Il ne leur restait que trente mètres à parcourir, quelques Myneyrshi y étaient déjà.
Le ciel était maintenant un dôme de cordes noires, et une ouverture assez grande pour avaler Uldir tombait rapidement vers lui. Toutefois, il ne pensait pas qu’elle l’avalerait. Il se demanda, en fait, s’il ressentirait quoi que ce soit.
Les pierres les plus légères à flanc de colline tressautaient à cause de la pression qui augmentait sous elles. Maintenant, l’enfer pouvait se déclencher à tout instant…
Le pied d’Uldir frappa une pierre et il glissa, sa cheville se tordant douloureusement quand le poids du Psadan tomba inégalement sur lui. Gémissant pour s’excuser, le Psadan tenta de le soulever pour le porter.
— Trop tard, murmura Uldir.
Il ne vit pas la silhouette habillée en jaune et noir avant qu’elle ne soit sur lui, et que sa puissance tirée de la Force ne les pousse en avant, lui et le Psadan, en direction des derniers terrains Yuuzhan Vong.
— Uldir Lochett, tu es un imbécile, lui annonça Klin-Fa-Gi.
Le Peuple Libre hurla d’une seule voix, quand les centaines de tubes crachèrent un brouillard orange fluo de part et d’autre de la vallée. L’odeur de l’éclair sur la pierre ou du métal brûlant entrant dans l’eau se faisait sentir. La brume stagnait dans des points creux, tournant au rouge sang puis quasiment au noir, dévalant les collines dans une hélice s’élargissant de plus en plus. Au centre, la base Yuuzhan Vong, ses jardins et heureusement, Uldir Lochett furent épargnés.
— Quoi ça ? demanda Txer, indiquant le terrible horizon.
— Les décharges des mines, dit rapidement Klin-Fa. Le Mâcheur-Vrone broie et digère le rocher en semi-plasma dans un processus ressemblant fort à celui des armes de leurs skips. Quand il est entièrement chargé, il vomit la matière dans une zone entourant leur campement, comme vous pouvez le voir. Ça permet de nettoyer les mines et de chasser tous les intrus.
— Ouais, grogna Uldir. Presque tous, tout du moins. Il remarqua qu’elle avait gagné de nouvelles cicatrices, bien qu’aucune d’entre elles ne semblait sérieuse. Un objet était aussi attaché sur son dos, enveloppé dans ce qui semblait être du tissu vivant.
— Qu’est-ce que c’est ce truc ?
— Ne t’occupe pas de ça, dit Klin-Fa. Nous avons d’autres problèmes pour le moment. Elle pointa le doigt. Des douzaines de guerriers Yuuzhan Vong descendaient en vague du campement, là-haut. Derrière Uldir, le rideau de vapeur issu des pierres surchauffées s’étendait encore. Ils pouvaient soit affronter les guerriers soit passer à la friture.
— Super ! ironisa Uldir. On peut dire qu’on a le choix.
CHAPITRE IV
GALAXIE EN PÉRIL
Vega Sepen aperçut le spectre mortel sur le scanner longue portée. Pour un œil inexpérimenté, le signal n’était pas grand chose, juste une tache ovale verte. Mais pour son œil averti, le point représentait une frégate Yuuzhan Vong.
L’expérience de Vega était le fruit de dures leçons. Sa première rencontre avec les vaisseaux vivants des Yuuzhan Vong datait du temps où elle travaillait comme apprentie tacticienne à bord du cargo pirate d’Urias Xhaxin : l’Indépendant. À cette époque, l’existence de la race extragalactique n’était presque qu’une rumeur. L’équipage aguerri de l’Indépendant avait perdu le combat en quelques secondes et ne devait son salut qu’à un saut hyperspatial en aveugle.
Depuis, les Yuuzhan Vong avaient conquis la moitié de la galaxie.
Vega Sepen n’était pas une idéaliste. À l’âge de douze ans, elle avait été abandonnée à elle-même dans les rues d’Eriadu après la mort de ses parents Corelliens dans la fusion d’un réacteur. Refusant cette vie, elle s’enfuit en embarquant clandestinement à bord d’un vaisseau de contrebandiers. L’équipage voulut la jeter dans l’espace mais elle échappa à ce sombre destin en défiant le lieutenant à la vibrolame. Ils la laissèrent combattre, se réjouissant par avance du résultat du duel : l’adulte Nikto ne ferait qu’une bouchée de la gamine humaine d’à peine un mètre trente !
Le lieutenant fut coriace et rapide – elle possédait encore une cicatrice sur sa joue pour en témoigner – mais pas assez rapide pour elle.
Vega changea souvent de vaisseau dans les dix ans qui suivirent, pour finalement aboutir sur celui de Xhaxin, qui semblait être un bon endroit pour elle.
Jusqu’à l’apparition des Yuuzhan Vong.
Vega Sepen n’était décidément pas du genre à partir sauver la galaxie tous les quatre matins mais pour les Vong, elle avait fait une exception. Si personne ne les arrêtait, ils anéantiraient sans aucun doute chaque être de cette galaxie qui refuserait de devenir leur esclave.
Elle voulut s’engager dans l’armée mais malgré ses capacités très convenables, elle fût rejetée pour son attitude jugée incompatible.
Elle atterrit alors chez les sauveteurs, puis dans l’équipe d’extraction et de transport de Jedi d’Uldir Lochett et enfin ici, fixant le spectre qui causerait très certainement sa mort.
Vega se gratta sous le bras et bâilla puis alluma son unité com.
— Vous prenez votre temps, dites-moi, fit-elle. La frégate ne nous a pas encore repérés mais elle le fera en moins d’une heure. Dès qu’elle nous verra, on sera fichus.
— On travaille aussi vite que possible, grommela Leaft. Ce matériel a au moins un siècle…
— Et si ça se trouve, il ne fonctionne même pas, ajouta Vook, pessimiste.
— Il faut garder espoir, les gars, les réprimanda Vega. C’est grâce au patron que nous avons pu découvrir ce vaisseau déglingué ! Il compte sur nous pour le réparer alors on accélère la cadence !
Elle éteignit l’unité com et observa la surface stérile et vérolée de l’astéroïde non-identifié sur lequel se trouvait le Coup de Bol. Il ne payait pas de mine comme astéroïde : un caillou de huit kilomètres de diamètre, trop lisse pour offrir ce qu’ils étaient venu chercher dans les points Troyens du système de Wayland : une bonne cachette. Mais à défaut, ils avaient trouvé mieux : la carcasse déglinguée d’un cuirassier écrasé. À vue de nez, le vaisseau paraissait d’époque pré-impériale, et la curiosité de Vega s’éveilla. Comment un tel vaisseau avait-il pu se retrouver ici, dans un système si éloigné du reste de la galaxie que feu ce cher – et pas du tout regretté – Empereur avait choisi d’y établir ses installations secrètes ? Vega se demanda aussi ce qui avait entraîné sa perte, mais fut reconnaissante que la cause du crash, quelle qu’elle fut, ait laissé intacts trois des hyperpropulseurs. Car si Vega et ses compagnons avaient la moindre chance de se tirer de ce système vivant, elle dépendrait totalement de leur capacité à réparer leurs propres hyperpropulseurs.
Et ils en avaient récupéré d’autres, ce qui était impensable à peine quelques heures auparavant. Le reste du programme n’était qu’un jeu d’enfant : adapter les moteurs sur leur vaisseau endommagé, retourner sur la planète Wayland infestée de Yuuzhan Vong, retrouver leur capitaine s’il était toujours en vie, le sortir des ennuis dans lesquels il serait plongé, repartir à nouveau sous le feu ennemi et espérer qu’il n’y ait aucun interdicteur dans le système.
S’ils arrivaient à quitter l’endroit et si le patron avait réussi sa mission alors leur seul souci serait de garder captive une Jedi Sombre jusqu’à son transfert chez Maître Skywalker.
— La vie est plus passionnante de jour en jour, murmura Vega.
Elle vit le spectre mortel changer une fois de plus de direction.
— UV ? demanda-t-elle.
Je rétablis les boucliers. La réponse de l’astromec UV-002 défila sur son écran. Délai avant pleine puissance : 6.8 minutes standard.
— Génial, répliqua Vega. Mais la frégate vient à nouveau de modifier sa trajectoire. Peux-tu lancer une analyse de leur nouvelle configuration de recherche ?
Bien sûr, répondit joyeusement le droïde. Un court instant s’écoula. Temps estimé avant que leurs capteurs ne découvrent notre position : 28 minutes standard, dit enfin le droïde.
— Formidable, gémit Vega. L’heure qu’elle avait prévue venait de se réduire de moitié.
Vega fut donc agréablement surprise quand la voix de Vook réapparut quelques instants plus tard, à peine plus joviale que pour un enterrement ce qui, chez lui, s’apparentait presque à un cri de joie.
— L’installation est terminée, annonça Vook.
— UV ?
Boucliers à pleine puissance.
— Splendide, dit Vega. Préparez-vous au décollage !
— Nous sommes à sec, fit Vook. Le réservoir n’a pas résisté à la pression. Tout le carburant restant s’est vidé en chemin. La brèche est réparée mais il nous faut du jus.
— Et le vieux vaisseau ? Il ne lui en reste pas un peu ?
— J’y ai déjà pensé, gronda Leaft. Sa voix résonnait, comme s’il se trouvait dans une boîte métallique.
— Leaft, où es-tu ? demanda Vega, s’attendant au pire.
— À ton avis ? lança le Dug de mauvaise humeur. Je suis en train de connecter un de nos tuyaux d’approvisionnement au tas de ferraille. On dirait qu’il reste encore à l’intérieur de quoi nous faire repartir.
— Tu es sorti sans autorisation ?
— Hé, ne va pas penser que tu es devenue mon chef, Sepen, dit Leaft. Obéir aux ordres du patron est déjà assez difficile, mais pas question d’avoir deux humains sur le dos.
— Ah oui ? la voix de Vega sembla glaciale, elle-même s’en rendit compte. Il faudra que nous discutions de la hiérarchie un de ces jours. Et ce sera sûrement blasters à la main.
— Quand tu voudras, ma chère, répondit Leaft. Ça y est, le tube est accroché.
Elle l’aperçut près de l’épave, silhouette maladroite enveloppée dans une combinaison. Elle inspira profondément pour se calmer. Après tout, le Dug ne faisait que le nécessaire. Il aurait dû la consulter d’abord mais… oh, laisse tomber. La dernière chose dont ils avaient besoin en ce moment était d’une querelle interne.
Vega serait contente quand ils auraient ramené le capitaine. Bien qu’elle n’ait jamais compris comment, le patron se débrouillait toujours pour maintenir l’ordre dans cette équipe grotesque.
Quelques instants silencieux s’écoulèrent, et pendant à peu près cinq minutes, tout se passa étonnamment bien. Vega regarda les indicateurs de carburant se remplir jusqu’à dépasser le repère de mi-hauteur.
Au même moment, Leaft s’exclama :
— Oups.
— Qu’y a-t-il ? demanda Vega, inquiète.
Mais alors un éclair lumineux éclata à l’extérieur et l’astéroïde trembla sous eux.
De son port d’attache, UV émit un cri électronique.
Uldir Lochett pointa son blaster vers les guerriers Yuuzhan Vong qui approchaient mais ne tira pas.
Ils n’étaient pas encore à portée de tir et Uldir ne voulait pas épuiser son chargeur. Encore qu’il n’en toucherait sûrement pas tant que ça une fois qu’ils seraient assez près. Si Klin-Fa Gi avait pu combattre comme les légendaires Corran Horn ou Anakin Skywalker, la Jedi en aurait peut-être tué une demi-douzaine avec son sabre laser. Mais elle n’y arriverait jamais, parce qu’elle n’était pas d’un tel niveau ; elle avait déjà eu suffisamment de mal à terrasser un unique guerrier Yuuzhan Vong sur Bonadan. Et puis Klin-Fa était blessée et à bout de forces.
Si sa chance lui était fidèle – et elle ne le décevait que rarement – Uldir pourrait en abattre trois ou quatre avec son blaster avant d’être transformé en engrais pour le champ sur lequel il se tenait.
Restait la quinzaine d’êtres divers et variés s’étant proclamés Peuple Libre. Ils étaient armés d’arcs et de couteaux en pierre. Face aux bâtons Amphi des Yuuzhan Vong et à leurs solides armures, il estima qu’ils arriveraient au mieux à éliminer un ennemi chacun.
Tous ces calculs étaient fortement optimistes, mais après tout, pourquoi pas ? Dans le meilleur des cas, le total s’élèverait à vingt-quatre Vong abattus. Et il y en avait presque le double en face d’eux. La fuite n’était pas non plus une solution car les pentes rocailleuses derrière eux brûlaient à plusieurs centaines de degrés, grâce à la roche en fusion qui venait d’être projetée sur les terrains entourant le camp Vong. Les énormes tubes en forme de ver qui avaient vomi le plasma se trouvaient encore suspendus au-dessus d’eux. Ils ne s’étaient pas encore rétractés vers le gigantesque cylindre qui les avait lancés comme autant de tentacules dévoreurs.
— Qu’est-ce que tu dis ? demanda Klin-Fa Gi.
— Rien, répondit Uldir, évitant de la regarder. La jeune Jedi aux cheveux sombres et aux yeux noirs était toujours aussi jolie mais surtout totalement indigne de sa confiance. Bien que j’aie un tas de choses à te dire, crois-moi, précisa-t-il.
— Tu bougeais les lèvres. Puis ses sourcils se froncèrent. Ah, tu comptais nos ennemis. Tu bouges les lèvres quand tu comptes ?
— Seulement quand je compte le nombre de fois où j’aurais dû te jeter dans l’hyperespace quand j’en avais encore l’occasion. Il la regarda à contrecœur. Au fait, pas mal ton costume.
— C’est la dernière mode, fit-elle, ironique.
La dernière fois qu’il l’avait vue, la jeune Jedi portait la jupe et les collants des filles des casinos de Bonadan. Maintenant, elle était vêtue de noir, dans un habit biologique Yuuzhan Vong s’adaptant à la silhouette du porteur.
Les guerriers s’étaient approchés à soixante mètres environ, encore trop loin pour viser avec précision.
Uldir tira quand même. Il manqua sa cible mais toucha une pierre qui explosa joliment. Un des Vong mit ses mains au visage, manifestement atteint à l’œil par un des éclats.
— Veinard, commenta Klin-Fa.
— Ouais, lui accorda Uldir, quelle chance incroyable. Non seulement je vais mourir mais en plus, il faut que ce soit avec toi. Il fit une méchante grimace. Au moins n’auras-tu pas l’occasion de te servir du jouet maléfique que tu as récupéré dans l’entrepôt de l’Empereur.
Il décocha un autre tir. Celui-ci toucha un guerrier mais fut détourné par l’armure en crabe Vonduun qu’il portait.
— Au nom des Sith, de quoi est-ce que tu parles ?
— Tu as raison de jurer au nom des Sith, espèce de… Il remarqua soudain l’humanoïde à six pattes et au corps lustré qui dirigeait le Peuple Libre en train de faire des gestes bizarres à un mètre de lui.
— Txer, mais qu’est-ce que tu fabriques ? demanda Uldir. Txer manipulait un rouleau de corde. Est-ce que les Myneyrshi voulaient chasser les Yuuzhan Vong au lasso ?
— Étrangers libres de combattre Peuple Mutilé, répondit Txer. Combattre aussi longtemps que vous vouloir avec armes de la honte. Peuple Libre combattre plus tard.
Sur ce, il jeta la boucle de la corde en l’air. Uldir remarqua que le reste du Peuple Libre semblait l’imiter.
Des cris de guerre Yuuzhan Vong retentirent quand Uldir comprit ce que faisaient Txer et sa bande. L’air se remplit de vrombissements quand certains Yuuzhan Vong projetèrent quelque chose dans leur direction.
Des insectes-cogneurs, saisit lentement Uldir. Ces insectes étaient des scarabées modifiés que les Yuuzhan Vong utilisaient comme projectiles. Il fit feu dans le vague espoir de toucher au moins un des nombreux insectes ciblés sur lui.
Puis Klin-Fa Gi apparut soudain devant lui, son sabre laser formant un bouclier de lumière. Des insectes roussis bourdonnèrent, suivant des trajectoires impossibles. Derrière elle, Uldir tira, essayant d’atteindre les jointures des armures des guerriers mais visiblement sans effet.
Pendant ce temps, leurs alliés d’autrefois, le Peuple Libre, grimpaient sur leurs cordes aussi vite qu’ils le pouvaient. Ils avaient remarqué une chose qui avait échappé à Uldir : les bords des tubes se trouvant au-dessus d’eux étaient recouverts de saillies noueuses. Txer et sa bande avaient enroulé leurs boucles autour des conduits et se hissaient hors de la zone de combat. Des insectes-cogneurs tuèrent deux indigènes et deux autres tombèrent, mal agrippés à leur corde, mais le reste de la troupe semblait arriver à s’enfuir.
Quelqu’un empoigna Uldir par l’arrière. Il se retourna pour voir le Psadan qu’il avait sauvé de l’enfer à peine quelques instants plus tôt.
— Grimpe, grogna le Psadan, tendant à Uldir le bout d’une corde.
— Toi d’abord, dit Uldir. Je te suivrai.
Ce qu’il ne pourrait évidemment jamais faire, parce qu’il n’en aurait pas le temps. Les guerriers hurlants les avaient déjà rejoints.
Le Psadan sauta devant Uldir et fit rouler son corps quasi-sphérique vers les Yuuzhan Vong. Une hache de pierre à chaque main, il frappa un guerrier Vong à la gorge et un autre au front. Les deux humanoïdes attaquèrent le Psadan de leurs bâtons Amphi, mais leurs armes furent déviées par l’armure naturelle de l’indigène.
— Allez, cria Klin-Fa. Elle avait déjà commencé son ascension sur la corde pendante.
— Vas-y toi, dit Uldir. Les Vong se déversaient tel un torrent sur le Psadan enragé. Uldir en abattit deux à bout portant. Les deux humanoïdes s’effondrèrent mais tout laissait à penser qu’ils se relèveraient d’ici peu.
— Ne sois pas idiot. Il t’a offert sa vie, ne la gaspille pas.
La gorge d’Uldir se serra. Klin-Fa avait raison. Malgré son armure, le Psadan n’avait aucune chance et Uldir non plus. Il pouvait soit mourir en aidant l’indigène soit survivre pour combattre les Yuuzhan Vong une prochaine fois et ainsi s’occuper de la Jedi Sombre qui s’échappait devant son nez, enfin, plutôt au-dessus.
Il tira violemment dans le tas puis saisit la corde mais il avait hésité trop longtemps. Le blaster les retarderait à peine quelques instants mais jamais il n’aurait le temps de grimper, même s’il avait pu utiliser ses deux mains.
L’instant suivant, son bras faillit être arraché, il se retrouva propulsé dans l’air, et les Yuuzhan Vong ne furent plus que des visages hurlants en contrebas.
Grimaçant, Uldir lâcha son blaster et empoigna la corde des deux mains, luttant contre la force d’inertie qui voulait le ramener sur le sol de Wayland.
Les tubes cracheurs de fumée avaient enfin commencé à se rétracter, retraçant le chemin à l’envers et entraînant Klin-Fa, le Peuple Libre, et Uldir Lochett vers le ver de forage géant en forme de canon.
Vu la vitesse de ces tubes, ça va faire mal à l’arrivée, anticipa Uldir.
Au-dessus de lui, Klin-Fa grimpait toujours et atteignit enfin le tube. Il l’entendit crier quand elle le toucha.
Regardant en bas, il vit des taches les suivant à la trace. D’autres insectes-cogneurs qui grossissaient en s’approchant. Uldir aurait tellement souhaité avoir son blaster en main même s’il savait qu’il n’aurait jamais pu l’utiliser : son bras gauche était au supplice et il avait besoin du droit pour s’accrocher. Il essaya de grimper du mieux qu’il put, et il ne pouvait pas aller très vite. Vue de haut, la surface de la lune forestière s’étira en une composition de vert et de brun enserrée dans un immense arc noir tandis que les insectes meurtriers s’approchaient à toute allure, si près qu’Uldir put distinguer la forme des créatures chitineuses. Puis, à quelques mètres d’eux, ils commencèrent à perdre du terrain. Ils s’évanouirent bientôt à l’horizon, pile au moment où Uldir put enfin prendre prise sur le tube cracheur de vapeur.
En touchant le conduit, il découvrit avec une grimace la raison du cri de Klin-Fa tout à l’heure : le cylindre était encore bouillant à cause du plasma en fusion qu’il avait recraché auparavant. Uldir tressaillit et tout son poids se porta sur son bras blessé, toujours agrippé à la corde.
Une main frêle attrapa son poignet et le tira avec une force surprenante.
— Oh non, tu ne tomberas pas, dit fermement Klin-Fa.
Bien que le tube fût toujours brûlant, la douleur se révéla finalement supportable une fois l’effet de surprise passé. Avec l’aide de la Jedi, il parvint à grimper au-dessus du tube.