Le point culminant avait maintenant été franchi et en s’approchant du ver de forage, le conduit se redressa pour atteindre la verticale. Mais il y avait pire : si la gaine renfermant le tuyau n’était pas beaucoup plus large que le tube alors Uldir et la Jedi seraient immanquablement raclés contre le bord quand le tuyau entrerait dans sa gaine.
— Nous devons passer à l’intérieur du tube, dit Klin-Fa.
— D’accord, souffla Uldir. J’ai pigé le problème.
Ignorant de leur mieux le vertige dû au changement rapide de leur point d’équilibre, ils rampèrent jusqu’à l’extrémité du cylindre. Uldir entra le premier, se maintint dos contre la paroi, s’appuya sur celle d’en face par les pieds et descendit de deux mètres. Klin-Fa prit la même position juste au-dessus de lui.
Ils étaient arrivés juste à temps, l’ouverture du tube ne laissait entrevoir que le ciel.
— Bien, dit Klin-Fa, au moins nous avons réussi à nous sortir de là.
Elle avait à peine terminé sa phrase qu’une secousse brutale de fin de parcours délogea la Jedi et l’envoya s’écraser contre Uldir, et tous deux tombèrent dans le cylindre enfin arrivé à la verticale.
— Oui, ça fait mal ! gémit Uldir.
Uldir et la Jedi n’étaient qu’un amas confus de bras et de jambes dans un creux où le tuyau devenait brièvement horizontal avant de continuer sa plongée vers le ventre de la bête foreuse. L’épaule luxée d’Uldir lui faisait mal, plus que jamais, mais au moins maintenant elle ne se sentait plus seule, accompagnée par une tête douloureuse, des jambes meurtries et une côte ou deux brisées par la chute.
— Oh, arrête de te plaindre, le gronda Klin-Fa. Au moins nous sommes toujours en vie.
Sa voix le surprit, car il n’avait pas remarqué dans l’obscurité presque totale que les lèvres de Klin-Fa se trouvaient si près de son oreille. Il sentit sa respiration et remarqua soudain qu’un des bras de la Jedi reposait sur sa poitrine et que sa tête était nichée dans le creux de son épaule. Il pouvait sentir battre le cœur de la jeune fille.
Il put aussi sentir son propre cœur, dont le rythme accélérait dangereusement.
C’est une Jedi Sombre, se rappela Uldir. Ce n’est pas bon du tout, je suis venu pour l’arrêter.
— Peux-tu bouger ? lui demanda-t-il.
— Mais oui, lui susurra-t-elle. Comme si tu voulais que je le fasse.
— Qu’est-ce que tu veux sous-entendre par là ?
— Hé, la Force est une alliée précieuse.
— Arrête ça ! Sors de ma tête.
La voix de Klin-Fa se durcit.
— Hé, Lochett ? Tu ne sais pas reconnaître une blague quand tu en entends une ? Une plaisanterie dans une situation désespérée, tu vois ?
— Oh. Bien sûr. J’entrais juste dans ton jeu. Allez, dégageons d’ici.
Elle s’écarta et Uldir put s’asseoir.
— On ferait mieux de réparer ça d’abord, dit-elle en lui prenant le bras.
— Non, pas maintenant, attends… mais elle tordit et appuya sur son bras. Des nappes de feu se déployèrent devant ses yeux.
— Aïe ! fit Uldir en haletant. Mais son bras était de nouveau en place. Ça aurait pu attendre, maugréa-t-il.
— Pas question. Je ne vais pas te tirer en haut de ce truc. Il va falloir que tu grimpes tout seul. Elle réfléchit une seconde. Où est ton vaisseau ?
— Je voudrais bien le savoir moi-même, dit Uldir. C’est déjà pas mal qu’il soit encore entier après ce que tu lui as fait subir.
Il s’attendait à une réponse amère mais Klin-Fa se tut.
— Écoute, lui dit-elle finalement, je m’excuse pour ça. C’est juste que… tu ne comprenais pas combien il était important pour moi de venir ici. Chaque être libre de cette galaxie dépend de moi. Et puis…
— Et puis quoi ? s’irrita Uldir. Tu t’es dit que mon équipage et moi étions quantité négligeable ? Admettons, mais si nous devions mourir, tu aurais au moins pu nous faire savoir pour quelle grande cause. Même si je pense l’avoir découverte seul.
— … et puis je ne voulais pas vous impliquer dans cette affaire, reprit-elle. Après en avoir terminé ici, je comptais vous ramener votre Aile-A et vous aider à retourner vers la civilisation.
La phrase sonnait avec conviction, et Uldir la crut un instant.
Mais quelqu’un de doué dans la Force pouvait lui faire croire à ses paroles, n’est-ce pas ?
— Sortons d’ici, dit-il. Si nous survivons à tout cela, ce qui est loin d’être probable, alors nous terminerons cette discussion.
— Leaft ! hurla Vega. Qu’est-ce qu’il se passe là-bas ?
— Hufgeb hsicl merht, jura le Dug, puis termina en Basique : Mais comment je pourrais le savoir ?
Vook apparut aux côtés de Vega.
— Là, fit-il, désignant l’extérieur du doigt. Nous avons réveillé quelque chose.
Systèmes énergétiques actifs, configuration inconnue, confirma UV. Système de feu détecté.
Un objet à peu près sphérique s’élevait de l’épave. Il était sombre et des stries de lumière clignotante le balayaient. Son ombre recouvrit Leaft.
— Leaft, dégage de là !
— Pas besoin de me le dire deux fois ! répondit Leaft. Vega put voir le Dug dans sa combinaison, courant déjà vers le vaisseau avec ses quatre pattes.
Une lance de lumière jaune apparut, faisant jaillir des gerbes de roche vaporisée à un demi-mètre du Dug. Il beugla et esquiva le tir.
— Vook, fonce dans la tourelle, lança Vega.
Elle commença à presser les boutons d’allumage du vaisseau.
— Au nom maudit de l’Empereur, UV, quelle est cette chose ? C’est une bête Yuuzhan Vong ?
Négatif. Les systèmes ne sont pas biologiques. Peut-être un droïde ou une forme d’intelligence artificielle.
Dehors, Leaft évita un autre tir le rasant de plus près que le précédent.
— Elle vise de mieux en mieux, murmura Vega. Elle coupa les boucliers quand Leaft disparut sous la silhouette du vaisseau, fuyant vers l’entrée de la soute. Elle espérait que Leaft aurait atteint la zone protégée par les boucliers d’énergie avant que la chose ne tire à nouveau.
— Essayons de la distraire, dit Vega, lâchant une salve par les canons avant.
Ses rayons étaient d’une précision redoutable mais le vaisseau-droïde – ou peut-être autre chose – se révéla aussi protégé par des boucliers. Le barrage de tirs ne produisit qu’une faible lueur se propageant sur une barrière invisible.
Autrement dit, elle n’avait causé aucun dommage mais Vega avait certainement attiré son attention. Cette fois, deux tirs fusèrent, l’un probablement dirigé vers Leaft et le second droit sur elle. Les boucliers l’absorbèrent mais sur ses cadrans, les indicateurs s’affolèrent.
— Leaft ?
— Je suis à l’intérieur, Sepen, annonça la voix du Dug dans l’unité com. Je propose qu’on s’arrache d’ici.
— Pour une fois, nous sommes d’accord, rétorqua Vega. Elle alluma les répulseurs, détacha le tuyau d’approvisionnement en lançant les mesures d’urgence et fit démarrer le moteur ionique. Le Coup de Bol bondit hors de l’insignifiante gravité de l’astéroïde et sortit dans l’espace. L’étrange vaisseau les suivit.
— On dirait un drone de combat de l’époque de la Guerre des Clones, dit Vook d’un air distrait. Pourtant, je n’arrive pas à me remémorer le modèle précis, donc je peux me tromper.
— Il est peut-être temps qu’on lui annonce que la Guerre des Clones est terminée depuis un petit moment, dit Vega.
— Eh bien vas-y, dis-lui, lança Leaft, se frayant un chemin dans la cabine. C’est toi qui as l’unité com en main.
— Ouais, fit Vega. J’étais un peu trop occupée à sauver ta couenne poussiéreuse pour engager la conversation. Maintenant, j’essaie de piloter. Occupe-toi de faire les présentations.
— Moi ? Pourquoi tu ne demanderais pas à Vook ? Je prendrai sa place dans la tourelle. Il tire à peine mieux qu’un humain.
— Pas le temps de faire de changements. Tu vois ça ? dit-elle en indiquant les scanners longue portée. Les Yuuzhan Vong nous ont repérés maintenant.
Le vaisseau s’ébranla et les compensateurs d’inertie grincèrent.
— Un missile ! grogna Leaft. Espérons qu’il n’ait pas de torpille à protons.
— Allez, contacte-le !
— Urr, mugit Leaft, mais il activa néanmoins l’unité com : Ici le Coup de Bol pour le stupide vaisseau qui nous agace de ses tirs. Cessez le feu, bande d’abrutis.
— Quel grand diplomate, applaudit Vega. Je suis sûre qu’ils vont s’en aller d’une minute à l’autre après ce que tu leur as dit.
— Je n’ai aucune indication prouvant qu’ils nous aient même entendus, rétorqua Leaft. J’aurais pu leur demander la recette du Tinbpum en Hutt que cela n’aurait rien changé.
Le tambourinement du canon de la tourelle se poursuivit tandis que le vaisseau étranger gagnait du terrain à l’arrière et que les Yuuzhan Vong se rapprochaient d’eux à l’avant.
— Qu’est-ce que tu voulais dire tout à l’heure ? demanda Klin-Fa Gi. À propos d’une arme du Côté Obscur ?
Suivant le Peuple Libre, ils avaient réussi à éviter les patrouilles Yuuzhan Vong et à retourner dans la jungle.
— Oh, je ne sais plus, répondit Uldir, se contractant. Qu’est-ce que tu portes sur le dos ? Il indiqua le sac en forme d’araignée qui s’accrochait aux épaules sur sa combinaison vivante.
Un petit sourire bizarre se dessina sur ses lèvres.
— C’est ce que je suis venue chercher ici. Mais si tu penses que c’est un des objets de l’Empereur alors tu te trompes lourdement.
— Bien, alors qu’est-ce que c’est ?
— Attends, l’arrêta-t-elle, écoutant. Ils vont forcément nous prendre en chasse. Où sont-ils ?
— Avec un peu de chance, loin derrière nous. Nous devrions pouvoir atteindre les chasseurs avant qu’ils ne nous rattrapent.
— Oui, peut-être.
Un bruit crépita dans les fougères, et Klin-Fa mit la main à sa ceinture pour récupérer son sabre laser. Il n’était plus là.
Uldir jeta aussi un coup d’œil vers l’origine du bruit, vit que c’était un des Psadans et se détendit.
— Qu’est-ce que… ? hoqueta Klin-Fa, tâtonnant toujours l’emplacement où aurait dû se trouver son arme. Puis ses yeux se froncèrent, fixant Uldir.
— Eh oui, fit-il, l’arme de la Jedi à la main. Je te l’ai empruntée quand nous étions emmêlés tout à l’heure.
Elle passa la main dans ses cheveux noirs.
— Impossible. Je l’aurais su.
— L’orgueil n’est pas vraiment une qualité Jedi, n’est-ce pas ? demanda Uldir. J’ai beau n’avoir que de faibles capacités dans la Force, elles suffisent cependant à dissimuler mes intentions quand il y a assez de distraction et quand mon adversaire me sous-estime à tel point qu’elle ne se méfie pas de moi.
— Et qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
— Maintenant, tu vas me dire ce qui se passe ou tu peux essayer de récupérer ça. Klin-Fa Gi, je ne te laisserai plus me mettre moi ou mon équipage en danger. Tu me dis que tu es en mission pour Maître Skywalker, mais le bruit court que tu es morte et il ne sait rien à propos d’une prétendue mission. Tu me dis aussi que tu n’es pas une Jedi Sombre mais comment te croire après tant de mensonges ?
Elle resta longtemps silencieuse tandis qu’ils avançaient rapidement dans la jungle. Ils quittèrent la zone carbonisée entourant le complexe Yuuzhan Vong, et d’étranges gazouillements se firent entendre quand ils dérangèrent les oiseaux du coin.
— De toute façon, il faut que je te raconte, dit-elle enfin, car j’ai encore besoin de ton aide.
— Alors sois sûre de ne rien oublier en chemin.
— Je n’oublierai rien, pas cette fois. Elle ralentit pour passer en marche rapide et parla sans le regarder, ses yeux scrutant les broussailles.
— Je déteste ne pas pouvoir sentir les Yuuzhan Vong dans la Force, dit-elle. Je me sens comme une idiote.
— Tu as pourtant pu entrer dans leur base et en sortir vivante.
— Oh, tu me prends d’abord pour une Jedi Sombre et maintenant, je serais une Vong ?
— Je trouve ça louche, c’est tout. Et tu es habillée comme eux.
— Oui, d’accord, je sais beaucoup de choses sur les Yuuzhan Vong, ça va ? Et sur ce camp aussi. Il y a presque un an, j’ai été capturée par eux.
— Capturée ?
— Oui, avec un autre Jedi, Bey Gandan. Nous étions sous les ordres de Wurth Skidder, passant pour des prisonniers afin de lancer une rébellion interne. On s’est retrouvés en tant qu’esclaves sur un vaisseau de Modeleurs. Nous ne connaissions même pas l’existence des Modeleurs, nous n’avions croisé que des guerriers jusqu’alors. Les Modeleurs sont ceux qui s’occupent de la biotechnologie Yuuzhan Vong…
— Je connais les Modeleurs, dit platement Uldir.
— Tant mieux, ça nous fera gagner du temps. Donc ils nous ont assignés à l’entretien d’un qahsa, un système vivant de stockage de données. Il y a quelques mois, ils nous ont amenés ici, sur Wayland.
— Et que font-ils ici ?
— Les Yuuzhan Vong sont très intéressés par les Jedi. Ils n’existent pas dans la Force et aucun d’entre eux ne peut la sentir, mais ils sont tout de même conscients de son existence en voyant ce que nous faisons grâce à elle. Ils nous redoutent : j’ai appris que plusieurs sectes de Modeleurs s’occupaient du “problème” Jedi. Ils ont découvert l’Empereur, le Côté Obscur, et Wayland, et sont venus ici pour collecter des indices. Des indices pour détruire les Jedi.
— Et tu penses qu’ils ont découvert quelque chose.
— Ils l’ont fait. Ce n’est pas ce qu’ils voulaient à l’origine, mais leur découverte est mortelle, pas uniquement pour les Jedi mais pour nous tous.
— Qu’ont-ils trouvé ?
— Je ne sais pas exactement. Mais c’était d’une importance extrême et ils étaient convaincus qu’ils pourraient ainsi frapper durement voire définitivement la Nouvelle République. Ils ont codé leur découverte sur un qahsa portable et l’ont placé sur une navette à destination du vaisseau de Tsavong Lah. Bey et moi sommes passés à l’action ; on a réussi à aborder le vaisseau et à saboter les basals dovin. Le vaisseau est devenu incontrôlable et s’est écrasé dans le Secteur Corporatif. On a pu s’en sortir et puis, on a… euh, emprunté un vaisseau. On s’est dirigés vers Bonadan pour se cacher, construire de nouveaux sabres laser et essayer d’entrer en contact avec la Nouvelle République. Mais on a découvert que les dirigeants étaient de mèche avec les Yuuzhan Vong et que le qahsa que nous avions volé était inutile.
— Comment ça ?
— Il était codé génétiquement, la seule façon de l’ouvrir étant de trouver la clef, une combinaison biochimique incroyablement complexe. Nous possédions le secret mais pas la clef nécessaire pour le décrypter. Elle haussa les épaules. Alors j’ai dû revenir ici.
— Une petite minute, qu’est devenu ce Bey ? Et le qahsa ?
Le nom du Jedi sonnait mal dans sa bouche. La manière dont elle l’avait dit le dérangeait quelque peu.
— On a décidé de se séparer. On savait tous les deux que les chances de retourner à Wayland puis d’en repartir étaient faibles. On s’est dit que même sans la clef génétique, les scientifiques de la Nouvelle République pourraient décrypter le code. Alors Bey est parti pour Coruscant, et j’ai cherché un moyen de retourner sur Wayland. Je me suis embrouillée avec la police locale avant de réussir à quitter Bonadan et c’est là que tu es arrivé.
— Je vois. Et tu n’aurais pas pu me raconter cette histoire depuis longtemps ?
— Quelles raisons avais-je de te faire confiance ? Les Yuuzhan Vong ont des alliés partout.
Uldir haussa les épaules. Impossible de nier cela.
— Et maintenant ? demanda-t-il.
— Maintenant je n’ai plus le choix.
— Attends une minute, fit Uldir. Un élément me gêne beaucoup. Tu as dit que ton collègue a apporté le qahsa à la Nouvelle République, alors il aurait dû raconter la même histoire que toi, histoire qui serait parvenue aux Jedi. Mais Maître Skywalker n’est au courant de rien du tout. Il pense toujours que tu es morte.
Les yeux de Klin-Fa fixèrent le sol.
— C’est parce que Bey n’a jamais pu arriver à Coruscant. C’est la deuxième chose que j’ai découverte dans le complexe des Modeleurs. Bey a été capturé. Il était encore ici il y a quelques jours, pour se faire interroger. À présent, il est en transfert sur un convoi d’esclaves.
— Et il a toujours le message codé.
— Il devrait. Le qahsa est petit et facilement dissimulable et rien dans les archives des Modeleurs n’indique que les Vong l’aient trouvé.
— Et la chose sur ton dos, c’est la clef.
— Exact.
— Alors, laisse-moi deviner, tu veux que je t’emmène sur ce convoi d’esclaves. Tout ceci sur la foi d’une histoire racontée par quelqu’un que je considère comme une menteuse. Une histoire qui, même si je décidais d’y croire, ne me donne aucune garantie que la galaxie est en péril comme tu l’affirmes.
Klin-Fa Gi s’arrêta et le regarda bien en face.
— Je sais que je t’ai donné toute les raisons de ne pas me faire confiance. Je sais que tu ne me portes pas dans ton cœur mais ce que je t’ai raconté est vrai. Quoi que les Modeleurs préparent, c’est important. Ils ont estimé le nombre de morts en millions voire en milliards. Je peux au moins te garantir cela.
Le sérieux sur le visage de la Jedi ébranla Uldir jusqu’à la moelle.
Tsaa Qalu pouvait sentir la Jedi et ses compagnons comme s’ils se trouvaient tout près alors qu’en réalité, plus de dix mètres les séparaient de lui. Il les suivait sans faire un bruit, et quand leurs yeux misérables se tournaient vers lui, le guerrier savait qu’ils ne voyaient que de la végétation.
Évidemment qu’ils ne le voyaient pas. C’était un pisteur Yuuzhan Vong, ses talents pour la chasse lui avaient été confiés par les dieux, pour voir sans être vu. Souvent, ses victimes ne sentaient jamais sa présence, pas même quand ses griffes se refermaient sur leur gorge.
Il pourrait leur régler leur compte dès maintenant – il avait été sur le point de le faire – mais en entendant leur conversation absurde, il avait commencé à changer ses plans. Quand il fut certain de sa décision, il s’arrêta et attendit que leurs voix s’estompent, même pour ses oreilles affûtées par les dieux.
Aussitôt, le bruit de ses subordonnés grandit derrière lui. Eux non plus ne le voyaient pas ; seul un guerrier sur mille était élu pour incarner le chasseur et porter la tenue du Nuun. Les bactéries photosensibles vivant en symbiose avec le tissu de la robe imitaient parfaitement le paysage quel qu’il soit.
Pourtant, il fut fortement irrité d’entendre des Yuuzhan Vong se mouvoir presque aussi maladroitement que de méprisables infidèles.
Il se dévoila avec un léger grognement et ils se tournèrent vivement pour lui faire face. Il laissa sa robe se détendre pour que ses collègues puissent l’apercevoir.
— Tsaa Qalu ! susurra son lieutenant. Sont-ils près d’ici ?
— Ils sont suffisamment près.
— Quel est votre ordre ? Devons-nous les attaquer ?
— Non. Il existe une plus grande quête que la simple capture d’une Jedi isolée et de son compagnon. Une quête qui apportera davantage de gloire à la race Yuuzhan Vong.
— Mais nos ordres sont de…
Tsaa Qalu se racla la gorge et leva brusquement la main.
— Les ordres de Modeleurs, dit-il d’une voix empreinte de mépris. J’ai le pouvoir de supplanter ces ordres.
— Bien sûr. Belek tiu, salua le commandant en second.
— Cela est mieux. Préparez mon vaisseau. Nous allons poursuivre ces proies jusque dans les cieux.
— On a des skips à nos trousses, annonça Leaft.
Vega n’avait pas besoin du Dug pour le savoir : la frégate avait largué une douzaine de chasseurs qui se regroupaient pour lancer une attaque contre le Coup de Bol.
— Ça ne nous laisse aucune porte de sortie, fit remarquer Vega.
— Faux, rétorqua Leaft. Il nous suffit de trouver l’attaquant le plus faible et de lui rentrer dedans.
— Ben voyons, dit Vega. Des propositions ?
— Les coraux skippers. En les prenant par la droite.
— Je ne suis pas d’accord, dit Vega, en lançant le vaisseau dans une série de manœuvres d’esquive alors que les tirs de plasma à longue portée fusaient autour d’eux. Même si je nous pense capables de semer la frégate, le vaisseau-droïde nous rattrapera quand même. De toute façon, si nous essayons de combattre dans cette zone remplie de skips, ils nous attaqueront par l’arrière. Tout en parlant, elle fendit l’espace de ses rayons avant.
— Si au moins nous savions pourquoi le vaisseau-droïde nous attaque, fit la voix de Vook venant de la tourelle.
— Qui pourrait le savoir ? lança Leaft. Il a plus de cent ans, peut-être même mille.
— Non, fit Vook. L’épave n’était pas si vieille que ça. Je suis sûr qu’il datait de la fin de l’Ancienne République.
— D’accord, mais notre agresseur se trouvait dans la coque, signala Vega. Il faisait peut-être partie de la cargaison ou bien était une arme secrète, nous n’en savons rien. Nous ne connaissons même pas la raison de sa colère envers nous.
— Il n’a pas vraiment apprécié que je pique le carburant, dit Leaft.
— C’est bien mon impression. Une pensée lui traversa l’esprit. Leaft, tu étais le plus près. D’où est venu ce truc ? Est-ce qu’il se trouvait dans la coque ?
— Urr ? Il se gratta la tête. Je… je ne pense pas. Pour moi, il venait plutôt de derrière le vaisseau, dans son ombre. Oui, je crois bien l’avoir vu s’élever de l’arrière du vaisseau.
— C’est aussi ce qu’il m’a semblé, dit Vega. Peut-être même qu’il ne date pas de la même époque que le vaisseau Républicain. Peut-être qu’il est arrivée ensuite, pour la même raison que nous, c’est-à-dire récupérer des pièces de rechange. Peut-être qu’il n’a pas réussi à en trouver assez et qu’il s’est mis en hibernation.
— Jusqu’à ce que nous arrivions, éclaircit Vook. Et maintenant, il veut les pièces de notre vaisseau.
— Vook, ça te dirait de tirer ? grogna Leaft. Je ne comprendrai jamais cette obsession stupide pour les spéculations inutiles.
Vega était sur le point d’acquiescer aux paroles du Dug, car le vaisseau fut frappé simultanément d’un tir de plasma d’un corail skipper et d’un trait laser du vaisseau automatisé. Elle devrait certainement utiliser son cerveau pour mieux piloter au lieu de divaguer.
Mais une idée d’une clarté limpide s’imposa dans sa tête.
— Tu aimes les paris, n’est-ce pas Leaft ? demanda-t-elle distraitement.
— Bien sûr, dit le Dug. Tant que les règles du jeu sont définies.
— Désolée, je ne peux pas te les garantir cette fois.
— Je ne… mais au nom de l’espace, qu’est-ce que tu fais ?
— Je coupe les systèmes, répondit-elle. Le vaisseau s’obscurcit et les moteurs hoquetèrent en s’éteignant.
— Tu es devenue folle ? hurla Leaft. Ses mots furent couverts par les nombreux impacts heurtant la coque. Sans leurs sièges antichocs, tous deux auraient été décalqués contre la paroi.
— Ils vont nous mettre en pièces ! La salve suivante va nous… il s’interrompit. Urr. Ils ont arrêté de tirer.
— Évidemment, fit Vega. Les Yuuzhan Vong nous préfèrent comme prisonniers. Et le vaisseau-droïde veut nos pièces détachées. Aucun n’a d’intérêt à nous éliminer si nous sommes désactivés.
— Tu n’en sais rien. Tu ne fais que supposer !
— Le droïde s’est arrêté de tirer, non ?
— C’est vrai, confirma Vook d’en bas. Je peux le voir. Il n’a pas ralenti cependant.
— Pareil pour la frégate, dit Vega. Les coraux skippers se retirent.
La frégate apparut le long de leur vaisseau et ils virent une paroi se dilater et un tube en forme de ver émerger de l’ouverture.
— Tu avais raison, admit Leaft. Ils vont nous aborder. Quel coup de génie, tu dois être fière.
— Il est impossible que j’aie tort là-dessus, dit Vega.
— Je suis profondément rassuré par ta conviction, répliqua le Dug.
Vega ne répondit pas. Elle regarda le tube s’étendre dans le vide les séparant, respirant difficilement à travers sa gorge nouée.
Puis le vaisseau-droïde apparut dans le quadrant tribord avant, ses lasers jumeaux perçant le mécanisme d’abordage Yuuzhan Vong.
— Tu vois ? dit Vega, essayant de contenir sa joie.
Un instant plus tard, la frégate riposta et l’espace fut à nouveau envahi d’une mosaïque de tirs de plasma et de traits laser.
— Parfait, murmura Vega. Je ne pense pas que ça vaille la peine de rester pour connaître le vainqueur.
Elle commença à manipuler les interrupteurs et les systèmes se rallumèrent en vrombissant. Vega fit tourner le vaisseau de trente degrés et mit les gaz.
— Les skips nous suivent toujours, fit Vook. Le turbolaser reprit sa cadence de tir.
— Les skips, on peut s’en occuper, répondit-elle.
— Il y en a un bon paquet, dit Vook.
— Alors on en détruira un bon paquet, rétorqua Vega. Sa joie retombait doucement. Leurs chances de survie avaient augmenté mais restaient néanmoins très faibles.
Elles s’améliorèrent pourtant quelques secondes plus tard, quand deux Ailes-A apparurent soudain et commencèrent à trancher du corail yorik.
— C’est le patron ! cria Leaft.
— Et quelqu’un d’autre avec lui, dit Vook.
L’unité com craqua.
— Je croyais vous avoir dit de rester hors de danger. C’était Uldir. Le soulagement rafraîchit Vega comme une coulée de liquide réfrigérant.
— On a fait de notre mieux, dit-elle. Vega jeta un coup d’œil à la frégate et au vaisseau-droïde, toujours en plein combat. J’ai même préparé un petit spectacle pour ton retour.
— Ouais. Quelle délicate attention !
Quelques instants plus tard, le restant des coraux skippers battit en retraite vers la frégate, qui subissait d’importants dommages sous l’assaut du vaisseau-droïde. Vega ouvrit le compartiment des chasseurs et rapatria les deux Ailes-A. Puis elle fit un saut d’une année-lumière vers la bordure du système, changea les coordonnées, fit un second mini-saut, et un dernier un peu plus long afin de s’éloigner de quelques parsecs de Wayland.
Alors seulement Vega se détendit. Un peu.
Elle leva les yeux et vit Uldir debout à la porte. La Jedi était avec lui.
Leaft la repéra à peu près au même moment et bondit de son siège à une vitesse incroyable. Se projetant par ses longues pattes avant, il heurta Klin-Fa à la poitrine de ses deux mains inférieures, en émettant un beuglement incompréhensible. La Jedi, assommée, fut projetée dans la pièce commune et s’étala contre la cloison. Leaft continua de la pourchasser.
— Leaft ! cria Uldir. Arrête. Tout de suite !
Le Dug s’arrêta au-dessus du corps affaissé, ses yeux brillant de rage.
— Elle l’aura bien mérité, répondit l’intéressé.
— Tu n’as pas mon autorisation, dit Uldir. Écarte-toi, Leaft, j’insiste.
Un instant durant, Uldir pensa qu’il aurait à affronter le Dug, mais alors, avec un grognement, Leaft recula de quelques pas. Klin-Fa gémit et s’assit, reprenant bruyamment son souffle. Uldir voulut aller aider la Jedi à se relever mais il se força de n’en rien faire.
— Le Dug a raison, arriva à prononcer Klin-Fa, essuyant sa lèvre saignante avec sa manche. Je l’avais mérité.
— Et ce n’est pas fini, dit Vega. P’tit chef, pourquoi cette furie est-elle sans menottes ?
— Je vous l’expliquerai bien assez tôt, répondit Uldir. Je veux d’abord un rapport de l’état du vaisseau.
Vega plissa les lèvres de colère, mais quand elle s’exprima, elle avait repris son calme.
— Comme tu as pu le constater, nous sommes de nouveau capables de passer en hyperespace. Je nous ai éloignés de Wayland. Elle jeta un œil à son écran. Sinon, nous avons subi quelques dégâts mineurs au combat, réparables en un rien de temps dans n’importe quel garage.
— Génial, fit Uldir, sincère. Je ne sais pas comment tu as réussi mais beau travail. Je suis fier de vous tous.
Vega opina sèchement du chef.
— Nous avons simplement suivi tes ordres. Sa voix était atone. Uldir soupira intérieurement. Il n’y avait pas que le vaisseau qui aurait besoin de réparations.
— Prépare un autre saut, dit Uldir, vers la Voie Hydienne, puis vers la Bordure.
— La Voie Hydienne ? répéta Vega, incrédule. Mais c’est encore en territoire Yuuzhan Vong !
— Je suis au courant. Quand tu auras terminé, viens dans le salon. Les autres aussi. Klin-Fa a une histoire à vous raconter et après, nous devrons prendre ensemble une importante décision.
— Patron, dit Vega d’une voix traînante quand les explications s’achevèrent. Avec tout mon respect, je pense que tu as perdu la tête.
— Ou que quelqu’un t’y a aidé, spécula Leaft, jetant un regard empoisonné à Klin-Fa.
— Je comprends vos réactions, dit Uldir. Mais je pense qu’il faut que nous le fassions.
Vega roula des yeux.
— Laissant de côté le fait que nous n’avons absolument pas le matériel requis pour aborder un convoi d’esclaves, je te demande une fois de plus de considérer la source de ces informations.
— Je l’ai fait, tu peux me croire, répliqua Uldir. Mais si ce qu’affirme Klin-Fa a la plus petite chance de se produire alors nous devons prendre tous les risques pour l’empêcher.
— Que quelqu’un d’autre s’en charge, dit Leaft. Quelqu’un qui pourra mener la mission à bout.
— Et à qui penses-tu ? dit Uldir. Depuis que la Nouvelle République bat de l’aile, nous ne pouvons plus compter sur elle. Ils sont persuadés que nous sommes en cessez-le-feu avec les Yuuzhan Vong. De toute façon, vous savez quelle est la situation des Services Secrets. Que nous contactions l’armée, le Sénat ou qui que ce soit d’autre, les Yuuzhan Vong seront au courant de notre arrivée en quelques minutes. Ils y ont bien trop de collabos et d’espions à leur service.
— Je suis d’accord, acquiesça Vega. Mais nous ne sommes pas le seul vaisseau de Maître Skywalker. L’Aventurier Errant de Booster ne serait-il pas à la hauteur ? Il a toute la puissance de feu nécessaire pour ce genre d’opérations.
— Nous contacterons Maître Skywalker, répliqua Uldir. Ça m’étonnerait qu’il envoie l’Aventurier Errant parce que tous les aspirants Jedi y sont, il ne voudra pas risquer leurs vies. Si nous pouvons obtenir des renforts, nous les demanderons mais nous n’avons pas le temps de les attendre. Nous savons que le vaisseau où se trouve Gandan n’est qu’à quelques jours d’ici et nous connaissons sa destination. Mais si nous tardons, nous perdrons l’avantage.
— Nous ne pourrons combattre un convoi entier, fit Vega.
Klin-Fa s’éclaircit la gorge.
— Si nous nous dépêchons, nous n’aurons pas à le faire. Il n’y aura que le cargo d’esclaves et son escorte.
— C’est déjà pas mal, dit Vega. Le Coup de Bol n’est pas un croiseur de guerre, ce n’est qu’un vaisseau de sauvetage.
— Je pense que nous devrions y aller, dit Vook.
Tous les yeux se tournèrent vers le Durosien. Il leur rendit leurs regards, impassible.
— Mise à part l’histoire de la Jedi, dit-il, nous savons très bien quels châtiments les Yuuzhan Vong réservent à leurs esclaves. Si nous avons la possibilité de sauver des êtres vivants de ces tortures, il est de notre devoir de nous en charger.
— Vook, commença Vega. Nous savons tous comment tu te sens depuis que les Vong ont…
— Sincèrement, ça m’étonnerait, dit calmement le Durosien.
Le silence s’installa. De longs moments s’écoulèrent avant que quelqu’un ne s’exprime à nouveau.
— Urr, grommela finalement Leaft. De toute façon, on ne vit pas éternellement.
— Moi, j’aurais bien voulu, répondit Vega, résignée. Oh et puis au diable… allons-y !
CHAPITRE V
UN PLAN RISQUÉ
Alors que le Coup de Bol flottait laconiquement dans l’espace, Vook Gehu contemplait le ballet des étoiles en se rappelant une maxime durosienne plus vieille que certains mondes :
« Si une étoile venait à disparaître le temps d’un clin d’œil, elle aurait raté la totalité de notre histoire. »
Les étoiles se fichaient de savoir qui gagnerait la guerre. Elles se fichaient de savoir si Vook serait congelé dans l’espace ou vaporisé dans une explosion. Le fait qu’il meure seul ne les troublait pas le moins du monde. Le Durosien y trouva étrangement du réconfort.
Vook vérifia l’unité com d’urgence. Elle fonctionnait convenablement, émettant un signal de détresse en continu. Il espéra que la réponse ne tarderait pas ou tout serait fichu.
Il n’aurait pas dû s’inquiéter : cinq minutes plus tard, une réponse arriva. Son sang ne fit qu’un tour. Il examina les étoiles quelques instants avant de découvrir le nouvel arrivant : une obscurité irrégulière. Pas une lointaine nébuleuse mais un corps bien plus proche qui, contrairement aux étoiles, se souciait énormément du destin de Vook.
Mais cette fois, il n’en tira aucun réconfort. Vook soupira en se remémorant la conversation qui l’avait jetée dans ce pétrin une heure auparavant puis répondit à l’appel.
— Ici Vook Gehu du Coup de Bol. J’ai besoin d’assistance. Le reste de mon équipage est mort et je suis blessé. Mes capteurs sont détruits et mon vaisseau gravement endommagé. Je demande de l’aide en urgence.
L’unité com cracha des parasites puis émit une voix nasale très rude.
— Tu as enfin trouvé de l’aide, infidèle, fit la voix. Je suis Vintul Qat, un Yuuzhan Vong. Éteins tes systèmes de secours et prépare-toi à être abordé.
Vook soupira de nouveau puis répondit.
— Salut, Yuuzhan Vong, dit-il. J’espérais attirer un vaisseau allié mais je vois que ma chance m’a abandonné.
— Ce n’est pas une question de chance, répliqua Qat. Seuls existent les dieux et leur volonté.
— Ah oui ? Alors transmets à tes dieux que je refuse d’être abordé, Vintul Qat. Ni par toi ni par aucun membre de ta méprisable espèce. Je préfère mourir que de me rendre.
— Tu as dit toi-même que tu n’avais plus de capteurs, répondit Qat. Et ton vaisseau perd son oxygène.
— Mes armes sont toujours fonctionnelles, répondit Vook. Et puisque mon réacteur est endommagé, je préfère encore l’utiliser comme arme contre vous. Réfléchis bien à tout ça. Si vous venez me chercher, ce sera à vos risques et périls.
— Mon vaisseau est rempli de prisonniers, dit le Yuuzhan Vong. Certains sont de ton espèce. Si jamais tu parvenais à nous détruire, tu tuerais alors beaucoup plus d’infidèles que de glorieux Yuuzhan Vong.
— Il vaut mieux qu’ils meurent plutôt que de subir le destin que vous leur réservez, fit Vook.
— De toute façon, tu n’as aucune chance, lança Qat. Nous sommes hors de ta portée.
— Pour l’instant, répliqua Vook. Essayez seulement de venir m’aborder…
— Je peux attendre, répondit Qat. D’ici peu, ton réacteur va soit surchauffer soit tomber en panne. S’il explose, je te regarderai mourir. S’il s’arrête, je viendrai te chercher.
— Tu peux toujours te faire des illusions, grogna Vook. Moi, je n’ai plus rien à perdre. Vous avez détruit ma planète et éparpillé mon peuple. Quelque soit l’état de mon vaisseau, ne t’imagine pas que je serai une cible facile.
Vintul Qat répondit par un rire tonitruant.
Vook ferma les yeux ; il aurait tant voulu se retrouver une heure en arrière, quand le patron était encore avec lui.
À la sortie d’un voyage hyperluminique, retrouver l’espace normal était toujours quelque peu surprenant. Curieusement, l’univers relativiste reparaissait chaque fois en léger décalage avec la vision qu’en avait gardé Uldir. Se déplacer plus vite que la lumière s’avérait être une aberration pour son esprit qui préférait donc prendre de la distance quand il ne pouvait expliquer les évènements.
Quelle qu’en soit la raison, la sortie de l’hyperespace était l’un des moments préférés d’Uldir, même quand la vue était, pour toute autre personne, plutôt banale. Mais parfois le spectacle dépassait toutes les espérances, et ce fut le cas cette fois-ci pour l’équipage et la passagère du Coup de Bol.
De leur point d’arrivée au-dessus du plan écliptique du système, le soleil ressemblait à un joyau bleu et blanc tel une étincelle prise au piège. Un objet inconnu avait atteint l’étoile pour en tirer un arc de plasma éblouissant s’étirant sur la longueur d’une demi-année-lumière et s’enroulant ensuite en une spirale de plus en plus serrée avant de disparaître.
Mais une énorme hélice aux légers reflets violets croisait la trajectoire de la spirale et encerclait le point bleu. Ses instruments de bord lui annoncèrent qu’ils avaient affaire à un trou noir, avalant la matière dans le vide dont il était constitué, absorbant les atomes d’hydrogène de la spirale, mais l’origine du spectacle n’avait aucune importance. Pendant un temps, la beauté du panorama accapara les pensées d’Uldir qui en oublia jusqu’à la mission absurde et dangereuse qui les avait amenés ici, dans ce système inhabité de la Voie Hydienne.
— Il n’y a personne ici, déclara Vega Sepen d’un ton sans équivoque signifiant “Je te l’avais bien dit”.
Uldir regarda la Corellienne aux cheveux platine, se demandant si elle ressentait quoi que ce soit sous sa dure carapace, si les merveilles de l’univers pouvaient traverser ses yeux d’acier pour toucher sa sensibilité intérieure.
Peut-être que oui. Uldir crut soudain capturer un éclat bleu dans ses yeux, pas un reflet de l’extérieur mais venant de l’intérieur. L’impression n’avait duré qu’une nanoseconde mais en cet instant, il avait vu Vega différemment. Les traits de son visage avaient paru moins sévères – plus jeunes, bien qu’elle n’ait pas encore dépassé son trentième anniversaire en années standard. Uldir réalisa avec stupeur que son visage possédait un charme insolite. Ne l’avait-il jamais remarqué auparavant ?
Puis l’impression d’Uldir se dissipa, comme un phénomène quantique détruit par l’observation.
— Patron ? demanda Vega d’une voix plus insistante.
— Oui ?
— Où êtes-vous passé ? Je vous disais qu’ils n’étaient pas là. Aucun signe de vaisseau Yuuzhan Vong dans le système.
— Nos capteurs ne sont si puissants, dit Uldir.
— Ce serait vrai si les vaisseaux étaient cachés. Or, ce secteur est entièrement sous contrôle Yuuzhan Vong et ils n’ont aucune raison de se méfier. Avec ce trou noir et toutes les variations gravitationnelles dans ce système, il n’y a que très peu d’endroits pour quitter l’hyperespace et planifier le saut suivant. Nous sommes sur l’un d’entre eux et j’ai vérifié les autres. Il n’y a rien.
— Ils vont arriver, fit une autre voix féminine.
Vega fronça méchamment les sourcils. C’était seulement la deuxième fois que Vega réagissait de la sorte ; la première était quand elle avait surpris un scorpion Barraken sur ses traces. La suite avait été sans appel : une décharge de blaster. Uldir se tendit donc, instinctivement.
La nouvelle arrivante, Klin-Fa Gi, se tendit aussi, ses facultés Jedi l’ayant avertie d’un danger. Klin-Fa était de petite taille, avec des yeux noirs et des cheveux sombres tombant en franges. Ses yeux se rétrécirent, comme pour provoquer Vega.
— Ah oui ? fit Vega d’une voix de velours. Et s’ils étaient déjà passés ?
— Je le saurais, répondit Klin-Fa.
— Ah, ces Jedi, si infaillibles et si impénétrables, se moqua Vega. Je croyais que tu ne pouvais pas sentir les Yuuzhan Vong dans la Force.
— En effet, dit Klin-Fa. Mais je sens la présence de Bey.
À nouveau, Uldir se trouva mal à l’aise quand il entendit Klin-Fa prononcer ce nom. Il n’avait jamais rencontré le type mais s’imagina déjà qu’il le détesterait.
— Parfait, fit Vega. Alors rends-toi utile et trouve-le sur les capteurs.
— Ils arrivent, je le sens.
— Super, dit Vega en roulant des yeux.
Klin-Fa pressa fermement ses lèvres et ne répondit pas. Uldir eut un moment l’envie de défendre la jeune Jedi. Elle s’était débarrassée de la tunique vivante Yuuzhan Vong qu’elle portait à son arrivée dans le vaisseau et était à présent vêtue d’une des combinaisons rouges de Vook. Les habits étaient bien trop grands pour elle et Klin-Fa paraissait petite et vulnérable.
Oui, d’accord, se rappela-t-il. Tellement petite et vulnérable qu’elle avait pu couper en deux un guerrier Yuuzhan Vong. Sans parler des dégâts qu’elle avait fait subir à son équipage, son vaisseau et même à lui, par exemple en les laissant en panne au milieu de nulle part. Klin-Fa était un réservoir débordant de problèmes dans un petit emballage. Vega avait raison, Uldir était insensé de lui faire confiance après tout cela. Et pourtant…
— Dégage-nous de la zone de sortie d’hyperespace, ordonna-t-il à Vega, et coupe les moteurs. Je ne veux pas qu’ils nous voient quand ils arriveront.
— Quand ils arriveront ? demanda Vega, sceptique.
— S’ils arrivent, concéda Uldir. Vook, je veux que tu revérifies nos systèmes d’armement et de boucliers avec UV. Il est miraculeux que tu aies pu réparer le bébé en si peu de temps. Puisque nous avons un peu de temps libre, je veux qu’on en profite pour être fin prêts pour le combat.
— Enfin une bonne idée, admit Vega. Que pensez-vous de la mienne : on file chercher un Star Destroyer et on revient. Ça devrait augmenter nos chances. Le Coup de Bol n’est pas exactement un vaisseau de guerre.
— On ne peut pas dire que nous soyons sans défenses, Vega, établit Uldir.
— Et notre cible n’est pas non plus un vaisseau de guerre, ajouta Klin-Fa.
— Chaque vaisseau Vong est un vaisseau de guerre, riposta Vega. Et celui-ci sera escorté.
Klin-Fa roula des yeux.
— Nous parlons d’un vaisseau de transport d’esclaves Yuuzhan Vong voyageant dans un espace Vong sécurisé. Les Yuuzhan Vong sont une race fière, l’escorte sera donc minimale parce qu’ils ne veulent pas être pris pour des lâches. De plus, quand j’ai infiltré leur base de données, j’ai remarqué une chose importante : un tiers des vaisseaux de guerre de ce secteur ont été réaffectés et sont partis du jour au lendemain.
Vega fronça des sourcils.
— On dirait qu’ils préparent une nouvelle offensive. Voilà quelque chose d’important. Ne devrions-nous pas rapporter cette information aux Jedi au lieu de partir au secours de ton ancien petit ami ?
Klin-Fa rougit légèrement.
— Pas du tout, rien de tout cela n’est personnel. La place des Jedi est au combat et nous en connaissons tous le prix, Bey y compris. Mais le secret qu’il possède est d’une valeur essentielle, bien plus que n’importe quelle attaque habituelle des Yuuzhan Vong.
— Sauf que tu ne sais même pas quelle est cette soi-disant nouvelle arme, fit Vega.
Klin-Fa croisa les bras et s’appuya contre le mur.
— Je sais que grâce à cette arme, les Yuuzhan Vong pensent tout simplement pouvoir anéantir la Nouvelle République et stopper ainsi la résistance à leur invasion.
— Oui oui, c’est ça, répondit Vega. Et puis deux et deux font cinq.
— Ça suffit, le débat est terminé, interrompit Uldir.
Vega parut surprise par son ton et Uldir réalisa alors que sa remarque avait été extrêmement rude.
Klin-Fa avait rougi quand Vega évoqua Bey comme son petit ami. Décidément, Uldir aimait de moins en moins le Jedi disparu.
— C’est juste que… Uldir s’arrêta et reprit après un soupir. Vega, je suis peut-être fêlé mais je la crois. Et aux dernières nouvelles, je suis encore le capitaine de bord. On va faire cette mission. Maintenant, j’ai besoin de ton soutien, pas de tes divergences d’opinion.
Les yeux de Vega s’élargirent.
— Patron, ce n’est pas parce que je suis en désaccord que je manquerai au poste. Je suis avec toi, à cent pour cent.
— Content de te l’entendre dire.
— Même si je pense que c’était pas la peine de nous entraîner avec tant d’entêtement dans une mission si dangereuse rien que pour prouver ta virilité.
— C’est bon, Vega. J’ai pigé. T’es avec moi. Maintenant, tu la fermes…
— Oui, p’tit chef, heureuse d’obéir à tes ordres.
— Je suis aussi avec toi, patron, fit la voix de Vook dans l’unité com. Et nous serons prêts pour combattre, je te le promets.
Vook semblait positif pour une fois. Jamais il n’avait été comme ça. Vega le remarqua aussi.
— Est-ce que c’est vraiment Vook ? demanda-t-elle doucement.
— Je ne sais pas, répondit Uldir, en coupant le son de l’unité com. Après cette explosion de colère hier, je crois qu’il vaut mieux que j’aille lui parler.
Uldir trouva Vook dans la tourelle, en train de travailler sur le turbolaser. Il ne leva pas les yeux quand Uldir entra et son visage plat de Durosien ne reflétait aucune émotion.
— Vook, aurais-tu un problème ?
— Non, patron. J’ajuste le modulateur de phase pour obtenir des tirs plus efficaces.
— Génial mais je ne parlais pas de ça. Je pensais à la santé de mon mécano.
— Je vais bien, chef, fit Vook d’une voix crispée. Je peux accomplir mon travail.
— Jamais je ne mettrai en question tes capacités à accomplir ton travail, Vook. Je me préoccupe plutôt de ta colère.
— Les Yuuzhan Vong ont détruit ma planète natale, dit franchement Vook. Mon peuple voyageait déjà parmi les étoiles alors que la plupart des espèces de cette galaxie se nourrissaient encore de fruits et d’insectes de la forêt. Tout ça pour être détruits par les Yuuzhan Vong, des barbares qui n’ont même pas l’intelligence suffisante pour comprendre le désastre qu’ils ont produit…
La voix de Vook se brisa.
— Personne ne te demande d’éprouver la moindre compassion pour les Yuuzhan Vong, Vook. Personne ne te demande de ne pas t’attrister de la perte de ton monde natal…
— Oui, c’est exactement ce que je fais, m’attrister. Tu crois que je ne sais pas ce que vous pensez tous de moi ? Vook le triste, Vook le lugubre. Pauvre Vook. Eh bien, j’en ai assez. Si je n’ai le choix qu’entre la misère et la colère, je choisis la colère, patron. C’est comme ça que je me sens le mieux.
— Il y a encore d’autres options, fit remarquer Uldir.
— Chef, avec tout le respect que je te dois, tu n’as pas de monde natal à perdre. Tu ne peux pas comprendre.
Uldir resta silencieux un moment.
— Il y avait un beau jardin botanique sur ta planète, à Bburru. Tu le connaissais ?
Le sourcil de Vook se leva curieusement.
— Oui.
— J’y étais pour mon cinquième et mon onzième anniversaire. Il y avait là-bas un arbre en particulier, un olop géant. Si tu chantais près de lui, il fredonnait pour t’accompagner…
— Je me souviens de l’arbre, dit Vook. Il était originaire de la planète, le dernier de son espèce. Ils essayaient de le cloner quand les Vong ont détruit la ville. Maintenant il est perdu à tout jamais.
— Oui, dit Uldir. Il me manquera.
— Pas autant qu’à moi, répondit le Durosien.
— Tu as raison mais ce n’est pas là que je veux en venir. J’ai passé mon quatrième anniversaire sur Coruscant et mon quinzième sur Yavin 4. Tu as raison Vook, je n’ai pas de planète à moi. Mes parents étaient des marchands et des pilotes de cargo et j’ai grandi sur les routes commerciales. Mon monde natal est toute cette galaxie. Regarde ce que les Yuuzhan Vong lui ont fait.
Vook baissa la tête et acquiesça doucement.
— Je comprends.
— Je sais. Ma souffrance n’est pas comparable à la tienne mais qu’importe, je pourrai survivre à cette compétition. Mais tu ne peux pas te refermer sur toi-même et imaginer qu’aucun d’entre nous n’a rien perdu dans cette guerre. Et tu ne peux pas t’abandonner à la colère. Ma formation Jedi a peut-être tourné court mais j’y ai au moins appris cela. La colère n’est bonne pour personne, Jedi ou pas.
Vook soupira.
— Il y a de la logique dans tes paroles, une logique qui devrait me réconforter mais elle ne le fait pas.
Uldir pencha la tête, sceptique.
— Pourquoi maintenant, Vook ? Pourquoi laisses-tu tes émotions reprendre le dessus après tout ce temps ?
Vook se retourna.
— C’est cette Jedi. Elle m’a fait comprendre combien je suis improductif.
— Elle te l’a dit ?
— Non, mais elle agit. Elle engage le combat contre les Vong et toi aussi.
— Pas moi, affirma Uldir. Je suis pilote d’une unité de sauvetage. Je me suis engagé dans ce métier parce que je n’avais pas les talents requis pour devenir un Jedi, mais que je voulais être comme eux, aider les personnes en détresse. Les Jedi ne tuent pas par vocation, Vook, pas les meilleurs d’entre eux. Ils évitent de tuer quand ils le peuvent. Et parfois cela leur coûte leur vie. J’ai rejeté les offres d’une demi-douzaine de pilotes de chasse voulant m’engager dans leur escadron parce que j’aime mon métier. Nous sommes passés par un bon paquet d’ennuis cette dernière semaine mais jamais parce que je voulais délibérément attaquer les Yuuzhan Vong. Jamais pour en tuer un. J’essaie simplement de faire mon boulot – un boulot qui serait impossible sans ton aide, d’ailleurs. Sans tes compétences, Vook, nous n’aurions jamais pu quitter Wayland. Qui d’autre aurait bien pu réparer notre hyperpropulseur avec une épave datant d’un siècle ? Pourquoi penses-tu que je t’ai choisi pour entrer dans mon équipe ?
— Tu m’as choisi ?
Le Durosien semblait véritablement surpris.
— Évidemment. Qu’est-ce que tu t’imaginais ?
— Eh bien, je pensais que… enfin personne d’autre ne voulait…
— Vook, tu es le meilleur mécano de notre armée. Et je t’aime bien.
Vook fixa le sol puis leva les yeux pour rencontrer ceux d’Uldir.
— Merci, patron.
— Maintenant, je veux que tu…
— Hé, les gars, fit la voix de Vega dans l’unité com.
— Qu’y a-t-il ?
— On a de la compagnie.
— On dirait bien que ta chérie avait raison, dit Vega quand Uldir entra dans le cockpit. Il est en retard mais sans doute possible, nous avons ici un cargo Yuuzhan Vong.
— On n’est pas tombés sur le plus petit, grogna Leaft tout en se grattant derrière l’oreille avec une de ses pattes avant.
Uldir acquiesça silencieusement. D’une forme irrégulière rappelant un losange, le transporteur paraissait long d’un demi-kilomètre. Comme à chaque fois qu’il voyait un vaisseau Yuuzhan Vong, Uldir eut l’impression d’observer une majestueuse créature marine en mouvement.
— Mais à l’intérieur, l’équipe est réduite au minimum, dit Klin-Fa. J’étais prisonnière sur un cargo du même type. La majorité de la place est réservée aux détenus.
— Il y a une escorte ? demanda Uldir.
— Quatre skips, répondit Vega. Rien qui ne nous soit impossible.
— Je n’aime pas ça, dit Uldir. Cela me semble trop facile.
— Facile ? s’étonna Vega. Si nous devions détruire le vaisseau, ce serait facile. Mais nous voulons capturer ce truc, tu t’en souviens ? Et sans tuer ce cher Bey Gandan ni aucun autre prisonnier.
— Ouais, admit Uldir. C’est la partie délicate mais Klin-Fa a un plan.
— Pourquoi ne suis-je pas surprise ? se demanda Vega à voix haute.
— Suivre son plan ? mugit Leaft. Je préfère encore aller traire un rancor.
— Je ne crois pas que les rancors donnent du lait, commenta Vook dans l’unité com.
— Écoute-la d’abord, dit Uldir. Klin-Fa, s’il te plaît ?
La Jedi opina du chef, fit spécialement attention de croiser le regard enragé de Leaft puis s’éclaircit la gorge et commença.
— Quand j’étais sur Wayland, j’ai pu accéder à l’un des modules de stockage de données Yuuzhan Vong, une créature qu’ils appellent qahsa. C’est ainsi que j’ai découvert sur quel vaisseau se trouverait Bey et quel serait son parcours. J’ai aussi analysé la structure du vaisseau. La coque externe ne contient aucune extrémité nerveuse mais la coque interne en a. Si on la brise, l’alarme se déclenchera.
— Oui, on le savait déjà, dit Vega.
— Alors voici quelque chose que tu ne sais peut-être pas. Près des basals dovin, les terminaisons nerveuses de la coque interne sont perturbées.
— Perturbées ? dit Uldir.
— Oui. Les basals dovin sont des créatures indépendantes, ils ne sont pas élevés avec le reste du vaisseau. Ce n’est qu’après leur maturation qu’on les greffe sur le cargo. Mais la symbiose n’est pas totale : les déformations gravifiques des basals dovin altèrent la sensibilité des faisceaux nerveux adjacents. Sur un vaisseau de guerre ou n’importe quel autre vaisseau où un réseau sensitif complet est indispensable, les Vong compensent ce défaut en implantant des créatures insensibles aux anomalies gravifiques autour des basals dovin. Mais dans un cargo comme celui-ci, une imperfection aussi minime ne vaut pas la peine d’être corrigée.
Leaft se grattait maintenant le menton.
— Génial, il existe donc un point mort pour ouvrir la coque sans qu’ils ne s’en rendent compte ! Mais qu’est-ce que ça veut dire ?
— Ça veut dire que le patron est complètement d… commença Vega, puis elle rencontra le regard d’Uldir. Ça veut dire que le patron a les neurones en surchauffe, acheva-t-elle, d’avoir si soigneusement réfléchi à un plan.
— Exactement, dit Uldir. Voici ce que j’ai en tête. Vook, tu entends ? Tu vas jouer un rôle important dans ce qui va suivre.
Vook vit le vaisseau Yuuzhan Vong s’approcher lentement. Il alluma l’unité com.
— Je t’aurai prévenu ! rappela-t-il. N’approche plus.
— Le saint et puissant Yun-Yuuzhan et tous les dieux savent que tu ne seras jamais en position de m’ordonner quoi que ce soit, l’informa Vintul Qat.
Quelque chose percuta fortement le Coup de Bol. Vook jura en Duro.
— Peut-être n’avais tu pas remarqué notre escorte sans tes capteurs, le railla le Commandeur Yuuzhan Vong.
Vook s’autorisa un léger sourire.
— Peut-être n’avais-tu pas vu dans ton arrogance que mon vaisseau est parfaitement fonctionnel !
Il alluma brusquement les boucliers, tira une salve de missiles à concussion et relança son moteur à ions.
— UV, dit-il au droïde astromec attaché à la tourelle laser, détruis ces coraux skippers. Je m’occupe du cargo.
La réponse du droïde défila sur le traducteur :
Affirmatif.
— Tu n’as aucune chance, l’avertit Vintul Qat. Qu’est-ce que tu espères réussir ainsi ?
Tu voudrais bien le savoir, hein ? se dit Vook intérieurement. Puis, dans l’unité com, il hurla :
— Pour la gloire de Duro ! Mort aux Yuuzhan Vong !
— La fête a commencé, annonça Uldir, montrant du doigt les éclairs transperçant l’obscurité de l’espace. Klin-Fa, s’il te plaît, pourrais-tu commencer avant qu’ils ne changent leur trajectoire ? Il ne faudrait pas que l’on soit trop proche du basal dovin quand ils décideront de le bouger.
— Compris.
La Jedi fit apparaître sa lame jaune puis se mit à taillader avec énergie la coque de corail yorik à laquelle ils s’étaient attachés. Leaft enlevait les morceaux au fur et à mesure que Klin-Fa les détachait, les envoyant flotter dans l’espace.
À peine quelques minutes plus tard, Uldir put sentir la caresse de l’atmosphère sortant du trou. Le trou fut bientôt assez large pour leur permettre d’entrer.
Uldir passa sa tête par l’ouverture.
Évidemment, tout comme l’extérieur du vaisseau, son intérieur était d’apparence organique. Les lueurs vert jaunâtre sur les murs s’estompaient au fur et à mesure que le froid intense de l’espace détruisait les créatures qui les produisaient.
Uldir se hissa rapidement à l’intérieur.
— Vite, dit-il. Peut-être qu’ils ne remarqueront pas la brèche dans la coque mais ils se rendront bientôt compte qu’ils perdent de l’oxygène.
— Ils penseront que les dégâts ont été faits par les lasers de Vook, dit Klin-Fa.
— On ne va quand même pas compter là-dessus, grogna Vega.
La pseudo-gravité attira Uldir contre le sol. Bien qu’organique, le plancher congelé était bien plus dur que certains métaux. Le pilote découvrit qu’ils se trouvaient dans un long couloir suivant la courbe de la coque extérieure. Aux deux extrémités, les membranes se dilataient pour isoler la section fissurée.
Uldir choisit la plus proche des deux, à environ trois mètres de lui mais elle finit de se refermer avant qu’il ne puisse l’atteindre.
— Et maintenant, on fait quoi ? gronda Leaft.
— Je peux la couper, dit Klin-Fa.
— Super, se moqua Vega. Et puis la section suivante entrera en décompression et se fermera, puis celle d’après… jamais ils ne devineront que nous arrivons.
— Observe et apprends, lui dit la Jedi.
Du bout de son arme, elle trancha doucement la cloison à l’horizontale. Puis elle s’avança et se glissa à travers la membrane élastique.
— Vite, les pressa-t-elle.
Uldir passa en dernier et trouva le passage difficile, car l’ouverture s’était maintenant réduite de moitié.
— Tout est vivant ici, tu te rappelles ? dit-elle. Les cloisons cicatrisent vite. Il n’y a plus de décompression. Ils ne détecteront notre présence que quand nous serons proches de notre objectif. Et peut-être qu’ils ne nous remarqueront même pas si la bataille fait rage à l’extérieur.
Uldir regarda son baromètre au poignet et vit que l’air était de nouveau respirable. Il releva la visière de son masque et les autres l’imitèrent.
— Par où on va, Klin-Fa ?
Elle indiqua le couloir.
— Par ici.
Leurs visières à présent relevées, Uldir put sentir l’intérieur du vaisseau. L’odeur n’était pas si désagréable, Uldir y détecta un musc doux accompagné de traces d’iode et de dérivés soufrés. Les mystérieuses créatures bioluminescentes étaient encore en vie dans cette section et produisaient suffisamment de lumière pour se déplacer. Mais malgré tout, la relative obscurité le mettait mal à l’aise. Des ombres se trouvaient de tous les côtés et Uldir imaginait un guerrier Yuuzhan Vong armé jusqu’aux dents derrière chacune d’entre elles. Mais aucune ne bougeait et seuls leur parvenaient à l’oreille les légers bruissements de leurs mouvements et de leur souffle. Même leurs pas étaient silencieux, le sol vivant s’affaissant doucement sous leurs pieds.
Klin-Fa dépassa plusieurs petits corridors latéraux puis s’arrêta devant un couloir plus large.
— Celui-là vous emmènera sur le chemin secondaire, dit-elle. Suivez-le jusqu’à atteindre un large corridor allant tout droit. En l’empruntant, vous arriverez sur la passerelle de commandement.
— Et une fois que nous y serons ?
— À droite, enfin, normalement.
— Normalement ? s’étrangla Uldir.
— Hé, j’ai déjà réussi à nous amener jusqu’ici !
— Ouais, soupira-t-il. OK, Vega, tu pars avec elle pour chercher les prisonniers.
— Tu vois, voici encore une partie du plan que je sens mal, fit Vega. Quand on se sépare et que je dois faire confiance à cette irréprochable Jedi pour couvrir mes arrières. Pourquoi est-ce qu’on n’irait pas tous aborder la passerelle dans un premier temps puis s’occuper ensuite des prisonniers ?
— Parce que les gardes les abattront dès qu’ils apprendront qu’ils ont perdu le contrôle, répliqua Klin-Fa. De plus, les prisonniers peuvent nous aider à nous battre. Surtout Bey, c’est un Jedi lui aussi, tu te rappelles ?
— Ouais, dit Uldir, un Jedi désarmé contre des ennemis qui n’existent pas dans la Force.
— P’tit chef, tu es d’accord avec ce plan ou pas ? demanda Vega. C’est de toi que je prends mes ordres, pas d’elle.
— Non, elle a raison. Ils exécuteront probablement les prisonniers quand nous aurons pris le contrôle de la passerelle, peut-être même avant.
— Alors allons-y, ce n’est pas en restant ici à blablater toute la journée qu’on va arriver à quelque chose, les interrompit Leaft.
— Tu as raison, dit Uldir. Allons-y, Leaft. Bonne chance à vous deux.
— Un moment, dit Klin-Fa. Je peux te parler seul à seul une minute, capitaine ?
Uldir vit Vega hausser les sourcils.
— À propos de quoi ? demanda-t-il.
— J’ai dit seul à seul.
— Tu peux faire confiance à tous les gens présents ici, répondit Uldir. En tout cas, moi je leur fais confiance. Alors dis ce que tu as à dire.
Klin-Fa soupira et s’approcha de lui.
— OK, si tu préfères. Je voulais juste te remercier de te fier à moi, c’est tout. Quel que soit le dénouement de cette histoire.
Elle était vraiment près de lui. Ses yeux occupaient tout son champ de vision. Il put sentir sa respiration sur son visage et il se sentit bizarre.
Puis elle l’embrassa. Ce n’était qu’un frôlement des lèvres mais il en fut totalement abasourdi.
Puis elle tourna les talons et s’engagea dans le corridor.
— Je rêve, dit Vega, avec un mélange d’irritation et de dégoût. Elle suivit la Jedi, secouant la tête.
— Hé… commença Uldir, mais les deux femmes avaient pris un tournant et étaient maintenant hors de vue.
— Voici une des choses les plus écœurantes que j’aie vues de mon existence, dit Leaft. Merci d’avoir gâché le reste de ma journée. Il frémit de dégoût. Tss, ces humains…
— Mais je n’ai rien fait du tout ! protesta Uldir.
— Exact. Tu es resté planté là et tu l’as laissée faire.
Uldir se frotta la tête.
— Hmm, c’est ce que j’ai fait, hein ?
— Allez, gronda Leaft. Maintenant, j’ai vraiment envie de tuer.
Ce couloir était tout aussi vide et silencieux que le précédent, mis à part quelques bruits de tirs distants prouvant que Vook et UV étaient encore dans la course. Uldir espérait que le Durosien allait bien. Avec l’aide du droïde, Vook arriverait sûrement à s’en sortir contre quatre coraux skippers, et les tirs de défense du cargo étaient normalement trop lents pour l’atteindre. Malgré tout, tant de choses pouvaient mal tourner…
Le corridor obliqua fortement vers la gauche, tout comme l’avait annoncé Klin-Fa. L’absence prolongée de gardes ou de personnel de bord commençait à inquiéter Uldir. Pour se rassurer, il se força à garder en tête que ce n’était qu’un cargo, et comme sur le transporteur de son père, celui-ci ne nécessitait pas de grand équipage. En plus, les Yuuzhan Vong s’étaient beaucoup dispersés ces derniers mois. Bien qu’ils soient techniquement en cessez-le-feu avec la Nouvelle République, ils devaient encore garder le contrôle des nombreuses planètes qu’ils avaient conquises. Et si Klin-Fa avait raison, les Vong se préparaient aussi à un assaut à grande échelle. Il est même très possible qu’aucun guerrier n’ait été affecté à ce vaisseau.
C’est encore perdu dans ses pensées qu’il pénétra dans le corridor secondaire et vit un Yuuzhan Vong. Uldir n’eut pas le temps de voir de quelle caste il ou elle était car Leaft décocha en quasi-simultané un tir de chacun de ses trois blasters. Le corps du Vong s’effondra, fumant.
— Peut-être que ce n’était pas un guerrier, Leaft, lui reprocha Uldir.
Le Dug lui jeta un regard étonné, comme si Uldir lui proposait de partir en vacances sur Hoth avec une colonie de nudistes.
— Patron, j’en ai rien à faire, dit Leaft. On est quatre contre un vaisseau entier. Si on prend le temps de leur poser la question, on va finir jetés en pâture au nom de leurs horribles dieux.
— D’accord, admit Uldir. Mais malgré tout…
Il fut interrompu par le vrombissement d’insectes-cogneurs. Deux guerriers Yuuzhan Vong, reconnaissables à leurs tatouages et mutilations faciales caractéristiques, venaient d’apparaître devant eux et avaient libéré les créatures meurtrières. Uldir se mit de profil et fit feu avec son blaster. Leaft l’imita et leurs tirs tissèrent une toile de rayons de lumière cohérente dans le couloir. Un des insectes frappa Uldir à l’épaule mais la violence du choc fut amoindrie car la créature était déjà carbonisée. Bâton Amphi levé, les guerriers se ruèrent sur les deux intrus. Les tirs de blaster fusèrent et ricochèrent sur leur armure en crabe Vonduun, mais les Vong ne portaient pas de masque. Uldir releva sa ligne de mire et visa le front d’un des guerriers. Leaft tira aux deux genoux de l’autre Vong, le faisant trébucher. Cependant, le guerrier continua sa course, lançant un coup circulaire si puissant qu’il saurait même réduire le crâne renforcé de Leaft en bouillie. Le Dug ne se démonta pas et tira calmement dans l’aisselle que le guerrier venait de dévoiler. Avec l’expérience, on avait appris que tel était le point le plus vulnérable d’une armure Vong, et le Dug n’oublia pas ce précieux conseil dans la bataille. Le guerrier s’écroula, son arme tombant à terre avec fracas. Leaft sauta par-dessus le corps et fit tourner le blaster autour de son doigt.
— Joli tir, approuva Uldir.
— J’en ai encore des tas en réserve, dit le Dug.
— Ça tombe bien parce qu’il y a encore des tas de Vong, fit remarquer Uldir en tirant dans le couloir à l’encontre des cinq autres guerriers qui chargeaient vers eux.
— Super !
Le Dug rugit, et partit soudain, rengainant le blaster qu’il tenait avec un pied et tirant des deux autres en pleine course. Uldir suivit plus doucement, préférant prendre le temps de viser et regrettant que le Dug ne montre pas plus de bon sens et de discipline.
Un insecte-cogneur fut soudain à un souffle de son visage. Il se jeta de côté pour l’éviter mais il fut tout de même éraflé au front. Le sang jaillit de la blessure. Uldir jura. Le sang aveuglant son œil gauche, sa perception des distances fut soudain perturbée et ses tirs perdirent toute précision. Devant lui, Leaft et trois des guerriers étaient au corps-à-corps, le Dug bondissant autour d’eux. Uldir le vit sauter par-dessus un bâton Amphi et la tête de son propriétaire puis tirer d’en haut sur le crâne du Yuuzhan Vong, le tout en hurlant comme un forcené.
Les deux autres s’avançaient vers lui. Tout en essuyant le sang de son front, Uldir en toucha un au visage mais l’autre lança un insecte-cogneur. Uldir tenta de l’intercepter mais il réussit à peine à placer le blaster entre lui et la créature. L’insecte percuta l’arme, l’envoyant glisser dans le couloir. Hurlant d’exaltation, le guerrier s’approcha, son bâton Amphi prêt à frapper.
Uldir observa le guerrier blindé un clin d’œil puis courut à toute vitesse pour récupérer son arme.
Le bâton Amphi se détendit en fouet et s’enroula autour de la cheville d’Uldir. Il s’écroula en avant, son visage et son ventre s’écrasant contre le sol. Sonné, il planta ses ongles sur le plancher organique mais une pince se referma autour de son cou et le souleva de terre. Quand il aperçut le visage du Vong, Uldir tenta de lui décocher quelques coups de pied mais il ne brassa que de l’air.
— Implore l’aide de ta Force hérétique, se moqua le guerrier.
Au-dessus de l’épaule du guerrier, Uldir vit que Leaft était encore occupé. Les tirs de blaster fusaient, le Dug était déchaîné comme un ouragan mais ses deux ennemis étaient encore debout. L’aide de viendrait pas de ce côté-là.
— Repose-moi tout de suite et tu t’en sortiras peut-être vivant, le menaça Uldir.
Les yeux du guerrier s’élargirent. Il s’esclaffa d’une voix rauque, puis commença à resserrer ses doigts. Le seul obstacle était la gorge d’Uldir ce qui ne semblait pas le déranger outre mesure. Uldir tira sur les mains puissantes du Yuuzhan Vong mais sans succès.
Enfin, c’est ce qu’il pensait. Mais alors que sa vision s’obscurcissait, la pression se relâcha brusquement. Le guerrier le posa presque gentiment sur ses pieds puis s’effondra doucement sur lui. Uldir l’accompagna à terre, remarquant à peine que le Yuuzhan Vong n’avait plus de tête.
Leaft traversa le corridor, ses adversaires à présent couchés et immobiles. Uldir hocha la tête et se remit debout, encore groggy.
— Ça va, patron ? demanda Leaft.
— Ouais, merci de m’avoir sauvé.
Le Dug inclina la tête.
— Quoi ? Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Celui-là était en train de m’achever, expliqua-t-il, désignant le corps du guerrier décapité.
— Eh bien, tu as bien réussi à t’en occuper tout seul, constata Leaft.
Uldir fronça les sourcils.
— Tu ne lui as pas tiré dessus ?
— Hein ? Négatif, Capitaine.
Uldir remarqua alors le trou dans le plafond, et une zone dévastée au sol. Un instant auparavant, la tête du Yuuzhan Vong se trouvait dans l’alignement. Leaft suivit son regard.
— Vook a dû tirer à travers la coque, murmura Uldir. Pourtant, il ne devait pas tirer sur le cargo.
— Tu plaisantes ? fit Leaft, incrédule.
— C’est la seule solution que je puisse trouver.
— Non, dit Leaft. Pas dans ma galaxie. Même avec ta chance, c’est la chose la plus insensée que j’aie jamais vue. Désolé de dire ça mais même en sachant que c’est lui l’ennemi, je trouve ça totalement injuste.
— En tout cas, je n’ai rien fait pour que ça n’arrive, grogna Uldir, en récupérant son blaster. Quand il prononça ces mots, Uldir eut une inquiétante impression. Sa chance avait toujours été étrange et souvent imprévisible. La plupart des gens l’attribuaient à son entraînement chez les Jedi mais Uldir savait que ce n’était pas le cas : il ne pouvait même pas soulever un caillou avec la Force.
Et pourtant, il dut bien admettre que Leaft avait raison, tout ceci était ridicule. Et il n’avait pas vraiment le temps d’y réfléchir, tout comme il n’avait pas eu le temps tout à l’heure de repenser aux lèvres de Klin-Fa sur les siennes et à ses yeux, tout proches de son visage…
Ce sera pour plus tard.
— Allez, dit-il. Il nous reste du boulot. La passerelle de commandement doit être juste un peu plus loin.
Vook frémit quand le tir qu’il avait programmé pour un corail skipper partit au loin, fut dévié par un des dispositifs de protection du vaisseau puis traversa la coque externe du cargo. Jusqu’ici, Vook essayait d’éviter au maximum les éléments vitaux du cargo car les autres se trouvaient à l’intérieur. Il se rassura en se disant qu’atteindre un de ses camarades par un tir perdu avait autant de chances de se produire qu’un passage instantané en supernova de l’étoile du système.
Mais il n’eut pas le temps de réfléchir longtemps sur cet événement improbable. Vook avait déjà envoyé un des quatre coraux skippers en direction du Mausolée de Joor mais les trois autres étaient encore en pleine forme.
Et lui aussi. Les commandes s’adaptaient parfaitement à ses doigts et il réalisa qu’il n’avait pas assez piloté ces derniers temps. Il se sentait bien quand il volait, bien qu’il ait souvent laissé cette tâche à d’autres, pour se concentrer sur son rôle de mécano.
Pourquoi ?
Il emmena le vaisseau dans une vrille et alluma les propulseurs arrière. Un des coraux skippers le suivait de si près qu’il l’entendit passer devant lui. Il laissa un peu de distance puis lança un missile à concussion et tira une salve de ses lasers avant. Des trous noirs apparurent, absorbant la lumière, et le missile plus lent arriva en dernier. Un vide se forma pour l’avaler lui aussi mais il explosa, comme le prévoyait sa programmation. Le corail skipper s’écarta involontairement de la trajectoire quand l’onde de choc le bouscula. Erreur fatale. En un instant, Vook fut sur lui. Cette fois, un des tirs passa à travers, et pendant un moment, le vaisseau aux contours irréguliers ressembla à un glurt grillé.
— Ça, c’est pour mon oncle Tyro, grogna-t-il. Il effectua un demi-tour. Approchez, vous autres, il me reste encore plein de gens à venger.
La “porte” menant à la passerelle était close mais Leaft la trancha avec sa vibrolame et se jeta à l’intérieur, blasters en action. Deux guerriers se trouvaient de l’autre côté, l’un assis sous un casque sensitif et pilotait sans aucun doute le vaisseau. Le second les attendait derrière la porte. Il lança un coup rapide vers Leaft au moment où celui-ci déboula dans la pièce. Le guerrier aperçut alors Uldir et tenta de le frapper avec l’autre extrémité de son bâton. Uldir lui décocha deux tirs dans l’aisselle. Le Vong, stupéfait, recula puis devint furieux et se rua sur Uldir.
Quatre tirs simultanés le frappèrent et il s’écrasa en grondant dans la cloison.
L’autre guerrier, le pilote, arracha le casque et tendit la main vers son bâton Amphi. Il se retrouva face-à-face avec Leaft, en équilibre sur une jambe et pointant trois blasters sur son visage.
— Vas-y, essaye, l’implora Leaft. Fais-moi plaisir.
Le guerrier tira brusquement son bâton, le fit tourner au-dessus de sa tête, tranchant le manteau sensitif et voulant poignarder Leaft par le bout pointu de l’arme.
Les blasters de Leaft chantèrent à l’unisson.
— Leaft, surveille la porte, fit Uldir, après avoir vérifié que jamais plus les deux guerriers ne se relèveraient.
— Compris.
Uldir alluma son unité com.
— Vega ? Où en êtes-vous ?
— Ça avance, p’tit chef, lui assura la voix métallique de la Corellienne. Les prisonniers n’ont pas une égratignure. Enfin, façon de parler, on a pas de morts du moins, vous savez quel traitement les Yuuzhan Vong réservent à leurs invités.
— Vous avez trouvé l’autre Jedi, Bey ?
— Notre fille de l’air est à sa recherche. Elle n’a encore rien trouvé.
— Mauvais signe.
— En effet, mais je sais que vous gardez de l’espoir. Je suppose que vous avez pris le contrôle de la passerelle ?
— Oui, je peux tout superviser d’ici, répondit Uldir. Toi, reste sur tes gardes. Même si je pense que nous avons tué tous les guerriers, ce vaisseau a peut-être encore quelques surprises en réserve.
— Ça ne m’étonnerait pas.
Uldir changea la fréquence de son appareil et appela le Coup de Bol.
— Vook ?
— Oui, chef.
— Tu es occupé ?
— Non, chef. J’ai achevé le dernier skip depuis un moment. Comme le vaisseau ennemi a cessé de tirer, je suppose que vous maîtrisez la situation.
— Ouais, le pont est sous notre commandement. Beau travail, Vook, je savais que tu y arriverais.
— Merci patron, c’était un plaisir. Vook fit une courte pause. Chef ?
— Oui ?
— Merci de m’avoir donné cette opportunité et aussi pour les précieux conseils.
— Pas de problème.
— Et patron ?
— Oui ?
— Je suis sûr que vous avez remarqué et que vous y travaillez en ce moment, mais…
— Mais de quoi tu parles, Vook ?
— Votre trajectoire : le cargo accélère en direction du trou noir. Il vous reste encore beaucoup de temps – enfin, quinze minutes zéro deux – mais le plus tôt sera le mieux.
— Ah… euh, merci, Vook.
— J’ai entendu “trou noir” ? demanda Leaft, posté devant la porte.
Uldir passa par-dessus le corps du pilote.
— Oui. Le pilote a dû modifier la trajectoire. Leaft, qu’est-ce que tu connais au pilotage des vaisseaux Yuuzhan Vong ?
— Probablement pas plus que toi. Ils sont liés psychiquement à leurs vaisseaux, grâce à ces casques.
— Saurais-tu s’il existe un système auxiliaire ? Des commandes manuelles par exemple ?
— Ça peut exister mais je n’en ai jamais entendu parler. Pourquoi ?
Uldir souleva les lambeaux du casque que portait le pilote. Il était plus ou moins coupé en deux et le câble – sûrement une fibre nerveuse – était tranché lui aussi. Une sécrétion jaunâtre s’écoulait des deux extrémités de la connexion endommagée.
— Parce que s’il n’y a pas de système de secours, nous risquons d’être légèrement embarrassés.
— Mais non, laissez-le tomber dans le trou noir, ça fera un vaisseau Vong de moins. Et entre temps, nous, on retourne sur le Coup de Bol.
Uldir ralluma son unité com.
— Vega, toujours là ?
— Évidemment. On s’éclate ici. On a trouvé le Jedi, aussi. Il est plongé dans une sorte de coma.
— Super. Enfin, que vous l’ayez trouvé, pas qu’il soit dans le coma…
— P’tit chef, ça sonne faux. Pourquoi tu t’inquiètes ? Tu penses que ce type va entrer en concurrence avec toi pour les regards suaves et les paroles langoureuses ?
— Vega, garde ton sérieux, rien qu’une petite minute. Combien il y a de prisonniers là en bas ?
— Autour de deux cents. Pourquoi ?
— Ça fait plus de cent quatre-vingts qu’on ne pourra pas faire rentrer dans le Coup de Bol.
— Euh, je le savais déjà, répondit Vega. Je croyais qu’on avait prévu de capturer le vaisseau et de le détourner pour emmener les prisonniers dans un endroit sûr.
— Ouais, c’était notre plan. Il se frotta le front. Pourquoi rien ne reste jamais simple dans cette galaxie ?
— Ton cerveau, lui, est toujours resté aussi simple, fit Vega du tac au tac. Quel est ton problème ?
— Oh, rien du tout. On est juste en train de tomber dans un trou noir.
— On est en train de quoi ?
Uldir coupa et repassa sur la fréquence de Vook.
— Vook ? On a un petit souci, on ne va pas pouvoir piloter ce truc. Il faut que tu vérifies si le Coup de Bol est assez puissant pour nous tracter. Donne-moi les résultats le plus vite possible.
— Compris. Je pense que nous… oh, non.
— Vook ?
— Chef, moi aussi, j’ai peut-être un problème sur le dos. Un vaisseau Yuuzhan Vong vient d’arriver. Vook s’arrêta un instant. Oui, je confirme, le vaisseau me tire dessus.
Tsaa Qalu s’autorisa un léger sourire quand il tourna ses canons vers le cargo. Il avait traqué beaucoup de cibles depuis son arrivée dans la galaxie des infidèles mais jamais il n’avait participé à une chasse comme celle-ci. Sans le moindre doute, il avait bénéficié du soutien de Yun-Harla.
Les infidèles lancèrent les premiers tirs de riposte. La chose se présentait de mieux en mieux : Tsaa Qalu n’aurait gagné aucune gloire en détruisant une cible inoffensive.
Et cette chasse lui en apporterait de la gloire, si tout se continuait de se dérouler comme prévu.
Son sourire se dissipa. On ne comptait les points qu’après le combat, pas avant. Un chasseur trop sûr de lui était un imbécile. Mais Tsaa Qalu n’était pas de ceux-là.
CHAPITRE VI
L’ENVOYÉ DU VIDE
— Je m’étais toujours imaginé que je verrais la mort droit dans les yeux, dit Leaft, en se grattant l’oreille avec sa patte arrière.
— Au moins, fit distraitement Uldir, tu pourras contempler là où la mort n’est pas.
— Ah, les jeux de mots des humains, dit-il en reniflant. Non seulement on ne verra rien mais en plus, on ne sentira rien. Pas très glorieux comme manière de mourir. Ma mère m’a toujours dit que je finirais mal à force de traîner avec des humains.
— En tout cas, personne ne t’a forcé la main. De toute manière, tu aurais mal tourné, quelle que soit la compagnie que tu te serais choisie. Uldir haussa les épaules. Si ça peut te consoler, personne ne sait vraiment ce qui se passe quand on entre dans un trou noir. Peut-être qu’on souffre atrocement quand chaque atome de son corps se transforme en neutrons. Et puisque le temps s’arrête, la souffrance risque d’être infiniment longue.
— Mouais, tu essaies de me rassurer.
— Pas du tout. En réalité, j’essaie de trouver un moyen d’éviter tout cela. Il y plus de deux cents personnes sur ce vaisseau. Peut-être que tu devrais arrêter de te demander si ta fin sera digne et commencer à réfléchir sur…
Un bruit attira son attention et Uldir se retourna, l’arme au poing. Après tout, ils étaient à bord d’un vaisseau ennemi. Il pensait s’être débarrassé de tout l’équipage mais avec les Yuuzhan Vong, on ne savait jamais à quoi s’en tenir. Le vaisseau, comme tous les objets Vong, était un organisme vivant. Il était certainement équipé de salles étranges qu’Uldir n’avait pas encore découvertes.
Mais la femme qui arrivait sur la passerelle du transporteur d’esclaves en se glissant par la bio-porte déchiquetée n’était pas une Yuuzhan Vong. Ce n’était qu’une petite Corellienne avec des cheveux platine, un regard tranchant comme le diamant et un fusil blaster à la main.
— Salut Vega, vous avez fait du beau boulot en bas.
— Vous aussi. Répète-moi cette histoire de trou noir.
Uldir désigna du doigt un des trois corps scarifiés sur le sol. Les marques étaient anciennes : les Yuuzhan Vong avaient l’habitude de se mutiler en signe de haut rang. La cause de la mort du pilote était les trois tirs de blaster que le Dug avait décochés.
— Le pilote a orienté le vaisseau vers le trou noir. Après, il a attaqué Leaft qui a été forcé de le tuer.
— Eh bien, corrigeons la trajectoire, conseilla Vega.
Une autre silhouette apparut derrière Vega, celle d’une jeune femme aux cheveux noirs tombant sur son visage. Un grand homme aux cheveux roux et aux yeux émeraude était appuyé sur son épaule. Uldir connaissait la femme, Klin-Fa Gi laquelle était directement responsable de la mission qui les avait amenés jusqu’ici. Par contre, il ne connaissait pas l’homme, mais vu qu’il semblait intime avec Klin-Fa, il déduisit que c’était le Jedi qu’ils étaient venus chercher.
— Le pilote a aussi détruit le casque sensitif, expliqua Uldir, luttant contre la sensation étrange qui lui remuait les entrailles.
Vega fronça les sourcils.
— Il n’y a pas de commandes manuelles ?
— Pas à ma connaissance. Si tu les trouves, tiens-moi au courant. Il se tourna vers la Jedi. Klin-Fa, tu t’y connais mieux que nous en vaisseaux Vong. Qu’est-ce que tu en penses ?
— Les Yuuzhan Vong ne raffolent pas des systèmes de secours, dit-elle.
— Ils doivent sûrement penser que c’est fait pour les lâches ou quelque chose de ce style, grogna Vega. Et si on se faisait remorquer ? Vook est encore dans le Coup de Bol. Il devrait avoir assez de puissance pour nous dégager de cette trajectoire suicidaire.
— Normalement oui, mais avec un puits de gravité aussi fort, le temps risque de manquer. Et malheureusement, c’est hors de question pour le moment, Vook est en plein combat.
— Je croyais qu’il s’était débarrassé de tous les coraux skippers, s’étonna Vega.
Uldir haussa les épaules.
— Quelque chose d’autre est arrivé. Je ne sais pas encore quoi, Vook n’a pas eu le temps de m’en parler. Mais s’il ne s’en sort pas dans les dix minutes, nous devrons nous débrouiller seuls.
Tsaa Qalu gronda de satisfaction en lançant son vaisseau dans un tonneau. Il stimula les nacelles à plasma, qui crachèrent des jets rouges en direction du vaisseau des infidèles, le Coup de Bol.
— Ce pilote est plutôt doué, dit-il. Il connaît notre façon de faire.
— C’est un infidèle, chef, lui rappela son subordonné.
— Nierais-tu ses compétences de pilote, Laph Rapuung ?
Tsaa Qalu grogna quand l’obscurité fut soudain remplie de stries de laser viridien. Ce n’était pas un problème, les trous noirs du système de défense de l’Égorgeur les arrêteraient tous, mais quelque chose clochait.
Un chasseur vivait grâce à son instinct. Il fit une embardée vers le haut et la gauche.
Le casque sensitif par lequel Qalu pilotait l’Égorgeur transmettait dans sa chair les mouvements du vaisseau. Quand il changea soudain de direction, il ressentit une douleur semblable à celle d’une cheville tordue. Au même moment, la pression l’accabla, le basal dovin ne pouvant absorber toute la puissance d’un virage aussi abrupt.
Mais son geste se révéla nécessaire. Distrait par le barrage de tirs, il n’avait pas remarqué le missile à concussion arrivant en trajectoire parabolique de l’autre côté. L’infidèle l’avait certainement lancé bien plus tôt, programmant sa trajectoire pour retarder son arrivée. Même avec le changement brutal de direction, la détonation les frôla de peu. L’onde de choc s’écrasa sur l’Égorgeur, l’envoyant tournoyer dans l’espace. Des raies de lumière le suivirent, arrachant plusieurs mètres cubes de coque en corail yorik avant que Tsaa Qalu n’arrive à reprendre le contrôle du vaisseau.
— Alors, Rapuung ? se moqua-t-il. Seuls les instincts que m’ont donnés les dieux ont pu nous sauver de ce mauvais pas. Doutes-tu encore de ses capacités ?
— C’était sa machine, chef, pas lui.
— Non, les machines sont grossières et insensibles. Penses-tu vraiment qu’une machine a failli nous tuer ? Tu préfèrerais cette explication plutôt que d’admettre que certains pilotes infidèles sont particulièrement doués ?
— Je ne peux pas, chef, ce serait de l’hérésie.
— Absolument pas, rugit Tsaa Qalu. C’est un fait. Un chasseur ne peut occulter la réalité, Rapuung. Si tu sous-estimes ta proie en te mentant à toi-même, tu deviendras la proie. Il est vrai que les infidèles sont corrompus et que la plupart d’entre eux sont faibles. Mais certains sont valeureux, comme ils l’ont prouvé de nombreuses fois. Il serait complètement absurde de penser le contraire.
— Mais les prêtres…
— Ah, les prêtres. Tsaa Qalu cracha le mot comme s’il était empoisonné.
Le Coup de Bol était une fois de plus dans son sillage. Il grinça des dents et fit feu. Cette fois, une flamme de métal en fusion lui indiqua qu’il avait traversé les boucliers ennemis.
— Il est peut-être un bon pilote, concéda Laph Rapuung. Mais il n’est pas de taille à vous battre.
— Bien sûr que non. Je suis un chasseur, élu par les dieux pour porter le Nuun.
— Et maintenant, vous allez le détruire.
— Très bientôt.
Le villip devant lui choisit cet instant pour prendre la forme du visage de Viith Yalu, le Maître Modeleur de Wayland, la planète d’où cette chasse avait débuté.
— Tsaa Qalu ! l’interpella le Modeleur, le villip essayant d’imiter les vrilles qui frissonnaient sur sa chevelure pour transmettre l’agitation du Maître.
— Oui, Maître Modeleur.
— Si vous n’êtes pas seul, renvoyez vos subordonnés. Il faut que je vous parle. Sa voix semblait pleine d’inquiétude.
— Je suis en plein combat.
— Dans ce cas, dégagez immédiatement. Je dois vous parler tout de suite.
— Bien, dit Qalu, essayant de ne pas faire paraître sa propre rage.
Il changea de direction pour s’éloigner de l’infidèle, décochant quelques derniers tirs. Le vaisseau ne le suivit pas mais fit demi-tour pour rejoindre le transporteur d’esclaves dont le sort était jeté.
— Laisse-nous, Laph Rapuung, ordonna-t-il.
Uldir vit l’obscurité envahir son champ de vision avec un sentiment grandissant d’impuissance.
— Quelqu’un a une idée ? demanda-t-il. N’hésitez pas.
— Nous avons une possibilité, annonça l’homme aux cheveux roux d’une voix rauque. C’étaient ses premiers mots.
— Excuse-moi, dit Uldir. Qui es-tu ?
Uldir se doutait bien de l’identité de l’homme, le voyant confortablement installé tout près de Klin-Fa.
— Bey Gandan. Un Jedi, comme Klin-Fa.
D’accord.
— Tu connais un moyen de piloter ce vaisseau ?
— Je crois, dit-il. Il se contracta et ferma les yeux un moment.
— Eh bien, pas besoin de nous tenir en haleine, intervint Vega.
— Il est blessé, fit remarquer Klin-Fa. C’est si difficile à voir ? Laissez-lui une minute.
Rien à faire, pensa Uldir, je n’aime pas ce gars. Il regarda Bey droit dans les yeux.
— Ne le prends pas mal mais je pensais que tu étais dans le coma.
— Il l’était, expliqua Klin-Fa. Je l’en ai sorti avec l’aide de la Force. Tu veux survivre, Uldir ?
— S’il vous plaît, fit Bey. Ne vous disputez pas. Je vais peut-être m’évanouir et il faut que je vous dise quelque chose tant que je suis encore capable de parler.
— Laisse-le, p’tit chef, dit Vega. Au point où on en est, la situation peut difficilement empirer.
— Vas-y, dit Uldir, légèrement honteux de son attitude. Mais ce gars lui faisait déjà mauvaise impression avant même qu’ils ne se rencontrent, alors maintenant…
— Les coraux skippers ont aussi des casques sensitifs, leur apprit Bey. Un réseau les relie aux commandes centrales de ce vaisseau. S’il reste encore un skip à bord, vous pourrez peut-être piloter le cargo de là-bas. Ce serait comme un pilotage à distance.
— Complètement idiot, se fâcha Leaft. N’importe quel pilote de skip peut prendre les contrôles du vaisseau quand il le veut ?
Bey nia de la tête.
— Non, pas si quelqu’un porte le casque sensitif principal. Mais puisqu’il est hors-service alors je pense que ça marchera.
— Urr. Leaft montra les dents. Et comment connais-tu tant de choses sur le pilotage des vaisseaux Vong ?
— J’ai été leur prisonnier pendant un bout de temps, fit doucement Bey. Et ce n’est qu’une supposition. Mais je crois que c’est ce que vous avez de mieux.
— Ça vaut le coup d’essayer, dut admettre Uldir.
— Je vais m’en charger. Où sont les hangars à skips ? demanda Vega.
— Ils doivent être le long du couloir d’accès à la coque externe, dit Klin-Fa. Retourne au corridor central puis prends n’importe quel grand couloir s’éloignant du centre.
— D’accord, répondit Vega. Souhaitez-moi bonne chance. Elle se retourna pour partir.
— Non, gronda Leaft. C’est moi qui vais essayer. Et si ça ne marche pas…
— Si ça ne marche pas, tu t’en mordras les doigts pendant quelques secondes tout au plus, dit Klin-Fa.
— Ne me cherche pas, Jedi, rétorqua Leaft, furieux.
Klin-Fa affronta calmement le regard enragé de Leaft.
— Vas-y, Leaft, puisque c’est ce que tu veux, dit Uldir. Et que la Force soit avec toi.
Leaft roula des yeux et quitta la pièce en sautillant sans ajouter un mot.
— Tu es sûr qu’on peut lui faire confiance pour ça ? demanda Klin-Fa, une fois que le Dug fut hors de portée de voix.
Uldir observa la jeune Jedi. Il vit qu’elle s’agrippait à Bey, comme si elle avait peur qu’il ne la quitte à nouveau.
— Tu penses pouvoir piloter mieux que Leaft ? demanda-t-il.
— Non mais je pense que toi, tu peux. Et sa colère…
— Les Yuuzhan Vong se débrouillent pas mal aussi question colère, dit Uldir. Je ne pense pas que le vaisseau en sera troublé.
— Six minutes, p’tit chef, fit Vega. Une fois ce temps dépassé, savoir qui pilote le cargo n’aura plus aucune importance – nous serons trop enfoncés dans le puits de gravité pour espérer en ressortir.
Uldir acquiesça et tourna son visage vers la baie. Leaft avait raison : ils ne pouvaient pas voir le trou noir et ne le verraient jamais. Mais comme il lui avait ensuite répondu, il pourrait voir où il n’était pas : une couronne de gaz luminescent et de particules ionisées l’entouraient, comme un nuage bleuté. On aurait dit la pupille d’un géant, assez grande pour avaler un système entier.
Il vit que Vega s’était légèrement approchée.
— Tu penses qu’il y arrivera ? murmura-t-elle.
Ça semblait bizarre, venant de Vega. D’habitude, elle ne faiblissait jamais. Il n’aurait jamais imaginé qu’elle réfléchît à la mort à deux fois. Mais à l’accoutumée, elle affrontait le danger blaster en main. Pour Vega comme pour Leaft, la situation n’était pas la même lorsqu’on glissait désespérément vers le néant. Et c’était la raison pour laquelle il avait laissé Leaft y aller : quelques secondes de plus à rester inactif et le Dug aurait trouvé un moyen de passer ses nerfs.
Leaft mugissait et écumait de colère alors qu’il traversait les couloirs organiques du vaisseau Yuuzhan Vong. Sa fureur battait en lui comme un tambour y’sd des anciens du village, comme une antique chanson meurtrière Gran, comme une succession d’explosions soniques.
Le patron était devenu fou, aucun doute là-dessus. Aussi révoltant que fut le comportement de l’humaine, elle avait quand même réussi à le rendre dingue. Leaft ne pouvait déterminer si c’étaient les phéromones ou bien la soi-disant Force. Et Vega, elle aussi agissait comme une imbécile, comme si on lui avait volé un bonbon. Si elle voulait le patron, alors pourquoi ne pouvait-elle pas dilater son épiderme devant lui et le prendre pour elle ? Elle était suffisamment solide pour faire ça.
Non pas que Leaft ait une quelconque envie de voir un humain, mâle ou femelle, dilater son épiderme.
Mais les humains ne fonctionnaient pas comme ça. Pas de dilatation. Pas d’annonce franche et directe du désir d’accouplement. Au lieu de cela, ils énervaient leur compagnon avec des paroles et s’impressionnaient l’un l’autre par de stupides coups d’éclat. On aurait dit que la nature s’était retournée contre les humains, favorisant la multiplication des imbéciles au lieu de la sélection des meilleurs.
Ils avaient sûrement raison, peut-être bien que la galaxie était en danger ou quelque chose comme ça. Mais est-ce que cela justifiait ce genre de comportement ?
Même s’il parvenait à les sortir de là comme il l’avait fait sur Wayland, quand il était parti accrocher le conduit de carburant au vieux vaisseau, ils tomberaient dans une autre fosse de Sarlacc en moins d’une heure standard. Tout ça parce que chaque humain de ce vaisseau était engagé dans cette frénésie d’accouplement.
Il s’arrêta et regarda autour de lui. Où étaient ces stupides coraux skippers ? Il pensait être dans le bon corridor. Les skips étaient à l’extérieur du vaisseau mais il devait y avoir un moyen d’y accéder à partir d’ici, par un mécanisme d’arrimage.
Il commença à frapper sur les murs. Combien de temps lui restait-il ?
Peut-être que ce n’était pas le patron l’imbécile. Peut-être que c’était lui. Peut-être qu’il aurait dû demander de meilleures indications.
— Où êtes-vous ? hurla-t-il.
Il avança dans le couloir en bondissant. Toujours rien.
De rage, il dégaina ses blasters et commença à tirer. L’air se remplit de lambeaux mycoluminescents provenant des parois et d’une odeur d’algues et de viande brûlées.
Haletant, il s’effondra sur ses mains. Ils avaient eu leur compte.
Puis, presque silencieusement, des trous d’environ un mètre de diamètre s’ouvrirent dans les murs.
— Vous ne savez pas ce que je fabrique, hein ? grommela Leaft. Je vais leur montrer.
Les trous étaient les ouvertures de tubes. La plupart étaient peu profonds et finissaient dans l’obscurité – après tout, le cargo avait libéré la plupart de ses skips pour combattre le Coup de Bol. Mais après être passé avec frénésie devant quelques creux, il en trouva un qui amenait à une petite grotte. Il s’empressa d’y pénétrer et se retrouva dans un réduit, à mi-chemin entre l’intérieur d’un chasseur et la carcasse en décomposition d’un rancor. Cependant, il y avait un siège, et Leaft bondit à l’intérieur. Le casque sensitif pendait au-dessus de lui. Leaft l’attrapa et l’ajusta sur sa tête et ses oreilles.
Et le casque commença à lui parler. En Yuuzhan Vong.
Il sentit ses oreilles s’aplatir. Il voulait arracher l’appareil, faire sortir ces voix de sa tête mais il devait le faire, pour prouver…
Non, il n’avait rien à prouver. Il était Leaft, un Dug, un guerrier. Il devait juste faire ce boulot, sauver le patron, sauver Vega.
Leaft avait entendu dire qu’il était beaucoup plus facile de piloter une de ces choses quand on connaissait le langage Vong. Mais quelqu’un avait déjà réussi sans le connaître, un humain en plus. Pour le Dug, cela ne poserait aucun problème.
Il ferma les yeux.
— Vole ! fit-il. En arrière toute !
Rien ne se passa, à part une sensation bizarre dans ses jambes et la voix de plus en plus puissante dans sa tête.
— Vole, imbécile de vaisseau !
Rien.
Frustré, il frappa du pied.
La force d’accélération le scotcha à son siège, et il vit soudain les étoiles et le cargo. Le tout reculait.
C’était un début. Un mauvais début.
— Non ! cria-t-il dans le casque. Fais reculer le cargo, pas le skip !
Leaft refoula son sentiment de panique. L’entrée du néant était toute proche.
Mais c’est alors qu’il comprit. Le skip n’obéissait pas à ses pensées car il ne pouvait les comprendre. Par contre, le chasseur savait interpréter les décharges neuronales que déclenchait Leaft, les mouvements de son corps.
Il ferma à nouveau les yeux, fit bouger ses doigts, et le chasseur partit en vrille. Il gronda de joie. Il pouvait contrôler le skip. Mais comment pourrait-il prendre le contrôle du cargo ?
— Eh bien, réfléchit-il tout haut, si le skip est comme mon corps, qu’est le cargo pour moi ?
Un autre corps ? Exactement. Et cette voix. Celle qui essayait de communiquer avec lui, cela devait être le coordinateur de vol ou son équivalent en Vong.
Il se concentra sur la voix, et commença à lui parler, à vouloir l’atteindre, à s’étirer vers elle…
Son esprit repéra une présence, mais elle s’échappa. Étouffant un autre cri de frustration, Leaft recommença… et y arriva. Soudain, son corps lui semblait plus grand et il se sentit de plus en plus attiré par le trou noir vers lequel les avait dirigés l’ancien pilote.
Leaft devait donc pousser dans l’autre sens.
Mais quand il le fit, une douleur insupportable le déchira. La force d’attraction était bien trop grande pour espérer s’arrêter net, même avec un moteur gravifique Yuuzhan Vong. La manœuvre le briserait en deux et le cargo avec lui.
En tant que pilote, il aurait dû savoir qu’on ne peut pas faire marche arrière une fois engagé dans un trou noir. Alors il devait dévier la trajectoire, continuer d’aller vers le trou noir tout en redressant. Il fallait rester au-dessus du sombre horizon, de l’endroit où l’espace s’incurvait en un cercle parfait.
Leaft haletait. À cette distance, même le réajustement le plus minime était difficile. Le Dug arrivait à dévier le vaisseau mais lui restait-il assez de temps ? Il n’en était pas certain.
Le pire est qu’il commençait à aimer piloter ce truc. Des commandes ordinaires ne permettaient pas de piloter avec une telle précision, de faire répondre un vaisseau comme votre propre corps. Il se sentait glisser comme dans une cheminée, si vite que s’il tentait de s’arrêter, il s’emmêlerait les pattes et plongerait la tête la première au moment où la pente de plus en plus abrupte passerait à la verticale. Il devait continuer à courir pour que sa force d’inertie le porte le long de la cheminée, pas en son milieu. Comme en orbite.
Il y arriva, ses muscles à l’agonie, mais passer en orbite ne suffirait pas. Il devait sortir de là, remonter puis dépasser le bord du trou noir. Et tout ceci sans que ses membres ne se disloquent.
La force de la gravité l’agrippa, et il entendit le cri silencieux des basals dovin qui gémissaient et qui ralentirent… puis reprirent de la vitesse.
Leaft hurla de douleur et de joie. Il hurla face à l’étoile morte qui ne pourrait le vaincre. Il hurla à la vie.
Et aussi parce qu’il avait réussi.
Il se détendit, il sentit son corps reprendre sa petite taille habituelle. Pendant un long moment, il resta assis, battant des paupières et en pleine confusion car le trou noir était encore là, plus grand que jamais. Mais le cargo n’était plus attiré dedans. En fait, il s’en éloignait en accélérant.
— Oh, flup, gémit Leaft, épuisé.
En fin de compte, sa mère avait raison.
— Il a réussi ! cria Vega. Nous sommes dehors ! Nous sommes libres !
Uldir réalisa qu’il criait aussi et que ses doigts étaient engourdis après avoir été crispés si longtemps. Il claqua le dos de Vega, et, avec étonnement remarqua que le geste s’était transformé en étreinte.
Vega s’en aperçut, elle aussi et recula, ses yeux évitant ceux d’Uldir.
— Restons concentrés, OK ?
— Oui.
Il jeta un coup d’œil à Klin-Fa et à Bey. Il s’était assis dans un des sièges organiques et Klin-Fa se tenait à ses côtés, le visage empourpré, exprimant le soulagement, et autre chose. Dans la Force, Uldir perçut à nouveau une sensation si intense que même ses faibles capacités surent la détecter. Une très mauvaise sensation…
— Qu’est-ce que c’était ? demanda-t-il sans réfléchir.
— De quoi tu parles ?
— Un mouvement dans la Force.
— Je n’ai rien senti.
Uldir la fixa un moment.
— J’ai dû me tromper, murmura-t-il. C’était sûrement le soulagement.
— J’ai cru un moment que le vaisseau se désintègrerait, fit Bey. Mais je dois admettre que ton gars a fait du bon boulot.
— Il n’aurait pas pu réussir sans ton aide, lui dit Uldir. Merci.
Le Jedi esquissa un sourire.
— J’avais le pressentiment que ça marcherait.
— Avant de commencer à fêter ça, on ferait mieux de vérifier comment va Vook, leur rappela Vega.
— Ah oui, fit Uldir en sortant son unité com de sa poche. Vook, tu es là ?
— Oui, patron, répondit instantanément Vook.
— Comment ça va pour toi ?
— Pas trop mal. Le vaisseau ennemi s’est enfui il y a quelques instants. Nous n’avons subi que des dégâts mineurs. Je vois que vous avez réussi à faire marcher le cargo.
— Ouais, Leaft est aux commandes. Tu peux nous rejoindre ?
— Oui, patron, je vous vois sur mon radar. Distance : 555 892 kilomètres.
— Je vais demander à Leaft de modifier la trajectoire pour aller à ta rencontre.
— Parfait, chef.
— Leaft, tu as entendu ?
Mais l’unité com du Dug resta silencieuse.
— Patron, laisse tomber, dit Vega, sa voix plus douce que jamais. Uldir scruta les étoiles. Cela ne faisait que quelques heures qu’il avait disparu. Il pouvait être n’importe où.
— On dirait que le skip dans lequel il se trouvait s’est éjecté. Patron… Uldir, il n’y a pas la moindre chance qu’un skip ait la puissance suffisante pour s’échapper d’un trou noir à cette distance.
Uldir sentit sa mâchoire se crisper.
— J’aurais dû y aller à sa place.
— C’est idiot et tu le sais bien. Il a fait ce qu’il fallait. Et si l’un de nous l’avait remplacé, cela n’aurait rien changé. Sauf que si tu y étais allé, je serais devenue le chef. Et il vaudrait mieux que ça n’arrive pas.
— Tu as fait du bon travail sur Wayland, quand tu as dirigé notre équipe.
— C’est possible mais je détestais ça. Je n’aime pas commander.
— Vraiment ? dit Uldir, se sentant frigorifié. Eh bien, moi non plus. Je préfère piloter. J’aime mon boulot mais être responsable… Il déglutit, refoulant ses larmes. Je suis le responsable. C’est moi le chef qui nous a amenés ici.
— Leaft aussi était responsable. Il le savait bien et nous le savons tous. Allez patron, est-ce que c’est le premier membre d’équipage que tu perds ? Le premier ami ?
— Non, loin de là. J’ai même dû en tuer un une fois, enfin quelqu’un que je croyais être mon ami. Mais c’est lui qui l’avait voulu. Leaft est mort à cause de mes choix. Il se tourna vers elle. Et ils se sont tous avérés mauvais, n’est-ce pas ? Chaque décision que j’ai prise depuis que j’ai rencontré Klin-Fa Gi était une erreur.
— Pas du tout.
— Quoi ? Mais tu n’as pas cessé d’être en désaccord avec moi depuis le départ.
— Oui, mais c’est toi qui avais raison. Tu es si désemparé à propos de Leaft que tu n’as même pas regardé ce que les Jedi ont trouvé sur Wayland. C’est très sérieux, il faut faire quelque chose. Peut-être qu’on arrivera trop tard mais chaque minute passée ici à la recherche de Leaft est une minute de moins pour agir. Tu veux que la mort de Leaft ait un sens ? Alors arrête de te morfondre et fais-nous partir d’ici.
— Pour aller où ?
— Sur Thyferra. Les Vong ont trouvé un moyen de détruire le bacta… et même pire que ça.
Uldir se raidit.
— D’accord, dit-il péniblement. Allons-y. Mais quand tout sera terminé…
— On en reparlera quand tout sera terminé, patron, le coupa Vega.
— Tu as raison.
Il regarda le panorama derrière lui, leur mouvement de rotation ayant ramené le trou noir dans leur champ de vision.
— J’espère que c’était douloureux, soupira-t-il.
— Hein ?
— Il ne pouvait pas imaginer l’idée de partir sans rien sentir.
Elle acquiesça.
— C’est bien Leaft.
Il se retourna et vit les yeux de Vega reflétant la lumière du tableau de bord. Ils scintillaient.
Soulagé d’être revenu à bord du Coup de Bol, Uldir trouva Bey et Klin-Fa penchés au-dessus d’un genre de sphère à petites tentacules ondulant doucement. Sur la sphère elle-même, des symboles étranges apparaissaient puis s’estompaient.
Klin-Fa leva les yeux.
— Salut, dit-elle doucement. Ça va ?
— Ouais, répondit brusquement Uldir. J’ai mis le cap vers Thyferra. Maintenant dis-moi pourquoi et dans les détails.
— Et le vaisseau d’esclaves ?
— Vook le pilote. Il a eu le même problème que celui qui a dû éjecter Leaft, mais il a réussi à y remédier. Dès que nous aurons contacté quelqu’un à proximité, on leur confiera le tout. Bon, qu’est-ce que c’est que ça ?
Bey lui répondit.
— Ce que les Yuuzhan Vong ont découvert sur Wayland, c’est le séquençage biochimique du bacta. L’Empereur a sûrement eu l’idée de neutraliser le bacta mais ses scientifiques n’ont pas eu le temps de finir le travail. Les Yuuzhan Vong, eux, l’ont fait. Il désigna l’écran. Ils ont développé un agent biologique semblable à un virus. Il attaque le végétal qui produit le bacta : l’alazhi.
— Et il tue la plante ?
— Non, le mécanisme est bien plus subtil. Le virus imite les composés chimiques actifs et les bactéries présents dans l’alazhi puis passe à l’état latent. Parfaitement indétectable, à moins de savoir précisément ce que l’on cherche. Il reste dans l’alazhi quand on le mélange avec le kavam pour produire le bacta. Mais quand on introduit le bacta dans un organisme vivant, il s’active faiblement. En fait, il fonctionne comme une bombe à retardement. Quelques semaines après le traitement au bacta, le sujet infecté meurt en quelques heures. Ils l’ont déjà testé sur un large panel de créatures. Il n’y a aucun remède, et le processus est irréversible. Une fois infectées, les plantes d’alazhi transmettent le virus à leurs descendants. Tu vois ce que ça peut faire ?
Uldir opina du chef.
— Tout le monde se sert du bacta. Nous l’utilisons depuis si longtemps qu’il en est venu à remplacer les médicaments traditionnels.
— Exactement. S’ils s’étaient enfuis avec ceci sans que l’on ne le sache, essaie d’imaginer le nombre de blessés qui auraient été infectés.
— Probablement plusieurs millions, s’il y a une nouvelle offensive Yuuzhan Vong, dit Uldir.
— Et cette fameuse attaque était visiblement prévue, ajouta Vega.
— Ouais, rien de bon dans tout ça, admit Uldir. Comment comptent-ils introduire le virus ?
— C’est encore un peu flou, fit Klin-Fa. Mais selon nos informations, je pense qu’il sera transmis par un espion sur place. Le virus se répand extrêmement vite. S’il était introduit dans une des plantations majeures d’alazhi, la planète entière serait infectée en quelques jours.
— Peut-être qu’ils l’ont déjà fait, fit remarquer Vega.
— Peut-être, oui, concéda Klin-Fa, mais je ne pense pas que ce soit le cas. Cet objet contient un planning. Il semble que nous ayons environ quarante heures devant nous.
— Nous pouvons atteindre Thyferra en trente heures, fit Uldir. Mais une fois arrivés sur place, il nous faudra découvrir l’espion transportant le virus. Et connaissant les facultés exceptionnelles de déguisement des Yuuzhan Vong, cela semble impossible.
— Nous commencerons par les plantations les plus grandes, celles situées vers le centre, dit Bey. Le seul avantage que l’on puisse tirer de l’absence des Yuuzhan Vong dans la Force est de pouvoir les détecter quand ils se camouflent. C’est comme s’ils n’étaient pas là.
— Ça vaut le coup d’essayer, déclara Uldir. Pendant ce temps, nous transmettrons le message à l’extérieur. Si nous échouons, au moins sauront-ils qu’il ne faudra pas utiliser le bacta.
— Il sera très difficile de nous remettre si nous perdons le bacta, en particulier en temps de guerre, fit observer Vega.
— Tout à fait, dit Uldir. Et c’est pourquoi ça n’arrivera pas. Nous allons les arrêter. Branche les hyperondes et l’HoloNet et explique leur ce qu’il se passe. Nous aurons besoin d’aide et si un malheur nous arrive, ce secret ne doit pas disparaître avec nous.
— Je m’en occupe, p’tit chef, répondit Vega.
— Tu es occupé ?
Uldir se détourna du panneau de contrôle pour faire face à Klin-Fa debout à l’entrée de la cabine. La regarder repousser ses mèches sombres de ses yeux provoqua une sensation étrange dans sa poitrine.
— Où est ton ami ? demanda-t-il.
— Il se repose. Il n’est pas en grande forme.
— Qu’est-ce qu’il lui est arrivé ?
— Il ne s’en souvient pas. Il se rappelle juste d’une douleur intense, c’est tout.
— Voilà bien les Yuuzhan Vong comme on les aime. “La vie n’est que douleur.” Parfois je me dis qu’ils ont raison.
— La vie est la somme de beaucoup de choses, fit Klin-Fa. La douleur en fait certainement partie mais elle n’est pas la seule. Elle baissa le ton. Je suis désolée pour le Dug.
— Son nom était Leaft, fit Uldir, plus sévèrement qu’il ne le souhaitait. Moi aussi, je suis vraiment désolé pour lui.
— Il n’est pas mort en vain.
— Merci mais ça n’aide pas vraiment.
— Je sais. J’ai perdu un ami cher, moi aussi. Nous étions trois à l’origine : Bey, moi et Yabeley.
— Je t’ai entendu prononcer son nom sur Bonadan. Quand tu as abattu le guerrier Yuuzhan Vong.
— Oui.
— Tu étais furieuse.
— C’était mon ami. Il… Son regard se détourna, comme si elle cherchait conseil auprès d’une personne dans le fond de la pièce. En fait, c’était plus qu’un ami. Les Yuuzhan Vong l’ont tué peu après notre capture. Ils l’ont torturé à mort. Je l’ai senti mourir.
Uldir sentit ses joues s’embraser de honte.
— Je suis désolé. Je savais que…
— Je sais ce que tu penses. Sur Wayland, tu m’as très bien fait comprendre ton sentiment. Tu pensais que j’étais passée du côté Obscur.
Uldir acquiesça. Malgré son entraînement raté à l’Académie de Maître Skywalker, il possédait tout de même une sensibilité à la Force. De plus, il avait une chance étrange dépassant les limites de la simple bonne fortune.
— J’ai senti quelque chose de sombre sur Wayland, dit-il. Et aussi sur Bonadan. Je pensais que c’était toi.
— Wayland a déjà vu de nombreuses expressions du côté Obscur. Là-bas, j’ai moi aussi senti des ombres. Quant à Bonadan, eh bien je pense que je ne suis pas passée loin, Uldir. J’ai senti le pouvoir du côté Obscur, son attraction. Je voulais les tuer tous. Mais je m’en suis éloignée.
— Heureux de l’entendre.
— C’est aussi grâce à toi.
— Je ne vois pas comment.
— Tu es quelqu’un de modeste. Tu n’es pas très puissant dans la Force, mais il y a des qualités bien plus importantes que celle-là. Et tu les as en toi. Je commençais à devenir un peu folle. Où que j’aille, chaque personne que je rencontrais était soit un imbécile soit corrompu soit à la solde de l’ennemi. Mais pas toi. Je… eh bien, je pense que tu m’as permis de renouveler ma foi ou quelque chose de ce style.
— J’aurais bien aimé que tu me fasses confiance un peu plus tôt, fit Uldir.
— J’essaie de te remercier, là.
— Je sais bien et j’apprécie ce que tu me dis. C’est juste que… il contracta les lèvres avec colère. Pourquoi m’as-tu embrassé ?
Les yeux de Klin-Fa s’élargirent puis elle rit doucement.
— C’est bien la dernière chose à laquelle je m’attendais. Elle croisa les bras sur sa poitrine. Je t’ai embrassé parce que j’en avais envie.
— Parce que je suis un gars modeste.
— Bien sûr.
Il se leva puis fit un pas vers elle. Elle sembla se crisper.
— Et si je t’embrassais ?
Elle détourna les yeux.
— Ce n’est pas une si bonne idée, là, tout de suite. Bey…
— D’accord, murmura Uldir, se détournant.
— Si tu me laissais t’expliquer…
— Nous sortons de l’hyperespace, dit Uldir. Les explications attendront mais tu n’es pas obligée de me dire quoi que ce soit.
Elle allait répondre quand les étoiles réapparurent… les étoiles et autre chose encore.
— Par la larve de Sith ! souffla Klin-Fa.
Uldir ne dit rien, il mit juste le moteur ionique à fond et envoya le vaisseau en boucle pour éviter la frégate Yuuzhan Vong qu’il était sur le point de percuter. Il y arriva, de justesse, mais l’espace était rempli de vaisseaux, de tirs de laser et de traits de plasma.
— Que se passe-t-il ? fit Vega en arrivant essoufflée.
— On dirait qu’on a atterri en plein milieu d’une bataille, grogna inutilement Uldir.
— Où sommes-nous ?
— Dans le système de Yag’Dhul, répliqua-t-il, quand le vaisseau trembla sous l’impact d’un projectile de plasma. Je comptais programmer d’ici notre prochain saut. On dirait que le cessez-le-feu a été rompu. Nous sommes de nouveau en guerre avec les Vong.
— On dirait, acquiesça Vega, indifférente. Elle adressa à Klin-Fa un regard méchant. Pousses-toi, ma belle, j’ai besoin du siège du copilote.
Klin-Fa partit sans un mot.
— Prépare le dernier saut avant qu’on ne finisse en cendres, fit Uldir.
— J’y travaille, dit Vega. Yag’Dhul est un système complexe avec beaucoup de lunes. Au moins, on n’a plus à s’occuper du cargo.
— Ouais.
Ils avaient laissé le transporteur et les réfugiés dans un espace qu’Uldir espérait être neutre, de peur de se retrouver dans une situation comme celle-ci.
Enfin, pas vraiment comme celle-ci. Uldir craignait juste d’être intercepté par un interdicteur, mais jamais il n’aurait deviné qu’il allait tomber sur une flotte entière en plein combat.
Uldir ouvrit le feu de ses canons avant et alluma l’unité com.
— Leaft… appela-t-il avant de s’arrêter brusquement.
— C’est rien, patron, fit Vega, sans lever le regard. Je me demandais moi aussi pourquoi il n’était pas encore dans sa tourelle.
Et pourtant, la tourelle commença à tirer. Bien que n’ayant pas la précision implacable de Leaft, les tirs fusèrent et firent exploser un corail skipper.
— Qui est en bas ? demanda Uldir.
— Ça doit être moi, répondit Klin-Fa.
— Bien, continue comme ça. UV, comment ça marche de ton côté ?
La réponse défila sur le traducteur du droïde astromec.
Nos systèmes se dégradent.
— Comme d’habitude… murmura Uldir, au moment où un vaisseau Yuuzhan Vong apparut devant eux. Plus de cinquante coraux skippers se détachèrent et commencèrent à se diriger vers eux.
— Vega ?
— J’y suis presque, fit-elle distraitement.
Les skips se répartirent dans l’espace. Uldir se demanda qui les Yuuzhan Vong pouvaient bien combattre, ne voyant que des vaisseaux ennemis à ce moment-là.
Les skips seraient bientôt à portée de tir.
— C’est bon, patron. Tu peux y aller.
Et Uldir y alla.
Leur sortie d’hyperespace se déroula sans incidents. Ils apparurent à quelques centaines de milliers de clicks de Thyferra, en plein dans le mille en ordre de grandeur galactique.
— Toujours aucune nouvelle de Skywalker ni des autres, lui annonça Vega.
— Pas très étonnant, nous sommes en guerre.
Vega secoua la tête.
— Ce n’est pas tout. J’ai pu obtenir un bulletin d’informations par l’HoloNet. On a ordonné l’arrestation du Maître Skywalker. Il s’est enfui de Coruscant et est parti se cacher.
Uldir siffla.
— Je savais que Borsk Fey’lya était stupide mais cet acte-là est d’une bêtise rare. Comment espère-t-il que la Nouvelle République gagne la guerre sans l’aide des Jedi ?
— Les Yuuzhan Vong ont promis de mettre fin à la guerre si tous les Jedi leur étaient livrés, tu te souviens ?
— Bien sûr. Et voilà pourquoi ils sont en train de conquérir Yag’Dhul en ce moment même, fit Uldir, amer.
Un voyant s’alluma sur la console.
— Les Thyferriens nous demandent ce que nous venons faire dans leur système.
Uldir soupira.
— Explique-leur tout et donne-leur notre code d’accès prioritaire. S’ils ne nous laissent pas passer alors on y va sans leur autorisation. Nous n’avons pas de temps à perdre. L’espion est probablement déjà sur place.
Une heure plus tard, ils arrivaient sur la planète et entraient dans un vieil immeuble dont l’architecture rappelait le style Impérial. Le bureau dans lequel ils se trouvaient était ouvert des deux côtés, rempli de plantes en pot, de lianes grimpantes et de meubles en osier n’ayant visiblement pas été conçus pour des humanoïdes. Malgré tout, les lignes franches et industrielles de la structure métallique étaient toujours présentes.
— Cela me semble impossible, dit Xeshen Kra, en claquant des trois doigts d’une main et en touchant l’épaule d’Uldir de l’autre. Sa peau était passée du gris clair au mauve depuis l’arrivée d’Uldir. Bien qu’il se souvienne que la couleur de ces êtres était le reflet de leurs émotions, Uldir n’avait pas la moindre idée du sentiment correspondant au mauve.
— Ces informations ont été dérobées aux Yuuzhan Vong eux-mêmes, fit remarquer Klin-Fa. Ils ont l’intention de détruire tout le bacta et ils le feront si vous ne nous prenez pas au sérieux.
Xeshen Kra ne cligna pas des yeux – il ne le pouvait pas, car ses yeux noirs bulbeux étaient dépourvus de paupières – mais Uldir eut cependant l’impression qu’il le fit.
— Et comment ce plan pourrait-il être mis à exécution ? demanda-t-il doucement. Nous examinons avec précaution tous les étrangers, et je ne pense pas qu’un Yuuzhan Vong puisse se déguiser en l’un d’entre nous, quelle que soit la qualité de son costume.
— Vous avez raison, acquiesça Uldir.
Leur hôte était un Vratix. Son corps était en forme de crochet, sa tête insectoïde posée sur un cou long et mince lequel était relié à l’extrémité la plus longue du crochet. Il observait Uldir du haut de ses deux mètres. Ses deux pattes arrière étaient puissamment musclées et se repliaient deux fois à l’envers. Les membres avant étaient pointus et étaient aussi doublement articulés. Mais la biotechnologie Yuuzhan Vong…
— … serait peut-être capable de reproduire notre apparence, bien que cela paraisse extrêmement improbable. Mais nous communiquons aussi par les odeurs, par le toucher et par l’esprit. Est-ce que tout ceci pourrait être dupliqué d’une manière convaincante ? Non, nous le découvririons. Notre production de bacta n’est pas laissée sans défense. Des saboteurs sont déjà venus auparavant.
— Ils pourraient utiliser un Vratix, lui précisa Vega. Ils ont très bien pu en capturer un et lui avoir fait subir un lavage de cerveau.
— Nous aurions encore plus de chances de le découvrir. Ses intentions seraient dévoilées grâce à notre lien télépathique.
— Mais vous avez des employés humanoïdes, n’est-ce pas ? persista Uldir.
— Très peu. Depuis que nous avons expulsé les cartels des étrangers, nous avons surtout engagés du personnel de notre peuple.
— Cela pourrait justement nous faciliter la tâche, éclaircit Bey. Vous avez raison, l’espion des Yuuzhan Vong est sûrement déguisé en humanoïde. S’il n’y en a que très peu alors notre travail de vérification en sera d’autant plus simple.
Le Vratix réfléchit un instant à la proposition, touchant encore le bras d’Uldir.
— Très bien, annonça-t-il enfin. Je doute toujours de l’existence de cette menace mais en agissant comme vous le préconisez, il n’y aura que peu de dérangement.
— Parfait, dit Uldir. Par où devrions-nous commencer ?
Xeshen Kra se tourna vers son assistant, qui possédait une base de données portable.
— On devrait d’abord vérifier les arrivées récentes, dit Vega, les employés qui viennent de se faire engager ou ceux qui sont revenus dernièrement d’un voyage.
L’assistant consulta le bloc-notes un moment puis releva les yeux.
— Les champs d’alazhi de Vrelnid sont tout près. Ils sont vastes et il y a là-bas un bon nombre de techniciens humanoïdes. Deux d’entre eux ont commencé leur travail la semaine dernière.
Le Vratix relâcha le bras d’Uldir.
— Nous pouvons prendre mon speeder, ajouta-t-il.
Pendant le vol, Uldir contempla d’un œil distrait le panorama alternant jungle et champs de culture. Vega s’approcha.
— Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda-t-elle.
— Je ne sais pas. Quelque chose me semble étrange.
— Comme quoi ?
— Si le saboteur présumé se trouve déjà sur place, alors son travail est déjà terminé et le bacta infecté.
— Tu as raison mais peut-être pas en totalité. Les champs infectés pourront être brûlés.
— Ouais. C’est juste que… il haussa les épaules. Ce n’est qu’un pressentiment.
En effet, les champs de Vrelnid étaient vastes, même si pour Uldir, ils ressemblaient plus à des étendues de broussailles s’étalant le long de la chaîne de montagnes. L’usine de traitement était située en dehors du village fortifié des Vratix. De taille modeste, elle occupait à peine quelques immeubles. Uldir vit que les employés humanoïdes étaient déjà rassemblés près de la zone d’atterrissage.
— À propos de cette arme biologique, demanda Xeshen Kra alors qu’ils faisaient un tour pour se poser, savez-vous comment elle sera répandue ?
— Non, pas pour la première phase, dit Klin-Fa. Elle pourrait être dans un container d’aérosol. Une fois les plantes infectées, elles se mettront à fabriquer le virus elles-mêmes sous forme de spores transportés par voie aérienne mais étant aussi capables de se déplacer seuls. Et les spores savent détecter l’empreinte chimique des plantes d’alazhi.
— Dans ce cas, le virus se propagerait très vite, n’est-ce pas ? demanda le Vratix.
— Oh oui, confirma Bey. C’est pourquoi nous devons capturer l’espion avant qu’il ne commence l’inoculation.
Le speeder se posa et la rampe de débarquement se déploya. Les quatre humains et les deux Vratix descendirent sur la dense terre brune. L’air étonné, trois humains, un Twi’lek, et un Neimoïdien les regardèrent s’approcher.
— Qu’est-ce que qui se passe ? demanda une des humaines, une petite femme aux cheveux blonds.
— Oui, fit le Neimoïdien. Pourquoi nous fait-on perdre notre temps ?
— Et que viennent faire ici des agents de la sécurité ? demanda le deuxième homme, un rouquin. Nous ne sommes pas des criminels.
— Nous nous excusons pour le dérangement, fit Uldir, mais tout ceci est nécessaire. Et ce ne sera pas long. Klin-Fa ? Bey ?
Les deux Jedi acquiescèrent et s’avancèrent.
— Ah oui ? dit le Neimoïdien. Ne méritons-nous pas une explication ?
Xeshen Kra brandit ses mains.
— Ces Jedi pensent que le bacta est en danger. Tout vous sera expliqué le moment venu.
— Je ne sens personne ici, dit Klin-Fa, pointant le doigt vers l’homme qui venait de parler.
Mais le type jaillit, avant même qu’elle ne puisse finir sa phrase. Il sauta à la gorge d’Uldir tout en criant en langage Vong, qui leur était malheureusement bien trop familier.
Il était rapide mais pas autant que Vega. Elle dégaina son fusil-blaster et pressa la détente. L’agresseur d’Uldir grogna et tituba quand le tir le frappa à la poitrine mais il ne s’arrêta pas. Uldir leva les mains pour se défendre et essaya de reculer mais il se cogna contre Xeshen Kra. Un coup de poing traversa sa garde et le percuta violemment sur le côté de la mâchoire. Puis les mains se posèrent sur ses épaules et il sentit se tordre son cou. Uldir entendit vaguement le sifflement d’un sabre laser puis il fut soudain libéré quand les mains retombèrent – ainsi que les bras qui allaient avec. Klin-Fa se tenait là, son sabre jaune en main. L’homme ou plutôt le Yuuzhan Vong tomba à genoux, contemplant les moignons qu’étaient devenus ses bras.
— Infidèles, lâcha-t-il. Vous arrivez trop tard. Les charnières de la porte de la forteresse ennemie sont déjà affaiblies. Notre flotte les traverse comme la flamme.
— Flotte ? dit Uldir. La flotte que nous avons vue à Yag’Dhul ? Elle prépare une attaque sur Thyferra ? Il fronça les sourcils en regardant Klin-Fa. Alors pourquoi enverraient-ils un agent pour empoisonner le bacta ?
— Le fléau du bacta est l’initiative des Modeleurs, dit Klin-Fa. Peut-être ignorent-ils l’existence d’une conquête par les armes – ce sont les guerriers qui s’occupent de ça. Ou peut-être que c’est un plan de secours, au cas où la flotte échouerait à Yag’Dhul.
Le Yuuzhan Vong agenouillé s’effondra, finalement achevé par le coup.
— Attends une seconde, dit Uldir. Ça voudrait dire que ce gars n’est pas…
— Où est passé Bey ? demanda Vega.
— Quoi ? Uldir tourna la tête, aux aguets.
— Oh, non, dit Klin-Fa. Oh, non.
— Larve de Sith ! jura Uldir. C’est Bey, n’est-ce pas ? C’est lui l’espion ?
— Je… les Vong ont dû lui faire subir quelque chose.
— Tu soupçonnais déjà qu’il était un espion ? s’étrangla Vega.
— Non… enfin, je savais qu’il y avait un problème avec lui. Son esprit m’était fermé. Mais des fois, je ressentais…
— Une noirceur, termina Uldir. Ça venait de lui, pas de toi.
Elle ferma les yeux.
— C’est sûrement vrai.
— Euh, petite question ? demanda Vega. Pourquoi sommes-nous encore en train de discuter de ça ?
— Tu as raison. Nous devons le trouver et vite.
— Les champs, fit Klin-Fa. Il n’a pas pu aller bien loin.
— On se sépare, ordonna Uldir.
Klin-Fa était déjà partie, à toute vitesse. Uldir choisit une autre direction mais Vega le retint par la manche.
— Tu as encore confiance en elle ? demanda-t-elle. Et si elle était partie l’aider ?
— Alors on a de sérieux ennuis, répliqua Uldir. Maintenant vas-y et sois prudente. S’il est vraiment ce que je pense qu’il est…
— Ouaip.
Vega s’éloigna elle aussi en courant.
Leaft se réveilla de mauvais poil. Sa tête lui faisait mal, son nez le grattait et ses membres étaient collés à un mur par une sorte de glue.
La gelée Bloorash, comprit-il. C’était ce que les Yuuzhan Vong utilisaient pour emprisonner leurs ennemis. Il était donc toujours à bord du vaisseau Vong.
Qu’était-il arrivé au patron et aux autres ? S’étaient-ils fait capturer ? L’avaient-ils laissé ici ? Il se débattit dans la gelée jusqu’à ce que ses membres se convulsent. Leaft essaya de se calmer. Ce n’était pas facile mais il devait réfléchir.
Il se souvenait avoir été à bord d’un corail skipper. Lequel était tombé dans un trou noir… puis quelque chose avait saisi le vaisseau, une force contraire le tirant en arrière… puis le néant.
Mais il n’était sûrement pas revenu à bord du cargo d’esclaves. Il était dans un autre vaisseau, peut-être celui que Vook avait combattu.
— Où êtes-vous, bande de lâches ? cria-t-il de toute la force de ses poumons. Où êtes-vous, les glorieux Yuuzhan Vong ? J’en ai tué des milliers de votre race et je n’ai jamais pu en voir un en face… il reprit son souffle… parce que vous fuyez toujours quand le danger est là !
Puis il tira à nouveau sur la gelée.
Quelques instants plus tard, quelqu’un entra dans la pièce. Évidemment c’était un Yuuzhan Vong. Un tatouage noir en forme de toile d’araignée couvrait son visage, centré sur les deux cavités qui lui servaient de nez. Ses oreilles avaient été tranchées en trois lobes, et il avait trois trous dans chaque joue. Il était grand et élancé, presque trop mince pour un Yuuzhan Vong.
— Prie, fit-il en basique.
— Je ne suis pas religieux, lui apprit Leaft. Mais peut-être devrais-tu suivre ton propre conseil et demander à tes minables dieux trouillards d’avoir pitié de toi parce qu’une fois que je serai libéré de ce truc…
Le Yuuzhan Vong sourit et leva une sorte de bâton qui cracha aux poignets et aux chevilles de Leaft. La substance collante qui le retenait se dissout soudainement. Avec un rugissement, Leaft se jeta sur le Yuuzhan Vong, tournant pour lancer un puissant coup de pied.
Mais son pied-main arriva ne rencontra que le vide. Son ennemi s’était déplacé sur le côté avec une vitesse éblouissante. Mais non, il n’était même pas là. Leaft tourna la tête de tous les côtés, grondant.
Puis le mur cogna sa tête si fort qu’il pensa un instant que ses yeux avaient été collés l’un contre l’autre. Il trébucha et le Yuuzhan Vong reparut, tournoyant et le frappant si brusquement dans le dos que ses poumons se vidèrent d’un coup. Un dernier coup de pied l’envoya voler dans le mur, où tous ses os semblèrent se briser.
Respirant bruyamment, Leaft tenta de se lever doucement.
— Prix, infidèle, ce n’est pas de prière que je parlais, précisa le Yuuzhan Vong. Tu n’as aucun prix, aucune valeur. Tu n’es qu’une proie, rien de plus. Je t’ai honoré en te donnant une chance de m’attaquer. Mais c’était clairement bien plus que tu ne méritais.
Leaft voulut répondre mais il n’arrivait toujours pas à respirer.
— Je suis Tsaa Qalu, un chasseur, poursuivit le Yuuzhan Vong. Comprends-tu ? Je vous ai traqués depuis Wayland. Et je suis toujours à la poursuite du restant de ton groupe.
— Pourquoi ? put enfin cracher Leaft.
— Debout ! Je vais te montrer.
— Je ne peux pas. Tu m’as cassé un bras.
— Ah bon ? Il s’approcha et montra du doigt. Celui-là ?
— Oui.
Tsaa Qalu écrasa fortement le bras du Dug de son pied. Leaft hurla et jugea son cri de bonne facture. Ce n’était pas si difficile, puisque le bras était vraiment cassé.
— Embrasse la douleur, infidèle, car plus jamais tu ne respireras sans elle.
— Va bouffer de la crotte de mynock, suggéra Leaft.
— Viens.
Le Yuuzhan Vong saisit son bras valide et le souleva comme s’il n’était qu’un fétu de pfith. Il le traîna hors de la cellule puis dans un couloir, le faisant passer devant une paire de hangars à coraux skippers. Ils traversèrent une membrane qui se dilata puis entrèrent dans un autre couloir. Passant encore une porte, ils atteignirent ce que Leaft reconnut comme la passerelle de commandement. Un autre Yuuzhan Vong était assis, un casque cognitif sur la tête.
À travers la baie transparente, Leaft put apercevoir la courbe d’une planète verte et bleue.
— Tes compagnons sont là en bas, dit Tsaa Qalu. Ils ont parmi eux un élément qui a vu la sagesse et la vérité de nos usages.
— Un traître ? La fille ?
Le Yuuzhan Vong repoussa cette question en giflant Leaft du dos de la main. Le coup le fouetta mais il n’était rien comparé à ses autres souffrances.
— Je parle, infidèle. Il a embrassé la Vérité. Les Modeleurs l’ont envoyé ici pour faire quelque chose, un geste qui hâtera notre victoire. Je ne sais pas ce que c’est et je m’en moque. Il grommela et plaça ses mains derrière son dos. Les Modeleurs n’ont pas pris soin de m’informer de leur mission. Deux d’entre vous ont envahi notre territoire sur Wayland. Je les ai suivis, pressentant une bonne chasse. Ce n’est que lorsque ton vaisseau est passé entre mes mains que les Modeleurs m’ont tout dit, sachant que je gâcherais tout si je vous éliminais. Il grimaça. Ah, les Modeleurs. Ils ne connaissent rien à l’honneur. Ils auraient dû me confier cette tâche mais ils préfèrent travailler en secret et dissimuler leurs intentions aux autres castes, voire même à certaines sectes parmi leur propre caste. Tout ceci pour ne pas avoir à partager le butin de la bataille. Bon nombre d’entre eux sont aussi des hérétiques. Il haussa les épaules. Peu importe, la chasse a commencé. J’ai juste retardé le moment de l’exécution. Je devais t’empêcher de plonger le vaisseau d’esclaves dans le trou noir pour que l’agent des Modeleurs ne meure pas.
— De quoi tu parles ? murmura Leaft. C’est moi qui ai sauvé le vaisseau.
Son bras lui faisait extrêmement mal. Il devrait bientôt se préoccuper de ne pas s’évanouir.
— Presque un miracle, dit Tsaa Qalu. C’est moi qui t’ai donné la connaissance. L’agent des Modeleurs avait un petit villip implanté dans son crâne. À travers lui, je t’ai indiqué comment faire. Et malgré tout, tu as failli échouer.
La planète en dessous d’eux grandissait de plus en plus.
— Et maintenant ? demanda péniblement Leaft.
— La mission de l’agent est terminée, lui révéla Tsaa Qalu. Mais il a été démasqué. Je vais donc devoir tuer tous ceux qui ont appris l’existence du plan des Modeleurs. Selon l’agent, la plupart se trouvent au même endroit. Il ne sera pas très difficile de traquer les survivants. Nous y serons dans quelques instants.
— Ah. Ce type et toi, vous pensez pouvoir battre le patron ? Réfléchis-y à deux fois.
— Je ne les attaquerai pas au corps à corps, bien que ce soit le plus glorieux. Non, je dois être efficace et infaillible. J’ai des armes qui peuvent neutraliser tout être vivant de la zone. Cela ne posera aucun problème.
— Tu as juste oublié une chose, dit Leaft.
— Laquelle ?
— Il faudra me tuer d’abord.
Et, ignorant la douleur, Leaft rassembla ses trois pattes encore fonctionnelles et s’élança.
Uldir ressentit une présence dans la Force : une ombre mais qui lui était cependant familière. Il était certain que c’était celle qu’il avait déjà détectée plusieurs fois auparavant. Il se demanda ce qu’il se produirait s’il avait de vrais pouvoirs Jedi : la présence serait-elle aussi ténue ou bien ressemblerait-elle à un signal laser géant lui montrant le chemin ? Ses capacités limitées lui indiquaient à peine une vague direction. Bey pouvait aussi bien se trouver à un mètre de lui, caché dans les broussailles ou bien à un demi-kilomètre d’ici.
Était-ce vraiment Bey qu’il sentait ? Le Jedi n’était pas présent sur Bonadan, n’est-ce pas ? Rien n’est sûr, peut-être qu’il y avait été en même temps qu’eux. Depuis quand les Yuuzhan Vong lui avaient-ils brisé l’esprit ?
La seule Jedi qui se trouvait sans aucun doute sur Bonadan était Klin-Fa. Et si Vega avait raison ? Et s’ils étaient tous deux passés du côté Obscur ? Cela était plausible, si les Yuuzhan Vong pouvaient briser un Jedi, ils pouvaient aussi en briser deux.
Il entendit un bruit devant lui et avança avec encore plus de précautions.
Le son avait maintenant disparu et avec lui, la présence obscure.
Puis il entendit le vrombissement d’allumage d’un sabre laser, à quelques pas de lui. Il se retourna et vit Klin-Fa, le visage menaçant. Sa lame cingla dans sa direction. Avec un cri, il se jeta au sol et fit une roulade. Elle le dépassa, sa lame cisaillant les buissons. Uldir se releva sur un genou, sortit son blaster et se prépara à tirer… puis vit la véritable cible de Klin-Fa. Le sabre jaune de la Jedi heurta la lame écarlate de Bey dans une gerbe d’étincelles. Bey avait sûrement dû se cacher à moins d’un mètre d’Uldir.
Uldir sortit son unité com d’une main et tenta de tirer avec son blaster de l’autre.
— Vega, je l’ai trouvé. Dépêche-toi !
Klin-Fa tournoyait comme un cyclone. Des morceaux de plantes d’alazhi volaient dans tous les sens et sa lame était devenue un arc de lumière. Bey semblait indifférent, parant les coups facilement et renvoyant des attaques qui ne manquèrent Klin-Fa que de quelques millisecondes. Il s’éloigna un moment de Klin-Fa et Uldir décocha un tir. Le Jedi le détourna sans même le regarder, envoyant le trait de laser dans les arbustes.
— C’est trop tard, les informa Bey. C’est déjà fait. Les spores étaient en moi. Ils se sont libérés par les pores de ma peau. Ils sont tout autour de vous maintenant.
Klin-Fa se retira et se mit en garde. Uldir put voir des larmes couler sur son visage.
— Qu’est-ce qu’ils ont fait de toi, Bey ? Comment ont-ils pu te transformer en… ça ?
Le Jedi roux éclata de rire.
— Tu crois que ce sont les Yuuzhan Vong qui m’ont transformé ?
— Tu étais leur prisonnier pendant…
Il sourit.
— Je n’ai jamais été leur prisonnier, contrairement à toi.
— Qu’est-ce que tu veux dire ? On s’est échappés puis…
— Tout s’est passé comme prévu, dit-il. Tout ce qui est arrivé jusqu’à maintenant faisait partie du plan.
— Je ne comprends pas.
— Eh bien moi, c’est Yabeley et toi que je ne comprenais pas. Qu’est-ce que tu lui trouvais ? J’ai toujours été plus fort, plus intelligent. Il n’était pas digne de toi.
— Je l’aimais.
— Mais tu ne m’aimais pas moi. Et c’est pourtant ce que j’ai toujours souhaité. Et cela n’arrivera jamais, n’est-ce pas ? Alors je vais arranger les choses. Je vais aider les Yuuzhan Vong à brûler tout ça, et ensuite, peut-être que je les abattrai ou peut-être que je les dominerai.
— Wow, dit Uldir. Tu as vraiment une haute opinion de toi. Dommage que tu sois si différent en réalité.
— Tu n’es qu’un insecte, soupira Bey.
Il bougea vaguement la main, et une douleur fulgurante frappa Uldir entre les deux yeux.
— Non ! entendit-il de la bouche de Klin-Fa.
Elle se jeta sur Bey et lança un coup tranchant vers le bas. La vue brouillée par la douleur, Uldir vit Bey parer l’attaque. Puis sans comprendre comment, le pilote vit l’arme de Klin-Fa projetée en l’air. Elle hoqueta de douleur et se tint la main droite, à laquelle il semblait manquer plusieurs doigts. L’arme de Bey était levée pour l’assaut final. Klin-Fa se recula et le regarda dans les yeux.
— Je t’admirais autrefois, Bey, dit-elle. Je pensais que tu étais le meilleur d’entre nous.
— Je suis le meilleur d’entre vous, se moqua-t-il. Adieu, Klin-Fa.
Uldir voulut saisir son blaster, mais il n’était plus à portée de main.
La lame s’abattit et Uldir étrangla un cri de frustration mais la lame rouge fit finalement une parade au lieu d’une attaque et plusieurs tirs de blaster furent déviés selon des angles étranges.
Vega.
Profitant de cette diversion, Klin-Fa lança un coup de pied tournant vers Bey. Elle l’atteignit et il chancela, se tourna puis la frappa à la tempe avec le manche de son sabre. Klin-Fa s’effondra. Uldir grogna, se leva en cherchant son blaster mais il ne le vit pas.
À quelques mètres de là s’élevait de la fumée. Le sabre laser de Klin-Fa. Il courut vers lui.
Il l’attrapa et se retourna à temps pour voir Vega céder sous une pluie de pierres et de branches manipulées par la Force. Les buissons étaient en feu et Uldir fut étourdi en aspirant de la fumée. Mais il vit Bey lever à nouveau son sabre en direction de la Jedi à terre.
Il n’arriverait jamais à temps. Alors il fit la seule chose qu’il lui restait, il lança le sabre laser.
Il le regarda tournoyer vers Bey. Bey fit un geste de la main et le sabre changea brusquement de trajectoire, partant en l’air sur la droite. Bey prépara son coup.
— Non ! hurla Uldir.
Le pommeau du sabre laser heurta un arbre, rebondit bizarrement et trancha le corps de Bey de l’épaule à la hanche. Il se retourna pour regarder Uldir un instant, dans une incrédulité absolue, avant que son corps ne glisse à terre.
Uldir resta debout pendant une vingtaine de secondes, essayant de comprendre ce qui venait de se passer. Puis il courut pour évaluer la gravité des blessures de Klin-Fa et Vega.
Au-dessus de lui, il entendit un bruit de tonnerre et regarda en l’air. C’était un vaisseau de guerre Yuuzhan Vong, descendant comme une comète.
Leaft aurait bien hurlé de joie s’il n’était pas déjà en train de hurler de douleur. Tsaa Qalu se prépara à l’assaut, presque avec indifférence, connaissant l’issue du combat sans la moindre hésitation. Mais Leaft savait ce que le Vong attendait. Tout le monde pensait que les Dugs étaient des idiots, des fortes têtes, de grands émotifs et qu’ils ne pouvaient rien apprendre.
Mais là, il avait appris bien vite. Il ne bondit pas vers le chasseur Yuuzhan Vong mais vers le pilote. D’un coup sec, il arracha le casque de son porteur et puis courut à toute allure, ressortant par la porte d’entrée. Tsaa Qalu était évidemment sur ses talons et gagnait du terrain, mais le vaisseau partit soudain en vrille. Le Yuuzhan Vong, avec son centre de gravité ridiculement haut et ses étranges membres supérieurs retomba bien mal. Leaft, même avec un bras cassé, arriva à atterrir mieux que lui. Bien sûr, la douleur était toujours là, et il faillit s’évanouir à nouveau. Mais il se releva avant Qalu, et alors que le vaisseau continuait de tanguer, sa posture à quatre pattes lui donna plus de stabilité.
Il arriva à entrer dans un des coraux skippers, à le refermer d’un ordre après avoir enfilé le casque sensitif, et vit Tsaa Qalu marteler contre la paroi, avec une frustration épouvantable et pathétique.
Il aurait mieux fait de s’en abstenir. Si Tsaa Qalu avait utilisé ce temps pour entrer dans l’autre corail skipper, il aurait sans aucun doute été capable de prendre le contrôle d’un système de commandes plus adapté à son organisme qu’à celui du Dug.
Avant que Qalu ne puisse penser à tout cela, le skip qu’avait emprunté Leaft jaillit de la nacelle d’amarrage avec une secousse. Cette fois, il avait réussi à lancer le skip selon sa propre volonté.
Il ne fallut pas longtemps au Dug pour prendre le contrôle de l’Égorgeur tandis que son skip s’éloignait du gros vaisseau. Une image mentale du paysage se rapprochant à toute allure de l’Égorgeur se plaça devant ses yeux et le Dug s’autorisa un sourire victorieux. À peine à quelques centaines de mètres de là, il vit le vaisseau de Qalu laisser une belle tache rouge sur le flanc d’une montagne.
— C’est agréable d’entendre votre voix à nouveau, Maître Skywalker, dit Uldir. Toutes mes félicitations pour la naissance de votre fils.
— Merci, Uldir, répondit Luke Skywalker. Comment ça va de votre côté ?
— Les Vratix sont vraiment capables de s’agiter quand le besoin se fait sentir. Ils ont incendié le terrain et ont passé de l’aérosol sur les terrains avoisinants avec leurs speeders. Ils sont encore en train de le faire, bien que selon le pire pronostic, le virus n’a pu se déployer sur plus de cinq cents mètres en si peu de temps. Les Vratix possèdent maintenant un échantillon du virus pour le tester et on dirait que le danger a été maîtrisé.
— Bravo. C’était du bon travail, Uldir. Je suis fier de vous et de votre équipe. Vous avez vraiment dépassé et de loin les limites de vos obligations. Et la Force était avec vous.
— Maître, à propos de la Force, je sais que mon entraînement était presque une catastrophe mais…
— La Force est avec vous, Uldir, dit Skywalker. En fait, le lien qui vous unit est spécial. Je ne l’avais pas vu, quand vous étiez encore à l’Académie, bien que je pense que le Maître Ikrit, lui, avait compris. Des discussions récentes parmi les Jedi et les éléments que vous m’avez rapportés récemment m’ont forcé à revoir mon jugement.
— Je ne comprends pas.
— Vous ne commandez pas la Force. Vous ne l’utilisez pas comme un outil. D’une certaine manière, vous n’êtes pas fait pour ça. Mais vous faites partie de la Force vivante dans un style que bien peu de Jedi ont réussi à atteindre.
— Je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit de spécial en moi, dit Uldir.
— C’est ce que vous pensiez lorsque je vous ai rencontré la première fois, dit Luke. Vous aviez votre propre vision de l’univers et elle tournait surtout autour de vous. Mais vous avez changé. Il sourit. Et c’est là que votre chance a commencé, n’est-ce pas ? Quand vous vous êtes laissé aller. Quand vous avez libéré votre volonté et trouvé votre vraie voie.
— Je pense que oui. Maître Ikrit a dit quelque chose de ce type avant que je ne quitte l’Académie.
— Il était sage, dit Skywalker. Partez avec votre équipe et reposez-vous, d’accord ? Il reste encore quelques planètes libres où vous pourrez vous décontracter.
— Je le ferai, répondit Uldir.
— Que la Force soit avec vous, Uldir.
— Et avec vous, Maître.
Il éteignit l’émetteur à hyper-ondes et retourna dans le salon, où les autres l’attendaient.
Il sourit en voyant Leaft avec une énorme attelle sur le bras.
Les yeux du Dug s’élargirent.
— Non, vous n’allez pas m’embrasser encore une fois, hein ?
— Je devrais. Non seulement tu es encore en vie mais en plus, tu nous a tous sauvés.
— Cette fois, j’en vomirai, le prévint Leaft. Est-ce que j’ai besoin de vous redonner le menu de mon dernier repas ?
— Non. Il se tourna vers Vega. Dirige-nous vers un endroit tranquille, ce sont les ordres du Maître Skywalker.
— Ça roule, p’tit chef.
Vook s’éclaircit la gorge.
— La plate-forme de lancement Hxil abandonnée, dans le système de Sluis Van, serait parfaite. Il y a là-bas les plus belles tours d’accélération d’époque pré-républicaine…
— À l’étroit dans une épave spatiale ? gronda Leaft. Et tu appelles ça des vacances ? Je propose les casinos de la Cité des Nuages. Là, on aura du bon temps.
— P’tit chef ? demanda Vega.
— À toi de t’en charger, Vega, dit-il. Tu es la responsable pour le moment.
— Patron…
— Désolé Vega. Moi aussi, j’ai besoin de me reposer.
Il trouva Klin-Fa assise dans la tourelle, contemplant l’espace. Sa main bandée reposait sur son genou.
— Ce n’est pas de ta faute, dit-il.
— Peut-être que oui, peut-être que non, dit-il. Je sais qu’il faut que j’oublie tout ça. Mais c’étaient mes amis, tous les deux. Et maintenant…
— Je sais.
Il posa sa main sur son bras. À sa surprise, elle la prit.
— Ce que j’essayais de te dire avant, fit-elle. Avant que je ne sache que Bey était passé du côté Obscur.
— Je sais que tu éprouvais quelque chose pour lui, dit Uldir.
— Oui, de l’amitié. Mais je savais que mes sentiments pour Yabeley l’avaient blessé. Je ne voyais pas à quel point mais je savais qu’il en était meurtri. Je ne voulais pas le blesser à nouveau, pas si vite.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
Elle se leva et le regarda droit dans les yeux.
— Es-tu vraiment idiot à ce point, Uldir Lochett ?
— Euh…
— Chut.
Elle couvrit la bouche d’Uldir de sa main puis de ses lèvres. Ils restèrent ainsi un long moment.