OU MOURIR EN ESSAYANT

Sean Williams & Shane Dix

28 ap. BY

Chronologie

Jaina Solo. Encore elle. Étant donné qu’elle est le personnage principal de trois des quatre nouvelles se déroulant durant la période du Nouvel Ordre Jedi, on peut supposer sans crainte qu’elle est devenue la chouchoute des auteurs de Star Wars s’étant prêtés au jeu des short stories.

Paru en mai 2004 dans le soixante-quinzième numéro du Star Wars Insider, ce court texte est signé par quatre mains, celles de Shane Dix et Sean Williams, auteurs de la seule trilogie du NOJ : Les Hérétiques de la Force. Cette nouvelle y est justement liée : elle fait la jonction entre Les Réfugiés et Réunion.

On y retrouve donc Mademoiselle Solo, venue sur une petite planète du nom d’Onadax pour enquêter sur l’origine des Droïdes Répliques Humaines, ces machines capables d’accueillir une conscience humaine, comme elle a pu le constater lors de son dernier périple sur Bakura.

Titre original : Or Die Trying

 

Les indigènes d’Onadax, paraissait-il, avaient cinquante mots différents pour désigner la poussière. Jaina pouvait aisément le croire. Le petit monde en était recouvert, des amoncellements profonds d’une cheville submergeaient les visiteurs, d’épais dépôts polluaient les droïdes et autres machines, des gravillons irritaient les yeux. Elle n’aurait pas refusé un aspirateur ou – plus pertinent – un bain.

Cela gênait même sa concentration. Alors qu’elle sautait à l’aide de la Force dans le complexe de sécurité, l’objectif de sa mission, son pied glissa et son orteil heurta le sommet du mur d’enceinte. La blessure était minime mais dérangeante. Elle atterrit avec un tressaillement et jura en silence.

Heureusement, son faux pas passa inaperçu. Elle resta au bord d’une zone plane et bien entretenue qui entourait les bâtiments centraux du complexe. OMEE prenait son intimité très au sérieux ; elle ne savait même pas encore ce que signifiaient les initiales de la compagnie. Huit gardes ressemblant à des rongeurs, des Jenets, postés dans quatre tours d’observation scrutaient cette étendue, un mirador pour chaque coin du mur d’enceinte. Jaina reconnaissait leur raison d’être : parfois les techniques de sécurité les plus simples étaient les meilleures. Une technologie sophistiquée aurait sûrement permis de contourner tout œil ou oreille électronique scannant le complexe, mais traverser une zone découverte sans être vu par huit sentinelles était toujours difficile. Difficile, cela dit, pour quelqu’un n’étant pas appuyé par la Force.

Restant en position accroupie, Jaina examina rapidement sa combinaison de combat pour être sûre que tout était bien en place. Puis elle avança en silence à travers le complexe.

Une sentinelle de la tour la plus proche braqua immédiatement un spot sur elle. Mais avant que son doigt ne puisse pousser le signal d’alarme, Jaina s’immisça dans ses pensées et changea “intrus” en un plus rassurant “encore un de ces mynocks”. Onadax avait une population mutante et rampante de vermine à base de silicium, héritée des premières heures du petit monde, lorsqu’il n’était qu’une agglomération d’astéroïdes, il ne fut donc pas difficile d’imposer une telle pensée à l’esprit du Jenet.

Le garde retira son doigt du bouton d’alarme aussi rapidement qu’il l’avait atteint, et se retourna en reniflant. Un deuxième garde, une tour plus loin, la repéra également ; Jaina usa de la même astuce sur son esprit. Le temps qu’elle atteigne les bâtiments, six des huit sentinelles l’avaient eue en ligne de mire. Mais dès que l’un d’entre eux prenait son comlink pour alerter les autres de l’intrusion, les gardes restants s’attendaient déjà à ce que Jaina veuille qu’ils voient, lui permettant de se faufiler plus facilement.

Au moment où elle laissait la zone découverte derrière elle, sa démarche devint un déplacement relaxé et confiant, favorisant légèrement son orteil blessé. Elle se dirigea vers le bâtiment que le Fierté de Sélonia avait ciblé depuis l’orbite.

La mission était simple : elle pourchassait des droïdes ou plus précisément des fabricants de droïdes. Après la trahison de Bakura par l’infâme premier ministre Cundertol, elle et ses parents avaient entrepris de trouver la source de ce Droïde Réplique Humaine qui avait rendu possible pareille calamité, tout en cherchant le leader du réseau Ryn qui les avait aidés par le passé. Avant de quitter Bakura, elle avait extrait le nom d’Onadax de l’esprit d’un ancien associé du capitaine Rufarr, le contrebandier Wookiee dont le sort malheureux avait été de transporter Cundertol avant et après sa technition, le processus qui plaçait l’énergie vitale d’un être vivant dans une ossature droïde. Un indice trouvé sur le sol les avait menés à la compagnie appelée OMEE. Et à présent, elle se dirigeait vers des bâtiments d’OMEE dans l’espoir de réduire les chances de voir d’autres DRH pulluler un peu partout.

Jaina effleura sa poitrine, là où Cundertol l’avait écorchée. La blessure était depuis longtemps guérie mais le souvenir du coup lui faisait encore mal. Il était incroyablement puissant, même pour une Jedi comme elle. Quelqu’en fût leur provenance, elle ne pouvait concevoir que ces droïdes se répandent à travers la galaxie sans surveillance.

C3-PO avait examiné les allers et venues autour du complexe principal et localisé sur les plans les points d’accès. La porte extérieure était épaisse de deux mètres et renforcée par des verrous de duracier plus épais que le bras de Jaina. Elle n’aurait cédée à aucune technologie, ni même la Force. Mais ce n’était pas un problème. Elle avait effectué un repérage du complexe à son arrivée et suivi un garde de sécurité Yarkora alors qu’il se faisait relever. Un léger coup de pouce mental avait suffi pour qu’il laisse tomber son pass de sécurité et qu’elle le récupère. Alors qu’elle s’approchait de la porte, elle l’agita devant le scanner. Comme aucune réponse ne venait, Jaina s’approcha et essaya encore. Cette fois-ci, une série de bruits sourds se fit entendre à l’intérieur des mécanismes de verrouillage. Puis, lourdement, comme si les continents eux mêmes bougeaient, la porte tourna sur ses gonds.

Jaina s’avança, son pouce caressant doucement le bouton d’activation de son sabre-laser, sachant qu’à partir de ce point, sa mission allait devenir considérablement plus dangereuse. 3PO avait forcé l’accès aux plans basiques des locaux du centre de recherche droïde, mais le problème n’était pas là. En fait, elle n’avait aucune idée du nombre de personnes y travaillant, ni du nombre de gardes patrouillant dans les bâtiments, ni même si les couloirs étaient minés. Autant qu’elle sache, une escouade entière pouvait l’attendre au prochain couloir.

Une rapide vérification par le truchement de la Force lui assura que ce n’était pas le cas. Le bâtiment était occupé mais pas par une armée d’aucune sorte. Il y avait peut-être deux douzaines d’humains et d’aliens, éparpillés dans le bâtiment. Elle se sentit rassurée de supposer que la plupart d’entre eux étaient des chercheurs travaillant ici – plus, peut-être, un garde de sécurité.

Des présences qu’elle pouvait sentir autour d’elle, une seule se démarquait – un esprit subtilement différent de celui des autres. Elle en avait déjà senti un du même genre, et le sentir une nouvelle fois, maintenant, lui apporta satisfaction et appréhension. L’énorme porte se referma derrière elle dans un clang résonnant. Elle jura dans un souffle, s’attendant à ce que le bruit attire l’attention sur sa présence. Mais après avoir patienté silencieusement dans la crainte d’une alarme, aucune ne retentit.

Trop facile, pensa-t-elle, se déplaçant le long de couloirs aux hauts plafonds baignés d’une chaude lumière jaune. Elle ne pouvait lire dans l’esprit, mais à mesure qu’elle s’en rapprochait, son instinct lui soufflait qu’elle était attendue.

Lorsqu’elle entra dans la pièce où l’être l’attendait, elle activa son sabre-laser. Le tenant devant elle, elle effleura le scanner avec le passe de sécurité du Yarkora. Dans un doux glissement, la porte s’ouvrit.

— Je peux vous assurer, dit immédiatement une voix à l’accent légèrement Corellien entremêlée d’une pointe cultivée, que votre arme ne vous sera pas nécessaire.

Jaina vit apparaître un homme séduisant, la trentaine, habillé d’un simple bleu de travail sombre. L’énorme salle derrière lui contenait deux machines automatisées de Loronar Corporation fabriquant des droïdes : d’énormes blocs, des machines dont le seul but était de prendre de grandes quantités de matériel brut pour les transformer en droïdes. Chaque unité avait la forme d’une brique, en beaucoup, beaucoup plus grand. S’étirant sur la distance de part et d’autre de l’homme, sans qu’aucune partie mobile ne soit visible derrière leurs parois semi-transparentes, ces “briques” émettaient un bourdonnement profond, presque un infrason.

Elle entra d’un pas prudent dans la salle. Elle ne sentit personne d’autre que la personne debout devant elle, mais son appréhension ne fléchit pas.

— Peut-être, mais je le garderai au cas où.

L’homme éclata de rire.

— Nous sommes des gens civilisés, ici.

— Vous ne m’en voudrez pas si je n’en crois pas un traître mot, dit Jaina, avançant quelques pas plus près. Elle continua de garder un œil sur lui. Sans aucun doute, il mentait au moins sur un point : son esprit n’appartenait pas à une personne humaine. Ou n’appartenait plus, de toute façon.

— Pourquoi tant d’hostilité ? dit-il. (Pénétrant avec nonchalance plus profondément dans la salle, il lui tourna le dos, ce qui constituait à la fois une invitation à la suivre et un signe de confiance.) Attendez de voir si je peux deviner pourquoi vous êtes ici. Je ne me souviens pas avoir fait affaire avec vous, donc vous ne pouvez pas être un client mécontent. Votre malaise suggère que vous n’êtes pas un futur client non plus. Êtes-vous un concurrent ? Un espion commercial ? D’habitude, les Chevaliers Jedi ne s’impliquent pas dans le business, j’ai entendu dire qu’ils sont au dessus de ce genre de choses. (Il lui fit face une nouvelle fois, tendant ses mains dans un geste de supplique, un air exagérément perplexe sur le visage.) Je crains que vous ne soyez obligée de m’aider, je suis à court d’idées.

— Je m’appelle Jaina Solo, commença-t-elle.

— Solo ? (L’expression du visage de l’homme s’emplit de curiosité.) Une relation avec Yan Solo ?

— C’est mon père.

— Ha ! Mon frère était à l’académie impériale avec lui. L’année d’avant si je me souviens bien. L’homme hocha vivement la tête. La galaxie est petite.

— Je reviens tout juste de Bakura, dit-elle, ne s’autorisant pas à être déroutée.

— Et comment vont nos amis, les Ssi-ruuk ?

— Je crois que l’Imperium est en ce moment sous le feu nourri des Yuuzhan Vong. Nous ne savons pas s’il survivra. S’il tombe, ce sera un crime de plus à créditer sur votre compte.

Il plissa les yeux.

— Qu’est-ce que cela a à avoir avec moi ?

— Je suis ici à cause de vos DRH. Avez-vous réalisé que vous avez mis en danger la population entière d’une planète ?

— Impossible, les DRH sont conçus pour sauver des vies, pas pour les supprimer.

— Si c’est la vérité, pourquoi vous cacher ici, dans la Nébuleuse de Minos ? Ce n’est pas là le fait de quelqu’un de fier de ses agissements.

— Peut-être suis-je effrayé que l’Alliance Galactique n’essaye de réclamer cette technologie pour son propre compte. (Son sourire disparut.) Non, la raison pour laquelle nous sommes ici, c’est pour éviter d’être confrontés à des gens de votre espèce – ceux qui sont habilités à nous juger sans même avoir écouté notre version des faits. Et aussi afin de protéger l’identité et la réputation de nos clients, comme notre ami sur Bakura.

— Alors vous avouez que le premier ministre Cundertol est l’un de vos clients.

— Je sais seulement que nous avons eu un client de Bakura, je ne connais pas son nom. Il a payé les frais et nous lui avons fourni le produit. Puis il est parti. Ce qui s’est passé après ne me concerne pas.

— Ce qui s’est passé après, c’est que Cundertol a assassiné l’équipage entier du vaisseau qui le transportait dans le but de protéger son secret. Il a trahi son monde en échange d’une futile promesse d’immortalité.

— Je vous assure qu’il n’y a rien de futile à cela.

— C’est juste mon opinion.

— Et je vous dirai en retour que la galaxie peut tolérer de nombreuses divergences d’opinion. (Avant que Jaina ne puisse répondre, l’homme tendit les mains dans un appel à la raison.) Nous avons monté une affaire ici. Nous ne pouvons rendre des comptes pour ce que nos clients font de leur vie après le service que nous leurs offrons, pas plus que nous devons rendre compte de leur actions passées. Ma responsabilité vis-à-vis de Cundertol s’est arrêtée le jour où il a quitté nos laboratoires.

— Il s’agit donc uniquement d’une affaire de crédits, n’est-ce pas ? Aussi longtemps qu’ils paieront, vous ne vous soucierez pas de qui ils sont. Cela ne vous dérange pas d’avoir permis à des criminels infirmes et âgés d’être relâchés dans la galaxie pour poursuivre leurs activités illégales indéfiniment ?

— Vous semblez présumer que c’est seule la chose que nous faisons.

— Et que faites vous d’autre ? Vous chargez des fous furieux dans des réseaux de sécurité ? Vous donnez à des psychopathes des membres de droïdes de combat afin qu’ils s’amusent avec ?

— Nous vendons de la vie, Jaina Solo, pas la mort, lui retourna l’homme, sur la défensive. Peut-être que si je pouvais vous expliquer qui je suis et pourquoi j’ai construit ceci, cela aiderait-il. Je m’appelle Stanton, et sans cette procédure, je ne serais plus ici. Bien que l’expérimentation de la République sur les DRH était en perte de vitesse lorsque le Projet Decoy échoua, les recherches ne se sont pas arrêtées ici. Un homme appelé Simonelle a repris les travaux là où Decoy s’était arrêté, et a réussi. Un de ses chercheurs, Massad Thrumble, a finalement réussi à fabriquer un DRH totalement opérationnel, qui fut, malheureusement, employé comme assassin.

— Vous ne m’apprenez rien de nouveau, dit Jaina. Simonelle est mort, tout comme Thrumble. Nous les avons déjà cherchés. Et l’assassin dont vous parlez s’appelait Guri. Elle travaillait pour le Prince Xizor et le Soleil Noir.

Stanton acquiesça de la tête, comme s’il était content du savoir de Jaina.

— Mais vous croyez qu’elle a été détruite après que sa mémoire ait été effacée.

— Êtes-vous en train de suggérer que ce n’est pas le cas ?

— Votre oncle pensait qu’elle méritait d’avoir une vie décente. Son attitude était, pour nous, absolument correcte. Elle avait parfaitement le droit de vivre, comme tout être humain. Le fait qu’elle soit née biologiquement ou fabriquée ne devrait pas faire de différence.

Jaina avança encore un peu plus loin dans la salle, son sabre toujours prêt à être brandi. Elle savait avec quelle rapidité les DRH pouvaient se déplacer.

— Je ne dis pas que je suis en désaccord sur ce point. J’aurais appliqué le même principe à elle – ou vous – ou à tout autre humain ou alien. Mais si elle travaille comme assassin, ou qu’elle s’engage dans n’importe quelle forme d’activité criminelle, alors c’est mon boulot de l’abattre.

— Je peux vous assurer que ce n’est pas le cas, dit-il. En conséquence, votre justice sommaire ne sera pas nécessaire. Guri n’a plus rien à voir avec notre entreprise désormais, ajouta-t-il d’un ton suave. Tout ce qu’elle a fait, c’est nous autoriser à l’utiliser comme prototype sur la base duquel les DRH suivants ont été modelés. Certains de mes membres sont basés sur les siens, comme tous nos clients d’ailleurs. C’est notre mère à tous, si vous préférez, et nous lui rendons hommage.

— Elle l’a fait de son plein gré ?

— Bien sûr ! Son programme d’assassin avait été retiré au préalable. Lorsque mon frère l’a rencontré et a appris ce qu’elle était, il a immédiatement conçu ce projet. Ils étaient partenaires pendant la phase de R&D. Après quoi, ils sont partis chacun de leur côté.

À nouveau, Jaina releva cette référence à un frère. Si ce frère était l’instigateur de cette opération, il était celui qu’elle recherchait.

— Le même frère que celui qui est allé à l’Académie Impériale avec mon père ?

— Vous avez du en entendre parler. Son nom est Dash Rendar.

Elle cligna des yeux, surprise.

— Mais Dash Rendar est mort.

— Au contraire.

— Alors où est-il ?

Stanton fit un large sourire.

— Vous ne croyez pas sérieusement que je vais vous le dire, n’est-ce pas ?

— Si vous insistez sur le fait que vous ne faites rien de mal, pourquoi votre frère ne voudrait-il pas nous parler ? Ou à mon oncle, au moins ?

— Et se retrouver sous la menace d’un sabre-laser ? Il secoua la tête. Je ne pense pas.

Il feinta en direction de la porte, mais elle se mit habilement en travers de son chemin.

— Vos réactions sont excellentes, dit-il en hochant la tête, levant les mains innocemment. Je l’admets. Combien d’années vous a-t-il fallu pour maîtriser un sabre-laser ? Et pour s’accommoder de la Force ?

— Ce ne sont pas vos affaires.

— Ha, mais ce sont précisément mes affaires. Les gens doivent exploiter au maximum ce qu’ils possèdent – ou ce qu’ils peuvent obtenir. Vous, un Jedi, devez sûrement y adhérer. Ne pouvez-vous voir l’opportunité se présentant juste devant vous ?

Le sourire de Stanton resta sur son visage, mais son regard était dur. Les reflets de son sabre-laser semblaient flotter dans ses yeux comme de minuscules éclairs glacés.

— Si vous insinuez ce que je pense que vous insinuez…

— Pourquoi pas ? Après tout, il n’y a pas d’effets secondaires négatifs. Nous pouvons vous rendre plus forte, plus belle, plus grande – ce que vous voulez. En utilisant le processus de technition Ssi-ruuk, nous vous permettrons de conserver entièrement votre lien avec la Force. Vous, Jaina Solo, pourriez être l’avant-garde du progrès !

Jaina resserra l’emprise de son sabre-laser.

— Je ne pense pas, Stanton.

— Ne refusez pas mon offre inconsidérément. Pensez à la guerre contre les Yuuzhan Vong – une guerre que vous semblez bien partis pour perdre. Combien de temps leurs armes biologiques pourraient durer devant une armée de soldats DRH ? Pensez à toutes les personnes qui sont mortes ou qui ont été blessées depuis le début de la guerre. Y a-t-il quelqu’un que vous voudriez sauver si vous pouviez remonter le temps et lui donner un corps indestructible ? Pensez à vous. J’ai remarqué que vous ménagiez légèrement une de vos jambes. Êtes-vous blessée ? Si vous acceptez mon offre, ce genre chose n’arrivera plus jamais. Pensez-y.

Stanton fit un pas de plus et cette fois-ci, Jaina ne l’arrêta pas.

— Pensez-y, Jaina, avant de dire non si facilement, une fois de plus.

Jaina y pensa. Une image de Tahiri lui traversa l’esprit : Tahiri dans le coma, engagée dans une étrange bataille psychique avec son esprit alien tentant de prendre le dessus. Et Anakin, son frère, mort avant son heure des blessures infligées par les Yuuzhan Vong.

— Imaginez la liberté que vous obtiendrez lorsque vous aurez délaissé toutes les entraves de la chair et du sang. (Cundertol s’était déjà moqué d’elle lorsque le chef Ssi-ruuk Keeramak l’avait menacé d’être technitionné.) Vous vivrez éternellement !

Serait-ce si mal ?

— Je peux vous assurer, reprit Stanton, que nos méthodes ont considérablement évolué ces derniers temps. Ce n’est ni douloureux, ni inconfortable. Seulement l’éveil d’une nouvelle existence, d’une existence supérieure. Nous travaillons également sur les DRTE – Droïdes Répliques Toute Espèce – et bientôt les humains ne seront plus les seuls à profiter de cette technologie. Nous allons créer des nouveaux types de corps qui n’ont encore jamais existé dans la nature. Il n’y a aucune limite à ce que nous serons capables d’accomplir !

— Les retombées sociales…

— Seront énormes, coupa-t-il, enthousiaste. Je sais. D’un côté, la galaxie n’est pas prête pour les DRH. Mais réfléchissez : nous pouvons donner aux gens l’immortalité, augmenter la résistance physique et la force, et la liberté vis à vis de toutes les petites contrariétés – dont la mort – qui font de la vie de chair et de sang une corvée. Qui ne voudrait pas faire affaire avec nous ? Que ce service ne soit, pour le moment, accessible qu’aux riches – ou comme vous, à ceux qui le méritent vraiment – n’est pas de notre faute, car le progrès est extrêmement coûteux. Mais ça n’empêchera pas des milliards de gens de le réclamer. Personne ne souhaite mourir, surtout si on peut l’aider à l’éviter. Laissez la nouvelle qu’il existe une alternative à la mort se répandre, et les émeutes qui suivront feront passer l’invasion Yuuzhan Vong pour une chimère en comparaison. Mais d’un autre côté, reprit-il, n’est-il pas temps que quelqu’un se dresse devant le plus grand ennemi de tous – la mort elle-même ? Et qui serait plus à même de le faire qu’un Jedi ?

Le regard de Jaina dériva de celui de Stanton, comme si elle imaginait une galaxie libérée de la faim, des maladies et de la mortalité. N’était-ce pas en effet le principe de l’action d’un Jedi ? Et si cela supposait une possible fin de la guerre, cela ne justifiait-il pas sa totale implication ?

Mais ensuite, la guerre terminée, que se passerait-il une fois que les armées qui auraient mené à leur perte les plans de folie de Shimrra auront gagné ? Qui garderait les DRH sous contrôle et les empêcherait de se retourner contre ceux qui les ont libérés des tyrannies de la chair ? Qui pourrait les empêcher de sombrer dans le Côté Obscur et de détruire tout ce pourquoi ils se sont battus ?

Elle pensa à un Empereur invincible, un Dark Vador immortel et frissonna.

— Non, dit elle. Et cette fois ci, j’y ai réellement pensé. Les Jedi ont vu trop souvent ce qui arrive lorsqu’une personne n’a personne pour la surveiller. Et le fait que vous vendiez cette technologie à des criminels me rassure encore moins sur vos motivations que vous prétendez pures.

Stanton Rendar soupira.

— Je vois qu’il faudra plus que des mots pour vous convaincre.

Elle se tendit, levant son sabre.

— Peut-être n’ai-je pas envie d’être convaincue.

Il rit.

— Jaina, nous ne vous obligerons pas à accepter contre votre gré, je voulais simplement signifier que cela prendrait du temps pour vous motiver, plus que des mots. Et croyez-moi lorsque je vous dis que j’ai tout mon temps. Je discuterai à nouveau avec vous un jour, lorsque vous serez âgée et faible et que vos parents seront partis, lorsque vos enfants seront plus âgés que vous ne l’êtes aujourd’hui, et que la mort rôdera autour de vous… et que je serai exactement le même qu’aujourd’hui. Peut-être serez-vous plus réceptive à ce que je vous offre.

— Je ne compterais pas là dessus Stanton, dit-elle, faisant un pas de plus en avant. Et surtout, j’espère vous parler bien plus tôt que cela. Un jour dans un futur pas si éloigné que cela, lorsque vous serez enfermé dans un endroit sûr, incapable de blesser qui que ce soit. Ou bien même disloqué et éparpillé en plusieurs morceaux.

Stanton se calma.

— La vie est tout ce que nous avons, ma fille. Pensez-vous que je vous laisserais prendre la mienne ? J’ai prévu de vivre éternellement…

— Ou de mourir en essayant, finit Jaina pour lui. Oui, très amusant. Mon problème avec vous n’est pas votre vie ou comment vous la préservez, mais ce que vous en faites. Plus précisément, comment vos clients utiliseront la deuxième chance que vous leur donnerez. Si vous n’êtes pas capable de voir que vous avez la responsabilité d’assurer que personne de mal intentionné ne pose la main sur cette technologie, alors…

— Épargnez moi votre rhétorique, l’interrompit Stanton. Il jeta un œil au chronomètre accroché au mur à sa droite. Je n’ai pas plus d’intérêt pour elle que pour notre conversation. Donc, si cela ne vous dérange pas, je pense que je vais vous quitter maintenant.

— Je n’ai pas l’intention de partir d’ici sans vous, Stanton.

— Vraiment ?

Il claqua des mains et deux colonnes de dix droïdes de combat brillants sortirent de derrière les machines de fabrication de droïdes Loronar.

— Je m’attendais à ces paroles. Je savais aussi que les Jedi me recherchaient, je me suis donc préparé au pire.

Jaina sourit avec désinvolture alors qu’il considérait les droïdes. Elle adopta une position défensive, rassemblant toute ses forces en vue de l’attaque.

— Il faudra trouver mieux que ça, dit-elle.

— Bien sûr, aucun droïde ne peut espérer battre un Jedi – sauf si c’est un Jedi dans le droïde. (Un sourire dansa sur ses lèvres puis s’évanouit.) Mais votre mort n’a jamais été mon intention, Jaina Solo. Pendant que nous parlions, ma navette a été affrétée et mon équipe y a été évacuée. Nous partons sur le champ, pendant que vous essaierez de vous frayer un passage au travers de ces droïdes.

— Votre navette n’atteindra jamais l’orbite, dit-elle.

— C’est au mieux une menace dérisoire, dit-il, souriant largement. Je pense que vous serez un peu trop occupée pour sonner l’alarme. Voyez-vous, vous n’aurez pas seulement à vous débarrasser de ces semblables primitifs, mais il vous faudra le faire le plus rapidement possible. Dans cinq minutes environ, le complexe entier va se transformer en une boule de feu assez brûlante pour incinérer n’importe quel simple être de chair se trouvant à l’intérieur.

Elle serra les dents, se demandant s’il était en train de bluffer.

— Vous détruiriez entièrement votre usine juste pour effacer vos traces ?

— Nous pourrons toujours en construire une autre. C’est pourquoi, en partie, nos prix sont si élevés (Stanton exécuta une petite révérence facétieuse). Je vous dis adieu, Jaina Solo. J’espère que vous emprunterez la voie de la raison. Vous auriez été parfaite pour notre cause : un tel potentiel, une telle vitalité ! Mais je pense que ce n’est pas pour cette fois. Mais soyez assurée que si nous nous rencontrons une nouvelle fois, notre conversation finira très différemment.

Il s’en alla précipitamment, tandis que les droïdes de combats s’apprêtaient à combattre Jaina. La dernière chose qu’elle vit de lui fut son dos disparaissant au coin d’une imposante machine – puis elle para les coups avec fureur, envoyant des éclairs d’énergie et des membres droïdes voler dans toutes les directions. La Force coulait en elle comme un feu vivifiant, répondant à chaque demande qu’elle lui faisait – améliorant ses sens, la rapidité de ses réflexes, lui permettant d’anticiper tous les mouvements de ses adversaires une fraction de seconde avant qu’il ne les commence. Les droïdes de combat semblaient se déplacer très lentement, battant l’air inefficacement dans sa direction, lui demandant pratiquement de bien vouloir les couper en morceaux.

Le dernier d’entre eux tomba dans une cascade d’étincelles, ratant un dernier tir qui la manqua d’un bon mètre. Il ricocha loin derrière, se désagrégeant sans dommages contre le mur lointain. Jaina se redressa et observa le carnage de métal carbonisé parsemant le sol qui crépitait et envoyait des étincelles.

Elle se fondit dans la Force à la recherche de Stanton mais il n’y avait aucun signe de lui à l’intérieur du complexe. Sa navette avait décollé, il était déjà loin.

Jaina jura. Cinq minutes, a-t-il dit. Plus de trois avaient passées. Sauvant les meubles, elle fit un saut périlleux hors du cercle des morceaux de droïdes et courut en hâte vers la porte. La sortie du complexe était fermée. L’ouvrir avec son pass de sécurité prenait presque cinq secondes, chacune d’entre elle représentant une éternité angoissante. Alors que la porte massive s’ouvrait lourdement et qu’elle sortait en courant, une décharge énergétique crépita au dessus de son épaule, tirée par l’une des sentinelles Jenets. Elle zigzagua au travers de l’étendue découverte, renvoyant tout ce qui approchait trop près avec son sabre-laser.

Au mur d’enceinte, elle mit toute sa concentration dans le saut au dessus du sommet. Un tir de laser lui brûla le dos alors qu’elle atteignait l’apex de son saut et commençait à retomber. Elle roula pour absorber l’impact, se releva et courut avant que les gardes Jenet ne puissent tirer à nouveau. Sous le couvert de la nuit, avec toutes ces allées obscures dans lesquelles se cacher, elle était sûre que personne ne l’attraperait.

Derrière elle, le complexe explosa si bruyamment que la déflagration la rendit sourde un instant. De brillantes lumières jaunes jaillirent derrière elle, et l’onde de choc se répandit en elle par ses pieds. Elle vola d’un mètre ou deux en l’air, se mettant en boule afin de rouler lorsqu’elle toucherait le sol, pour se remettre sur pied et continuer à courir. Quelques mètres plus loin, lorsqu’il était clair que le pire était passé, Jaina s’arrêta et se retourna vers les bâtiments en feu.

Il ne restait plus rien. Le complexe n’était plus que ruines incendiées. Toute preuve de l’existence de l’usine s’étaie évanouie, en même temps que l’entreprise qui avait travaillé sur Onadax.

Savoir que Stanton s’était échappé la rendait furieuse. Le souvenir de son sourire narquois la répugna alors qu’elle se détourna pour se diriger vers le Faucon Millenium. Mais elle ne pouvait pas se permettre de s’attarder trop longtemps. Et, se remémora-t-elle, sa mission n’était pas un échec total. Les recherches avaient abouti. Elle avait un nom maintenant. C’était une bonne base de travail, au moins.

J’espère que vous avez raison, Stanton, pensa-t-elle, savourant le tiraillement dans son gros orteil qui lui rappelait qu’elle, au moins, était encore en vie. J’espère que nous nous rencontrerons à nouveau un jour. Car lorsque ce jour arrivera, je vous ferais payer pour tout ce qui est arrivé sur Bakura ! Ou je mourrai en essayant…

Elle sourit à cette pensée. Cela lui procurait une sinistre impression de satisfaction de savoir que ce n’était pas terminé. Elle rangea brusquement son sabre-laser dans sa ceinture et poursuit son chemin dans les allées poussiéreuses et peu recommandables d’Onadax, jusqu’au Faucon où ses parents l’attendaient.