YLESIA
Walter Jon William
28 ap. BY
Ylesia est un e-book écrit par Walter Jon Williams, auteur de La Voie du Destin, quatrième hardcover du Nouvel Ordre Jedi. L’ebook prend place pendant le chapitre 22 de La Voie du Destin et relate l’attaque des forces de la Nouvelle République sur le quartier général des Brigades de la Paix, établi sur Ylesia.
Titre original : Ylesia
DRAMATIS PERSONAE
Nom
Anor, Exécuteur
(mâle Yuuzhan Vong)
Kyp
Durron, Maître Jedi
(mâle humain)
Jagged
Fel, pilote
(mâle humain)
Général
Jamiro, officier militaire
(mâle humain)
Traest
Kre’fey, officier militaire
(mâle Bothan)
Maal
Lah, Suprême Commandeur
(mâle Yuuzhan Vong)
Lowbacca, Chevalier Jedi
(mâle Wookiee)
Dagga
Marl, garde du corps
(humaine)
Onimi, Humilié
(mâle Yuuzhan Vong)
Pwoe, Sénateur de la Nouvelle
République
(mâle Quarren)
Seigneur
Suprême Shimrra
(mâle Yuuzhan Vong)
Thrackan
Sal-Solo,
Chef de la Brigade de la Paix et Président de Ylesia
(humain)
Saba
Sebatyne, Chevalier Jedi
(femelle Barabel)
Tesar
Sebatyne, Chevalier Jedi
(mâle Barabel)
Jacen
Solo, Chevalier Jedi
(humain)
Jaina
Solo, Chevalier Jedi
(humaine)
Tahiri
Veila, Chevalier Jedi
(humaine)
Zekk, Chevalier Jedi
(humain)
Partie 1
Nom Anor réprima un frisson à la vue d’Onimi, l’Humilié, se tenant devant l’embrasure de la porte. Quelque chose en lui fléchit à la vue de la raide et terne créature, avec sa tête difforme et son sourire entendu. Le grand sourire d’Onimi s’élargit.
Nom Anor, rongé par la révulsion, dépassa l’Humilié et entra. Les murs rond et résineux de la salle brillaient d’une faible luminescence, et l’air portait l’odeur métallique du sang. Dans la faible lumière, Nom Anor distingua la silhouette magnifique, effrayante et mutilée du Seigneur Suprême Shimrra, étendu sur une estrade de polypes hau rouges. Onimi, le familier du Seigneur Suprême, s’affaissa dans l’ombre des pieds de Shimrra. Nom Anor se prosterna lui-même, trop conscient de l’examen minutieux des yeux couleur arc-en-ciel de son Maître.
La voix profonde du Seigneur Suprême roula en dehors des ténèbres :
— As-tu des nouvelles des infidèles ?
— Oui, Seigneur.
— Debout, Exécuteur, et éclaire-moi.
Nom Anor réprima un frisson de peur alors qu’il se remettait sur ses pieds. C’était la chambre d’audiences privée de Shimrra, pas le grand hall de réception, et Nom Anor était absolument seul ici. Il aimerait bien mieux être capable de se cacher derrière son supérieur Yoog Skell et une délégation entière d’intendants.
Ne jamais penser à mentir au Seigneur Suprême, l’avait averti Yoog Skell.
Nom Anor ne le ferait pas. Il ne le pourrait probablement pas. Heureusement, il était bien préparé avec les dernières nouvelles concernant les efforts des infidèles contre les Yuuzhan Vong.
— L’ennemi continue leurs séries de raids contre nos territoires. Ils n’osent pas affronter nos forces directement, et se contentent de choisir des détachements isolés ou de faire une descente sur nos lignes de communication. Si une flotte substantielle s’oppose à eux, ils s’enfuient sans combattre.
La tête du Seigneur Suprême, dont la somme des particularités était celle de ses tatouages plus celle de ses cicatrices, surgit en avant dans la vague lumière.
— Tes agents ont-ils été capables de t’informer lesquelles de nos conquêtes vont être prises pour cible ?
Nom Anor sentit une sueur froide le long sa colonne vertébrale. Il avait vu ce qui arrivait à ceux qui décevaient le grand Seigneur Shimrra, et il savait que sa réponse serait décevante.
— Malheureusement, Ô Suprême, il apparaît que la nouvelle administration donne aux commandants locaux beaucoup de latitude. Ils choisissent leurs propres cibles. Nos agents sur Mon Calamari n’ont aucun moyen de savoir quels objectifs le commandant est susceptible de choisir.
Il y eu un moment de silence.
— Le nouveau Chef d’État, l’infidèle Cal Omas, permet à ses subordonnés autant de liberté ?
Nom Anor s’inclina.
— C’est ce qu’il apparaît, Seigneur.
— Alors il n’a aucun véritable concept de présidence. Son gouvernement ne nous dérangera pas plus longtemps.
Nom Anor, qui pensait autrement, choisit de ne pas contredire cette analyse.
— Le Seigneur Suprême est sage, dit-il à la place.
— Tu dois redoubler d’effort pour infiltrer l’armée et nous fournir leurs objectifs.
— Comme il vous plaira.
— Quelles sont les nouvelles de la Brigade de la Paix ?
— Les nouvelles sont contradictoires.
Le gouvernement collaborationniste de la Brigade de la Paix s’était établi sur Ylesia, et avait grandi suffisamment en taille et en diversité pour se diviser en factions qui se chamaillaient, lesquelles se faisaient toutes furieusement concurrence en rampant devant les Yuuzhan Vong.
— Peut-être pouvons nous admettre que des infidèles si disposés à rejoindre une organisation appelée « Brigade de la Paix » n’ont pas tendance à être capricieux pour la guerre, se risqua Nom Anor.
— Ils ont besoin d’un leader pour adjurer une obéissance, conclut Shimrra.
— Ce rôle a été assigné à l’infidèle Viqi Shesh, Ô Suprême, dit Nom Anor.
— Un autre dirigeant devrait être assigné, répliqua Shimrra. (Ses yeux miroitèrent du bleu au vert puis au jaune (. Nous pourrions choisir quelqu’un qui n’a rien à voir avec ces factions. Quelqu’un de l’extérieur, qui peut imposer la discipline.
Nom Anor acquiesça, mais quand il fouilla dans sa mémoire à la recherche de candidats, aucun nom ne lui vint à l’esprit.
— Nous avons plus de chance avec les mercenaires infidèles, dit-il. Ils ne sont pas vraiment soumis et ne possèdent pas de loyauté, mais ils sont convaincus qu’ils ont rejoints le camp des vainqueurs, et se contentent d’obéir tant que nous les payons.
— Pitoyables créatures. Il n’est pas étonnant que les Dieux nous aient ordonné de purifier cette galaxie.
— Certainement, Suprême.
Shimrra bougea son énorme forme sur son estrade, et un des polypes derrière lui éclata sous la pression, aspergeant le mur de ses entrailles. Une puanteur acide emplit la pièce. Les autres polypes se retournèrent sur la créature blessée et commencèrent à la déchiqueter et à la dévorer.
Shimrra ignora les créatures en train de se laminer.
— Parle-moi de ton visiteur de Corellia.
Nom Anor s’inclina.
— Il s’appelle Thrackan Sal-Solo.
— Solo ? Il a un rapport avec les jumeaux Jeedai ?
— Les deux branches de la famille sont séparées, Seigneur.
Un grondement pensif vint de l’estrade.
— Quel dommage ! Autrement, nous pourrions le prendre en otage et demander les jumeaux en échange.
— C’est dommage, en effet, Seigneur.
Shimrra agita une énorme main.
— Continue, Exécuteur.
— Sal-Solo est le leader d’une grande faction politique sur la planète, et a été élu gouverneur-général du secteur de Corellia. Il dit qu’il peut, avec notre aide, assurer que le secteur Corellien – cinq planètes – soit détaché du gouvernement infidèle. Une fois cela fait, il peut assurer sa neutralité incluant celle de la station Centerpoint qui a tant décimé nos troupes à Fondor. Alors, à la manière d’un diktat, il signera un traité d’alliance avec nous.
Shimrra s’agita pensivement sur son lit vivant. Le polype démembré se convulsa et s’agita alors que ses semblables le dévoraient.
— Cet infidèle est-il digne de confiance, Exécuteur ?
— Bien sûr que non, Seigneur Suprême. Nom Anor fit un geste de dénégation. Mais il peut être utile. Il nous a donné la localisation de l’Académie Jedi – une information qui s’est avérée vraie – et conduisit notre colonisation du système de Yavin. Corellia est un centre industriel majeur, où beaucoup d’armes et de vaisseaux ennemis sont construits, et sa neutralité est désirable.
— Quelles sont nos informations sur la station Centerpoint ?
— Sal-Solo n’est pas venu seul. Il a amené avec lui une collègue et compagne, une femelle humaine appelée Darjeelai Swan. Pendant que je questionnais Sal-Solo, nous avons pris sa compagne et l’avons interrogée. À en croire cette personne, la station Centerpoint n’est pas fonctionnelle, cela malgré les efforts fournis par les forces militaires de la Nouvelle République pour la réhabiliter.
— Alors ce Sal-Solo veut débattre avec ce qu’il n’a pas ?
— Oui. Et – toujours selon Darjeelai Swan – ce fut Sal-Solo lui-même qui tira avec la station Centerpoint sur notre flotte à Fondor.
Les mains de Shimrra – des doigts noirs géants griffus, chacun implanté d’un carnivore différent – se serrèrent en deux poings massifs.
— Et cette créature a l’audace de marchander avec moi ?
— En effet, Seigneur Suprême.
Onimi siffla vers le plafond.
— Laissez-le se présenter devant nous, Mon Seigneur, et guidez nous vers un accord. Je souhaite démontrer que je ne suis pas le seul imbécile.
La vaste carrure de Shimrra se souleva avec ce qui avait l’air d’un rire.
— Oui, dit-il. Je t’en prie. Laisse-nous rencontrer le Maître de Corellia.
Nom Anor s’inclina en guise de réponse, puis hésita.
— Puis-je prendre des gardes, également ?
Du mépris se fit sentir dans la réponse de Shimrra.
— Je suis capable de me défendre moi-même contre tout ce que cet infidèle pourrait tenter.
— Comme vous le désirez, Ô Suprême.
Comme beaucoup d’humains, Thrackan Sal-Solo était peu épais, créature dépourvue de muscles, avec des cheveux et une barbe blanchissants avec l’âge. Ses yeux s’élargirent alors qu’il entrait dans la chambre et percevait, dans les ténèbres, les yeux arc-en-ciel brûlants de Shimrra. Néanmoins, il se permit de parader quelque peu et approcha du Seigneur Suprême sur le lit de polypes.
— Seigneur Shimrra, dit-il, croisant les bras et s’inclinant – bien trop brièvement.
Nom Anor réagit sans penser. Un coup de son pied botté frappa la jambe de l’humain devant lui, et il amena le Corellien surpris face contre terre en le poussant.
— Rampe devant ton Maître ! cria Nom Anor. Rampe pour ta vie !
— Je viens en paix, Seigneur Shimrra ! protesta Sal-Solo.
Nom Anor envoya un coup de botte dans les côtes du Corellien.
— Silence ! Tu vas attendre tes instructions ! Il se tourna vers Shimrra et traduisit les mots de l’humain. « L’infidèle dit qu’il vient en paix, Seigneur Suprême.
— C’est bien !
Shimrra contempla la pauvre figure humaine pendant un moment.
— Dites à l’infidèle que j’ai considéré ses propositions et que j’ai décidé d’accepter.
Nom Anor traduisit les mots du Seigneur en Basic. Le visage de Sal-Solo, pressé contre le sol, afficha ce qui aurait pu être une trace de sourire.
— Dites au Seigneur Suprême qu’il est sage.
— Vos opinions ne sont d’aucun intérêt pour le Seigneur Suprême, fit Nom Anor sans prendre la peine de traduire.
Sal-Solo lécha ses lèvres nerveusement.
— La seule manière que j’ai de vous garantir la réussite de ce plan est de laisser les mains libres à Corellia, dit-il.
Nom Anor traduisit cela.
— Dis à l’infidèle qu’il ne comprend pas, fit Shimrra. Dis-lui que le seul moyen de garantir cette réussite est de lier les mains à Corellia.
Sal-Solo parut surpris lorsque cela fut traduit, et ses lèvres commencèrent à formuler une protestation, mais Shimrra continua.
— Dites à l’infidèle que nous donnerons à ses associés du Groupe Centerpoint toute l’assistance nécessaire pour obtenir le contrôle du système de Corellia. Il les dirigera pour coopérer avec nous. Une fois que la station Centerpoint sera prise par ses gens et rendue à nos forces, le Groupe Centerpoint gouvernera Corellia dans un état de paix avec les Yuuzhan Vong.
Les yeux de Sal-Solo s’écarquillèrent alors qu’il écoutait la lente traduction de Nom Anor. L’Exécuteur ne prit pas la peine d’éclairer le fait que, dans le langage Yuuzhan Vong, « paix » était synonyme de « soumission ».
Sal-Solo découvrirait cela plus tard.
Le Corellien se lécha les lèvres de nouveau et demanda :
— Puis-je me relever, Exécuteur ?
Nom Anor réfléchit à cela.
— Très bien, dit-il. Mais vous devez montrer une totale soumission au Seigneur Suprême.
Sal-Solo se remit sur ses pieds mais ne se tint pas droit, maintenant une sorte d’allégeance devant Shimrra. Ses yeux s’agitèrent dans leurs orbites, comme s’il répétait mentalement un discours avant de le prononcer.
— Mon Seigneur, je vous demande la permission de vous expliquer la situation de Corellia avec de plus amples informations.
La permission fut accordée. Sal-Solo parla des relations politiques complexes sur Corellia, de l’aspiration du Groupe Centerpoint à quitter la Nouvelle République. Alors qu’il parlait, il semblait de plus en plus confiant, levant occasionnellement les yeux pour voir si le Seigneur Suprême suivait ses arguments.
Nom Anor traduisait aussi bien qu’il le pouvait. Onimi, de sa position aux pieds de Shimrra, regardait l’individu tout en retroussant sa lèvre supérieure, dévoilant par la même occasion son unique croc difforme.
— Il me faut retourner sur Corellia immédiatement afin de mettre à exécution les plans du Seigneur Suprême, dit Sal-Solo. Et, à mon plus grand regret, je dois vous avertir qu’il va être difficile d’obtenir du soutient une fois que l’on saura que les Yuuzhan Vong envisagent de s’emparer de la station Centerpoint après que nous ayons chassé les militaires de la Nouvelle République.
— La réponse à cette difficulté est d’une simplicité même, trancha Shimrra par le biais de Nom Anor. Ne dites pas à vos associés que les Yuuzhan Vong envisagent de prendre le contrôle de l’arme.
Sal-Solo n’hésita qu’une fraction de seconde avant de s’incliner.
— Il sera fait selon les désirs du Seigneur Suprême, dit-il.
Shimrra poussa un grognement appréciatif puis se tourna vers Nom Anor.
— Est-ce que l’infidèle ment ? demanda-t-il.
— Bien sûr, Mon Seigneur ! répondit-il. Il ne renoncera jamais volontairement à une arme aussi puissante que la station Centerpoint.
— Alors dis ceci à l’infidèle : il ne sera pas nécessaire pour lui de retourner sur Corellia – il nous dira simplement quels associés du Groupe Centerpoint contacter afin de délivrer ses ordres et notre assistance. Dites à l’infidèle que je lui réserve un destin bien plus important. Dis-lui que je viens juste de le promouvoir au poste de Président d’Ylesia et Commandant en Chef de la Brigade de la Paix.
Nom Anor fut frappé d’admiration. C’est une véritable vengeance inventive, pensait-il. Thrackan Sal-Solo avait anéanti des milliers de guerriers Yuuzhan Vong à Fondor, et maintenant il serait publiquement lié à un gouvernement allié Yuuzhan Vong. Sa réputation serait détruite : il serait à la merci de tous ces guerriers qu’il a tué.
Sal-Solo écoutait la traduction dans un silence de mort. Ses yeux dansèrent une nouvelle fois, rapidement, et il dit alors :
— S’il vous plait, dites au Seigneur Suprême que je suis profondément honoré par cette promotion à un poste de confiance, mais parce qu’il sera impossible de mettre au point ses plans sur Corellia, je suis au regret de décliner cette nomination. Peut-être le Seigneur Suprême ne réalise-t-il pas que la Brigade de la Paix n’est pas dans le cœur de tous les Corelliens, et que quiconque se présente comme appartenant à cet organisme ne sera pas capable d’acquérir le respect nécessaire pour obtenir le pouvoir sur Corellia. Il est, en outre, absolument nécessaire que je sois sur Corellia pour coordonner le Groupe Centerpoint, et…
Sala-Solo traînait tant en longueur que Nom Anor commença à éprouver un véritable mépris à son égard. L’humain, sûr de ses pouvoirs pour charmer les autres, pensa qu’une fois qu’il pourrait être dans la même pièce que Shimrra, il pourrait lui parler, politicien à politicien, et le convaincre de la pureté de ses projets. Comme s’il pouvait faire pression sur le Seigneur Suprême des Yuuzhan Vong de la même façon qu’il fait pression sur un misérable Sénateur de son monde natal !
— Exécuteur ! dit Shimrra alors que Sal-Solo continuait de parler. Y a-t-il un point où l’on peut frapper un humain pour lui infliger une douleur paralysante ?
Nom Anor considéra la requête.
— Il y a des organes connus sous le nom de « reins », Seigneur. De chaque côté de la colonne vertébrale juste au dessus des hanches. Un coup à cet endroit constitue un véritable supplice, parfois si sévère que la victime n’est pas capable de crier d’après ce que j’ai compris.
— Vérifions cela, dit Shimrra.
Il fit un geste insignifiant et Onimi se leva de l’extrémité de l’estrade de Shimrra. Dans la faible lumière, Nom Anor aperçut, serré dans la main de l’Humilié, un bâton de grade, la version des officiers du Bâton Amphi. Il fut choqué de découvrir que Shimrra permettait à son familier de dissimuler une arme.
Mais qui d’autre serait plus digne de confiance ? pensa Nom Anor. Onimi devait savoir que si Shimrra était tué, sa propre mort suivrait sûrement.
Onimi se positionna derrière Sal-Solo et lança son arme raide et terne. Le bâton en forme de fouet se solidifia, devenant un maigre gourdin, et Onimi, avec un seul et efficace mouvement, enfonça l’arme dans le rein gauche de Sal-Solo.
L’humain ouvrit sa bouche en un cri silencieux et tomba comme une pierre, les mains grattant le sol. Nom Anor passa derrière l’homme en difficulté, se pencha et l’attrapa par les cheveux.
— Votre renonciation est refusée, infidèle, dit-il. Nous souhaitons vous voir partir immédiatement pour Ylesia, où vous prendrez votre place à la tête du gouvernement. Pendant ce temps, vous nous donnerez les noms de vos associés sur Corellia, qui recevront également leurs instructions.
Le visage de Sal-Solo était encore déformé par un hurlement refoulé, et Nom Anor constata que ses informations concernant la vulnérabilité des reins humains étaient fondées.
— Fais-moi signe de la tête si tu comprends, infidèle, dit Nom Anor.
Sal-Solo s’exécuta. Nom Anor se tourna vers Shimrra.
— Le Seigneur Suprême a-t-il d’autres instructions pour ses serviteurs ?
— Oui, répondit Shimrra. Instruisez bien les gardes de cet humain.
— Comme vous voudrez, Seigneur.
Nom Anor jura devant le corps frémissant de Sal-Solo ; alors lui et Onimi le portèrent à ses gardes, qui tentèrent de faire tenir l’homme debout.
— Je crois que je m’adresse à un « Président » sur ce point, dit Nom Anor.
Les lèvres de Sal-Solo remuèrent mais, encore une fois, il fut incapable de faire sortir un son de sa bouche.
— À propos, Votre Excellence, continua Nom Anor. Je suis au regret de vous dire que votre compagne Darjeelai Swan est morte pendant qu’elle fournissait des informations aux Yuuzhan Vong. Y a-t-il quelque chose que vous souhaitiez faire avec le corps ?
Sal-Solo ne prononça de nouveau aucune opinion ; Nom Anor ordonna donc de détruire le corps et retourna à ses affaires.
La pâle forme du croiseur Ralroost flottait dans un contraste brillant avec la jungle verte de Kashyyyk en surface. La peinture blanche impeccable sur sa coque prouvait que le croiseur d’assaut servait de vaisseau amiral à la flotte et qu’il était maintenu à un niveau qui témoignait de son rang. Autour du croiseur étaient regroupés les éléments d’une flotte entière – frégates, croiseurs, destroyers stellaires, frégates médicales, vaisseaux de soutient et vols de chasseurs en patrouille – tous en formation et parés pour une prochaine intrusion dans l’espace contrôlé des Yuuzhan Vong.
Jacen Solo contemplait la flotte fourmillante depuis la baie d’observation de la navette. Les contours des vaisseaux de guerre semblaient trop durs d’une façon ou d’une autre, trop définis, un peu étrangers, où il manquait les lignes légères de la forme de vie organique à laquelle il avait été habitué pendant qu’il était prisonnier des Yuuzhan Vong.
— Quelqu’un parie ? demanda la voix de sa sœur. Où aura lieu le prochain raid ? L’espace Hutt ? Duro ? Yavin ?
— J’aimerai revoir Yavin, avoua Jacen.
— Tu ne te rends pas compte de ce que les Vong ont fait là-bas.
Il se tourna en direction de la voix de Jaina. Elle se tenait légèrement en arrière de lui, son regard intense fixant le Ralroost. Un insigne de major était fixé sur le col de son uniforme et un sabre laser pendait à sa ceinture.
Yavin représentait notre enfance, pensa Jacen. Les Yuuzhan Vong l’ont emportée en même temps que la petite lune, laissant Jaina devenir une femme dure, fragile et tenace, avec peu de patience pour n’importe quoi mais qui dirigeait son escadron contre l’ennemi.
Le « Sabre des Jedi ». C’est ainsi qu’Oncle Luke l’avait nommée à la cérémonie qui l’avait élevée au rang de Chevalier Jedi.
Un tison brandi devant tes ennemis, un feu réconfortant pour tous tes amis, avait prodigué le Maître Jedi.
— Je pense, pour ma part, que ce sera l’espace Hutt, dit Jaina. Les Yuuzhan Vong ont leurs propres voies dans ce secteur depuis trop longtemps.
Ta vie est sans repos et jamais tu ne connaîtras de relâche car la paix que tu connaîtras sera celle que tu apporteras aux autres.
Luke avait également dit cela. Jacen ressentit un besoin de réconforter sa sœur et il lui passa un bras autour des épaules. Elle ne rejeta pas le contact mais ce n’est pas pour autant qu’elle l’accepta : c’était comme si son bras se trouvait enroulé autour d’un morceau de duracier.
Ce n’était pas un problème si elle accepte ou rejette mon aide, pensa Jacen.
Il la mettrait à sa disposition qu’elle le veuille ou non. Luke lui avait laissé le choix pour son affectation et il avait choisi celle qui le placerait près de Jaina.
Lorsqu’Anakin est mort et que Jacen avait été fait prisonnier dans un même temps par les Yuuzhan Vong, Jaina s’était laissé submerger par désespoir. Elle avait été appelée par le Côté Obscur, et lorsqu’elle retrouva son chemin en dehors de ces abysses, elle était encore plus fragile que Jacen ne l’aurait souhaité. Elle avait accumulé trop d’émotions négatives, hantée par la mort, par les mémoires de Chewbacca, d’Anakin, d’Anni Capstan et de tous les autres. Jaina lui avait avouée qu’elle ne s’attendait pas à survivre à cette guerre.
Ce n’était pas désespéré, insistait-elle ; elle avait temporairement vaincu son désespoir en glissant vers le Côté obscur… mais elle avait également jouée de chance.
Jacen avait voulu protester : « Si tu t’attends à la mort, tu ne combats pas pour la vie. » C’est pourquoi il s’était engagé comme volontaire dans la flotte de Kashyyyk, résolu du fait que si Jaina ne faisait pas tout son possible pour préserver la vie, il livrerait cette bataille en son nom.
— Je pense que Yavin est un bon choix pour un prochain raid, dit une autre voix. Nous avons eu vent d’escadrons Yuuzhan Vong au niveau de la Voie Hydienne, comme s’ils préparaient une route pour nous. Nous devrions bientôt faire route dans cette direction.
Corran Horn se tenait devant la baie d’observation. Le commandant de l’Escadron Rogue portait un uniforme abîmé de colonel datant de la guerre contre l’Empire.
— Yavin, dit-il. Bimmiel, Dathomir… quelque part par là.
Un sifflement poli signala un désaccord.
— Nous oublions que l’ennemi est derrière nous, siffla Saba Sebatyne. Si nous prenons Bimmisaari et Kessel, l’ennemi sera coupé en deux.
— Cela nous mènera à une grande bataille, dit Corran. Nous n’avons pas la force de nous battre seuls.
— Pourtant… intervint Jaina. Jacen sentit le pouvoir féroce de son calcul à travers leur lien. Elle avait probablement pensé au jour où la Nouvelle République aurait la faculté de passer à l’offensive.
Le Sabre des Jedi voulait frapper dans le cœur de l’ennemi.
La navette pénétra dans le hangar du Ralroost et se posa sur l’aire d’atterrissage. Le pilote droïde, une tête et un torse de métal installés sur la console d’instruments, ouvrit les portes de la navette. Sa tête pivota sur ses épaules pour faire face aux passagers.
— J’espère que votre voyage a été agréable, Maîtres. Regardez où vous mettez les pieds en sortant.
Les quatre Jedi sortirent de la navette et se dirigèrent vers le pont de l’Amiral Kre’fey. Un grand nombre de gens s’affairait en tous sens, montait des hovercrafts, ou travaillait sur les chasseurs. La plupart étaient des Bothans mais quelques uns d’entre eux étaient des humains ou une autre espèce de la galaxie. Jacen se rendit soudainement compte qu’il était la seule personne à ne pas porter un uniforme militaire.
Ils avancèrent à travers le vaisseau massif ; avec ses portes blindées ouvertes qui menaient jusqu’au centre de commande. Il y avait une inscription au-dessus des embrasures :
« Comment puis-je nuire aux Vongs aujourd’hui ? »
C’était ce que l’Amiral Kre’fey appelait sa Question Numéro Un, laquelle chaque être sous son commandement devait se poser chaque jour.
À certains moments, il avait entendu une réponse à cette question, songea Jacen.
Jacen tourna la tête alors qu’il passait la porte blindée, et de l’autre côté il vit la Question Numéro Deux de Kre’fey :
« Comment puis-je aider mon camp à devenir plus fort ? »
La réponse à cette question allait être un peu plus dure à trouver.
Les quatre Jedi se présentèrent à Snayd, l’assistant de l’Amiral Kre’fey, qui les emmena dans une salle de conférence. Jacen suivit les autres à l’intérieur de la pièce, et dans la faible lumière, il aperçut en premier l’Amiral Bothan Traest Kre’fey, qui ressortait en raison de la couleur inhabituelle de sa fourrure, le même blanc brillant que la peinture du Ralroost. Alors que les yeux de Jacen s’habitaient aux ténèbres de la pièce, il distingua d’autres officiers militaires, dont le Général Farlander, et un autre groupe de Jedi ayant ses quartiers sur le croiseur. Alema Rar, Zekk et Tahiri Veila. Jacen sentit la présence rassurante des autres le saluer à travers la Force, et il sentit ses sens en alerte se calmer.
— Salutations ! dit Kre’fey pour retourner le salut militaire des trois Jedi. Il fit un pas en avant pour serrer la main de Jacen. Bienvenue sur le Ralroost, jeune Jedi.
— Merci, Amiral.
Contrairement aux autres commandants militaires, Kre’fey avait été heureux de travailler avec les Jedi par le passé, et avait envoyé une requête spécifique à Luke Skywalker pour qu’il lui envoie plus de guerriers Jedi.
— J’espère que vous serez capable de nous aider dans cette prochaine mission, dit l’amiral.
— C’est pourquoi nous sommes ici, monsieur.
— Bien ! Bien. Kre’fey se tourna vers les autres. Donnez-vous la peine de vous asseoir. Nous commencerons dès que Maître Durron nous aura rejoint.
Jacen s’assit dans un fauteuil près de Tahiri Veila, le moelleux et doux cuir épousant la forme de son corps. La Jedi blonde lui adressa un sourire timide, ses pieds nus se balançant au dessus du tapis sous elle.
— Comment te sens-tu ? demanda-t-il.
Ses larges yeux se détournèrent pensivement tandis qu’elle réfléchissait à la question.
— Mieux, répondit-elle. Le lien psychique m’aide beaucoup.
La féroce et impulsive Tahiri avait aimé le frère de Jacen, Anakin, et était présente sur Myrkr lorsque ce dernier avait rencontré une mort héroïque. Dévastée par la disparition d’Anakin, l’ardent caractère pour lequel elle était connue avait tout bonnement trépassé. Elle avait renoncé, et bien qu’elle assurait toujours sa fonction de Jedi. C’était comme si elle jouait un rôle. Sa personnalité impétueuse avait disparu au profit d’une jeune femme tamisée et inquiétante.
Ce fut Saba Sebatyne, commandant reptilien de l’Escadron des Chevaliers Errants constitué de Jedi, qui avait suggéré que Tahiri pouvait rejoindre l’Amiral Kre’fey à Kashyyyk. Kre’fey voulait autant de Jedi que possible sous son commandement, pour former un lien psychique durant les combats, afin que tous les Jedi étant liés ensemble par la Force agissent en osmose. Saba avait insisté sur le fait que ce lien pouvait aider à penser les blessures mentales de l’un des Jedi dont l’esprit aurait été perturbé par la bataille, et ainsi, poursuivre le combat.
Apparemment, Saba était dans le vrai.
— Je suis heureux de l’apprendre, dit Jacen.
Sa propre expérience avec le lien psychique, sur Myrkr, fut encore plus ambiguë : si cela amplifiait les capacités Jedi, çà agrandissait également les disharmonies qui existaient entre eux.
Tahiri sourit rapidement et lui tapota le bras brièvement.
— Je suis contente que tu sois ici, Jacen.
— Merci. Je voulais être là. Il semble que ce soit l’endroit où l’on ait besoin de moi.
Il voulait expérimenter le lien psychique de nouveau et pensait que cela pouvait lui apprendre de grandes choses.
Les portes glissèrent et Kyp Durron fit son entrée ; l’humeur de la salle parut changer à ce moment. Certaines personnes, pensait Jacen, dégageaient une sorte d’aura autour d’elles. Si vous rencontriez Cilghal, vous saviez immédiatement que vous étiez en présence d’une guérisseuse ; Luke Skywalker irradiait l’autorité et la sagesse.
Quand vous regardiez Kyp Durron, vous saviez que vous aviez une arme surpuissante devant les yeux. Et Jacen ne savait pas encore vraiment comment on pouvait contrôler cette arme.
Le Jedi expérimenté aux cheveux noirs portait un uniforme ressemblant à ceux de la Nouvelle République, sans insignes pour montrer qu’il était à la tête d’un escadron de volontaires qui combattaient aux côtés des militaires mais sans en faire formellement partie.
Kyp et son unité, les Apôtres, avaient toujours tracé leur propre voie. Ils ne volaient pas avec Kre’fey parce qu’ils étaient sous ses ordres mais parce qu’ils l’avaient choisi.
Kyp et l’amiral s’échangèrent quelques salutations.
— Désolé d’être en retard, amiral, dit Kyp, montrant le databloc qu’il tenait dans une main. Je récupérais les derniers rapports. Et, hum – il hésita – certaines informations étaient du genre intéressantes.
— Très bien, Maître Durron. Kre’fey se tourna vers les autres. Maître Durron a mis au point un plan pour mener une action contre l’ennemi. Comme ceci est en parfait accord avec les objectifs établis par les amiraux Sovv et Ackbar, je lui ai donné mon entière approbation. Je pensais le présenter devant mes commandants vétérans et vous, chefs d’escadrons, pour voir si vous auriez quelque chose à ajouter.
Jacen regarda Tahiri, pris de court. Elle était aux commandes d’un escadron ?
Ses pieds toucheraient à peine les pédales de contrôle du cockpit d’un chasseur.
Il échangea un rapide coup d’œil avec sa sœur. Les plans de Kyp Durron, par le passé, avaient été extrêmement agressifs ; à Sernpidal, il avait mené en bateau Jaina et les militaires de la Nouvelle République en détruisant un vaisseau-monde ennemi, abandonnant un nombre incalculable de Yuuzhan Vong dans l’espace intergalactique et les condamnant à une lente et affreuse mort.
Kyp avait dit avoir changé dans les mois qui suivirent, et avait été nommé au Haut Conseil créé par le Chef de l’État et Luke Skywalker. Mais Jacen était préparé à examiner minutieusement chaque plan préparé par Kyp Durron avant de prendre sur lui-même de l’approuver.
Kre’fey se rendit à sa place au bout de la salle et s’assit sur un fauteuil à l’allure de trône. Kyp fit un signe de la tête à l’amiral et balaya les autres de ses yeux noirs. Jacen ressentit la fermeté de Kyp, sa conviction. Il pensa alors que c’était peut-être une bonne idée de s’y fier.
Lorsque les Vong nous attaquèrent, dit Kyp, leur voie avait été préparée à l’avance. Ils avaient déjà des agents infiltrés, des Yuuzhan Vong déguisés ou des traîtres comme Viqi Shesh. Et après nos premières rencontres avec les Yuuzhan Vong, l’ennemi s’aperçut qu’il y avait des dizaines de milliers de gens qui désiraient ardemment collaborer avec eux en attaquant et en réduisant en esclavage leurs compagnons, citoyens galactiques. (Il haussa les épaules.) Je ne désire pas spéculer sur les raisons qui ont conduit la Brigade de la Paix et ses ramifications à travailler pour l’envahisseur. Peut-être certains sont-ils simplement des lâches, peut-être que certains ont été achetés, peut-être que d’autres n’avaient pas le choix. Je suppose que beaucoup d’entre eux sont des opportunistes qui pensent s’être rangés du côté des vainqueurs. Mais je sais cela : à ce jour il n’y a pas eu de réelles sanctions à l’encontre de ceux qui complotent contre la Nouvelle République et qui travaille avec les envahisseurs. Les lumières ambrées de la pièce se réfléchirent dans les yeux de Kyp.
— Je propose de mettre en place une sanction, dit-il fermement. Je propose de frapper la Brigade de la Paix juste au centre de leur pouvoir. Je dis qu’il faut attaquer Ylesia, leur capitale, détruire leur gouvernement collaborationniste, et montrer à tout le monde dans la galaxie qu’il y aura une sanction pour toute collaboration avec les Yuuzhan Vong, et qu’elle sera conséquente.
Il y eu un moment de silence, et Jacen se tourna de nouveau vers Jaina.
Tu avais raison. L’espace Hutt après tout.
Corran Horn leva une main.
— À quel genre d’opposition faut-il nous attendre ?
Kyp pressa le databloc dans sa main et plusieurs hologrammes furtifs furent projetés sur le mur derrière lui.
— Nous n’avons pas d’informateur permanent sur Ylesia, admit-il, mais l’exportation la plus profitable de la planète est l’épice glitterstim, et plusieurs agents de la Nouvelle République y ont été en reconnaissance dans le but de lister les vaisseaux marchands. Ils nous ont informé de la présence de quelques guerriers Yuuzhan Vong : la majorité des Vong au sol semblent appartenir à la caste des intendants, qui aident la Brigade de la Paix à faire fonctionner le gouvernement.
— Il n’y a eu aucune flotte Yuuzhan Vong en orbite depuis la conquête d’origine, mis à part parfois des éléments de la flotte Vong, en majorité des coraux skippers et leurs transports, transitant par Ylesia pour se rendre ailleurs. Ce sur quoi nous devons insister, la Brigade de la Paix elle-même : les Yuuzhan Vong sont en train de bâtir à cet endroit un gouvernement « indépendant », avec sa propre flotte. Ils utilisent également les revenus du glitterstim pour engager des mercenaires. Voici les évaluations de nos agents en ce qui s’agit des équipements auxquels nous pourrions nous heurter.
L’écran éclaira de nombreux visages.
— Principalement des chasseurs, de types différents, continua Kyp. Il y a une douzaine ou plus de vaisseaux importants : nos informateurs pensent qu’ils étaient probablement en cale sèche dans des endroits tels que Gyndine ou Obroa-Skai quand les Vong les ont capturés. Les Vong ont alors fini les réparations par le travail des esclaves et livré les vaisseaux à leurs alliés.
— Ça a l’air simple, suggéra brièvement Tahiri dans l’oreille de Jacen. Mais je ne crois pas à la facilité de toute façon.
Jacen secoua la tête. Il ne pouvait pas être plus d’accord.
Kre’fey se leva de sa chaise.
— Excellent, Maître Durron ! gronda-t-il. Je vais consacrer les ressources de la flotte à cela, en incluant des croiseurs interdicteurs : assez pour que cette pseudo-flotte ne puisse pas s’échapper ! Quinze escadrons de chasseurs ! Trois groupes de vaisseaux importants – nous surpasserons l’ennemi à trois contre un !
Il leva une main recouverte de fourrure blanche et joignit ses doigts, comme s’il capturait une flotte ennemie dans son poing.
— Et alors, nous passerons outre l’ennemi et effacerons leur capitale depuis l’orbite.
Jacen sentit une hésitation mentale émanant de tous les Jedi dans la pièce. Même le visage de Kyp Durron reflétait l’incertitude.
La voix de Tahiri se fit entendre instantanément.
— Qu’en est-il des pertes civiles ?
Kre’fey fit un geste négligeant.
— La population d’Ylesia est très éparpillée, dit-il. Les civils étaient les esclaves des Hutts, travaillant dans les mines de glitterstim disséminées à la surface de la planète, et maintenant ils sont les esclaves des Vong, ou de la Brigade de la Paix, difficile à dire. La ville que les membres de la Brigade utilisent comme capitale est appelée Colonie Un, dorénavant Peace City, et il n’y a que peu d’esclaves à cet endroit. La majorité des habitants de cette ville sont des collaborateurs et sont coupables par définition.
Kyp Durron donna un coup d’œil grave à son databloc.
— Les derniers rapports montrent des quartiers esclaves partout dans la Colonie Un. Ils construisent des palais pour les leaders de la Brigade de la Paix, et un bâtiment pour abriter leur Sénat. (Il fit une pause.) Et ils creusent un immense refuge, au cas où quelqu’un tenterait un bombardement orbital.
— La destruction serait terriblement aléatoire, fit remarquer Tahiri.
Kre’fey fit signe de la tête, puis avança jusqu’à elle et la regarda avec ce qui ressemblait à un grand respect.
— J’ai de l’estime pour les traditions Jedi aspirant compassion pour les innocents, et du combat personnel précis avec un ennemi, dit-il. Mais mes propres gens n’ont pas votre entraînement. Ce serait trop dangereux pour eux de les envoyer sur la planète afin de différencier les innocents des coupables ; et je ne veux pas perdre de bons éléments dans un assaut au sol lorsque je peux accomplir la mission depuis l’orbite, en sécurité.
Kre’fey se tourna vers Kyp.
— Tous ces abris vont requérir une augmentation de la puissance de feu, et alors nous en viendrons à bout en une seule fois. (Ses yeux passèrent d’un Jedi à l’autre.) N’oubliez pas à qui nous avons affaire. Ils ont détruit des mondes entiers en envoyant des formes de vie étrangères depuis l’orbite. Pensez seulement ce qu’ils ont fait à Ithor. Ce que nous ferons ici est miséricordieux en comparaison.
Il agita la tête tristement.
— Et de toutes façons, tous ces esclaves seraient morts de leur travail, d’ici un an ou deux.
Jacen aurait pu voir de la logique dans l’argument de Kre’fey – et il se devait d’admirer un puissant et important amiral de la flotte pour s’être engagé dans un débat sérieux avec une fille de quinze ans – mais il pouvait également voir le revers de sa position. Tuer des civils était quelque chose que l’ennemi faisait. Le fait que les civils étaient des esclaves rendait leur mort encore plus injuste ; les forces de la Nouvelle République pourraient libérer les esclaves, de sorte que même si les Hutts y retournaient ils n’auraient aucun ouvrier pour leurs usines misérables…
— Capturons plutôt le gouvernement, intervint Jacen au moment même ou l’idée lui vint à l’esprit.
Kre’fey le regarda, surpris.
— Jacen ? dit-il.
Le Jedi releva la tête vers Kre’fey.
— Si nous capturons le gouvernement de la Brigade, que nous le passons en jugement et que nous l’exilons sur une planète-prison, ne serait-ce pas un meilleur coup de propagande que le simple fait de les bombarder ? Il se força à sourire. Ils tiendront dans un seul abri, non ? Comme vous le dites, cela rendra les choses plus faciles.
— Jacen marque un point, dit Kyp par-dessus les épaules de Kre’fey. Si nous détruisons Peace City, nous donnons un avertissement et après on en parle plus. Mais si nous traînons les traîtres en jugement, çà passera sur l’HoloNet durant des semaines. Celui qui pense à changer de camp aura à réfléchir à deux fois, et chaque collaborateur sera ébranlé dans ses bottes.
— Pas seulement cela, dit Jacen, mais une équipe peut être infiltrée dans Peace City pour devenir notre source d’informations permanente dans la capitale ennemie, et peut-être organiser la révolution là-bas.
La longue tête de Kre’fey passa de Jacen à Kyp et revint en place. Il lissa la fourrure blanche de son menton.
— Cela requière une mission plus élaborée – peut-être ne réalisez-vous pas à quel point. Avec le plan d’origine, peu de choses peuvent mal se passer. Nous entrons dans le système, combattons, gagnons notre victoire et repartons. Si l’ennemi est trop fort, nous nous enfuyons sans combat. Mais avec l’idée de Jacen, nous avons besoin de transporteurs, de vaisseaux de débarquement et de forces terrestres. Si les choses se passent mal au sol, nous subirons beaucoup de pertes juste pour les sortir de là. Si les choses se passent mal dans l’espace, ce seront les forces au sol qui pourraient rester en plan.
— Monsieur, dit Jaina, je me porte volontaire pour mener les forces terrestres.
Le Sabre des Jedi s’enfonçant droit dans le cœur, pensa Jacen.
Kyp se tourna vers Jaina, hésitant.
— Je, hum…
Pour la première fois, Jacen eu le privilège de voir Kyp Durron embarrassé.
— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, Brindille.
Les yeux de Jaina étincelèrent mais elle garda le contrôle de sa voix.
— Vous n’avez pas besoin de faire état de tant de protection vis-à-vis de moi, Maître Durron, dit-elle.
La surprise frappa Jacen. Il sentit une histoire ici, quelque chose entre Jaina et Kyp dont il ne connaissait pas l’existence. Maintenant, ce serait intéressant.
— Ah, ce n’est pas çà, dit Kyp à la hâte. C’est juste… (il consulta son databloc) que les dernières nouvelles d’Ylesia indiquent que vous avez une relation personnelle avec, hum, un de nos prisonniers potentiels.
À mesure que l’indignation de Jaina augmentait au même titre que son embarras, Kyp de retourna vers Jacen.
— Et Jacen aussi, bien entendu.
— Jacen également ? demanda Jaina, outragée.
Kyp regarda son databloc de nouveau et haussa les épaules.
— La Brigade de la Paix vient juste d’élire son nouveau président. C’est, hum, votre cousin Thrackan.
La confusion envahit le visage de Jaina.
— Ça n’a aucun sens, dit immédiatement Jacen.
— Désolé. Je sais que c’est un membre de votre famille mais…
— Non, dit Jacen, ce n’est pas çà. Je ne vais pas défendre Thrackan Sal-Solo sous prétexte qu’il est un cousin éloigné…
— Un cousin aussi vicieux qu’un slashrat et aussi glissant qu’un blob umgullien, ajouta Jaina.
Jacen prit une grande inspiration et continua, décidé à faire le point.
— J’allais seulement souligner, dit-il, que cela n’a aucun sens car Thrackan est un humain chauvin. Il à toujours voulu gouverner Corellia et expulser les autres espèces de la planète… Il n’aurait jamais conclu de marché si cela voulait dire collaborer avec une espèce non-humaine.
Kyp parut hésitant.
— Je suppose que l’histoire peut être fausse, dit-il, mais c’est diffusé partout sur l’HoloNet, photos à l’appui où l’on voit votre cousin prêtant serment devant le Sénat de la Brigade de la Paix.
Jacen vit le visage de Jaina s’endurcir.
— Bien, dit-elle, maintenant il me faut être du groupe au sol.
— Je devine que moi aussi, dit Jacen. Ce sera… enrichissant… de revoir cousin Thrackan.
Traest Kre’fey passa de Jaina à Jacen et vice-versa.
— Je dois dire que vous appartenez tous les deux à la plus intéressante des familles.
Kre’fey continuait de montrer son désaccord, mais il chargea dans l’éventualité son état-major « d’envisager » la possibilité d’un débarquement pour capturer le chef de la Brigade de la Paix. Pendant ce temps, Jaina montait à bord de la navette qui la ramènerait à ses quartiers sur le vieux Croiseur Dreadnaught, et elle faisait déjà état de ses ressources pour la bataille – elle avait laissé Tesar aux commandes de l’Escadron Soleils Jumeaux et emmena Lowbacca au sol avec elle. Elle aurait aimé que Tesar soit également avec elle, mais un Jedi devait rester auprès de son escadron pour le garder connecté au lien psychique… et empêcher ses nouveaux pilotes de faire quelque chose d’idiot, bien entendu.
Avant l’opération, elle avait fait endurer à son escadron autant d’exercices que possible. Le commandement avait détaché la moitié des pilotes vétérans afin de créer un « support » autour duquel de nouveaux escadrons seraient assemblés, comblant les trous avec des bleus, des pilotes inexpérimentés qui avaient besoin de tout l’entraînement que Jaina pouvait leur donner.
Les industries de la Nouvelle République s’étaient finalement mises sur le pied de guerre et envoyaient le matériel sur le front par millions de tonnes. Toutes les pertes subies par les militaires avaient finies par être remplacées – mais par des recrues inexpérimentées. Ce qui avait été perdu avait de l’expérience. Jaina était terrifiée à l’idée que l’Escadron Soleils Jumeaux soit impliqué dans une bataille majeure sans que ses pilotes ne soient prêts.
C’est pourquoi elle épaulait la stratégie actuelle de Kre’fey visant à frapper l’ennemi seulement là où les Yuuzhan Vong étaient vulnérables. Ses raids était organisés uniquement contre des cibles fragiles, instruisant moral et expérience contre un ennemi certain de perdre.
Elle pouvait seulement espérer que les Yuuzhan Vong ne s’attaqueraient pas à Kashyyyk, ou Corellia, ou Kuat, ou Mon Calamari : un endroit où la Nouvelle République aurait à combattre. Cela représenterait une boucherie dans laquelle son escadron serait chanceux s’il survivait…
— Curieux de penser à Tahiri comme chef d’escadron.
Le commentaire de Jacen interrompit le cours des pensées de Jaina.
— Tahiri est parfaite pour cela, dit Jaina.
— Ce n’est pas une crack, pourtant.
— Elle est plus expérimentée que nombre de ses pilotes – la plupart sont des bleus – et elle a bien combattu à Borleias. Kre’fey lui a assigné un bon second pour l’aider à organiser son équipe. (Elle sourit.) Ses pilotes sont très protecteurs vis-à-vis d’elle. Ils se nomment eux-mêmes l’Escadron Pieds Nus.
Jacen sourit à sont tour.
— C’est bon signe.
Jaina soupira.
— Le véritable problème des Pieds Nus est le même que le notre : un trop grand pourcentage de pilotes inexpérimentés. (Elle jeta un œil en direction de Saba et Corran Horn.) Certains chefs monopolisent toute la chance.
Corran émit un son étrange.
— Saba possède la véritable force d’élite ici. Qu’est-ce que je ne donnerai pas pour avoir une équipe constituée de Jedi…
Une lueur reptilienne passa dans les yeux de Saba et sa queue se convulsa.
— Il est dommage que vous, les Jedi humains, ne naissiez pas par couvée comme les Barabels. Le lien psychique qui existe ainsi est presque naturel.
Horn haussa un sourcil.
— Des Couvées de Jedi… C’est une idée intéressante.
Saba siffla d’amusement.
— Je peux certifier que cela marche.
— J’espère que votre voyage a été agréable, Maîtres. (La tête du droïde pilote pivota.) Regardez où vous mettez les pieds en sortant.
Quelques minutes plus tard, alors qu’ils s’étaient séparés de leurs compagnons et avaient commencé à marcher le long d’une des artères du croiseur en direction de leurs quartiers, Jaina se tourna vers Jacen.
— Kre’fey va te confier un escadron, dit-elle. Cela m’étonne qu’il ne te l’ait pas encore demandé.
— Je n’en veux pas.
— Pourquoi pas ? demanda Jaina, de façon plus prompte qu’elle ne l’aurait voulu.
Jacen avait toujours été en quête de d’explications toujours plus profondes des choses. Du coup, il se dépassait uniquement pour trouver les réponses qu’il cherchait. À certains moments, cela faisait de lui un guerrier, devenant ainsi, avec l’aide de sa propre maîtrise de la Force, un Jedi des plus puissants.
Mais il n’avait pourtant pas renoncé à être exaspérant.
— Je peux encore bien piloter et combattre, dit Jacen, mais je suis rouillé en ce qui concerne les procédures militaires, les protocoles et les tactiques. Je préférerai voler pendant un moment en temps que pilote ordinaire avant de me voir responsable de onze autres vies.
Jaina était embarrassée.
— Oh. Tu pourrais voler avec Tahiri, alors. Un autre Jedi dans son escadron serait un grand avantage pour elle.
— Mais pas pour cette prochaine mission, répondit Jacen. Pas Ylesia. Je veux voler avec toi jusqu’à ce que nous soyons tous deux parmi le groupe au sol.
Jaina secoua la tête.
— Ça se tient, dit-elle, nous trouverons une place pour toi.
Jacen semblait pourtant mal à l’aise.
— Que penses-tu du plan de Kyp Durron ? demanda-t-il. Est-ce que tu y vois quelque chose de secret ?
— Je pense que Kyp est au-dessus de cela. C’est ton plan qui me préoccupe.
Jacen fut stupéfait.
— Capturer le gouvernement de la Brigade ? Pourquoi ?
— Kre’fey avait raison en disant qu’une multitude de choses pouvaient mal se passer. Nous ne possédons pas assez d’informations sur Ylesia pour être certains que les atterrissages se dérouleront comme prévus.
— Mais tu as accepté de faire partie des troupes au sol.
Jaina soupira.
— Oui. Mais maintenant, je me demande si nous ne devrions pas attendre d’avoir de plus amples renseignements de la planète. Et par la même occasion, cela nous donnerait du temps pour réunir encore plus d’appareils.
Jacen n’avait rien à répondre à cela ; alors ils avancèrent péniblement le long du corridor sans parler, passant prudemment derrière un droïde en train de polir le sol. L’odeur de nettoyage les suivait. Jacen se décida à rompre le silence.
— Qu’est-ce qui se passe entre Kyp Durron et toi ? Je sens quelque chose de bizarre là-dessous.
Jaina se sentit rougir.
— Kyp ressent quelques… sentiments… à mon égard depuis peu.
Jacen la dévisagea avec surprise et sérieux. C’était ce sérieux que Jaina détestait le plus chez lui.
— Il est un peu trop vieux pour toi, tu ne crois pas ? demanda Jacen. Sérieusement.
Jaina essaya de refouler son mécontentement sur ce point.
— Je suis reconnaissante envers Kyp pour m’avoir aidé à revenir du Côté Obscur, dit-elle. Pour moi, c’est de la gratitude. Pour Kyp… elle hésita. Je préfère ne pas en parler. De toute façon, il est trop tard maintenant.
Jacen secoua la tête, gravement. Jaina arriva devant la porte de sa cabine et posa sa main sur la poignée.
— Eh ben, dit Jacen. Tu en as conquis un sacré nombre de cœurs durant mon absence. D’abord le fils du Baron Fel, et maintenant le Jedi le plus imprévisible de l’Ordre…
Sérieusement irritée, Jaina ouvrit la porte de la cabine, entra à l’intérieur, et fut ceinturée par une paire de bras dans l’obscurité. La pression était appliquée de façon experte au niveau de la jointure de ses coudes, puis l’agresseur la fit tourner sur elle-même. Une odeur familière, un arôme épicé des Régions Inconnues, éveilla ses sens et une bouche affamée se pencha sur elle.
Un instant après – et la durée de cette instant fut telle qu’elle n’oublierait pas – il lui vint à l’esprit de résister. Ses bras étaient fermement maintenus, elle invoqua alors la Force et jeta son assaillant à travers la pièce. Un fracas se fit entendre et des objets tombèrent d’une étagère. Jaina avança d’un pas vers la porte et alluma les lumières.
Jagged Fel gisait en travers de son lit. Il se passa une main derrière la tête avec précaution.
— Tu n’aurais pas seulement pu me donner une gifle ? demanda-t-il.
— Qu’est-ce que tu fais ici ?
— Je fais une expérience.
— Une quoi ? demanda Jaina, furieuse.
Ses pâles yeux verts rencontrèrent les siens.
— J’ai détecté une certaine ambiguïté dans tes derniers messages, dit-il. Je ne pourrai plus dire ce que tes sentiments à mon égard peuvent être, alors j’ai pensé qu’une expérience serait la bienvenue. J’ai décidé de te placer dans une situation où il n’y avait pas la plus petite ambiguïté, et voir comment tu réagis.
Un sourire insupportable se dessina au coin de sa bouche.
— Et l’expérience fut un succès.
— Exact. Tu es allé droit dans le mur.
— Mais juste avant il y a eu un bref moment ou tu à été très irritée. (Ses yeux se tournèrent vers la porte.) Salut au héros galactique. Ta mère m’a dit que tu t’étais échappé.
— Elle m’a dit qu’elle t’avait rencontré, fit Jacen, dans l’embrasure de la porte, se tournant vers Jaina. Tu as besoin de secours sœurette ?
— Va-t’en d’ici, dit Jaina.
— D’accord. (Jacen revint à Jagged Fel.) Content de t’avoir revu, Jag.
— Mes salutations à tes parents, dit Jag en esquissant un salut près de son sourcil marqué d’une cicatrice.
La porte coulissa derrière Jacen. Jag regarda Jaina et enleva de ses genoux les objets qui étaient tombés de l’étagère.
— Je peux me relever ? demanda-t-il. Ou vas-tu encore me mettre au tapis ?
— Essaye et tu verras.
Jag décida de rester assis. Jaina croisa les bras et se cala contre le mur aussi loin de Jag que la petite cabine le permettait.
— J’ai entendu dernièrement que tu balayais les Vong au niveau de la Voie Hydienne.
Il secoua la tête.
— C’est là que j’ai rencontré tes parents. C’est un travail important. Si les routes allant de la Bordure à ce qu’il reste du Noyau sont coupées, la Nouvelle République sera disloquée… enfin… en plus petits fragments qu’elle ne l’est déjà.
— Merci pour le cours. Je n’aurai jamais compris cela en un million d’années. (Elle fronça les sourcils devant lui). Donc tu as laissé ce travail important dans le but de te faufiler dans ma cabine et de mener à bien ton expérience ?
— Non. C’était en quelque sorte un bonus. Jag passa une main sur ses cheveux noirs coupés courts.
— Nous sommes ici pour une maintenance de routine. Depuis que mon escadron vole avec les Griffes des Chiss que la Nouvelle République ne possède pas dans son répertoire, il est difficile de trouver des ateliers de maintenance adaptés à nos équipements. Heureusement, les Destroyers de l’Amiral Kre’fey disposent de tout l’équipement nécessaire pour entretenir les modules de commandes des Chasseurs TIE Sienar Fleet Systems, et leurs magasins de pièces détachées sont capables de créer tout ce dont nous avons besoin pour nos vaisseaux. Il lui sourit. Une bien belle coïncidence, tu ne trouves pas ?
Jaina se radoucit.
— J’ai six pilotes inexpérimentés, avoua-t-elle. Et il y a une opération en préparation.
Il lui lança un regard inquisiteur.
— Tu ne comptais quand même pas les emmener sur un exercice à ce moment précis ?
— Je… elle hésita. Non. Là, tu m’as eue. Mais il y a une tonne de travail administratif, et…
— Jaina, dit-il, permets moi de te faire remarquer, d’un officier à un autre, que tu n’es pas obligée de faire tout le travail toi-même. Tu dois absolument apprendre à déléguer tes fonctions. J’en connais deux qui en sont capables, les lieutenants vétérans Lowbacca et Tesar Sebatyne, et cela ne fera pas que t’aider si tu partages le travail avec eux, çà les aidera à s’affirmer en tant qu’officiers.
Jaina se permit un maigre sourire.
— Alors c’est bénéfique pour mes officiers et mes pilotes que de passer la soirée seule dans ma cabine avec toi ?
Il secoua la tête en signe affirmatif.
— Précisément.
— Est-ce que tu joues au Sabacc ?
Jag fut surpris.
— Oui, bien sûr.
— Faisons une partie, alors. Il y a une très bonne table de Sabacc dans la salle principale.
Il la regarda sans rien dire. Elle élargit son sourire et dit :
— J’ai joué à ton petit jeu, ici, dans cette cabine sombre. Maintenant, tu peux jouer au mien.
Jag soupira lourdement, puis se leva et se dirigea vers la porte. Alors qu’elle marchait devant lui pour ouvrir la porte, il serra ses mains derrière son dos.
— Je pourrai te faire remarquer, dit-il, que si tu choisis de m’embrasser à cet instant, je serai absolument impuissant pour t’en empêcher.
La jeune femme considéra ses propos, puis pressa ses lèvres contre les siennes, leur accordant cette chaleur l’espace de trois battements de cœur. Après quoi, elle ouvrit la porte et le conduisit à la salle, où elle le dépluma à la table de Sabacc, lui laissant juste assez pour commander un verre de jus de juri.
Son père aurait été fier d’elle.
Jag contempla les restes de sa fortune avec un mince froncement de sourcils.
— On dirait que j’ai lourdement payé pour ce baiser volé, dit-il.
— Oui. Mais tu as également payé d’avance pour d’autres.
Jag haussa son sourcil marqué.
— C’est bon à savoir. Quand pourrais-je les recevoir ?
— Dès que nous trouverons un endroit privé approprié.
— Ah. (Il sembla se réjouir.) Serait-il précipité de suggérer d’y aller immédiatement ?
— Pas du tout. Elle se leva de la table. Juste une chose…
Il se remit sur pieds et prit son ridicule uniforme noir impeccable.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Je crois que tu seras d’accord avec moi pour ne pas faire tout le travail. J’ai l’intention de t’en déléguer une part équitable.
Jag acquiesça de la tête.
— Très bien, Major.
— J’espère que cela contribuera à vous affirmer en tant qu’officier.
— Oh. J’en suis sûr, fit-il en la suivant en dehors de la salle.
Thrackan Sal-Solo regarda à travers la fenêtre de son bureau le désordre qui régnait à Peace City : des constructions à demi achevées couvertes d’échafaudages, un sol couvert de saletés, des baraquements d’esclaves mêlés à une forme de vie extra-terrestre.
Et tout ceci est sous mon commandement… pensa-t-il.
Si, bien sûr, il pouvait évité d’être assassiné par un de ses loyaux sujets. Tel était le sujet de discussion présent.
Il se retourna vers la femme aux cheveux noirs qui était assise devant son bureau et qui contemplait la valise qui y était posée. Cette dernière contenait un kilogramme de glitterstim.
— Vous en aurez une comme celle-ci chaque semaine, dit-il.
Elle le regarda de ses yeux bleus de prédateur et découvrit ses dents blanches proéminentes.
— Et combien de personnes je dois tuer pour la gagner ?
— Vous n’avez à tuer personne. Ce que vous avez à faire est de me garder en vie.
— Ah. Un challenge. Dagga Marl adopta un air pensif puis elle haussa les épaules.
« Bien, ce sera un travail plus intéressant que tous les assassinats ennuyeux que le Sénat m’a confié.
— Si je suis amené à vous demander de tuer quelqu’un, dit Thrackan, je vous paierai en extra.
— C’est bon à savoir, dit Dagga alors qu’elle fermait la mallette et la déposait avec soin sous sa chaise.
Il revint de la baie vitrée à son bureau et grimaça en touchant la suture au niveau de son flanc gauche. Il massa la zone douloureuse, sentant sous son pouce la cicatrice affligée par le mauvais petit bâton d’Onimi. Thrackan jura que s’il rattrapait jamais Onimi, ce malin petit gnome défiguré serait en voie de perdre bien plus qu’un rein.
La première chose qu’il eut faite sur Ylesia fut de prêter serment en temps que Président et Commandant en Chef de la Brigade de la Paix. La seconde chose fut de rencontrer les chefs de la Brigade de la Paix, une expérience qui le laissa hésitant entre rire, pleurer ou courir en hurlant de terreur.
La Brigade de la Paix avait à l’origine prêté allégeance à quelque chose appelé l’Alliance des Douze. Peut-être avaient-ils été douze à un moment, mais ils étaient maintenant aux alentours de soixante et se nommaient eux-mêmes Sénat. Un regard horrifié avait montré à Thrackan qu’ils étaient : voleurs, renégats, criminels, esclavagistes et rebuts de non-humains. Ceux qui avaient trahi leur galaxie face à la terreur qu’étaient les Yuuzhan Vong ; et ce n’était pas comme s’ils l’avaient fait sans avoir la conviction que leur cause était juste. Ils faisaient passer les Hutts qui avaient édifié la colonie d’origine pour une congrégation de saints.
Les Hutts étaient morts : les Yuuzhan Vong avaient décimé toute la caste, puis avaient installé la Brigade de la Paix à leur place sans changer aucun des autres arrangements Hutts. Le corps décomposé du chef Hutt était encore affiché devant le Palais de la Paix, où le Sénat se réunissait, juste au cas où quelqu’un était tenté de nourrir une certaine nostalgie envers l’ancien ordre.
La plupart de la population de la planète était des esclaves, et beaucoup de ceux-là, bizarrement un certain nombre, étaient volontaires : des religieux extatiques qui travaillaient eux-mêmes jusqu’à la mort dans les manufactures de glitterstim en échange d’un souffle de bonheur quotidien dirigé sur eux par les acolytes télépathiques des Hutts, les t’landa Til. Les t’landa Til faisaient, pour beaucoup, parti du décor : ils avaient changés de seigneurs pour en adopter d’autres.
Thrackan n’aimait pas l’esclavage – pour les humains du moins – mais il supposait qu’il n’y avait pas d’autre alternative compte-tenu des circonstances. Les Yuuzhan Vong n’accorderaient pas l’usage de droïdes, donc quelqu’un devait creuser les fossés, bâtir les nouveaux grands buildings du centre de Peace City et traiter le glitterstim aditif qui représentait dans sa totalité la production planétaire d’Ylesia.
Le fils de Tiion Gama Sal avait été élevé dans une propriété, comme un gentilhomme, avec une armée de droïdes servants. À la place des droïdes, il avait besoin de quelqu’un pour assurer son confort.
Tout comme il avait besoin de quelqu’un pour l’empêcher d’être assassiné par le Sénat ou leurs relations. Ils avaient follement conspiré et commis des actes violents les uns envers les autres pour le contrôle des opérations du glitterstim, mais maintenant ils étaient unis contre leur nouveau Président.
Thrackan avait décidé qu’il avait besoin de trouver le tueur le plus efficace, le plus impitoyable, ayant le plus de sang-froid parmi tous et de le rallier à ses côtés. Et un regard vers Dagga Marl l’avait convaincu qu’elle était exactement ce qu’il cherchait.
Elle était mercenaire et complètement dénuée de sens moral, quelque chose que Thrackan pensait être à son avantage. Elle gagnait sa vie en temps que chasseur de primes ou assassin. Elle avait tué des gens pour le compte de la Brigade de la Paix, et elle avait assassiné une Brigade de la Paix en faveur d’une autre. Elle semblait parfaitement disposée à tuer la Brigade pour le compte de Thrackan, et c’est tout ce qu’il demandait.
La chose la plus importante en ce qui concerne Dagga fut qu’elle était assez élégante pour savoir qu’elle était aisée. Les autres pouvaient lui offrir une large somme pour tuer Thrackan mais ils ne viendraient pas à lui offrir un kilo d’épice par semaine.
L’épice était la seule chose sur Ylesia qui passait pour de l’argent. Les intendants Yuuzhan Vong gérant ses prétendues économies n’avaient pas encore vu un besoin de fonds. Leur principe d’économie primordial était que ceux qui obéissaient aux ordres et qui accomplissaient leur travail sans poser de question seraient récompensés par de la nourriture et un abri. Il ne leur était pas venu à l’esprit qu’une personne pouvait vouloir un peu plus que de la gelée organique à manger, une caverne membraneuse où vivre et un champignon démesuré pour s’asseoir. Une personne pourrait préférer vivre dans des halls en marbre en appréciant un bain avec des fixations dorées et le dernier modèle de vaisseau atmosphérique.
Dagga leva les yeux vers lui.
— Est-ce tout ce que vous attendez de moi aujourd’hui ?
Thrackan s’assit, ses doigts caressant la surface polie du bureau.
— Évaluez la sécurité ici dans mon bureau et dans ma résidence. Si vous ne pouvez pas arranger ce qui est mauvais, dites-le moi et je ferai le nécessaire.
Elle lui adressa un salut fortuit.
— Comme vous voulez, Chef.
— Et si vous pouvez me conseiller sur une personne fiable pour vous assister…
Elle se lança dans une réflexion.
— Je penserai à cela. La fiabilité n’est pas l’une des vertus les plus communes à la Brigade de la Paix.
— Ai-je parlé de Brigade de la Paix ?
Dagga sembla sursauter devant l’impétuosité des mots de Thrackan.
— J’ai dit fiable. Peu importe tant que c’est assez bon. Pourtant, admit-il, je les préfère humains. Un sourire naquit sur les lèvres de Dagga.
— Je vais dresser une petite liste, dit-elle.
Quelqu’un frappa à la porte. Dagga ajusta légèrement ses vêtements pour mettre en valeur ses capacités meurtrières, et Thrackan dit :
— Qui est-ce ?
C’était son chef des communications, un Etti du nom de Mdimu.
— Je vous demande pardon, monsieur, dit-il, mais le groupe avancé pour les manœuvres communes est entré dans le système.
— Quand est prévue leur arrivée ? demanda Thrackan.
— Ils se poseront sur le spatioport dans approximativement deux heures.
— Très bien. Envoyez le quednak au spatioport dès maintenant, et je suivrai dans mon landspeeder au moment opportun.
— Ah. Mdimu hésita. Votre Excellence ?
— Oui ?
— Les Yuuzhan Vong – ils n’aiment pas les machines, monsieur. Si vous arrivez au spatioport en landspeeder, ils pourraient considérer cela comme une insulte.
Thrackan soupira, puis expliqua lentement et simplement ce qu’un non-humain comme Mdimu était susceptible de comprendre.
— J’arriverai avant les Vong et alors je renverrai le landspeeder à son point d’attache. Je reviendrai avec les Vong à dos de bête. Mais je ne chevaucherai pas ces stupides herbivores flatulents à six pattes lents comme ce n’est pas permis jusqu’au spatioport lorsque je n’en ai pas l’obligation. Compris ?
Mdimu hésita puis acquiesça de la tête.
— Oui, monsieur.
— Et, s’il vous plait, dites aux équipes de construction de laisser leurs machines hors de vue lorsque les Vong sont dans la ville.
— Oui. Bien sûr, Votre Excellence.
Mdimu quitta la pièce. Dagga Marl et Thrackan échangèrent un regard.
— Et voilà comment construire une nation, dit-il.
La frégate Yuuzhan Vong, ressemblant à une large bande de vomi vert-brun, arriva escortée de deux escadrons de coraux skippers qui, eux, ressemblaient plutôt à des rochers insignifiants. Les gardes du corps officiels de Thrackan – à qui il n’aurait pas fait confiance pour défendre sa vie si c’était la fin sur Ylesia, et dont la plupart étaient probablement à la solde de diverses factions du Sénat de toutes façons – se rangèrent en ligne et présentèrent leurs Bâtons Amphi.
Les Bâtons Amphi. Une des exportations Yuuzhan Vong les plus ennuyeuses et dangereuses. Thrackan avait alloué à ses gardes du corps officiels un large espace car, comme l’expérience l’avait montrée, ils n’étaient pas très doués au maniement de l’arme que leurs donateurs Yuuzhan Vong leur avaient si gracieusement donnée. La semaine précédente, il avait perdu deux gardes, mordus durant l’entraînement par la tête vénéneuse de leur arme.
Suivi par son véritable garde du corps, Dagga Marl, Thrackan s’avança vers la frégate et attendit. Finalement, une partie de la coque disparut d’une façon ou d’une autre, et un objet tel une langue géante incrustée de verrues se déploya pour toucher la zone de débarquement. En bas de cette rampe vint se placer une double file de guerriers Yuuzhan Vong équipés d’armures et de Bâtons Amphi. Une fois en positon sur le pavé, ils furent suivis par le Commandeur Suprême Maal Lah, architecte de la capture de Coruscant par les Yuuzhan Vong.
L’apparence de Maal Lah était présentable pour un Yuuzhan Vong. À la différence de Nom Anor et de son plaeryin bol – cet œil de remplacement aussi large et mauvais que celui qu’il avait perdu – ou Shimrra, dont la face était si creusée et mutilée qu’elle semblait être passée à travers une moissonneuse batteuse, les traits réguliers de Maal Lah étaient encore reconnaissables. Il avait refoulé une impulsion de se mutiler lui-même en l’honneur de ses dieux vicieux, et avait privilégié la quantité de tatouages, tantôt bleu, tantôt rouge, sur tout son être. Thrackan pourrait à cet instant le regarder sans vouloir perdre l’appétit. S’il laissait sa vision devenir légèrement floue, les tatouages formaient un motif abstrait presque agréable.
Il nota pour lui-même d’essayer de garder sa vision comme cela pour le reste de la journée.
— Salutations, Commandeur, dit-il. Bienvenue sur Ylesia.
Maal Lah avait heureusement pris un traducteur avec lui, un membre de la caste des intendants qui avait sectionné une de ses oreille pour la remplacer par une créature brillante et semi-translucide à l’aspect de limace, que Thrackan préférait ne pas regarder.
— Salutations, Président Sal-Solo, dit Maal Lah par l’intermédiaire de son traducteur. Je viens pour vous rappeler votre soumission et pour ramener votre flotte à son obédience.
— Monsieur, commenta Thrackan.
Ces Vong sont subtiles en ce qui concerne la diplomatie.
— Les intendants sur Ylesia ont… érigé… votre damutek. Vous intéresserait-il de la voir ?
— Je vais d’abord passer en revue votre garde.
Thrackan resta en arrière de Maal Lah alors que le guerrier inspectait la Garde Présidentielle, espérant que si Maal Lah était accidentellement aspergé de poison, il pourrait prendre ses jambes à son cou avant que les soldats Yuuzhan Vong ne commencent à massacrer tous ceux présents. Heureusement, il ne se passa rien.
— Un monceau de minables sans aucun esprit de discipline, commenta Maal Lah alors qu’il marchait avec Thrackan en direction de leur monture.
— Je suis d’accord, Commandeur, dit Thrackan.
— Discipline et ordre pourraient leur être inculqués. Ce que je ne donnerai pas pour les voir aux mains du grand Czulkang Lah.
Ça pourrait être amusant, pensa Thrackan, sans savoir ce qu’était ou qui était Czulkang Lah. Thrackan avait toujours apprécié une bonne correction, à condition qu’il n’en soit pas le destinataire.
— Je vais destituer leur commandant, dit-il.
Leur commandant était un Duro, et par conséquent remplaçable. Il remplacerait le Duro par un humain, à condition qu’il puisse en trouver un qui soit suffisamment loyal.
— J’ose espérer que la flotte de la Brigade de la Paix est prête, dit Maal Lah.
— L’Amiral Capo m’assure qu’elle est bien entraînée et en état d’alerte ; et avide de servir aux côtés de leurs vaillants alliés, les Yuuzhan Vong.
En vérité, Thrackan ne nourrissait pas de grands espoirs en ce qui concernait la force hétéroclite qu’était la flotte de la Brigade de la Paix. En fait, il espérait vraiment que Maal Lah soit si écœuré qu’il exécuterait l’Amiral rodien Capo, ce qui lui permettrait d’offrir cet emploi à un autre humain. Mais uniquement, et encore une fois, s’il pouvait trouver quelqu’un à qui faire confiance. Cela a toujours semblé être un problème ici.
Se rendant compte qu’il était un peu trop vieux pour ce genre de choses, Thrackan suivit Maal Lah le long de l’échelle en forme de plante grimpante jusqu’à la tour résineuse violet-verte posée sur le dos d’une monture Yuuzhan Vong à six pattes : les puants quednak. Au signe du poignet de son intendant, la bête vacilla sur ses pattes et se mit en route vers Peace City à une allure lente. Thrackan pria pour que le balancement ne le rende pas malade.
Une paire de swoop biplaces auxquels on avait greffées des basals dovin s’élevèrent pour prendre position de chaque côté de la bête. Maal Lah ne faisait pas entièrement confiance aux gardes qui marchaient à ses côtés.
Thrackan jeta un coup d’œil à la double file de soldats Yuuzhan Vong trottant dans le sillage du grand reptiloïde. Peut-être que même ces guerriers se fatigueront pendant qu’ils parcouraient les vingt-deux kilomètres jusqu’à la Ville de la Paix à dos de quednak.
— Maintenant qu’un plus grand nombre de vos gens se trouve sur la planète, se risque Thrackan, je me disais que nous pourrions répondre à leurs besoins spirituels.
La réponse de Maal Lah fut sèche.
— Comment feriez-vous cela, Excellence ?
— Il n’y a pas de temples pour vos dieux, ici. Peut-être pourrions-nous en prévoir un pour votre peuple.
— C’est une offre généreuse, Excellence. Bien sûr, nous nous occuperions de la structure du temple ainsi que du prêtre, évidemment.
— Nous pourrions vous donner l’emplacement au moins.
— Oui, vous pourriez. (Maal Lah réfléchit un moment.) Comme beaucoup dans mon clan, j’ai toujours été dévoué à Yun-Yammka, le Massacreur. Ce serait un acte de dévotion que de favoriser son travail sur un nouveau monde. Bien sûr, ce travail requiert un sacrifice…
— Il y a beaucoup d’esclaves en vue de cela, dit Thrackan aussi chaleureusement que possible.
Maal Lah inclina la tête.
— Très bien. Aussi longtemps que vous êtes disposé à en donner un de temps en temps.
— Tout ce que nous pouvons faire pour nos frères.
Au moins, il pouvait être sûr qu’aucune des victimes ne serait humaine.
— J’ai déjà une partie de terrain en tête, ajouta-t-il.
Il le faisait avec certitude. Le terrain en question était adjacent à l’Autel des Promesses, où les t’landa Til administraient aux esclaves leur dose quotidienne d’euphorie télépathique. Les t’landa Til étaient réputés pour avoir le pouvoir sur toutes les espèces humanoïdes, et Thrackan était décidé à vérifier si cela incluait les Yuuzhan Vong.
Le spectacle des Yuuzhan Vong se roulant au sol sous l’effet du souffle extatique serait certainement plaisant. La scène serait encore plus jouissive si les puissants guerriers devenaient dépendants d’une dose quotidienne de communion cosmique, au même titre que les esclaves.
Il semblait dérisoire de sacrifier quelques non-humains au profit d’un régiment complet de fanatiques Yuuzhan Vong prêts à répondre au bon vouloir de Thrackan en échange de la foudre enthousiasmante journalière de leurs dieux.
Thrackan gloussa pour lui-même. Et Shimrra qui pensait être un expert dans l’art de la vengeance.
Il trouvait cette vision si agréable qu’il en manqua presque la déclaration suivante de Maal Lah.
— Vous devriez vous préparer vous et le Sénat à recevoir un visiteur spécial dans les prochains jours.
Il fallut quelques secondes à Thrackan pour mesurer l’importance de cela. Tous ses projets plaisants fondirent comme neige au soleil.
— Shimrra vient ici ? haleta-t-il.
Maal Lah gronda à son égard.
— Le Seigneur Suprême, corrigea-t-il sauvagement, restera dans sa nouvelle capitale jusqu’à ce que les dieux lui disent de faire autrement. Non, il s’agit de quelqu’un d’autre qui vous rendra une visite officielle. Avec celui-ci, vous signerez un traité de paix, d’aide mutuelle et de non-agression.
Un sourire barra le visage du guerrier.
— Préparez-vous à rencontrer le Chef d’État de la Nouvelle République.
Les étoiles brillèrent de milles feux avant de se trouver une place dans l’espace, et le système d’Ylesia revint à la vie sur les écrans de Jacen. Les alarmes résonnèrent en voyant que les vaisseaux en orbite autour de la planète étaient ennemis. Jacen s’approcha de Jaina, le leader de la formation, son Aile-X rangée habilement derrière le chasseur de sa sœur.
— Escadron Soleils Jumeaux, au rapport, dit la voix de Jaina dans l’intercom.
— Jumeaux Deux dans l’espace réel avec tous les systèmes optimaux, répondit l’ailier Neimoïdienne de Jaina, Vale.
— Jumeaux Trois, dit un autre pilote. Dans l’espace réel. Tous les systèmes optimaux.
Tous les pilotes firent leur rapport jusqu’à Jacen, qui avait été ajouté au vol de Jaina en tant que Jumeaux Treize. Il fit son rapport, la Force emplissant son esprit. À travers elle, il sentit les Jedi : le féroce et loyal Lowbacca et un Tesar stimulé à ses côtés ; Corran Horn déconcentré par son propre rapport d’escadron ; le sang-froid grisant de Saba Sebatyne et ses Chevaliers Errants. Et, plus disant avec les autres éléments de la flotte, la concentration de Tahiri, la détermination mélancolique d’Alema Rar, la confiance de Zekk et le pouvoir pur de Kyp Durron, un pouvoir qui ressemblait beaucoup à de la rage.
Et, la plus claire de toutes, Jacen sentit la présence de Jaina, son esprit enflammé par des calculs machinaux.
Le lien psychique Jedi envahit l’esprit de Jacen, un mécanisme de feed-back entre lui et les autres Jedi. Il était impressionné par le pouvoir de ce lien et par la façon dont il avait grandi depuis qu’il l’avait expérimenté pour la dernière fois sur Myrkr. À cet instant, c’était une bénédiction pour tous alors que sur Myrkr, cela les avaient divisés. Ici, ils étaient unis dans un but unique.
La sensibilité de Jacen vis-à-vis de la Force, avait grandi avec le lien psychique et il était ouvert aux autres vies autour de lui ; les pilotes non-Jedi de l’escadron des Soleils Jumeaux, et les autres à proximité, particulièrement les esprits disciplinés de l’escadron Chiss de Jagged Fel, qui volait à bâbord et légèrement derrière eux. Jag s’était porté volontaire avec son escadron pour ce combat, même si en théorie ils n’appartenaient pas au commandement de Kre’fey. Pourtant, Kre’fey s’était souvenu que les vétérans de Jag avaient fait partie de l’Escadron Soleils Jumeaux avant que celui-ci ne soit divisé, il avait donc accepté l’offre de Jag.
— Écoutez tous, fit la voix de Jaina sur la fréquence. Je sais que nous sommes supérieurs en nombre face à l’ennemi, mais ce n’est pas pour autant qu’ils ne nous tireront pas dessus pour de vrai. Ce n’est pas un exercice et vous pouvez être abattus si vous n’êtes pas vigilants. Je veux que chacun épaule son ailier et garde l’œil ouvert au cas où un ennemi manœuvrerait pour se placer derrière vous. Lowie, je veux ton vol à notre droite, une paire de klicks en arrière. Tesar, tu voleras au-dessus et en arrière.
« Au-dessus » était un terme dénué de sens dans l’espace mais c’était plus facile que de dire « à neuf degrés de mon axe et celui de Lowbacca », et Tesar savait ce qu’elle voulait dire de toute façon.
— Entendu, répondit Tesar tandis que Lowbacca poussait un grognement affirmatif.
— Rappelez-vous que Jag Fel est à notre gauche. Compris ?
Un chœur d’accusés de réception se fit entendre.
— Bien, approuva Jaina. Allons enseigner une ou deux choses à ces traîtres.
Jacen étaient impressionné. Il n’avait pas réalisé que Jaina était devenue un chef si efficace. Sa performance était d’autant plus impressionnante qu’il pouvait aussi la sentir, à travers le lien psychique, vérifier ses écrans alors qu’elle parlait, s’occuper des fréquences de communication et s’inquiéter de ses pilotes inexpérimentés en mettant au point des tactiques qui éviteraient qu’ils ne se tuent eux-mêmes.
Jacen maintint son chasseur en formation derrière celui de Jaina, en tant qu’ailier supplémentaire de Leader Jumeaux. Ses yeux étudièrent les écrans et constatèrent que l’armada entière de Kre’fey était sortie de l’hyperespace, trois détachements regroupés aussi près d’Ylesia que la masse obscure de la planète le permettait. Chacun des trois groupes était équivalent à la flotte entière de la Brigade de la Paix, et ils avaient la force ennemie piégée entre eux. Le seul espoir pour le commandant ennemi était de quitter l’orbite immédiatement et d’attaquer un des détachements de Kre’fey, espérant le briser avant que les autres n’arrivent pour achever le travail.
Un moment passa et le commandant ennemi ne fit aucune manœuvre. Son seul espoir réel lui filait entre les doigts.
Et alors la flotte ennemie se mit en mouvement, choisissant comme cible l’Escadron Soleils Jumeaux et le détachement derrière lui.
Le Chef d’État de la Nouvelle République était au milieu de son allocution devant le Sénat Ylesien lorsque l’un des assistants de Thrackan – un humain, évidemment – se mit à courir précipitamment de sa lointaine position pour le rejoindre et commença à lui chuchoter à l’oreille. Maal Lah, qui observait le discours d’un autre siège voisin, fut soudainement très occupé à parler dans l’un des villips qu’il portait sur les épaulettes de son armure.
Thrackan écouta le chuchotement agité de son assistant, puis secoua la tête et soupira.
— Je regrette la nécessité de cette interruption, commença-t-il en remarquant le regard fixe malveillant du Sénat se tourner immédiatement dans sa direction. Une flotte de la Nouvelle République est apparue dans l’espace Ylesien.
Il vit les augustes têtes sénatoriales se tourner les unes vers les autres en affichant une panique grandissante comme un brouhaha remplissant le hall. Thrackan se tourna vers le Chef d’État de la Nouvelle République.
— Vous n’avez dit à personne que vous veniez, n’est-ce pas ? demanda-t-il.
Si ce n’était pas une extrême urgence au cours de laquelle il pouvait se faire tuer, Thrackan aurait très bien pu apprécier cela.
— Ce sont des rebelles, proclama le Chef d’État de la Nouvelle République. Des rebelles contre l’autorité légitime. Ils n’oseraient pas faire feu sur leur leader !
— Peut-être, suggéra Thrackan, pourriez-vous vous soucier de prendre le communicateur et de leur ordonner d’arrêter.
Le Chef d’État hésita puis descendit du podium.
— C’est le genre de mésentente qui ne peut être réglée que plus tard. Peut-être pourrions-nous, hum, chercher un refuge en premier lieu.
— Une excellente idée, dit Thrackan avant de se tourner de nouveau vers le Sénat. Je suggère que les honorables membres se dirigent vers l’abri.
Comme quelques-uns se précipitaient très rapidement vers la sortie, il ajouta :
— De façon ordonnée !
Comme si cela pouvait servir à quelque chose. Ses mots semblèrent seulement accélérer leur envol, les bureaux se renversèrent alors que les fondateurs du noble Sénat Ylesien se coinçaient épaules contre épaules dans les portes.
Thrackan se tourna vers Maal Lah et haussa les épaules. Ces gens n’avaient pas trahi leur propre galaxie par excès de courage et il ne pouvait pas dire qu’il était surpris par leur bravoure.
Le Commandeur Yuuzhan Vong aboyait dans son petit villip accroché à l’épaule. Son traducteur s’approcha furtivement de Thrackan.
— Le Commandeur Lah est en train d’ordonner aux forces qui étaient déjà en transit pour se joindre aux manœuvres de venir immédiatement.
— Très bien. La Commandeur va-t-il rejoindre son vaisseau de commandement ?
— La distance jusqu’au spatioport est trop grande.
Seulement si vous voyagez à l’allure d’un gros reptiloïde répugnant de la taille d’un Hutt.
— Je peux proposer la salle de commandement de notre refuge, dit Thrackan.
— Le Commandeur n’a pas besoin d’abri, dit le traducteur. À la place, il va prendre la tête des troupes ici, dans la capitale.
— Excellent ! Je suis sûr que nous sommes entre de bonnes mains.
Maal Lah acheva sa conversation à sens unique et se tourna enfin vers Thrackan, ses doigts enroulés autour de son bâton d’officier.
— Je vais devoir réquisitionner votre Garde Présidentielle et vos paramilitaires.
— Bien sûr, dit Thrackan. Soyez mon obligé. Il feignit la réflexion et ajouta : C’est dommage que les dieux Yuuzhan Vong soient opposés à la technologie. S’ils ne l’étaient pas, nous aurions installé des boucliers planétaires et serions parfaitement en sécurité.
Maal Lah lui décocha un regard mortel et pendant un moment, le rein de Thrackan picota à la pensée qu’il avait été trop loin.
— Allez-vous mener vos forces à la bataille ? demanda Lah. Ou allez-vous rejoindre le refuge comme les autres ?
Thrackan leva les mains.
— Je regrette de ne pas avoir d’entraînement militaire, Commandeur. Je laisse tout cela aux professionnels.
Il se tourna vers Dagga, qui avait attendu poliment derrière lui pendant ce temps.
— Venez, Marl.
Il quitta la salle d’un pas rapide mais digne, Dagga sur les talons.
— Allez-vous vous réfugier comme les autres ?
Il lui offrit un large sourire.
— Je peux faire mieux que me cacher dans un trou sans porte de derrière, répondit-il.
Le sourire froid de Dagga répondit au sien.
— Très bien, monsieur, dit-elle.
— Je vais aller aux docks derrière le Palais Présidentiel et prendre mon landspeeder sur la route la plus rapide en dehors de la ville.
Le sourire de Dagga s’élargit.
— Oui, monsieur.
— Pouvez-vous conduire rapidement, Marl ?
Elle acquiesça de la tête.
— Je le peux, monsieur. Très rapidement.
— Pourquoi ne conduiriez-vous pas, alors ? Pendant que j’utilise le rasoir que j’ai laissé sur le siège arrière et que je me change avec des vêtements frais.
Partie 2
— Bombe furtive larguée, fit la voix de Jaina à travers les écouteurs de Jacen. Changement de cap, trente degrés.
— Bien reçu, Leader Jumeaux, dit Jacen.
Jacen resta en formation derrière l’Aile-X de Jaina alors que le chasseur se dégageait de la flotte ennemie, laquelle était prête à venir se déchaîner dans cette partie de l’espace dans à peu près dix secondes. Puis, il se servit de la Force pour aider Jaina à pousser la bombe furtive vers sa cible, un croiseur de classe République qui était à la tête des forces de la Brigade.
— Chasseurs ennemis en approche, droit devant.
Jacen avait déjà senti les pilotes ennemis dans la Force. Après avoir choisi l’un d’entre eux comme cible, il ouvrit le feu là où il savait qu’elle serait et fut récompensé par explosion signifiant que le pilote n’avait pas levé ses boucliers à temps. Jacen vira vers une autre cible et tira, un nouveau tir de déviation qui, cette fois, explosa en partie contre les boucliers de l’appareil, les restes du missile allant exploser au loin. La formation ennemie explosait tel un feu d’artifice, chaque appareil étant détruit par les binômes de l’escadron Soleils Jumeaux. À ce moment, la bombe furtive de Jaina s’écrasa contre le croiseur ennemi, transformant sa proue en un gigantesque incendie.
Jacen suivit Jaina et parti via une montée en tire-bouchon à la poursuite des chasseurs ennemis – des Ailes-E – et le Jedi choisis ce moment pour étendre sa zone de perception. Il sentit Corran Horn réaliser un carton sur une frégate ennemie, les Chevaliers Errants détruire méthodiquement un vol d’Ailes-B, mais ces faits ne l’importait en rien – cela ne sollicitait pas son attention ni n’altérait son pilotage ; c’était juste là, au fond de son esprit.
— Reste en formation, Vale ! dit Jacen à l’ailier errant de Jaina.
— Oh ! Pardon !
— Pas de discussions sur ce canal, réprimanda Jaina. Je vire à droite… maintenant.
Vale dériva régulièrement plus loin de sa position assignée pendant cette manœuvre et, à travers la Force, Jacen perçut la concentration intense d’un pilote d’Aile-E essayant de la placer dans sa ligne de mire. Jacen s’éloigna délibérément de sa place désignée pour décrire une courbe en S. Alors qu’il faisait cela il était conscient à travers le lien psychique que Jaina savait exactement ce qu’il faisait et pourquoi.
— Virage à gauche de trente degrés, dit Jaina, qui avait fait virer son chasseur et celui de Vale dans ce que le pilote ennemi pensait certainement être une situation parfaite…
À l’exception faite que cela l’amena droit dans le collimateur de Jacen. Il décocha une puissante rafale de quadri-laser et vit les boucliers de l’Aile-E s’effondrer sous le tir de barrage concentré. Jacen tira de nouveau et l’Aile-E se désintégra.
Le cœur de Jacen fit un bond lorsque l’ailier de l’Aile-E risqua un tir et décocha une rafale de triple laser sur ses boucliers, qui lâchèrent. Jacen zigzagua, l’Aile-E aux trousses, jusqu’à ce que le propre chasseur de Jaina ne tourbillonne en une gracieuse et longue série de boucles. Elle et Vale réduisirent alors le Brigadier et son vaisseau en atomes.
Alors qu’elle le doublait, Jacen put voir la satisfaction sinistre de Jaina à travers le cockpit, et elle agita ses ailes à son attention tandis qu’elle se remettait en position.
Puis il sentit son humeur changer et il sut qu’elle était en train de recevoir des ordres sur le canal de commandement.
— Soleils Jumeaux, dit-elle, regroupement. En formation avec moi. Nous allons couvrir le groupe au sol.
Jacen savait qu’elle était réticente à quitter le combat une fois qu’il était engagé, mais il savait également que la bataille était en faveur de la Nouvelle République. Les forces en présence étaient à peu près équivalentes, mais le personnel de la Brigade de la Paix n’était simplement pas au niveau. Quelques pilotes mercenaires leurs donnaient un bon acompte, mais les vaisseaux capitaux ne combattaient pas très bien, et certains d’entre eux déversaient des capsules de sauvetage même s’ils n’avaient pas encaissé de coups critiques. Une paire d’escadrons de chasseurs ennemis fuyaient la bataille aussi vite qu’ils le pouvaient, des Ailes-A aux trousses. Les deux détachements additionnels de Kre’fey entreraient bientôt en scène, faisant définitivement pencher la balance en faveur de la Nouvelle République, et à ce moment Jacen ne serait pas surpris de voir quelques vaisseaux de la Brigade de la Paix se rendre.
C’était bon de sentir de nouveau l’ennemi dans la Force, pensa Jacen. Les Yuuzhan Vong étaient un vide dans la Force, un trou noir dans lequel sa lumière disparaissait. Ces Brigadiers constituaient enfin une part de l’univers vivant, et parce qu’il pouvait les sentir dans la Force, Jacen pouvait anticiper leurs actions. Comparés aux Yuuzhan Vong, ces gens étaient faciles.
Faciles à détruire. Il éprouva une vague de mélancolie à la pensée de cette nécessité : ces cibles ne devraient pas être des cibles ; elles devraient se battre du côté de la galaxie contre les envahisseurs. Au lieu de cela, ils avaient choisi de trahir les leurs et Kyp Durron et Traest Kre’fey étaient déterminés à leur infliger une sentence.
— Nous allons atterrir au spatioport, dit Jaina.
Et aussi attirer le feu, savait Jacen. Donc ils pourraient prendre connaissance de l’emplacement des défenses et les frapper avant que les forces au sol, dans leur vaisseau de débarquement blindé brillant, ne tentent leur assaut.
— Configurez vos stabilisateurs pour l’atmosphère, dit Jaina.
L’Aile-X adopta une forme en I alors que les volets se repliaient ensemble pour devenir des ailes. La planète bleue fila sous eux… puis ils virent une tâche verte, un des petits continents montagneux. Jaina dirigea son chasseur vers lui, Jacen et les autres à sa suite.
L’appareil de Jacen fut secoué par les turbulences de l’atmosphère. Des flammes léchèrent ses boucliers avant. S’il regardait par dessus son épaule, il pouvait voir des vagues soniques roulant sur ses volets comme une toile d’araignée. La terre verte devint plus grande.
À ce moment, de nouveaux symboles apparurent sur ses écrans et sa propre voix fit écho au cri de Jaina.
— Skips ! Coraux Skippers, droit devant !
Les chasseurs ennemis étaient en train de s’élever du spatioport, deux escadrons de valeur, leurs basals dovins les arrachant à la gravité planétaire. Dans leur sillage vint une cible plus importante, une frégate. Les Yuuzhan Vong visaient clairement la force d’assaut qui tournait au-dessus de la planète, en orbite haute, escortée par une paire de frégates et les Hurlants, un escadron d’Ailes-X débutant sous les ordres d’un capitaine de vingt-trois ans. L’escorte pourrait probablement s’occuper des agresseurs, finalement, mais les Yuuzhan Vong pourraient sérieusement endommager le groupe d’assaut dans un même temps.
— Accélération ! Poussé maximale ! appela Jaina. Les Soleils Jumeaux obéirent en poussant leurs moteurs au maximum.
Ils étaient en bonne position pour bondir sur l’ennemi alors que les Yuuzhan Vong se hissaient dans les couches supérieures de l’atmosphère. Jacen étudia ses écrans et calcula les angles, les trajectoires…
— J’ai une bombe furtive, Leader Jumeaux, dit-il. Laissez-moi tenter un assaut sur la frégate. À travers le lien psychique Jedi, il sentit Jaina faire ses propres calculs.
— Jumeaux Treize, décida-t-elle, après-vous.
Jacen fit plonger le nez de son appareil et l’orienta vers la portion d’atmosphère où la frégate serait susceptible, pensait-il, de passer dans les prochaines vingt secondes standards ou plus. Le point de contact était difficile à déterminer : il ne pouvait pas sentir la frégate dans la Force et Jacen aurait à faire une évaluation basée sur ce qui était apparu sur ses écrans.
Soudain, il sentit le pouvoir de la Force enfler dans son corps comme s’il venait juste de remplir ses poumons d’un pouvoir universel. Les calculs se bousculèrent dans son esprit, plus vite qu’il ne l’aurait crut possible. Dans le lointain, il réalisa qu’il pouvait détecter le vaisseau ennemi – pas par sa présence dans la Force mais par son absence, un vide glacé dans l’univers de la vie.
Il y avait des Jedi à proximité qui n’avaient pas encore engagé le combat contre cet ennemi : Tahiri, Kyp Durron, Zekk et Alema Rar. Comme ils n’avaient pas été distraits par le combat, ils venaient juste de lui transmettre leur pouvoir à travers le lien psychique Jedi, lui envoyant de la force et de l’aide pour ses calculs. Il sentit le métal froid du mécanisme de largage de la bombe dans son poing et le poussa.
— Bombe furtive lâchée.
— Tirant vers lui son manche à balai tout en donnant de la puissance aux moteurs, il tira une paire de missiles à concussion.
La bombe furtive était un missile sans mécanisme de propulsion, bourré à la place d’explosifs de la tête à la queue qui serait soit laissée à la dérive vers sa cible, soit poussée à l’aide de la Force. L’absence de propulseurs rendait la bombe très difficile à détecter pour les Yuuzhan Vong et les explosifs surpuissants lui donnait un punch fantastique lorsqu’elle touchait quelque chose.
Les deux missiles à concussion étaient là pour distraire les Yuuzhan Vong : si l’ennemi accordait de l’attention aux deux missiles, arrivant sur une trajectoire différente alors ils seraient moins enclins à repérer la bombe furtive se dirigeant sur eux.
Jacen envoya des remerciements à travers le lien psychique. Puis, il sentit les Jedi se flétrir au sein de ses perceptions. Kyp Durron, comme les autres, rejoignit le combat plus activement.
Les trois éléments de la flotte de Kre’fey venaient de se regrouper, pensa Jacen, avec les forces de la Brigade de la Paix piégées entre eux. Les Brigadiers étaient sur le point de perdre leur flotte entière.
Le nez de l’Aile-X de Jacen se pointa plus haut, vers le spatioport rougeoyant et affaibli suite au passage de l’escadron Soleils Jumeaux. Cette manœuvre plaça la frégate au-dessous de lui dans une position de tir parfaite, les tirs pouvant pratiquement être dirigés sur la queue de l’engin. Il vit les projectiles du canon à plasma et les missiles arrivant sur lui, et les évita brusquement pendant quelques secondes, jusqu’à ce que la bombe furtive touche le vaisseau Yuuzhan Vong et en emporte l’avant. En plus du nez vinrent les basals dovins utilisés pour la défense, et les deux missiles à concussion touchèrent au but.
Ce qui mena la frégate Yuuzhan Vong à sa perte ne fut pas les dommages mais l’effet aérodynamique. Si le vaisseau avait été dans le vide spatial, il aurait probablement survécu mais son destin était scellé par l’atmosphère d’Ylesia. La frégate commença à serpenter l’air comme une fusée blanche éclairante hors de contrôle alors que le vent s’emparait de sa section arrière déchirée. Des morceaux se détachèrent et volèrent au loin, partant en vrille vers le bas ; alors le vaisseau devint complètement incontrôlable et entama une spirale mortelle vers le sol de la planète.
L’attention de Jacen était déjà reportée sur le combat se déroulant au-dessus de lui. Jaina et Jag Fel avaient renvoyé à l’expéditeur les coraux skippers et avaient fini par en abattre trois, leurs épaves en feu plongeant à travers le ciel, mais la bataille était maintenant devenue une mêlée. Encore une fois, l’aérodynamisme était en faveur de la Nouvelle République : un corail skipper avait tout l’air d’une brique mais les Ailes-X, avec leurs volets repliés, constitués des vaisseaux atmosphériques décents et manœuvrables. Jacen sentit pourtant la tension de Jaina à travers le lien : la moitié de l’Escadron Soleils Jumeaux était encore des débutants, de la chair à canon facile pour des ennemis vétérans ; et les Yuuzhan Vong volaient en donnant cette impression.
La traînée d’un tir d’Aile-X plongea devant Jacen au moment où il grimpait, et il vit un éclair alors que le pilote s’éjectait. Des fragments de corail yorik enflammés percutèrent les boucliers du Jedi : cela signifiait qu’un autre corail skipper avait été abattu.
Jacen serait trop désavantagé s’il fonçait droit dans la bataille, donc il contourna le combat et passa au dessus de la mêlée avant de lancer son vaisseau dans un plongeon. Il sentit les surfaces de contrôle mordre l’air tandis que l’Aile-X accélérait, et trouva une cible devant lui, un corail skipper qui manœuvrait au niveau de la queue d’une Aile-X qui semblait errer là par hasard, comme un dewback cherchant son troupeau – sans doute un des bleus de Jaina. Jacen un tir de déviation, jumela ses lasers et ouvrit le feu ; et seulement quand il vit le corail skipper exploser derrière lui le débutant se mit à paniquer, lançant son chasseur partout dans le ciel pour éliminer une menace que Jacen avait déjà enrayée. Le Jedi poursuivit son vol et vit un corail skipper pris en chasse par une Griffe Chiss, le basal dovin du Yuuzhan Vong s’emparant brusquement des tirs de laser de son poursuivant alors qu’il volait. C’était une fois de plus un tir de déviation hasardeux mais Jacen lança prudemment son chasseur aux trousses de l’ennemi dans une courbe régulière… et se rendit compte que se serait trop court, l’ennemi dansant juste devant ses tirs. Sa frustration mit ses nerfs à l’épreuve et il était sur le point d’ordonner à son astromec de vérifier ses contrôles quand il réalisa que tout était dû à l’air – l’atmosphère avait trop ralentit le chasseur. Il décocha un missile à concussion et fut récompensé en le voyant démolir le flanc du Yuuzhan Vong. Le corail skipper, résistant, se maintint en vol mais son basal dovin fut distrait et le tir suivant du pilote Chiss désintégra l’appareil.
Le cœur de Jacen fit un bond lorsqu’il réalisa qu’il était en danger, et il tira brusquement son manche à balai vers la droite alors que les tirs éclataient devant son dais. Il avait passer trop de temps à aligner sa cible précédente et un ennemi avait pris une longueur d’avance. Il exécuta une manœuvre en tire-bouchon à travers l’étendue tourbillonnante d’appareils de chasse et tenta de semer son poursuivant et quand il cessa son esquive, il se rendit compte qu’il y avait un ennemi droit devant lui, volant sur sa trajectoire et s’alignant sur une Griffe. Jacen le balaya d’une rafale de quadri-lasers.
Il était en plein dans la mêlée maintenant, il tira le manche à balai vers lui pour remonter et répéter l’opération. Les autres avaient ralenti pour manœuvrer et constituaient des cibles faciles pour quiconque venait du dessus. Il doutait de pouvoir réaliser trois frappes à chaque passage mais il n’y avait aucune raison de ne pas essayer.
Jacen exécuta une boucle paresseuse alors qu’il analysait le combat à travers son cockpit, puis il roula à moitié verticalement et dériva de l’énergie aux moteurs. Un cri soudain se répercuta à travers l’intercom :
— Je viens de perdre mon bouclier arrière ! Quelqu’un ! Ici Jumeaux Deux – Je viens de perdre un moteur ! Au secours !
Jumeaux Deux était l’indicatif de Vale, l’ailier débutant de Jaina – certainement perdue et sans couverture. Jacen sentit la tension de sa sœur augmenter à travers le lien psychique tandis qu’elle cherchait après son équipière, et il scanna la masse de chasseurs emmêlés alors qu’il se rapprochait, voyant une Aile-X à la queue en feu dansant furieusement, une paire de skips aux basques.
— Décrochez à gauche Jumeaux Deux, appela-t-il. Je vous ai.
— Je décroche à gauche. De la panique et du soulagement étaient audibles dans la réponse de Vale.
Jacen heurta les confins de l’atmosphère et l’Aile-X ralentit comme si elle avait percuté un lac de mercure, puis il fit pivoter son chasseur pour l’amener à portée de tir du corail-skipper leader. Ses lasers firent sauter le dais et envoyèrent le vaisseau dans une spirale sans fin vers le sol. Le second ennemi esquiva ses lasers et Jacen lança son chasseur dans un virage des plus serré, l’atmosphère secouant l’engin, diminuant sa vitesse. L’ennemi engloutit son missile à concussion au moyen de son basal dovin et attrapa ses tirs de lasers de la même façon, mais Jacen vit Vale partir comme une flèche se mettre en sécurité, profitant de l’inattention de son poursuivant. À ce moment, les tirs ennemis étaient en train de s’enfoncer dans les boucliers de Jacen, et il rejoignit les sommets de l’atmosphère et essaya de semer ses adversaires, donnant un coup de poing sur l’accélérateur.
Il avait trop ralenti, perdant de la vitesse, de la manœuvrabilité et des possibilités. Un ennemi l’avait repéré et planait derrière sa queue, enchaînant tir sur tir alors que le Jedi tentait désespérément de regagner de la vitesse et de l’habileté dans ses manœuvres…
L’astromec de Jacen hurla lorsque le bouclier arrière rendit l’âme. Il y eu une explosion que le garçon ressentit à travers son échine, et le manche à balai ne répondait plus à ses mains gantées. L’Aile-X vira abruptement vers la gauche. L’appareil ralentit tellement que le corail skipper dépassa son objectif, passant à quelques mètres du dais de Jacen, et sa tête pivota alors qu’il regardait frénétiquement dans toutes les directions, essayant de repérer toute menace supplémentaire…
Et il y en avait. À l’extrémité de ses volets gauches, ses griffes plantées dans les canons lasers jumelés, se trouvait un grutchin, une des créatures insectoïdes Yuuzhan Vong mangeuses de métal parfois lâchées avec leurs missiles. Un grutchin dont les yeux noirs malveillants fixèrent Jacen avant de se remettre à son travail et dévora tranquillement le métal en haut à gauche des volets.
Jacen plongea pour gagner de la vitesse, faisant fonctionner les contrôles follement pour maintenir l’Aile-X équilibrée malgré le poids et fit trainer la menace sur le grutchin pour le déstabiliser. Alors que la vitesse augmentait, il fut récompensé en voyant le grutchin planter ses griffes plus fermement dans ses volets, voûté à cause des bourrasques qu’il recevait. Le Jedi sentit ses lèvres se retrousser en un sourire sévère. Il avait espéré que le vent détacherait le grutchin mais cela venait en deuxième : la créature ne pourrait dévorer son vaisseau aussi longtemps qu’elle utilisait sa force pour s’agripper.
Jacen tira sur le manche et alimenta ses moteurs. Le seul moyen de venir à bout du grutchin était d’ouvrir le cockpit et de tirer la chose de son aile mais il ne pouvait pas ouvrir sa verrière ni se tenir debout aussi longtemps qu’il serait dans l’atmosphère d’Ylesia – le vent l’éjecterait de son vaisseau et l’entraînerait dans une chute vers le sol de la planète avec la moitié des os cassés.
Un dilemme intéressant, pensa-t-il. Le grutchin ne pourrait pas ronger son vaisseau aussi longtemps qu’il volait rapidement dans l’atmosphère, mais d’un autre côté il ne pourrait pas venir à bout de la créature sans sortir de cette atmosphère. Cela ferait appel à un jugement fin.
— Ici Jumeaux Treize, dit-il dans l’unité de communication. J’ai un grutchin sur mon aile. Je serais de retour après m’en être occupé.
— Reçu, répondit la voix de Jaina. Il pouvait entendre la tension du combat dans son expression sèche et sentir son stress dans la Force.
Jacen garda les yeux sur le grutchin et ses accélérateurs durant tout le trajet. Il maintint le nez de l’appareil incliné aussi bien qu’il le pouvait sans perdre de vitesse, et les secousses de l’atmosphère se calmèrent lentement à mesure que l’air se raréfiait. Quand le grutchin fut capable de relever la tête et d’avaler une autre portion du canon laser le plus haut, Jacen amena son Aile-X à la verticale et s’enfuit directement dans l’espace. Le grutchin déplaça son emprise et prit une autre bouchée ; le canon se détacha et tomba en vrille dans le ciel obscurci. Jacen tendit le bras pour prendre son blaster et le sortit de son holster. Le chuchotement du vent sur la verrière avait également disparu. Le second laser tomba dans le ciel et le grutchin se tourna, ses griffes fermement plantées dans le métal, et marcha méthodiquement le long les deux volets unis, vers le moteur.
Jacen configura ses volets dans la position X, espérant le décrocher ou le ralentir, mais sans succès. Au lieu de cela, plutôt que d’entendre, il sentit un choc au moment où la tête du grutchin s’enfonçait comme un poinçon métallique dans son moteur.
Ce serait mieux de faire quelque chose, pensa-t-il. Il désarçonna le loquet du cockpit ; comme il y avait dépressurisation, un champ de force se mit en place autour de lui pour préserver son air. Le son du vol disparut bien qu’il puisse encore sentir les vibrations de son vaisseau se répercuter le long de sa colonne vertébrale. Des lumières rouges clignotaient sur ses écrans de contrôle. Il asséna un petit coup de coude aux servo-contrôles du cockpit, de manière à le laisser légèrement ouvert. Quand il ne sentit plus aucune turbulence, il ouvrit la verrière complètement.
Jacen invoqua la Force pour guider les commandes de son chasseur alors qu’il se levait dans l’habitacle et sortait le blaster de son holster. Au moment où il se pencha à l’extérieur du cockpit, il vit le volet supérieur gauche s’envoler, dévoré à la base. Il y eut une gerbe de feu et l’appareil mourut.
La déflagration fut certainement suffisante pour cuire le grutchin, pensa Jacen. Il se pencha plus à l’extérieur, appuyant un de ses bras le long du fuselage du cockpit et sortit le blaster.
Les yeux en forme de perle du grutchin se braquèrent sur lui avec une intention mauvaise. Alors les ailes de la créature se déployèrent et le cœur de Jacen bondit lorsqu’il se rendit compte que le grutchin s’apprêtait à lui bondir à la figure.
Il tira tout en répétant mentalement le mouvement nécessaire pour empoigner son sabre laser de sa main libre au cas où le blaster ne ferait pas son boulot.
Il tira encore et encore. Le grutchin se cabra, les griffes de ses pattes avants lacérant le vide entre-elles et Jacen tira de nouveau deux fois. La tête de la bête bascula dans le vide, suivie par le reste du corps.
Les blasters fonctionnent, se rappela Jacen à lui-même tandis qu’il se glissait sans mal dans le cockpit et scellait le dais.
Son astromec avait déjà préparé un rapport des dommages subis. Boucliers arrières à plat, deux lasers emportés avec leur volet supérieur ; l’autre volet endommagé et un moteur détruit.
Jacen abattit un poing sur la console par frustration. Les capacités aérodynamiques de l’Aile-X étaient anéanties – s’il revenait dans l’atmosphère pour aider Jaina maintenant, son vaisseau s’engagerait dans une spirale qui se terminerait lorsqu’il toucherait le sol.
Il était venu ici pour aider Jaina, pour être sûr qu’elle ne serait jamais privée de son support. Maintenant il la laissait dans un combat désespéré avec l’ennemi.
Mais une fois qu’il prit le temps de se brancher sur la fréquence de l’Escadron Soleils Jumeaux, il apparut que Jaina n’avait pas besoin de son aide plus longtemps. Elle était en train d’ordonner à son unité de se regrouper.
— Leader Jumeaux, ici Jumeaux Treize, dit-il. Grutchin éliminé.
Jaina était préoccupée. « Jumeaux Treize, quel est votre statut ? »
— Je vais avoir besoin d’un nouveau chasseur avant de pouvoir vous rejoindre. Où en êtes-vous ?
— Le combat est terminé. Kyp et Saba sont venus nous aider. Nous nous regroupons pour frapper le spatioport et couvrir le débarquement.
— Et la flotte de la Brigade ?
— Elle a capitulé. C’est pourquoi Kyp et Saba étaient libres de se joindre à nous. (Il y eut une pause.) Jumeaux Treize, Jumeaux Deux a perdu un moteur. J’ai besoin de vous comme escorte pour qu’elle puisse rejoindre la flotte.
— Compris, répondit Jacen, mais compte-tenu de l’état de mon chasseur, Vale va finir par m’escorter moi.
Il entendit des ricanements sur le canal de communication. Par le truchement de la Force, Jacen sentit sa sœur supporter l’humour avec patience.
— Amenez-la juste là-bas, dit-elle finalement.
— Compris, répliqua Jacen et il fit rouler son chasseur pour apercevoir en-dessous Vale approcher.
— Les compensateurs d’inertie, dit Thrackan alors qu’il contemplait l’épave de son speeder. Quelle bonne idée.
Il avait fallu plus de temps que prévu à Thrackan et à Dagga Marl pour s’échapper de Peace City, en majeure partie à cause de beaucoup d’autres qui fuyaient à pied et se trouvaient dans le passage. À peine avaient-ils émergé de Peace City qu’un colossal morceau de corail yorik gris-vert avait dégringolé du ciel et s’était écrasé sur la route juste devant eux.
L’explosion avait éjecté le landspeeder de la route et l’avait envoyé valser dans une rangée d’arbres où, entre les troncs et les fragments de corail yorik volants, il avait été complètement détruit. Mais le véhicule luxueux – construit à l’origine pour un jeune Hutt à en juger par les installations – avait été équipé de compensateurs d’inertie et ceux-ci avaient défailli seulement après l’immobilisation du landspeeder. Thrackan et Dagga émergèrent indemnes du tas de ferraille.
Sal-Solo se tourna pour apercevoir la frégate Yuuzhan Vong brisée reposant en fragments sous un épais nuage de fumée et de poussière.
— Je ne pense pas que les forces de Maal Lah se portent très bien, confia Thrackan.
Il y avait une odeur horrifiante de chair brûlée, et il se remit en tête que la frégate avait en fait, été vivante que quelque chose apparenté à du sang avait circulé dans sa coque. Il se tourna vers Dagga.
— Vous n’auriez pas un moyen privé pour nous tirer de cette planète ?
— Non, je n’en ai pas.
— Ou la connaissance d’un endroit où se trouverait un landspeeder dans le coin ?
Dagga secoua la tête ; Thrackan haussa les épaules.
— C’est bon. Quelqu’un viendra par ici dans une minute, s’arrêtera pour voir comment tirer profit des débris – et alors nous le volerons.
Dagga afficha un large sourire de squale.
— J’aime la façon avec laquelle vous pensez, patron.
Ils s’embusquèrent pour quelques temps dans les arbres le long de la route mais aucun landspeeder ne vint. L’explosion, avec ses nuages de fumée, avait découragé quiconque aurait voulu filer dans cette direction.
— Je suggère que nous marchions, proposa Thrackan.
— Dans quelle direction ?
— Loin de la villa qui est sur le point d’être réduite à un tas de graviers.
Thrackan commença à tracer son chemin à travers le champ de débris. Il restait relativement peu de choses susceptibles de brûler – la majeure partie de la frégate avait été de la pierre – et la fumée s’était dissipée.
Lui et Dagga se rabattirent sous le couvert des arbres lorsqu’un vol de chasseurs hurla dans le ciel et remonta la route vers Peace City. Les chasseurs étaient distinctifs avec leurs cockpits en forme de boule et leurs pylônes dentelés bizarres de chaque côté. Thrackan était irrité.
— Des chasseurs TIE ? Nous sommes attaqués par l’Empire maintenant ? (Il lança un regard furieux.) J’appelle cela excessif ! (Il agita son doigt vers le ciel.) J’appelle cela exagéré, déloyal sur cette partie du duel.
Il attendit quelques minutes puis se releva de sous les buissons et examina le ciel attentivement.
— Je pense qu’ils sont partis mais restons sous les arbres et…
Dagga tendit une oreille vers le ciel. « Écoutez patron. » Thrackan écouta puis s’accroupit de nouveau dans les buissons.
— C’est outrageant, maugréa-t-il. Ces gens n’ont rien de mieux à faire ?
Un autre escadron – des Ailes-X cette fois – rugit le long de la route, leur sillage envoyant les derniers débris fumants tourbillonner de part et d’autre dans d’énormes tourbillons en spirale. Puis surgit de la fumée une phalange gémissante de navire de débarquement blancs qui se posa sur l’immense cicatrice créée par la frégate échouée. Les dernières volutes de fumée furent balayées par les champs de répulsion tandis que les barges approchaient du sol ; alors les écoutilles arrière s’ouvrirent et des compagnies complètes de soldats équipés jaillirent sur des landspeeders militaires hérissés d’armes.
— Bien, dit Thrackan alors que lui et Dagga tentaient de creuser le gazon. Nous attendons jusqu’à ce qu’ils soient dans la ville, et alors nous volons un des transports et nous nous dirigeons chez nous.
Dagga le regarda.
— Notre foyer ferait bien d’être assez proche. Ces transports n’auront pas de capacités hyperspatiales.
Thrackan montra les dents. Ça ne se déroulait pas comme prévu.
Les soldats sécurisèrent rapidement un périmètre et d’autres vaisseaux gémirent en se préparant à atterrir. On aurait dit que les militaires avaient débarqué un régiment.
— Je pense que nous avons des problèmes, constata Dagga.
Le périmètre des soldats s’était agrandi alors qu’un nouveau vaisseau atterrissait, et les troupes étaient maintenant très attentives. Un officier avec un scanner avait repéré les deux formes de vie dans les arbres et à son commandement, une paire de landspeeders se dirigea vers la zone boisée où se cachaient Thrackan et Dagga.
— Bien, souffla Thrackan. Nous nous rendons. À la première occasion, vous me faites évader, nous dérobons un vaisseau et nous nous envolons vers la liberté.
— Je suis avec vous ici, dit Dagga, à peu près au même point où j’étais lorsque j’ai commencé à travailler pour vous. Je ne pense pas que vous aurez accès à un kilo d’épice par semaine après cela.
— J’ai plus que des épices, renchérit Thrackan. Amenez-moi sur Corellia, et vous vous rendrez compte que je suis toujours riche et disposer à partager.
Ses paroles furent interrompues par l’ordre amplifié d’un officier.
— Vous deux dans les bois. Sortez lentement les mains en l’air.
Thrackan vit les yeux froids de Dagga se durcir alors qu’elle calculait ses chances, et les nerfs de l’homme lâchèrent à l’idée d’être touché par un tir croisé. Il décida qu’il serait mieux d’imaginer une histoire entre eux.
— Chérie ! cria-t-il. Nous sommes sauvés. (Alors qu’il se remettait sur pieds, il chuchota :) Laissez vos armes ici.
Il afficha un sourire stupide et sortit des arbres, ses mains bien hautes.
— Vous êtes de la Nouvelle République, n’est-ce pas ? Soyez bénis. L’officier approcha et le scanna à la recherche d’armes. Nous avons vu ces chasseurs TIE et avons pensé que l’Empereur était peut-être de retour. Une nouvelle fois. C’est pourquoi nous nous cachions.
— Votre nom, monsieur ?
— Fazum, dit-il précipitamment. Ludus Fazum. Nous faisions partie du convoi de réfugiés de Fallen, capturés par la Brigade de la Paix et réduit en esclavage. (Il se tourna vers Dagga qui sortait prudemment des arbres avec les mains levées). Voici ma fiancée Dagga, heu… (il toussa réalisant que Dagga obtiendrait sûrement un mandat de sortie.) – Farglblag. (Il lui adressa un large sourire.) Qu’y a-t-il chérie ? demanda-t-il. Nous sommes sauvés.
Elle réussit à sourire.
— Tu parles, répondit-elle. C’est génial.
Dagga fut scannée et se révéla être en règle. L’officier leur adressa un regard suspicieux par dessous le bord de son casque.
— Vous semblez assez bien nourris pour des esclaves, se risqua-t-il.
— Nous étions des esclaves de maison, répliqua Thrackan. Nous faisions juste, heu… (L’inspiration lui manqua.) des tâches domestiques.
L’officier se retourna pour regarder par dessus son épaule. « Caporal ! »
Thrackan et Dagga marchèrent vers une aire ouverte sous la garde du caporal. L’aire, salement éventrée, clairsemée de corail yorik brûlant et tombant en ruine, avait été réservée aux civils capturés mais Dagga et Thrackan était, pour le moment, les seuls occupants.
— Farglblag ? grinça-t-elle.
— Désolé.
— Comment orthographiez-vous cela ?
Thrackan haussa les épaules. Il regarda les soldats dans leurs armures blanches, prêts à marcher sur Peace City, et se demanda ce qu’ils attendaient.
La réponse vint sous la forme d’une paire d’Ailes-X qui planaient juste au-dessus de leurs têtes, ne sachant pas que le large espace avait été réservé aux civils. Thrackan et Dagga furent obligés de se déplacer à une extrémité alors que les deux vaisseaux se posaient sur leurs répulseurs. Thrackan parla sous couvert des rugissements des moteurs.
— Vous avez un mini-blaster, pas vrai ?
— Bien sûr. Je porte toujours une arme qui peut tromper les scanners.
Les moteurs gémirent en s’arrêtant et les cockpits s’ouvrirent. Un Wookiee à la fourrure gingembre se leva dans l’habitacle du vaisseau le plus proche et se laissa tomber au sol.
— Bien, se réjouit Thrackan, baissant la voix. C’est un Wookiee. Ils ne sont pas très brillants vous savez. Ce qui va se passer maintenant, c’est que vous allez tailler le Wookiee, puis nous sauterons tous les deux dans le chasseur et nous mettrons les voiles.
Dagga haussa un sourcil. « Vous savez piloter une Aile-X ? »
— Je peux piloter tout ce qui sort de chez Incom.
— Ce ne sera pas un peu exigu ?
— Ce sera inconfortable, certes. Mais ce sera plus confortable qu’une prison. (Il lui adressa un regard significatif.) Vous pouvez me faire confiance sur ce dernier point.
Et si le cockpit semblait trop petit pour eux-deux, pensa Thrackan, il aurait juste à laisser Dagga derrière lui. Pas de problème.
Dagga considéra le problème puis secoua la tête. « Ça vaut le coup d’essayer. »
Elle se tourna pour examiner la situation plus posément juste au moment où le second pilote fit le tour du vaisseau du Wookiee.
Thrackan vit la mince forme vêtue de noir et sentit toute la couleur de son visage s’estomper. Il se retourna brusquement mais il était trop tard.
— Salut cousin Thrackan, appela Jaina Solo. Comment saviez-vous que nous vous cherchions ?
— Je me demande si vous pouvez vous rappeler le jour où vous m’avez retenue prisonnière, railla Jaina.
Thrackan Sal-Solo essaya de façonner un sourire.
— Tout cela était une mésentente. Et il y a longtemps.
— Vous savez… (Jaina pencha la tête et fit semblant de l’étudier.) Je trouve que vous paraissez plus jeune sans la barbe.
Le Général Tigran Jamiro, commandant des forces au sol, bondit dans son véhicule de commandement, se leva de son siège et donna à Thrackan un regard avisé.
— Vous dites que c’est le Président de la Brigade de la Paix ? demanda-t-il.
— C’est bien Thrackan, oui. (Jaina jeta un regard à la femme aux cheveux noirs qui était avec Sal-Solo.) Je ne sais pas qui est-ce ; sa petite amie peut-être.
Thrackan apparut quelque peu indigné.
— Elle est la sténographe que le gouvernement m’a assigné.
Jaina regarda la femme, ses yeux froids, ses dents blanches brillantes et pensa que ces assistants de bureau ressemblaient certainement à des carnivores ces temps-ci.
Thrackan s’approcha du général et adopta un ton peiné.
— Vous savez, c’est une dispute familiale qui est en train de se dérouler ici. (Il pointa Jaina du doigt.) Elle est sur mon dos pour quelque chose qui s’est passé il y a des années.
Le Général Jamiro décocha un regard froid à Thrackan.
— Donc vous n’êtes pas le Président de la Brigade de la Paix ?
Thrackan leva les mains.
— Je n’étais pas volontaire pour ce boulot ! J’ai été kidnappé ! Les Vong m’ont piégé pour avoir tué tant des leurs à Fondor.
Lowbacca, qui avait écouté, poussa une complexe série de gémissements et de grognements que Jaina traduisit.
— Il dit « ils se vengent en vous faisant Président ? Si vous en aviez tué plus, ils vous auraient fait Empereur ? »
— Ils sont diaboliques, répliqua Thrackan. C’est un plan de vengeance très élaboré ! (Il enfonça un doigt dans le bas de son dos.) Il m’ont bousillé un rein ! C’est encore contusionné – vous voulez voir ? Il commença à relever sa chemise.
Jaina se tourna vers le commandant.
— Général, commença-t-elle. Je vais mettre Thrackan dans le premier landspeeder en partance pour la ville. Il peut nous guider vers nos objectifs. (Elle se tourna vers son cousin et fit un clin d’œil.) Vous allez nous aider, n’est-ce pas ? Après tout vous n’êtes pas de la Brigade de la Paix.
— Je suis citoyen de Corellia ! insista Thrackan. Je demande la protection de mon gouvernement.
— Actuellement, vous n’êtes plus citoyen, trancha Jaina. Quand le Groupe Centerpoint a eu vent de votre passage à l’ennemi, ils vous ont exclu et vous ont condamné à l’abstention et à la confiscation de vos bien et…
— Mais je ne suis pas passé à l’ennemi. Je…
— Bien, coupa le Général Jamiro. Il partira dans le premier landspeeder.
Il regarda la compagne de Thrackan.
— Que faisons-nous de la femme ?
Jaina l’étudia de nouveau, cogita un moment et s’avança. En une poignée de seconde, elle avait bloqué les poignets de la femme et l’avait soulagée de son mini-blaster.
— Je vais lui passer des menottes paralysantes, dit Jaina et tendit l’arme au Général Jamiro.
— Comment saviez-vous qu’elle était armée ?
Jaina fixa Dagga Marl et chercha ce qui avait bien pu la pousser à ce jugement.
— Parce qu’elle se tenait comme une femme qui détenait un blaster, décida-t-elle.
Dagga, les mains attachées et les coudes au-dessus de la tête, gronda à l’égard de Jaina par dessous son bras. Des soldats vinrent la menotter et la mirent sous bonne garde.
— Allons-y, décida Jamiro.
Jaina conduisit Thrackan au premier landspeeder et l’assit à l’avant, à côté du conducteur. Elle sauta elle-même sur le siège et s’assit directement derrière lui.
L’opération se déroulait mieux qu’elle ne l’espérait. Jamiro avait débarqué la plupart de ses forces ici, pour rejoindre Peace City, mais il avait stationné des troupes de barrage sur toutes les routes de la capitale pour coincer tout Brigadier qui tenterait de fuir. La bataille dans l’atmosphère avait ralenti un peu les choses, mais elle avait également permis d’anéantir les seuls vaisseaux Yuuzhan Vong présents dans le système. Pourtant, une vigilance prudente fourmilla dans les nerfs de Jaina. Il y avait encore beaucoup de choses qui pouvaient mal se passer.
Elle se tourna vers Thrackan.
— Maintenant, vous aller être coopératif et nous indiquer où votre première embuscade va avoir lieu, dit-elle.
Thrackan ne prit pas la peine de la regarder. « D’accord. Pour celles dont je suis au courant. »
La première embûche eut lieu dans les faubourgs de la ville, des soldats de la Brigade de la Paix tirant des étages de buildings sur les speeders en contrebas. Des tirs de blaster et des roquettes s’écrasèrent sur les boucliers des landspeeders et les soldats à bord retournèrent le feu au moyen de leurs véhicules blindés et armés.
Jaina, accroupie derrière le bastingage au cas où quelque chose passerait outre les boucliers, regarda son cousin qui était sagement recroquevillé et ironisa :
— Vous voulez leur ordonner de capituler, Président ?
— Oh, la ferme.
Jaina alluma son sabre laser et sprinta vers le building le plus proche, un bloc de bureaux à deux étages. Lowbacca était sur ses talons. Plutôt que de faire exploser la porte, ce à quoi les défenseurs s’attendaient, Jaina découpa la baie vitrée fermée et se jeta dans l’ouverture.
Il n’y avait pas de Brigadiers mais une mine disposée de façon à annihiler quiconque viendrait par la porte. Jaina la désamorça en appuyant sur un bouton puis sectionna le fil qui la connectait à la porte par mesure de sécurité.
Lowbacca rugissait déjà en gravissant les marches, son sabre laser billant dans le noir. Jaina le suivit jusqu’à la porte donnant sur le toit, qu’il défonça d’un grand coup d’épaule.
Quoi qu’avaient prévu la douzaine de défenseurs sur le toit, ils ne s’attendaient pas un Jedi Wookiee. Ils tirèrent quelques décharges dans sa direction, qu’il détourna avec son sabre laser, et s’enfuirent avant l’arrivée de Jaina, abandonnant leurs armes et s’entassant sur les échafaudages en bois soutenant une partie du bâtiment qui avait été renforcé. Jaina et Lowie chargèrent et furent récompensé par le spectacle de plusieurs ennemis sautant simplement de l’immeuble dans leur hâte de s’échapper. Quand les deux Jedi atteignirent l’échafaudage, avec les huit ou neuf soldats s’accrochant encore et se baissant vers la rue, Jaina regarda Lowbacca et sourit, et sut par ses réponses allègres qu’il avait compris son idée.
Rapidement, ils coupèrent les lanières qui maintenaient l’échafaudage contre le bâtiment, et – grâce aux muscles du Wookiee et à l’aide de la Force – le firent basculer. Les Brigadiers se retrouvèrent au sol dans un fracas éclatant de bois et furent rapidement raflés par les soldats de Jamiro, qui s’étaient précipités autour du lieu de l’embuscade afin de la déjouer.
Jaina leva les yeux. Les ennemis sur le toit suivant étaient encore en train de tirer sur les landspeeders, bien que leurs camarades aient été capturés.
Elle et Lowie avaient travaillé ensemble si longtemps qu’ils n’avaient pas besoin de se parler. Ils reculèrent de dix pas par rapport au bord, se tournèrent et sprintèrent vers le parapet. Jaina prit appui sur le rebord et sauta, la force l’aidant à se réceptionner sans faire de bruit.
L’escouade de Brigadiers leur tournait le dos, tirant dans la rue. Jaina en empoigna un par les chevilles et le fit basculer par dessus le bord, Lowbacca en frappa simplement un autre contre le parapet. Jaina pivota vers le plus proche alors que celui-ci réagissait, coupa son fusil blaster en deux au moyen de son sabre laser, puis le frappa au visage avec la garde de son arme. Il s’étala, inconscient, de l’autre côté de la balustrade. Lowbacca dévia un tir destiné à Jaina puis faucha le fusil de l’extrémité de son sabre et l’envoya voler dans les airs. Jaina usa de la Force pour envoyer l’arme volante dans le nez d’un autre Brigadier, ce qui donna le temps à Lowie de traîner son ennemi désarmé dans la rue.
Cela calma leurs ardeurs au combat, et le reste se rendit. Jaina et Lowbacca jetèrent les armes saisies dans la rue et se retournèrent vers une escouade de la Nouvelle République qui venaient prendre s’assaut les escaliers.
La fusillade était terminée. Jaina regarda devant elle pour voir les nouveaux et larges bâtiments du centre de la ville – elle pourrait guider les militaires vers leurs objectifs de sa bonne position au sommet des toits. Elle se pencha par dessus la rambarde et fit des gestes à l’attention du Général Jamiro pour lui signaler qu’elle irait en avant en passant par les toits. Il lui fit signe de la tête pour montrer qu’il comprenait.
Jaina et Lowbacca sautèrent sur le toit suivant, contrôlant le bâtiment de fond en comble pour être certains que ses coins sombres ne dissimulaient pas d’embuscade. Puis ils bondirent de building en building.
De l’autre côté du dernier se trouvait ce qui était probablement destiné à devenir un vaste et impressionnant boulevard, mais qui était à cet instant une excavation boueuse remplie d’eau. L’air sentait comme dans un étang stagnant. Derrière se trouvaient des bâtiments qui seraient somptueux une fois achevés. Jaina savait de par ses briefings, qu’un vaste abri avait été creusé derrière le plus grand bâtiment, le Sénat, et par la suite recouvert des plantations de ce qui était supposé être un parc.
L’étendue entière était déserte. De la fumée s’élevait de plusieurs zones à l’horizon. Jaina invoqua la Force et sonda l’espace devant elle. Les autres Jedi, à travers le lien psychique, comprirent son intention et lui envoyèrent leur force et l’aidèrent dans sa perception.
La chaleur distante des autres vies rayonna dans l’esprit de Jaina. Il y avait bel et bien des défenseurs dans le bâtiment du Sénat, mais ils restaient hors de vue.
Envoyant des remerciements à ses camarades par l’intermédiaire du lien mental, Jaina raccrocha son sabre laser à sa ceinture, s’élança du building et utilisa la Force pour amortir sa chute sur le durabéton. Lowbacca la suivit. Ils trottèrent vers le speeder de commandement de Jamiro. Là, ils trouvèrent le général s’adressant à ce qui ressemblait à un groupe de civils. C’est seulement en s’approchant que Jaina reconnut Lilla Dade, une vétéran des commandos de Page qui avait été volontaire pour mener un petit groupe d’infiltration sur Ylesia suite à la bataille et installer une cellule clandestine dans la capitale ennemie.
— C’est votre chance, lui dit Jamiro.
— Très bien, monsieur. Elle salua et afficha un sourire à l’égard de Jaina tandis qu’elle menait son équipe dans la ville déserte.
Jamiro se tourna vers Jaina, qui salua.
— Il y a des défenseurs dans le Bâtiment du Sénat, monsieur… rapporta-t-elle. Quelques centaines, je pense.
— J’ai assez de puissance de feu pour faire sauter le Palais de la Paix autour d’eux, dit Jamiro, mais je ne le ferai pas. Vous devriez voir si vous pouvez envoyer votre cousin afin de leur dire de se rendre.
— À vos ordres, monsieur. (Elle s’en retourna vers le speeder de commandement.) Le général vous a assigné un travail, cousin Thrackan… dit-elle.
Thrackan lui décocha un regard aigre.
— J’userai de la diplomatie de mon mieux, affirma-t-il, mais je doute que Shimrra vous rende Coruscant.
— Ha ha, ironisa Jaina et sauta dans le landspeeder.
Les forces de Jamiro avancèrent vers le centre du gouvernement sur un large front, les répulseurs les portant au dessus des tourbières, leurs armes braquées sur les bâtiments à demi achevés. Des chasseurs déchiraient le ciel au dessus d’eux.
Les landspeeders s’arrêtèrent à deux cents mètres du bâtiment. Jaina regarda ce qu’elle pensait être une large bâche recouvrant une construction et réalisa qu’il s’agissait du corps décomposé d’un imposant Hutt.
Elle donna un petit coup de coude à Thrackan.
— Une de vos connaissances ?
— Jamais rencontré, se contenta-t-il de dire.
Suivant les instructions de Jaina, il se leva et attrapa le mégaphone qui lui était tendu par le commandant du landspeeder.
— Ici le Président Sal-Solo, proclama-t-il. Les hostilités sont terminées. Déposez vos armes et sortez du bâtiment avec vos mains bien en vue.
Il y eut un long silence. Thrackan pivota vers Jaina et écarta les mains. « Vous vous attendiez à quoi ? »
Alors il y eut un tumulte en provenance du Sénat, une série de hurlements et de fracas.
Jaina sentit les soldats autour d’elle resserrer leur emprise sur le grip de leur arme.
— Répétez le message, ordonna-t-elle à Thrackan.
Thrackan soupira et recommença. Avant qu’il ait prononcé la moitié de l’avertissement, les portes s’ouvrirent brusquement et un essaim de guerriers en armure sortit en courant. Jaina sursauta lorsqu’elle reconnut des Yuuzhan Vong. Alors elle vit que les guerriers levaient les mains ne signe de reddition et que ce n’était pas des Vong, juste des Brigadiers qui portaient des imitations d’armure en crabe Vonduun. À leur tête se trouvait un officier Durosien, qui se présenta devant Thrackan et salua.
— Désolé d’avoir été aussi long, rapporta-t-il. Il y avait ici des Yuuzhan Vong, des intendants, avec qui nous avons dû nous battre.
— Bien, approuva Thrackan et remit les guerriers aux mains des troupes d’assaut. (Il se tourna vers Jaina le regard froidement). Mon loyal garde du corps, expliqua-t-il. Vous voyez pourquoi j’ai décidé de moi-même.
— Pourquoi sont-ils vêtus d’armures factices ?
— La vraie armure se retenait de les mordre, dit-il d’un ton acide et se rassit de nouveau.
— Nous avons besoin de vous pour nous mener au bunker où vos Sénateurs se cachent, dit Jaina. Et à la sortie secrète qu’ils vont utiliser pour s’échapper.
Thrackan foudroya Jaina d’un autre regard furieux et amer.
— S’il y avait une sortie dérobée à ce bunker, maugréa-t-il, croyez-vous que je serai ici ?
Le bunker s’avérait avoir une immense porte à l’épreuve des blasters, comme un caveau. Thrackan, usant du relais de communication spécial extérieur pour parler à ceux de l’intérieur, échoua dans sa tentative de les persuader de sortir.
Le Général Jamiro ne se laissa pas si facilement dissuader, demandant l’envoi de sa compagnie d’ingénieurs depuis l’orbite afin de shunter la porte du bunker.
Jaina regarda le temps passer. Aucun des délais n’avait été critique mais ils commençaient tous à s’additionner.
Maal Lah refoula son instinct de s’abaisser au moment où un autre vol de chasseurs ennemis rugit au dessus de sa tête. Le villip dans ses mains conservait l’image grondante de l’exécuteur mort qu’il avait laissé pour essayer de commander les gardes du corps inutiles du Président Sal-Solo, et que les Gardes Présidentiels avaient tué plutôt qu’obéi.
Les lâches seraient jetés dans un puits et écrasés par des bêtes en furie, se promit-il à lui-même.
La damutek érigée dans les faubourgs de la capitale pour abriter ses troupes avait été détruite dès le début de l’attaque, heureusement après qu’il en ait évacué ses guerriers. Mais depuis, ils avaient été obligés de rester à couvert, coincés par ces maudits chasseurs qui patrouillaient à basse altitude. La couverture des chasseurs avait été si lourde que Maal Lah avait été incapable d’envoyer quelques uns de ses guerriers vers le centre de la ville pour défendre le gouvernement de la Brigade de la Paix.
Il avait compris que la flotte s’était rendue – plus de candidats pour le puits et les bêtes furieuses, pensa Maal Lah.
Ses propres forces aériennes, bien maigres, avaient été abattues. Et maintenant il pressentait que le gouvernement d’Ylesia allait tomber entre les mains de l’ennemi.
Mais même en considérant cela, Maal Lah était satisfait. Il savait que les forces de la Nouvelle République étaient sur le point d’avoir une surprise, et cette surprise pourrait attirer la couverture aérienne ailleurs.
Et une fois qu’il pourrait déplacer ses guerriers en toute sécurité, il y aurait encore des surprises en stock pour les aventuriers de la Nouvelle République.
Et beaucoup de sacrifices pour les dieux Yuuzhan Vong.
Jacen et Vale amenèrent leurs Ailes-X mal en point à bord du vaisseau amiral de Kre’fey, le Ralroost. Pendant qu’il ramenait le chasseur, il apprit que les forces de la Brigade de la Paix s’étaient effondrées comme un château de cartes, aussi bien dans l’espace qu’au sol, et que les forces de la Nouvelle République étaient en train de creuser pour tirer les derniers dirigeants de leur bunker.
Ceux qui n’ont rien en commun hormis la trahison, pensa Jacen, n’ont pas de raison de se faire confiance ou de combattre l’un pour l’autre. Il n’y avait pas d’autre idéologie collective que l’avidité et l’opportunisme. Ni l’un, ni l’autre n’était susceptible de créer de la solidarité.
Il atterrit dans le hangar, se réjouissant que le raid avait été un succès. Cela avait été son idée de capturer les bonnets du gouvernement Ylesien, et sa faute si Jaina avait été volontaire pour accompagner les troupes au sol. Si la mission s’était mal passée, il aurait été doublement responsable.
Jacen s’occupa d’abord de Vale pour être sûr qu’elle n’avait rien, puis inspecta leurs Ailes-X. Les deux auraient besoin d’un séjour dans la baie de maintenance avant de pouvoir revoler.
— Jacen Solo ? (Un officier Bothan, bien plus jeune, s’approcha et salua.) L’Amiral Kre’fey requière votre présence sur le pont.
Jacen regarda Vale puis revint à l’officier.
— Le Lieutenant Vale peut-il se joindre à nous ?
Le Bothan considéra la question mais Vale fut plus rapide pour donner sa propre réponse.
— Ce n’est pas nécessaire, assura-t-elle. Les amiraux me rendent nerveuse.
Jacen acquiesça de la tête puis suivit le Bothan à l’extérieur des docks à travers la partie avant du vaisseau.
Alors il sentit l’univers ralentir, comme si le temps lui-même avait été altéré. Il semblait conscient du temps qu’il fallait à son pied pour effleurer le sol, conscient du temps entre chaque battement de son cœur.
Quelque chose venait juste de changer. Jacen laissa le lien Jedi qu’il avait silencieusement abandonné dans un recoin de son esprit revenir à la surface, et sentit la surprise et la consternation dans les esprits des autres Jedi, une confusion qui fut bientôt remplacée par une sinistre résolution et des calculs frénétiques.
Le pied de Jacen toucha le sol. Il prit une inspiration. Il était conscient qu’une flotte Yuuzhan Vong venait de pénétrer dans le système et que son plan pour la Bataille d’Ylesia venait d’évoluer vers le très mauvais.
— Je pense que nous devrions nous dépêcher, dit-il au lieutenant Bothan et commença à courir.
Les énormes rayons tranchants des lasers des ingénieurs étaient en train d’émincer la porte du bunker. Jaina recula de la lumière aveuglante et se réchauffa. Elle pouvait sentir la panique à travers les portes de la chambre forte, la panique d’une ardeur désespérée de la part de ceux qui se préparaient à une résistance sans espoir. Quelques tirs de blaster fusèrent par la déchirure de la porte mais les lasers étaient équipés de boucliers et les blasters ne firent aucun dommage.
Jaina regarda les soldats se préparant à prendre d’assaut le bunker du Sénat et elle pensa qu’il y avait beaucoup de puissance de feu pour soumettre un groupe qui ne devait pas être plus préparé à résister que son armée ou sa flotte. Elle trouva le Général Jamiro et le salua.
— Monsieur, j’aimerai être la première à pénétrer dans le bunker. Je pense que je peux les convaincre de se rendre.
Jamiro prit à peine le temps de considérer la requête.
— Je ne vais pas dire à une Jedi qu’elle ne peut pas être la première dans une situation tendue, confia-t-il. J’ai vu ce dont vos semblables sont capables. (Il agita la tête.) Je veux juste être sûr que vous appellerez à l’aide si vous en avez besoin.
— Je le ferai, monsieur.
Sans réfléchir, elle exécuta un salut à l’attention du général et s’en retourna devant la porte du bunker. Le découpage était presque terminé. Du duracier fondu avait coulé sur le sol de l’antichambre en forme de chute d’eau. Jaina se tenait près de Lowbacca, qui lui adressa un regard significatif alors qu’il empoignait son sabre laser. La jeune femme sourit. Sans un mot il avait comprit son plan et l’avait approuvé.
Jaina alluma son propre sabre laser au moment où le laser finissait son découpage final. Au moyen d’une impulsion de Force, elle poussa le morceau de la porte vers l’intérieur où il résonna sur le sol. Des tirs de blasters surgirent par le trou et quelqu’un à l’intérieur hurla : « Vous là-bas, restez dehors ! »
Jaina se jeta à travers l’ouverture la tête en avant, exécuta un saut périlleux et se réceptionna sur ses pieds. Les tirs de blasters crépitèrent à son égard, permettant à Lowie de suivre par l’embrasure sans être pris pour cible.
La pièce était faite de durabéton nu, sans mobilier et avec quelques installations : les Sénateurs de la Brigade de la Paix étaient blottis dans les coins, se tenant à l’écart de ceux qui étaient déterminés à combattre pour leur liberté. Les tirs de blaster prirent Jaina pour cible, épais et rapides. Elle bondit sur le tireur le plus proche, parant ses salves au moyen de son sabre laser. Les décharges ricochèrent sur les murs et le plafond, et quelqu’un hurla lorsqu’il fut touché. Le tireur était un gros Jenet, lequel gronda à l’attention de Jaina alors qu’elle venait vers lui.
Elle trancha le blaster de son sabre, et infligea un coup intérieur dans les dents du Jenet. Elle enchaîna par un crochet du diable qui envoya le Jenet au tapis.
Elle vit Lowbacca empoigner une paire de combattants Ganks et leur cogner la tête l’un contre l’autre. Un autre tir fusa et Jaina le renvoya dans le genou du tireur. La Force lui permis d’accomplir un saut de six mètres en direction de l’Ishi Tib, auquel elle arracha le blaster des mains ; et alors la Force saisit l’arme au vol et l’envoya en pleine tête d’un autre renégat. Son propre tir passa à travers la foule des Sénateurs et un cri se fit entendre. Lowbacca bondit sur lui par derrière et le frappa à la tête d’une main massive.
Ce fut le silence, excepté les sanglots d’un des blessés. La pièce empestait l’odeur d’ozone due aux armes. Des soldats armés de la Nouvelle République commencèrent à investir la salle, leur artillerie pointée sur les Brigadiers.
Jaina brandit son sabre laser au dessus du groupe de couverture, son bourdonnement sourd résonnant dans la pièce, et appela :
— Rendez-vous ! Au nom de la Nouvelle République.
— Au contraire, commanda une voix. Au nom de la Nouvelle République, je vous ordonne de vous rendre !
Jaina parut grandement surprise par rapport à une figure cachée qui dépassait d’un groupe de Brigadiers tapis les uns contre les autres, avec une tête en forme de flèche et une face tordue couverte de tentacules.
— Sénateur Pwoe ? s’étonna-t-elle.
— Chef de l’État Pwoe, corrigea le Quarren. À la tête de la Nouvelle République. Je suis sur Ylesia pour négocier un traité d’alliance et d’aide mutuelle avec la République Ylesienne. J’appelle les forces de la Nouvelle République a cesser immédiatement contre un régime confédéré.
Jaina était tellement prise au dépourvu qu’elle aboya un rire de surprise. Pwoe, un fervent opposant aux Jedi, avait été un membre du Conseil Consultatif de Borsk Fey’lya. Lorsque Fey’lya périt dans les ruines de Coruscant, Pwoe s’était déclaré lui-même Chef d’État et commença à distribuer des ordres au gouvernement et aux militaires de la Nouvelle République.
Il aurait du y rester avec lui s’il n’avait pas surestimé ses chances. Quand le gouvernement déménagea sur Mon Calamari – par ironie, le monde natal de Pwoe – il avait émis un appel à l’égard du Quarren et tout les autres Sénateurs l’avait suivi. Au lieu d’obéir, Pwoe avait donné l’ordre au Sénat de le rejoindre sur Kuat.
Le Sénat avait été offensé, et destitua Pwoe de tout pouvoir, organisant ses propres élections au poste de Chef d’État. Finalement – et après une mesure d’escroquerie habituelle – le pro-Jedi Cal Omas fut élu. Depuis lors, Pwoe avait voyagé d’un bout à l’autre de la galaxie, essayant de rallier un nombre de supporters allant toujours en diminuant.
— Ce traité de paix est vital pour les intérêts de la Nouvelle République, poursuivit Pwoe. Cette violence Jedi typique est sur le point de tout faire échouer.
Le sourire de Jaina s’élargit. Apparemment, Pwoe était si désespéré qu’il avait décidé ne pouvoir regagner son prestige et ses voix qu’en revenant sur Mon Calamari en signant un accord de paix.
— Je suis vraiment désolée de perturber tout traité important, dit-elle. Peut-être voudriez-vous prendre la peine de sortir et de parler au Général Jamiro ?
— Ce ne sera pas nécessaire. J’appelle le général et les autres à quitter Ylesia sur le champ.
L’Ishi Tib, étendu aux pieds de Jaina, entreprit un mouvement graduel destiné à libérer une arme dissimulée quelque part sous ses robes. Jaina écrasa sa main avec son pied. Le mouvement cessa.
— Je pense que vous devriez parler au général, affirma-t-elle et se tourna vers la douzaine de soldats qui étaient entrés silencieusement au cours de cette discussion. Je vous pris de conduire le Sénateur Pwoe au général.
Deux soldats se disposèrent de chaque côté de Pwoe, attrapèrent ses bras, et commencèrent à l’emmener vers la porte du bunker.
— Enlevez vos sales pattes, gronda-t-il. Je suis votre Chef d’État !
Jaina regarda Pwoe être emmené. Puis elle se courba pour soulager l’Ishi Tib de son blaster caché et se redressa pour s’adresser au reste des Brigadiers.
— Et vous autres – elle haussa la voix – devriez sortir de la salle un par un et les uns derrière les autres avec les mains bien en vue.
Les soldats examinèrent minutieusement et scannèrent les Brigadiers, puis les menottèrent, avant de les laisser sortir de l’abri. Les ingénieurs entrèrent et préparèrent les explosifs afin de détruire le bunker une fois qu’il aurait été évacué. Jaina et Lowbacca attendirent dans la pièce nue alors que les Brigadiers sortaient lentement.
Ils étaient conscients d’un changement dans le lien psychique au même instant, la soudaine surprise à l’apparition d’un nouvel ennemi.
Voilà les ennuis qui arrivent. La pensée vibra au fond de l’esprit de Jaina.
Elle regarda Lowie, et sut que le Wookiee partageait la connaissance du fait que leur temps au sol était écoulé.
Maal Lah poussa un rugissement de triomphe à la vue des patrouilles de chasseurs accélérèrent et pointèrent leur nez vers le ciel. L’arrivée de la flotte Yuuzhan Vong avait donné aux infidèles autre chose à faire que de croiser dans les airs au-dessus de Peace City.
Il était temps de rencontrer l’ennemi mais Mal Lah savait que la bataille était perdue dans le centre de la ville. Il n’y avait pas d’endroit renforçant l’échec de la Brigade de la Paix.
Une autre course recommandée d’elle-même. Le commandeur savait aussi où les forces de la Nouvelle République se trouvaient à présent. Il savait qu’ils devraient finalement se retirer jusqu’à leurs aires d’atterrissage à l’extérieur de la ville.
Entre ces deux endroits, il dresserait son champ de bataille. Et commodément, l’écurie à quednak se trouvait à proximité.
Il appela dans le villip accroché à son épaule, qui communiquait avec ses guerriers.
— Notre heure est arrivée, proféra-t-il. Nous allons avancer à la rencontre de l’ennemi.
Jacen arriva à bout de souffle sur le pont du Ralroost pour trouver l’Amiral Kre’fey déjà en train d’exécuter ses manœuvres de dégagement. Une flotte ennemie avait surgi de l’hyperespace et le Bothan plaçait ses propres vaisseaux entre les Yuuzhan Vong et les forces au sol sur Ylesia.
— Bienvenue Jacen, dit le Bothan à la fourrure blanche, ses yeux toujours fixés sur l’écran holographique montrait la position relative des flottes. Je vois que vous comprenez qu’il y a eu une nouvelle complication.
— Combien ? demanda Jacen.
— Leurs forces sont grossièrement équivalentes aux nôtres. Mais nous avons tant de personnel inexpérimenté que je préférerai ne pas engager. (Il leva les yeux de l’écran.) Heureusement, mon adversaire ne semble pas pressé de commencer le combat.
C’était en effet le cas. Les Yuuzhan Vong ne se positionnaient pas pour attaquer, mais étaient à la place en train de planer juste à l’extérieur de la masse sombre d’Ylesia.
— Pouvez-vous me fournir un chasseur ? demanda Jacen.
— Je n’ai pas peur. Nos baies sont remplies en exclusivité de chasseurs opérationnels, plus leurs pilotes – nous ne manquons pas de réserves.
De la frustration gronda en Jacen alors que l’attention de Kre’fey étaient de nouveau attirée par l’écran.
— Ah, dit l’amiral. Mon adversaire bouge.
Les Yuuzhan Vong avaient détaché une partie de leurs forces et s’étendaient sur un flanc, probablement pour tenter un encerclement partiel.
— Facilement opposable, constata Kre’fey et ordonna à ses divisions d’étendre son propre flanc, copiant précisément le mouvement de l’ennemi.
Jacen fit les cent pas à travers la salle, furieux de son inutilité. Il pensa à retourner vers son Aile-X et voler au secours de Jaina sur Ylesia et réalisa que son vaisseau endommagé ne serait pas un atout mais un handicap – elle aurait à détacher des pilotes pour veiller sur lui, des pilotes qui seraient d’une meilleure utilité dans un engagement que comme escorte à un vaisseau boiteux.
Il se résigna finalement au fait qu’il allait passer le reste de la bataille à bord du Ralroost.
Jacen trouva un coin sur le pont en dehors de tout passage et laissa le lien Jedi revenir à la surface de son esprit. S’il ne pouvait être d’aucune aide dans la bataille à venir, il pouvait au moins envoyer de la force et un soutien à ses camarades.
Il sentit que Jaina et Lowbacca étaient en mouvement, fonçant vers leurs chasseurs. Les autres Jedi attendaient dans leur cockpit, attendant que la bataille commence. Jacen pourrait les sentir dans leur relation symbiotique, un déploiement d’esprits attentifs focalisé sur l’ennemi.
À travers le lien, il sentit la flotte Yuuzhan Vong exécutant un autre mouvement, une autre division changeant de position sur le flanc, s’étendant plus loin dans l’espace. Seulement trente secondes plus tard, il entendit l’équipe de Kre’fey annoncer le déplacement, suivi par la réponse d’opposition du Bothan.
Les Yuuzhan Vong se gardèrent d’évoluer sur le flanc. Et Jacen commença à se demander pourquoi.
Pwoe et Thrackan Sal-Solo, les poignets liés, se tenaient compagnie à l’arrière du landspeeder. Aucun des deux Présidents fictifs ne semblait avoir beaucoup à dire à l’autre, ou à qui que ce soit, au moins pas depuis que Thrackan marmonna « Est-ce que je dois vraiment m’asseoir en compagnie de Tête de Calamar ? » au moment où Pwoe était placé à l’intérieur du véhicule.
Au moment où cela se produisit, il n’y avait pas de place pour Thrackan ou quelqu’un d’autre pour se poser. Les landspeeders attendaient patiemment, chargés de soldats, de prisonniers et de réfugiés.
Les véhicules se dirigèrent aussi vite que possible vers les zones d’atterrissage, bien qu’ils soient ralentis par des attroupements de réfugiés, d’esclaves ou autres travailleurs forcés implorant d’être emmenés dans un transport quittant la planète. Ils les embarquèrent à bord autant que possible. Dans leur retraite vers la zone de débarquement, les speeders ne s’étaient pas engagés sur la route dans un ordre particulier et le véhicule que Jaina partageait avec Lowbacca, Thrackan et Pwoe était plus ou moins au milieu du convoi.
La colonne avait atteint les faubourgs de la cité, qui constituaient à cet endroit une succession de bâtiments de chaque côté de la rue, tous entourés de terres sauvages.
Jaina se retourna au son d’une explosion derrière elle, une déflagration suivie d’une onde de choc qu’elle put ressentir au plus profond d’elle-même. De la fumée et des débris furent projetés haut autour des bâtiments avoisinants. Les ingénieurs venaient de détruire le bunker des Brigadiers, tout comme le Palais de la Paix et d’autres buildings publics.
Jaina revint vers l’avant au moment où une bête géante couleur lichen marcha de derrière un bâtiment sur la route sur le passage du convoi. Le cœur de Jaina fit un bond lorsque le speeder de tête s’écrasa contre l’animal, l’enrageant même si les compensateurs d’inertie de la machine sauvèrent l’équipage et les passagers. Un autre speeder frappa le premier par derrière, l’empêchant de reculer. La bête se cabra sur ses pattes de derrière et Jaina vit des guerriers Yuuzhan Vong se raccrocher à la nacelle sur le dos de la bête pour sauver leur précieuse vie. Les boucliers étincelèrent et cédèrent lorsque les quatre premiers pieds du quednak s’abattirent lourdement sur le speeder. Jaina put entendre les hurlements des passagers au moment de leur mort.
La jeune Jedi dégaina son sabre laser puis son blaster et hésita.
Aucune de ses armes ne pouvait tuer ce monstre.
Les véhicules équipés d’armes fendirent l’air au moment à l’instant où ils ouvrirent le feu sur l’animal. Le quednak rugit et chargea en avant, écrasant la partie avant d’un deuxième landspeeder et balayant d’un geste un troisième. Un de ses cavaliers fut éjecté de son siège et vola, agitant les bras, contre l’une des parois d’un building proche.
— En arrière ! En arrière ! Prenez une rue adjacente pour nous sortir de là !
L’officier de commande du landspeeder relaya les ordres au conducteur. Alors Jaina sentit un voile d’obscurité tomber sur elle et pivota.
Un autre monstre était conduit sur la route derrière le véhicule de Jaina. Son sabre laser étincela dans sa main ; elle prit trois grandes impulsions sur l’arrière du landspeeder et se lança vers les cavaliers sur le dos du quednak.
La Force sembla l’attraper par le dos et la jeter sur l’échine de la créature ; elle remercia Lowbacca silencieusement pour son aide et atterrit sur les larges bosses éventées. Elle était posée en haut de la paire de pattes centrales, son équilibre rendu précaire par le mouvement oscillatoire de la bête. Les deux cavaliers étaient assis dans une alcôve en forme de coquillage à l’avant. Jaina enclencha son sabre laser et chargea, ses bottes cherchant des prises sur la surface couverte de mousse des écailles de la créature.
Une des Yuuzhan Vong bondit en dehors du box pour lui faire face tandis que l’autre continuait de diriger l’animal. L’air empestait l’odeur du quednak. Les landspeeders le suivaient de près sous ses pieds griffus. Des tireurs paniqués en queue de colonne étaient en train d’ouvrir le feu, mais le quednak resta sous le contrôle de son cavalier.
L’opposant de Jaina dégaina son Bâton Amphi, la tête crachant du poison. La Jedi renvoya le poison dans les airs au moyen d’un coup de vent généré par la Force et s’avança pour engager le combat, droit vers la face tatouée du Yuuzhan Vong. La parade circulaire de l’extraterrestre lui arracha presque le sabre laser des mains mais elle se débrouilla pour s’écarter à temps et exécuta désormais une attaque moins impulsive.
La lame violette de Jaina frappa encore et encore mais le Yuuzhan Vong paraît toutes les attaques, un regard attentif discernable sous le bord de son casque en crabe Vonduun. Il se concentrait uniquement sur la défense, l’objectif étant de la garder à l’écart du conducteur jusqu’à ce qu’il puisse piétiner un nombre maximum de landspeeders sous les griffes de la bête. De la frustration envahit Jaina alors qu’elle redoublait ses attaques, la lame violette frappant en rythme de telle façon que le Bâton Amphi sauterait des mains du Yuuzhan Vong, ouvrant une brèche dans sa défense pour le coup fatal.
Contre toute attente, Jaina se lança à plat ventre sur le dos du quednak. Un éclair rouge-orangé brillant provenant d’un canon blaster fendit l’air à l’endroit même où elle se trouvait moins d’une seconde auparavant. Le Yuuzhan Vong hésita, clignant des yeux car aveuglé par le flash, et Jaina passa à l’équilibre sur une main et lança sa jambe en avant, balayant les pieds du guerrier. Il poussa un cri de rage pure alors qu’il dégringolait d’un côté de la créature.
Jaina s’élança vers le conducteur dans son box mais un autre canon ouvrit le feu et l’alcôve disparut dans un éclair de feu, la chaleur lui brûlant le visage. Elle chercha frénétiquement un moyen de contrôler la créature. Le quednak poussa un rugissement de fureur absolue et commença à reculer, essayant de se tourner pour atteindre la source des tirs de blaster qui le harcelaient.