Une volée de tirs s’écrasa violemment contre la bête et Jaina fut éjectée du dos de la créature. Elle chuta, invoquant la Force pour amortir son atterrissage sur le durabéton. Même si l’impact lui coupa le souffle, ses dents s’entrechoquèrent. De sa position au sol, elle vit Lowie extraire des civils blessés d’un landspeeder endommagé, les speeders intacts grouillant au milieu d’un essaim de réfugiés et de prisonniers déboussolés et de l’autre quednak agonisant qui avait finalement succombé aux tirs d’arme lourde.
Alors le second animal, celui que la Jedi avait chevauché, reçu un tir de canon en pleine tête et rugit au moment de mourir. Jaina vit le mur de flanc commencer à vaciller et elle détala à la manière d’un crabe au moment où la créature s’effondra dans une vague de puanteur et de sang. Un spasme d’agonie de sa queue projeta une paire de landspeeders contre un mur et le reptiloïde géant rendit l’âme.
Les animaux abattus bloquaient désormais la route de chaque côté, piégeant le convoi entre les rangées de bâtiments. Par les airs arriva une paire de vaisseaux rapides, l’équivalent de swoops, qui plongea vers la rue, leurs canons à plasma ouvrant le feu. Jaina s’écarta des tirs et des éclats volant alors que du plasma surchauffé déchirait le durabéton près d’elle.
La menace la plus dangereuse des swoops n’était cependant pas leurs canons. Chaque appareil possédait un basal dovin dans le nez en temps qu’unité de propulsion et ces anomalies vivantes bondissaient pour happer les boucliers des landspeeders, les surchargeant et les faisant lâcher dans un flash d’énergie.
Jaina se remit sur pieds, sa tête lui tournant à cause de l’ampleur du désastre. Elle ne pouvait rien faire contre ces vaisseaux sans son Aile-X ; alors elle chancela en travers du durabéton afin d’aider Lowie à secourir les civils blessés. Grâce à la Force, elle souleva des décombres ensevelissant un Rodien éclopé.
Le tir concentré des soldats fit sauter un swoop isolé. L’autre, essuyant des salves, se cracha volontairement sur un landspeeder et le véhicule entier fut détruit dans une éruption de flammes.
C’est alors que Jaina entendit un bourdonnement menaçant soudain et ses nerfs picotèrent pour l’avertir d’un danger alors qu’elle virait vers le son, son sabre laser en garde.
Un essaim bourdonnant d’insectes tranchants qui émettaient un bruit sourd passa à toute vitesse à travers les airs, poursuivant leurs cibles – et alors des guerriers Yuuzhan Vong jaillirent, telle une fourmilière, du côté sud de la rue, pendant qu’ils venaient pareils à un torrent de l’autre côté de la voie par-dessus les corps des quednaks. Un cri de guerre retentit en chœur dans cinq cents gorges : « Do-ro’ik vong pratte ! »
Des cris résonnèrent tandis que des vingtaines tombaient avant la vague d’insectes mortels. Jaina frappa un insecte au bruit sourd à travers le ciel avec son sabre laser, et embrocha habilement un insecte rasoir se dirigeant vers la tête de Lowie. Les guerriers Yuuzhan Vong se jetèrent violemment avec un impact audible dans la foule étourdie et grouillante. Les soldats de la Nouvelle République étaient tant gênés par la multitude de non-combattants qu’ils étaient presque capables de tirer sur leurs propres défenses. Les Yuuzhan Vong bondirent directement à bord des landspeeders privés de boucliers, tailladant les civils hurlant et les prisonniers pour atteindre les soldats si entassés qu’ils ne pouvaient lever leurs armes.
Jaina para un Bâton Amphi destiné à sa tête et laissa Lowie, frappant par dessus son épaule, disposer du guerrier qui maniait l’arme. Le guerrier suivant tomba devant deux sabres lasers, l’un balayant le haut, l’autre le bas. Jaina prépara une frappe à destination d’un visage titubant vers elle et réalisa qu’il s’agissait d’un garde du corps de Thrackan dans son armure absurde. Un femme humaine en train de crier, ensanglantée par la coupure d’un insecte rasoir et impuissante avec ses mains liées, tomba dans les bras de Jaina et mourut d’un coup asséné par un Yuuzhan Vong grondant qui était prêt à passer à travers elle dans le but d’atteindre la Jedi. Jaina s’écarta de la poussée à temps et avant que son ennemi ne puisse retirer son arme de sa victime, lui enfonça la pointe de son sabre dans la gorge.
Les deux moitiés d’un insecte rasoir, découpé habilement par la lame de Lowie, tombèrent de chaque côté de Jaina. Elle et Lowbacca étaient capables de se protéger eux-mêmes contre ces horreurs criardes, et au moins les soldats étaient équipés d’armures, mais les civils n’avaient aucun moyen de se défendre et étaient mis en morceaux. Les prisonniers attachés étaient encore plus vulnérables.
— Nous devons emmener ces gens dans les bâtiments où nous pourrons les protéger ! cria Jaina à l’attention de quiconque pourrait entendre. Faites-les bouger !
Au moyen de cris et de gestes, Jaina et Lowie rassemblèrent un groupe de soldats qui aidèrent à rassembler les civils dans les immeubles du côté nord de la rue. Cela donna aux autres soldats, et aux quelques derniers landspeeders qui étaient encore en état, un champ de tir plus dégagé et les Yuuzhan Vong commencèrent à faire plus de victimes.
Au milieu de la confusion, Jaina vit le Général Jamiro titubant à l’arrière avec un groupe de ses soldats autour de lui. Tous avaient l’air blessés ; une escouade de Yuuzhan Vong était à leur poursuite, leurs Bâton Amphi se relevant et retombant en un rythme pressant et mortel.
— Lowie ! C’est le général !
Les Jedi chargèrent, leur sabre laser oscillant. Jaina paralysa un guerrier ennemi, puis s’abaissa sous le mouvement brusque d’un autre pour lui planter son sabre droit dans l’aisselle, une partie non protégée par l’armure. Un troisième Yuuzhan Vong fut frappé au niveau des genoux par un double coup appuyé par la Force après quoi un des soldats de Jamiro le tira à bout portant d’une salve de blaster.
Deux des soldats saisirent Jamiro sous les bras et le traînèrent vers un des bâtiments au nord, un restaurant avec des isoloirs et un bar contre le mur du fond. Là, d’autres soldats tirant par les baies vitrées avaient nettoyé une zone de feu et étaient capables de toucher tout poursuivant. Lowie et Jaina couvraient la retraite, bloquant un tir après l’autre à l’aide de leurs sabres laser avant de se mettre à l’abri derrière les fenêtres.
La salle était remplie de gens étourdis, la plupart des civils affaissés sur des tables. Jaina reconnut Pwoe qui sortait du lot, le visage ensanglanté, un tentacule sectionné nettement par un insecte rasoir.
Les Yuuzhan Vong se battaient encore, essayant de prendre les bâtiments. Jaina et Lowbacca choisirent chacun une baie, tranchant et parant à travers l’ouverture pendant que les soldats tiraient continuellement sur les attaquants.
C’était un tir sur les flancs qui repoussa finalement les assaillants. Les Yuuzhan Vong avaient piégé seulement la première moitié du convoi. Le contingent arrière était en grande partie intact, bien qu’incapable de manœuvrer les speeders au-delà de la bête morte qui bloquait la route. À la place, le Colonel Tosh, aux commandes de l’arrière-garde avait envoyé ses troupes escalader le flanc massif du quednak. Au sommet les soldats envoyèrent un tir de masse dans la rue en contrebas, un feu assez intense pour forcer les Yuuzhan Vong à se retrancher dans les bâtiments du côté Sud.
Jaina éteignit son sabre laser et haleta. C’était étonnant la vitesse à laquelle les choses avaient mal tourné.
Le temps était en train de filer ; et avec lui des vies.
Le Général Jamiro se leva en reprenant son souffle, un bras le soutenant contre un mur pendant qu’il parlait dans son comlink. Du sang tâchait son armure blanche. Il leva les yeux.
— Qu’est-ce qu’il y a derrière nous ? demanda-t-il. Pouvons-nous nous retrancher vers le Nord et rejoindre les landspeeders ?
Un des soldats fit une vérification rapide puis se retourna.
— C’est une forêt mal éclairée, monsieur, rapporta-t-il. Les landspeeders ne pourront pas passer au travers mais nous le pourrons à pied.
— Négatif. (Jamiro hocha la tête.) Nous perdrons toute cohésion dans les bois et les Yuuzhan Vong nous traquerons jusqu’à la mort.
Il pivota pour regarder par la baie vitrée brisée.
— Nous devons retourner aux landspeeders d’une façon ou d’une autre puis emprunter un autre chemin autour près du barrage routier.
Il parut lugubre et pressa une main sur une blessure à la cuisse.
— Dites au Colonel Tosh qu’il devra nous fournir un tir de couverture au moment où nous sortirons. Mais nous allons encore perdre beaucoup de monde une fois que nous serons dans la rue.
Jaina prit conscience que son comlink bipait. Elle répondit.
— Ici Solo.
— Ici le Colonel Fel. Êtes-vous en difficulté ? Les autres Jedi semblent le penser.
Jaina fut soulagée au son de la voix de Jag, bien que ce soulagement fut suivi immédiatement d’un embarras par l’intensité du timbre. Elle s’efforça de garder un ton calme et militaire quand elle répondit.
— Le convoi est tombé dans une embuscade et a été obligé de répondre, rapporta-t-elle. Quelle est votre position ?
— Je suis avec l’Escadron Soleils Jumeaux en orbite. Nous sommes en attente, souhaitant que vous et Lowbacca nous rejoigniez. Une flotte ennemie est apparue et la situation est devenue pressante. Il est impératif que le groupe d’assaut rejoigne l’orbite aussi vite que possible.
— Je ne te le fais pas dire, cassa Jaina, son soulagement cédant la place au mécontentement devant le ton pompeux de Jag.
— Tenez-vous prêt, dit Jag. Je vais conduire les escadrons pour un bombardement et vous tirer de là.
— Négatif, répondit Jaina. Les Vong sont juste à côté de la rue, trop près. Vous nous toucherez et nous avons des civils ici.
— Je devrai encore être capable de vous aider. Tenez-vous prêt.
— Jag, continua Jaina, tu as trop de bleus ! Ils ne seront jamais capables de se maintenir sur la cible ! Ils vont tuer des centaines de civils, sans parler du reste d’entre nous !
— Tenez-vous prêt, Leader Jumeaux, répéta Jag, insistant.
Le mécontentement finit par prendre le dessus sur le soulagement. Jaina regarda, exaspérée, le Général Jamiro.
— Avez-vous entendu ça, monsieur ?
Jamiro hocha la tête.
— Même s’il ne peut pas faire un passage en straffing, les chasseurs pourraient faire tomber des têtes Vong. Attendons.
— Général ! (La voix autoritaire de Pwoe s’éleva du fond de la pièce.) C’est de la folie pure ! Je demande que vous m’autorisiez à négocier une reddition pour ces gens avant que vos pilotes à la gâchette facile ne nous réduisent tous en pièces !
Le Quarren avança, l’air indigné. Jamiro lui fit face, se tenant droit, et tressaillit lorsqu’il fit reposer son poids sur sa jambe blessée.
— Sénateur, dit-il. Vous me rendriez service en restant silencieux. Vous n’êtes pas responsable ici.
— Pas plus que vous, dirait-on, rétorqua Pwoe. Votre seul espoir et celui de tous ceux sous vos ordres – de ses mains liées, il fit un geste qui englobait les soldats, les civils et les prisonniers – est de se rendre discrètement. Je peux entièrement prendre les négociations sous ma responsabilité.
— Se rendre discrètement.
Jaina fut surprise par la voix sarcastique de Thrackan montant du fond de la pièce. Son cousin se leva de la chaise qu’il occupait et avança en boitant. Elle put voir que les longs muscles de son dos avaient aussi été ouverts par un insecte rasoir.
— Jusqu’à maintenant, je pensais que les Jedi étaient les plus pompeux et les plus énervants vantards qui soient, affirma Thrackan. Mais c’était avant que je vous rencontre. Vous détenez le prix du plus absurde, présomptueux, prolixe fiasco que j’ai jamais vu. Et pour couronner le tout – Il regarda fixement de très près dans les yeux indignés de Pwoe. – Et pour couronner le tout, monsieur, vous êtes un poisson ! Alors asseyez-vous et fermez-là avant que je ne vous trouve un harpon !
Pwoe se redressa.
— Votre étalage de préjudice envers la hiérarchie est… Thrackan fit un signe de la main.
— Je le peux, Chef. Personne n’écoute vos paroles désormais. Ou ne le fera plus jamais, je pense.
Pwoe retourna son regard furieux à Thrackan pendant un long moment, et alors son regard fixe faillit et il battit en retraite. Alors Thrackan tourna son air maussade vers les autres – Jaina, Jamiro et le reste.
— Je ne suis pas un collaborateur Vong, peu importe ce que vous autres pensez. Et je ne vais pas laisser un imbécile subaquatique nous livrer à l’ennemi.
Avec un air de triomphe douloureux, Thrackan s’en retourna à son siège.
De dehors parvint le rugissement grinçant particulier d’une Griffe, passant lentement au-dessus de leur tête. Jaina pouvait imaginer Jag dans le siège du pilote, dirigeant le chasseur inversé pour avoir une meilleure vue de la scène en-dessous. Quand la voix de Jag se fit entendre, celle-ci était prévenante.
— Nos forces sont du côté Nord ?
— Oui, mais…
— Les Yuuzhan Vong sont en train de se regrouper – ils vont lancer un nouvel assaut dans quelques minutes. Je vais entamer un bombardement avec nos deux escadrons pour enrayer l’attaque. Dites à vos gens de rester à couvert et de se préparer à courir.
— Non, intervint Jaina. Je connais mes nouvelles recrues ! Elles n’ont pas l’expérience !
— Tenez-vous prêt, Leader Jumeaux. Et dites à ces soldats se tenant sur l’animal mort de se mettre à l’abri.
Jaina lança presque son comlink sur le sol par frustration. Au lieu de cela, elle jeta un coup d’œil désespéré au Général Jamiro qui la regardait avec une expression prévenante et compulsée. Jamiro porta son propre comlink à ses lèvres.
— Les chasseurs sont sur le point de faire un passage. Chacun doit se mettre en sécurité et se préparer à courir vers les landspeeders à mon ordre. Tosh, faites descendre vos gens de cette créature et ramenez les sous couvert des boucliers des landspeeders.
Et alors, avec une dignité d’usage silencieuse, Jamiro trouva refuge sous une table. Les autres dans la pièce firent de leur mieux pour suivre son exemple.
Le rugissement des chasseurs leur parvint par les fenêtres cassées. Jaina, restant debout, s’approcha de la baie et jeta un rapide coup d’œil dehors.
L’escadron Chiss se dessinait en noir contre le ciel occidental, les vaisseaux volant presque aile contre aile, placés en escaliers derrière le leader dans une sorte de moitié de coin.
Bien sûr, Jaina tomba en admiration. Jag Fel serait à leur tête, volant le long d’une ligne invisible sur le champ de bataille entre les Yuuzhan Vong et les troupes de la Nouvelle République. Les autres étaient échelonnés du côté Vong de la ligne – aussi longtemps qu’ils maintiendraient leur alignement avec le leader, leurs tirs ne pourraient toucher des forces alliées.
Les canons laser du leader s’animèrent, puis ceux des autres. Les éclairs tombèrent dans la rue et sur les toits des bâtiments opposés telle une pluie de haute énergie. Jaina plongea sous la table la plus proche et découvrit Lowie prenant déjà la plupart de la place.
— Tu sais, dit-elle, Jag est parfois vraiment…
Sa pensée fut laissée en suspend. La première vague sembla aspirer l’air des poumons de Jaina, puis le transformer en lumière et en chaleur qu’elle put sentir dans ses os, son foie, sa rate et ses entrailles.
Vingt et une détonations supplémentaires suivirent la première alors que les Chiss déchargeaient. Ce qu’il restait des baies du restaurant implosa. Des tempêtes de poussière vinrent de la rue ainsi que des morceaux de débris. Et alors il y eu un silence uniquement rompu par le sifflement dans les oreilles de Jaina.
Lentement elle fut consciente que son comlink bipait. Elle le porta à ses lèvres.
— Quoi encore ?
— Maintenez vos positions, fit la voix faible. Les Soleils Jumeaux sont les suivants.
Tesar serait en tête avec le reste espacé dans la même formation que Jag avait utilisée. Jaina n’avait pas peur qu’un tir sorte de son vecteur.
— Maintenez vos positions, appela Jaina. Un autre raid arrive.
Ils étaient seize cette fois, deux de chaque escadrons de X-Wing restant. Jaina toussa alors qu’une succession de vagues de poussière soufflait les baies vitrées.
De nouveau, il y eut un silence, rompu par le son des décombres des bâtiments opposés en train de glisser. Alors qu’elle clignait des yeux pour enlever la poussière, Jaina put voir le Général Jamiro se relever avec peine de sa position sous l’une des tables puis parler dans son comlink.
— Soldats, prenez position pour couvrir les civils ! Tous les non-combattants dans les landspeeders – le reste d’entre-nous suivons.
Ses mains repoussèrent les décombres au-dessus de lui et Maal Lah vit le ciel qu’il ne pensait plus jamais revoir. Il respira bruyamment en crachant la poussière de ses poumons.
— C’est le Commandeur ! appela quelqu’un, et une foule de mains se joignirent pour dégager les débris puis tirèrent Maal Lah hors des décombres.
Maal Lah haleta suite à une soudaine et vomitive vague de douleur mais il serra les dents et appela :
— Subalterne ! Au rapport !
— Les infidèles se sont échappés après le bombardement, Commandeur Suprême. Mais ils ont laissé des centaines de mort dans leur sillage. (Le subalterne hésita.) Nos alliés de la Brigade de la Paix pour la plupart.
La douleur arracha un grondement à Maal Lah mais il tourna ce grognement en triomphe.
— Ces traîtres infidèles ont mérité leur destin ! Ils auraient dû mourir en combattant mais au lieu de cela ils se sont rendus et nous ont laissé leur donner une fin honorable !
Il tenta de tourner une autre grimace de douleur en rire.
— Les envahisseurs nous craignent, subalterne ! Ils ont fui Ylesia une fois avoir tâté notre dard !
— Le Commandeur Suprême est sage, dit le subalterne.
De la poussière striait ses tatouages et son armure était cabossée. Ses yeux parcoururent le corps de Maal Lah.
— J’ai le regret de vous dire, Commandeur Suprême, reprit-il doucement que votre jambe est démolie. J’ai bien peur que la perdiez.
Maal Lah gronda de nouveau. Comme s’il avait besoin qu’un jeune subalterne lui dise une telle chose. Il avait vu la poutre de duracier tomber comme un couteau, et avait senti l’agonie depuis ces longues minutes…
— Les Modeleurs me donneront une meilleure jambe, si les dieux le veulent, répondit Maal Lah.
Il tourna la tête suite à une série de booms soniques : les engins infidèles s’élevaient dans le ciel depuis leur terrain d’atterrissage.
— Ils pensent qu’ils se sont échappés, subalterne, dit Maal Lah. Mais je sais que non.
Avant que le feu ennemi ne fasse tomber le bâtiment sur lui, il avait été en contact avec ses commandants dans l’espace et avait imaginé une stratégie qui donnerait à l’ennemi une autre surprise.
Était-il possible de mourir par surprise ? s’émerveilla-t-il.
En temps que tacticien, il savait que oui.
Jacen se tenait debout en silence et maintenait le lien psychique dans son esprit. Les derniers éléments du groupe d’assaut étaient en train de quitter Ylesia, avec Jaina et Lowbacca, et le commandant ennemi n’avait toujours pas fait mouvement. À la place, il avait continué d’étendre son flanc, déplaçant un filet de vaisseaux constant dans le vide. L’Amiral Kre’fey avait répondu à chaque déploiement ennemi par le même mouvement. Des lignes entières étaient maintenant clairsemées, trop étirées pour être utiles comme une réelle ligne de combat.
Mais pourquoi ? Pourquoi le commandant ennemi se créait lui même un handicap dans cette voie, allongeant ses forces sans qu’elles soient capables de combattre de façon cohésive ? Il avait handicapé Kre’fey de manière similaire, c’était vrai, mais il n’était pas en mesure de tirer partie de cela. Ce qu’il aurait dû faire était d’attaquer immédiatement et d’essayer de piéger les troupes au sol sur Ylesia.
Dans son esprit, Jacen pouvait sentir les pilotes Jedi patrouillant dans leurs vaisseaux, éparpillant de haut en bas les minces lignes ennemies. Il sentit leurs perceptions se mêler aux siennes ce qui l’amenait à bien connaître la position de la plupart de la flotte. Et à travers leur concentration unifiée sur leurs propres écrans, il comprit où ils étaient en rapport avec l’ennemi.
Pourquoi ? Pourquoi le commandant Yuuzhan Vong manœuvrait en ce sens ? C’était presque comme s’il manquait une pièce.
Une pièce manquante. La pièce se mit en place avec un claquement sec que Jacen sentit frissonner dans ses nerfs. Avec quelque peu de répugnance, il écarta la Force et le réconfort du lien psychique de son esprit et il en appela à son sens Vong, l’étrange télépathie qu’il avait développé avec les formes de vie Yuuzhan Vong durant sa captivité.
Un sens alien indescriptible envahit ses sens. Il pouvait sentir la flotte ennemie déployer ses ailes dans l’espace, l’implacable hostilité de tout ce qu’il y avait, des vaisseaux vivants aux Yuuzhan Vong respirant, en passant par les grutchins qui attendaient enfermés dans des missiles…
Jacen lutta pour étendre son esprit, étendre ses sens profondément dans l’espace, dans le vide qui entourait le système d’Ylesia.
Et là il trouva ce qu’il cherchait, un microcosme alien rempli d’attentions barbares.
Il ouvrit les yeux et se tourna vers Kre’fey, qui se tenait au milieu de son équipage silencieux, étudiant les écrans.
— Amiral ! appela Jacen. Il y a une autre flotte Vong sur son vecteur. (Il enjamba l’équipage et pointa un doigt sur l’écran holographique.) Elle vient droit ici. Juste derrière notre aile déployée, où ils peuvent nous enfoncer contre l’autre force Yuuzhan Vong.
Kre’fey fixa Jacen de ses yeux violets aux reflets d’or.
— En êtes-vous certain ?
Jacen rendit son regard au Bothan.
— Absolument, Amiral. Nous devons tirer nos forces de là.
Kre’fey regarda de nouveau l’écran, à l’endroit où des motifs d’interférence miroitants étaient apparus après que Jacen y ait mis son doigt.
— Oui, dit-il. Oui, c’est çà l’explication. (Il se tourna vers son équipage.) Ordonnez au déploiement de nous rejoindre.
Une foule de spécialistes des communications activèrent leurs microphones. Kre’fey continuait d’observer l’endroit désigné par Jacen et hocha la tête pour lui-même.
— Le déploiement lâchera un barrage de missile à cet endroit, ordonna Kre’fey et communiqua les coordonnées.
Les vaisseaux capitaux du détachement déversèrent un gigantesque barrage de missiles, apparemment braqué vers l’espace vide, et se retranchèrent derrière la sécurité du corps principal. Quand les renforts Yuuzhan Vong regagnèrent l’espace normal, les missiles étaient déjà au milieu d’eux et les nouveaux arrivants n’avaient pas encore préparé leurs vaisseaux à la défense ni lâché un seul corail skipper.
Kre’fey gronda.
— Comment puis-je nuire aux Yuuzhan Vong aujourd’hui ? N’avons-nous pas répondu à la question ?
Un de ses officiers arbora un sourire de triomphe.
— Les vaisseaux nous informent que le groupe d’assaut a été récupéré, Amiral.
— Juste à temps, marmonna quelqu’un.
Depuis que l’aile s’était regroupée, Kre’fey fit manœuvrer la flotte entière dans la même direction. L’arrivée nouvelle des Yuuzhan Vong était trop désorganisée et sans position pour engager une poursuite effective. Les premiers arrivés chargèrent Kre’fey mais furent divisées tant les forces du Bothan étaient concentrées, et leur intervention n’avait aucune chance d’être décisive.
Mais bien que Kre’fey ait assuré l’évasion de ses forces, la bataille était loin d’être terminée. Le commandant Yuuzhan Vong était furieux et ses guerriers possédaient encore la bravoure suicidaire propre à leur caste. Des vaisseaux furent sévèrement touchés, des chasseurs vaporisés et des coques brisées en morceaux à travers le vide froid de l’espace Ylesien, avant que la flotte ne s’extirpe de la masse sombre de la capitale des traîtres et ne passe en hyperespace en direction de Kashyyyk.
— Je ne veux plus faire quelque chose de ce genre, dit Jaina.
Elle était dans le salon des officiers du Starsider, assise sur une chaise avec une tasse de thé dans les mains, les bottes enlevées et ses pieds posés sur les genoux de Jag Fel.
— Ylesia, c’était comme se frapper la tête encore et encore contre un mur de briques, poursuivit-elle. Une succession de problèmes tactique et la solution à chacun d’entre eux était un assaut direct contre l’ennemi ou un vol avec l’ennemi aux fesses. (Elle soupira au moment où les doigts de Jag massèrent une zone particulièrement sensible de son pied droit.) Je suis meilleure quand je peux être Yun-Harla la Fourbe, reprit-elle. Pas quand je joue au jeu de l’ennemi mais quand je peux en faire le mien.
— Tu fais référence au Sabacc, je saisis, dit Jag un peu amèrement.
Jaina regarda Jacen, assis à l’opposé d’elle et buvant à petites gorgées son verre de bière Gizer.
— Vas-tu accéder à la requête de Kre’fey et prendre les commandes d’un escadron ?
Jacen inhala l’odeur musquée de la bière alors qu’il considérait sa réponse.
— Je pense que je peux être plus utile sur le pont du Ralroost, répondit-il finalement, pensant à ses doigts flottant sur l’écran holographique de Kre’fey et pointant une flotte ennemie qui n’était pas là. Ylesia, continua-t-il, a montré que mes talents semblent être plus d’ordre spatiaux et, heu, coordinateurs. Coordinateur est-il un mot ?
— J’espère que non, dit Jag.
Jacen sentit du regret à la pensée de quitter totalement les chasseurs. Il avait rejoint la flotte de Kre’fey afin de protéger sa sœur, et peut-être que c’était mieux en volant près d’elle dans une Aile-X. Mais il supposa qu’il serait capable d’offrir une meilleure forme d’assistance en restant en-dehors d’un cockpit, utilisant plutôt le lien mental Jedi pour modeler la façon dont les autres se battent.
— Regarde, souligna Jag, Jaina est dans l’erreur. Ylesia n’était pas une défaite. Les pilotes de Jaina abattus ont été secourus et les miens aussi. Nous avons blessé l’ennemi plus qu’il ne l’a fait avec nous, en partie grâce au Sinistre Homme Fusionneur d’Esprit, ici.
Il hocha la tête à l’attention de Jacen.
— Nous avons détruit une flotte collaborationniste et capturé assez de hauts placés de la Brigade de la Paix pour fournir des douzaines de procès. Les médias seront occupés pendant des mois.
— Je ne ressens pas cela comme une victoire, avoua Jaina. C’est comme si nous nous en étions à peine sortis avec nos têtes.
— C’est seulement parce que tu n’as pas une perspective suffisamment détachée, dit sérieusement Jag.
La mention des Brigades de la Paix avait propulsé l’esprit de Jacen sur d’autres canaux. Il regarda Jaina.
— Penses-tu que Thrackan est vraiment innocent ?
Jaina reçut un choc.
— Innocent de quoi ?
— De collaboration. Penses-tu que l’histoire comme quoi il a été poussé à la Présidence peut avoir été vraie ?
Jaina rit d’une façon incrédule.
— Trop ridicule. Non, vraiment. C’est un humain totalement chauvin. Je sais qu’il est mauvais, il nous a retenu prisonniers et veut gouverner Corellia comme diktat mais il déteste tellement les non-humains que je ne peux pas croire qu’il travaillerait volontairement avec les Yuuzhan Vong.
Jaina inclina la tête en pensant. Son visage affichait un bonheur total grâce au massage de Jag.
— Aussi, il a traité Pwoe de Tête de Calamar. C’est un point en sa faveur.
— Si Sal-Solo souhaite prouver son innocence, dit Jag, il aura besoin de passer un interrogatoire sous l’emprise de sérums de vérité. Si sa collaboration était involontaire, le sérum nous le révélera. (Un sourire amusé passa le long de ses traits marqués de cicatrices.) Mais je pense qu’il est si effrayé qu’un tel interrogatoire révélerait comment il a atterrit entre les mains des Yuuzhan Vong en premier lieu. C’est ce qui le fera condamner.
— Ha, fit Jaina.
Jacen ne put pas dire si elle était éclairée ou si, grâce à la friction de ses pieds, elle expérimentait une forme d’extasie.
Le jeune Jedi, sirotant sa bière, décida que quelle que soit la vérité du problème, ce n’était pas ses affaires.
Thrackan Sal-Solo marchait en travers de la cour d’exercice de la prison faite de murs de duracier, son esprit consacré à des plans.
Demain, lui avait-on dit, il serait transféré sur Corellia, où il serait jugé pour trahison envers sa planète natale.
Il avait accepté le transfert calmement, et se comportait comme un prisonnier modèle durant la majeure partie du voyage de retour. Mais s’était seulement pour berner ses gardes.
Il les prendrait par surprise et les frapperait à la tête avec une arme improvisée – il ne savait pas quoi exactement mais il travaillerait là-dessus plus tard. Alors il prendrait les commandes d’un vaisseau – il espérait que ce serait un modèle Incom, il pouvait piloter tout ce que fabriquait Incom. Il ferait s’écraser l’appareil dans une zone éloignée de Corellia et se ferait passer pour mort dans les flammes.
Alors il prendrait contact avec des personnes de Corellia à qui il pouvait encore faire confiance. Il réorganiserait le Groupe Centerpoint, frapperait et prendrait le pouvoir. Il régnerait sur un monde ! Non cinq mondes.
C’était son destin et rien ne pouvait l’arrêter. Thrackan Sal-Solo n’était pas fait pour être condamné à une misérable vie sur une planète-prison.
Bien. En tout cas, pas plus d’une fois.