L’APPRENTIE

Elaine Cunningham

27 ap. BY

Chronologie

L’Apprentie est un court texte paru dans le Star Wars Gamer #8, aux côtés du premier chapitre de L’Envoyé du Vide. Il s’agit de la première nouvelle Star Wars rédigée par Elaine Cunningham, l’auteur de Sombre Voyage, nouvelle qui a vite été rejointe par Le Cristal et Ciel Rouge, Flamme Bleue.

Le texte présente Jaina Solo, le personnage fétiche de l’écrivain, dans une situation assez étrange. En vérité, ce texte est un morceau de Sombre Voyage qui a été « censuré » dans la version finale de ce roman du Nouvel Ordre Jedi. Pour être précis, on peut intégrer L’Apprentie au sein du chapitre 21.

Nous apprenons dans ce récit les circonstances dans lesquelles Jaina accepte de devenir l’élève du Maître Jedi Kyp Durron, réputé pour ses manières peu orthodoxes de combattre les envahisseurs Yuuzhan Vong, et surtout quelles sont les actes commis par la jeune femme lorsque celle-ci flirtait avec le Côté Obscur de la Force, après le drame qui a touché sa famille.

Cette histoire n’est en rien violente, mais a été retirée du manuscrit car elle entachait le rôle de Mademoiselle Solo, jugée trop sombre.

Titre original : The Apprentice

 

Jaina Solo ajusta la ceinture de son siège de copilote et se pencha en avant, désireuse d’avoir un premier aperçu de la planète Gallinore. Le petit cargo hapien sortit en douceur de l’hyperespace et les traînées étoilées se transformèrent en brillants points de lumière : une vue magnifique, mais qui pouvait signaler quasiment tout arrivée à destination. Puis le vaisseau vira brusquement à tribord et une brume verte apparut dans la noirceur de l’espace.

Le brouillard s’accrochait à la planète couverte de forêts, et les rayons inclinés du soleil levant prêtèrent à l’atmosphère humide une lueur verdoyante et éclatante. Lowbacca laissa échapper un gémissement intense et bas, mêlant l’admiration et la nostalgie.

— Cela ressemble un peu à Kashyyyk, acquiesça Jaina, évoquant le monde natal du Wookiee.

Elle jeta un coup d’œil à ses compagnons. Lowbacca avait toujours été chétif pour un Wookiee, mais leur récente captivité l’avait laissé franchement décharné, et sa fourrure rousse était terne et inégale. Tenel Ka était également plus maigre, et sa combinaison de vol vert sombre soulignait ses formes trop minces. Ses longs cheveux roux étaient soigneusement coiffés en de nombreuses tresses à la façon des guerrières Dathomiriennes, mais avec une différence : elle avait repoussé ses cheveux d’un côté pour cacher la marque qu’un inquisiteur Yuuzhan Vong lui avait infligée lorsqu’il avait arraché l’une de ses mèches. Jaina détourna rapidement son regard de ce souvenir, de l’épreuve qu’elles avaient partagée. Ses propres cicatrices étaient d’une toute autre sorte.

Son regard se posa sur l’homme assis dans le siège du pilote. Kyp Durron dépassait les dix-huit ans de Jaina d’une douzaine d’années. Ses longs cheveux bruns, ondulants et négligés étaient parsemés de mèches argentées, et de faibles rides se rejoignaient à l’encoignure de ses yeux verts : des rides qui suggéraient un sourire facile et un rire communicatif. Kyp avait le type de visage qui inspirait la camaraderie et la confiance, même sans prendre en compte son charisme et ses formidables pouvoirs de Jedi. Une chose était sûre : les gens suivaient Kyp. Jaina comptait bien comprendre pourquoi.

Les brumes de Gallinore tourbillonnèrent à l’approche de leur vaisseau. Jaina s’agita avec impatience sur son siège. Ses doigts brûlaient de se saisir des commandes et elle frotta brusquement une de ses mains contre une jambe de sa combinaison de vol, comme si cela pouvait éradiquer l’envie de passer à l’acte. Kyp était un Maître Jedi, et – c’était là le plus important – un Maître qui lui avait demandé de devenir son apprentie. Pour Jaina, s’asseoir dans le siège de copilote était une façon d’accepter cette idée le temps d’un vol d’essai.

Une part d’elle-même voulait rejeter son offre sans même y avoir réfléchi. Kyp Durron avait été une personne douteuse avant même que la guerre ne commence, avant qu’il n’entreprenne sa croisade rebelle contre les envahisseurs Yuuzhan Vong. Ses raids étaient extrêmement controversés, et ses plaidoyers passionnés pour les tactiques agressives apportaient la discorde à chacune des réunions Jedi, qu’il y assiste ou non.

Mais à un certain niveau, Jaina sentait qu’elle et Kyp étaient déjà en train de voler sur le même vecteur. Elle ne pouvait discuter sa philosophie ou ses méthodes. Seulement elle n’était pas sûre de vouloir lui remettre les commandes.

Kyp scruta l’étendue ininterrompue de vert se précipitant sur leur vaisseau.

— L’ordinateur de navigation confirme nos coordonnées d’atterrissage, mais je ne vois rien en bas qui puisse ressembler à une ville.

Tenel Ka leva les yeux du databloc qu’elle avait étudié durant la majorité du voyage.

— Dimitor est difficile à voir d’en haut. La cité est construite principalement avec du marbre vert et toutes les rues sont flanquées de grands arbres. Même les docks d’atterrissage sont pavés de pierres multicolores, les rendant identiques aux prés, jusqu’à ce que vous soyez quasiment dessus.

— Il y a de quoi se demander ce qu’ils ont à cacher, observa Kyp, adressant un regard bref et aigu à Jaina.

— Gallinore est en conformité avec les lois, étroitement affilié au gouvernement de Hapès, dit Tenel Ka, gravement. (Son regard se décala sur Jaina.) Je suis plus préoccupée par nos buts que par les leurs. Nous débarquerons sous peu. Ne devrais-tu pas nous dire pourquoi nous sommes venus ?

Jaina approuva d’un hochement de tête.

— Laisse-moi regarder ton sabre laser.

La guerrière fronça les sourcils, perplexe, mais elle décrocha l’arme de sa ceinture et la lui tendit.

Jaina tourna le sabre-laser peu commun dans sa main, faisant courir son pouce sur les étranges ciselures que Tenel Ka avait méticuleusement gravées dans la poignée d’ivoire jaune.

— Une dent de rancor, observa-t-elle.

Avec une chiquenaude du pouce, elle lâcha un rayon de lumière brillante et turquoise : une tonalité étrangement iridescente, qui après une minutieuse inspection, révélait des grains dansants de toutes les couleurs visibles du spectre lumineux.

— Tu as utilisé des gemmes arc-en-ciel pour le cristal convergent, n’est-ce pas ? De Gallinore ?

— En effet, confirma Tenel Ka.

— Ces gemmes sont réellement des créatures vivantes, pourtant tu as pu les intégrer dans un sabre laser Jedi ; tout comme Anakin avait adapté le cristal lambent des Yuuzhan Vong au sien. J’ai lu que les gemmes arc-en-ciel, comme beaucoup de formes de vie uniques sur ce monde, étaient biotechnologiques.

De la compréhension apparut sur le visage de la guerrière.

— Ces similarités t’amènent à espérer que les scientifiques de Gallinore pourront nous aider à comprendre le Fourbe, conclut-elle, nommant le vaisseau vivant que Jaina et Zekk avaient volé sur un vaisseau-monde Yuuzhan Vong.

— C’est le plan.

Jaina éteignit l’arme de son amie Jedi et la lui rendit.

Le silence retomba lorsque Kyp entra en contact vocal avec les autorités du dock spatial. Il donna les codes d’autorisation et manœuvra habilement le vaisseau à travers les couches de nuages. Les trois plus jeunes Jedi se levèrent immédiatement, le laissant couper l’alimentation des commandes.

La rampe baissée, Jaina descendit et regarda avec intérêt les baies d’embarquement. Elle pouvait maintenant voir pourquoi cet endroit était presque invisible depuis là-haut.

Une forte brise remuait les nuages bas qui remplissaient les docks ouverts et s’accrochaient aux arbres au-delà de la ville. De longues branchent apparaissaient par intermittence en se balançant, comme de timides animaux de forêts. Les baies d’embarquement grouillaient de pilotes, de mécaniciens, et d’officiels du port, tous vêtus de combinaisons nuancées de vert. Eux aussi semblaient apparaître et disparaître dans les brumes, de façon aléatoire. Une étrange particularité optique rendait leurs mouvements presque identiques aux balancements du feuillage.

Néanmoins, les travailleurs convergeaient immédiatement vers n’importe quel vaisseau venant de se poser, utilisant de puissants petits chariots à répulsion afin de l’amener dans une baie d’atterrissage couverte par une grande verrière camouflée. Il était difficile de croire que le soleil de Gallinore pouvait dissiper la couverture de nuages matinaux avant qu’il n’ait atteint son zénith. Jaina plissa les yeux en regardant vers la partie du brouillard la plus lumineuse, notant la position du soleil avec consternation. Elle devrait travailler rapidement.

— Les bâtiments de la douane, dit Tenel Ka, inclinant la tête vers une basse structure verte. Les officiels de la ville nous attendront ici.

Elle ramena les épaules en arrière à la manière des guerriers se préparant à un affrontement, et avança d’un pas résolu.

Un sourire passager effleura les lèvres de Jaina alors qu’elle s’imaginait la « réunion diplomatique » qui allait suivre. Tenel Ka était princesse de Hapès, le monde dominant du Consortium du même nom, mais elle était ici en tant que guerrière afin d’exhorter les autres à se préparer au conflit approchant. Sur une suggestion de Jaina, tous les Jedi envoyés, sauf Lowbacca, étaient habillés de combinaisons de vol vertes identiques à celles portées par les Gallinoriens. Elle avait suggéré que ce soit un moyen d’honorer les coutumes locales, de créer un sentiment d’unité. Tenel Ka avait montré son approbation, et elle n’avait pas demandé si Jaina avait d’autres raisons de vouloir s’habiller à la façon locale.

Kyp descendit la rampe et vérifia la trappe menant à la soute. Tenel Ka fixa le plus âgé des Jedi. Bien que ni l’expression de son visage, ni son pas ne changèrent, des vagues de désapprobation se dégagèrent d’elle.

Jaina fit un pas en avant dans la direction de la guerrière de Dathomir et lui fit face.

— OK. Qu’est-ce qu’il y a ?

Tenel Ka s’arrêta et regarda Jaina de ses yeux gris et froids.

— Je comprends que tu désires en apprendre plus des scientifiques de Gallinore. Mais pourquoi Kyp Durron est-il avec nous ? Tu n’as sûrement pas accepté de devenir son apprentie ?

— Peut-être le devrais-je. Kyp est un Jedi exceptionnellement puissant. (Jaina fit une pause et décocha un sourire bref et sans humour.) À ce qu’il parait. La seule raison pour laquelle il est encore vivant, c’est que les personnes intéressées estiment que son talent fait contrepoids de ses crimes passés.

Tenel Ka leva un sourcil roux doré.

— Cela ne te ressemble pas d’être cynique.

— Réaliste, corrigea Jaina. Kyp Durron connaît des choses que moi je ne connais pas. Je pourrais apprendre de lui.

— En effet. C’est ce qui m’inquiète.

Jaina laissa échapper un soupir de frustration et abattit sa meilleure carte : une affirmation assez forte pour réduire à néant les arguments et mener la conversation à son terme.

— Maître Luke lui fait confiance.

— Et toi ? lança Tenel Ka en retour. Peux-tu lui faire confiance après ce qu’il a fait à Sernpidal ?

Le dur rappel heurta Jaina comme un coup de poing en plein ventre. Il n’y a pas longtemps, Kyp s’était servi de la Force pour convaincre Jaina que les chantiers navals ennemis cachés parmi les fragments de la planète morte Sernpidal étaient en train de construire une super arme. Kyp l’avait manipulée, se servant du nom de Solo et de la réputation personnelle de Jaina en tant que pilote de l’Escadron Rogue pour persuader les forces de la Nouvelle République de se joindre à cette attaque. La blessure de cette trahison était toujours vive, surtout sachant que l’Escadron Rogue, largement par son initiative, avait attaqué une cible civile.

Elle écarta ces souvenirs d’un geste impatient.

— La mission a été un succès. La destruction du nouveau vaisseau-monde Vong a renforcé la position de la Nouvelle République.

— Peut-être, concéda Tenel Ka. Pourtant, je me demande si votre volonté d’attaquer Sernpidal n’avait pas plus rapport à la vengeance qu’à la tactique.

Un hurlement Wookiee de protestation devança la réponse de Jaina. Lowbacca vint se planter à côté de Jaina, ses longs bras croisés contre son torse, ses yeux noirs rétrécis. Il grogna quelques mots brusques et indignés. Certaines nuances du langage Wookiee pouvaient échapper à Tenel Ka, mais leur signification était assez claire pour faire apparaître un faible rougissement sur ses joues.

Elle inclina la tête.

— Je m’excuse, mon ami. Je n’ai pas voulu manquer de respect à l’honneur de ton oncle Chewbacca, ou à la dette de vie que vous assumez en son nom. Son sacrifice à Sernpidal aurait en effet été bafoué par la vengeance.

Le regard qu’elle lança à Jaina était aigu mais pas aussi pointu qu’il aurait pu l’être.

Kyp vint se poster près du trio. Son regard glissa de l’un à l’autre, s’attardant sur la position défensive de Lowbacca.

— Qu’est-ce que j’ai manqué ?

— Nous sommes seulement prêts à nous séparer, dit Jaina, consciente du possible double sens que portaient ses mots et certaine que Kyp comprendrait la nuance. Tenel Ka doit assister à une réunion diplomatique et Lowie et moi irons au centre de recherche.

— Je vois. Je vais rester avec le vaisseau et garder l’œil ouvert.

— Ce ne sera pas nécessaire, observa Tenel Ka. Dimitor est une ville sûre.

— Raison de plus pour que je reste ici, dit Kyp d’un ton sec. (Un éclair passa dans ses yeux et il lança son sourire le plus charmeur à Tenel Ka.) Ou peut-être ai-je mal compris. Étiez-vous en train de m’inviter à me joindre à vous ?

Les yeux de la guerrière s’élargirent, et pendant un instant son formidable calme vacilla. Avant qu’elle ne puisse formuler un refus suffisamment poli, Kyp lui envoya un clin d’œil moqueur et retourna au vaisseau.

Jaina leva une main vers ses lèvres pour cacher un sourire moqueur. Bien sûr, le Maître Jedi avait senti la discorde entre les deux jeunes Jedi, et il avait joué cette petite vengeance taquine au nom de Jaina. Son soutien l’amusait et la réconfortait, même si elle était conscience de la manipulation qu’il cachait. Pour quelque raison, Kyp voulait la prendre sous son aile. Elle voulait savoir jusqu’où il irait pour atteindre cet objectif précis.

Elle attendit que Tenel Ka s’en aille avec une paire d’officiels de la ville, puis elle tourna des yeux reconnaissants vers son véritable soutien. Lowbacca agissait comme un tampon entre Jaina et ses autres amis. Tenel Ka n’était pas la seule Jedi qui suivait Jaina mais qui ne lui faisait pas entièrement confiance. Cependant, personne ne doutait de l’intégrité du Wookiee, et son soutien continu à Jaina aidait à atténuer leurs inquiétudes.

— Je ne sais pas ce que je ferais sans toi, dit-elle sincèrement.

La réponse brève et mécontente de Lowbacca amena un sourire aux lèvres de Jaina.

— Si MT-D était encore là, il aurait probablement traduit comme ceci : « Maître Lowbacca suggère respectueusement que sans son intervention, vous ayez par inadvertance entré des coordonnées de cible qui auraient pointé vos armes contre une partie vitale de votre propre anatomie ». Je parie que ce petit droïde te manque.

Le Wookiee laissa échapper un pouffement moqueur ne laissant aucune place à la confusion.

Jaina posa son bras sur le sien.

— Moi non plus, acquiesça-t-elle.

Jaina et Lowbacca se faufilèrent à travers la brume épaisse du labyrinthe de marbre vert en direction de l’informe centre de recherche. Une lettre de créance venant de Ta’a Chume, la grand-mère de Tenel Ka et l’ancienne Reine Mère de Hapès, leur donnait libre accès aux installations, ainsi que l’assurance de la coopération complète des scientifiques. En quelques instants, Lowbacca fut installé devant un terminal, ses doigts couverts de fourrure volant sur le clavier pendant qu’il examinait les archives informatiques des travaux effectués sur Gallinore, cherchant un indice susceptible de fournir un lien entre une technologie que Jaina et lui comprenaient et les secrets du Fourbe, le vaisseau volé aux Yuuzhan Vong.

Mais apparemment, même l’influence de Ta’a Chume n’était pas suffisante pour obtenir un accès totalement libre à ces informations. Une jeune femme à la chevelure noire, portant une tunique blanche de technicien et une perpétuelle expression d’inquiétude, restait à proximité pour les « aider ». Jaina attendit que le comlink de la technicienne sonne, puis elle se pencha en avant, posant son menton sur l’épaule du Wookiee.

— Peux-tu m’avoir un rapport sur la disposition des lieux et la sécurité ? murmura-t-elle.

Lowbacca grogna une question. En réponse, Jaina lui envoya une image mentale de leur récente bataille sur le vaisseau-monde Yuuzhan Vong, lui remémorant la terreur et l’incertitude de se frayer un chemin à travers l’inconnu. Une connaissance des plans du vaisseau-monde aurait peut-être fait la différence, aurait peut-être sauvé quelques-unes des vies perdues dans ce terrible endroit. Un doux gémissement vrombissant s’échappa du Wookiee, comprenant leur peine partagée et la prudence des précautions de Jaina.

Elle se releva puis se tourna vers la technicienne.

— Je dois m’entretenir avec Sinsor Khal. Pouvez-vous m’indiquer où je le trouverai ?

Une expression étrange passa sur le visage de la jeune femme, mais elle sortit de nouveau son comlink et répéta la demande de Jaina. Lowbacca fixa habilement un holocube sur une sortie du terminal et transféra les données demandées. Il les passa subrepticement à Jaina.

Peu après, une escorte armée arriva et la guida dans un labyrinthe de couloirs d’un blanc éblouissant. Ils s’arrêtèrent devant une grande porte, désignant le lecteur d’empreintes palmaires installé sur le chambranle, et partirent d’un pas plus rapide que celui qui les avait amenés jusqu’ici.

Jaina haussa les épaules, puis posa sa main sur le détecteur. La porte s’ouvrit comme un iris. Elle entra dans une vaste pièce remplie de tellement d’équipement et dans un tel désordre, que pendant un moment Jaina suspecta qu’elle était témoin du résultat d’une collision faciale entre deux grands vaisseaux. La porte se referma derrière elle avec un claquement sec rappelant celui d’une porte de prison.

Elle avança avec circonspection, regardant autour d’elle comme si elle était sur un champ de bataille. Quand elle eut appris tout ce qu’elle voulait savoir, elle rebroussa chemin à travers les couloirs, retrouvant finalement le chemin de leur vaisseau.

Kyp l’attendait dans la soute, un air sinistre sur son visage mince et ses yeux vides de toute trace de l’humour qu’il avait utilisé contre Tenel Ka. Il fit un geste de la tête vers leur secret – le prisonnier Hapien caché dans la soute, maintenu grâce à la Force dans une transe tellement profonde que les deux autres Jedi ne pouvaient percevoir la présence d’une cinquième personne à bord.

— Allons-y, expliquez-moi, dit-il sans préambule.

— Vous savez que cet homme collabore avec les Yuuzhan Vong, commença Jaina, et qu’il a attaqué Tenel Ka, un membre de la famille royale. C’est un crime passible de la peine capitale sur Hapès. Si nous ne l’avions pas aidé à s’échapper, il aurait été exécuté.

Kyp haussa les épaules de façon négligente.

— Les Jedi font serment de protéger toute forme de vie, pourtant je me trouve étrangement incapable de verser une larme en son nom.

— Les Vong lui ont greffé un implant de corail pour esclave, répliqua-t-elle. C’est un dispositif de communication et de contrôle. Je veux le lui enlever, le tester, et le modifier. Et pour finir, je veux frapper les Yuuzhan Vong avec leurs propres armes.

Les yeux du Maître Jedi brillèrent d’intérêt. Jaina activa l’holocube, et un modèle lumineux de la disposition des bâtiments se matérialisa, flottant dans les airs entre eux deux.

— Lowbacca est doué. Il m’a obtenu ceci sans que personne ne réalise ce qu’il était en train de faire. Il peut tout aussi facilement effacer n’importe quel enregistrement du système. Nous amenons cet homme à l’intérieur, nous sortons, nous effaçons nos empreintes. Lowbacca peut effacer tout signe indésirable de notre passage des enregistrements de la sécurité et quant à vous, il parait que vous êtes assez doué pour effacer les souvenirs gênants de la mémoire des gens.

Elle dévisagea intensément Kyp. Celui-ci lui fit signe de continuer.

— Voici le laboratoire. Au niveau le plus bas. J’y suis déjà allée. Ces plans contiennent tous les détails dont nous avons besoin, mais je voulais voir l’agencement des lieux de mes propres yeux et les sonder par le truchement de la Force. Voilà ce que nous devrions faire…

Kyp écouta attentivement son plan, son expression impénétrable. Ses yeux clignèrent, une seule fois, lorsqu’elle conclut sa proposition en disant.

— Vous m’avez demandez de devenir votre apprentie. Eh bien, ça commence maintenant.

Il s’appuya contre le mur et croisa les bras.

— Vous avez une haute opinion de votre valeur.

— C’est le prix à payer. (Jaina écarta les bras et lui donna sa meilleure imitation du sourire en coin de son père.) Alors, vous me voulez ou pas ?

Pendant un long moment, les deux Jedi se regardèrent fixement.

— Vous savez que nous ne pourrons jamais parler de ça à personne, dit Kyp.

— Et à qui me confierais-je ? rétorqua-t-elle. À mon oncle Luke ?

Il inclina lentement la tête en signe d’accord, soutenant son regard.

— Bien. Alors, allons-y.

Il fallut les efforts combinés des deux Jedi pour rentrer le prisonnier dans une combinaison de vol verte, même s’il était encore plongé dans l’inconscience. Le Hapien était grand, au moins une tête de plus que Kyp et considérablement musclé. Il posait déjà problème en tant que poids mort, Jaina réalisa qu’il l’aurait été encore plus s’il avait été éveillé. Son récent combat contre Tenel Ka avait révélé sa dextérité considérable en matière de kick-boxing. Deux Jedi pourraient certainement le maîtriser, mais pas sans attirer une attention non désirée.

Finalement, ils y parvinrent. Jaina se rassit sur ses talons et repoussa une mèche de cheveux bruns derrière son oreille.

— Transportons-le comme ceci. Installons-le sur un traîneau à répulseurs.

Kyp secoua la tête.

— Trois personnes sortant à pied du vaisseau n’attireront pas l’attention. Deux personnes en transportant une autre, ça, c’est susceptible de soulever certaines questions. De plus, les tunnels de ventilation sont sensibles à la lumière et à la chaleur. Le traîneau à répulseurs ne produit pas beaucoup de chaleur, mais les indicateurs lumineux risqueraient de déclencher les détecteurs.

— Je pourrais trafiquer les commandes.

— Oui, mais cela prendrait trop de temps. Et je doute que nous en ayons à perdre.

Jaina acquiesça d’un hochement de tête. Elle regarda attentivement Kyp placer une main sur les tempes de l’homme. Elle sentit le Maître Jedi réussir à entrer dans l’esprit du prisonnier et le sentit se servir de la Force pour abaisser les boucliers mentaux gardant le prisonnier dans sa torpeur.

L’homme revint à lui soudainement, se débattant et bafouillant comme en plein cauchemar. Ses yeux se fixèrent sur Jaina et il s’immobilisa soudain en silence. Ses souvenirs lui revinrent, puis un éclair de panique : elle était la dernière personne qu’il avait vue avant qu’un poing invisible ne s’empare de son esprit et le fasse sombrer dans l’obscurité et le silence.

Le Hapien se redressa en position assise et recula précipitamment de façon à mettre le plus de distance possible entre lui et la jeune Jedi.

— Pourquoi ? demanda-t-il d’un ton sec et irrité.

Jaina voyait exactement ce qu’il voulait dire. Pourquoi avoir arrangé son évasion des prisons de Hapès ? Pourquoi avoir laissé ses deux compagnons s’échapper, et l’avoir retenu lui ? Pourquoi avoir manipulé son esprit et l’avoir caché dans la soute d’un vaisseau ?

Elle lui fit un sourire rassurant.

— La princesse Tenel Ka vous a obtenu un pardon conditionnel. Elle comprend que les implants Yuuzhan Vong vous aient forcé à l’attaquer. Nous vous avons amené sur Gallinore pour les y enlever. Après cela, si vous désavouez votre désertion et si les enquêtes Jedi montrent que vous n’avez aucune autre intention déloyale, votre grâce prendra effet.

— Pourquoi ? répéta-t-il d’une voix plus forte.

— Nous essayons de ramener à notre cause les déserteurs, surtout ceux qui sont susceptibles de posséder des informations de valeur sur les Yuuzhan Vong. Hapès a besoin de tous les bons pilotes qu’elle peut obtenir.

Son regard bleu et prudent scruta le visage de la jeune femme, tandis que l’homme pesait ses recommandations.

— Et les deux autres hommes ? Ces pirates qui se sont échappés avec moi ?

— Ils seront récupérés avant qu’ils ne quittent l’atmosphère de Hapès. Comme nous avons contourné la loi Hapienne, nous devons garder le silence jusqu’à ce que nous sachions si cet effort en valait la peine. Les vaisseaux d’évasion de vos amis seront rapportés « détruits ». De cette manière, s’ils ne sont pas réhabilités, ils seront déjà considérés et listés comme « morts ».

Jaina fronça les sourcils, appuyant les différents choix qui s’offraient à lui. Elle donna délibérément un caractère sinistre à son histoire, assez pour qu’elle soit plausible et ajouta une onde de persuasion Jedi. Après un moment, l’homme accepta son « sursis » avec un hochement de tête. Les deux Jedi l’aidèrent à se relever et se postèrent de part et d’autre alors qu’ils le conduisaient vers l’équipement de rafraîchissement des pilotes.

— Nous allons passer par les conduits de ventilation, expliqua Jaina alors qu’ils se faufilaient dans un couloir faiblement éclairé.

Ils s’arrêtèrent devant une grande écoutille circulaire. Kyp attrapa son poignet avant qu’elle n’atteigne les commandes.

— Attendez. La lumière de ce couloir pourrait déclencher une alarme.

Il alluma son sabre laser et balaya les lumières du plafond de sa lame. Celles-ci s’embrasèrent brusquement puis s’éteignirent, laissant le couloir dans l’obscurité.

Immédiatement, une profonde froideur envahit Jaina. Elle étendit le bras pour prendre leur prisonnier d’une main soudainement lourde et engourdie. Ses doigts se refermèrent autour du poignet du Hapien. Sa peau était froide au toucher.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-il. Que se passe-t-il ?

— Il me faut descendre notre température corporelle pour égaler celle de l’air du tunnel, répondit Kyp. Ce n’est sûrement pas agréable, mais c’est nécessaire. Déplacez-vous lentement, restez aux aguets. Rappelez-vous que si nous sommes pris, le gouvernement de Gallinore vous renverra directement dans cette prison sur Hapès.

— Compris, grommela l’homme.

Jaina ouvrit la porte et s’engagea dans le tunnel. Le passage arrondi était juste assez large pour ramper à l’intérieur, et il s’inclinait vers le bas. Alors que Jaina avançait le long du conduit, elle ne tarda pas à apprécier cette inclinaison. Les tunnels étaient glacés, et ses membres devenaient terriblement lents et insensibles.

Finalement le tunnel revint à l’horizontale, et une lueur bleuâtre presque imperceptible apparut à l’extrémité du conduit. Jaina augmenta son allure. Le tunnel s’ouvrait sur un couloir arrondi assez vaste pour leur permettre de marcher droit. Elle glissa hors du tunnel, se délectant de la lumière tamisée. Le tunnel était toujours terriblement glacé, mais après l’obscurité totale des conduits, la faible et diffuse lumière était curieusement rassurante. Elle fit un pas de côté pour permettre au Hapien de sortir. L’homme rampa vers l’extérieur et se releva, faisant rouler ses épaules pour soulager les crampes des ses muscles.

Il emboîta le pas des deux Jedi, marchant presque aussi calmement que ses deux plus petits ravisseurs. Jaina invoqua la Force, essayant d’évaluer son humeur et ses intentions. Elle releva une grande anxiété, mais vu les circonstances cela paraissait normal.

Ils se déplacèrent en silence dans un labyrinthe de tunnels, comptant les conduits adjacents et les points de drainage, suivant un tracé que Kyp avait mémorisé. Finalement, le Maître Jedi désigna une trappe sur un mur éloigné.

— C’est celle-là, murmura-t-il.

Brusquement, le Hapien plongea au sol et exécuta un rapide balayage avec ses jambes. Son attaque était incroyablement vive et l’aurait probablement été même s’il n’avait pas été quasi immobilisé par le gel. Kyp tomba, sa dégringolade donnant le temps à Jaina de faire quelques pas en arrière. Le prisonnier compléta sa rotation, et se releva d’un mouvement fluide.

Il pivota d’un côté, leva un genou et envoya un rapide coup de pied. Instantanément, Jaina se remémora les leçons apprises durant son bref apprentissage aux côtés de Mara Jade. Reconnaissant la feinte, elle plongea sous le premier coup de pied. Elle pivota difficilement autour de son adversaire, calculant son élan par rapport au second coup de celui-ci et frappant de son avant-bras raidi le sensible tendon au-dessous du mollet de ce dernier.

La puissance de l’impact n’était pas aussi forte que ce qu’elle attendait. Trop tard, Jaina comprit la double feinte. Le troisième coup, le plus puissant, du Hapien, lui fit perdre l’équilibre et l’envoya voler.

Jaina heurta le mur curviligne et roula à terre. Elle se redressa sur un genou, trop gelée et trop en colère pour sentir la douleur qui viendrait sûrement plus tard. Son ennemi avança, levant une jambe tendue pour lui asséner un coup décisif.

Instinctivement, Jaina leva la main vers son agresseur. De sombres éclairs sortirent du bout de ses doigts. Les rayons irréguliers et dansants attrapèrent le Hapien, le soulevèrent et le projetèrent dans le tunnel. Une seule fois auparavant, Jaina avait utilisé cet aspect de la Force. Cette fois, ils étaient venus plus facilement… mais une fois invoqués, il était plus difficile de les dissiper. Des stries d’énergie foncées, bordées d’ombres fulgurantes bleues violettes se déversèrent d’elle, plaquant l’homme tordu de douleur contre le mur du tunnel.

Elle sentit confusément un autre pouvoir tomber comme une ombre sur sa sombre et éclatante rage. Les éclairs prirent fin avec un abrupt et audible grésillement quand Kyp saisit son poignet. Il la tourna pour qu’elle lui fasse face.

Pendant un moment, elle regarda fixement le Maître Jedi, abasourdie par ses propres actions et ne sachant pas si elles rencontraient condamnation ou approbation.

Kyp brisa leur face à face le premier. Elle suivit son regard vers le plafond et entendit de faibles sifflements venant de douzaines de petites ouvertures rondes.

— Le flash a déclenché les détecteurs, dit-il brusquement. Sortons-le d’ici.

Ils remirent le Hapien étourdi sur ses pieds et partirent vers la trappe. Un mur de duracier s’abaissa en travers de leur chemin, bouchant le tunnel. Jaina se retourna à temps pour voir un mur similaire tomber derrière eux. Le sifflement augmenta, et soudain, un flot de fluide froid et à l’odeur âcre sortit des valves.

Une pléthore de liquide réfrigérant se déversa rapidement dans le tunnel scellé, déséquilibrant Jaina, l’envoyant tournoyer dans le fluide tourbillonnant. Elle plongea dedans brièvement, remontant à la surface en crachant une gorgée de la substance amère.

Quelque chose lui attrapa le pied et l’emporta de nouveau vers le fond. Jaina tâtonna jusqu’à ce que sa main rencontre une prise métallique sur le mur courbé. Elle s’agrippa et lutta pour s’éloigner de son agresseur. Elle se souleva pour trouver une nouvelle prise, plus haute. Elle continua ainsi, montant vers le plafond centimètre par centimètre, lentement et douloureusement. Le liquide refroidissant l’engourdissait, ses poumons en feu. Ce qui la retenait disparut soudain, et elle se propulsa vers le haut. Sa tête brisa la surface, et pendant un moment, tout ce qu’elle pu faire était haleter et s’accrocher à son froid perchoir de métal.

Jaina regarda autour d’elle, cherchant Kyp. Il avait trouvé une prise similaire. À sa grande surprise, son bras libre était enroulé autour du menton du Hapien, le maintenant à flot à la façon d’un sauveteur. Elle supposait que l’homme avait tenté de la noyer, mais elle réalisa d’un coup d’œil qu’il n’était pas en état de poursuivre son attaque.

Le niveau du liquide de refroidissement continuait sa rapide montée, et le puissant jet venant du haut rendait la respiration difficile et toute conversation impossible. Jaina jeta un œil au plafond. Le liquide l’atteindrait bientôt. S’ils ne trouvaient pas un moyen de sortir d’ici, ils se noieraient.

Kyp croisa son regard et regarda de façon appuyée à sa gauche : vers l’invisible force qui avait essayé de l’attirer au fond. Jaina repéra le tourbillon apparaissant à la surface, s’approchant d’eux. Un conduit de drainage ou quelque chose dans le genre.

Le Maître Jedi lâcha prise, se jetant délibérément avec sa charge dans la puissante spirale. Jaina prit une longue et profonde inspiration et les suivit.

Elle tomba, tourbillonnant dans le froid et les ténèbres. Sa violente descente ralentit alors que le conduit se rétrécissait, puis une lumière diffuse lui parvint à travers l’eau troublée. Les silhouettes sombres en pleine chute de Kyp et de son prisonnier s’y découpaient. Puis, tout à coup, les deux hommes s’arrêtèrent.

Jaina continuait de dévaler plus loin. Elle aperçut la forme régulière d’une grille de métal, et un battement de cœur plus tard, elle s’écrasa contre elle la tête la première.

Le fluide continuait de couler par le petit conduit, la plaquant contre la grille comme un mynock collé à un vaisseau en pleine accélération. Elle lutta pour se libérer, mais la puissance du fluide se déversant était trop élevée.

Elle sentit la présence de Kyp à travers la Force, puis elle glissa d’un côté de la grille, déplacée par une poussée psychique plus puissante que le flot rapide du courant. La lame du sabre laser de Kyp se dirigea vers l’écoutille et la serrure céda.

Les trois humains dégringolèrent au dehors, tombant dans un réservoir large et peu profond. Jaina s’agrippa au bord et s’en extirpa. Elle s’effondra sur le sol ; s’arrêtant juste devant plusieurs paires de pieds bottés.

De puissantes mains l’attrapèrent et la remirent sur ses pieds. Une chaleur intérieure inonda Jaina dans une soudaine vague de puissance et ses membres gelés se réveillèrent en un millier de petits piquants douloureux. Elle s’accrocha aux poignets du garde, certaine qu’elle tomberait s’il la lâchait. Bien que son instinct lui soufflait de combattre, Jaina se concentra sur sa lutte intérieure. Elle était dangereusement proche de perdre connaissance. Si cela arrivait, alors tout serait perdu.

Une éclatante lumière emplit la salle, un flash de puissance qui brisa la faible concentration de Jaina. Elle glissa au sol, n’étant plus soutenue par le garde, et laissa les ténèbres l’envahir.

Dans les oreilles de Jaina, un bourdonnement sourd augmenta rapidement de manière aiguë et se dissipa en un éclat soudain et perçant. Elle s’assit brusquement, se sentant étourdie et désorientée. Quelques instants plus tard, elle se souvint de sa mission, de la dégringolade qui les avait amenés ici.

Elle regarda tout autour. Le Hapien avait repris connaissance. Il s’appuyait lourdement contre le réservoir de liquide de refroidissement maintenant vide, l’observant avec une horreur qu’il ne prenait pas la peine de déguiser. Les yeux de Jaina se détournèrent de son regard accusateur. Quatre gardes gisaient sur le sol de la pièce. Kyp Durron était à genoux près de l’un d’eux, appuyant régulièrement de ses deux mains sur la cage thoracique de l’homme. Le corps du garde se convulsa et la couleur bleuâtre de son visage commença à s’estomper.

Le Maître Jedi se remit sur ses pieds et tendit une main à Jaina. Elle la prit et se laissa relever.

— Wow ! dit-elle, regardant les gardes soufflés par la Force. Qui a fait ça, vous ou moi ?

— Nous devons nous en aller, dit Kyp, ignorant la question. Plus nous mettons de temps, plus nos chances de sortir d’ici sont minces.

Jaina hocha la tête.

— Avant que nous y allions, j’ai besoin que vous me montriez comment effacer la mémoire. Il faut leur faire oublier qu’ils nous ont vus ici.

Comme il ne répondait pas, elle continua son argumentation.

— Le scientifique est un prisonnier politique. Le secret est vital, pas seulement pour pouvoir emmener notre prisonnier là où il a besoin d’aller, mais aussi pour parer à une réponse plus réactionnaire à l’encontre des Jedi.

Kyp garda le silence un moment.

— Non.

— Non ? répéta-t-elle, incrédule. Vous avez dit vous-même que personne ne devait être au courant de tout ça.

— Et je maintiens ce que j’ai dit. Mais je le ferai par moi-même.

Elle leva les sourcils en signe de défi.

— Quel est le problème ? Ce n’est pas le genre d’enseignement que vous aviez à l’esprit ?

— Un apprenti devrait apprendre de son Maître, pas répéter ses erreurs.

— Ce n’est pas différent des petits tours de Jedi que chacun d’entre nous utilise sans sentiment de culpabilité, discuta-t-elle. Vous êtes juste meilleur que les autres dans ce domaine. Si je voulais devenir chanteuse de ballades, je voyagerais avec Tionne. Vous voulez gagner la guerre contre les Yuuzhan Vong. On est là pour ça. Montrez-moi.

Le Maître Jedi laissa échapper un profond soupir. Il grimaça comme s’il se préparait à une tâche déplaisante, puis se mit à genoux.

— Regardez, sentez et reproduisez, instruit-il, se plaçant au côté d’un prisonnier.

Jaina sentit les pouvoirs du Jedi s’immiscer dans l’esprit de l’homme. Kyp forma l’image d’un soleil, embrumé du matin à peine visible au-dessus des horizons de forêts de Gallinore : à peu près celui de l’heure à laquelle ils avaient atterri, se rappela-t-elle. Par de douces poussées, Kyp remplaça dans la mémoire ce qui venait d’arriver par ceci. Puis il en sortit, comme un voleur rampant hors d’une maison pillée.

Doucement, Kyp rompit le contact avec le garde et tourna les yeux vers elle. Son visage était toujours pâle à cause de leur froide dégringolade et les profondes ombres de ses yeux les rendaient verts vifs. La puissance qu’ils reflétaient, bien que perdant de son éclat, était à la fois inquiétante et irrésistible.

— Maintenant, à vous.

Jaina acquiesça et se pencha sur un autre garde. Mais au lieu de créer une vision de soleil levant, elle se concentra sur l’image d’un chronomètre. Doucement, elle força la mémoire de l’homme à faire marche arrière, supprimant les derniers instants de sa vie.

Quand ce fut fait, elle regarda le Maître Jedi. Il l’évalua un moment, son expression illisible.

— Vous avez un don pour ça, dit-il pour finir. Un bon contrôle. Très précis. Prenez celui-là, je ferai l’autre. Finissons-en au plus vite.

Quelques minutes plus tard, ils étaient de nouveau sur le chemin les menant au laboratoire de Sinsor Khal. Jaina posa la paume de sa main sur le dispositif de lecture digital, et la porte s’ouvrit en glissant. Un homme petit et maigre leva les yeux de son travail. Au premier abord, il n’avait rien d’inhabituel. Ses cheveux blonds étaient impeccablement coiffés, et sa barbe courte et bien taillée. Il portait une blouse de laboratoire rouge, marquée de quelques tâches sombres.

— Professeur Khal ? demanda Jaina.

— C’est moi. Et vous devez être la jeune protégée de Ta’a Chume, dit-il simplement. Bienvenue.

Il s’avança, tendant une main en guise de salutation. À courte distance, elle nota la faible odeur cuivrée émanant du vêtement rouge, et réalisa que la couleur avait été choisie pour son aspect pratique ou peut-être comme camouflage. C’était un homme qui avait affaire avec le sang, et sa blouse rouge remplissait le même rôle dans ce lieu que les combinaisons vertes à la surface.

Jaina serra la main de Sinsor Khal, remarquant au passage que le scientifique n’était pas tellement plus grand qu’elle. Elle pouvait le regarder en face sans pour autant basculer la tête en arrière ; une expérience inhabituelle pour la jeune femme, plutôt petite.

Le scientifique ne lui retourna pas son examen minutieux. En fait, ses yeux ne s’arrêtaient jamais sur elle ou sur les deux hommes derrière. Évidemment, il se rendait compte de leur présence mais semblait étrangement détaché. La plupart des gens auraient fait une remarque sur leurs vêtements mouillés, leur apparence hirsute. Curieuse, Jaina s’ouvrit à la Force. Il y avait peu de choses à y lire. Sinsor Khal était bizarrement « fermé ». La seule perception qu’elle pouvait relever était une curiosité neutre, dépourvue de piquant émotionnel et très éloignée de n’importe quelle réponse humaine qu’elle avait pu rencontrer auparavant. Ils n’étaient pas des personnes mais des spécimens peut-être ?

Elle retira sèchement sa main et fit un geste en direction du grand Hapien.

— Cet homme a l’implant.

— Posez-le ici, dit-il en désignant l’endroit d’un geste.

« Ici » était une longue table, bordée d’une petite gouttière et légèrement inclinée vers le bas, vers une paire de tuyaux d’écoulement.

Kyp adressa un regard hésitant à Jaina.

— Ça va aller, affirma-t-elle.

Le prisonnier ne partageait pas son optimisme. La lutte engagée pour l’allonger sur la table prit fin soudainement quand Sinsor Khal plaça un petit blaster contre l’épaule de l’homme et pressa la détente. Le Hapien s’effondra devant la table.

— Eh bien ! annonça le scientifique. Tout est prêt pour une rapide vivisection et une mise au point générale. Façon de parler, ajouta-t-il gaiement comme s’il percevait le froncement de sourcil formé par la colère sur le visage de Kyp.

Jaina et Kyp firent équipe pour déplacer l’homme sur la table. Alors qu’elle se redressait, les mains sur le point douloureux de son dos, Jaina sentit un courant de pouvoir mental, une force de l’esprit quasiment similaire à celle d’un Jedi. Elle se retourna immédiatement pour se retrouver face à Sinsor Khal. Le scientifique la dévisageait avec une intensité suggérant qu’il savait beaucoup de choses que la plupart des gens n’aurait jamais soupçonnées.

— Je vous connais, observa-t-il.

Jaina secoua la tête.

— D’après ce que Ta’a Chume a dit, vous étiez déjà un employé du gouvernement de Gallinore alors que j’apprenais à marcher. Je ne suis jamais venue sur Gallinore auparavant.

Un étrange sourire se dessina sur le visage de Sinsor Khal. Il leva une main, paume ouverte. Un outil petit et fin s’éleva du plateau et vint s’y poser avec aisance. La mâchoire de Jaina se décrocha mais le scientifique ne semblait même pas remarquer son exploit.

— Je n’ai pas dit que nous nous étions rencontrés, précisa le Jedi déchu. J’ai dit que je vous connais.

Kyp fit un pas en avant. Jaina posa une main sur son bras.

— Il nous faut rentrer, dit-elle doucement. Nous avons encore un travail à faire pour nous assurer qu’il ne restera pas de traces de notre passage ici.

Après un moment, Kyp inclina la tête en signe d’approbation. Ils laissèrent leur prisonnier aux douteux soins de Sinsor Khal et revinrent sur leurs pas à travers les couloirs, recherchant tous ceux qu’ils avaient pu y rencontrer. Le plus âgé des Jedi insista pour faire la majeure partie du travail. Jaina ne fut pas fâchée de le laisser faire comme il l’entendait. Elle avait étendu ses pouvoirs dans la Force à d’autres niveaux aujourd’hui, et les mots du scientifique résonnaient dans ses pensées comme un rire moqueur. Elle ne pouvait les ignorer, ne pouvait les nier ; surtout vu la tâche qui l’attendait encore.

Finalement, Kyp retourna au vaisseau, laissant Jaina s’occuper de Lowbacca. Lorsqu’elle entra dans le centre de recherche, tout le froid et la douleur des tunnels semblèrent revenir à elle, se concentrant en une boule froide au creux de son estomac.

Lowbacca était toujours installé devant son écran, son visage couvert de fourrure, absorbé par son travail. La technicienne aux cheveux noirs en avait eu assez de son affectation et s’était assise à un autre poste de travail, l’air fatigué. Un léger sourire se dessina sur les lèvres de Jaina. Le Wookiee adorait les ordinateurs. Il avait probablement perdu la notion des heures qui passaient depuis son arrivée. D’une certaine façon, cela rendait sa tâche à elle plus facile.

Jaina se plaça derrière lui et se pencha en avant, appuyant son menton sur l’une de ses épaules. Ses yeux fatigués se fermèrent et elle prit une longue inspiration. L’odeur chaude et familière de la fourrure du Wookiee exacerba ses sens. Elle se laissa couler dans la Force pendant un instant, savourant la présence solide et loyale de Lowbacca. Le seul ami qui lui faisait sincèrement confiance, le seul Jedi qui la regardait et qui voyait en elle la Jaina d’autrefois.

Elle lui glissa discrètement un holocube. Le Wookiee transféra rapidement les informations nécessaires et le lui rendit. Quand il le lui mit dans la main, elle attrapa sa grosse patte et s’y accrocha un instant. Il pencha sa tête de côté et lui adressa un regard curieux par-dessus son épaule. Son nez se plissa à l’odeur du liquide de refroidissement collé à sa combinaison presque sèche.

— C’est une longue histoire, dit-elle d’une voix douce. J’ai besoin de toi pour rentrer dans les archives de la sécurité. Je n’ai jamais été là. Fais que ce soit vrai.

Le Wookiee hocha la tête et effaça les traces de son passage de quelques habiles manipulations. Quand un grognement satisfait annonça son succès, Jaina établit un lien mental entre eux et envoya une image de cadran solaire Wookiee. Doucement, inexorablement, elle força les ombres à s’approfondir.

Quelques instants plus tard, Jaina se redressa et se tourna vers la technicienne. La perplexité puis le souci balayèrent le mince visage de la jeune femme. Soudain, Jaina prit conscience des traces humides de larmes sur ses joues. Elle les essuya comme elle avait effacé les quelques dernières heures de la mémoire de Lowbacca.