CONCLUSION

   Faisant suite à la paix d'Edo, la genèse du Japon de Meiji donne l'image d'une âpre lutte. Plusieurs ouvertures, plusieurs modernisations furent tentées simultanément, parfois concurrentes, camouflées en justifications contraires. Mais leurs différences réelles étaient faibles. Très vite, l'élan créateur de l'époque d'Edo leur procura l'efficacité attendue : l'agriculture la plus développée de l'Asie ; un niveau d'instruction proche de celui de l'Europe occidentale ; un prélèvement fiscal qui permettait des investissements industriels.
   Plus sérieuse fut la lutte pour le pouvoir. La création des cadres politiques était une aventure : la modernisation n'exigeait pas un état centralisé. Ici encore l'influence d'Edo fut bénéfique. Jamais les partisans de la Restauration impériale ne songèrent à reconnaître un pouvoir effectif au souverain. L'absence de personnalités autocratiques parmi shogun et daimyo limita les conflits. De même l'habitude de la conciliation, de l'alternance, et l'adaptation d'une partie des bushi aux tâches administratives. Le Japon mit à profit ses aspects conflictuels : une compétition tempérée par l'intérêt national, une réforme sociale conduite au nom du nationalisme, non sous le slogan des droits de l'individu. Il est beaucoup moins pertinent de comparer cette période avec la Révolution française que de la rapprocher des unifications, italienne ou allemande.
   Ici encore, la puissance modernisatrice des siècles d'Edo fut le principal miracle de Meiji.