XVII. L’affaire d’Harper’s Ferry

 

Sur les rives du Potomac, à la jonction de ce fleuve avec la Schenandoah, se dresse un promontoire escarpé, couronné par une plate-forme; c’est sur les deux rives de ces cours d’eau, qui se joignent à angle obtus, que se développe la voie brisée composant la petite ville d’Harper’s Ferry; une partie se nomme la rue du Potomac, l’autre porte le nom de la Schenandoah. Du côté de la falaise, les maisons sont adossées au rocher, et lorsque l’agglomération de la population l’a forcée à s’étendre, les constructions ont franchi l’escarpement, et la plate-forme s’est transformée en une seconde ville, moins pressée et plus riante au milieu de ses jardins.

De ce point un spectacle magique s’offre aux yeux du touriste; au pied du cap, les eaux paisibles de la Schenandoah viennent se marier aux flots mugissants et rapides du Potomac, roulant avec fracas sur les larges strates de roc qui forment son lit; puis, majestueux dans sa course, il bondit au milieu de la vallée profonde que bordent sur la rive du Maryland, les hardis profils des monts Latotins et sur celle de la Virginie, les sommets dénudés des Montagnes-Bleues.

Du côté gauche du fleuve, les bâtiments de l’arsenal, que dominait l’élégant clocher d’une église, s’élevaient en 1859 sur l’étroite bande du rivage: cet arsenal n’a pas l’aspect formidable qu’ont en Europe, les établissements de ce genre: un grand parallélogramme en brique, dont les deux étages étant percés de fenêtres cintrées, étalait sa façade vulgaire sur une vaste cour entourée de constructions semblables en retour[11]; une barrière en bois et fer, reliait les pavillons. Près du mur de soutènement des terrains de l’arsenal, des colonnes de pierres carrées supportent le chemin de fer de Baltimore à l’Ohio qui a dû se créer une voie dans le lit même du fleuve, sur une longueur d’un demi-mille environ. Le railway court le long du bord extérieur du canal qui traverse par un pont de pierre et de bois, dont l’arche unique mesure cent cinquante pieds d’ouverture. C’est un tableau plein d’enseignement que cet enchevêtrement du génie humain et de l’œuvre de Dieu: le génie de l’homme domine là l’œuvre de la nature, et le fleuve rugissant se couche et passe humble sous le joug de l’intelligence.

Puis, si vous reportez vos yeux vers la droite, vous voyez se dérouler à vos pieds la Schenandoah, dont les eaux susurrantes caressent le bord des îles qui émaillent son cours; le cadre est plus gai de ce côté; une végétation luxuriante recouvre les îles, et les bords de la paisible rivière ont un aspect moins aride.

Devant vous, au confluent, au mariage des eaux, que commande un pont de neuf cents pieds de long, le Potomac qui a reçu dans son lit, comme une blanche fiancée, la Schenandoah aux eaux limpides, poursuit sa course rapide et tumultueuse. À ce spectacle grandiose, l’âme s’élève plus facilement vers le Créateur, qui semble avoir voulu réunir dans le même lieu, toutes les merveilles de son œuvre.

C’est à l’extrémité de cette pointe de terre, sillonnée par les routes naturelles et artificielles que s’élève cette modeste cité, Harper’s Ferry, dont le nom devenu immortel, rappellera aux siècles futurs une ère nouvelle de liberté.

Comme tous les grands faits de l’histoire, le drame d’Harper’s Ferry a eu ses trois grands jours, division mystérieuse et fatidique.

C’était le samedi 16 octobre 1859.

À cette époque-là la ville d’Harper’s Ferry comptait environ 5000 habitants, dont un grand nombre était employé à l’arsenal: c’était une population laborieuse, active, intelligente, célébrant le travail pendant six jours, et se reposant scrupuleusement le septième, comme il convient à des gens religieux et raisonnables. La petite ville commençait à s’endormir, quelques rares lumières brillaient encore aux croisées des maisons; le quartier de l’Arsenal était abandonné depuis la chute du jour, et le gaz n’éclairait que la solitude. Certes, quelqu’un qui eût parcouru les rues désertes de la cité ne se serait pas douté que depuis quelques jours, cette population confiante était mise en émoi par l’annonce de l’arrivée de John Brown, l’abolitionniste. Un seul gardien, placé à la tête du pont, protégeait la fabrique d’armes. Cependant à cette heure, de nombreux groupes d’hommes isolés se dirigeaient vers Harper’s Ferry: c’étaient les Brownistes. À la suite de la scène de Kennedy, les conjurés voulaient marcher immédiatement sur la ville; mais John Brown les avait arrêtés dans leur élan.

— Attendez, mes enfants, leur avait-il dit, si nous nous rendons à Harper’s Ferry, ce soir, nous serons obligés de lutter contre les ouvriers; remettons notre campagne à la nuit du samedi au dimanche; le saint jour du sabbat rend désert l’arsenal dont nous pourrons nous emparer sans verser une seule goutte de sang.

Le conseil de Brown fut suivi, et le samedi soir les abolitionnistes divisés par groupes de cinq et six hommes, se rendaient par des voies différentes au pont du Potomac.

Un de ces groupes précédait les autres; les hommes qui le composaient étaient armés jusqu’aux dents et causaient entre eux tout en marchant:

— Mordieu! dit l’un, qu’il était facile de reconnaître pour notre ami Jules Moreau, à sa tournure dégagée, mordieu! je ne suis pas fâché de sortir de l’état de torpeur dans lequel nous vivions au fond de cette gorge comme des brigands d’opéra-comique moins le vin et les fillettes; nous allons en découdre, comme on dit dans notre brave pays de France.

— Espérons que non, lui répondit son compagnon, qui n’était autre qu’Edwin. Nous allons paisiblement nous installer à l’arsenal; pendant la nuit le contingent du nord viendra nous rejoindre, et demain matin la population en s’éveillant nous acclamera.

— Et nous apportera à chacun une tasse de café au lait avec un petit pain au beurre, dit Moreau d’un ton goguenard, comptez là-dessus, mon ami, comptez là-dessus; ces gens que vous allez ruiner d’un coup, à vous entendre, devraient être enchantés...

— Je ne dis pas...

— Eh bien, mon cher Edwin, moi, je ne suis pas aussi confiant que vous, et je crois que nous allons avoir un coup de chien, comme on dit chez moi. Voyez-vous, vous ne m’ôterez pas de l’idée que cette négresse que j’ai vainement poursuivie l’autre soir, ne soit allée nous vendre.

Au même instant une ombre traversa le sentier.

— Tenez, s’écria Moreau, la voici! la voyez-vous?

— Non, mon ami, répondit Coppie, je ne vois rien qu’un cerveau malade habité par une idée fixe.

— Bon! bon! dit Moreau en hochant de la tête, vous reviendrez de cette opinion; mais si Bess n’était pas avec nous, je n’aurais nulle crainte.

— Ne craignez rien pour moi, dit la jeune fille.

— Vous avez été bien imprudente, observa Edwin, ma chère enfant, d’accompagner votre frère et Green, votre fiancé, et vous eussiez bien fait de rester au Canada.

— Ma place n’est-elle pas auprès de ceux que j’aime, dit avec une étrange intonation de voix la jeune négresse, et si mon... fiancé est blessé, ajouta-t-elle en hésitant, ne dois-je pas être là pour lui porter secours!

— Oh! les femmes! exclama Moreau.

— Chut! interrompit Edwin, nous voici arrivés au lieu de ralliement, que pas un mot ne trouble le silence de la nuit!

Et notre petit groupe, composé de Moreau, Coppie, Coppeland, Green et Bess s’assit silencieusement sur le bord de la route. Un à un, les autres conjurés les rejoignirent, et bientôt la troupe se trouva forte d’une soixantaine d’hommes.

John Brown était arrivé un des derniers.

— Nous y sommes? demanda-t-il à voix basse.

— Oui, capitaine.

— Eh bien, à vous, Edwin!

Le jeune homme se leva, suivi de Moreau, de Green et de Coppeland; Bess voulut les accompagner, Coppie s’y opposa.

Il pouvait être alors dix heures et demie du soir, la nuit était sombre et sans étoiles; le Potomac mugissait avec fracas dans son lit de roches; ils se dirigèrent silencieusement vers le pont; l’un d’eux s’approcha du gardien, et lui frappant sur l’épaule:

— Eh! l’ami, lui dit-il, dormons-nous?

Le gardien fit un soubresaut.

— Allons, camarade, suivez-nous.

— Farceur! dit la sentinelle en riant.

— Levez-vous, répéta d’une voix impérative celui des étrangers qui avait pris le premier la parole.

— Mais...

— Chut! vous dis-je, si vous soufflez mot, le fleuve est profond, et sa voix couvrira la vôtre. Suivez-nous en silence, il ne vous sera fait aucun mal; soyez tranquille.

Et Edwin, car c’était lui, passa amicalement son bras sous celui du gardien qu’il entraîna vers l’arsenal. Mais avant de partir, il se tourna vers un de ses compagnons:

— Moreau, lui dit-il après avoir consulté son prisonnier, à minuit vous arrêterez le factionnaire qui doit venir relever cet homme, n’employez la violence qu’à la dernière extrémité.

— Soyez tranquille, maître, dit Jules Moreau, on lui fera accepter la chose en douceur; j’ai fait mes preuves en fait d’enlèvement, Paméla pourrait vous le dire...

Mais déjà Edwin était loin, et Moreau s’était assis sur le banc qu’occupait le factionnaire. Pendant ce temps, les conjurés avaient traversé le pont, et s’étaient diriges vers le bâtiment de la Pompe, choisi à l’avance par Brown, pour servir de quartier général.

Étant entré dans la grande salle de l’arsenal où étaient déjà réunis John Brown et ses partisans, Edwin conduisit son prisonnier vers une des deux extrémités de la chambre.

— Mettez-vous là, mon ami, lui dit-il affectueusement, et ne craignez rien, vous êtes ici comme otage, et les otages sont sacrés.

— Coppie, dit John Brown, voici ce que nous avons arrêté: Cinq ou six hommes vont rester ici pour garder l’arsenal; vous, Green et Cook, vous irez dans la ville avec une vingtaine des nôtres arrêter le colonel Washington, MM. Bail, Kitmiller et Aldstadt; ces messieurs nous serviront d’otages; Forbes, Stevens, Hazlett et Coppeland iront battre les environs pour amener du renfort; ils seront rentrés à l’aube; quant à moi, avec le Frenchman et le restant de la troupe, nous occuperons la gare de façon à couper toute communication.

— C’est bien, capitaine, dit Coppie, les nuits ne sont pas trop longues, et il faut nous hâter.

Aussitôt il partit avec Green et Cook; de son côté, le colonel Forbes, Stevens et Coppeland se mirent en campagne et John Brown alla prendre possession de la gare, sans rencontrer aucune résistance de la part des employés, dont quelques-uns faisaient partie du complot.

John Brown et sa troupe étaient à l’embarcadère depuis quelques instants, lorsque le sifflet strident d’une locomotive annonça l’arrivée d’un convoi.

— Aux armes! cria Brown.

Puis il donna l’ordre au chef de gare de faire le signal d’arrêt.

Quand le convoi eut stoppé, le capitaine s’avança vers le mécanicien.

— Descendez, lui dit-il, et faites descendre vos voyageurs.

— Pourquoi? demanda celui-ci.

— Parce que la route est interceptée par moi; une nouvelle constitution régit les États-Unis; l’esclavage est aboli, et je ne veux pas que les troupes de Charlestown viennent avant l’heure au secours des esclavagistes.

— Pas si haut, dit mystérieusement le conducteur de train, je suis un ami, le retard du convoi éveillerait l’attention des autorités de Charlestown, il est plus prudent de nous laisser continuer, les voyageurs ne se doutent de rien... quant à moi, vous pouvez être tranquille, je ne vous trahirai pas.

Et, se penchant à l’oreille de Brown, il lui glissa le mot de ralliement des abolitionnistes.

— Vous avez peut-être raison, dit Brown.

Au moment où le train allait se remettre en route, on vit une jeune femme noire sortir d’une des salles d’attente, et se jeter à la hâte dans le compartiment réservé aux nègres. Cet incident, qui se passait à la pâle lueur du gaz, n’échappa pas à Jules Moreau; il voulut se précipiter à la suite de la fugitive; mais il était déjà trop tard, le convoi était en marche.

— Encore la négresse! murmura-t-il. Oh! cette fois, je suis bien sûr que nous sommes trahis.

Pendant que ces événements avaient lieu, Edwin avait opéré dans la ville l’arrestation des plus notables habitants qui devaient servir d’otages.

Et à l’aube le colonel Forbes arrivait de son côté, à la tête de six cent auxiliaires qu’il avait réunis dans la nuit.

La journée du lendemain, dimanche, 17, fut fatale pour les insurgés; dès midi, la faute commise par John Brown, en laissant le train continuer sa route, porta ses fruits: à cette heure, le colonel Bayle, commandant les troupes venues en hâte de Charlestown, se présenta à la tête du pont, et le combat s’engagea. Alors on vit une chose triste à dire; tous ces hommes accourus à la voix puissante de John Brown se débandèrent aux premiers coups de feu, et celui qui devait être le martyr de la Liberté, ne fut bientôt plus entouré que de ses fils, de Coppie, de Cook, Stevens, Hazlett, Coppeland et une quinzaine de fidèles.

Parmi les prisonniers, faits par les troupes virginiennes, se trouvait un nommé Thompson, que le colonel Bayle eut la lâcheté de livrer à la populace qui voulait l’immoler en représailles, pour venger la mort d’un fonctionnaire public, tué par les insurgés; en vain une noble fille, mademoiselle Foulk, se jette entre Thompson et ses assassins, en vain elle entoure de ses bras la tête du malheureux, en vain, les larmes aux yeux, elle implore tour à tour la clémence de la foule de la pitié des soldats de l’Union; elle est brutalement repoussée, et Thompson, à moitié tué, est précipité au milieu du fleuve, qui l’engloutit bientôt en se teignant de son sang. Quant à la vaillante phalange des Brownistes, réduite à vingt et un hommes, elle alla s’enfermer dans cette vaste salle de la Pompe, où les otages avaient été confinés, sous la garde de quelques hommes.

Pendant la nuit du 17 au 18, de nombreux renforts, accourus de Shepherdstown, sous la conduite du colonel Lee, s’étaient joints aux troupes de Charlestown, et lorsque le soleil vint éclairer joyeusement le fond de la sombre vallée, l’attaque commença. Cette poignée de braves n’hésita pas à lutter contre tout un corps d’armée; John Brown, malgré son grand âge, n’était pas le moins intrépide: appuyé à une fenêtre, il faisait pleuvoir ses coups sur la troupe régulière; Edwin, calme, au milieu du tumulte, stimulait ses compagnons; actif, intrépide, il se multipliait partout.

Coppie, en s’avançant, leva la tête, et crut apercevoir, à moitié cachée, derrière le rideau d’une fenêtre qui faisait face à la Pompe, la tête de la jeune négresse, qu’il avait déjà remarquée à Kennedy.

Un frisson parcourut son corps, mais lorsqu’il releva les yeux, l’apparition s’était évanouie.

Cependant la fusillade durait toujours, chaque coup parti de la Pompe mettait un ennemi hors de combat, les défenseurs des esclaves, abrités derrière les murs, avaient peu souffert jusqu’alors.

— Assez de sang! dit Brown. — Edwin, mon ami, prenez un drapeau parlementaire, et allez dire à ces ennemis de la liberté que je me soumets à la condition qu’on nous laissera sortir avec nos armes et nos prisonniers jusqu’à la deuxième barrière du pont, que là, je m’engage sur l’honneur à mettre les captifs en liberté et à choisir ensuite entre la fuite et le combat.

Coppie fixa aussitôt un mouchoir blanc à l’extrémité d’un bâton, se présenta bravement à l’ennemi; le feu cessa presque aussitôt, mais pas assez vite car une balle vint frapper Stevens, tandis qu’Edwin se dirigeait vers le colonel Lee.

La proposition de Brown fut repoussée et la fusillade recommença. Alors, une scène que la plume ne saurait décrire, se passa dans ce réduit sous lequel les abolitionnistes jurèrent de s’engloutir. Coppie, par un motif d’humanité qu’on ne saurait trop louer, conduisit les prisonniers dans un coin où ils étaient à l’abri des balles tombant dru comme grêle dans le bâtiment. Brown tirait toujours. Tout à coup un de ses fils s’affaissa, mortellement blessé à son côté, en poussant un cri qui fit tressaillir les entrailles du père. Brown abaissa vers lui son regard plein d’anxiété, tandis que son bras portait à l’épaule l’arme vengeresse.

— Courage, enfant, dit-il, en lâchant la détente.

Puis il se retourna vers lui.

— Sois homme et meurs en homme.

Au même instant, une nouvelle exclamation de douleur domine la fusillade, c’est un autre de ses fils qui vient de recevoir, en pleine poitrine, une balle qui l’a traversée; Edwin le soutient dans ses bras; puis comme la lutte l’appelle, il dépose un baiser sur le front du pauvre enfant, et s’élance plus ardent à la défense. — Il a un mort de plus à venger.

— Seigneur! Seigneur! dit le vieillard, que votre volonté soit faite!

Et avec le calme que donne la conscience du devoir, il se remet impassible à sa place de combat; à ses pieds son enfant râlait, en proie à des tortures atroces.

— Ô mon père, criait le mourant, je souffre! Donnez-moi la mort!... Par pitié! un revolver, que je m’achève!... Mon père!... pitié!

John Brown répondit:

— Sois homme, mon fils, et meurs en homme.

Le moribond se contint; mais son âme s’envolait dans un effort qu’il faisait pour ne pas exhaler le cri suprême.

Pendant que ces scènes lugubres se passaient à l’intérieur, les assaillants, durement traités par le feu des insurgés, enfonçaient la porte au moyen d’une poutre transformée en bélier: lorsqu’elle vola en éclats, un spectacle sublime par son horreur eût arrêté un ennemi plus généreux.

John Brown était entre ses deux fils expirants: le héros, déjà criblé de blessures, tenait son arme haute; à côté de lui, Edwin, le visage enflammé, parait les coups et les rendait; alors eut lieu une mêlée qui ne saurait être décrite; militaires et insurgés disparurent dans un seul groupe; le sang ruissela partout. Coppie, blessé, résistait avec une opiniâtreté héroïque en couvrant autant qu’il le pouvait le vieillard de son corps. Soudain un coup de sabre atteint Brown à la tête.

— Fuyez, dit le vieillard en se relevant, fuyez pour me venger!

— Oui, vous serez vengé, je le jure par mon sang! dit son troisième fils.

Et, profitant du tumulte, il se fraye un passage au milieu des ennemis, en entraînant Hazlett et Moreau.

À peine sont-ils sortis qu’Edwin reçoit une blessure.

Sous l’étreinte de la douleur, il chancelle.

Soudain, un cri déchirant, qui fait bondir Edwin, perce le bruit de la bataille. Coppie aperçoit la jeune négresse, les bras tendus vers lui: mais un nuage lui voile la vue et le jeune homme s’affaisse sur lui-même en murmurant:

— Étrange! ô mon Dieu! étrange!

En ce moment, John Brown, labouré par six blessures, dont deux sillonnent son noble front, tomba près d’Edwin, entre les corps de ses pauvres enfants.

Le combat avait cessé.

Et les valeureux Virginiens triomphants, criaient:

— Hourra! John Brown est pris!

Dans la nuit qui suivit ce drame, la prison de Charlestown recevait les captifs. C’étaient John Brown, Edwin Coppie, Coppeland, Shield Green, Stevens et Cook.