CHAPITRE XX
L'ÉVASION
Vers le midi, les Chippiouais arrivèrent, avec leur captif, en vue du cimetière.
A ce moment, le Renard-Argenté et l'Hirondelle-Grise expiraient.
Leurs corps, glacés par le froid, prenaient la rigidité du marbre; telles que deux figures de bronze, leurs têtes jaillissaient au sommet de la singulière nécropole, et ajoutaient encore à l'étrangeté de son aspect.
Pêle-mêle, toujours au pied du monument, dansaient les sauvages, dirigés par Kitchi-Ickoui et James Mac Carthy.
Nick Whiffles avait beaucoup voyagé, c'était un des plus vieux trappeurs du désert américain. Entre la baie d'Hudson et l'océan Pacifique, il n'y avait guère d'endroits où il n'eût eu quelque «maudite difficulté» avec ces vermines d'Indiens, comme il disait. Tout ce pays ne le connaissait-il pas? Jamais, cependant, il ne s'était vu en présence d'une scène aussi bizarre, «ô Dieu non!»
—Je crois bien que les serpents à sonnettes sont fous, murmurait-il en approchant du sépulcre. A quoi bon, je vous demande, se démener de la sorte, par un temps du diable! Si c'est un effet de leur tempérament, je les plains. Et cette femme qui commande leur sabbat! Vous a-t-elle une taille! Ça doit être l'épouse de mon frère aîné [43] en nom, oui bien, je le jure, votre serviteur!
[Note 43: On sait que Nick est, dans le langage familier des Anglais, l'équivalent de diable.]
Tandis qu'il marmottait ces réflexions, la bande dont il faisait partie s'arrêta.
Le cadavre de Kit-chi-ou-a-pous fut dressé droit dans la neige, et les deux Chippiouais qui l'avaient apporté lui placèrent, l'un son calumet entre les dents, l'autre son tomahawk dans la main droite.
Ensuite, ils s'avancèrent, en hurlant, près de Kitchi-Ickoui, et se postant à ses côtés, sans qu'elle interrompît la ronde qu'elle conduisait. Ils tinrent ensemble le dialogue suivant:
PREMIER SAUVAGE.—L'époux de ma soeur a laissé tomber sa hache de guerre.
LA GRANDE-FEMME.__Kitchi-Ickoui la relèvera.
DEUXIÈME SAUVAGE.—L'époux de ma soeur était le plus brave des guerriers chippiouais.
LA GRANDE-FEMME.—Kitchi-Ickoui estimait sa valeur. Elle trouvera un remplaçant digne de lui.
PREMIER SAUVAGE.—Kitchi-Ickoui avait méprisé les
conseils des Esprits.
Matcho-Manitou l'a puni.
DEUXIÈME SAUVAGE.—Il n'est point mort dans un combat glorieux.
PREMIER SAUVAGE.—Ce n'est ni le feu, ni le plomb, ni le bois, ni les mains d'un robuste ennemi qui l'ont enlevé à ses jeunes hommes, mais la colère de celui qu'il avait offensé.
DEUXIÈME SAUVAGE.—Une roche a écrasé Kit-chi-ou-a-pous.
PREMIER SAUVAGE.—Mais nous avons saisi et amené à
ma soeur le
Visage-Pâle que le méchant Esprit avait envoyé pour nous ravir
Kit-chi-ou-a-pous.
LA GRANDE-FEMME.—Où est ce Visage-Pâle?
PREMIER SAUVAGE.—Ici. Mais je dois prévenir ma
soeur que
Kit-chi-ou-a-pous a défendu de lui faire aucun mal.
DEUXIÈME SAUVAGE.—L'oreille de ma soeur sera-t-elle ouverte à cette dernière parole de son illustre époux?
LA GRANDE-FEMME.—Kitchi-Ickoui n'a plus maintenant
d'autre époux que
Visage-de-Cuivre. Ce qu'il commandera, elle l'exécutera.
En disant ces mots, elle désignait le métis.
Les deux Chippiouais firent un geste de
mécontentement. Mais la
Grande-Femme reprit d'un ton décidé:
—Je veux qu'il soit aujourd'hui adopté par les Chippiouais et devienne leur okema comme successeur de Kit-chi-ou-a-pous.
Cessant alors de danser, elle saisit Mac Carthy par le bras et le souffleta deux fois sur chaque joue, en disant:
—Je te fais chef suprême.
Puis divers sagamos s'approchèrent tour à tour du demi-sang et répétèrent, après l'avoir souffleté:
—Je te fais chef suprême.
La foule entière criait:
—Il est fait chef suprême.
Kitchi-Ickoui le reprit bientôt par la main et le mena près du cadavre de Kit-chi-ou-a-pous.
Là, elle lui ordonna de baiser ce cadavre sur les lèvres.
Malgré une profonde répugnance, Mac Carthy obéit.
Kitchi-Ickoui, enlevant ensuite le calumet que le mort avait à la bouche, le remplit de tabac qu'elle alluma, et donna le poagan à notre avocat, en disant:
—Fume.
Mac Carthy était décidé à se soumettre à tout. Il fuma.
Ce ne fut pas tout.
On lui mit aux doigts le tomahawk de Kit-chi-ou-a-pous en l'invitant à charger le corps sur son épaule et à le porter dans une des cellules du tombeau d'hiver.
Cela terminé, au milieu des chants et des danses, et le défunt enseveli suivant la méthode que nous avons précédemment décrite, la Grande-Femme s'arracha une dent à l'aide d'un fil de fer, exigea du misérable Mac Carthy qu'il s'en laissât arracher une par elle, et, avant qu'il eût songé à opposer quelque résistance, lui perça la cloison du nez avec le fil de fer qui avait servi à l'extirpation des deux dents.
La sienne, elle la suspendit à ce fil de fer roulé
en anneau; celle de
Bois-Brûlé, elle s'en orna de même avec des cris de joie
effroyables.
Cette pratique constitue, parmi les Chippiouais, une des plus importantes cérémonies du mariage.
Nick Whiffles avait trop peu souci de son existence, et il était trop habitué aux vicissitudes du métier de trappeur, pour s'inquiéter de la situation assez critique, d'ailleurs, dans laquelle il se trouvait. Aussi riait-il cordialement de la mine piteuse que faisait Mac Carthy, pendant que sa robuste amante procédait à ces diverses opérations.
Il se doutait bien que c'était là le métis, ce fils de l'ancien gouverneur du fort du Prince-de-Galles dont avait parlé Louis-le-Bon.
Au surplus, il l'avait déjà rencontré quelques mois auparavant et lui avait presque sauvé la vie.
—J'ai été bête, marmottait Nick, avec son sourire narquois; oui bête comme une bête à quatre pattes, quoique je n'as aie que deux; mais dans la famille des Whiffles on n'en fait jamais d'autre. Si au lieu de lui donner à manger, ce jour où je le trouvai couché dans le creux d'un rocher, manquant de munitions et mourant de faim, je n'eusse point partagé mes provisions avec lui, tout ça n'aurait pas eu lieu et je ne serais pas, à présent, dans une des plus maudites petites difficultés qui me soient jamais arrivées, ô Dieu, non! Après tout, le voici joliment arrangé! Ah! ce n'est jamais impunément qu'on fait le mal en ce monde. Je suis sûr que, d'une façon ou d'une autre, ceux qui s'écartent de la bonne route sont châtiés même ici-bas! Mais il faudra ruser avec ce gaillard-là! Le voici qui me reconnaît. Jouons au plus fin.
Mac Carthy avait effectivement aperçu Nick Whiffles, dont on ne pouvait oublier les traits fantastiques une fois qu'on les avait entrevus.
Honteux d'abord du rôle ridicule auquel Kitchi-Ickoui le condamnait en présence d'un blanc, il détourna ses regards. Mais, après réflexion, il résolut de faire contre fortune bon coeur et d'employer Nick Whiffles à un projet qu'il méditait depuis son retour au village chippiouais.
—A qui appartient cette face pâle? demanda-t-il à la Grande-Femme.
—Elle appartient à Kitchi-Ickoui, répondit celle-ci.
—Mon épouse chérie veut-elle m'en faire présent?
—Dans quel but?
—Je désire que cet homme soit mon esclave.
—Si tel est le désir de mon bien-aimé, qu'il soit
satisfait, dit
Kitchi-Ickoui en couvant des yeux l'avocat.
—Je remercie l'amante de mon coeur.
—Maintenant, dit la Grande-Femme, je t'ai investi de l'autorité souveraine; tu es mon mari; je ferai tout ce qui te plaira; en moi tu trouveras la soumission, l'empressement à courir au-devant de tes souhaits, la constance, car je t'aime avec passion, et nul autre homme que toi n'entrera dans ma couche; mais, sache-le, en échange de mes preuves de tendresse, je veux une fidélité égale à la mienne; je veux que tu m'appartiennes tout entier et que tu renonces à jamais à l'idée de retourner parmi les Visages-Pâles.
Mac Carthy protesta de son dévouement, et la Grande-Femme ajouta:
—Prends ton esclave, conduis-le à notre wigwam, et reviens aussitôt t'asseoir au banquet de chair de phoque et d'huile de baleine que je veux offrir à nos guerriers pour les récompenser de la victoire qu'ils ont remportée!
Dès qu'elle eut parlé, Mac Carthy aborda Nick.
—Ne craignez rien… commença-t-il.
—Craindre! fit le trappeur en haussant les épaules; est-ce que j'ai jamais eu peur, moi!
—Ce n'est pas cela que je veux dire. Mais vous m'avez rendu un service…..
—Ta! ta! ta! choses passées, choses oubliées, oui bien, je le jure, votre serviteur!
—Vous êtes un drôle de corps! dit James en souriant.
—Pour ça, oui, mais pas si drôle que vous, avec votre boucle d'oreille au nez, riposta Whiffles.
Mac Carthy sentit le rouge lui monter au visage. Néanmoins, il sut dissimuler son dépit.
—Voulez-vous m'obliger? dit-il au bout d'un instant.
—Obliger! obliger quelqu'un, c'est mon état; et quoique, entre nous, je n'aime pas beaucoup la couleur de votre peau, car les demi-sang, voyez-vous, c'est…
James, prévoyant que Nick allait, avec sa rude franchise, lui lancer à la face quelque nouvelle injure, James l'interrompit.
—Si vous voulez recouvrer votre liberté, il s'agit, dit-il, de suivre mes avis.
—On verra, dit Whiffles d'un ton bourru.
—Ici, reprit Mac Carthy, je suis le maître, comprenez-le bien. D'un mot, d'un signe, je puis vous envoyer au bûcher. Il est donc de votre intérêt de m'écouter.
La nécessité d'opposer l'astuce à l'astuce avertit Nick de baisser le diapason de sa voix.
—Oui bien, je le jure, votre serviteur! répondit-il avec une humilité dont, certes, il n'était guère coutumier.
—Je suis prisonnier comme vous, poursuivit James, mais la passion de cette vieille folle pour moi m'a affublé de titres…
—Vous appelez ça des titres?
—Oh! soyez certain que je ne les ambitionnais guère.
—C'est pourtant beau, ma foi, d'être le mari d'une créature comme celle-là! dit Nick avec une sorte d'ironie. Quelles épaules elle vous a! Quelle tête, quels bras quelles jambes, et les pieds! Hum! rien qu'à la regarder…
—Si elle vous plaît!
—Sans doute qu'elle me plairait. Mais si j'avais jamais avec elle une maudite petite difficulté…
Nick s'arrêta et hocha la tête.
—Eh bien? fit Mac Carthy en riant.
—J'aurais peur de n'être pas le plus fort, ô Dieu, oui!
—Revenons à notre sujet, dit James; vous me servirez?
—Sans doute, puisqu'il le faut.
—Si vous tenez votre parole, dans huit jours nous serons libres, car j'ai hâte de quitter ces horribles sauvages. Mais vous me jurez une obéissance aveugle, n'est-ce pas?
—Parlez, bourgeois.
—Il y a, continua James, dans la hutte où l'on vous enfermera, une jeune personne blanche, qui a été enlevée de la factorerie du Prince-de-Galles par ces brigands. La frayeur lui a fait perdre la tête. Elle me prend pour son ravisseur, et vous racontera de moi des choses insensées. N'en croyez pas un mot; car je l'aime de tout mon coeur.
Elle-même a pour moi une véritable affection, et nous nous marierons dès qu'elle aura recouvré la raison…
—Compris! compris! Mais auparavant il faudra nous échapper, dit Nick avec un air de bonhomie dont Mac Carthy fut complètement la dupe.
—Alors c'est entendu, reprit ce dernier.
—Entendu, bourgeois.
—Soyez certain d'une récompense…
—Bon, bon. Mais j'ai les mains attachées!
—On va vous les délier, dit James en retournant vers Kitchi-Ickoui.
Il lui dit un mot, et la Grande-Femme ordonna de trancher les cordes qui garrottaient les bras du trappeur.
Puis les Chippiouais s'acheminèrent tumultueusement vers le village.
Quatre d'entre eux conduisirent Nick Whiffles au wigwam de Kitchi-Ickoui, pendant que leurs compagnons, dirigés par le nouvel okema et sa colossale épouse, envahissaient la hutte aux banquets de grande cérémonie.
Le trappeur fut introduit dans la cabane souterraine, et ses gardiens en refermèrent extérieurement la porte au moyen de lourds, quartiers de roches.
—Ouais! exclama Nick en entrant, il ferait joliment bon prendre une prise de tabac avant de mettre le pied ici, car ça ne sent pas tout à fait la rose! ô Dieu! non.
Et il éternua deux ou trois fois avec violence.
Puis il ajouta:
—Encore, si on y voyait clair. Mais c'est pis qu'au
fin fond du
Vésuve, où descendit une nuit mon oncle le grand voyageur dans
l'Afrique
Centrale, oui bien! je le jure, votre serviteur!
—Est-ce vous, monsieur? demanda à cet instant une voix dans l'obscurité.
—Moi-même, Nick Whiffles, fils de James, fils de Peter, fils de Joseph, fils de John, fils d'Isaac, fils d'Aaron, fils…
—Mais par quel hasard? interrompit la même voix.
—Ah! la jolie créature… c'est-à-dire, non, pardon, madame Robin! c'est moi qui suis aise de vous revoir, s'écria Nick en s'avançant vers Victorine, assise dans un coin de la loge.
—Comment se fait-il?
—On vous dira ça; on vous le dira tout de suite,
chère dame du bon
Dieu.
Et Nick, avec la loquacité ordinaire, se hâta de
raconter à madame
Robin ce qui était survenu depuis l'entretien qu'elle avait eu
avec
Poignet-d'Acier.
—Pensez-vous qu'il soit sorti de ce mauvais pas? dit-elle quand il eut fini.
—Lui! pas de danger pour lui. Bientôt vous en
entendrez parler.
Occupons-nous de vous, c'est le plus pressé.
—Ah! dit-elle, nous aurons de la peine à nous évader, ce Mac Carthy…
—Qu'il s'avise de vous regarder de travers! s'écria Whiffles d'une voix tonnante. Fiez-vous à moi, madame! Je suis l'ami de Poignet-d'Acier; je m'en fais gloire, et vous verrez avant peu que le vieux Nick a encore dans sa gibecière plus de tours que l'on ne pense, sans me vanter, oui bien, je le jure, votre serviteur!
—Votre présence seule me rend tout mon courage dit
avec joie la pauvre
Victorine.
—A présent, reprit le trappeur, je suis fatigué, sauf votre respect. Un peu de sommeil me rafraîchira l'esprit. Et quand je m'éveillerai, nous examinerons la situation.
Sur ce, il s'étendit sans façon près du feu, et un vigoureux ronflement ne tarda pas à annoncer que le brave aventurier voyageait dans le royaume des songes.
Une heure s'écoula ainsi.
Madame Robin, pleine de douces espérances, rêvait avec délices au bonheur d'échapper enfin à son affreuse condition, quand une sorte de grattement continu vint frapper ses oreilles.
Étonnée, indécise, elle écouta attentivement.
Le son continue, il approche, il est près d'elle!
—Nick! dit-elle à voix basse.
—Qu'y a-t-il? demanda le trappeur en se frottant les yeux.
—Entendez-vous?
—Oui bien…
—Qu'est-ce que cela?
—Attendons!
Une minute s'écoule dans un silence troublé seulement par les palpitations du coeur de la jeune femme, et tout à coup une partie de la muraille du wigwam se détache.
La tête d'un ours blanc parait au milieu des décombres. Victorine pousse un cri de terreur.
—Ah! je savais bien que la Providence nous tendrait la main, ô Dieu, oui! exclama Nick Whiffles.
Et saisissant dans ses bras madame Robin à demi évanouie, il s'enfonça avec elle dans le trou fait par l'ours, après avoir adressé à celui-ci un regard d'intelligence.
CHAPITRE XXI
CONCLUSION
On sait généralement que l'Outaouais ou Ottawa, séparation naturelle du Haut et du Bas-Canada, est une superbe rivière, longue de deux cents lieues environ, qui se jette dans le Saint-Laurent à quelques milles au-dessus de Montréal, après avoir arrosé dans son parcours une des régions les plus fécondes du globe.
Cependant, aujourd'hui même, les rives de l'Outaouais sont à peine colonisées sur le tiers de leur étendue. Mais, depuis plus de deux siècles, cette rivière sert de grande route aux aventuriers qui voyagent du Canada aux solitudes de la baie d'Hudson. C'est leur principale voie de communication entre l'est, l'ouest ou la nord, l'océan Atlantique, le Pacifique ou la mer Glaciale [44].
[Note 44: Pour les détails de l'un de ces voyages, voir la Huronne.]
Non loin de sa source, sur la limite extrême des établissements et du désert, entre les 47° et 48° de latitude et 80° de longitude, l'Outaouais se développe en une expansion à laquelle on a donné le nom de lac Timmiskaming.
Quoique très-fertiles, les bords de ce lac étaient encore incultes en 1883. Seuls le pied de la bête fauve et le mocassin du Peau-Rouge ou du trappeur blanc les avaient foulés. Rarement, et à de grandes distances les uns des autres, y rencontrait-on quelques wigwams en peau; plus rarement encore une hutte de bois grossière, et cela quoique les prairies et forêts environnantes fussent aussi giboyeuses que les eaux du lac étaient poissonneuses.
Cependant, par une chaude soirée du mois d'août de cette année 1833, on pouvait remarquer, à la pointe du promontoire qui, s'avançant au nord du lac, lui donne la figure d'un coeur, deux cabanes, d'un aspect agréable, presque élégant.
L'une surtout, avec son toit et ses murs tout tapissés de chèvrefeuilles, liserons, convolvulus, clématites et autres plantes grimpantes, semblait une corbeille de fleurs, tant l'or, l'émeraude, l'écarlate, l'azur, l'ornaient de leurs vives couleurs.
Placée à l'est, sa porte regardait le lac, uni comme une glace, et dont les ondes transparentes laissaient apercevoir des troupes folâtres de poissons aux écailles aussi étincelantes que le diamant. Au nord, un tertre couvert d'une fraîche verdure abritait contre la bise cette habitation primitive il est vrai, mais dont le site et le cadre conviaient irrésistiblement à l'amour.
Pour moins coquette qu'elle fût, la seconde loge, élevée à vingt-cinq ou trente pas en avant de celle que nous venons d'esquisser, annonçait, dans son architecte, une main intelligente et un esprit prévoyant. Cette loge protégeait l'autre, et des meurtrières, ouvertes dans la haute palissade dont elle était entourée, annonçaient que les occupants ne se croyaient pas tout à fait en sûreté dans leur retraite.
Les précautions qu'ils avaient prises n'étaient assurément pas superflues le soir dont nous parlons, car, couchés dans des buissons sur la lisière d'un petit bois, à une portée de fusil des deux huttes, une douzaine de sauvages, armés en guerre, paraissaient attendre que la nuit fût tout à fait venue pour accomplir un mauvais dessein.
Ils parlaient bas; mais à la douceur, à la facilité de leur idiome, à l'abondance de leurs paroles, un nord-ouestier eût aisément reconnu des Chippiouais.
Il n'y avait pas à s'y méprendre, bien que leur
costume fût celui des
Indiens du Sud.
A quelque distance d'eux causaient chaleureusement un homme et une femme:—lui un métis, portant les insignes de chef; elle une squaw, aux proportions colossales, à la voix fière, impérieuse.
C'était Kitchi-Ickoui, et c'était James Mac Carthy.
—J'ai eu confiance en ta parole, disait la première mais si tu me trompais!
—Te tromper! s'écria le métis avec vivacité; crois-tu donc que j'aie oublié tes bontés pour moi? crois-tu que je ne sache pas apprécier la grandeur de ta tendresse et la supériorité de tes charmes?
—Oui, mais la face-pâle est bien belle aussi! dit Kitchi-Ickoui d'un ton soucieux.
—Mes yeux sont fermés à tous les attraits qui ne sont pas les tiens.
—Pourquoi alors avoir quitté les bords de la Grande-Baie [45]? Nous y étions puissants et heureux, dit-elle rêveusement, comme si elle répondait à un pressentiment secret.
—Ne l'ai-je point dit à la reine adorée de mon coeur? L'esclave blanche que je lui avais amenée possède la médecine qui donne le pouvoir sur tous les semagainaschouabi [46]. Emparons-nous d'elle, et nous dominerons les visages-pâles. Désormais la race de ma soeur aura l'omnipotence, non-seulement sur les anciens territoires de chasse qu'elle occupait naguère, mais sur les pays que possèdent ses ennemis. Devenus esclaves, ils lui fourniront autant d'armes, de poudre, de couvertes, de rassade et d'eau-de-feu qu'elle en désirera…
[Note 45: La baie d'Hudson.]
[Note 46: Les guerriers blancs.]
—Autant d'eau-de-feu que j'en voudrai! en es-tu sûr? demanda la Grande-Femme avec un accent et un geste témoignant que, parmi toutes les séduisantes promesse» dont la berçait Mac Carthy, l'alcool avait sa préférence.
—J'en suis sûr, repartit le Bois-Brûlé.
—Mais il est convenu, continua la Grande-Femme après un moment de réflexion, il est convenu que ta face-pâle nous la brûlerons.
—Quand elle m'aura livré sa médecine.
—Non pas à toi! répliqua brusquement Kitchi-Ickoui.
—Mais elle ne la peut donner qu'à un homme qui passera un quart de lune seul dans une loge avec elle.
—Je choisirai un de nos jeunes guerriers.
Mac Carthy secoua la tête.
—L'esprit que j'ai vu, dit-il, ordonne que cet homme soit une peau cuivrée.
—Toi, peut-être! s'exclama la Grande-Femme avec une explosion de colère indicible.
—Que ma soeur, dit-il froidement, consulte elle-même Kitchi-Manitou. N'est-ce pas lui qui déjà a favorisé les desseins de ma soeur? lui qui m'a amené près d'elle, lui qui a livré la factorerie de la rivière Churchill et a débarrassé mon adorée de son mari? N'est-ce pas Kitchi-Manitou aussi qui a mené la face-blanche dans notre loge, qui nous a indiqué les traces de la fugitive?
—Et, dit Kitchi-Ickoui, sa médecine donne l'eau-de-feu en abondance?
—Elle n'en laisse jamais manquer. C'est la médecine du bonheur! et cette médecine, elle est là… dans ce wigwam.
En prononçant ces mots Mac Carthy désigna du doigt la cabane fleurie dressée à la pointe du promontoire.
Que loin on était, dans cette cabane, de soupçonner
la présence des
Chippiouais!
A l'intérieur, un jeune homme et une jeune femme, placés l'un près de l'autre, respiraient avec amour, par la porte entr'ouverte, les senteurs de la brise du soir.
Le jeune homme était couché sur un lit de fougères et de sapinage, la jeune femme, assise sur un billot de bois, à son chevet, tenait une de ses mains doucement pressée dans les siennes.
—Mon cher Alfred, disait-elle, en le contemplant avec une affection profonde, que de bénédictions nous devons à Dieu pour nous avoir réunis. En arrivant à Québec, je fonderai une messe à perpétuité en reconnaissance….
—Du capitaine Poignet-d'Acier!
—Ah! lui aussi est bon.
—Bon, brave, généreux, libéral, l'homme de bien par excellence, celui à qui deux fois je devrai l'inestimable félicité de posséder ma Victorine [47], dit Alfred, se penchant pour donner un baiser à la jeune femme.
[Note 47: Voir la Huronne.]
—Oui, reprit-elle, souriante. Mais on peut dire que, chaque fois, il m'a fait peur! La première, il se présente, pour m'enlever, en Indien si horrible que tout le monde à la Mission en était épouvanté; la deuxième, c'est sous la robe d'un ours blanc qu'il apparaît…
—La peau de l'ours qu'il avait tué avec ce brave Nick Whiffles, m'as-tu dit.
—Oui, celle qui lui avait servi à échapper aux Chippiouais. Enfin, comprends-tu ma frayeur à la vue d'un ours blanc débouchant tout à coup par le mur de la hutte où j'étais prisonnière? Si Nick Whiffles n'eût été là, je serais morte…
—Vilaine, veux-tu bien ne pas dire de ces choses-là! fit Alfred en lui prenant de nouveau la tête pour l'embrasser.
—Ah! poursuivit Victorine, après avoir rendu à son mari caresse pour caresse, je n'étais pas au bout de mes terreurs. Dans ce lit de rivière desséché au fond, glacé au-dessus, par lequel Poignet-d'Acier avait passé pour arriver à la cabane et qu'il nous fallut longer l'espace de plus d'un demi-mille afin de gagner une issue au-delà du village des Chippiouais, je me serais évanouie d'épouvante sans l'intensité du froid, car je ne savais pas que notre ours fût un…
—Homme! acheva Alfred en riant.
—Le meilleur de tous!
—Assurément, ma chère Victorine.
—Après-toi, cependant, câlina la jeune femme.
—Flatteuse!
—Méchant, qui se sauve à l'extrémité du monde parce que…
—Je désespérais de te revoir. Mais plus méchante, toi…
—Qui vais chercher mon coureur à travers des dangers…
—Quand je songe à ce Mac Carthy! s'écria Alfred en fronçant les sourcils.
—Ne parlons plus de lui, je t'en supplie!
—Moi qui le croyais notre ami!
—Mais quelle idée d'avoir poussé tes explorations jusqu'à la rivière de la Mine-de-Cuivre! demanda madame Robin pour changer le cours de la conversation.
—Des idées! est-ce que j'en avais? Je cédais au besoin de m'agiter, de marcher…
—Pauvre bon! dit Victorine avec une tendresse passionnée. Heureusement encore que la Providence nous a fait rencontrer sur les bords de la baie Saint-James, car sans cela tu partais vers l'Ouest, moi je me laissais ramener au Canada…
—La Providence que tu invoques, c'est Poignet-d'Acier, puisqu'il avait dépêché sur ma route un Indien de ses amis, Corne-de-Taureau.
—Ah! qu'il me tarde d'être rendue à notre cottage de Lorette! Mais nous ne nous quitterons plus jamais, tu me le jures, Alfred.
—Et je scelle le serment sur tes lèvres, dit gaiement le jeune homme.
Victorine reprit après un instant de silence:
—Espères-tu être bientôt en état de marcher?
—Dans huit jours au plus, je puis déjà mouvoir ma jambe.
—Maudite chute! sans elle nous serions, depuis un mois, rentrés chez nous.
—N'es-tu donc pas bien ici, petite femme? Cette cabane restaurée par nos amis est charmante. Nous jouissons d'une vue fort agréable. La carabine de Nick Whiffles ne nous laisse pas manquer de gibier; les lignes de Louis-le-Bon nous fournissent chaque jour d'excellent poisson, et Poignet-d'Acier nous marque une amitié… singulière! Sa conduite envers moi a toujours eu quelque chose de mystérieux!…
La jeune femme n'entendit pas ces dernières paroles.
—Que veux-tu, mon ami, dit-elle d'un ton inquiet, ici je ne suis pas rassurée. Il me vient, malgré moi, des appréhensions….
—Oh! l'enfant! fit Alfred avec un sourire.
—Je vais allumer une torche, car voici la nuit!
—Quoi! déjà?
—Mais il faut nous…..
—Ne trouves-tu pas que les lueurs des mouches-à-feu et le scintillement des étoiles éclairent assez les ténèbres? dit Alfred en pressant la jeune femme contre sa poitrine.
—Non, mon ami, l'obscurité me donne des frissons… Entendez-vous?
—Le murmure des vagues qui lutinent sur le rivage.
—Écoutez!… écoutez! Mon Dieu!
Soudain le silence de la nuit avait été troublé par des hurlements féroces auxquels s'était mêlée la détonation de plusieurs armes à feu.
Découverts par Nick Whiffles, qui, avec Poignet-d'Acier et Louis-le-Bon, habitaient la première cabane, les Chippiouais venaient de se précipiter tumultueusement sur les aventuriers.
Aussitôt, les trois carabines de nos chasseurs répondirent à leur attaque. Elles abattirent trois Indiens, il en restait neuf, y compris Kitchi-Ickoui et Mac Carthy. Ils se ruèrent contre l'enceinte palissadée, pendant que le métis courait à toutes jambes, suivi par la Grande-Femme, vers la hutte occupée par Alfred Robin et sa femme.
Mais, à travers les ombres naissantes, Poignet-d'Acier et Nick Whiffles distinguèrent leurs mouvements, comprirent leur intention.
—Reste ici et tiens ferme, mon cousin, dit Nick à Louis-le-Bon.
Ensuite, il se jeta hors de la palissade. Poignet-d'Acier l'avait précédé.
Déjà Mac Carthy atteignait la porte du second wigwam. Les cris d'horreur poussés par Victorine, les imprécations de son mari, qui essayait vainement de se lever, dominaient les bruits de la lutte, quand, de sa main de fer, Poignet-d'Acier arrêta le métis. James tenait un pistolet. Il fit feu; le capitaine tomba.
—O vermine, tu n'iras pas plus loin! dit Nick Whiffles d'une voix furieuse.
Et la crosse de sa carabine s'abat, mortelle
massue, sur le crâne du
Bois-Brûlé.
James Mac Carthy roule aux pieds du trappeur pour ne se plus relever.
Mais la Grande-Femme est là, brandissant un tomahawk. Les jours de Whiffles sont en danger. Il se retourne, se jette sur elle, lui enlève son arme, et, malgré les égratignures, les morsures dont elle le gratifie libéralement, il parvient à l'étreindre, à lui lier pieds et mains avec les cordons du skipertogan, sac à médecine, qu'elle porte au cou.
Son exploit, Nick l'assaisonne d'un déluge de réflexions qui se terminent par ces mots:
—Assurément, tu mérites la mort, madame Forte-Gorge; mais vrai, là, j'ai un faible pour toi; et puis, d'ailleurs, dans la famille des Whiffles, on n'aime pas à tuer les femmes, parce que s'il y a peu de chose de bon dans une femme en vie, il n'y a rien du tout dans une femme trépassée; oui bien, je le jure, votre serviteur!
Ayant alors attaché Kitchi-Ickoui à un arbre, il saisit Poignet-d'Acier dans ses bras, entra dans la cabane et dit à Victorine:
—Veillez au capitaine, il est blessé.
Puis, Nick Whiffles revola au combat.
—Blessé! vous êtes blessé! dit madame Robin en allumant une torche de résine.
—Silence, mes enfants, ordonne Poignet-d'Acier, qui a été déposé sur le lit à côté d'Alfred; silence! je n'ai plus que quelques instants à vivre. Je dois vous parler; ne m'interrompez pas…
Ils se mettent à pleurer.
—Donne-moi ta main, Alfred, mon enfant, mon fils, dit le capitaine, et vous aussi, Victorine, ma fille chérie, car je sens que je m'en vais… Pauvre Alfred, tu as été surpris de l'intérêt que je te portais… Cet intérêt était bien naturel, quoique j'aie commencé, trop tard à t'en donner des preuves… Tu es mon petit-fils… le fils de ma fille Adèle… une enfant que j'ai fait mourir de chagrin parce qu'elle avait souffert qu'un misérable… un Anglais… ton propre père… et celui de ta soeur-jumelle Mariette [48]… la déshonorât!… Mariette, elle aussi, je l'avais abandonnée… à Québec… Elle a péri dans la misère… de faim, de froid… Jacques [49] me l'a dit… Puisse-t-elle me pardonner… et toi aussi, Alfred… pardonne-moi!… Et pourtant, moi, je n'ai jamais pardonné… je ne puis pardonner… aux Anglais… Ah! le froid me gagne… ta main sur mon coeur, Alfred… la vôtre, Victorine… Adieu, mes enfants… Adieu… Vivez pour arracher le Canada à l'odieuse tyrannie anglaise!
Ce souhait suprême, Poignet-d'Acier l'énonça de cette voix vibrante et impérieuse qui rappelait les beaux jours d'espérance où il dirigeait la révolution canadienne [50].
[Note 48: Voir la Huronne.] [Note 49: Voir
la Tête-Plate.] [Note 50:
Voir les Derniers Iroquois.]
—Oui, mon père, je vivrai pour continuer la défense de la cause que vous avez si dignement soutenue! s'écria Alfred avec enthousiasme.
—Ah! ciel! ses doigts sont glacés, fit Victorine en tressaillant.
—Encore une maudite petite difficulté de moins! Ces brigands de Peaux-Rouges sont en déroute! et, ma foi, j'ai lâché leur madame Large-en-Taille, quoiqu'elle fût tonnerrement appétissante, dit Nick, pénétrant dans la wigwam. Mais comment va le capitaine?… Je pense bien…
—Prions Dieu pour le repos de son âme! dit Alfred, en montrant le corps inanimé de Poignet-d'Acier.
Le vieux Whiffles ôta respectueusement son casque de loup marin; on vit deux grosses larmes couler le long de ses joues; il s'agenouilla en silence près du cadavre, et pendant près d'un quart d'heure demeura plongé dans une absorbante méditation.
Lorsqu'il se releva, ses traite étaient profondément altérés.
—Mes amis, dit-il aux jeunes gens, c'est ici que Poignet-d'Acier est mort, c'est ici que Nick Whiffles doit mourir. Laissez-lui, je vous en prie, le corps du capitaine, il l'enterrera en ces lieux; car ces cabanes furent les dernières construites par votre protecteur lorsque nous partîmes ensemble à votre recherche… Lui-même, j'en suis sûr, les aurait choisies pour y dormir son grand sommeil, s'il avait été prévenu que la mort le frapperait si tôt.
Les deux jeunes gens versaient des pleurs abondants.
—N'est-ce pas que vous m'y autorisez? reprit Nick. J'aurai bien soin de sa tombe, quand vous serez partis.
—Mais vous? demanda Victorine à travers ses sanglots.
—Oh! moi, répondit Whiffles avec un mélancolique sourire, le bon Dieu qui m'a protégé jusqu'à ce jour ne m'abandonnera pas. Il n'abandonne jamais ceux qui ont foi en lui; oui bien, je le jure, votre serviteur!
Contrexéville, juillet 1863
FIN
TABLE
CHAPITRE I. A Lorette.
— II. Le fort du
Prince-de-Galles.
— III. James Mac Carthy.
— IV. L'Étoile-Blanche.
— V. James Mac Carthy et Victorine
Robin.
— VI. Pêche, chasse, crime,
punition.
— VII. Traître.
— VIII. Les Chippiouais.
— IX. Le» Chippiouais (suite).
— X. Les obsèques du gouverneur.
— XI. Poignet-d'Acier.
— XII. Les ennemis.
— XIII. La suite d'une trahison.
— XIV. Le talisman.
— XV. Entre Peaux-Blanches et
Peaux-Rouges.
— XVI. L'aversion et l'amour.
— XVII. Nick Whiffles et
Poignet-d'Acier.
— XVIII. Tristesse et l'ours
blanc.
— XIX. Nick Whiffles dans «une
maudite petite difficulté».
— XX. L'évasion.
— XXI. Conclusion.
________________________________________
ÉMILE COLIN ET Cie—IMPRIMERIE DE LAGNY.
E. GREVIN, SUCCr.
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