Le Dodu a la victoire noble. Juste un sa (et encore celui-ci le fait souffrir car sa gauche a triplÈ de volume et sa bouche position díun accent aigu).
- Tu veux bien ramasser ma fraÓche? demande-t-il. Avec mon cul et ma bite compote, jípeux ‡ peine mí baisser.
Je lui rends ce service. La comptÈe est cinquante-quatre dollars.
Magnanime, le hÈ dÈcide de les boire en compagnie du vaincu lequel reprend ses esprits tant mal que bien,
- Pourquoi lui avoir fait lever la tÍte de cogner, Gros? míenquiers-je.
Il rÈvËle
- Jí líeusse jamais couchÈ níavec une ordinaire, mec. Alors jíai dÈcidÈ díy mettí sauce au larinsque. Pour Áa, fallait quíy líy la tronche, comprends-t-il-tu? Jítínais ton lingue en main, coincÈ entí mon pouce et líauriculier (1); Áa nímÈtonnírait pas quí jí líeusse broiliÈ quÈquí carthages du corgnolon!
Effectivement, le Red est aphone et respirer avec une paille.
Je quitte les combattants pour me mettre en quÍte de FÈlix et du Marquis.
a
la
semble
9
CHAPITRE ENTI»REMENT PLASTIFIE
Je longe toute la rue, jusquíau trËs fameux banc. Une foule plus Èpaisse quíailleurs y est rassemblÈe, qui síautomalaxe et tourne comme de la p‚te ‡
pain dans un pÈtrin.
Níayant pas aperÁu mes deux ´ manquants ª, je furËte dans les coins sombres, redoutant de les trouver asphyxiÈs par les vapeurs Èthyliques de la fiesta. IdÈe judicieuse. Je les repËre effectivement, mais, loin díÍtre inanimÈs, ils sont en possession de tous leurs moyens, et quand je dis ´
tous ª, cíest ´ tous ª. Jíai failli ne pas les voir car ils se trouvent au fond díune Ètroite impasse.
Cíest une plainte de chienne sans abri qui mía alertÈ. Cri díune souffrance que líon souhaiterait contrÙler mais qui síÈchappe de soi comme la vapeur díune marmite norvÈgienne.
Míapproche ‡ pas lents de cet animal trËs connu lorsquíil est blanc, et cÈlËbre pour son frQid, ses pas et sa faim. Le loup!
Je dÈcouvre la tronche de mÈduse díune vieille ravelure pas racontable, dont les longs cheveux dÈteints pendent jusquí‡ terre. Elle se tient penchÈe en avant, soutenue par deux
158 FOJRJDON ¿ MORBAC CITY
mains aristocratiques: celles mÍmes du Marquis, lequel est occupÈ ‡ la chausser en levrette. La dame hurle donc, non de plaisir, mais de douleur.
Quand elle parvient ‡ suspendre sa plainte, elle síautofustige, gÈmit quíil faut Ítre la derniËre des vieilles putes pour se risquer ‡dÈrouiller un pareil tronc de baobab dans le frifri. Mais quíest-ce qui lui a pris, bordel! Cíest bien líorgueil, vous me direz pas? Sous prÈtexte que sa vie mouvementÈe lui a dÈfoncÈ le dargeot, elle a cru, la tÈmÈraire, quíelle parviendrait ‡ hÈberger la trompe du Marquis. Certes, elle est arrivÈe ‡
ses fins; seulement, ‡prÈsent, le zob gÈant, gros comme le tÈlescope du Mont Palomar, ne peut plus ressortir. DÈj‡, il níen Ètait rentrÈ que trente-cinq centimËtres (sinon on allait droit ‡ une explosion de líestomac)! Maintenant, impossible de se dÈsunir. Pis que des chiens! Mais elle veut rentrer chez elle, la pauvrette. Avec deux pieds, pas avec quatre! Ce monstre, y a quí‡ lui sectionner le poireau; níensuite de quoi, il se trouvera bien un toubib capable de lui dÈgager le bassin, ne serait-ce quíavec une mËche de charpentier!
Je líai dÈj‡ dit : FÈlix ne comprend pas líanglais, il lui a prÈfÈrÈ le grec ancien, dialecte plus propice aux Ètudes scientifiques. Tout de mÍme, il apprÈhende la situation; prÙne la patience. Le Marquis demeurÈ dÈtient nonobstant suffisamment de jugeote pour dire que cíest justement sa dÈbandaison qui est ‡ líorigine du sinistre. Une chose ferme est plus aisÈe
‡ dÈplanter quíune chose molle, C.Q.F.D.
FÈlix míaperÁoit et reprend espoir car je suis FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 159
ae ces Ítres qui líapportent par leur seule prÈsence.
Comprenez, Antoine : la collerette musclÈe de madame síest crispÈe sur le membre du marquis de Lagrande-BourrÈe. Cela constitue un Ètranglement qui emprisonne la partie engagÈe dans líintimitÈ de cette personne.
´ Madame est de mauvaise foi, car cíest elle qui voulut tenter líexpÈrience impossible. Le Marquis urinait paisiblement dans ce coin díombre lorsque cette vorace personne est sortie de la porte que vous apercevez au fond de líimpasse, enfuriosÈe par cette miction. Elle síest tue en dÈcouvrant la lance díarrosage de notre exquis compagnon. Sans Ècouter nos protestations, elle síest troussÈe, dÈculottÈe et, une fois quíil a ÈtÈ disponible, síest acharnÈe sur ce sexe Èminent de telle sorte que, níÈtant pas de bois, le Marquis a succombÈ.
´ Je passe sur les manigances prodiguÈes par la respectable femme pour rÈaliser líintromission. Vous savez quíelle doit avoir le fondement en caoutchouc! Quelle Ènergie! Quelle obstination! Ah! elles sont pugnaces, les chËres ‚mes, lorsquíelles se trouvent en rut. Jíen pleurais díadmiration, Antoine. La chose confinait au sublime. Mon Dieu! que díingÈniositÈ pour assurer la lubrification de cette impÈriale biroute! Que díautomutilations pour síÈlargir au~del‡ du raisonnable! Comme elle donnait de la croupe, cette exquise sexagÈnaire! Mais peut-Ítre est-elle díun ‚ge plus avancÈ? Si vous aviez assistÈ ‡ ce pathÈtique acharnement, Antoine!
Une tragÈdie miniËre est ridicule en
160 FOIRIDON ¿ MORBAC CITY
comparaison. Jíai vÈcu, pendant deux heures au moins, líimperceptible progression de la bÍte en cette caverne trop exigue. Ce cheminement accompli, millimËtre aprËs millimËtre, me serrait la gorge et si fortement la poitrine quí‡ un moment donnÈ jíai craint un accident cardiaque.
Énfin, quand elle a eu encaissÈ son maximum de queue, compte tenu de líhabitabilitÈ dont elle disposait, elle a criÈ pouce. Seulement, dans ces cas anormaux, la femme commande, mais líhomme jouit. Le marquis Jean-Ferdinand de Lagrande-BourrÈe, trop surexcitÈ par la lenteur du parcours, a libÈrÈ sa sËve avant que cette tÈmÈraire baiseuse ait pu profiter de ce pourquoi elle venait de consentir ‡ díaussi terribles souffrances. Elle a ÈtÈ privÈe, pauvre chËre ‚me, du bÈnÈfice de son hÈroÔsme. Et ‡ prÈsent - Ù
comble de líinjustice -, son intime tuyauterie est obstruÈe. Que faire, secourable Antoine, vous qui connaissez, mieux que quiconque, les dÈmons et impedimenta de la chair? ª
- On sÈpare les chiens au moyen díun seau díeau froide, rÈflÈchis-je-t-il ‡
haute voix. Cette thÈrapie conviendrait-elle ‡ des humains?
- Voire!
DÈterminÈ, je me rends dans la maisonnette de la vieille radasse, dont la lourde est restÈe entreb‚illÈe (au contraire de sa chatte). Dans ce logis misÈrable, il y a heureusement líeau courante.
Un grand rÈcipient de plastique est l‡, qui míaccueille. Deux minuscules minutes plus
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 161
tard, jíen vide le contenu entre les deux antagonistes. MÈmÈ glapit en trombe (de chasse díeau); le Marquis claquechaille. Mais le phÈnomËne espÈrÈ ne se produit pas.
-
II faut un docteur! dÈclare Jean-Ferdinand de Lagrande-BourrÈe.
Il
commence ‡ en avoir sa claque de ces siamoiseries, le descendant des croisÈs. -
-
Il a raison! assure FÈlix.
Cíest dans ces instants o˘ la rÈsignation nous rattrape quíil me vient une idÈe.
-
FÈlix, murmurÈ-je, vous pensez que le sinistre rÈsulte díune crispation des muscles vaginaux de cette brave femme?
-
LíÈvidence mÍme, mon cher Antoine.
-
Donc, il faudrait anesthÈsier madame afin de provoquer dans son Ítre un total rel‚chement qui serait salvateur.
-
Probablement.
-
Voyons! ajoutÈ-je en míapprochant de la parturiente bloquÈe. Vous voulez bien fermer les yeux? lui demandÈ-je.
Elle obtempËre.
Ce qui me libËre líesprit pour lui dÈcocher un crochet trËs cordial ‡ la pointe de son menton barbu.
Elle est k.-o. instantanÈment. Se met ‡ pendre en avant. Un bruit de bouchon de champagne nous comble díaise, puis voil‡ la vieillarde ‡ plat ventre sur le sol. Le Marquis et elle viennent de divorcer! Youpi!
AprËs cette Èpique ÈquipÈe on emporte mÈdËme en sa demeure, líÈtendons (díAchille)
162 FOJRIDON ¿ MORBAC C(TY
sur son lit. Poussons líaltruisme jusquí‡ coller un linge mouillÈ entre ses cuisses dÈcharnÈes, et prenons congÈ díelle ‡ son insu.
- Rentrez vous coucher! conseillÈ-je au maÓtre et ‡ líesclave; vous líavez bien mÈritÈ.
Ils en conviennent. Le cher Jean-Ferdinand de Lagrande-BourrÈe marche comme une paire de ciseaux ouverts. EstropiÈ du panard ‡ son tour!
Cíest pas de chance pour des mecs qui síapprÍtent ‡ tourner un film ´ X ª.
Ils vont se produire dans ´ Les ÈclopÈs de líandouille ‡ col roulÈ ª, mes lascars!
Une fois seul, je me mets ‡ me distancier de la fÍte. Son grondement, ses clameurs de sauvages pris de boisson me chancetiquent le caisson. Jíai pas trop mÈlodramatisÈ, au sujet du mÈchant clown, mais il me donne ‡ penser, líartiste. Me fournit la preuve que je suis observÈ ‡ la loupe díhorloger, filochÈ de premiËre. Le revolver qui, ‡ prÈsent, fait pendre la poche droite de mon futiau, míannonce que si ce vilain síest introduit chez le pasteur Marty, cíÈtait pas pour míinviter ‡ la JournÈe de la femme. Il belliquait, le mec. Une arme pourvue díun silencieux dernier cri níest pas faite seulement pour intimider líÈpicier auquel on veut chouraver la caisse. Cíest líaccessoire du tueur, le silencieux. Quand on te braque avec un outil de ce type, níhÈsite pas ‡ recommander ton ‚me ‡ Dieu, car cíest comme si ton CrÈateur la recevait dÈj‡ en port payÈ!
EmbusquÈ dans un coin díombre, je sonde les abords. NíaperÁois quíun couple díamoureux en
FOIRIDON ¿ MORBAC CJTY 163
train de niquer ‡ la verticale, contre un arbre. La fille est cramponnÈe au cou du matou, elle a nouÈ ses cannes autour de ses hanches (une virtuose) et cíest elle qui síactive en lanÁant des petits cris quíon dirait de rage.
Son cul blafard fait la nique ‡ la lune. Le śupporter ª lui cramponne les jambons pour assurer sa position infernale. Se laisse prendre, le grand sot, que non seulement il doit dÈgorger le bigornuche, mais de plus faire des poids et haltËres, ce con!
Je les laisse aller au bout de leur propos. Comme ils sont jeunes, la conclusion suit de prËs la prÈface. La miss, mollement comblÈe, remet pied
‡ terre, tandis que le luron dÈcapote son cabriolet. Il lance cette offrande sur une pelouse, remet Mister James dans sa geÙle, part díun grand rire de brute assouvie et entraÓne sa partenaire vers le chaudron br˚lant de la foire díempoigne.
Jíattends un peu, toujours sur le qui-vive, la mano crispÈe sur la crosse de líarme abandonnÈe par le clown. Mais en dehors du tohu-bohu proche, tout est calme. La ëune se vautre sur le dÈsert blanc. Alors, ma pomme, dÈsensommeulÈ complet par ces multiples pÈripÈties qui rendent mes books incontournables, je me mets en marche sur la route menant au motel (LA route, quoi, ~uisquíi1 níen existe pas díautres).
Jíarque ‡ pas non cadencÈ mais rapide. Lorsquíune bagnole se pointe (‡
líavant ou ‡
164 FOIRJDON ¬ MORBAC CITY
líarriËre), je saute le maigre talus et me couche jusquí‡ ce quíelle ait disparu.
Le motel est ÈclairÈ. Les carapaces des bagnoles luisent dans la nuit. Dans líun des bungalows, des gens chantent ‡ voix alcoolisÈes.
Je passe devant les maigres constructions et poursuis mon chemin. Líair reste Ètouffant. Il nía pas d˚ pleuvoir ‡ Morbac City depuis líassassinat díAbraham Lincoin en 1865. Ce coin díunivers est sec comme la langue díun spahi perdu dans le Sahara, ou comme la chatte díune nonagÈnaire (passÈ
soixante-dix, pour les faire mouiller, celles-l‡, faut amener son bidon de vaseline !).
Il me vient une pÈpie forcenÈe et je rÍve au seau de flotte que jíai versÈ
naguËre sur le monument en viande du Marquis.
Environ deux kilbus et je peux distinguer le ranch du cow-boy suisse, ‡
main droite.
Construction basse, en forme de tortue tapie entre quelque vÈgÈtation de líenfer.
Tu sais quíil est pas feignasse, ton Sana, chÈrie. Toujours animÈ de sa belle dÈtermination, il part en direction de líhabitation situÈe ‡une bonne quinzecentaine de mËtres.
Il tíest dÈj‡ arrivÈ, HervÈ, de marcher ainsi, de nuit, dans un vrai dÈsert? Seule la lune me sourit. Bonne vieille lune que des confrËres romanciers me promettaient jadis et que les Ricains míont offerte une nuit o˘ je me trouvais au Liban! Inoubliable.
Il níexiste que deux choses dont jíai trËs envie et que je voudrais obtenir avant díaller fumer
FOJRIDON ¿ MORBAC CITY 165
des plantes de mauve par la racine: cíest un oeuf de dinosaure et serrer la main díArmstrong (1). Si parmi mes lecteurs, quelquíun peut míindiquer o˘
je pourrais acheter un oeuf de dinosaure, il deviendra illico mon ami díenfance. Et si un autre veut bien me prendre un rendez-vous avec Armstrong, je le coucherai (en travers) sur mon testament.
Bon, o˘ en Ètais-je-t-il? Ah! oui : le ranch du cow-boy suisse.
Je míy dirige ‡ líallure díun ancien facteur rural; jadis, ces braves níavaient mÍme pas de vÈlo pour faire leur tournÈe et arpentaient leur commune díun point cardinal ‡ líautre, canne en main, allant porter un simple journal dans les hameaux les plus reculÈs! Ils puaient des pinceaux, les chÈris; du bec aussi. Vinasse par le haut, chaussettes de laine par le bas! Dans le mitan, tíarrivais ‡ dÈtecter des remugles de pets ratÈs dans du gros velours jamais nettoyÈ! Ah! les postes franÁaises! Quelle ÈpopÈe!
Ma grand-mËre a connu un gros facteur qui síest fait assassiner sur la vieille route, entre Chalamond et Meximieux (Ain). On a volÈ sa brave vie pour une pincÈe de francs anciens. Les gens ont toujours ÈtÈ minables; Áa ne date pas díaujourdíhui.
Toi, lecteur infaillible, qui me connais depuis lurette, je sais que Áa ne te surprend pas de me voir cheminer sur cette Ètendue de caillasse
‡pareille heure. Tu te dis : Íl est venu ‡Morbac City pour rencontrer ce type, aprËs
166 FOIRIDON ¿ MORBAC CITY
tout. Et il ne peut attendre davantage. ´ MÍme les plus maries díentre toi mettent le doigt sur la vÈritÈ en pensant ª: Líagression ratÈe dont il vient díÍtre victime, induit Sana ‡ estimer que si les autres en savent long sur Martine Fouzitout, ils vont aller voir celui quíelle venait visiter chaque mois. II craint, ce brave Tonio, que les vilains síen soient dÈj‡ pris au cow-boy suisse. Alors il vient aux news. C.Q.F.D. ª
Effectivement, cíest bien un tel souci qui me mine.
A mesure que jíapproche, un bruit particulier alerte mes tympans. Celui quíon produit en opÈrant des fouilles.
Pour Èvoluer en silence, jíÙte mes tartines, ainsi que mes chaussettes (que jíachËte toujours ‡ Rome, dans la mÍme boutique prËs de la via Venetto), les laisse en un petit tas sur les pierres et finis le trajet dans un silence de chat.
Tout ‡ coup, jíai un haut-le-corps. Tu aimerais que je dise ce que jíaperÁois, derriËre le plus proche buisson? Non, sans charrier, Áa te ferait plaisir? Alors, ëmagine-toi que cíest une auto blanche. Pas la vieille Jeep pourrie que possËde le cow-boy suisse, mais une bagnole neuve Buick Park Avenue, aux chromes luisants.
Cette tire, je la reconnais, líayant vue il y a moins de deux plombes.
Cíest la voiture ‡ bord de laquelle le clown et son complice ont mis les adjas aprËs leur expÈdition ratÈe chez le pasteur.
10
CHAPITRE INCALCULABLE
Ce bruit de terrassement míapprend que jíarrive trop tard. Les mÈchants sont venus, ont abattu le vieux cow-boy et voil‡ quíils líenterrent pour donner ‡ penser que le bonhomme síest tirÈ. Souvent, ces originaux tombÈs du ciel dans un patelin en repartent comme ils y sont arrivÈs : sans crier gare. Il va suffire ‡ líun des deux tueurs de piloter la vieille Jeep et de líabandonner loin díici pour que líon croie au dÈpart du Suisse. Affaire classÈe sans avoir ÈtÈ ouverte.
Seulement, il existe une justice immanente et elle se nomme San-Antonio!
Je sors líarme offerte en prime par le zozo au pif rouge, vÈrifie quíelle contient un chargeur plein de pralines et aussi que le cran de s˚retÈ est ÙtÈ.
Silencieux plus que jamais, je contourne le ranch. De líautre cÙtÈ líest une fontaine, source de vie, qui laisse couler un filet díeau. Le tropplein de son bassin ruisselle sur une vingtaine de mËtres et se perd dans le sol fissurÈ.
Quíasperge-t-il ‡ la clartÈ lunaire, Hilaire?
168 FOIRIDON ¿ MORBAC CITY
de
Pas un, mais deux cadavres, y compris celui clown, allongÈs sur la terre, líun face contre sol, líautre profitant de la lumiËre astrale notre bon vieux satellite avant díaller pou dans un trou que le vieux mec creuse difficultÈ. 11 síapplique ferme, le cowsuisse. On devine ses origines rurales. chapeau est accrochÈ ‡ la ćhËvre ª de fontaine, il a jetÈ sa veste par terre et une fosse profonde de prËs díun mËtre est dÈj‡ en cours
-
On peut dire que vous ne plaignez pas líhuile de coude! lancÈ-je au ranchman : prenez votre temps, y a pas le feu au lac!
Díun brusque mouvement, il se tourne vers le fusil dÈposÈ au cÙtÈ de sa veste ‡ franges.
-
HÈ! ne vous mÈprenez pas, grand-pËre lui dis-je, je ne viens pas foutre la merde, contraire. Je suis ici ‡ cause de Martine.
DËs lors, il enfonce sa pelle dans le tas quíil a constituÈ prËs du trou (líun Ètant la cons~ quence de líautre) et me regarde, les main~ ballantes.
-
Le dÈgourdi habillÈ en clown a cherchÈ ‡míabattre, deux heures en arriËre (1) avec le composteur que voil‡!
Je lui montre le fc~, puis le remets dans mes
-
Ecoutez, reprends-je, mon histoire est longue ‡ raconter et la nuit ne durera pas toujours: je vais vous aider ‡ enterrer ces 1. LíHelvËte moyen emploie volontiers líexpression én arriËre ª pour ses Èvocations. Íl y a dix ans en arriËre, je me trouvais... ª
braies.
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 169
messieurs puisque telle Ètait votre intention. AprËs quoi, nous opÈrerons comme ils avaient s˚rement dÈcidÈ de le faire avec vous: nous conduirons leur putain de Buick ‡ quelques kilomËtres dans le dÈsert; puis vous me ramËnerez ‡ Morbac City et reviendrez chez vous. Ni vu ni connu. «a peut jouer7
- Qui Ítes-vous? me demande ce mÈfiant.
-
Au retour, je vous raconterai tout.
Je lance mon veston lÈger sur le sien et, míemparant de la pioche, saute dans le grand trou gÈomÈtrique pour continuer de briser le sol dur.
Il me regarde míactiver un moment, surpris par cette aide qui lui vient de la nuit. Mais cíest un dur-‡-líouvrage, aussi joint-il rapidement ses efforts aux miens. A deux, on dÈpote rapidos. Jíai bientÙt la gorge et le nez encombrÈs de poussiËre ‚cre. On pompefunËbre en choeur, sans profÈrer un son. Au bout díune plombe díefforts dÈcharnÈs (1), la fosse est suffisamment large et profonde pour pouvoir hÈberger les deux cadavres.
Cíest le dabe qui prend la responsabilitÈ.
-
«a ira! dit-il.
Nous nous prÍtons mutuelle assistance pour nous arracher de la tombe en puissance. Nous sommes en nage; mes paumes sont en feu avec de grosses cloques quíil me faudra percer, puis dÈsinfecter.
Comme le Suisse saisit le clown par les
170 FOJRIDON ¿ MORBAC C!TY
chevilles afin de le conduire ‡ sa derniËre demeure, je le stoppe.
-
Un instant, cher Buffalo Bi))!
Je palpe les fringues du gugus dÈfunt, mais il nía rien sur lui. Un prudent!
- Enlevez, cíest bon!
Je passe au deuxiËme corps. Lui, par contre a un porte-cartes díidentitÈ, un porte-money de forme oblongue pour loger ses dollars, une tablette de gum, un couteau (lame-lime ‡ongles), des piËces de mornifle, un stylo-bille Waterman, un minuscule agenda ‡ couverture de cuir rouge et enfin une boÓte de prÈservatifs de couleur violacÈe qui doivent te faire une bite de gorille lorsque tu les utilises.
Je remets les dollars dans la fouille du dÈfunt.
- Ils vont Ítre fichus, remarque le cow-boy.
- Sans doute, mais je ne suis pas un dÈtrousseur de cadavres.
PÈremptoire, il reprend la fraÓche de sa victime.
- Ce serait idiot díy laisser perdre, assure ce Suisse indÈlÈbile; je trouverai quelquíun ‡ qui Áa fera plaisir.
Mon avis est quíil níaura pas ‡ le chercher longtemps.
*
**On a parcouru une quarantaine de kilbus. Le paysage me semblait de plus en plus fÈerique. Je níy aurais pas passÈ mes vacances, pourtant, sincerely, il mÈritait le dÈtour. On est vergif, les Terriens. Cíest dommage que les autres pla
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 171
nËtes ne possËdent pas díH20. Jíai longtemps espÈrÈ que des michetons radineraient des au-del‡, quíils soient verts ou avec une longue queue en trompette; mais je finis par croire que cíest r‚pÈ et que nous sommes vraiment seul‚bres sur la grosse boule bleue. Dommage, on aurait pu faire la guerre avec des extraterrestres pour changer, au lieu de se rabattre sur nous-mÍmes, sans piger que chaque fois quíun homme en tue un autre, cíest lui quíil met ‡mort. Enfin, cíest pas la peine de rÍver. DÈj‡ heureux que le Seigneur nous ait permis, jíentends par l‡, crÈÈs. Certes, cíest chiant díÍtre vivant, mais comme il doit Ítre dÈmoralisant de ne pas exister.
Cíest moi qui prends líinitiative de quitter la route. PÈpËre me filoche ‡
distance, pas quíon semble former convoi.
Je vois, ‡ ma gauche, se profiler une vallÈe ‡travers des rochers vertigineux. Líendroit me semble propre ‡ servir mes desseins. La Buick laisse pneus et amortisseurs dans cette expÈdition.
Je drive, drive, drive.
Lorsquíun boudin Èclate, je dÈclare forfait et dÈcide díabandonner la bagnole dans cet Ètroit dÈfilÈ o˘, selon moi, ni hommes ni bÍtes ne doivent pointer le bout de leurs museaux.
Avant de mouler le vÈhicule, je líexplore. Níy trouve quíune longue matraque de caoutchouc noir, plus les outils de bord usuels et une carte routiËre.
-
Si on y foutait le feu? suggËre le cow-boy.
Je lui montre le magnifique panorama dÈve
172 FOIRIDON ¿ MORBAC CITY
loppÈ devant nous, et presque sous nous, car nous avons pris quelque altitude.
-
Ce feu de joie serait aperÁu ‡ des dizaines de miles ‡ la ronde, rÈponds-je.
-
Juste! apprÈcie líancÍtre.
On rejoint son monticule de rouille ferrail~ lante et nous rallions cette coquette citÈe en dÈlire qui a nom Morbac City.
Il
me raconte, pour commencer, que, dans le silence du dÈsert, son ouÔe síest surdÈveloppÈe, pÈpËre. Tu penses quíil lía entendue venir dc loin, la bagnole blanche, ce madrÈ.
Cíest un homme de qui-vive, Áa se comprend quickly. Ii a tout de suite renouchÈ du glauque Une tire en pleine noye, alors quíil ne vien quasiment jamais personne, mÍme de jour dans sa gentilhommiËre, ii a pas aimÈ. Alors il s filÈ un paquet de hardes sous son drap pou donner la forme díun dormeur, dÈcrochÈ soi flingue et síest hissÈ dans la partie mansardÈe di líhabitation, par un trappon ‡ Èchelle rÈtracta bic. Et il a attendu.
Les mÈchants ont stoppÈ prËs du ranch e sont entrÈs. Il les surveillait gr
‚ce ‡ une fissur du plaftard. Ils paraissaient connaÓtre les lieu car ils ont filÈ droit ‡ son lit sans la moindr hÈsitation. La chambre Ètait cependant dan une presque obscuritÈ. Le copain du clown (u homme díune quarantaine díannÈes, courtaud trËs brun, de type espagnol) a braquÈ un gro calibre sur ce quíil croyait Ítre le dormeur et vidÈ tout son chargeur dans la literie. Le clow
FOIRJDON ¿ MORBAC CITY 173
otchait et poussait un cri de liesse ‡ chacune des tonations.
Quand le petit dÈclic indiquant que le chargeur Ètait vide síest produit, le cow-boy suisse a soulevÈ le trappon et a dit
- Faites-moi un petit sourire, mes cons!
EffarÈs, ils ont levÈ la tÍte vers cette voix venue du plafond et alors le vieux leur a filÈ une volÈe de chevrotines ‡ chacun. De la vraie, fignolÈe par lui, avec plein de dÈchets de ferraille pointus parmi les plombs. «a a zinguÈ recta les deux bncolos. Ne restait plus quí‡ les enterrer.
Ce que nous fimes.
TrËs bien, ce documentaire. A peu de chose prËs, je líavais plus ou moins reconstituÈ dans ma tronche aussi performante que celle de Blaise Pascal.
Seulement, ce qui míintÈresse, cíest le reste, tout le reste! A savoir líhistoire de ses accointances avec la mÙme Fouzitout.
Je me risque ‡ entamer le sujet, mais il me coupe díun sec:
- Moment! Maintenant, cíest ‡ vous de parler, líami.
CatÈgorique!
Je me dis benoÓtement que le moment est venu pour moi de grimper ‡ la tribune.
Pour la ÈniËme fois (au moins) jíy vais de mon rÈcit. Je le sais dÈj‡ par coeur et pourrais le dÈbiter sur la scËne de líOlympia, en fin de premiËre partie, un jour que mon pote Pierre Perret y passerait en vedette. Je bonnis líhÈritage de FÈlix, vieux prof fauchÈ. Je brode, 174 FOIRJDON ¿ MORBAC CITY
comme quoi quelques potes et moi le sponsoriSons pour quíil vienne toucher son lot. Et alors des types dont nous ne savons pas qui ils sont et ce quíils veulent, nous sautent sur le poiluchard et se mettent ‡ Èquarrir tous les gens qui ont approchÈ la petite Martine. Je parle du pËre Machicoule, montre la photo que sa servante mía donnÈe, tout bien. Le cowboy pilote en silence. A un moment, il tire une carotte de tabac de sa poche et mord dedans afin de se confectionner une chique ‡ grand spectacle comme mÍme la reine Elisabeth II díAngleterre níen a jamais m‚chÈ.
Il
semble mÈditer mes rÈvÈlations.
Et soudain, il grommelle
-
Feu de mes couilles! jíai un pneu crevÈ líarriËre, ‡ cause de ces putains de roches!
Effectivement, depuis un instant, sa brouette embardait.
-
Vous voulez jeter un oeil, gars? il me
demande.
Tu trouveras jamais plus serviable que moi avec un vieillard. Díailleurs tu as vu comme je líai aidÈ ‡ enterrer ses victimes? Gentil, non? Jíen connais qui ne líauraient pas fait.
Je descends et me dirige vers líarriËre de la Jeep. Je níai pas atteint líaile droite que bagnole repart aussi vite que son moteur naze lui permet.
Le vieux passe sa mam par )a portiËre,
doigt (celuií du miÔieu) díress6 pour Ùicn me confirmer que je líai dans le cul.
Ce qui te prouve que la bontÈ níest toujours rÈcompensÈe.
pas
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 175
*
**Ce qui prÈdomine en moi, homme bienveillant et díune bontÈ fonciËre, cíest le chagrin davantage que líhumiliation. Líagissement du cow-boy suisse me navre. Quand tu aides un homme ‡ enterrer les cadavres de ses ennemis (cadavres rÈalisÈs par lui) et ‡ effacer les traces de son acte, tu te sens, bon grÈ mal grÈ liÈ ‡ lui.
L‡, avec une impudence inqualifiable, le vieux me laisse quimper, en pleine fin de nuit, en plein dÈsert, en plein Èpuisement. Salaud! Ah! sale salaud sans vergogne ni foi ni loi, ni rien de bon!
HÈbÈtÈ, je poursuis ma marche ‡ pincebroque. Que faire díautre? Mon cher Michel Audiard a suffisamment dÈclarÈ quíun con en marche Ètait plus performant quíun intellectuel assis.
Au bout de cent deux mËtres zÈro cinq, jíavise un petit objet rectangulaire qui luit ‡ la lune parce quíil est plastifiÈ.
Ma brËme de flic! Dessus, il est encore Ècrit que je suis commissaire car, par fÈtichisme, jíai conservÈ le document, ne míÈtant pas habituÈ ‡mon nouveau titre de dirlo.
Elle apporte une explication sur líattitude du ‚ mon Ègard. Pendant que je piochais
la fosse, il a fouillÈ mon veston pour
~ ~.\1tí~ & U~Ot~ ~ O~Ntt\ «L~\\\ ~~)t suis et, comme je lui ai menti par omission, me le fait payer. Vieux brigand! Il a jetÈ ma carte sur la route,
‡ mon intention, afin de me faire
176 FOœRIDON ¿ MORBAC CITY
comprendre pourquoi il agit de la sorte; ce qui indiquerait quíil lui reste un fond de savoir-vivre.
Cela dit, je pourrais le foutre en bÈchamel, pÈpËre. Il me suffirait de prÈvenir la police quíil y a deux cadavres inhumÈs derriËre sa maison, prËs de la fontaine o˘ la terre est moins aride. Seulement, ce faisant, je me flanquerais moi aussi dans un bain de gadoue pas parfumÈ ‡ 1íO-Bao.
Pour me stimuler, jíarque en fredonnant La Marseillaise, cette aimable comptine cent pour sang franÁaise. ´ Marchons! Marchons! ª Tu parles quíon en a fait marcher, des noeuds volants avec Áa. BaÔonnette au canon pour aller au boudin confectionnÈ avec le sang quíimpur!
Je compte mes pas, les convertis approximativement en dÈcamËtres, hectomËtres, kilomËtres. Au bout de trois bornes, je dÈclare forfait.
AnÈanti, líAntonio. Jíaurais d˚ rester chez maman, ‡ Saint-Cloud, ‡ boire mon ´ vrai ªcacao et ‡ claper ses rÙties croustillantes et beurrÈes. A chaque cruelle mÈsaventure jíÈprouve ce regret infantile. Jíai jamais ÈtÈ
totalement dÈlangÈ, voil‡ la vÈritÈ. DrÙle de superman, ton Antonio, líaminche: le dur au cul talquÈ!
AprËs un long virage, jíavise une Ètendue tapissÈe de petites plantes mauves, genre bruyËre. HarassÈ, je míallonge sur ce que les romanciËres appelleraient ún tapis díamÈthyste ª.
Roupillage instantanÈ. LíÈpuisement est le meilleur des soporifiques.
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 177
*
**Cet ouvrage Ètant particuliËrement copieux, je ne te raconterai pas le rÍve qui vient me visiter pendant mon sommeil. A quoi bon tirer ‡ la ligne, quand on songe au prix de líimpression, du papier, de la manutention, tout Áa!
Donc, je fais líimpasse sur ce songe dans lequel je suis un militaire ÈgarÈ
en cours de dÈroute, qui demande son chemin ‡ trois jeunes paysannes riches en fesses et tÈtons, lesquelles, diablesses moissonnantes, exigent díÍtre rÈcompensÈes des renseignements fournis par chacune un beau coup de bite sur la paille rÍche. Tu me vois te narrer cette Èchevelade de culs? Cette rÈpartissade de tous mes dons en une simultanÈitÈ ‡ grand spectacle : mon zob par-ci, ma langue par-l‡, mes paluches sur ce qui reste vacant? Tu me vois, dis?
Mahomet, le plus impitoyable des boxeurs, se met ‡ me taper dans la gueule
‡ pleins rayons, míÈveillant complËtement.
Adieu, rÍves voluptueux! Je retrouve la sinistre rÈalitÈ intacte. Moi, la route blanche, le ciel plus blanc encore, líhorizon br˚lant, la ligne de montagnes qui semblent taillÈes dans du quartz.
Une prÈfiguration de líenfer.
DÈj‡ mes fringues collent ‡ ma peau. Mon empire contre un bain frais! Jíai soif, jíai faim, jíai envie de dÈfÈquer. Cíest terrible de chier au milieu díune telle dÈsolation. Chez rflíman, les gogues sont envo˚tants ‡ force de bien-aisance.
178 FOIRJDON ¿ MOR3AC CITY
Murs tapissÈs de papier cretonne (Hollandaises charriant des seaux de lait avec un flÈau sur líÈpaule). Rouleau distributeur en mÈtal dorÈ, Papier satinÈ double face. Petit lustre de Murano. Minuscule bibliothËque contenant:
des revues, les oeuvres de Robbe-Grillet pour les constipÈs, les miennes pour ceux qui ont líentraille gÈnÈreuse. Un poste de radio pour pas rater quand Georges Le Pen cause dans un mÈtinge, un cendrier pour les suicidaires, du dÈodorant quíon se croirait aux Óles BorromÈes, de líeau de Cologne pour ceux qui síembourbent les salsifis quand le papier crËve.
Ultra-confort, douilletterie totale. Tu y passerais ta vie!
Bon, l‡, je me mets ‡ jour de mon mieux, explore mon portefeuille pour y trouver du faf ‡ train. Soucieux de conserver mon permis de conduire, je sacrifie une lettre díamour díune certaine Lisette que jíavais commencÈ de dÈshonorer (1) en inscrivant, en marge, diffÈrents numÈros de tÈlÈphone ainsi que líadresse díun certain AloÔs Dugadin, ‡ Vitry-le-FranÁois, sans me rappeler qui Ètait ce mec de rencontre.
Cette opÈration surintime me pousse aux rÈflexions dÈsabusÈes et míincite ‡
Ècrire cet ouvrage que je porte en moi, sur la dÈgÈnÈrescence des fantasmes, seulement, comme je viens de te le dire, je suis ‡ court de papier.
Je commence ‡ me reculotter quand un coup
FOœRIDON ¿ MORBAC CJTY 179
de klaxon me fait sursauter. Jíavise alors, ‡quelques encablures, une Ènorme limousine jaune ‡ toit blanc, avec une dame au volant. Honteux, je voudrais quíune faille síouvre dans le sol et míengloutisse; mais tes sentiments, dans un tel cas, ne prÈvalent pas et, sentant síattÈnuer mon humilitation au profit díun vaste soulagement, je vais ‡ cette voyeuse de bonne aventure.
La vraie gaillarde!
Son poids foutrait les jetons ‡ une balance ordinaire de salle de bains.
Pour comble, elle est en short, soutien-gorge de diplodocus femelle et porte une casquette ‡ longue visiËre sur sa tignasse ‡ ressort, díun auburn qui flanquerait la chiasse ‡ Mathias.
- Hello! me dit-elle.
-
Hello! rÈponds-je du tacot-toc.
-
Que faites-vous par ici? síenhardit-elle.
- Je cherchais un endroit tranquille pour dÈfÈquer, mais je míaperÁois que cíest ratÈ.
Elle rit.
- Vous avez un drÙle díaccent, assure-telle.
- Je sais : cíest de naissance. Re-marrage de la grosse.
On devient sÈrieux. Je raconte que des tomobilistes rencontrÈs ‡ Morbac City míont proposÈ une virÈe nocturne dans le dÈsert. Comme cíÈtait des femmes, jíai acceptÈ. Et ces abominables pÈtasses míont abandonnÈ.
LíobËse, rien ne lui paraÓt plus farce au monde. Elle en pËte díhilaritÈ, la chÈrie. Mais
180 FOIRIDON ¿ MORBAC CITY
comme les gros sont sympas, elle me propose de me ramener ‡ Morbac City o˘, prÈcisÈment, elle se rend pour le ´ Bench Holiday Making ª.
«a y est, mon destin reprend sa trajectoire.
11
CHAPITRE R…CURANT
Elle est plutÙt sympa, Mrs. Molly, dans son genre. Boulimique, comme la plupart des obËses, elle se gave de pop-corn puisÈ dans le sac en papier bloquÈ entre ses monstrueuses cuisses et rit de tout et davantage de rien en postillonnant des particules de maÔs sur son pare-brise. Elle a une dÈlicate peau rose, grenue, quíun tanneur achËterait volontiers pour la modifier en faux croco. Elle fouette un peu le rance aspergÈ de parfum ‡
deux dollars la bonbonne, et aussi la sueur díencoignures. Chez les gens de cent vingt kilos, ce sont les replis qui racontent le plus.
Elle me dit habiter Salome, dans líUtah, o˘ elle gËre une entreprise de salaisons fondÈe par son dÈfunt Èpoux. Si elle vient ‡ Morbac City, cíest en pËlerinage. Avant de se laisser Èpouser toute crue par Bob, ils ont mis leur deux culs sur líillustre banc et se sont offert une soupe de langues carabinÈe.
Douze ans díun bonheur sans nuages ‡ Ègorger des porcs. Et puis, líadieu!
182 FOIRIDON ¿ MORBAC CITY
Bob avait tellement díurÈmie que ses veines lui servaient de vessie.
L‡, son ton a flanchÈ. Des larmes grosses et brillantes comme les gouttes de cristal díut lustre vÈnitien dÈlayent son crÈpi ocre.
- Prenez des pops, invite-t-elle en Ècartani ses bayonnes.
Je dÈcline, elle insiste, je cËde. A travers le mince papier, je sens sa grosse moulasse Èpa nouie. Ma farfouille ‡ líintÈrieur du cornet la fait frÈmir...
- Vous devez vous y entendre en amour vous! diagnostique-t-elle.
Je grince des mÈninges. Ah! non : je vais pa: devoir payer mon voyage díune tringlÈe! Cíesi de la bidoche pour BÈrurier,
«A! Moi, si je la grimpais, jíaurais líimpression díaffronter la face nord de líEverest! Faut vite dissiper
malentendu.
- Níen croyez rien, je suis membrÈ comme un cacatoËs.
Elle hurle de rire et pisse sur le pop-corn.
- Quelle blague! Vous oubliez que je vous ai vu vous reculotter! Des membres comme le vÙtre, y a que dans les films ´ X ª que jíen ai aperÁu.
Dis, quíest-ce quíelles ont, toutes ces Ricaines, ‡ vouloir dÈguster mon braque? Cíest la saison du frai ou quoi?
Pour changer díambiance, je branche la radio sans lui demander son avis.
Elle comprend que jíadhËre pas ‡ sa propose voilÈe et se renfrogne.
JíespËre quíelle ne va pas me larguer de sa Buick, la grosse cochonne? Sous sa casquette ‡
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 183
longue visiËre elle remue des pensÈes torrides et peut-Ítre mÍme malsaines.
Je redoute díune seconde ‡ líautre une main tombÈe sur mon bÈnoche.
Heureusement, la musique shunte, et un reporter local se met ‡dÈbiter une nouvelle ‡ sensation on a volÈ le ´ banc des amoureux ª de Morbac City aux premiËres lueurs de líaube, une fois que tous les participants au Bench Holiday Making sont rentrÈs cuver leur cuite.
Cíest le dÈsastre! La dÈsolation! Le deuil dans toute la contrÈe. La fÍte est arrÍtÈe comme par une catastrophe naturelle. Seuls, un raz de marÈe, une Èruption volcanique, une ÈpidÈmie de peste bubonique sauraient mettre fin ‡ cette liesse populaire. On est en train de desso˚ler le shÈrif et on compte que son premier soin sera de prÈvenir les fÈdÈs. Un ÈvÈnement aussi majeur compromet la rÈÈlection du gouverneur.
Mrs. Molly pile ‡ mort.
-
Oh! my God! My dear God! larmoie-t-elle.
Une suffocation la prend; elle est obligÈe de l‚cher la fermeture de son monte-charge et quarante kilogrammes de barbaque choient sur son ventre en produisant le bruit huileux díun dÈchargement de poissons dans le port de Dieppe.
Elle se met sur mon Èpaule pour libÈrer sa marÈe montante. Jíai toute ma partie gauche inondÈe en vingt secondes.
Le reste du pop-corn lui est entrÈ dans la chattoune tellement quíelle síagite du bassin.
184 FOIRIDON ¿ MORBAC CJTY
«a craque dans son entrepont, ‡ croire quíelle les bouffe avec son poilu de 14, la dodue. Pour tout te dire, moi, le coup du banc disparu, je me fends la gueule dans ma Ford intÈrieure. Cíest farce, non? Ces populations en plein paganisme qui vÈnÈraient un simple banc de square comme nos cons de druides vÈnÈraient le gui (plante parasite, de surcroÓt!).
Tu sais quíils sont pas pensables, nos frËres zíhumains. Par instants, leur cervelle se dÈtrempe. Cíest hormonal, tu crois? Glandulaire? Ah! bon; oui, il me semblait.
Tant mal que va, on finit par se pointer ‡Morbac City. 11 est dix heures du matin; les habitants níont pas eu le temps de rÈcupÈrer, mais exceptÈ un tiers des autochtones en Ètat comateux, ils assiËgent le lieu o˘ sÈ
trouvait le banc. Le siËge volÈ reposait sur quatre gros plots de ciment, et on líavait fixÈ avec des pattes mÈtalliques rivÈes dans les blocs. Les voleurs (jíuse du pluriel, imaginant mal quíun homme seul ait pu dÈrober cette oeuvre de fonte) ont dÈlibÈrÈment sciÈ le bas des fixations pour libÈrer le banc. Selon le jacteur de la radio, celui-ci pesait prËs de cent kilos. On lance un appel ‡ tÈmoins.
Les habitants de cette citÈ ‡ la gomme constatent le dÈsastre de leurs yeux injectÈs de sang. Ils ne parlent pas parce quíils ont la langue encore collÈe au plafond et les dents en pl‚tre, mais leurs expressions dÈtruites montrent combien ce forfait vient de rompre líharmonie de leurs existences.
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 185
Une atmosphËre de deuil national pËse sur la ville. Un seul banc vous manque et tout est dÈpeuplÈ.
Les dames, gÈnÈralement moins beurrÈes que leurs mecs, sanglotent et se tordent les mains. Elles ont le pressentiment quíun flÈau inconnu va se prÈcipiter sur la citÈ et en faire un nouveau PompÈi.
Je profite de ce que Mrs. Molly est en train díentonner un cantique, agenouillÈe dans un cercle de vieilles pÈcores, pour regagner la maison du pasteur sans prendre congÈ díelle, ce qui aurait risquÈ díhypothÈquer mon avenir si prÈcieux, ce genre díogresse laissant rarement tomber sa proie.
Elle mía dit descendre chez une sienne parente qui tient la funeral house du patelin; a priori, ce níest pas un lieu o˘ líon vient festoyer, mais jíai eu le rare privilËge de rencontrer des croque-morts de mon vivant, qui tous se montraient gens de joyeuse compagnie, Ètant dÈbarrassÈs des encombrants prÈjugÈs qui entourent la mort.
*
**Chez le rÈvÈrend Marty, la vie a repris son cours ‡ peu prËs normal.
Líhomme de Dieu cuve et mes amis roupillent, ‡ líexception de FÈlix auquel il est arrivÈ cette nuit un f‚cheux accident. Le prof, situ as bonne mÈmoire, Ètait dÈtenteur du dentier de BÈru pendant la fiesta gÈnÈrale.
Rentrant se coucher, aprËs que son protÈgÈ eut rÈcupÈrÈ sa queue dans líorifice insuffisant de la vieille, il a fait une chute 186 FOIRIDON ¿ MORBAC C!TY
malencontreuse et líappareil dentaire du Gros mordit si cruellement son sexe, quíil Ùta un morceau assez consÈquent au chapeau de ce champignon hautement comestible.
Cruelle blessure qui, l‡ encore, compromet le tournage pornographique envisagÈ par notre producteur hollywoodien. A croire que le Seigneur Síoppose ‡ líexploitation financiËre des pafs díexception quíIl accorda ‡
mes compagnons, afin quíils en tirent plaisir, mais non profit.
Ivy se faisait un sang díencre ‡ cause de moi. Elle soignait la monstre biroute du prof maternellement, de ses doigts fuselÈs et, nonobstant sa souffrance, FÈlix tÈmoignait sa satisfaction ‡son hÙtesse par des marques díÈmoi incontestables. Il níÈtait pas loin de prendre ‡ son compte la fameuse rÈplique de FranÁois Mitterrand, lequel, lors de son opÈration de la prostate, dit ‡ líinfirmiËre qui renouvelait son pansement:
´ Maintenant, vous pouvez la l‚cher, mademoiselle, elle tiendra toute seule! ª. Ce propos fut rapportÈ ‡ la Droite qui síen alarma, voyant dans cette dÈmonstration de vitalitÈ, les prÈmices díune difficile cohabitation, plus pÈnible ‡ assumer que la premiËre.
Tandis que cette charitable personne se prodigue, je me h‚te díaller prendre un bain chaud et voluptueux; puis de changer de linge. Et cíest un Ítre remis ‡ neuf qui va bouffer le cul de madame, en lui pratiquant simultanÈment ´ la baguette de sourcier ª. Cela, tu le sais, se joue ‡ deux doigts (líindex et le mÈdius) convenablement ÈcartÈs pour que chacun se coule
FOIRJDON ¿ MORBAC CITY 187
dans líun des deux exquis terriers díIvy. Cette initiative jointe au cunnilingus emporte líÈpouse du pasteur jusquí‡ un paradis que ce dernier ne lui a, jusquíalors, laissÈ entrevoir quíen paroles.
Je m‚chouille un fort mÈlancolique sandwich dÈcongelÈ (pain de mie, blanc de poulet, tomate) lorsque ´ Petit Gibus ª me rend une visite impromptue.
- Je passe voir si vous avez besoin de moi, Martien, claironne-t-il.
A son ton, je vois quíil espËre trËs fort la chose. Níaimant pas dÈcevoir la jeunesse, je lui rÈponds quíil tombe ‡ pic et le frËte pour quíil me conduise chez le cow-boy suisse, car jíaimerais reprendre avec Buffalo Bulle (1) une conversation quíil a ÈcourtÈe de maniËre dÈplaisante.
Ce gamin, la disparition du banc líamuse. En petit garÁon sensÈ, il assure que la vÈnÈration paÔenne díun siËge de ville Ètait ridicule et espËre que les voleurs sauront le mettre ‡ líabri des recherches pour quíon níen parle plus jamais.
La foule síÈpaissit de plus en plus, consternÈe et rendue silencieuse par sa gueule de bois inassumÈe. Les quelques pas-ivres ont rÈveillÈ les pas-trop-so˚ls, lesquels ont arrachÈ du coltar les beurrÈs-‡-morts et il ne reste plus dans leurs plumards que les comateux. Plus de banc, plus 1.
La ville de Bulle est une coquette citÈ ancienne du canton de Fribourg, en Suisse.
188 FOIRIDON ¿ MORBAC CITY
de fÍte. Cíest la dÈbandaison, antichambre de la dÈbandade.
Roy use de son klaxon enrouÈ pour se frayer un passage. Cette fois, le shÈrif et son adjoint sont ‡ pied díoeuvre. Pour se donner líair de faire quelque chose, ils mesurent le vide laissÈ par le banc.
Enfin la rue devient route.
Nous passons devant le motel de líIndien, aprËs quoi on trouve le dÈsert pur et dur, díune blancheur aveuglante.
Soudain, ´ Petit Gibus ª síexclame
-
«a fume!
- Ton radiateur díeau? míinquiÈtÈ-je, car comme le dit mon grand Patnck SÈbastien: je míÈtais endormi en sursaut.
- Non : le ranch du vieux!
Son minuscule doigt díenfant me montre líendroit o˘ se situait ce dernier.
Effectivement, des fumerolles vÈsuviennes síÈlËvent dans le ciel.
Il largue la route pour síÈlancer dans le dÈsert. La dÈpanneuse dÈcrit des bonds et autres embardÈes qui achËvent de me rÈveiller.
Au fur et mesure quíon síapproche du ranch, on rÈalise quíil est complËtement dÈtruit par le feu. Ses ruines fumantes sont plus noires et sinistres que la bouche díun centenaire hindou m‚chant du bÈtel. Ne subsistent que des pans de murs calcinÈs, entre lesquels la charpente se consume comme dans un large foyer de hautfourneau.
La vieille Jeep du Suisse est rangÈe prËs díun buisson.
FOIRIDON ¿ MORBAC CJ1Y 189
Le petit Roy, p‚lot malgrÈ son cran habituel, murmure en dÈsignant les dÈcombres
- Lui, il est l‡-dessous! Je hausse les Èpaules.
-
Je crains bien que oui, petit.
Jíimagine quíaprËs míavoir plaquÈ, le cowboy est revenu dans sa piaule. Il a d˚ vouloir se prÈparer du cafÈ mais, comme ses ´ travaux de terrassement ª líavaient fatiguÈ, il se sera endormi et le rÈchaud ‡ propane aura boutÈ
le feu dans son antre. Sale fin pour le cow-boy suisse; il a d˚ cramer comme un fagot de bois sec, ce vieillard tout en os.
Ainsi, ma piste concernant la mÙme Martine síarrÍte-t-elle dÈfinitivement en cet endroit dÈsespÈrant, comme le filet díeau de la fontaine síengloutit dans le sol dessÈchÈ... (1)
Nous allons devoir retourner en Europe sans savoir ce quíaura ÈtÈ la vie de la FranÁaise dans líOuest amÈricain.
Je míassois sur la margelle du bassin, pensif, amer. Je porte cet Ènorme point díinterrogation comme JÈsus sa croix. Jíignorerai toujours ce que ce vieil homme et cette jeune femme fabriquaient, ni quelle Ètait líÈtrange connivence qui les rassemblait une fois par mois.
Pareil ‡ un jeune cabri, Roy bondit jusquíau b‚timent incendiÈ. Il tourne autour du brasier qui rend líatmosphËre plus irrespirable encore.
- Il y a des traces de pneus! me lance-t-il de loin.
190 FOIRIDON ¿ MORBAC CITY
Il
a líoeil, ce trouduc!
-
Venez voir, Martien!
Je ne peux me dÈrober, rÈpondre que je suis au courant, ce serait me trahir.
Le pas pesant díun laboureur en fin de journÈe, il a, ton Sana joli, madame.
-
Regardez, dit le Sherlock en herbe, excite comme un boisseau de morbacs dans la culotte de Madonna. L‡, cíest les empreintes de la Jeep!
Il
me montre díÈpais dessins sur le sol, court plus loin et dÈsigne díautres traces:
-
Ici, celles díune bagnole ordinaire. Une troisiËme cabriole le place non loin du buisson o˘ sont enterrÈs les deux malfrats.
-
Et Áa, cíest un troisiËme jeu díempreintes, Martien!
Je tressaille. Examine.
Tu sais quíil dit vrai, ce chiare? Il existe bel et bien, autour du ranch br˚lÈ, une troisiËme sÈrie de traces! Et elles sont fraÓches, nettes, pour tout dire, rÈcentes!
Alors de nouvelles perspectives síouvrent moi. Je me dis que díautres gars de la bande qui síintÈressent au vieux ont radinÈ et que cíest eux qui ont mis le feu au ranch. Ont-ils br˚lÈ le cow boy suisse avec ou líont-ils embarquÈ en repar tant, histoire de le faire jacter plus tard?
Les dÈcombres br˚lent encore, interdisani toute exploration.
-
Rentrons! dÈcidÈ-je.
-
On va aller raconter Áa au shÈrif~ demande Roy.
Si je lui rÈponds que non, il va pas piger; FOIRIDON ¿ MORBAC CJTY 191
comme cíest un enfant, il ne pourra síempÍcher de rÈpandre la nouvelle autour de lui. Quand, ‡son ‚ge, tu traverses une aventure comme celle-l‡, il est impossible de la ´ garder par-devers soi ª, comme disent les grandes personnes.
-
Et comment quíon va aller raconter Áa ‡ la police, Brin díhomme!
Jíajoute
-
Dis donc, il síen passe des choses dans ton bled!
12
CHAPITRE FARINEUX
Nous retrouvons le gros shÈrif (dans les westerns, les shÈrifs sont gÈnÈralement gros et mÈchants, ils rotent bruyamment et leur haleine sent le hamburger aux oignons) en point de mire ‡ líemplacement du banc o˘ il se fait photographier. II est en dÈcuite avancÈe. Pour líactiver, il a pris beaucoup díAlka Seltzer, aussi rote-t-il avec vÈhÈmence et son haleine pue effectivement le hamburger aux oignons frits.
Comme cíest lui qui a arbitrÈ le match Teddyle-Red-BÈrurier, il reconnaÓt en moi le supporter du vainqueur et me prÈsente une bouille hostile. Ce mec ressemble ‡ un ÈlÈphant sans trompe (on aurait remplacÈ ladite par un groin de porc). Ce matin, il a mis une chemise bleu manne, sur laquelle son Ètoile brille comme dans un ciel de crËche, un pantalon beige, en tissu lÈger, ‡ travers quoi, quand il est au soleil, on voit la raie de son cul comme je te vois, ainsi que son gros pacsif de couilles inutiles et son foisonnement de poils sombres troisiËme choix (de ceux qui fouettent la mÈnagerie sans exciter les dames).
FOIRIDON ¿ MORBAC CJTY 193
Mon lectorat captif níignore point combien je suis sensible aux personnages pittoresques, car ils donnent du piment ‡ la vie. Seulement ce níest pas le cas du shÈrif Garson qui níest que con, repoussant et souilleur de rÈtines.
Il
me regarde venir ‡ lui, une paupiËre mi-close, comme un qui a la fumÈe de sa tige ou bien le soleil dans líoeil.
-
Le mÙme et moi venons vous dÈclarer un sinistre, shÈrif, annoncÈ-je.
-
Pas possible!
-
Le ranch du cow-boy suisse a br˚lÈ.
-
JíespËre quíil Ètait dedans et a grillÈ avec, ricane cet Ítre pÈtri díaltruisme.
-
Cíest trËs probable, confirmÈ-je.
-
Alors le diable a du boulot! oraisonfunËbre-t-il.
-
Vous devriez peut-Ítre aller jeter un oeil, il se pourrait quíon soit en prÈsence díun acte criminel.
Son regard se transforme en deux glaves de tubard, fortement injectÈs de sang. Il chope un revers de mon veston et profËre
-
A votre putain díaccent, je parie que vous venez díailleurs, líami?
-
De France, le renseignÈ-je-t-il.
-
MíÈtonne pas! Et vous croyez sÈrieusement, líami, que jíobÈis aux ordres díun enculÈ de FranÁais?
Moi y a des choses sur lesquelles je ne pourrai jamais passer. Etre traitÈ
´ díenculÈ de FranÁais ª vient en tÍte des choses en question. Ce serait le prince Charles qui me dirait Áa, illico, je lui ferais bouffer ses longues dents. La patrie
194 FOIRJDON ¿ MORBAC CITY
cíest sacrÈ pour moi. Je te raconterai peut-etrc un jour une bataille rangÈe homÈrique, avec d Allemands qui míavaient traitÈ de śale Frar Áais ª.
Mais pour líinstant, líheure est grave.
- ShÈrif, fais-je sourdement, Ítes-vou~ conscient de nous avoir gravement insultÈs mon pays et moi?
- ArrÍtez de míÈchauffer les oreilles enculÈ de FranÁais, sinon vous risqueriez de vous trouver derriËre les barreaux.
A peine dit quíil mange mon poing! En ai-je dÈj‡ distribuÈ des directs du droit, mais celui-!~ est le plus percutant de tous. Il lui fait explosei le groin que je causais y a pas deux minutes, lui effeuille les ratiches de devant, transforme
bouche en deux tartares sanguinolents et, dc surcroÓt, le foudroie.
Tu me croiras si tu voudras, mais la foule applaudit; preuve de líimmense cote de popularitÈ dont jouit le gros sac!
- Quíest-ú que vous venez de faire l‡, Martien! bredouille ´ Petit-Gibus ª.
II va vous arracher le nez, les oreilles et tout ce qui dÈpasse de vous, le Garson! Cíest une pure terreur! Vous devez foutre le camp avant quíil se rÈveille! Et ne vous fiez pas aux gens. Ils sont contents díavoir vu Áa, mais vous níen trouverez pas la moitiÈ díun qui tÈmoignera pour recon~
naÓtre que le shÈrif vous a insuIt~. Allez Partez!
Je caresse mes phalanges meurtries, regarde líÈtal de boucher quíest devenu le physique du gros lard.
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 195
- Y a un bureau de poste dans ce joyeux pays? je demande.
- A deux pas. Vous voyez le panneau ´ Post Office ª, ‡ droite?
- Attends-moi l‡. Quand il reprendra ses esprits, dis ‡ ce goret plein de merde que je vais revenir!
Du bol dans mon malheur!
En quatre-vingts secondes, chrono en main, jíobtiens líambassadeur de France ‡ Vagin-se-tond (BÈru dixit). Lui dÈballe mon numÈro de code, prÈtends Ítre sur une formidable affaire aux ramifications internationales, tout Áa... Je raconte le comportement odieux du shÈrif, suivi de ma rÈaction cocardiËre, certes, mais lÈgitime.
Quelquíun de bien, líExcellence. Elle me connaÓt de rÈpute, sait mes faÁons
´ directes ª(surtout du droit).
- Ce genre díincident est f‚cheux, me dit-il. Ces shÈrifs arriÈrÈs sont des tyranneaux de bourgades et rËgnent sans partage; mais je vais intervenir immÈdiatement en haut lieu.
Le grand mot composÈ est l‚chÈ : haut lieu!
Il síen passe des choses, dans ce mystÈrieux endroit.
Un peu rassÈrÈnÈ, je retourne vers ma victime qui est dÈj‡ en position assise (toujours ‡líemplacement du banc envolÈ). Son regard pendant encore sur ses paupiËres du bas, mais il est en train de rÈcupÈrer. Dur dur de se laisser mettre k. -o. aprËs sa cuite de la nuit.
La foule muette attend, espÈrant fort que Áa 196 FOIRIDON ¿ MORBAC CJTY
va chier des bulles carrÈes et sachant que cet espoir ne sera pas dÈÁu.
Moi, ‡ toutes fins utiles, de la haranguer.
- Chers habitants de Morbac City, lui fais-je, accompagnÈ de ce dÈlicieux petit Roy, je suis venu faire mon devoir en prÈvenant votre shÈrif que le ranch du cow-boy suisse avait br˚lÈ, probablement ‡ la suite díun acte criminel, et que le vieux devait se trouver dans les dÈcombres. Au lieu de prendre ma dÈclaration en compte, ce gros sac, incapable, soit dit en passant, de surveiller et de garder le banc le plus prestigieux du monde, mía traitÈ díenculÈ, vous líavez tous entendu; ce qui mía conduit ‡faire ce que vous rÍvez tous de faire, hÈlas sans líoser. Cette baudruche quíun simple coup de poing dÈguise en vache crevÈe est-il digne de reprÈsenter la loi dans votre magnifique citÈ? Moi, je ne le pense pas! Je viens de tÈlÈphoner en haut lieu car jíai le bras long. Je compte sur votre probitÈ
amÈricaine, que toute la France admire, pour rÈpÈter ce qui síest passÈ ‡
ceux qui vont venir rÈgler cette histoire. Alors vous aurez líoccasion rÍvÈe de dÈmettre ce shÈrif ‡ la gomme qui níest bon quí‡ infliger des tracasseries ‡ ses administrÈs.
Ma diatribe galvanise. On me rÈacclame.
Garson qui est conscient, ‡ prÈsent, en prend plein son mouchoir.
Fou furax, il dÈgaine son pÈtard, un Colt gros comme un canon ‡ longue portÈe; mais, avant quíil líassure dans sa pogne velue, je shoote dedans et líarme part ‡ dache.
- Calmos, vieille viande, lui dis-je. Si tu FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 197
veux rÈgler Áa en homme, bats-toi ‡ poings nus, ne serait-ce que pour montrer aux habitants díici que tíes mieux quíun baril plein de graisse rance!
Je me mets en garde.
Le voil‡ au pied du mur, líempl‚tre.
-
Larry! il hËle, Larry, sacrÈ bordel!
Je suppute quíil síagit de son adjoint, mais ce dernier síest empressÈ
díaller vaquer ailleurs.
- Alors? lancÈ-je au monstre du sait lake, on se bat ou vous vous dÈfilez, grosse loche?
Il ignore ce quíest une loche.
-
Au nom de la loi, bredouille-t-il.
- Au nom de la loi, va te faire poser des points de suture, connard, je líinterromps. Si on a besoin de moi, je loge chez le rÈvÈrend Marty. Tchao, la Gonfle, grosses bises ‡ ta dame. JíespËre quíelle trouve de la main-díoeuvre de sommier pour tíoublier un peu!
*
**Les hommes, faut reconnaÓtre, penchent toujours vers líoptimisme. Quand ils síen ramassent un grand coup dans la gueule, ils restent un moment prostrÈs mais, trËs vite, trouvent des raisons díexulter.
«a me rappelle une nuit ‡ Rome. LíItalie disputait la finale díune coupe du Monde (ou díEurope, ma mÈmoire patine). Tout Ètait prÍt pour la victoire : feux díartifice, musiques, dÈfilÈs de chars (romains).
Et poum! La cata! Les Ritals se font fliquer. Alors le dÈsespoir tombe sur la ville. Rues
198 FOIRœDON ¿ MORBAC CITY
dÈsertes, silence de mort. Cela dure environ vingt minutes, et tout ‡ coup, cíest le dÈferlement! Les trompettes, les drapeaux aux portiËres des bagnoles kla.xonnantes, la foule gesticulante, hurlante sur le thËme de Ón est deuxiËmes! On est deuxiËmes! ª Quand la liesse est prÍte, il faut la consommer, tout comme le vin tirÈ, car elle ne se conserve pas.
Eh bien, ce qui se passe ‡ Morbac City, ‡propos de vin tirÈ, est du mÍme tonneau. A la consternation causÈe par le vol du banc succËde un retour ‡
líeuphorie. Non! On ne dÈcrochera pas les lampions, ne dÈmontera pas les trÈteaux, níarrÍtera point de se pinter ‡ mort.
Le banc a disparu? Et alors? Il níÈtait quíun symbole. La municipalitÈ le remplacera par une stËle, voire un obÈlisque de marbre ÈrigÈ ‡ son emplacement. Et on continuera de vÈnÈrer la mort follement romantique de Suzy et Max, les śuicidÈs du bonheur ª, comme lía Ècrit le journaliste local qui a rÈdigÈ un texte ‡ leur propos pour le syndicat díinitiative.
Si bien quíaux premiËres lampes, tout se remet en branle, avec peut-Ítre davantage de passion que les autres jours.
Ivy desso˚le son Èpoux: cafÈ ammoniaquÈ, douche froide. Le rÈvÈrend rÈcite quelques oraisons et repart, toujours poussÈ vers de nouveaux breuvages.
CÈsar Pinaud, homme de foi, líaccompagne. Ils sont faits pour síentendre. Y
a que nos ÈclopÈs de la membrane qui síattardent at home pour soigner leurs blessures mal placÈes.
Je les approvisionne en boissons fermentÈes FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 199
et leur conseille de tromper le temps de la convalo en ripaillant sans tapage.
Ensuite de quoi, tu líauras devinÈ, Ivy me reÁoit dans sa chambre matrimoniale afin díy pÁrpÈtrer une nouvelle phase de son adultËre. Elle míinforme que je deviens sa drogue et assure, les larmes aux cils (notre perle qui Ítes aux yeux), quíelle níenvisage plus líexistence sans moi, ce qui suppose une alternative: soit que je míÈtablisse dans ce pays ‡ la con, sait quíelle largue le rÈvÈrend et míaccompagne dans le mien o˘ le con pullule Ègalement mais o˘ le climat est plus tempÈrÈ. NíÈtant enclin
‡aucune de ces deux solutions, je la besogne en silence; mais bien!
Ses exaltations líayant amenÈe ‡ la posture de prise en levrette, je la pratique dans cette figure animale, laquelle requiert beaucoup díassurance quant ‡ la qualitÈ de son Èrection. Líhomme qui síamËne avec un sexe Èvasif se prÈpare ‡ de tragiques dÈboires car il est rare quíune bite partant pour une telle croisade se raffermisse en cours díÈpanchement; ce serait plutÙt le contraire. Il faut faire montre díimpÈtuositÈ et díautoritÈ pour mener ‡
bien sa besogne en pareille conjoncture. La jeunesse y excelle, tandis que les hommes en fin de parcours, malgrÈ leur belle science, regardent ‡deux fois avant de síy risquer.
Bien que níappartenant pas aux fougueux triqueurs des dÈbuts, je tiens parfaitement ma place dans cette joute, car la chagatte díIvry est bien situÈe dans sa mappemonde et son accËs ne
prÈsente pas de ces difficultÈs majeures qui obligent le m‚le ‡ des contorsions anormales.
Or, donc je la satisfais de mon mieux (un mieux qui est supÈrieur aux ´
top-niveaux ª de beaucoup) et líorgasme qui en rÈsulte lui vaudrait illico un contrat de Harold J. B. Chesterton-Levy, le maÓtre de la Gloria Hollywood Pictures.
Quand Mme Marty a connu líextase quíelle espÈrait, elle síabat au travers du lit, les jambes en ´ V ª, dans cette posture familiËre aux femmes les plus prudes quand elles ont bien pris leur panard.
Ne tarde pas ‡ síassoupir du sommeil díamour, le plus merveilleux qui soit.
Elle dort, la tÍte sur mon ventre dont elle mordille les poils un moment avant de disjoncter pour de bon. Le fracas de la fÍte environnante ne míincommode plus : je líai assimilÈ.
Je regarde, sur le plafond blanc de la chambre, le kalÈidoscope des lumiËres et des ombres de la rue. Encore trois jours de ce commerce! «a va Ítre gai.
Je pense au vieux cow-boy suisse, ‡ ses deux macchabÈs quíil enterrait, ‡
sa vieille Jeep pourrie depuis laquelle il míadressait ún doigt díhonneur ª. DrÙle de bonhomme! Que maniganÁait-il avec Martine Fouzitout, ce ouin-ouin exilÈ? Quel secret ou quel crime les liait? Et qui sont ces gens acharnÈs qui recherchent tous ceux ayant approchÈ la petite FranÁaise? Ou du moins qui ont ´ fait des trucs ª avec elle? Pourquoi attaquent-ils impitoyablement son
notaire, son ami curÈ, son copain suisse, moi? Et qui encore ‡ venir?
Tu sais que cíest excitant, dans un sens?
Dans un autre aussi.
En cette pÈriode vaporeuse du post-amour, le temps passe comme coulent les riviËres. Longue somnolence, puis rebaisage languissant, sur le cÙtÈ.
Madame lËve une jambe vers le ParthÈnon, tandis que je lui lÈgifËre le frifri. Pendant que je promËne mon archet ‡ tÍte ronde sur son violon ‡
moustaches, voil‡ quíon tambourine contre la porte.
A la violence des coups, je reconnais le doigtÈ de BÈrurier.
Et sais-tu ce quíil me crie, soudain, le Mondain? Cornac, díune voix de ćentaure ª, comme il dit
- Grouille-toi de dÈculer, mec! Cíurge!
Je vais ouvrir la plume au ventre.
- Le pasteur síest rÈveillÈ? míinquiÈtÈ-je.
- Pas zíencore, mais quand il sortira des bras de líorfËvre, Áa va zíÍtre joyce pour eí con volant!
- Metz-Angkor?
- Sape-toi et va mater dehors!
Quand il reste mystÈrieux, le gros fougueux, cíest que la situation est díimportance.
Je me loque, sors, enjambe une flaque de dÈgueulis nausÈabond dont jíignore le ci-devant propriÈtaire, et gagne la sortie, suivi du Gros qui ressemble
‡ un gros chat taillÈ.
La street est encore ‡ peu prËs dÈserte, mais mon attention est attirÈe par des affichettes fraÓches collÈes sur les faÁades des maisons, ‡
202 FOIRIDON ¿ MORBAC CJTY
commencer par notre porte. Elle comporte une photo couleur accompagnÈe díun texte en caractËres gras dont la xÈnophobie est indiscutable. La photo me reprÈsente, en train díenfiler la chËre Ivy en levrette. ClichÈ pris entre les lattes du store, ce qui ajoute un cÙtÈ feutrÈ ‡ la capiteuse image. On a Ècrit dessous: ´ Quand notre pasteur loue ses chambres ‡ des Ètrangers. ª
Travail rapide, prÈcis, et qui a d˚ mobiliser líimprimerie du journal local.
Pas si con que cela, le shÈrif. II a la vengeance fÈroce, ce gros sac!
Les premiers habitants qui se hasardent dehors, commencent ‡ síagglutiner devant líimage dont la ville est inondÈe. Les palabres commencent.
Un coup de klaxon me fait sursaillir. Cíest la dÈpanneuse de ´ Petit Gibus ª qui vient se ranger tant mal que bien devant le presbytËre.
Le mÙme quíon ne peut pratiquement pas apercevoir quand il est au volant saute de son carrosse carabosse.
- Vos valises sont prÍtes, Martien? il me demande de sa voix fl˚tÈe.
- Mais il nía jamais ÈtÈ question de mon dÈpart!
- Síil en est pas question ´ ‡ prÈsent ª, faitil en montrant líaffichette, cíest que vous avez le cerveau voilÈ, Martien! DËs que les hommes díici se remettront ‡ picoler, leur esprit va síÈchauffer, et avant minuit, vous serez pendu par les couilles ‡ un arbre du square, tandis que la mËre Marty devra dÈfiler ‡ poil dans la rue,
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 203
avec le mot ´ pute ª Ècrit par-devant et par-derriËre. Filez la chercher, ainsi que vos potes et vos bagages, faut quíavant la nuit vous soyez loin díici.
En sous-impression sonore, je crois percevoir la voix du lutin privÈ qui me sert parfois díange gardien quand, dans ma vie, il pleut des chieries. Et ce prÈcieux ami me chuchote
- Cíest le Seigneur qui vous envoie ce garnement. Faites ce quíil vous dit!
Ma dÈcision est prise sur líheure.
*
**Elle a fait une crise de nerfs, líYvy livide en mordant líaffichette. Sa vie qui basculait, faut la comprendre! Et devant une telle photo, elle ne pouvait pas prÈtendre ‡ un viol. «a se voyait sur líimage quíelle se payait une royautÈ culiËre de premiËre grandeur! Son expression p‚mÈe, ses yeux chavirÈs, sa langue ‡ demi sortie, tout rÈvÈlait le grand fade bien sublime, líempl‚trÈe gÈante : dÈlices et grandes orgues! Elle rayonnait du fion, la mËre. Des centaines díhabitantes de Morbac City allaient se triturer la moulasse devant une telle photo, líenvier ‡ la mort, cette gente dame si bien dardÈe.
Elle a commencÈ par crier de dÈtresse, puis par pleurer, ensuite par me traiter de suborneur, me reprochant de me laisser flasher en cet attelage.
Mais quíy pouvais-je? Un objectif sournois, embusquÈ derriËre un store quíon croit hermÈtique, Èchappe ‡ toutes les prÈcautions. Je lui ai fait valoir que si elle restait
204 FOIRIDON ¿ MORBAC CITY
auprËs de son vieux, Áa risquait de mal tourn pour son frais minois et son beau cul si comesi bic. Elle devait síenfuir.
Elle a ÈtÈ transfigurÈe, Vyvy!
ó Avec vous, jíirai au bout du monde, aelle dÈclarÈ en nouant ses bras ‡
mon cou.
Entre nous, je ne lui !n demandais pas tant
*
**On est montÈs le plus discrËtement possib dans la dÈpanneuse, sitÙt le retour du pasteur de Pinuche. La mËre Marty a passÈ des fringL de son singe pour moins attirer líattention. se tenait tassÈe sur la banquette avant, cm Roy et moi, son feutre noir rabattu sur vitrine.
Avant de partir, elle síest penchÈe sur
rÈvÈrend qui riait aux anges au fond de so˚lerie.
ó Adieu, pauvre abruti! lui a-t-elle chu chotÈ, en Èpouse aimante qui a ‡
coeur d prendre congÈ.
Cíest le Marquis qui avait gerbÈ dans couloir, et il a remis Áa sur le trottoir. On 1í embarquÈ comme un paquet de linge sale. FÈli qui me paraissait atteindre les banlieues d g‚tisme geignait sur sa bite mordue.
Une vraie dÈroute. Seul, líimperturbabi Pinaud rallumait sa clope en conservant so sourire de vitrail.
Le gars Roy a opÈrÈ une embardÈe ‡ la sorti du village, because un chat noir traversait
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 205
rue. Il a alors fait demi-tour pour corriger le sort, sa maman díorigine mexicaine lui ayant inoculÈ le virus de la superstition. Il a dÈcrit un arc de cercle pour contourner la ville, puis est allÈ chercher la route, en deÁ‡ du ranch du cowboy suisse, prenant ainsi notre chemin de la noye au vieux et ‡ moi.
Jíai su, par la suite, que ce putain de chat noir míavait peut-Ítre sauvÈ
la vie car, bien avant quíil fit noir, líenfoirÈ de shÈrif avait haranguÈ
les habitants et mis sur pied une expÈdition de reprÈsailles pour tenter de míintercepter ‡ líaÈroport díHysterical Gold par lequel nous Ètions arrivÈs.
*
**On se met ‡ cÙtoyer les montagnes et je reconnais, au passage, la vallÈe o˘
je suis allÈ semer la voiture des tueurs tuÈs.
ó Cíest loin, la prochaine agglomÈration? míenquiers-je auprËs du valeureux conducteur.
ó Je ne sais pas.
ó Tu as de líessence?
ó Ma jauge est dÈtraquÈe, on verra.
Au lieu de míalarmer, son insouciance juvÈnile me gaillarde.
La chance sourit toujours aux optimistes.
On roule díune allure endiablÈe, enregistrant des Ècarts de direction, mordant ´ les ª talus, Ècrasant quelque bÍte rÙdeuse coyote ou chat sauvage.
206 FOIRZDON ¿ MORBAC CITY
ó
Ta famille ne va pas síinquiÈter de ton absence? fais-je au champion de formule 1.
ó
Quand ils sont pÈtÈs ‡ la maison, je fais ce que je veux.
Je bÈnis le ciel de líavoir rendu malin; ce mouflet sait que faire de sa libertÈ. Il a du chou, de la dÈtermination; ‡ son ‚ge, ce sont l‡ des dons inestimables.
La douce Ivy a la poitrine secouÈe de spasmes. Faut dire que cíest angoissant de devoir síarracher ‡ une vie douillette et honorable pour fuir dans líopprobre comme une foireuse ´ malfaitrice du plaisir ª, pute ‡
jamais classÈe monument hystÈrique.
Ce que je vais en fiche, alors l‡, je me le demande du bout de la pensÈe!
Líayant compromise, je lui dois rÈparation. Líemmener ‡ Reno pour la faire divorcer, puis líÈpouser aussitÙt aprËs? «a se passerait comaco dans la collection ´ Doigt humide ª, mais un mec qui mËne mon existence ne peut fol
‚trer dans les pÈripÈties ineptes díune littÈrature pour jeune ch‚telaine masturbÈe.
ManiËre de tuer dans líoeuf tout malentendu, je murmure ó
Vous avez la perspective díun endroit o˘ aller?
Elle secoue sa jolie tÍte.
ó
Non.
ó
Pas de famille?
ó
Mon pËre; mais il est pasteur, lui aussi, et plus rigoriste que Marty.
ó
Des frËres, des soeurs?
ó
Je suis fille unique.
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 207
Le voyage continue. On croise de trËs rares voitures sur cette route de líenfer des glandus qui foncent ‡ la fiesta de Morbac City.
ó
Comment se fait-il que tu níaies jamais pris cette route, Rantanplan?
ó
Vous savez, je suis jeune, rÈpond líartiste du volant, et mon pËre mía interdit de rouler dans le dÈsert parce quíil prÈtend que cíest dangereux.
Je file, temps ‡ autre, un coup de saveur par le petit vitrage de notre cabine, histoire de mater mes potes. R.A.S., sinon que le marquis de Lagrande-BourrÈe continue de gerber dÈsespÈrÈment agrippÈ aux ridelles de la dÈpanneuse. Les trois autres somnolent en chien de fusil. Je note la prÈsence díune b‚che que gonfle le vent de la vitesse.
ó
Tu allais faire une livraison?
Roy opine.
ó
«a peut attendre, Martien. Votre sÈcuritÈ avant tout.
ó
Tu es un bon petit gars, assurÈ-je, Áa fait plaisir de rencontrer sur sa route des garÁons aussi prometteurs. Que comptes-tu faire, plus tard?
ó
Devenir riche, Martien.
ó
Louable ambition. Et comment tíy prendras-tu?
ó
Comme il faudra, selon les opportunitÈs. Ensuite, on la boucle parce quíil fait une sacrÈe soif! Un peu lÈger de síengager ainsi dans une traversÈe du dÈsert. Líair br˚lant,
208 FOIRIDON ¿ MORBAC CITY
plein de poussiËre en suspension, nous consume la gargante.
On boulotte encore du ruban et puis le moteur se met ‡ dÈbloquer.
ó Líessence, hein? fait le mÈcanicien en culottes courtes.
ó «a y ressemble, conviens-je.
Comme on amorce une descente en lacet, il fait roue libre, ce qui est de la derniËre imprudence. Le vÈhicule prend de plus en plus de vitesse.
CramponnÈ au volant, Roy fait ce quíil peut. Mais cíest trop peu. La roue avant droite tutoie un remblai et le vÈhicule, dÈcontenancÈ, dÈcrit un tÍte-‡-queue qui nous place perpendiculairement ‡ la pente. «a tangue, on perd le Marquis, trop penchÈ pour sa restitution díalcool.
Au moins un de sauvÈ!
La tire embarde et le mÙmaque níy peut plus rien. La direction lui Èchappe; jíessaie de líempoigner, par-dessus Ivy qui braille díhorreur et se dÈbat!
Je ne sais ce que branlent mes trois compËres de líarriËre. Cíest hallucinant mais calme dans la perception que jíen ai. Toujours dans un accident : líhorreur au ralenti, teintÈe díincrÈdulitÈ, avec, au fond de ton Ítre, une espËce de confiance forcenÈe en son Ètoile.
ó Saute! criÈ-je au gosse.
Mais il ne bronche pas, paralysÈ (un vrai Ècrivain de polar Ècrirait, tu penses bien ´ tÈtanisÈ ª) par la peur. On dÈvale en bondissant. Et, brusquement, face ‡ nous: un amon
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 209
cellement de roches. De part et díautre, cíest le vide vertigineux. Finito!
Fermer les yeux? A quoi bon perdre une sÈquence pareille, quíon a tant de mal ‡ rÈaliser au cinÈma?
ó Mais saute donc, bordel! criÈ-je une derniËre fois ‡ Roy!
On va trop vite, il a immensÈment peur. Moi, je peux encore le tenter. En un milliardiËme de seconde, la terrific question me vient: ´ Que fais-tu, Ducon? Tu essaies de sauver tes os en abandonnant les autres; ou bien tu acceptes de mourir avec eux, par pure ÈlÈgance morale, parce quíun capitaine níabandonne pas la dunette quand son barlu coule comme un fer
‡repasser? ª
Jíai pas le temps de me fournir la rÈponse. Un choc atroce me dÈchire tout le cÙtÈ droit. Ma tÍte síenveloppe díune Èpaisse vapeur pourpre. Tu sais quoi, Eloi? Jíai sautÈ! Mon corps a agi sans que mon cerveau lui en ait donnÈ líordre. Ce genre de truc síappelle líinstinct de conservation.
Il me semble que je suis broyÈ. Je ne bouge pas. Níentends rien. Cependant, ce foutu vÈhicule a bel et bien percutÈ les rochers, non? Une confuse idÈe me pÈnËtre le cigare : il ne prendra pas feu puisquíil níy a plus díessence.
Jíessaie de me mettre sur le dos. Impossible! Aurais-je la colonne vertÈbrale brisÈe? Je míimagine archiplÈgique, pot de fleur ‡ vie; míman qui me branche ma purÈe mousseline par le pif et qui míÈcrËme líoignon ‡ la petite cuiller ‡ thÈ. Cela arrive bien ‡ díautres, 210 FOIRJDON ¿ MORBAC CITY
pourquoi pas ‡ moi? Si la chose míÈchoit et que je níen meurs pas, je rÈorganiserai mon existence autrement, voil‡ tout. Líhomme est conditionnÈ
de telle faÁon quíil peut TOUT accepter, TOUT subir. Il lui est mÍme possible de vivre dans sa tÍte, et seulement dans sa tÍte! Alors je soupire in petto : Ó.K., Seigneur je suis prÍt! ª
Beau, non? La soumission au destin. Líacceptation sans pleurnicherie.
Le soleil darde encore comme un dingue. Une puissante odeur díhuile me parvient. Líolfactif prime toujours chez moi. Tu sais pourquoi? Parce que le monde pue!
Allez, Sana, fais ton bilan. Jambe gauche? Je parviens ‡ la plier, donc tout níest pas zinguÈ. Bras gauche? Je líamËne jusquí‡ ma tÍte. Pied droit?
Tudieu quíil me fait mal!
ó
Tu croives que Áa va aller? gronde líorgane de BÈru.
II
vit
Je rÈponds
ó
Oui, mais je ne sais pas jusquío˘!
ó
Nítíoccupe, líessentiel du plus important cíest que Áa alle.
ó
Pinaud? questionnÈ-je.
ó
Oui? bÍle le Fossile.
Lui aussi vit.
ó
FÈlix?
ó
Y avait un gros machin lourd sur le camion qui y a ÈcrasÈ la bite!
Tu dirais un boa quíun tracteur y est passÈ dísus! On níest pas prËs díle tourner, cíputain dí film!
ó
Le mÙme?
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 211
ó
Un vrai sapajou, y sía mis en boule et il est indemnisÈ!
ó
La dame?
Je líai gardÈe pour la fin car jíÈtais certain de la rÈponse; moi et mes pressentiments, tu connais?
ó
Faudra quítu tícherches uníautí camarade díplumard, grand : la pauvrette a morflÈ lícarter dans líburlingue, et lípare-brise lía dÈcapitÈ
la tÍte.
Je ferme les yeux. Un grand froid míensevelit au fond de la misËre humaine.
13
CHAPITRE UNTEL
Une sensation moelleuse. Celle de míabandonner aux soubresauts díun plongeoir particuliËrement flexible. Je tressaute langoureusement. Un flou artificiel me sÈpare de la rÈalitÈ. Je me rassemble pour le dominer et, miracle de la tÈnacitÈ, y parviens.
Jíarrive ‡ ouvrir mes calbombes. JíaperÁois une potence supportant une poche de sÈrum terminÈe par un tuyau transparent plantÈ dans mon poignet.
Mon Èpaule est pl‚trÈe. Je gis sur un lit díhÙpital. Une forte dame platinÈe est couchÈe ‡ mes pieds, en travers de ma couche. Elle soutient ses genoux pliÈs de ses mains potelÈes, tandis que mon cher BÈru la besogne
‡ grands coups de reins mÈthodiques, ce qui imprime ‡ ma couche le mouvement de trampoline ÈvoquÈ ‡ quelques lignes de l‡. La forte personne portant une blouse blanche et empestant líÈther, jíen conclus (sans mÈrite) quíil síagit díune infirmiËre de bonne rencontre que le Mastard a sÈduite en un temps record et quíil honore de sa forte prÈsence sur ma couche de souffrance.
FOJRJDON ¿ MORBAC CJTY 213
La goulue, ‡ chaque coup de boutoir, pousse un cri qui níest pas sans rappeler celui de cette fameuse tennis-woman roumaine pour qui, toute balle renvoyÈe constitue un orgasme dont elle rend compte au stade entier ainsi quí‡ dix millions de tÈlÈspectateurs.
Ma sortie de vapes síeffectuant rapidement, je míavise que les assauts violents (et rÈpÈtÈs) du Gros entraÓnent mon lit ‡ roulettes en direction de la porte o˘ Pinaud fait le guet afin díassurer un coÔt confortable aux deux partenaires.
Cíest une grande premiËre pour moi que díÍtre en Ètat de boutoir. Je me fais líeffet díun kamikaze pris au ralenti. Voyant se pointer la torpille, CÈsar exÈcute un gracieux mouvement de torero pour Èviter la charge; malheureusement deux personnes entrent ‡ cet instant prÈcis un grand habillÈ de maigre et un gros habillÈ de police qui níest autre que líenfoirÈ de shÈrif avec qui jíai des dÈmÍlÈs. Leur mauvais sort veut que ces deux tordus pÈnËtrent dans la chambre juste comme Alexandre-BenoÓt Èmulsionne du flacon. Chez lui, líÈjaculation est typhonnante, le coup de prose libÈratoire Èquivaut ‡ la puissance díune locomotive haut le pied. Le plumard ‡ armature de fer frappe les jambes des intrus et les Ècrase contre le mur, brisant un genou du shÈrif et une cheville du grand qui líescorte.
Les amants de rencontre níont cure de leurs douleurs.
ó
I enjoy! crie la femme.
ó
Haaarrrrwouh‚‚‚ hhhpppp bongu!
214 FOIRIDON ¿ MORBAC CJTY
rÈpond le Torrentiel en dÈflaquant ‡ tout va, quíensuite Áa festonne aux barreaux de mon pucier. CÈzig, en deux giclÈes, il te dÈcore un arbre de Noel!
Son panais, quíune fabrique de prÈservatifs utiliserait comme enseigne, demeure dans toute sa vigueur et goupillonne ‡ tout va.
Magine la scËne, ArsËne : moi et mon goutte-‡-goutte dans ce lit de formule 1; BÈrurier, dont la bite dodelinante salue la foule en dÈlire aprËs exploit, la grosse infirmiËre toujours ÈcartelÈe par la jouissance et qui respire comme un alambic, Pinaud, ÈpargnÈ mais ratatinÈ dans un angle mort, le shÈrif et son compËre criant de souffrance, toujours coincÈs par mon lit! Cíest pas dans le Journal Officiel que tu peux trouver Áa!
Tu sais quoi? Líhumour primant tout, je me marre, insensible au mal qui me point. Je ris ‡míen faire pÈter les cerceaux; ‡ míen dÈbrancher le perfuseur!
Tout ce tumulte en forme de brouhaha attire du trËpe, naturliche. «a radine des quatre points cardinaux : infirmiËres, mÈdecins, hommes de peine, filles de joie, femmes de charge, garÁons de bains.
ó Cache ton piano! intimÈ-je-t-il ‡ mon pote.
Il remise son zeppelin en peau de zob dans son hangar, aide la femme comblÈe ‡ síarracher de mon lit quíil ramËne ‡ sa place initiale. TournÈ
ensuite vers la foule grondante et hospitaliËre, BÈru dÈclare, ´
benoÓtement ª
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 215
ó
Ben quoive? Quíest-ce vísíavez ‡ mídÈtroncher? Jíaidais ma‚me ‡
pousser líut pour quía pusse nettoilier en díssous. Comme y a des roulettes, jíai embardÈ et ces deux guignolets quíentrent malincontreusement! Visez-moi císhÈrerif ‡ la con, poule mouillÈe, qui bieurle commí un goret! Ah! les draupers, y sont douillets chez vous; des vrais gamines!
Le personnel síoccupe des blessÈs et les Èvacue. La grosse dame baisÈe est mandÈe illico chez le dirluche pour une mise ‡ pied consÈcutive ‡ celui quíelle vient de prendre de cette maniËre ÈhontÈe. Un docteur diplÙmÈ de partout prie BÈrurier de quitter líhÙpital. On me laisse seul avec Pinaud.
Toujours calme, le DÈbris. Doux et bÍlant, sourire misÈricordieux comme en ont les saints sulpiciens. II sort une Gitane neuve, mais je lui fais observer que nous sommes dans un hosto et quíon va le jeter síil fume.
Docile, il remet sa cousue en fouille.
ó
Prends la chaise, lui dis-je et raconte-moi les Èpisodes que jíai manquÈs pour cause díinconscience. Pour commencer, o˘ sommes-nous?
ó
A la case dÈpart, chevrote líAncÍtre.
ó
Tu veux dire ‡ Morbac City?
ó
Exactement.
Alors il dÈballe de son ton monocorde (‡ violon). Y a de líamidon dans son phrasÈ. Il cause ‡ sa botte, CÈsar. Me confirme que la malheureuse Ivy a perdu la vie dans líaccident. Que FÈlix síest ÈcrasÈ la queue ‡ environ cinquante centimËtres des couilles; perdant 216 FOJRJDON ¿ MORBAC CITY
tout espoir díobtenir le prix díinterprÈtation du film porno, son chibre ressemblant dËs lors ‡ la queue díun phoque.
Et attends, Armand; sais-tu ce qui a causÈ cette Ècrabouillassion? Líobjet lourd que transportait le petit Roy. Et devine, Hermine, ce quíÈtait ledit objet? Tu donnes ta langue? Ben donne-la! Hmm, tu viens de boire du thÈ ‡
la menthe, elle est chaude et parfumÈe!
La chose lourde en question níest autre que le banc des amoureux qui avait disparu. Cíest Petit Gibus, tout seul, qui lía chouravÈ, en fin de nuit, dans le grand dÈsert dËs potron-minet (ou potron-jacquet). Il a sciÈ sa base et hissÈ le banc sur la dÈpanneuse ‡ líaide de la grue. Il entendait le planquer pour, plus tard, ranÁonner la municipalitÈ.
Afin de ne pas se faire gauler, suite ‡líaccident, il a demandÈ ‡ BÈru et Pinuche de líaider ‡ le placarder dans le ravin (une faille propice leur a servi de cachette naturelle). Je te dis quíil arrivera, le mÙme! Dans quel Ètat, Áa je peux pas le garantir, mais un garnement de sa trempe, aux U.S.A. devient fatalement Einstein ou Al Capone.
Quant ‡ moi, jíai líÈpaule dÈmise et la chair arrachÈe de la cuisse au thorax; ce níest quíune plaie vive. Plus un traumatisme cr‚nien; merci, docteur! Huit jours díhosto en perspective; jíai gagnÈ le caneton, hein?
Baderne-Baderne puise ‡ nouveau une sËche dans sa vague. Un simple ´ tsst tsst ª de ma part la lui fait abandonner. Il est tellement distrait, le vieux lapin!
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 217
L~histoire de líinfirmiËre-chef culbutÈe? Du BÈru de la grande cuvÈe. La dame venait míexaminer pendant que mes Laure! et Hardy se trouvaient ‡ mon chevet.
Le Mammouth a voulu lui demander conseil quant ‡ la cicatrisation de son paf. Il lui a dÈballÈ le monstre, ce qui a complËtement dÈboussolÈ
líexcellente femme; líÈmoi de ladite síest accru lorsque, manipulant líobjet pour le considÈrer sur toutes ses coutures, il a triplÈ de volume.
ExtasiÈe, elle continuait de le caresser en le dÈclarant guÈri.
Mon gros opportuniste, ravi de la nouvelle, a proposÈ ‡ la dame de líÈtrenner, prÈtextant quíen qualitÈ díinfirmiËre cheftaine, elle se devait de connaÓtre les performances díune anomalie de nature que le hasard plaÁait sur son destin. Il a dÈclarÈ que Pinaud ferait le vingt-deux pendant líexpÈrience. Comment refuser une offre aussi allÈchante (mais non
‡ lÈcher, car Bella Faulk possËde une chatte trËs large compensÈe par une bouche de buveuse de ginfizz)?
La suite, tu la connais.
Maintenant, líIneffable passe aux consÈquences de líaccide. Tu parles si líenviandÈ de shÈrif fait un schproum du diable. Il voulait embastiller mes potes en attendant que je puisse líÍtre ‡ mon tour, arguant que nous avons commis un dÈlit de premiËre importance en nous faisant vÈhiculer par un enfant de six ans. Les suites mortelles de ce mÈfait vont nous valoir díÍtre dÈfÈrÈs devant le tribunal et nous
218 FOIRIDON ¿ MORBAC CITY
encourons une peine de prison, plus des dommages et intÈrÍts au pasteur, líassurance considÈrant que sa responsabilitÈ níest pas engagÈe dans ce cas díespËce. Si on y rÈflÈchit, elle nía pas tort. De plus, les parents du mÙme, contre lesquels le pasteur pourrait se retourner, níont pas un laranquÈ devant eux, la dÈpanneuse dÈtruite constituant leur seule richesse. Conclusion, Áa va Ítre pour nos pinceaux, mes frËres! Belle ÈquipÈe, non? Si tu veux avoir la photo díun authentique grand con, amËne-toi avec ton Kodak!
On nía pas fourrÈ mes potes au trou parce que líambassade de France est intervenue, mais pour ce qui est des dÈdommagements, elle níy peut rien, líambassade de France.
Et tu penses que líaffaire du plumard-torpille qui fait craquer les guiboles de la loi níajoute rien ‡ mon look.
ParaÓtrait quíil y a des Èmeutes dans Morbac City, ‡ ma santÈ! Quand líalcool du soir chauffe trop les oreilles, Áa se rassemble devant líhosto pour rÈclamer ma carcasse. La terrible image de la dame baisÈe en levrette et que je fais buter en líenlevant, mía mis la population ‡ dos, et je serai lynchÈ sitÙt que je mettrai le pif dehors. DÈj‡ que mes aminches sont lapidÈs! Heureusement, ils ont pu se loger chez Bison-BourrÈ, líIndien du motel dont un bungalow síest libÈrÈ et dont la fille a pris ces messieurs ‡
la chouette. Pour elle, la photo de ma pomme chaussant Ivy a ÈtÈ le meilleur des sauf-conduits.
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 219
Sale temps, pas vrai, mes lecteurs et trices ~Èris?
Pour me tirer díun tel mauvais pas, faudrait jíaille ‡ Lourdes ‡ genoux.
Quoique la Vierge pyrÈnÈenne níapprÈcie pas chouchouille ce genre de tribulations. Elle DrÈfËre les paralytiques.
Dans le fond, je la comprends.
14
CHAPITRE PROT…IFORME
Un coup de vape me reprenait, comme toujours quand tu es mÈdicamentÈ.
Pinuche continuait de jacter. La tchache, chez lui, cíest quelque chose de naturel síil ne dort pas. CÙtÈ bavasse, il nía jamais ÈtÈ Ètanche, le Fossile; lui en arrive toujours. Je líÈcoutais plus qui díun oeil; par instants, Áa couacait, je rempla Áais par des pointillÈs, et puis son dÈbit me rÈintÈgrait pour un moment. II disait comme quoi le petit Roy síÈtait enfui de chez lui aprËs~ la monstre rouste que lui avait administrÈe son poivrot de pËre en apprenant la destruction de sa dÈpanneuse et la mort de Mme Marty. Ce minuscule loustic qui bouffait encore de la bouillie trois annÈes plus tÙt et qui les fout sur la paille, il promettait de lui tordre le cou. Mais avant, fallait que líenfant le rembourse. Il Ètait prÍt ‡
líenvoyer dans une mine, ‡ le prostituer dans le quartier gay de San Francisco, ‡ le vendre ‡ un cuisinier ánthropophagiqueª pour Ítre cuit en vessie avec une julienne de lÈgumes; mais pour líheure, il devait Ítre plutÙt truffÈ, notre petit prodige, vu que son ThÈnar-FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 221
dier líavait ÈpoussetÈ avec une manivelle díauto, le vilain par‚tre.
Comprenant que son gÈniteur allait le buter, le mÙme, aprËs une suprÍme cabriole, avait disparu.
SacrÈ g‚chis! Quelle drÙle díidÈe jíai eue ramener ma fraise dans ce pays de barjos!
Elle commence ‡ míÈcosser la prostate, la Fouzitout, avec ses mystËres ricains et ses Ètranges relations. Dans quelles eaux troubles naviguait-elle pour que Áa dÈclenche une telle branlÈe dans le Landerneau?
Jíai fini par míendormir.
Pinaud síest retirÈ. Dehors, la fÍte a recommencÈ car líobscuritÈ tombait.
A travers ma roupille, jíavais le sentiment quíun grand malheur de nuit pesait sur Morbac City; Áa ressemblait aux prÈmices díune catastrophe naturelle quand le VÈsuve síapprÍte ‡ dÈbloquer, quíune faille va síouvrir au Mexique ou que les immeubles japonouilles vont bicher la danse de SaintGuy! Cette ángoisse subconsciente ª provenait peut-Ítre de ma souffrance, non? Lorsquíon a mal au squelette et ‡ la viande, des idÈes sinoques vous emparent.
Je geignais, probable, poussais mÍme des cris, car líinfirmieuse de noye est venue se pencher sur mon page ‡ plusieurs reprises pour míexaminer ‡ la lueur bleu‚tre de la veilleuse. Depuis líincident de sa chef trombonÈe par líEmÈrite (agricole), on me jugeait pestifÈrÈ. Ce bordel quíon venait de dÈclencher au pays des amours romantiques arrosÈes au bourbon!
Quand tu es allongÈ dans un plumard hospitalier, shootÈ de la vie courante, le temps passe
de
222 FOIRIDON ¿ MORBAC CITY
autrement. Cíest un ocÈan gris sur lequel tu flottes sans couler, comme quand tu fais la planche sur les eaux saum‚tres de la mer Morte.
Je dÈrivais sur líonde amËre quand un courant díair mía balayÈ le visage.
AussitÙt rÈveillÈ et sur le qui-vive flicard, jíai matÈ du cÙtÈ de la fenÍtre. Quelquíun venait de líouvrir depuis líextÈrieur; faut dire que líhÙpital de Morbac City est de plain-pied. Une petite silhouette caractÈristique se dÈcoupait sur fond de clair de lune de Werther. Dans le dÈsert environnant, on apercevait les ombres gÈomÈtriques des cactus formant une espËce díarmÈe bizarre, ÈgaillÈe dans líinfini.
ó
Cíest toi, Roy? ai-je soufflÈ.
ó
Yes, Martien.
Il
est venu ‡ mon chevet. DrÙlement arrangÈ le pauvret! Son papa g
‚teau lui avait ÈclatÈ une pommette, fendu une arcade souriciËre (BÈru) et ouvert une brËche dans la denture de devant, heureusement composÈe de dents de lait. Toute sa frimousse Ètait díun bleu violacÈ.
ó
Si je rencontre ton pËre, je le massacre! ai-je grincÈ (parce que dans ces instants de colËre extrÍme, je cause plus je grince).
ó
Il avait ses raisons, a rÈpondu le mignon philosophe. Cíest pas le tout, Martien, il faut que vous filiez díici illico!
ó
Tu es dingue; je suis immobilisÈ.
ó
Eh bien dÈmobilisez-vous, et rondo, Martien! Il est en train de se former une expÈdition punitive pour venir vous chercher et aller ensuite vous pendre au plus gros arbre du square. Jíai mÍme vu la corde. Vous ne connais
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 223
sez pas les mÈchants de par ici! Quand ils sont pleins de bourbon, ils pourraient aller mettre le feu ‡ la Maison-Blanche! Allons, faites un effort, je vais vous aider.
Il
a, díun geste presque doctoral, arrachÈ le cathÈter plantÈ dans une veine de mon poignet. Comme du sang pissait, il a appliquÈ un tampon díouate dessus en le tenant fortement pressÈ. Assez vite, jíai coagulÈ.
ó
O˘ sont vos habits, Martien?
ó
Je ne sais pas.
Une armoire de fer se dressait contre le mur, race au lit. Et mes fringues síy trouvaient. Un magicien, ce gosse! Jíen avais les larmes aux yeux de le voir míaider ‡ me vÍtir avec sa pauvre petite gueule saccagÈe. Parfois, líun de ses mouvements lui arrachait une plainte car son ignoble pËre líavait chicornÈ de partout. Cet enfant, Áí avait collÈ tout de suite, nous deux. Une sorte de coup de foudre rÈciproque dans líimprÈvu de líexistence.
Jíaurais voulu líemporter en Francerie, ils auraient constituÈ une sacrÈe paire, Toinet et lui. Y aurait vite eu de la voyouserie dans notre coin de SaintCloud; dÈj‡ quíon avait du mal, míman et moi, ‡ tenir les rÍnes courtes de notre poulain fougueux!
Jíai pas pu enfiler la veste, because mon epaule esquintÈe; juste une manche jíai passÈe. Pour marcher, je devais míarrÍter ‡ chaque pas, tant les calmants míavaient rÈduit en esclavage!
Roy me soutenait de son mieux. Pour francnir la fenÍtre, Áa nía pas ÈtÈ du baba au rhum, espËre! Jíen chiais comme un grand br˚lÈ quíon obligerait ‡ ramper sur des tessons de boutanches. Bon, on síest tout de mÍme retrouvÈs dehors, dans la touffeur nocturne. LíhÙpital ressemblait ‡
un motel, cÙtÈ infrastructure. Il se composait díun bloc central avec quelques pavillons satellites. Le tout commenÁait ‡ se faire vieux et les mauvaises plantes se ruaient ‡líassaut des b‚timents lÈgers. «a mía rappelÈ
une peinture de Roland Cat reprÈsentant une usine desservie par une voie ferrÈe que la nature anÈantissait sous ses verts tentacules. La vÈgÈtation plus formidablement forte que le bÈton et líacier! De quoi faire mouiller les Ècolos ‡ perruque!
ó O˘ allons-nous? jíai demandÈ, comme quoi je laissais un gamin de six berges gÈrer mon destin.
CíÈtait lui le chef! Bonaparte au pont de Lodi!
ó Chez líIndien, rejoindre vos amis, ~ Martien.
*
**Et puis alors, tu vois, cíest ‡ cet endroit que le hasard síest mis de mon cÙtÈ. Síil níexistait pas, Áa ne vaudrait pas le coup díÈcrire des romans díaction.
Comme on longeait líarriËre díhabitations au style vaguement colonial, nous avons entendu une femme qui protestait. «a se passait sous une pergola pauvrement fleurie. Et la dame disait
ó Non, non, pas sans capote, my dear (1). A cette dÈclaration succÈdait un fouissement de m‚le en rut aucunement soucieux de síaffubler díhÈvÈa pour tirer sa crampe.
Il devait gagner du terrain avec son goumi ‡tÍte chercheuse car sa partenaire a repris, deux tons plus haut
ó Jíai dit pas sans capote! Si vous insistez, jíappelle au secours.
Alors je me suis avancÈ ‡ pas de loup. Et quíest-ce que jíai vu? La grosse Mrs. Molly, qui mía pris en stop, en lutte avec le rouquin gifleur, mis groggy par BÈrurier. CÈzigue avait sa membrane dÈgainÈe et maintenait la dondon par le cou, en une figure imparable de jute-zíydíssus, cet art martial plus efficace que le bon vieux judo de notre jeunesse. De sa main libre, engagÈe entre les meules de Mrs. Molly, il balisait son futur parcours avec brutalitÈ.
La grosse trÈmulse du michard, mais, ‡ demi ÈtranglÈe, ne peut pas grand-chose pour libÈrer son bouquet de persil. Sa voix devient gras-seyante: ó L‚chez-moi, espËce de brute! Vous míaviez promis avec capote franÁaise; sans, je ne puis!
Líautre accentue ses grognements porcins. Bref, je pressens que la bonne obËse va Ítre obaisÈe ‡ cru, sans la lÈgitime protection quíune femme est en droit díexiger. Je voudrais interviendre, mais jíai líÈpaule dÈmolie et suis tout branlant de la charpente.
226 FOJRJDON ¿ MORBAC CITY
Roy me touche líÈpaule.
Je le mirage et tu sais quoi? Il me tend u bille de bois du diamËtre de mon bras.
Un bruit creux Blongggg!
Le ´ Red ª paraÓt rentrer en lui-mÍm comme une longue-vue. Le voil‡ ‡ terre Mrs. MolIy me reconnaÓt et sa reconnaissan est spontanÈe.
ó Oh! merci, merci, cher french boy. Cíest trËs gentil ‡ vous díÍtre intervenu. Ce dÈgo˚ tant garÁon prÈtendait me pÈnÈtrer sans le petit capuchon!
ó Je sais, dis-je, jíai entendu.
ó Je peux? demande Petit Gibus en tendant la main vers ma matraque improvisÈe.
Il líassure bien entre ses mains et, en un mouvement balancÈ de joueur de base-ball, file un coup gratifiant sur le blair de Ted-le-Rouge.
Puis il jette la bille de bois et dÈclare
ó Cíest lui qui a tendu la manivelle díauto ‡mon pËre quand il mía battu.
*
**
Une chose que je reconnais volontiers ai Ricains, cíest leur fantaisie.Mrs. Molly, qua:
je lui demande de repartir cette nuit mÍme Morbac City et de nous prendre ‡
son bord tous, elle bat des mains, trouve que cíest u very good idea et quíon va bien se marrer chemin faisant. Elle demande si jíai des prÈser~
vatifs de camping, je lui dis que jíen achËter~ une pleine valise au motel et, follette tout plein
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 227
lie promet de venir nous y quÈrir dans un uple díheures.
La fille de líIndien a eu bien raison de se faire ute. Elle est trop jolie pour cirer le gland díun ul homme. Moyennant dix dollars, elle se ropose ‡
qui la convoite, sans marchander son temps ni sa peine. En plus, elle possËde une technique honorable, míassure Pinaud qui vient díen t‚ter. Il a śes retintons ª, le VÈnÈrable, Áa le prend parfois, ‡ la fortune du pot.
Celui de la petite Indienne lía charmÈ.
ó
Au fait, líattaquÈ-je, tu ne mías pas dit comment nous avons ÈtÈ
secourus dans le ravin de la mort?
ó
La chance; líhÈlicoptËre du gouverneur de IíEtat est passÈ presque
‡ líaplomb de líaccident, le pilote a donnÈ líalerte par radio.
Bison-BourrÈ, le pËre de sa fille, est sorti de son coma diurne et vaque ‡
díobscures occupations. Il est ridÈ, avec les ch‚sses comme des oeillets de chaussures ‡ lacets, un pif en bec de perroquet et une chevelure coiffÈe ‡
líhuile díolive. Il porte un jean et un gilet de cuir, sans manches, ‡ mÍme la peau. Il pue la tequila rotÈe et le pet inca. Quand il parle, Áa fait comme quand on marche sur un trËs vieux parquet : des couinements; pour le comprendre, faut ouvrir grand ses baffles.
Il
se tient dans líencadrement de la piËce servant de salon au motel; comme mes hommes ne disposent que díune petite piËce pour tous, cíest l‡
quíils se tiennent car Áa fait bar. Il y a un jeu de flÈchettes et un appareil ‡ sous. FÈlix et le Marquis dorlotent leurs pÈnis contusionnÈs 228 FOIRIDON ¿ MORBAC CITY
en Èclusant de la biËre. Pinaud se balance suri rocking-chair provenant díun dÈcor de Auta en emporte le vent tandis que BÈrurier Èclu une bouteille díalcool dont líÈtiquette est pari et quíil cherche vainement ‡
dÈterminer. Je sens raide complËtement, mon Nounours.
On stagne en attendant líarrivÈe
Mrs. Molly. Cíest la jolie Indienne qui reno velle les consos, sur un simple signe de líassoif en panne. Sa robe de lin bis la moule jíose p dire comme un gant, car jíai horreur du pot piÈrisme au rabais, et puis il y a des gants i boxe ou de base-ball qui, eux, ne sont p moulants du tout.
Je me dis quíen fait, leur vie dans ce moi dÈlabrÈ, aux deux Indiens, est une image bonheur. Le temps coule sans heurts. Lui bo elle baise; un jour succËde ‡ líautre; cíest pet Ítre cela la fÈlicitÈ terrestre.
Coupant mes rÈflexions, le petit Roy pointe en vitesse. Il puisait des capotes distributeur de la rÈception, pour que no puissions combler les fantasmes de la gros plus tard. Il paraÓt effrayÈ, dit comme quoi i type et une femme sont en train de questionn líIndien ‡ notre propos. Ils viennent de pointer ‡ bord díune Cadillac Seville jaui vanille immatriculÈe en Californie. Le gars f~ au taulier une description de nous cinq tT fidËle.
LíIndien, trËs calme, líÈcoute. Peut-Ít va-t-il admettre que nous sommes dans s~ Ètablissement. Cíest díautant plus probable qí nous ne lui avons pas rÈclamÈ la discrÈtion.
La porte Ètant incomplËtement fermÈe,
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 229
couler une fraction díoeil dans líagency. La me est Èpaisse, sans go˚t ni gr‚ce, contraient ‡ celles quíon trouve gÈnÈralement dans zúuvres. Elle a un pantalon de toile qui ne
e rien de ses grosses cuisses, probablement ~iiulito-variqueuses, non plus que de sa mouiasse qui doit ressembler ‡ la bouche díun xeur noir aprËs son combat. Líhomme est costaud, porte un complet de lin noir. Il chauve du dessus et colle mÈticuleusement poils qui lui restent sur le caillou, de crainte
ëils se fassent la valise. A la boursouflure de sa veste, cÙtÈ sein gauche, je pige quíil coltine une arquebuse capable de pratiquer dans la viande humaine des trous grands comme celui díun lavabo.
«a y est! Bison-BourrÈ lui dÈsigne le salon. Le mec síavance dÈj‡, une main sur son coeur (du moins sur ce qui lui en tient lieu).
Dans un sens, je ne suis pas mÈcontent de cette occase inattendue de renouer le contact avec la bande.
ó
AcrÈ, les mecs! lancÈ-je ‡ mes potes en tas.
Cíest Èloquent pour le Mastard et Pinuche qui se dressent et, en parfaits poulardins rompus aux traditions policiËres, vont se placer chacun díun cÙtÈ du local.
Pour ma part, je choisis de me planquer ‡cÙtÈ de la lourde. Le type est dÈj‡ l‡. Sa poche gonflÈe? Tu penses! II y a un silencieux long comme le pot díÈchappement díun camion au bout du soufflant. Il entre, líarme ‡ son cÙtÈ, en vÈritable pro.
230 FOJRIDON ¿ MORBAC CITY
ó Hello! il nous lance díun ton pas tubulaire (BÈru dixit).
Je profite de ce quíil ne mía pas encore aperÁu pour dÈcocher un coup de tatane entre ses jambes quíil tient ÈcartÈes. Mais quand tíes fanÈ du haut, le bas perd de son efficacitÈ; il y a une solidaritÈ dans le corps humain qui rend tes membres presque indissociables. Au lieu de lui tÈlescoper les prÈcieuses, la pointe de ma godasse lui meurtrit seulement le michier, or, le charnu encaisse mieux les chocs que les rognons.
Il volte et tire. La secousse me projette contre le mur. TouchÈ! Je souffre comme un cinglÈ. Jíattends une seconde bastos, mais voil‡ le type chauve qui Èmet un hurlement dÈmentiel.
Tu as dÈj‡ entendu des hurlements dÈmentiaux, toi? Non? Ben je te prie de croire que Áa fait de líeffet. Le gusman est l‡, hagard, livide, ÈchevelÈ
(non, pas ÈchevelÈ puisquíil est chauve, mais síil avait des crins, crois bien quíil le serait).
On le mate, indÈcis.
Tu veux savoir, bien s˚r? Alors laisse-moi te dire quíil a une flÈchette enfoncÈe dans líoeil droit, et Áa, franchement, Áa fait un drÙle díeffet: au gars díabord, ‡ ceux qui le voient ensuite. SurrÈaliste, comme scËne.
Film díÈpouvante, genre ´ Le Monstre chie dans la vase ª. Tu sais quoi?
Petit Gibus qui a lancÈ la flÈchette. Il en tient une seconde dans sa petite pogne, prÍt ‡ crever le second lampion du mec. Cíest seulement en apercevant líobjet ‡ líem
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 231
penne rouge et verte que ce dernier rÈalise ce quíil vient de bicher dans la lanterne et quíil ne peut plus chausser ses lunettes. Díun geste fantomatique, il arrache le trait (díesprit puisquíil lía dans la tÍte !).
Du sang coule sur son visage lividien.
ó L‚chez ce putain de pistolet ou je vous rends aveugle! Cíest moi le champion des flÈchettes ‡ líÈcole! crie Petit Gibus.
Líautre, le sagouin, au lieu díobÈir ‡ líinjonction dÈfouraille sur mon petit Rantanplan, quíheureusement le coup que je lui mets au coude est mieux rÈussi que celui que je destinais ‡ ses couilles. La balle va fracasser une boutanche du bar. Cette fois, BÈru intervient.
Avec lui, cíest vite fait. Il saisit le bras du mÈchant, soulËve son propre genou et, díun coup sec, lui fait craquer le coude. Ayant hÈritÈ líarme, il passe dans la partie agency.
ó Entrez donc, chËre mahame, fait-il ‡ la compagne du borgne; et toi aussi, OEil-de-Vrai-Con. Tíes tellíment glandu quítu sírais chiche díalerter la volaille du coin!
Les interpellÈs ne comprennent pas la langue de Tapie, mais il est des gestes dont líÈloquence prime le verbe. Alors ils nous rejoignent.
Cíest líheure o˘ le Marquis lance son chant du coq. «a crÈe une diversion.
La femme bieurle en dÈcouvrant que son ami a un carreau en mayonnaise.
ó Ne vous affolez pas, lui dis-je, on fait des prothËses fabuleuses dans ce domaine; on va lui mettre un oeil de verre qui aura líair plus intelligent que líautre.
232 FOIRIDON ¿ MORBAC CJTY
Et jíordonne ‡ Pinaud de fouiller nos visi teurs du soir.
Sage mesure : la gonzesse avait un pÈtard dans la poche arriËre de son faizoche, et son mec une espËce de dague plaquÈe contre son mollet.
ó
Cíest le Seigneur qui vous envoie, assurÈ je; nous allons enfin pouvoir assainir la situa tion. FÈlix, soyez gentil: servez un verre d whisky ‡ ce pauvre homme.
Avant de síexÈcuter, le prof vient míex2 miner.
ó
Vous níavez pas ÈtÈ touchÈ? síÈtonne-t-il.
ó
Si, mais la balle de ce brave homme a ricochÈ sur líarmature mÈtallique assurant le~ maintien de mon bras ‡ líÈquerre.
ó
Vous Ítes indestructible, Antoine.
ó
Il le faut bien, cher FÈlix, quand on assu la continuitÈ díune sÈrie policiËre. Qui díautre, dans ce monde littÈraire si chichois serait sus ceptible díÈcrire des santantonios, hormis moi?
Líalcool redonne un semblant de couleurs au calvitiÈ.
ó
Il me faut líhÙpital, dit-il.
ó
«a pourra se faire quand vous aure rÈpondu ‡ mes questions.
Toujours la mÍme antienne, que veux-tu. Notre job? Des gens ‡ questionner et quíil fa souvent houspiller (sans bavures) pour les ame ner aux confidences. Cíest Áa, flic! Arrach des renseignements ‡ des Ítres nuisibles plupart du temps. Et tu ne peux pas pas outre.
FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 233
Je níai pas terminÈ ma phrase quíil laisse tomber son verre et quíil part en avant, díune masse. Sa tÍte (dont ce níest pas le jour, si je puis dire) percute líappareil ‡ sous qui se met ‡dÈgueuler des jetons, comme dans un film comique.
Le mec demeure inanimÈ kif un objet qui a peut-Ítre uneï ‚me. Est-ce du chiquÈ? Pour couper ‡ líinterrogatoire? Ou bien vient-il de nous faire une hÈmorragie cÈrÈbrale consÈcutive ‡ la flÈchette?
Je le retourne, palpe son cou. La carotide ne raconte plus rien. MÍme silence de la poitrine. Alors l‡, notre position cacate pour tout de bon et ce níest pas mon ambassadeur qui pourra nous ouvrir un pÈbroque suffisamment large. Míest avis que le fameux directeur de la police parisienne va aller faire de la reliure ou du rempaillage de chaises dans les geÙles de líUtah!
Je me redresse et cherche la grosse femme des yeux. Mais elle síest ÈclipsÈe discrÈtos, la garce. Je passe dans le bureau, dont la porte donnant sur líextÈrieur bÈe. Plus de Cadillac couleur vanille!
L‡, jíai les meules en serre-livres! On lía dans le Laos, comme dirait le prince Souphanouvong. Un meurtre vient de se perpÈtrer, on pourra toujours plaider la lÈgitime dÈfense.
Je suis accoudÈ ‡ la banque de la rÈception (avec mon coude valide) et je rÈflÈchis. Une sorte de priËre muette sort de moi. Líimploration va ‡
FÈlicie qui me sert frÈquemment díinterprËte quand je nÈgocie avec le Seigneur:
234 FOIRIDON ¿ MORBAC CITY
´ Míman, arrange-moi ces bidons de merde! Envoie-moi une idÈe, je tíen conjure. On ne va pas se laisser poirer comme des malpropres! ª
La porte síouvre sur líIndienne qui vient de dÈfoutrer un reprÈsentant en machines agricoles (Mortimer Johnson, de Denver, mariÈ, trois enfants, une vieille maman ‡ charge).
Elle me sourit malicieusement car je lui plais. Je ne te dis pas Áa par vantardise mais parce que cíest la vÈritÈ. Elle mouille du regard en me visionnant, ce sont des choses qui arrivent, moi quand je regarde une photo de Mmc Weill, cíest pareil.
ó
«a nía pas líair díaller, remarque-t-elle devant ma mine gravissime.
ó
Jetez un oeil l‡ ‡ cÙtÈ, ma princesse inca, conseillÈ-je.
Elle.
Puis, revenant ‡ moi
ó
Quíest-il arrivÈ ‡ cet homme?
A quoi bon finasser? Je lui raconte. Tout.
Elle me dit
ó
Roy va Ítre enfermÈ dans un pÈnitencier pour mineurs.
Je suis sensible ‡ la peine que cela paraÓt lui causer.
ó
Partez tous! dÈcide-t-elle.
ó
Et le cadavre?
ó
Emmenez-le et dÈbarrassez-vous-en quelque part, les coyotes seront tout contents.
ó
Mais votre pËre sait la vÈritÈ!
Elle hausse les Èpaules.
ó
Je vais lui faire boire une bouteille de rye, il la cuvera et, au rÈveil, je vous fous mon billet
FOJRIDON ¿ MORBAC CITY 235
quíil aura tout oubliÈ. Il est toujours ivre, cíest ‡peine si, certains jours, il se rappelle encore son nom!
Pour la remercier, je lui roule une pelle ‡ lui en bouffer les amygdales.
Et líaction se dÈclenche. Une ruche! FÈlix et son protÈgÈ ‡ particule sont chargÈs de poivrer Bisoh-BourrÈ. Comme la mËre Molly rapplique, je la branche sur BÈru qui va lui montrer son gros pollux dans le bungalow 2 bis.
Pendant ce temps-l‡, Pinuche et ma pomme allons installer le cadavre du flÈchÈ dans le vaste coffiot de sa bagnole. Cíest le seul mÈrite que je reconnaisse aux bagnoles ricaines on peut transporter des cadavres ‡ leur bord sans avoir ‡en replier les jambes. On le bourre dans le fond et on installe nos bagages par-dessus le corps.
Depuis le bungalow number two bis, la gentille vachasse brame ‡ líamour, because líinsatiable lui dÈmantËle le centre díaccueil avec sa rapiËre de troglodyte.
*
**Cíest en route que notre conductrice lance une clameur de louve-cerviËre dissipant les somnolences, avivant les inquiÈtudes.
ó
Quíy a-t-il, Molly? interviens-je.
Elle freine ‡ mort, stoppe et se comprime la poitrine, mais on entend cogner son coeur entre ses doigts.
Elle murmure
óLui!
En dÈsignant BÈni du menton.
236 FOIRIDON ¿ MORBAC CITY
ó
Quíai-je-t-il fait? demande 1í comprenant quíil est en question.
ó
Vous míavez prise sans mettre de pres vatif! Votre membre est si gros que je níai pi pensÈ que cíÈtait un sexe!
ó
Quíest-ce a raconte?
ó
Elle dit que tu lías baisÈe sans capote Cíest une dame qui ne badine pas avec sa sant
Alexandre-BenoÓt pouffe de rire.
ó
Et o˘ ce quía voudrait-elle que jítrouvas des capotes ‡ ma pointure? DÈj‡ assez dímai trouver des chattes!
ó
Quoi? se tourmente la grosse Molly.
ó
Il assure quíil est sÈronÈgatif, mens-je. Il fait un test la semaine derniËre et nía pas eu rapports sexuels depuis.
Dans le fond, les individus ne demanclen quí‡ Ítre rassurÈs.
ó
Dieu en soit louÈ! dit-elle.
Et nous repartons.
Une fois encore cíest la fameuse route dÈsert, jonchÈe des voitures que nous y semons. JíespËre que cette fois nous pourrons la parcou tir entiËrement.
La vaste limousine pue líalcool et la sueur. A líarriËre, le Gros, FÈlix, le Marquis, plus le mÙme Roy qui est allongÈ sur le plancher roupille de tout son vaillant petit coeur. Jíoc cupe la banquette avant avec Pinuche qui demandÈ la permission díenflammer une tige Chose surprenante, il ne dort pas. Parfois, entre deux exhalaisons de fumÈe, il me chuchote quíil va falloir penser ‡ nous dÈbarrasser du copain de líarriËre. Comme si je líoubliais!
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ó
Cíest loin, Salome? demandÈ-je ‡ notre grosse docile.
ó
Encore un couple díheures.
Donc, tien ne presse, jíai le temps de piquer un tout petit somme, vu que líÈpuisement me mine.
ó
Si tu aperÁois un endroit propice, alerte-moi, dis-je ‡ Pinaud.
ó
Sois tranquille, mon petit.
Alors son petit dort. Et quand il síÈveille, cíest pour constater que nous sommes arrÍtÈs devant une superbe maison style śi-Áa-mísuffisait-pas-ce-serait-malheureux ª. Tout ce quíon peut conjuguer aux States comme luxe frelatÈ se trouve rassemblÈ. Un vrai musÈe du mauvais go˚t tapageur.
ó
Nous sommes arrivÈs! gazouille notre hÙtesse.
Tout le monde pionÁait dans la tire climatisÈe. Le pËre la Guenille me coule un regard de Christophe Colomb qui aurait dÈcouvert líÓle de la CitÈ
en croyant que cíest líAmÈrique.
ó
Merci! grincÈ-je. Ma confiance Ètait bien placÈe.
L‡-dessus, sort de la maison un couple de Noirs qui ont líair díavoir tournÈ dans Dynastie.
ó
Hello, Scott! Hello, Dolly! lance la primesautiËre. DÈchargez les bagages, je vais voir pour rÈpartir les chambres.
Le gros Noir en veste blanche síavance jusquíau coffre.
ó
Non! lui lancÈ-je-t-il si fÈrocement quíil a le mÍme sursaut que son arriËre-arriËre-grand-
238 FOIRIDON ¿ MORBAC CITY
pËre lorsquíun cobra lui avait mordu la bite pour le dÈguiser en poste ‡
essence.
ó
Laissez! fais-je, nous avons des choses terriblement fragiles que nous sortirons nous-mÍmes de la malle. Allez aider votre maÓtresse!
On a beau tutoyer le vingt et uniËme siËcle aprËs JÈsus-Christ, un Noir en livrÈe obÈit encore; les deux larbins rentrent donc dans la somptueuse demeure.
ó
Síagit de se manier la rondelle, mes frËres! dÈclarÈ-je. Nous descendons les bagages fissa, ensuite BÈni et le Marquis partent avec la bagnole et essaient de trouver un coin idÈal pour se dÈbarrasser du julot.
Je dirai ‡ la vieille que vous Ítes allÈs acheter des cigarettes. Je compte sur ta sagacitÈ, Gros, car moi, avec mon handicap, je suis bon ‡ nib.
Rien de plus suffisant que BÈrurier quand tu líinvestis díune mission de confiance.
ó
Caille-toi pas la laitance, grand, jíferai commí si císírait toi!
Il
dÈmarre ‡ la Senna, traversant un parterre díorchidÈes polyvalentes pour aller plus vite.
15
CHAPITRE BISEAUT…
Elle veut absolument quíon síinstalle chez elle pour quelque temps, la Mrs.
Molly. Díune certaine faÁon, Áa arrangerait pas mal nos bidons. On a intÈrÍt ‡ se faire oublier un peu dans cet Etat, du moins pendant deux ou trois jours; le temps de laisser Morbac City ne plus penser ‡ notre tumultueux sÈjour. Du reste, moi, avec mon Èpaule naze, faut que je me rÈemboÓte dans le calme et une relative sÈrÈnitÈ.
Tu sais quíon est bien, dans le luxe, mÍme síil est de trËs mauvais go˚t?
AffalÈ dans un horrible et moelleux fauteuil, avec un bloodymary dans ma main valide, je míabandonne ‡cette trouble dÈtente qui succËde aux moments tragiques.
Elle est vachtÈment aux as, Molly. Sa demeure (piscaille, tennis, sauna) est contigue ‡sa fabrique de salaisons, laquelle est vaste comme trois hangars du Concorde. Il passe des bouffÈes de porc dans cette fin díaprËs-
midi. Taty me promet une visite de líusine pour demain, ce qui me comble díaise, rien níÈtant
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plus rÈjouissant que de voir Èlectrocuter, gner, puis dÈbiter des cochons.
Cíest l‡ un spectacle dont on ne se lasse pas.
Une plombe síÈcoute avant que BÈni et le Marquis rÈapparaissent. Notre hÙtesse níest nullement inquiËte pour sa tire car elle en a six autres, dont la nouvelle Ferrari 456, dans son vaste garage.
Líair profondÈment jubilatoire du Gros míincite ‡ líoptimisme. II me cligne de líoeil comme un gyrophare et donne des bourrades complices ‡ Jean-Ferdinand de Lagrande-BourrÈe.
Comme apÈritif vespÈral, il rÈclame du vin Scott, le valet, va chercher une bouteille de Cheval Blanc dont il lui sert un verre; mais Alexandre-BenoÓt a besoin díassurer ses arriËres et lui arrache le prestigieux flacon des mains pour le placer entre ses jambes.
ó Va plumeauter, mec! fait-il au domestique. Si jíaurais bísoin dítoi, jísifflererais dans mes doigts; comme Áa, tu voyes?
Et de lancer un coup de sifflet díapache 1900 qui fait sursauter la coterie.
ó Epatante, votí tire, fait-il ‡ líhÙtesse. Traduis-síy quíest-ce quí
jídis, grand. Faut la prÈviendre qu jíIíai ÈcornÈ líaile avant et quíla portiËre a morflÈ aussi, peut-Ítre les deux si on rígarderait díprËs.
Lípare-chocs en a pris un coup, mais jíai pu lírÈcupÈrerer, et comme il est pliÈ en deux, jílíai mis dans lícoffí avec les plaques de matriculation.
Rien díbien graví au demeurant. Lí pot díÈchappíment a restÈ suí Ií
pavíton, mais chez Midas Áa vaut trois francs six FOIRIDON ¿ MORBAC CITY 241
sous. Faudra pítíÍtí quíÈ fasse vÈrifier le parallÈlismí, ‡ cause dí la roue voilÈe, on níest jamais trop prudent. Et du temps quílí garaco síra en piste, y dívrait changer la calande; sinon, jí croive que cíest tout. Ah!
non, tiens, víl‡ la poignÈe díla portiËre qui mía restÈ dans la main.
Il
líextrait de sa poche et la dÈpose sur une table basse o˘ elle devient objet insolite, donc artistique.
ó
Que tíest-il arrivÈ? grondÈ-je.
ó
Les pompelards, grand; les pompelards:
plein cadre, dímande ‡ monseigneur líMarquis. Juste quíon síengageait suí
líavínue, víl‡ ces grands cons qui dÈbouchent et nous bigornent, ‡ nous envoilier dinguer contí un arbí. Tísais quíy sísont mÍme pas arrÍtÈs? Cíest des fauves, dans cípays, les gens.
ó
Et le... le copain?
ó
Ah! lui, y nípouvait rien y arriver díplus grave. La merde, cíest quíavait plus dícouvercí au coffre et químísieur sítrouvait ‡ líair libí.
Dans un sens, Áa nous a aidÈs biscotte on nípouvait pas sípermettí de traÓner en ville cornac. Alors que fais-je-t-il? Jívoye líusine ‡cÙtÈ avíc juste une barriËre rouge et personne dans la guitoune du gazier chargÈ de la lever. Moi, sans baragouiner, je líembugne, au point o˘ on en Ètait! On arrive vers un entrepÙt de líusine. Deux trois mecs allaient fermer. Y,a un qui ríconnaÓt la tire de MÈmËre, car líusine y appartient. Un physionomiste, ce mec, dans líÈtat quíest la brouette maintínant. Jíy fais signe quíon vient placarder líbolide dans líentrípÙt; lui il síen torchait le recteur. Les mecs
242 FOIRIDON ¿ MORBAC CITY
síen va. Jírentí et tu sais cídont on síaperÁoive? Une fabrique dícharcutrerie en gros, un peu comme Olida, voil‡ cíque cíÈtait, líusine.
Du coup jípars ‡ fureter avec límarquis díMoncul. Et cíest lui quía trouvÈ
la soluce pour flotí macchabí. On lía dessapÈ et balancÈ dans la broilieuse qui fait la chair ‡ saucisses un engin plus mahousse quícíte piËce! En vingt sícondes, cítordu Ètait bon ‡ tartiner suí du pain dímie.
Telle est líoraison funËbre de líinconnu chauve ‡ líoeil crevÈ.
ó
Ses fringues? questionnÈ-je.
ó
Y a un incinarrateur dans líusine.
II
attend que la belle Molly se rende ‡ líoffice pour dÈcider du repas du soir avant de vider ses poches.
ó
Tiens, jíy ai taxÈ son larfouillet, son stylo, sa montre et sa plaque du F.B.I.
Le coup passa si prËs que la totalitÈ de mon adrÈnaline sortit en force de mes capsules surrÈnales. JíÈprouvai quelque chose qui ressemblait tellement
‡ un spasme coronarien que ce dut en Ítre un.
PloyÈ en deux, je pris mon coeur comme díordinaire je prends mon courage, cíest-‡-dire ´ ‡ deux mains ª.
Pendant un laps de temps que je ne pus estimer car il variait entre une fraction de seconde et un siËcle, je crus sÈrieusement que jíallais mourir.
ó
Antoine! síÈcria le professeur FÈlix, alarmÈ
FOJRIDON ¿ MORBAC CITY 243
Mon malaise se dissipa. Je pris la bouteille de vodka ayant participÈ ‡ mon bloody-mary et míoffris une rasade qui abaissa de cinq centimËtres le niveau du flacon, mais remonta de dix mon moral.
ó Sa plaque du F.B.I., murmurÈ-je, comme un paysan dit líendroit o˘ il a planquÈ le magot avant de clamser.
Ma voix Ètait p‚le, inaudible.
ó On a fait disparaÓtre un gars du F.B.I.! repris-je pour donner un gros serti noir ‡ la funeste rÈalitÈ.
ó Et alors? objecta le Gros. Quíy soive flic du F.B.I. ou berger landais, o˘ est la diffÈrence?
ó Le tout-puissant F.B.I. ne se mobilisera jamais pour retrouver le meurtrier díun berger landais, grand con! On est fichus, archifoutus!
Laisse-les nous retrouver et ce sera líÈquarrissage gÈant! La femme qui accompagnait ce type a dÈj‡ filÈ notre signalement et tout racontÈ par le menu.
BÈru hoche le chef:
ó Si elle aura tout bonni, mec, cilí a dit que cíest címorpion quía flÈchÈ
son pote. Nous, on ne lía pas scrafÈ. Et on Ètait en Ètat díÈligible dÈfense puisquíy vínait dítí dÈfourailler contí.
Je considËre avec effroi le petit Roy lovÈ sur un canapÈ et qui dort comme un ange.
Que faire pour nous tirer de l‡, tous?
Logiquement, un auteur moyen clorait son chapitre sur ce point díinterrogation, histoire de filouter son lecteur. Lui donner un pítit canapÈ au suspen~e pour tromper sa faim. Mais Sana, 244 FOIRIDON ¿ MORBAC CITY
lui, nía pas ‡ user de ce genre díartifice. Il dÈploie toute sa voilure et fonce.
Si les gens du F.B.I. se sont lancÈs dans cette affaire Fouzitout, en ne nÈgligeant aucune de ses ramifications, cíest parce quíelle est trËs grave.
Dans cette honorable maison, on níefface pas les gens ‡ tout berzingue comme cela vient de se produire. Une petite fantaisie de temps ‡ autre, quand vraiment Áa merde trop, je ne dis pas; mais ce genre díhÈcatombe systÈmatique nía pas cours chez eux. Conclusion, je dois co˚te que co˚te percer le secret de la mËre Martine pour pouvoir disposer díune mornifle díÈchange!
Jíexamine les fafs de líagent dÈguisÈ en p‚tÈ. Je lis Witley Stiburne.
Importateur. NÈ ‡ Port-land (Oregon) le 18 mars 1945. DomiciliÈ 1111
Connection Boulevard ‡ Los Angeles.
Sa plaque du F.B.I. porte le numÈro 6018. Son permis de conduire a ÈtÈ
dÈlivrÈ ‡ Portland. Il dispose díune carte de crÈdit de líAmerican Express.
Son portefeuille recËle en outre la photo díune trËs vieille dame ‡ cheveux blancs (sa mËre ?), une carte díabonnement ‡ un fitness de Los Angeles et un millier de dollars.
Jíapprends tous ces renseignements par coeur et, lorsque je suis bien certain de les avoir mÈmorisÈs, je br˚le le tout (dollars compris) dans la cheminÈe, momentanÈment Èteinte, de Mrs. Molly.
Cela fait, je mobilise de nouveau mon cerveau exceptionnel afin de b‚tir un schÈma de nos activitÈs trËs prochaines.
«a vient gentiment, comme se prÈcise le
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motif díune tapisserie entre les mains díune brodeuse.
NaguËre, je me trouvais dans un T.G.V. Síyí trouvait, assise en face de moi, une dame agrÈable, entre deux ‚ges peut-Ítre, mais toujours comestible et qui brodait. On ne voit plus de brodeuses dans les transports publics.
Le spectacle mía Èmu, et vaguement peinÈ, sachant quíon ne peut broder et se montrer bonne baiseuse. Pour vÈrifier, jíai tentÈ de lui faire du pied.
La salope a changÈ de place. Situ ne veux pas Ítre cocu, Èpouse une brodeuse et va te faire pomper le noeud chez des pros.
*
**A líaube aux doigts díor, Molly entre sans frapper dans ma chambre.
En la reconnaissant, je fais la grimace car je prÈfÈrerais, ‡ cette heure-l‡, bouffer des croissants chauds plutÙt que le frigounet de la dame, quand bien mÍme il est chaud aussi!
Mais ce níest pas la bagatelle qui líamËne.
Elle est crispÈe, ce qui est malcommode pour une obËse. Me demande, la voix ch‚trÈe