ENQUÊTE SUR GAMORR
Barbara Hambly
13 ap. BY
Barbara Hambly est l’une des auteurs les plus anciennes de l’Univers Étendu. Auteur de deux romans, Les Enfants du Jedi et Planète du Crépuscule, parus respectivement en 1995 et 1997, elle a également écrit trois nouvelles.
Enquête sur Gamorr est parue en Août 1997, dans le quatorzième numéro du Star Wars Adventure Journal, avant d’être plus tard publiée dans la rubrique Hyperespace du site officiel. Elle se déroule 13 ans après la Bataille de Yavin, après les événements relatés dans Les Enfants du Jedi.
Échouée sur Gamorr au printemps, Callista Ming fait partie de l’équipage du Zicreex. Alors qu’un autre membre d’équipage est accusé de meurtre, tout l’équipage est fait prisonnier par un vil seigneur du crime. Callista réussit à persuader la femme du défunt de lui confier l’enquête.
Titre original : Murder In Slushtime
Il y avait des endroits dans la galaxie plus désolant que la planète Gamorr au printemps. Callista Minghad en avait même visité certains.
Kirdo III, par exemple, avec ses basses températures printanières, et absolument rien à faire entre les tempêtes déferlant à quatre cent kilomètres à l’heure à part regarder les habitants des dunes attendre que des limaces grimpent dans leur bouche.
La planète-déchetterie de Shesharile VI, quand les premières chaleurs du printemps catalysent les bactéries dans les conduites d’eau usager du sous-sol.
Kessel, à n’importe quel moment de l’année.
Mais Gamorr au printemps, c’était tout autre chose.
— Toujours aucune accalmie ?
Callista descendit trois quarts des escaliers en métal qui connectait les ponts inférieur et supérieur du cargo Zicreex, puis sauta en toute légèreté par-dessus la balustrade pour atterrir à la surface du pont inférieur.
Jos, l’ingénieur du vaisseau et seul autre humain faisant partie de l’équipage, émergea du dessous de la console où il était en train d’extraire des lamelles de moisissure qui avait poussées pendant la nuit.
— Non, répondit-il.
— Et toujours aucune nouvelle de Guth ?
Callista jeta sur le siège du capitaine un morceau de moisissure qu’elle avait décollé des murs de sa cabine. Le capitaine Ugmush avait suggéré du fug pour le dîner ce soir-là, afin de profiter de leur présence sur son monde d’origine. Elle disait qu’il n’y avait rien de tel que la bonne vieille moisissure de chez soi.
— Non, dit Jos à nouveau avant de retourner à sa tâche.
Lorsque Callista avait commencé à travailler sur le Zicreex, elle s’était dit que la morosité inexpugnable de Jos provenait du fait qu’il était esclave sur un cargo appartenant à un gamoréen – de quoi désespérer n’importe qui. Cependant, après six mois, elle en était venu à la conclusion que l’ingénieur mince au visage balafré aurait été morose même s’il avait été le monarque indépendant de la Planète Plaisir dans le système Purple, l’un des coins les mieux approvisionnés et les mieux fréquentés de la galaxie. Elle ferait tout son possible pour le libérer avant qu’elle-même ne change de lieu de travail, mais elle doutait que cela ferait la moindre différence.
Alors que Callista marchait en direction du sas pressurisé pour aller admirer la neige fondante qui reposait entre le Zicreex et les murs du repaire clanique de Nudsktuch, Jos ajouta :
— Le temps devrait s’éclaircir dans une semaine ou deux. La Foire de Bolgoink commence demain. Celle de Jugsmuk, quant à elle, commence la semaine prochaine, et accueille les commerçants venant des quatre coins du continent. Nous pourrons nous ravitailler et partir dans dix jours.
Jos ne semblait pas particulièrement enthousiaste, que ce soit sur le début de la saison des foires ou à la perspective du départ. Callista atteignit la parcelle externe du sas et s’appuya contre le chambranle du sas, une sombre brise soulevant ses longs cheveux bruns. Tout autour du Zicreex, la zone d’amarrage de fortune était inoccupée et en majorité inondée. Peu avenante, Gamorr au printemps était tout de même préférable à l’emprisonnement dans un croiseur impérial abandonné, où tout individu devenait une conscience désincarnée dégénérant en rien de plus qu’un fantôme. La liberté avait coûté à Callista son affinité avec la Force – le cœur même de sa personnalité de Chevalier Jedi. Elle lui avait également coûté d’autres choses aussi.
Mais pourtant, pensait-elle en touchant le sabre-laser qui pendait à sa ceinture, c’était bon d’être libre.
Le capitaine Ugmush émergea des bois, un grand sac de moisissure sur le dos, et deux des trois verrats qui constituaient l’équipage du cargo gamoréen trottant docilement derrière elle. Le troisième, le mari d’Ugmush, les suivait, guidant patiemment un groupe de snoruuks en direction de la rampe du vaisseau, un exercice qui pouvait prendre le reste de l’après-midi. Ugmush, une truie d’âge moyen portant un anneau nasale et resplendissante d’une gloire acquise sur d’autres mondes, grimpa le long de la rampe d’une démarche grossière. Ses longs cheveux étaient teints en rose et une demi-douzaine de morrts – un parasite gamoréen qui infestait le Zicreex – grimpait le long de ses bras, de sa poitrine et de son cou.
— Ce soir, on a du ragoût, dit-elle à Callista en se débarrassant du tentacule de moisissure qui s’était glissé hors de son sac pour tenter de s’agripper à son cou.
— Je t’apprendrai à faire.
À cause de la difficulté qu’éprouvaient les gamoréens à parler le basique, Ugmush portait un multi-linguistor autour du cou, un appareil qui fournissait une interprétation presque juste de ses mots par l’intermédiaire de la voix de l’holostar Amber Jevanche.
Elle tâta les côtes de Callista.
— V’lch maigrichonne, ajouta-t-elle sur un ton réprobateur – le traducteur ayant échoué à trouver la traduction du mot qui désignait une truie célibataire.
— Pas trouver mari, toute maigrichonne. Morrts peuvent pas vivre sur maigrichonne. Nourris-toi. Fais…
Le multi-linguistor trouva une autre traduction appropriée en basique, et prononça le mot dans un son grêle. Ugmush contracta ses biceps et ses pectoraux pour illustrer ses propos.
— Gweek ? Tu connais ?
Elle retira l’un des petits parasites de ses cheveux, et le tendit au-dessus de son épaule où il pourrait mieux vivre. Sa chair pâle et jaunâtre était jonchée de croûtes provoquées par leurs morsures.
— Gweek. Bon mari ; deux tuskers ; neuf morrts. (Elle frappa sa poitrine fièrement). Gweek.
— Gweek, répéta Callista d’un ton grave.
Au cours de ses voyages à bord du Zicreex, Callista avait appris le gamoréen, une langue impossible à maîtriser pour quiconque tenait à sa dignité.
— Semaine prochaine, foire de Jugsmuk. Acheter de la nourriture.
Ugmush saisit une poignée de moisissure qui tentait de glisser hors du sac et l’enfonça au fond.
L’un des verrats tuskers, le membre le moins important de l’équipage qui passait son temps à suivre Ugmush de près, se renfrogna en entendant le mot Jugsmuk, et fit remarquer en gamoréen :
— Foire de Bolgoink demain.
Les yeux écarquillés, il ajouta :
— Voir Guth combattre au tournoi.
Ugmush pivota en émettant un couinement féroce et lui asséna une tape qui la projeta contre le mur. Les mots qu’elle lui dit furent prononcés avec une telle vitesse et un tel volume sonore qu’ils étaient incompréhensibles pour Callista, qui ne pouvait comprendre le gamoréen que lorsqu’il était parlé lentement et distinctement. Néanmoins, elle parvint à saisir le nom du repaire clanique de Bolgoink, ainsi qu’un tas de phrases catégoriques, avant que le capitaine grimpe le long de l’échelle en métal jusqu’au pont supérieur du vaisseau.
Le tusker se leva, frottant sa mâchoire avec une expression qui relevait plus de l’anxiété que de la colère. Il se tourna vers Callista en attente d’une explication.
— Guth frère d’Ugmush, dit-il. Guth un des nôtres. Pourquoi pas voir lui combattre ?
En basique, Callista répondit dans sa tête :
Parce qu’elle sait qu’il va mourir.
Une série de couinements et de cris provint de l’extérieur. Callista se retourna, surgit du sas pressurisé, les deux tuskers la suivant et passant leurs têtes à travers l’ouverture de telle sorte qu’elle ne pouvait refermer la porte. Un verrat était en train de courir à toute vitesse à travers la zone d’amarrage inoccupée et trempée, les genoux et les bras battant l’eau des flaques montantes et éclaboussantes. Callista hurla « Guth ! » en le reconnaissant, et les tuskers, voyant le jeune frère de leur capitaine farouchement poursuivi par au moins une douzaine de verrats armés, émirent des rires moqueurs, attrapèrent leurs armes, et dévalèrent la rampe en se précipitant à sa rescousse. Un moment plus tard, Ugmush apparut, un bâton de combat dans une main, et un blaster dans l’autre, ouvrant le feu sans attendre.
Comme la plupart des gamoréens, elle était terriblement mauvaise au maniement du blaster. Le rayon de plasma bouillant heurta la surface de l’eau boueuse, produisant de la fumée, et Callista, effrayée à l’idée l’échangeur thermique du Zicreex soit victime d’un tir perdu, dévala la rampe à son tour. Il n’y avait pas si longtemps, ils avaient été isolés sur Travnin pendant deux semaines à cause des fusillades d’Ugmush, et elle n’avait pas prête d’y retourner.
Callista hurla « URRSH ! » de toutes ses forces – le mot gamoréen qui voulait dire « stop ! » – tandis qu’elle distançait sans difficultés Ugmush et son équipage. Elle détacha son sabre-laser en pleine course et l’activa dans un éclat de lumière jaune scintillante. Guth la croisa quelques secondes avant que les verrats ne puissent l’attraper ; elle sectionna les têtes en acier de deux hallebardes et d’un bâton de guerre, et creusa une entaille fine et fumante dans le bras du verrat qui semblait être leur leader. À sa grande surprise, les verrats cessèrent leur attaque – elle avait déjà vu des gamoréens s’en prendre à des vibrodroïdes sans même penser à leur propre vie – et le moment d’après, elle pivota en brandissant son sabre-laser devant Ugmush qui s’apprêtait à se jeter sur les attaquants.
— Recule !
Ugmush s’arrêta net, projetant de la boue en avant.
— Pose ton arme à terre ! dit-elle d’un ton autoritaire.
Elle tenta à nouveau de contourner Callista, mais cette dernière se mit de nouveau en travers de son chemin, maintenant son sabre-laser à mi-hauteur.
Les verrats de l’équipage du Zicreex se heurtèrent les uns aux autres et s’entassèrent dans le dos d’Ugmush. Il fallut quelques minutes pour que tout le monde se remette en position, tandis que Guth restait près de Callista, essoufflé par sa course.
— Quel est le problème ? demanda-t-elle en gamoréen. Qui sont-ils ? Pourquoi es-tu revenu ?
— Besoin d’aide, grommela Guth en un gamoréen rudimentaire. Vrokk. Le tournoi…
— Tu as combattu Vrokk ?
Le jeune verrat n’avait pas l’air d’un gamoréen qui venait d’affronter le verrat clanique et le seigneur de guerre de plus redouté et le puis puissant du sud du continent – certainement pas le genre de combat à mort que les verrats livraient lorsque l’un d’eux en défiait un autre pour le droit d’épouser une truie en chef.
— Gagner le droit d’épouser Kufbrug ?
Ugmush bouscula Callista pour prendre son frère dans une étreinte qui aurait brisé les os d’un humain. Pendant un moment, ils frottèrent leurs nasaux et se léchèrent le visage en signe de salutations, puis Ugmush demanda :
— Vrokk mort ?
— Vrokk mort.
La voix de Guth était très calme et ses yeux bleus irradiaient la peur. Il indiqua d’un geste les verrats armés qui l’avaient poursuivi. Certains portaient un insigne que Callista reconnut comme étant celui de Rog, seigneur de guerre de Nudsktuch, et d’autres portaient un tabard bleu sombre caractéristique du Clan de Bolgoink.
— Pas de combat, dit Guth. Meurtre. Ils m’accusent.
En route pour Bolgoink, Guth expliqua du mieux qu’il le put la gravité de la situation.
— Bataille bien. Combat bien. Meurtre mal.
Cela avait du sens, se dit Callista. Les combats incessants que se livraient les verrats gamoréens assuraient que seuls les plus forts pouvaient s’accoupler, le ratio de truies étant approximativement de dix contre un par naissance. Le meurtre était contre les règles. Le meurtre permettait la survie du plus faible, pas du plus méritant.
Le seul problème était que les autorités semblaient avoir l’impression qu’Ugmush et son équipage avaient eux aussi quelque chose à voir avec le meurtre.
« Espèce d’idiot, j’étais ici ! » Ugmush avait crié sur leur capitaine. « Comment je pourrais faire un meurtre si j’étais là ?! »
Le verrat avait pesé la question pendant un moment, profondément perplexe. « Rog, frère de Vrokk dire meurtre depuis vaisseau, » avait-il dit enfin. « Vous dans vaisseau. Vous tous dans vaisseau. Rog veut vengeance, sur Guth, sur tout le monde. Vous tous mourir. » Bolgoink était situé au milieu de vastes champs, forêts et pâtures. C’était une forteresse murée remplie de tours en pierre et de longues bâtisses, entourée d’un village assez grand, lui aussi entouré de murs de pierre. De l’autre côté des portes, des marchands en provenance d’autres clans établissaient leurs tentes en vue de la foire de Bolgoink, mais un silence gêné pesait sur la place, et alors qu’elle marchait d’un pas lourd entre les tentes de fortune, Callista remarqua plusieurs truies chargeant des marchandises et des ordures à bord de leurs wagons et de leurs brouettes, en préparation pour le voyage jusqu’à Jugsmuk. Vrokk avait été un seigneur de guerre très puissant. Un nombre trop important de seigneurs de guerre attendaient de voir ce qui arriverait après sa mort.
La garde du domaine, dirigée par un verrat mince mais néanmoins profondément marqué, les accueillit aux portes de la forteresse. Guth murmura dans l’oreille de Callista :
— Lugh. Seigneur de guerre en second.
Callista remarqua tout à fait que le regard du verrat mutilé suivait Guth d’un air suspicieux et haineux. Elle se demandait si Lugh avait déjà envisagé de défier la puissance de Vrokk lui-même, ou tenter de gagner la main de la matrone Kufbrug.
Kufbrug, la matrone du clan Bolgoink, les reçut dans le hall de la tour circulaire. Elle était assise, les jambes croisées, sur des coussins pourpres rembourrés, alors que les enfants auxquels elle avait donné naissance au printemps dernier couraient en couinant et en rigolant à travers le hall sous la surveillance d’un verrat vétéran flegmatique avec une jambe de bois et un bras en moins. Si elle s’était tenue debout, Kufbrug aurait dépassé le mètre quatre-vingt de Callista, et aurait bien pesé ses deux cent kilos. Ses cheveux verdâtres pendaient en tresses jusqu’à ses larges hanches, et arboraient des perles vertes et dorées. D’autres perles scintillaient légèrement sur son énorme poitrine. Plus de morrts que Callista n’en avait jamais vu sur un seul gamoréen étaient agrippées à ses épaules, ses biceps, son cou, et sa mâchoire.
Une truie gweek, sans aucun doute.
Pourtant, quelque chose clochait. Au printemps, les dernières semaines de l’hiver rude gamoréen étaient, à la connaissance de Callista, une période de préparation pour les semailles ainsi que pour le nettoyage de printemps, pour la collecte de la moisissure qui était si abondante en ces semaines humides, pour la troque de tissu et pour l’affûtage des outils. L’énergie qui faisait d’Ugmush le leader charismatique qu’elle était, la marque de fabrique des truies gamoréennes, était étrangère à Kufbrug la géante. Lorsque Kufbrug leva ses longs cils et croisa le regard de Guth, situé derrière les hallebardes des gardes, il y eut un silence de mort, une lassitude infinie, dans ses yeux jaune brillants.
Sur les coussins à côté d’elle était assise sa fille, Gundruk, matrone de la petite forteresse de Nudsktuch, et aux côtés de Gundruk se tenait l’énorme, le sombre, le terrible Rog, frère de Vrokk et mari de Gundruk, seigneur de guerre de Nudsktuch.
Ce fut Rog qui prit la parole en premier, levant une main lourde et griffue vers Callista, et une autre vers Jos, l’ingénieur qui était toujours enchaîné entre Ugmush et ses tuskers.
— Muh, s’écria-t-il – mot pouvant se traduire par « étranger ». (Il se tourna vers Gundruk, puis vers Kufbrug, et enfin vers trois des quatre truies savantes assises calmement en arrière-plan, les gardiennes de la loi clanique.) Quelle autre preuve faut-il, que Guth utilise poison étranger pour tuer mon frère ? Voyez sa sœur, capitaine d’un vaisseau étranger ! Voyez les étrangers parmi clan de sa sœur !
Ugmush se jeta sur Rog, hurlant diverses invectives :
— Sale limace venimeuse, comment oses-tu ? dit Ugmush par l’intermédiaire de la voix d’Amber Jevanche.
Elle fut soutenue par son mari et ses deux tuskers, en dépit du fait que tous étaient enchaînés et qu’aucun n’était armé. Callista, qui avait refusé d’abandonner son sabre-laser ou d’être enchaînée durant le voyage et l’audience, s’écarta tout simplement de leur chemin. Bien qu’elle ressentait une certaine loyauté envers ses coéquipiers – tout spécialement pour Jos, qui était enchaîné entre les deux tuskers et entraîné bon gré mal gré dans la mêlée – elle se dit que les avoir hors du hall rendrait les choses plus faciles.
Une fois que les prisonniers eussent été emmenés hors du hall et que l’endroit fût calmé, Callista baissa son sabre-laser et s’avança à nouveau vers le podium. Elle paraissait grande, fine, et quelque peu embarrassée au milieu de ces gamoréens trapus et porcins.
— Étrangers dans leur vaisseau venir à Gamorr tout le temps, dit-elle raisonnablement. Beaucoup d’étrangers vivre à Station Jugsmuk. Étrangers détester Vrokk pour autres raisons ?
Rog tourna son regard vers Gundruk pour solliciter son aide. Face à un tel sophisme, les gardes se grattèrent la tête et regardèrent Callista d’un air perplexe. Kufbrug balaya les morrts qui grimpaient le long de son bras et détourna oisivement son regard vers les ombres glacées de la salle.
— Guth pas vouloir combattre.
Vrokk était fort.
Gundruk se leva brusquement, se révélant être plus petite que Kufbrug, plus jeune, plus sombre, et moins gweek.
— Il a tué le dernier époux de ma mère dans dernier tournoi, et sa force était bien connue. Guth savait qu’il ne pouvait pas gagner.
Fouillant dans une poche de sa robe brodée à la main, elle sortit un morceau froissé de parchemin.
— Vrokk avait ça dans sa main quand son corps a été retrouvé, étendu dans sa chambre, la truffe et la bouche ensanglantées.
Callista déplia le morceau de tissu. Il était recouvert de runes noires.
— Je ne t’affronterai pas à la foire du tournoi comme deux tuskers se bagarrant autour d’un champignon.
Gundruk continua la lecture, suivant les lignes à l’aide de son ongle courbé.
— L’heure n’est pas à ma convenance. Rejoins-moi au sommet de la haute terre, derrière les pâtures snoruuks, au lever du soleil. Emmène autant de garde qu’il te plaira. Je n’ai pas peur de toi. Guth.
Elle tapota la signature puis le sceau. Ce dernier était fait d’une une goutte de cire noire volumineuse, fissurée à l’endroit où Vrokk l’avait brisé pour ouvrir la lettre.
— Vous voyez ? Le poison étranger être placé ici, sous le sceau. Il a été projeté dans ses narines et a détruit son cerveau.
Callista tourna le parchemin dans ses mains. La fine peau placée sous le sceau était en effet tachée de vert et de marron, et lorsqu’elle retourna les deux parties craquelées du sceau, elle vit qu’elles étaient légèrement évidées, comme si la cire chaude avait coulé sur quelque chose situé en dessous. Elle posa son pouce dans le creux, ferma les yeux, fit le vide dans son esprit et prit une profonde inspiration.
Elle chercha à tâtons le contact de la Force dans son esprit, comme son maître lui avait apprit à le faire jadis. Tout ça, c’était dans une autre vie.
Mais tout ce qu’elle ressentait, c’était un mal profond, et la pensée récurrente que tout ce qu’elle choisirait de faire de faire à ces êtres laids serait justifié, car ils avaient osé lever la main contre elle et ceux placés sous sa protection. Après tout, ils avaient commis le méfait en premier.
Callista détourna son esprit. Oui, pensa-t-elle. Oui. La Jedi perdue défendant ses amis avec la Force.
Elle retourna le parchemin à nouveau.
— N’importe qui peut imiter la signature de Guth, dit-elle.
La plus vieille des truies savantes se leva et dit :
— Ce Guth a envoyé des poèmes à Dame Kufbrug durant de nombreuses saisons. Vrokk en parlait souvent car cela l’énervait. Il est aussi vrai, V’lch Muh – littéralement, femme étrangère – que Dame Gundruk, et Lugh, et d’autres membres de la famille ont vu l’esprit de Vrokk errer dans la chambre où il est mort. Les esprits n’errent que lorsqu’il y a eu meurtre.
Callista, qui avait examiné l’empreinte de cire attentivement releva soudain la tête en expérimentant un sentiment de panique qui n’avait rien à voir avec les esprits des âmes assassinées.
— La pièce est-elle scellée ?
Les truies érudites échangèrent des regards. Ce fut Kufbrug qui prit la parole de sa voix profonde et infiniment lasse.
— Oui, femme étrangère. La pièce est scellée.
— Parfait, dit Callista sur un ton calme, inquiète à l’idée d’avoir dit une bêtise.
— N’ouvrez pas les portes. Personne n’entre, personne ne sort. Pas avant mon retour. Puis-je emprunter ceci ? demanda-t-elle en tendant l’objet devant elle.
Gundruk et Rog échangèrent un regard, ne sachant pas si Callista était réellement une prisonnière, mais Kufbrug les devança.
— Certainement, vous en aurez besoin, femme étrangère.
Sans aucun doute.
Callista s’inclina en un signe grossier d’obéissance gamoréenne, bien que Kufbrug n’en prit pas note, et rangea le parchemin dans sa ceinture. La chose la plus intéressante sur le document était bien évidemment le sceau, mais la signature de Guth venait en deuxième position. À la connaissance de Callista, Guth, tout comme la plupart des verrats, ne savait pas écrire.
Il fallait bien une journée de marche pour atteindre la Station Jugsmuk, une agglomération malpropre de bâtiments préfabriqués et incrustés de mousse encerclant les murs de la forteresse du clan Jugsmuk. Plusieurs années auparavant, la matrone de Jugsmuk avait investi dans le projet d’assainissement et de pavement d’une piste d’atterrissage correcte – du moins, correcte selon les standards d’un gamoréen. En conséquence, la Foire de Jugsmuk était l’un des rassemblements les plus animés et les plus bénéfiques du continent de Wuggush. Non seulement les verrats et commerçants de tous les clans s’y rassemblaient pour échanger des vivres, des armes, et organiser des tournois et des mariages, mais des gens venus d’autres mondes apportaient des ressources étrangères que la planète n’offrait pas.
Callista émergea des bois, ses vêtements victimes de l’humidité causée par la neige fondue qui était tombé pendant la journée. Il n’y avait aucun vaisseau dans le ciel noir étoilé, mais Ugmush lui avait dit que la station abritait un certain nombre d’habitués. Plus maintenant, si dit Callista – le chaos atmosphérique de l’hiver rendait toujours les atterrissages difficiles. Le Zicreex était resté en orbite au-dessus de la planète pendant une semaine avant qu’une accalmie ne vienne permettre un atterrissage, et Guth avait cru ne jamais pouvoir affronter Vrokk à la Foire Bolgoink. En effet, la Foire de Jugsmuk devait commencer une fois l’atmosphère nettoyée et après la venue du premier vaisseau marchand.
Il ne fallut pas longtemps à Callista pour trouver ce qu’elle cherchait à Jugsmuk – ou plutôt celui. Elle avait prédit qu’il serait seul.
— Ugmush, Guth, oui, dit Sébastien Onyx en esquissant un léger sourire tandis qu’il nettoyait une chaise abîmée en cuir rouge à l’attention de Callista. Voudriez-vous une tisane ? Je déteste le printemps.
Il détourna la ligne d’alimentation de la musique à la cuisine et choisit un petit pot d’eau situé sous le disque. La neige fondue qui était tombée tout la journée avait recouvert la grande verrière en transparacier de la pièce, obstruant la vue sur la rue. La pièce sentait la moisissure et le pittin – une petite créature utile pour chasser les insectes nuisibles. Au moins cinq de ces carnivores à la fourrure douce somnolaient près de l’appareil de chauffage. Callista supposait que c’était probablement le meilleur moyen de garder les morrts à distance.
— Vous êtes un de ces amis ?
— J’ai travaillé avec lui à bord du Zicreex pendant six mois.
— Et vous êtes à quai ?
Onyx déposa des feuilles et des herbes dans une passoire en argent et versa délicatement de l’eau chaude à l’intérieur.
— A-t-il défié Vrokk à la Foire de Bolgoink ? Je ne l’ai jamais rencontré, ajouta-t-il en esquissant un rapide sourire. Mais il m’a fait de l’ombre à chaque fois qu’il s’attribuait les mérites de l’un de mes poèmes. Et pour être franc, il m’est arrivé une ou deux fois de lui faire une remise… ce n’est pas tous les jours facile !
D’un geste de la main, il indiqua la pièce dans laquelle il travaillait.
Onyx était plus jeune que Callista ne l’aurait pensé. C’était un étudiant indigent, différent des ivrognes déprimés que l’on rencontrait généralement dans ce genre de milieu. Il était probablement originaire de Coruscant ou d’Alderaan. Il était plus petit qu’elle, blond, légèrement timide. Ses petits yeux clignaient derrière une paire d’amplificateurs visuels qu’il avait fixés à son front.
— La plus grande de l’année, je remplis la fonction de liaison protocolaire, mais quand l’hiver arrive et que tout ferme, ça devient difficile de joindre les deux bouts. Heureusement, l’hiver est la période de l’année où les verrats ne peuvent pas sortir et se battre entre eux, alors ils deviennent intimes et avenants. C’est vrai. Et ils écrivent des chansons et des poèmes à leurs truies. Ou bien ils m’engagent pour écrire leurs chansons et leurs poèmes.
— Des chansons ?
Callista s’efforça d’imaginer Rog, ou Lugh chantant une sérénade nocturne à l’énorme Kufbrug.
— Bien, dit Onyx en souriant, j’admets que vous êtes doué en gamoréen. J’ai fais la même chose pour un bith pendant une saison. Croyez-moi, il y a bien pire que le gamoréen lorsqu’il s’agit d’exprimer les passions les plus tendres.
Non sans regret, Callista mit de côté l’idée selon laquelle il existait un langage encore moins attrayant que celui des bith – est-ce que les Defels écrivaient aussi des poèmes d’amour ? Et les Givins ? – et en profita pour demander :
— Un de vos clients vous a-t-il demandé de rédiger cette lettre ?
Elle tendit la lettre. Onyx acquiesça immédiatement.
— Oui, il y a cinq jours. Il disait être un ami de Guth. Guth m’avait dit qu’il s’apprêtait à défier Vrokk, alors j’ai supposé que… il y a eu un problème ? demanda-t-il, l’air inquiet.
— En quelque sorte. Pourriez-vous identifier le verrat en question ?
— Non. D’une part, il faisait nuit, et d’autre part, je n’ai le choix qu’entre l’éclairage ou le chauffage… (Il fit un geste en direction de la prise d’alimentation surchargée) Quand il commence à faire nuit, je me sers généralement de lampes à pétrole ou de bougies. Par contre, je me souviens que son visage était dissimulé sous une capuche.
— Quelle cire colorée avez-vous utilisé pour la sceller ?
— Je ne l’ai pas scellé, dit Onyx. Habituellement, je scelle les lettres de Guth avec du bleu. (Il fit un signe de tête en direction du panier tissé de feuilles situé sur la table près de la porte. Le réceptacle contenait une douzaine de morceaux de cire à sceaux.) Mais il a refusé en disant qu’il le ferait lui-même.
Et il n’y aurait rien de plus facile que de se servir dans le panier en sortant de la boutique, pensa Callista.
— Si quelqu’un voulait acheter du poison, ou une créature d’un autre monde – une créature dangereuse, comme un rampant spor ou un sovra – à qui devrait-il s’adresser ?
Le visage d’Onyx s’assombrit.
— Il y a deux ou trois endroits, dit-il. Vous savez, les contrebandiers transportent ces choses à la demande.
— Je suis au courant.
Les choses avaient été ainsi par le passé, même sous la main de fer du nouvel ordre de Palpatine, et selon Han Solo lui-même, la situation n’avait tellement changé. Il y avait toujours ceux qui justifiaient allègrement les risques d’infestation alien à l’aide de phrases telles que « demande du marché libre oblige » et « si je ne les emmène par ici, quelqu’un d’autre le fera » ou encore « quoi, tu me prends pour un amateur ? Je sais ce que je fais ! ». Des économies planétaires s’étaient effondrées, des civilisations s’étaient écroulées, et des milliards de vies avaient été anéanties ; tout ça à cause de contrebandiers qui disaient « Oh, ils aboient plus qu’ils ne mordent. »
— Jabdo Garrink en fait partie, dit Onyx. C’est une rodienne. Il y aussi Sinissima Bel, mais je ne l’ai pas vu depuis l’été dernier. Gethnu Cheeve, un dévaronien. Il y a quelques temps, on a organisé l’assainissement de l’atmosphère, vous vous souvenez, alors Garrink et Cheeve étaient forcément en ville au moment où j’ai écrit cette lettre.
Il a très vite compris que quelque chose ne tournait pas rond, se dit Callista.
— Est-ce que quelqu’un dans le voisinage possède une sonde à enzymes ?
La plupart des marchands interstellaires en possédaient un – une précaution nécessaire pour quiconque devait résider sur un monde étranger, surtout dans un spatioport où des substances arrivaient régulièrement d’on ne sait où. Onyx lui indiqua de se rendre plus bas, au comptoir du Nombre Irrationnel, un endroit tenu par un petit bith qui non seulement possédait une sonde à enzymes, mais disposait également d’une banque de données vieille de dix ans. C’était tout ce dont Callista avait besoin pour savoir ce que le sceau avait contenu.
Cependant, cette prise de conscience ne la satisfaisait pas. Tout ce qu’elle ressentait, c’était une certaine angoisse. Une angoisse qui la suivit tandis qu’elle faisait certains achats dans une boutique malpropre de Jugsmuk. Cette angoisse était également assise sur le coussin de la chambre qu’elle avait louée, telle l’ombre d’un cauchemar perçant à travers les heures sombres, la suivant à travers les sentiers boueux jusqu’au village de Bolgoink.
Callista arriva à Bolgoink bien après la tombée de la nuit. Elle était à moitié gelée à cause du froid rude et hivernal, et les efforts qu’elle avait fournie pour empêcher l’élevage de dwoobs – élevage sans lequel elle n’aurait pu transporter ses achats – de s’enfuir dans les bois l’avaient épuisée. Elle comprenait maintenant pourquoi les gamoréens transportaient leurs marchandises dans des brouettes.
Elle déposa ses achats dans la cour et hissa les larges cubes de métal le long d’un escalier de roche qui menait à la tour principale. L’un des vétérans du domaine émergea d’une maison longue pour lui apporter son aide – une chose qui ne serait jamais venu à l’esprit du tusker le plus agressif et le plus digne de ce nom.
— Guth et Ugmush sont bien ? demanda-t-elle.
Le vétéran cracha une réponse.
— Rog pas content, dit-il. Rog dit combattre et tuer Guth, combattre et tuer Ugmush, combattre et tuer toi, puis rentrer à la maison. (Comme la plupart des vétérans, il avait perdu quelques parties de son corps au combat, mais il était étonnamment agile malgré le peu de membres qui lui restaient.) Toi combattre Rog ? demanda-t-il.
— Pas si je peux empêcher tout ça, dit Callista. Chambre de Vrokk toujours hantée ?
Ils passèrent par la salle centrale où l’on était en train de servir le dîner – un spectacle intéressant pour quiconque avait l’estomac accroché et le sens de l’humour. Étant donné qu’il était absolument impensable que quiconque dans une famille gamoréenne prenne son repas seul, Guth, Ugmush, l’équipage d’Ugmush et même Jos étaient présents, soigneusement enchaînés à la mangeoire, entourés des verrats les moins importants de la famille. Guth aperçut Callista et fit un signe de la main, un grand geste d’autosacrifice considérant la répartition des victuailles. Callista se sentit profondément touchée et honorée.
— Toujours hantée, répondit le vétéran d’une manière grossière tandis qu’ils luttaient pour transporter leurs fardeaux jusqu’à la chambre que Vrokk avait jadis occupé. Des bruits forts toutes les nuits, très mauvais. Esprit de Vrokk très en colère.
Tout comme ses confrères, se dit Callista, prise d’une soudaine colère envers ceux qui étaient dépourvus de joie de vivre. La seconde d’après, son cœur bondit dans sa poitrine à la vue de la forme obscure et gigantesque qui se tenait devant les épais pavés de chêne constituant la porte de la chambre.
— Restez éloigné ! cria-t-elle.
Puis, faisait appel à ses connaissances linguistiques, elle ajouta en gamoréen :
— N’allez pas dedans !
La lourde tête se tourna. La lumière d’une torche située dans les escaliers se refléta sur une boucle d’oreille en or, et mit à jour une série de cicatrices.
— Pas peur des esprits, grogna Lugh. Pas même esprit de Vrokk. Brave. Fort. Gweek. Regardez… sept morrts. (Il tendit son bras afin de montrer combien de parasites étaient agrippé à son corps.) Ce morrt, Kufbrug me donner elle-même.
— Gweek, répondit Callista. Mais chambre reste mauvaise. Kufbrug a dit non.
Lugh émit un grognement profond par les narines et s’en alla à travers le couloir. Callista s’approcha de la porte et posa son oreille contre les planches. Pendant un moment, aucun son ne provint de l’intérieur. Puis, elle entendit un battement léger et sec, comme le bruit que faisaient des feuilles de plastène ou des petites plaques de métal sifflant au vent. Le bruit aurait dû la réconforter – au moins, la chose était toujours là – mais elle avait une horrible impression.
Callista envoya le vétéran chercher le reste de ses affaires pour les empiler dans le couloir près de la porte, mais elle-même resta là, assise sur le sol, dos à la porte, pendant le reste de la nuit.
Lorsque le jour se leva enfin, elle déverrouilla la porte et entra à l’intérieur. La première chose qu’elle vit était un bol posé sur le sol à un mètre de la porte. La pièce de vaisselle contenait un résidu collant, probablement du sang coagulé. Autrement, la chambre semblait inchangée depuis quatre jours, lorsque les membres de la famille avaient découvert le corps sans vie de Vrokk. De larges fenêtres étaient situées de chaque côté de la pièce. Ces fenêtres étaient recouvertes de volets et de lourds rideaux qui plongeaient l’endroit dans une obscurité constante. Les fenêtres laissaient entrer une lumière brunâtre et diffuse, et bien que Callista savait qu’une telle pâleur rendait la chambre hantée parfaitement sûre, elle se hâta d’ouvrir les rideaux et les volets en grand.
Il n’y avait aucune trace de lutte ou d’une quelconque agitation. Les armes de Vrokk – une hache de guerre, une hallebarde, et toute une variété de piques de combat – pendaient au mur, immobiles. Il y avait des morceaux de peau séchée éparpillés sur le sol, mais ils semblaient avoir été délicatement posés à plat. Callista supposa que la pièce avait été rangée après l’extraction du corps. Les énormes nappes de moisissure, si présentes au printemps, s’étaient détachées du mur. Lorsqu’elle vérifia l’état de la lampe sur la table – un bol d’huile avec une mèche qui dépassait du couvercle – elle vit qu’elle était complètement vide, le couvercle étant couvert de suie et écorché à l’endroit où la mèche avait brûlé.
Elle porta ses affaires à l’intérieur de la pièce et referma la porte derrière elle. Elle déballa ce qu’elle avait acheté avec son salaire des six derniers mois de travail sur le Zicreex : des panneaux d’agrinium carrés, un revêtement en métal utilisé pour réparer les voiles solaires, deux grands rouleaux d’agrinium, plusieurs boîtes de pinces adhésives, et une cage d’observation forgée dans un grillage de métal épais. Elle utilisa l’agrinium pour recouvrir le coin de la pièce à l’opposé de la fenêtre – murs, sol, et plafond – où la lumière du soleil frapperait au matin.
La chambre était spacieuse, longue de dix mètres sur sept.
Callista se disait que ce ne serait pas facile. Mais en ce qui la concernait, c’était le seul moyen d’obtenir l’information dont elle avait besoin.
Elle prit une profonde inspiration, effleura le sabre-laser qui pendait à sa ceinture pour se rassurer, et quitta la pièce en verrouillant la porte derrière elle. Puis elle partit en quête de Kufbrug.
La matrone du clan de Bolgoink se trouvait dans le hall principal de la tour, étendue dans une grande mêlée de coussins couverts de moisissure. Callista marqua une pause sur le seuil de la porte, déconcertée par l’impassibilité de la matrone. Même au dîner de la nuit dernière, elle s’était contentée de rester là à dévisager ses invités, alors que n’importe quelle autre gamoréenne de la planète aurait déjà passé des annonces pour un nouveau mari sans même attendre que le corps du défunt ne refroidisse.
Mais Kufbrug se contenta de lever sa lourde tête et d’observer Callista de ses yeux jaunâtres et malveillants. Callista se souvint que le lendemain, Rog ferait face à Guth en combat singulier afin de venger son frère. Et une fois Guth mort – ce qui arriverait sûrement, étant donné que Rog était, comme son frère, un verrat énorme et puissant – le sort de Callista, d’Ugmush, et de l’équipage du Zicreex serait définitivement scellé.
Elle avait envisagé de parler du combat, mais quelque chose d’autre la tracassait.
— Tout va bien pour vous ?
Les narines obscures de la truie s’élargirent.
— C’est le printemps. Rien ne va pour moi.
Kufbrug baissa le regard et donna une pichenette sur son bras pour éjecter le morrt qui y était accroché.
— Ce sont des jours sombres. Plus sombres encore, depuis que Guth est venu défier Vrokk pour obtenir ma main. Je lui ai dis de partir, que c’était inutile. Qu’avez-vous trouvé lors de votre séjour, femme étrangère ? Qu’aucun étranger ne détestait Vrokk parce qu’il ne voulait pas avoir affaire à eux ?
Callista fit non de la tête, puis se souvint que les signes de tête ne signifiaient rien pour les gamoréens. Elle décida donc d’émettre le grognement qui signifiait « non ». Cette réponse amena un sourire non voulu sur le visage de la truie, et ses yeux s’illuminèrent sous l’effet de l’amusement. La Jedi reprit :
— Mais j’ai découvert de quelle manière Vrokk est mort. Aucun poison, mais une créature étrangère qui s’est figé dans la glace, jusqu’à ce que la chaleur du plafond de cire fasse fondre la glace. Une fois le sceau brisé, le poison s’est libéré et a tué Vrokk en s’insinuant dans ses narines.
— Poison ou créature étrangère, le nom de Guth est sur la lettre, signée comme toujours, répondit-elle sur un ton maussade. Rog aura sa revanche.
Callista s’agenouilla à côté d’elle, extirpa le parchemin de sa poche, et écrivit « Guth » au dos des runes.
— Suis-je Guth pour autant ?
Les doigts de Kufbrug s’immobilisèrent sur un morrt, et elle se mit à réfléchir en étudiant la signature. Pendant un moment, il y eut une étincelle de sagesse dans son regard froid, aussitôt remplacé par du désespoir.
— Rog ne comprendra pas cela. Qui écrirait le nom de Guth à part Guth lui-même ? Rog vengera son frère.
— La créature est toujours dans la chambre ou le corps de Vrokk a été trouvé, dit Callista.
Les truies gamoréennes étaient infiniment plus intelligentes que les verrats. Il était tout à fait possible que Rog n’entende rien au concept de contrefaçon et réitère son désir de vengeance.
— Et la créature peut nous dire qui est l’auteur de la lettre. Mais j’aurai besoin de votre aide. Vous me rejoindrez, ce soir, dans la chambre ?
Il y eut un long silence. La truie sembla sombrer dans l’obscurité de son impassibilité et de son éminence. Puis, dans un soupir, elle émit un vaste grondement.
— Oui, femme étrangère. Je vous rejoindrai.
Ils entrèrent dans la chambre une heure avant le coucher du soleil et barricadèrent la porte depuis l’intérieur.
— Cette créature, elle n’attaque pas les morrts ? demanda Kufbrug en caressant l’un des quinze morrts qui étaient agrippés à sa chair.
Callista esquissa un sourire et prit le soin de lever le menton et de grogner.
— Pour votre sécurité, vous resterez dans cette cage, dit-elle. Vous devez simplement regarder. Ne sortez pas, car la chose est dangereuse : il s’agit d’un kheilwar. Une guêpe homunculus native d’une planète obscure appelée Af’El.
— Et vous ? demanda Kufbrug en regardant Callista refermer la cage avant de lui montrer comment déverrouiller la porte.
— Quelqu’un doit la faire parler.
Elle avait apporté un bol avec elle, un récipient un peu plus grand que la poterie qu’elle avait trouvé là ce matin, et elle le remplit d’une solution de protéines de sucre. C’était un analogue du sang qui avait été laissé là la nuit précédente. Elle pensait que le sang avait été porteur d’un poison, introduit par celui qui avait relâché le kheilwar afin de le tuer, mais très peu de poisons étaient efficaces contre une telle créature. Le concentré de mercure dans sa solution de protéine ne ferait rien d’autre qu’entamer la vélocité du kheilwar. La pièce était remplie de substances organiques dont la chose se nourrissait depuis plusieurs jours. Elle avait remarqué ce matin que les fragments de peau portaient des traces de dents, et que la plupart des moisissures qui auraient dû être collées au mur avaient été dévorées à même les cloisons.
Elle saisit ce qui restait des affaires qu’elle avait acheté – trois lampes – les posa dans le coin de la chambre, et les alluma. Puis elle s’assit dos à la cage, décrocha son sabre-laser de sa ceinture, et se mit à patienter.
— Et si votre kheilwar ne nous dit pas ce que nous voulons entendre ?
Interloquée par la question, elle leva les yeux. La plupart des gamoréens se contentaient de survivre, de s’accoupler, et de se battre. Elle ne s’était pas attendue à la voir poser une question sur ce qui pourrait arriver dans un avenir proche. Même Ugmush, qui était l’une des truies les plus intelligentes de son espèce, n’anticipait pas les imprévus.
— Il le fera, dit Callista. Si nous parvenons à le piéger dans ce coin…
Elle fit un geste en direction des sections réfléchissantes du mur. L’agrinium faisait briller l’ambre fondu sous la faible lumière du soleil couchant.
— … et à le maintenir dans ce coin jusqu’au levé du jour.
Après un long silence, Kufbrug dit :
— Je pensais que, peut-être, Guth et moi pouvions partir.
Callista tourna de nouveau la tête vers la cage, prise au dépourvu, mais Kufbrug était en train de s’occuper de ses morrts, le regard abattu, et ne sentit pas le regard de la femme étrangère.
— Je l’ai dit à Guth quand il est venu pour combattre Vrokk. Nous partons, et il ne meurt pas. Mais Rog et Gundruk sont aussi chefs de Bolgoink. Ce n’est pas bon. Alors Guth dire non, il combattra.
Kufbrug leva les yeux.
— Vrokk déteste Guth. Guth est bon. Vrokk était mauvais. Guth… (Elle hésita un moment, essayant de formuler les mots correspondant à un sujet rarement abordé.) Je suis gweek, ajouta-t-elle après un moment. (Elle posa une main sur les morrts fixés à son bras, et indiqua les alentours d’un geste du bras.) Tout cela – gweek. Maris, tuskers, champs, enfants… gweek. Parfois… je veux être une gweek. Gweek pour moi. Encore plus au printemps, dans le froid et le noir. Guth… (Elle toucha sa poitrine, l’air triste.) Il est gweek dans le cœur. S’il meurt, si Rog le tue…
Elle resta silencieuse pendant un moment, ses mains griffues agrippées aux barreaux de sa cage, le regard tourné vers un futur stérile. Callista se leva et posa ses mains sur les doigts de la gamoréenne, se remémorant Luke Skywalker – une chose qu’elle faisait chaque jour.
— Oui, dit-elle calmement. Je sais.
À l’autre bout de la pièce, un galet s’écrasa au sol en émettant un cliquetis. Callista pivota sur elle-même, brandissant son sabre-laser. Sa gorge se serra lorsqu’elle vit le kheilwar glisser hors d’une fissure et ramper le long du mur de roche.
Il devait bien peser vingt kilos. Imposant, il possédait des ailes taillées en lame de rasoir, tournant et se rétractant à la faible lueur des lampes qu’elle absorbait pour ne devenir qu’une ombre qui apparaissait et disparaissait – un talent que les autres créatures d’Af’El possédait. Callista se colla dos à la cage tandis que la créature bondissait dans les airs à toute vitesse, et se jetait sur le bol rempli de protéines empoisonnées. La Jedi entendit le grincement des dents qu’émettait la créature tandis qu’elle aspirait le breuvage. Callista remercia les dieux, les étoiles, et les esprits ancestraux de la galaxie d’avoir fait des gamoréens des créatures superstitieuses, car croyant la chambre hantée, ils verrouillaient la porte chaque nuit.
Soudain, la créature chargea Callista à une vitesse presque aussi imperceptible qu’un faux raccord dans une holovidéo. La chaleur, l’odeur du sang, ou le champ électrique des cellules vivantes… Personne ne savait exactement ce qui attirait ces étranges créatures aveugles de naissance. Personne n’avait jamais eu l’occasion de les étudier de près. Mais Callista esquiva, fit quelques pas de côté, asséna un coup de sabre, et fit une nouvelle esquive.
Elle savait que la nuit serait longue.
Dans une tornade bourdonnante de lames de rasoirs et d’ailes, la créature suivit la Jedi. Ce n’était pas chose facile que de la maintenir à distance, encore moins de la pousser jusqu’à l’agrinium qu’elle avait installé au coin de la pièce. Au moins, se dit-elle, cette créature n’était pas assez petite pour entrer par son nez ou par ses oreilles de la même façon qu’un insecte ; au moins, elle était assez grosse pour pouvoir l’affronter. Mais sa vitesse, ainsi que sa taille, ne cessait d’augmenter. C’était comme être pourchassé à travers la chambre par un dispositif à turbo-vitesse. Bien qu’il fût difficile de penser clairement, Callista remercia Luke Skywalker pour la rigueur physique de la formation qu’il lui avait prodiguée. Elle ne pouvait peut-être plus maîtriser la Force, mais elle était naturellement rapide.
C’est alors qu’une pensée frappa son esprit.
Mais bien sûr que tu peux te servir de la Force.
Elle trancha, et esquiva à nouveau.
La Force est colère autant que sérénité. Elle est haine, autant qu’espoir.
La chose bondit sur son visage, comme décochée par un canon à projectiles, et dans l’image floue que ses ailes formaient, Callista vit une bouche, ainsi que des dents brillantes d’un noir cristallin. Il s’en fallut de peu cette fois-ci. Du sang coulait le long de son visage et de son bras, aux endroits où le tourbillon batteur l’avait sectionné. Ses longs cheveux étaient noués dans le sang.
La Force est en cette chose autant qu’en toi-même. Pourquoi te mettre des barrières ?
Callista plongea, assénant des coups nets, sans aucun ressenti, essayant de pousser la chose vers la protection en agrinium installée dans le coin de la pièce. La créature lui échappa et passa à nouveau à l’attaque, disparaissant pendant quelques secondes pour ressurgir derrière elle depuis le dessous du lit.
Pourquoi ne pas utiliser le côté obscur, si cela peut te sauver ? Tu en as le droit.
Tout cela, pensait-elle, était l’œuvre du côté obscur lui-même.
Elle écarta cette pensée de son esprit, envisageant ce combat comme une lutte d’adresse, une lutte mortelle. La créature était grande et rapide, mais Callista en était capable… à condition que sa force et son souffle lui permettent de tenir jusqu’au matin.
Puis elle entendit un bruit de métal venant de la cage, et discerna la forme large et obscure de Kufbrug du coin de l’œil. La plupart des gens concevaient les gamoréens comme des êtres grossiers. Ils n’avaient jamais vu Ugmush en plein combat. Kufbrug bondit sur le mur où étaient accrochées les armes de Vrokk, puis se jeta à la poursuite du kheilwar comme un orage de deux cent kilos, une hallebarde à deux lames dans chaque main. Callista trébucha en arrière, essoufflée, presque à bout de force, tandis que la truie s’attaquait à l’horreur tournoyante, la tenant à l’écart de Callista jusqu’à ce que cette dernière ait reprit son souffle. Puis Callista passa de l’attaque à nouveau, joignant ses efforts à ceux de Kufbrug pour repousser la créature dans le coin de la chambre prévu à cet effet.
La créature tenta de se réfugier dans la fissure d’où elle avait surgie, mais Callista avait pris le soin de combler les brèches. Les panneaux d’agrinium étaient si lisses que le kheilwar ne parvint pas à s’agripper au mur. Après avoir glissé jusqu’au niveau du sol, le kheilwar tenta de longer le pied du mur jusqu’à un endroit sûr. Callista la poussa sur un côté, puis Kufbrug fit de même.
Ce fut une longue et effroyable. Les genoux et les mains de Callista tremblaient de fatigue, elle était mentalement épuisée par l’effort, et ses cheveux étaient tachés de sang et de sueur. Le poison au mercure faisait enfin effet dans le système du kheilwar, ou bien c’était l’effort de combattre deux adversaires qui l’avait épuisé. La créature était accroupie dans un coin de la pièce, faisait vibrer ses ailes coupantes et ses antennes.
Puis, tout comme on l’avait prévenu, le kheilwar changea son apparence – par réaction défensive, ou par diversion… impossible à savoir.
Un rodien vert au dos voûté se tenait face à elles. Probablement Jabdo Garrink, l’importateur véreux qui avait amené la chose sur la planète.
— Vous devez me laisser sortir, dit-il. Vous devez me laisser sortir.
Kufbrug le repoussa.
— Vous devez me laisser sortir !
Ce n’était plus un rodien, mais Vrokk, ou bien un verrat que Callista pensait être Vrokk. Il était énorme, noir avec une rayure blanche sur un côté du visage. Il essaya de bondir à l’autre bout de la pièce, mais Callista interrompit sa course à l’aide de son sabre-laser.
— Laissez-moi sortir !
Vrokk, ou l’écho de Vrokk – l’écho de quelqu’un que le kheilwar avait rencontré, de quelqu’un qui pourrait lui servir de leurre – se changea en Rog. Il était légèrement plus petit, les yeux rouges de colère. Il chargea Kufbrug, et celle-ci le frappa au visage avec sa hallebarde.
— Laissez-moi sortir !
Cette fois, les mots avaient été prononcés par la voix de Gundruk.
— Laissez-moi sortir ! Laissez-moi sortir ! Laissez-moi sortir !
Elle était toujours en train de hurler lorsque la lumière filtra travers la fenêtre, les rayons du soleil se reflétant sur les panneaux d’agrinium et brûlant les détecteurs du kheilwar. Sous l’effet de la douleur, la créature bourdonna et rebondit sur le métal lissé. Elle était maintenant sans défense. Callista fit un pas en avant et trancha la créature en deux avec son sabre-laser. Enfin, elle recula afin d’éviter la traînée marron de crasse en laquelle le kheilwar s’était dissout.
Rog et Gundruk quittèrent le village de Bolgoink le jour suivant, ne préférant pas relever le défi que leur avait lancé Kufbrug pour venger la mort de son mari. Ayant vu Kufbrug au combat, Callista ne les blâma pas le moins du monde. Le défi étant légal, les deux gamoréens abandonnèrent également leurs biens à Nudsktuch, qui fut reprise par une autre des filles de Kufbrug.
— À mon avis, dit Callista à Jos et Sebastin, qui avaient été invités au festin marital de Guth et Kufbrug, ils devront quitter la planète à la minute où le commerce reprend.
— Dommage pour la compétition, dit Jos.
Jos avait été enchaîné au Grand Abreuvoir – une place d’honneur, pour un esclave – entre les deux autres étrangers, mais Callista avait fait faire une réplique de la clé et avait libéré son compagnon lorsqu’Ugmush et ses maris étaient trop ivres pour le remarquer. Guth, Ugmush, et Kufbrug s’embrassaient gaiement et se tendaient des moisissures épicées qui provenaient du Grand Abreuvoir – un comportement tout à fait approprié, que la majorité des gens présents dans le hall adoptaient. Les gamoréens étaient aussi extravertis pour ce qui était de fêter l’amitié et la joie que pour ce qui était de se battre.
Sebastin fit glisser une plâtrée de moisissure dans son bol. Lui, Callista, et Jos étaient suffisamment habitués aux coutumes gamoréennes pour avoir le réflexe d’apporter des bols. Et des serviettes, également.
— Mais qu’est-ce que Rog et Gundruk espéraient de toute façon ?
— Gundruk, tu veux dire, dit Callista. Rog n’était qu’un pion. Je doute qu’il sache même pourquoi elle l’a envoyé chercher la lettre auprès de vous, et acheter le kheilwar. Je la soupçonnais depuis le début. Très peu de verrats auraient l’intelligence de fomenter un meurtre. Tout ce qu’elle avait à faire, c’était de s’assurer que la lettre soit délivrée à Vrokk pendant la nuit, étant donné que les organes sensoriels des kheilwars sont extrêmement vulnérables à la lumière du soleil. En tant que fille de Kufbrug, elle avait toutes ses chances d’accéder au rang de matrone du clan.
— Matrone du clan ? demanda Sebastin, perplexe. Mais…
À l’autre bout du Grand Abreuvoir, Kufbrug avait attiré Guth dans un creux pour une empoignade salissante, ce qui, à en juger par les cris d’approbation des invités, semblait les ravir.
— Vous n’imaginez pas les gamoréens sujets à la dépression, dit-elle calmement. Mais c’est tout à fait commun, plus particulièrement au printemps. Et la plupart des gens n’imaginent même pas les gamoréens capables d’un amour passionné ; le genre d’amour auquel on ne survit pas, si l’autre disparaît.
Le visage de Luke Skywalker revint à l’esprit de Callista, mais elle éloigna l’image de ses pensées, comme elle avait apprit à le faire.
— Mais Gundruk savait, continua-t-elle sur un ton calme. Gundruk savait que Kufbrug est sujette à la dépression, et Gundruk savait qu’alors que Guth mourrait probablement des mains de Vrokk, il y avait une chance pour qu’il choisisse d’arrêter le combat à la dernière minute et qu’il reste simplement dans le domaine en tant que tusker. Mais si Guth n’avait aucune chance de survie, s’il était accusé de meurtre, il aurait été facile de faire passer la mort de Kufbrug pour un suicide. Ainsi, il n’y aurait aucun Vrokk pour protester contre la prise de pouvoir de Rog et Gundruk.
Dans la partie principale du hall, une bataille de nourriture avait éclaté entre les gardes de Lugh et plusieurs beaux-fils de Kufbrug. Poussant des cris de joie, les vétérans et les enfants se joignirent à la fête, et en quelques secondes l’endroit devint une arène joyeuse et bruyante.
— Je pense que le moment est bien choisi pour une promenade digestive, dit Sebastin en esquivant un morceau de viande volant à travers la pièce.
— Je pense que vous avez raison.
Jos, Sebastin et Callista se frayèrent un chemin en longeant prudemment des murs du hall, puis grimpèrent des escaliers en traversant un maelstrom de poings, de pain, de corps bondissant et s’entremêlant. Depuis l’embrasure de la porte, Callista se retourna pour voir Ugmush et son équipage plonger gaiement dans la mêlée. En haut du Grand Abreuvoir, Kufbrug et Guth étaient au beau milieu d’une puissante embrassade, ignorant le désordre sous-jacent.
C’est bien, pensa Callista. C’est bien d’oublier que vous étiez une gweek pendant un moment, que vous étiez la source-mère de force. De trouver quelqu’un qui vous aidera à traverser le printemps. Quelqu’un qui vous aime.
Il était également réconfortant de réaliser que même lorsque le côté obscur de la Force semblait imprégner l’essence même de l’univers, les sujets les moins avenants tels que les gamoréens pouvaient être affectueux, aimants, et enjoués.
Une goutte de crème de fug éclaboussa le mur voisin, manquant de peu sa tête. Elle en goûta une pincée. Étonnamment, c’était délicieux.