NUANCES DE GRIS

Charlene Newcomb

12 ap. BY

Chronologie

Charlene Newcomb nous doit une ennéalogie de nouvelles, toutes parues dans le Star Wars Adventure Journal. Ces neuf nouvelles nous racontent l’histoire d’Alex Winger au fil des années.

Nuances de Gris est la dernière partie de cette série. Elle se déroule douze ans après la bataille de Yavin. Elle est parue uniquement dans la section Hyperespace de Starwars.com en Décembre 2009.

Trois ans après les événements de Garos IV, Alex Winger s’entraîne tranquillement avec son escadron lorsqu’elle se retrouve sur la trajectoire d’un Destroyer Stellaire Impérial. Elle se fait capturer…

Titre original : Shades of Gray

 

Deux sauts. Trois heures de transit. Quatre heures passées à flotter au beau milieu de nulle part, seule. Les holoromans qui racontaient le quotidien des agents sous couverture firent naître un pétillement dans les yeux bleus d’Alex Winger. Les raids éclairs que constituaient les allers et retours à l’intérieur et hors du territoire ennemi n’étaient pas la norme. Parfois, c’était juste ça : Attendre. Assis. Observant.

Son ailier se trouvait à trois cent kilomètres du flanc tribord de son Aile-X. Avec un peu de chance, ils étaient suffisamment éloignés l’un de l’autre pour qu’au moins l’un d’entre eux survive si une armada impériale surgissait au milieu de leur position. Le tuyau que les renseignements avaient reçu concernant des vaisseaux impériaux traversant ce secteur de l’espace s’avérerait être vrai. Quinze jours de patrouille n’avaient rien donné, et personne dans l’Escadron Bleu Un n’en avait vu depuis un bon moment.

Profite du calme. Ça ne durera pas. Ça ne dure jamais.

Alex ferma les yeux…

— Tu ne seras jamais un Jedi. Tu n’es pas assez forte.

— Vous ne me connaissez pas ! hurla Alex, les yeux inondés de larmes.

Elle lançait un regard furieux à la silhouette en cape noire qui se tenait au-dessus d’elle. Son sabre-laser bourdonnait dangereusement à quelques centimètres de son visage. Elle sentait son sang bouillir et ses veines grossir. La douleur assaillit son corps.

— Non ! cria-t-elle.

Alex prit une profonde inspiration puis sonda le vide spatial pour la centième fois. Ses capteurs n’affichaient rien non plus, à l’exception de Bleu Quatre. Ses camarades de l’escadron la taquinaient souvent en disant qu’elle faisait ce métier depuis qu’elle portait des couches. À l’âge de vingt-quatre ans, elle avait autant d’expérience sur le terrain que les agents qui étaient plus âgés qu’elle de dix ans, affinée par le combat qu’elle avait mené aux côtés de la résistance de Garos IV. Ils n’étaient pas sûrs de savoir pourquoi elle avait décidé de rester avec eux malgré ses talents évidents dans la Force. Ils avaient tous vu la cicatrice que lui avait laissée une lame de sabre-laser mais ne lui avaient jamais posé de question. Avec un Jedi renégat dans la nature, pulvérisant des planètes, ce n’était probablement pas un sujet de discussion prudent. Mais Alex mit cette pensée de côté. Kyp Durron était peut-être un peu sévère sur les bords, mais tout irait très bien. Il deviendrait un Maître Jedi respecté. Elle le pressentait. Elle aurait souhaité ressentir autant d’assurance quant à son propre avenir.

Tu n’es pas assez forte.

Alex grimaça tandis qu’un élan de douleur descendait le long de son bras. Certains pouvaient considérer une cicatrice de sabre-laser comme un grand honneur. Pour Alex, c’était un rappel permanent de son échec.

Elle tapotait ses instruments avec impatience, réajustant ses capteurs. Soudain, une alarme retentit, et son unité R2 émit un son strident.

— Trois, deux appareils en approche de ton flanc tribord, déclara Bleu Quatre. Rien d’autre sur les scanners.

— Reste en arrière, Quatre.

— Où sont leurs amis, Trois ?

— Toujours rien.

— Ouvre le feu, Trois. Ils t’ont repéré.

— C’est le moment de leur montrer pourquoi ils nous ont engagés, Quatre !

— Je me dirige déjà vers toi. Celui de droite est à moi.

Alex pointa le nez de son appareil vers le chasseur TIE et ouvrit le feu. Il riposta, puis plongea et zigzagua à travers le vide spatial. Alex le suivait de près. Elle verrouilla le chasseur et ses quatre canons lasers touchèrent les moteurs de l’ennemi, créant une boule de feu qui illumina le noir de l’espace.

— Je détecte d’autres globes, Quatre, dit Alex tandis qu’elle revenait vers son ailier qui était en train de manœuvrer pour éliminer le second chasseur.

— Je me place derrière lui ! hurla Quatre. Verrouillage… juste une seconde…

Il enfonça le mécanisme de tir. Des rayons lasers partirent de l’Aile-X tandis qu’un chasseur TIE rejoignait les rangs de ses défunts camarades.

— Woo hoo !

— Le vaisseau-mère est à portée de détecteur, Quatre, déclara Alex. C’est le moment de quitter la scène.

— On se voit au point de rendez-vous, répondit Bleu Quatre. Fais attention, un globe en approche rapide.

— Je l’ai.

Alex plongea vers le chasseur ennemi et ouvrit le feu alors que son ailier crachait un juron.

— Par tous les Sith ! hurla-t-il. Derrière toi !

Des tirs de canons lasers fendirent le voile noir de l’espace. L’Aile-X d’Alex se balança violemment, pivotant sur lui-même. Le Destroyer Stellaire Impérial vint se placer directement sur son chemin, occultant les étoiles. Des milliers de lumières clignotaient le long de son épaisse coque grise. Alex entendait les appels désespérés de son ailier tandis qu’il luttait pour reprendre le contrôle de son vaisseau.

— Bleu Trois, tu me reçois ?

— Ça va, Chaz, répondit Alex sur son comlink, vaguement consciente du sang qui s’écoulait le long de son front. D’où est-ce qu’il venait, celui-là ? demanda-t-elle lorsqu’elle aperçut deux chasseurs TIE supplémentaires effleurant la surface du gigantesque vaisseau qui avançait directement vers sa position.

— On y va, Alex !

Alex scruta ses instruments.

— Mon hyperdrive est HS, Chaz. Tu connais la procédure. Va-t-en.

Elle visa l’un des chasseurs TIE en approche, saisit délicatement la gâchette qui contrôlait ses quatre canons lasers jumelés, et regarda le chasseur impérial s’enflammer. Le second chasseur TIE décrivit un arc de cercle pour venir se placer derrière elle. D’une certaine manière, elle savait que le pilote impérial avait verrouillé son Aile-X.

— Remonte, Trois ! Remonte ! hurla Chaz.

Une autre salve baigna le chasseur d’Alex de lumière, et l’un de ses réacteurs tribord s’enflamma. Tandis que le chasseur stellaire plongeait vers la surface du vaisseau de guerre impérial, Alex fut violemment plaquée contre le dos de son siège. Il y eut un second éclat de lumière. Et juste avant que les ténèbres l’emportent, Alex aurait juré que quelqu’un tentait de la contacter à travers la Force.

Une douleur insoutenable s’empara du bras d’Alex. Elle fixa du regard sa veste, dont le tissu était brûlé, entaillé jusqu’à la peau. De la sueur coulant le long de son visage, elle leva le regard jusqu’à l’imposante silhouette obscure qui se tenait au sommet de la dune. Il se tenait là en silence, comme s’il la jugeait. Le grésillement de son sabre-laser était la seule chose qui venait percer l’air pesant de la nuit.

— Pourquoi faites-vous ça ? cria-t-elle dans sa direction.

Perturbée par un sommeil agité, Alex se réveilla et tenta de reprendre son souffle. Elle passa sa paume sur la cicatrice qui s’étendait le long de son bras. Les souvenir de ce jour maudit sur Garos IV étaient encore vifs, la douleur encore réelle. La cicatrice s’étendait au-delà de la chair. Ça lui rappelait ce qu’elle avait accompli, et à quel point elle avait effleuré le côté obscur.

Peur… Colère…

Pourquoi le souvenir de ce jour refusait-il de s’estomper ? Ces émotions planaient au-dessus d’elle comme une pâleur mortelle. Le Jedi Noir ne l’avait pas tué. Pourquoi ? Pourquoi ? Il la tourmentait en rêve, et même éveillée, lors des moments paisibles. Il la faisait douter sur sa capacité à maîtriser la Force. Une larme coula le long de la joue d’Alex. La peur et la colère l’avait déjà conduites vers le côté obscur, et il lui fallait faire appel à la moindre once de force qu’elle avait pour s’en protéger. Elles étaient toujours là, projetant une ombre sur tout ce qu’elle faisait.

Alex sécha sa larme et se frotta les yeux, esquissant une grimace en touchant sa tempe douloureuse. Un bougea la tête très légèrement. Émettant un petit gémissement, elle se força à observer les alentours de la pièce faiblement éclairée. Des lumières jaune et verte clignotaient sur l’équipement de diagnostic médical, et les odeurs antiseptiques du centre médical flottaient dans l’air. La vaste salle contenait une douzaine de lits, tous vides.

Alex frissonna, se remémorant les derniers moments qu’elle avait passé dans son Aile-X avant de perdre connaissance.

Un Destroyer Stellaire Impérial.

Elle avait été sur une trajectoire de collision avec un Destroyer Stellaire Impérial.

Alex perdait le fil des jours qui semblaient sans fin, des jours qui se transformaient en nuit sans sommeil. Le calme de sa cellule était seulement rompu par le bourdonnement monotone des moteurs du vaisseau. Lorsqu’elle avait arrivait à trouver un tant soit peu de sommeil, ses rêves se transformaient en cauchemar. Elle était exténuée et incapable de repousser les ombres de sa rencontre avec le côté obscur. Elle avait tout le temps qu’elle voulait pour réfléchir.

Il n’y avait aucune distraction, aucune visite. Aucune question. Rien. Elle ne voyait personne, pas même les droïdes qui distribuaient les deux repas par jour en les glissant par une ouverture dans la porte.

Ce fut un soulagement lorsque le vaisseau s’arrêta enfin en orbite autour d’un monde quelconque et lointain, et que des soldats impériaux la conduisirent jusqu’à une navette en partance pour la surface de la planète. Elle étudia les paysages qui s’étendaient derrière le hublot. Des pics couverts de neige et des lacs d’un bleu cristallin semblaient un contraste étrange avec des vallées portant les traces de la guerre. Une cité s’étendait au bord d’un lac. De nombreux bâtiments y étaient en ruines. Des véhicules impériaux de toutes formes et de toutes tailles grondaient à travers les rues. Aucun véhicule civil n’était visible. Le spatioport était délabré mais il grouillait de transports impériaux. Ça ressemblait aux centaines d’autres mondes qu’elle avait vu dévastés par la Guerre Civile Galactique.

Son escorte l’emmena jusqu’à un bâtiment plus ancien et imposant près du centre-ville. Le complexe pénitencier était dans des infrastructures souterraines, trois étages sous le niveau du sol. Sa cellule en était une parmi tant d’autres dans un couloir lugubre qui sentait la moisissure, l’animal mort, et le prisonnier pas lavé. Des sensations de désespoir et de peur palpables émanaient du bloc de détention. La dernière chose qu’elle entendit avant que la porte de son nouveau nid douillet ne se referme était le sanglot incontrôlé d’un autre prisonnier qu’on traînait le long du couloir.

Trois jours s’écoulèrent avant qu’elle ait un contact humain. Des soldats impériaux l’escortèrent au niveau supérieur et la traînèrent à travers le hall du quatrième étage. De grandes fenêtres arquées ainsi que des volutes et des gravures détaillées longeaient les larges couloirs. Alex étudia les sols à l’extérieur du bâtiment tandis que ses yeux s’ajustaient à la lumière qui ruisselait à l’intérieur. Une clôture longeait le périmètre de l’infrastructure sur environ cent mètres, obscurci à certains endroits par une végétation luxuriante. Des tours de gardes surplombaient la zone, mais il s’agissait visiblement d’installations construites à la hâte. Une douzaine de speeder bikes étaient stationnés aux pieds de la tour, près de l’entrée principale, et une avenue à trois voies qui conduisait hors de l’infrastructure. Des silhouettes de gratte-ciels faits de duracier et de transparacier se dressaient au loin sur un ciel rosé sans nuages.

Une demi-douzaine de portes longeait le corridor. L’une d’entre elles, situé au bout du couloir, portait un panneau indiquant l’accès à une cage d’escalier, ce qu’elle nota mentalement comme un chemin d’évasion possible. L’étage était désert, à l’exception de ses gardes, un couple d’humains qu’elle sentait derrière une porte fermée, et un soldat impérial supplémentaire qui passait par la porte de la cage d’escalier. Elle eut une sensation des plus étranges lorsqu’il passa près d’elle, mais la réprima, misant sur le manque de sommeil.

L’un des gardes lui fit signe d’entrer dans une grande salle peu meublée qui ne contenait qu’un vieux bureau et une table entourés de quatre sièges anciens. Un canapé marron, dont le tissu était serti de boutons, avaient grossièrement été repoussé contre le mur, et trois sièges de plus petite taille étaient alignés près de la fenêtre.

Alex s’approcha de la grande baie vitrée à l’autre bout de la pièce et jeta un œil à l’extérieur. À l’arrière du bâtiment se trouvait une cour ombragée, mais les chemins qui y conduisaient étaient recouverts de mauvaises herbes qui provenaient de buissons qui n’avaient pas été taillés depuis des années. Des bancs noirs couverts de rouille entouraient une fontaine remplie d’une eau verdâtre et trouble. Elle se demanda si l’endroit avait été entretenu en des temps meilleurs.

— Éloignez-vous de la fenêtre, lieutenant, ordonna le soldat impérial.

Alex lui adressa un regard sévère et se déplaça en direction du bureau situé au centre de la pièce.

— Que se passe-t-il, capitaine ? Il n’est pas un peu tard pour commencer un interrogatoire ?

Avant que le soldat puisse répondre, des bruits de pas résonnèrent à travers le couloir. Adoptant une posture droite, il leva son arme contre son torse.

Alex se tourna pour faire face à l’arrivant. Deux soldats impériaux entrèrent dans la pièce et se positionnèrent de chaque côté de la porte pour permettre à une autre personne d’entrer.

— Attendez dehors, dit le capitaine Brandei à ses soldats, entrant dans la pièce, les bras croisés derrière le dos comme s’il était en pleine inspection de sa flotte.

Alex était détenue depuis des jours, et elle se sentait faible, mais elle faisait de son mieux pour rester sur le qui-vive. Elle étudia le capitaine. Il y avait bien plus de mèches dorées dans ses cheveux que la dernière qu’elle l’avait vu.

Brandei marcha jusqu’à la fenêtre, puis prit enfin la parole sans même la regarder.

— Je vois que vous vous êtes décidé à rejoindre les vivants.

— C’était votre vaisseau. Le Judicator.

Il acquiesça.

— Une tournure des événements étrange, n’est-ce pas ?

— Eh bien, je suis surprise qu’il vous ait fallut aussi longtemps pour revenir vers moi.

Brandei rit.

— À vrai dire, je n’avais pas prévu de vous revoir, Alexandra. Vous me dégoûtez.

— C’est comme ça que vous accueilliez la fille de votre vieil ami, le gouverneur impérial ? demanda Alex d’une voix ferme, confiante, et avec un d’arrogance qui lui semblait étranger.

Brandl se retourna lentement, lui lançant un regard furieux et impitoyable avant de lui répondre sur un ton aussi froid que les plaines de Hoth.

— Je vous en prie, Alexandra. Ne soyez pas condescendante avec moi. Vous êtes une Rebelle, pure en simple. Je ne peux qu’imaginer ce que l’homme qui a pris soin de vous a dû ressentir lorsqu’il a compris qu’il avait élevé une traîtresse à l’Empire.

Alex gardait le menton haut, fixant le capitaine du regard. Ses mots étaient peut-être cruels, même vrais, mais rien de ce qu’il disait n’effacerait ce qu’elle savait sur les atrocités commises par l’Empire.

— Pourquoi suis-je ici, capitaine ? demanda-t-elle en s’asseyant au bureau.

— Je ne suis pas tout à fait sûr, ma chère. Il n’est pas dans nos habitudes de capturer des pilotes d’Aile-X. L’équipe de tractage est interrogée, votre vaisseau passé au peigne fin. J’ignore la raison pour laquelle ils vous ont conduit à bord. Une erreur, je suppose. Peut-être un nouvel opérateur de l’équipage sur le pont. (Il fronça les sourcils.) Imaginez ma surprise lorsque j’ai découvert votre identité.

Le regard d’Alex ne quitta pas Brandei, mais elle ne dit mot.

— Pas étonnant que les Rebelles de Garos IV aient remporté un tel succès. Ils avaient un contact au sein de l’administration impériale qui sortait tout droit du manoir du gouverneur.

— Ça a beaucoup aidé. (Alex esquissa un sourire froid, ignorant les souvenirs douloureux d’avoir travaillé dans le dos de son père adoptif. Ce n’était pas quelque chose que Brandei aurait compris.) Je dois vous féliciter, capitaine.

— Oh ? Et puis-je savoir de quoi ?

— Vous êtes parvenu à empêcher l’amiral Daala de s’emparer du Judicator, ce qui veut dire que vous ne faites pas partie de ses toutous. Vous avez de la chance, étant donné qu’elle a réussi à détruire quasiment tous les vaisseaux de sa flotte.

Brandei l’observa pendant un moment, et Alex se demanda s’il était au courant de récentes informations en provenance de l’Amas de la Gueule. Sa tête de joueur de sabacc était preuve d’un grand talent.

— Vous voyagez pas mal, non ? Je suppose que vous n’avez pas à vous inquiéter des activités de l’amiral, dit-il en souriant. Cependant, la raison de ma visite pourrait vous intéresser.

— Laissez-moi deviner. Je suis sur le point d’être interrogé par des moyens cruels et inhumains, et vous voulez que je coopère afin qu’ils ne me fassent pas de mal.

— Quelle impudence ! Votre père ne vous reconnaîtrait pas. Peut-être ferez-vous preuve de plus de manières lorsque je vous dirai pourquoi je suis là.

— Laissez-mon père en dehors de ça.

— C’est impossible, Alexandra. Vous voyez, on l’a mis en état d’arrestation.

— Quoi ?

— Certaines personnes veulent le voir jugé pour avoir collaboré avec l’ennemi.

— Avec moi ? C’est ridicule ! Vous savez aussi bien que moi que…

— Ce que je sais ou pense n’a aucune importance. Le commandement dispose d’un témoin oculaire qui affirme…

— M’avoir vu m’atteler à mes fonctions officielles auprès de mon père ? M’avoir vu rendre visite au quartier général impérial ? Qu’est-ce que ça prouve ?

— C’est de votre faute si les choses en arrivent là, ma chère. Je n’aurais rien pu faire pour arrêter ça.

— J’aurais été étonné de vous voir essayer, dit Alex avec un sourire méprisant. Vous, mieux que quiconque, savez que mon père est innocent. Vous ne voudriez pas que le regard de vos supérieurs se pose sur vous, n’est-ce pas ? C’est votre vaisseau, après tout, qui m’a conduit sur Garos après ce raid impérial. C’est vous qui m’avez sauvé la vie, capitaine, ajouta-t-elle d’un air nonchalant. On peut dire que c’est vous qui êtes responsable de la chute de Garos IV.

Brandei rit.

— Vous avez une telle estime de vous-même, Alexandra, dit-il sur un ton méprisant. Vous devriez reconnaître ce que vous êtes devenue. Vous avez brisé l’esprit de votre père, et maintenant l’Empire brise le vôtre.

— Je ne vous crois pas.

— S’il vous plaît, arrêtez cette comédie, Alexandra. Votre père est l’un de mes plus vieux et chers amis. Je lui épargnerai cette souffrance et vous tuerais ici et maintenant. Ce serait agir en être des plus civilisés que…

— Civilisés ? répéta Alex en tapant du poing sur la table. Ce que le Judicator a fait sur Janara III, vous appelez ça agir en être civilisé ?

Brandei eut un mouvement brusque, surpris par son débordement. Il hésita, puis se racla la gorge avant de répondre à son accusation.

— Les ordres du Grand Inquisiteur venaient de l’Empereur lui-même. Le bastion Rebelle situé là-bas…

— Il n’y avait aucun bastion Rebelle là-bas, et vous le savez très bien ! Vous avez assisté à la destruction vous-même. (Alex tenta de maîtriser sa colère tandis qu’une douleur vive et intense parcourait son bras jusqu’à son épaule. Elle serra le poing lança un regard sévère à Brandl.) Des enfants innocents et leurs familles sont morts sous vos canons !

— N’essayez pas de vous cacher derrière cette vieille histoire, dit Brandei froidement, refusant de reconnaître ce qu’Alex savait de première main. (Il regarda par la fenêtre.) Si j’avais quel chagrin vous auriez apporté à votre père, je vous aurais laissé sur Janara III, enterrée sous les décombres.

Alex déglutit péniblement.

— Où est mon père ?

— Comme je l’ai dit, il est en état d’arrestation.

— Est-il ici ? J’aimerais le voir avant de…

— Ce que vous voulez est sans conséquence. Ici, vous n’avez aucun droit. Même si je savais où il est détenu, je ne vous répondrais pas. Vous lui avez fait suffisamment de mal.

— Alors comment ça va se passer, capitaine ?

— Vous serez livrée aux autorités…

— Pour être exécutée ? demanda-t-elle en l’interrompant.

Si Brandei fut surpris par la rudesse d’Alexandra, il n’en laissa rien paraître et se contenta de se racler la gorge.

— Pour être interrogée. (Il croisa son regard.) Mais vous n’avez pas tort, bien sûr. L’exécution est la seule réponse possible à votre fourberie. Imaginez combien il sera humiliant pour votre père de vous voir traînée dans un tribunal. Humiliant et pénible. Avez-vous jamais considéré à ses sentiments ?

Alex se détourna de lui.

Plus que tu ne le sauras jamais.

— Tous connaîtront sa honte.

Brandei secoua la tête d’un air triste.

Une larme s’échappa du coin de l’œil d’Alexandra.

— Vous feriez mieux de coopérer, Alexandra, dit l’impérial. Je vous le conseille pour le bien de votre père, pas le vôtre. Les choses ne feront qu’empirer si vous ne le faites pas.

Alex sentit une chaleur monter jusqu’à ses joues.

— Épargnez-moi vos menaces, capitaine.

— Ce ne sont pas des menaces. Sauvez la vie de votre père. Laissez-le vivre le reste de ses jours d’une manière qui convient à un ancien gouverneur loyal. Dites-leur tout ce que vous savez sur vos amis Rebelles, et il ne souffrira plus aucune disgrâce. (Il se rapprocha d’elle.) Quels étaient vos ordres ?

Alex haussa les épaules.

— Je ne sais rien qui serait susceptible d’intéresser vos interrogateurs, capitaine. Je ne suis qu’un simple pilote d’Aile-X.

Il ne valait mieux pas qu’il connaisse les briefings de mission décrivant l’activité inhabituelle de ce secteur sur laquelle ils avaient été chargés d’enquêter.

Brandei saisit l’intercom sur son bureau et pressa le bouton d’appel.

— Eh bien, j’espère que vous trouverez quelque chose d’intéressant. Vite. La vie de votre père pourrait en dépendre, ajouta-t-il tandis que la porte du bureau s’ouvrait et qu’un major du nom de Retkin entrait dans la pièce. Si vous voulez bien vous donner la peine, dit-il en pointant du doigt l’une des chaises situées près de la table.

Alex s’assit sur la chaise. Retkin s’assit en face d’elle et tapota sur son datapad. Deux holos se matérialisèrent au milieu de la table. Alex eut soudain l’impression qu’on avait vidé l’air de ses poumons.

— Alors, dit Retkin, si nous commencions ?

Alex fixait du regard les holos de son père et de Dair Haslip, un membre de la résistance garosienne qui avait servi l’armée impériale sous le grade de lieutenant. Les deux hommes semblaient avoir été passés à tabac. Leurs vêtements étaient froissés et sales, leur cheveux ébouriffés. Tork Winger avait les traits tirés, et son visage semblait pâle.

— Qu’est-ce que vous leur avez fait ? demanda-t-elle d’une voix tremblante qui trahissait son masque de sérénité et qui dissimulait une rage qui grandissait à chaque minute.

— Est-il réellement nécessaire d’apporter une explication ?

— Vous avez frappé deux hommes innocents. J’aurai dû me douter que l’Empire utiliserait des tactiques comme celle-là. Mais vous n’avez rien tiré de mon père ou de Dair. Comment vous auriez pu ? Ils n’avaient aucune idée, pas même la moindre connaissance, de mes activités.

— Tout ça, c’est du passé. Nous vous avons, vous. Et vous allez nous dire…

— Je ne vous dirai rien.

— Ce serait fâcheux, dit Brandei en regardant les holos. Je ne peux vous garantir que votre père survivra à un autre interrogatoire.

— Mon père a des relations haut placées.

Retkin renifla d’un air méprisant.

— Ces amis l’ont abandonné à la seconde où ils ont appris que vous travailliez avec la Rébellion. Aujourd’hui, il n’a plus un seul ami. Il ne lui reste qu’une fille qui l’a trahie.

Alex étudiait les holos, se demandant de quand ils dataient. Elle voulait tant croire que ces photos étaient fausses… mais elle n’avait aucun moyen de s’en assurer. Elle détourna le regard vers Brandei et s’efforça de lire son visage.

Retkin gloussa.

— Haslip n’a pu s’empêché de rire lorsque nous lui avons révéla que vous aviez été capturé à bord de votre X-Wing. Il a dit que nous avions capturé le meilleur pilote de Garos IV.

Alex voulait sourire, mais elle s’en abstint et maintint un visage impassible.

— Ça lui ressemble, répondit-elle.

— Vous êtes la mieux placée pour le savoir, je suppose. C’était votre petit-ami, après tout. (Retkin tendit la main, esquissant un sourire satisfait.) Pardonnez-moi. Le pauvre garçon s’imaginait être votre petit-ami. (L’interrogateur étudia attentivement son visage, puis accéda aux notes de son datapad et fit défiler les informations en silence, ignorant délibérément Alex. Il releva enfin les yeux, pencha la tête et plissa les yeux.) Nous avons trouvé le transpondeur sur votre vaisseau, lieutenant. Personne ne sait où vous êtes. Personne ne viendra à votre secours. Vous situation est à désespérer.

Alex prit une profonde inspiration, puis adopta un ton plus sévère.

— Vous en savez tellement peu sur moi, major. « Désespérer » ne fait pas partie de mon vocabulaire.

— Dois-je en conclure que vous ne coopérerez pas ?

Alex jeta un coup d’œil rapide à l’holo tandis qu’une sensation de brûlure la saisissait de nouveau.

— Je veux leur parler, dit-elle avec défi.

— J’ai bien peur que ce ne soit pas possible. Ils ne sont pas ici. De plus, je doute que l’un d’eux ait envie de vous voir après tout ce qui s’est passé. Haslip se sent ridicule car il n’a jamais vu à travers vos mensonges et votre supercherie. Et votre père aurait souhaité ne jamais vous avoir rencontré.

— Pourquoi est-ce que vous me mentez ? demanda Alex, le poing fermement serré.

— On fait moins la fière, n’est-ce pas, Alexandra ?

Brandei se leva et retourna près de la fenêtre.

— J’ai vu à quoi ressemblent vos séances d’interrogatoires, affirma sèchement Retkin. Votre amant était alors très brave. Et vraiment bavard, également. Il a déclaré que tout ce que nous faisions n’était rien comparé à ce que vous lui avez fait.

Alex connaissait parfaitement la véritable nature de sa relation avec Dair, mais elle devait jouer le jeu – autant pour son bien que pour le sien.

— Il aurait fait la même chose à ma place.

— Durant toutes ces années, vous l’aviez espionné, tout comme vous avez espionné les opérations de l’Empire sur Garos. Vous avez même espionné votre propre père !

Pendant un moment, Alex ferma les yeux, et un sourire narquois se dessina sur son visage.

— Il ne m’a pas facilité la tâche. Il a placé des gardes autour de notre maison. Comment une fille est-elle censée s’enfuir de sa chambre la nuit ?

Une douleur s’empara soudainement de ses épaules avant de descendre le long de son bras.

Tu n’es pas assez forte.

— Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda Brandei, fixant du regard les mains de la jeune fille tandis qu’elle agrippait le rebord de la table pour atténuer la souffrance.

— Rien. Je vais bien, répondit-elle en serrant les dents. Laissez-moi simplement voir mon père.

— Vous devez d’abord coopérer.

— Où est mon père ?

Retkin jeta un regard à Brandei, qui lui répondit par un rapide acquiescement.

— Si vous nous dites ce que nous voulons savoir, je verrai ce que je peux faire.

— Vous avez dit vous-même qu’il n’était pas là.

— C’est exact.

— Où est-il exactement ?

— Personne ne vous a dit ? (Retkin sourit et jeta un coup d’œil à Brandei.) Peut-être avons-nous une monnaie d’échange, capitaine.

— Je crois que vous avez raison, M. Retkin, répondit fièrement Brandei. Alexandra, bienvenue à Sreina. Vous êtes sur Janara III.

Alex bondit de sa chaise et se précipita à la fenêtre. Elle était à la recherche d’une sensation familière, n’importe quoi. Elle ferma les yeux et s’ouvrit à la Force pour toucher ce monde sur lequel elle avait tant perdu. Son esprit était bombardé d’explosions, de cris de femmes, et des gémissements d’un homme… puis plus rien.

Par ici.

Des voix jaillissaient de la brume.

Par ici, monsieur. Elle est en vie.

Une larme coula le long de la joue d’Alex. Cet endroit avait jadis été sa maison. C’était il y a si longtemps.

Un millier de vies et même plus pour trouver une petite fille et une poignée de Jedi optimistes.

— Cela doit faire un choc de découvrir que vous êtes retenue prisonnière ici, dit Brandei.

Alex ne pouvait savoir – et ne voulait même pas essayer de savoir – si le capitaine parlait avec sincérité. Pendant un moment, elle oublia son entraînement de soldat d’élite pour se laisser submerger par des émotions, et elle ne se souciait pas de savoir qu’elle partageait des pensées intimes avec l’ennemi.

— J’ai souvent rêvé que je revenais ici. J’ai si peu de mémoires d’enfance dans cet endroit. (Ses pouvoirs de Force limités ne lui apportaient aucune réponse.) C’était ma maison, mais maintenant je ressens un tel vide… et une telle désolation.

— Au moins, vous ressentez quelque chose pour cet endroit, répliqua Retkin.

Alex lui retourna un regard menaçant.

— Les précédents habitants de Sreina ne seraient pas d’accord, étant donné que leur cité a été virtuellement rasée de la carte.

Retkin renifla.

— C’est toujours mieux que ce qu’ont vécu les habitants de Carida. Vous avez entendu parler de Carida ?

Tandis qu’elle considérait la réplique du major, Alex décida que c’était la question la plus étrange qu’on lui ait jamais posé.

— Mon père a été à l’académie là-bas.

Il acquiesça.

— Il ne reste plus rien désormais, vous savez. Et je ne parle pas seulement de la cité, mais de la planète entière. Des millions de gens. Vous ne cessez jamais de parler des atrocités commises par les impériaux, mais il semble que votre Nouvelle République tue également des innocents.

— Ce n’est pas la Nouvelle République qui a détruit Carida.

— Les Jedi servent la Nouvelle République.

— Ce Jedi en particulier avait perdu la raison.

— N’est-ce pas là que votre peuple disait de l’empereur Palpatine ?

— Assez ! hurla Brandei.

Retkin fixa Alex de ses yeux vides, puis Brandei. Se raclant la gorge, il entra une nouvelle clé sur son datapad, projetant un nouvel holo.

« Nous étions plus que des amis », disait Dair, « Elle a menti. Comment pourrait-elle faire ça ? Comment pensez-vous que je me sentais après… après tout ce qu’on avait vécu ? J’ignore ce que vous me voulez. Elle s’est servie de moi. »

Alex se détourna à nouveau de Retkin, scrutant le sol à l’extérieur. Il n’y avait pas de barreaux à la fenêtre du quatrième étage, pas de verrou, et pas de système de sécurité visible. Elle ignorait la voix de Dair en provenance de l’holo mais faisait semblant d’être contrariée par la cruauté des paroles de son ancien ami. Pendant un bref moment, elle aurait juré sentir la présence de Dair. Fermant les yeux, elle tenta de se concentrer sur le monde qui l’entourait.

— Vous n’avez pas intérêt à lui faire de mal, dit Alex calmement, son visage rougissant sous l’effet de la colère. Son bras fut de nouveau prit pas une sensation de picotements, et la douleur la fit grimacer.

Retkin tapota sur son clavier et l’image de Dair se matérialisa de nouveau.

« Elle préférerait sauver ses amis plutôt que d’aider son père… plutôt que d’être avec moi. (Le visage de Dair était marqué par le mépris.) « Elle ne m’a jamais aimé. »

L’holo s’évanouit.

— Allez-vous parler maintenant ?

Alex resta de marbre.

— Je pourrais vous en montrer tellement plus, ajouta Retkin. Les raclées sont particulièrement cruelles et difficiles à regarder. J’adorerais voir à quel point vous êtes insensible, lieutenant. Voulez-vous voir votre petit-ami se faire passer à tabac – nous avons fait preuve d’une grande minutie lors de notre… débriefing – ou allez-vous nous dire ce que nous voulons savoir ?

De nouveau, l’interrogateur leva une main.

— Veuillez m’excuser. Haslip n’était pas votre petit-ami, je sais. Ce n’était qu’un lieutenant impérial victime de votre charme et suffisamment fou pour tomber amoureux de vous. D’un autre côté, il y a votre père. (Retkin la fixait du regard, ne s’attendant pas à la moindre réponse.) Il ne veut pas nous regarder vous tuer.

Les paroles de Retkin la frappaient tel un coup fatal porté par un sabre-laser. La souffrance arrachait la fine couche protectrice qui entourait les émotions d’Alex. Des souvenirs de sa rencontre avec Brandl et de l’énergie obscure qu’elle avait déployée pour sauver son père engloutissaient son esprit tandis que sa colère, nourrie par sa douleur, se transformait en une rage ardente.

Alex se jeta contre Brandei, le faisant brutalement tomber au sol, et s’apprêta à saisir le seul objet de la pièce qui pouvait faire office d’arme : une chaise. Cette dernière remua légèrement sans qu’elle ait besoin de poser une main dessus. Bien qu’elle eût du mal à y croire, elle savait ce qui était en train de se passer. Elle canalisa le flot d’énergie, agita la main, et se servit de la Force pour projeter la chaise à travers la moitié de la pièce. Elle vola jusqu’à Retkin et passa au raz de sa tête après avoir heurté ses bras. Elle s’empara d’une seconde chaise et chargea dans sa direction, jetant le projectile sur sa tête tandis qu’il tentait de se relever. Le coup porté le mit KO.

Alex se précipita vers la porte et traversa le couloir en direction de la cage d’escaliers, le son de ses pas résonnant le long des murs. Elle se retourna pour jeter un rapide coup d’œil. Un seul soldat impérial la suivait dans sa course à travers les escaliers faiblement éclairés. Elle enjamba plusieurs marches à la fois, puis bondit par-dessus la rampe d’escalier pour atterrir plus bas. Le soldat impérial enfonça la porte située juste au-dessus.

— Arrêtez, hurla-t-il. Alex, stop !

Alex s’immobilisa, et se retourna pour voir le soldat atterrir devant elle.

— Mettez les mains en l’air, dit-il à voix haute. (Puis, calmement, il ajouta :) Alex, c’est moi.

— Dair ? Depuis quand fais-tu partie du corps des soldats impériaux ?

— Depuis peu de temps, répondit-il en enjambant les dernières marches d’escaliers qui le séparaient d’elle. Ils sont à ta poursuite…

— Eh bien, viens avec moi. Sortons d’ici ! dit Alex en recula d’une marche.

Dair lui attrapa le bras.

— Non. Pas encore. On arrivera jamais à sortir du complexe. (Il regarda dans les deux directions, puis demanda d’un ton pressé :) Comment puis-je contacter tes amis ?

Alex cracha une série de nombres qu’il répéta aussitôt. Dair posa la main sur la joue d’Alex, caressant du pouce le dessous de ses yeux.) On dirait qu’un bantha t’a traîné à travers le désert !

— On ne me laisse pas beaucoup de sommeil. C’est mon tour d’être interrogée, dit-elle en haussant les épaules. Comment as-tu su que j’étais là ?

— Certaines personnes sont très bavardes.

— Ils ne vont pas te surveiller ?

Dair secoua la tête.

— Honnêtement, avec toute cette bureaucratie, je pense qu’ils m’ont oublié !

— Attends, dit Alex, si tu n’es pas arrêts, alors où est mon père ? Brandi et cet autre major ont menacé de vous faire du mal à tous les deux si je ne parlais pas.

— Il s’est passé beaucoup de choses, Alex. Pas le temps de tout raconter. On va te sortir de là, ajouta-t-il, prenant soudainement conscience du vacarme en provenance du couloir. Mets-toi devant moi. Vite !

— En avant ! hurla-t-il sur un ton autoritaire, brandissant son BlasTech A280 dans son dos.

— J’espère que tu sais ce que tu fais, répondit-elle avant que la porte du quatrième étage ne s’ouvre. Dair la bouscula légèrement pour donner bonne mesure.

— On s’en occupe, capitaine, dit un autre soldat impérial perché au sommet des escaliers tandis qu’une demi-douzaine de bruits de pas résonnaient dans le corridor.

Dair escorta Alex en haut des escaliers et la conduisit dans le couloir. Brandei se tenait à quelques mètres, légèrement échevelé, un bleu sur sa tempe.

— À quoi pensiez-vous, lieutenant ? demande-t-il.

— Je ne faisais que mon devoir, capitaine.

Alex sentit qu’on pointait un blaster entre ses omoplates. Elle longea le corridor, accompagnée de plusieurs soldats impériaux et d’un ami.

Brandei la fixa du regard.

— Remettez le lieutenant en détention.

Alex passa devant lui.

— Quel dommage, dit Brandei.

Alex s’arrêta et se tourna pour faire face à l’homme une dernière fois.

— Quoi donc, capitaine ?

— Que votre vie ait été gâchée à la poursuite des idéaux sans valeur d’une bande de malfrats.

— Sans valeur ? rétorqua-t-elle. En ce moment même, ces idéaux se répandent comme un feu à travers la galaxie. Un feu que vous ne parviendrez jamais à éteindre, quel que soit le nombre de planètes que vous détruisez ou le nombre de gens que vous torturez.

— Je vous en prie, épargnez-moi vos slogans politiques.

— Pourquoi ? Êtes-vous fatigué d’entendre l’empereur les cracher à longueur de temps ? dit-elle sur un ton fier.

Brandei esquissa un sourire méprisant.

— J’ai toujours pensé que nous en arriverions là, Alexandra. C’est la raison pour laquelle je vous ai fait ces recommandations pour l’académie Raithal. Aujourd’hui, je vois que vous avez trahi ma confiance. Je peux vivre avec ça. Mais vous avez également trahi tout ce en quoi votre père croyait, tout ce pour quoi il a travaillé. Au moins, vous n’aurez pas à vivre longtemps avec ça sur la conscience.

Alex ne broncha pas, lançant un regard ardent à Brandei.

— Chacun de nous doit choisir une cause en laquelle il veut croire, capitaine. J’ai fait mon choix le jour où ma famille a été tuée sur Janara III. Je pense que mon père comprend ça. (Elle étudia le visage de Brandei pendant un moment, puis reprit :) Vous savez, capitaine, c’est drôle. Si vous ne m’aviez pas sauvé lors de cette attaque, si vous n’aviez pas fait preuve de bonté, on n’en serait pas là aujourd’hui. Pouvez-vous vivre avec ça sur la conscience ?

Elle se tourna brusquement et longea le corridor avant que Brandei n’ait pu ajouter un mot.

Alex souffla sur une mèche de cheveux qui pendait devant son visage couvert de sueur et plia les genoux pour prendre une posture d’attaque. Elle enroula ses doigts autour de la poignée de son sabre-laser et fut surprise lorsqu’elle réalisa que l’arme était comme une extension de sa main gantée.

Elle pencha l’arme en direction de son opposant. Sa grande et vile silhouette projetait une ombre sur le sol entre eux, ses cheveux bruns, qui tombaient au niveau de ses épaules, ondoyaient au même rythme que sa cape. Il la jaugeait avec circonspection, abaissant la lame de son propre sabre-laser pour rencontrer la sienne. Un grésillement rompit l’air accablant de l’après-midi tandis que les lames des Jedi s’embrasaient.

Le chevalier feinta à droite puis bondit sur Alex. Elle repoussa l’attaque et riposta, s’approchant délibérément et vigoureusement de lui dans le but de le prendre par surprise. Son sabre-laser s’abattit vers le bas, frappant le sien d’un coup sec, puis d’un autre.

Alex s’immobilisa pour reprendre son souffle. Un petit sourire s’esquissait sur son visage et ses yeux scintillaient comme le sabre-laser qu’elle tenait de ses deux mains.

— Il va falloir que tu m’apprennes ce tour, dit-il, essoufflé.

Alex bondit de nouveau en avant, poussant le Jedi vers la lisière de la clairière. Plus aguerri, son adversaire lutta pour reprendre du terrain, mais Alex plia adroitement ses poignets et bloqua son sabre, le forçant à lâcher son arme. Il adressa un sourire à Alex.

— Ton entraînement a porté ses fruits, s’exclama-t-il. Maître Skywalker en sera ravi.

Alex se réveilla brusquement. Son cœur battait la chamade et elle avait du mal à respirer. Elle regarda sa main fixement et plia les doigts, se remémorant le poids du sabre-laser. Il y avait quelque chose de bon, quelque chose de familier dans sa vision.

Une douleur fulgurante s’empara de ses épaules, créant un serpent enflammé le long de son bras qui fit voler en éclats sa vision d’espoir. Alex poussa un cri d’agonie. La lacération causée par le sabre-laser du Jedi Noir la torturait, refusant de rester enfouie dans le passé.

Tu n’es pas assez forte.

Elle saisit son bras.

— Laissez-moi tranquille ! hurla-t-elle à la sombre apparition tandis que les lumières de sa cellule s’allumaient par intermittences. Ce rituel nocturne avait commencé peu après son arrivée sur Janara III. Elle avait fini par s’y habituer : les lumières se mettaient à briller de plus en plus, puis s’éteignaient subitement. Une minute plus tard, le schéma se répétait.

Un autre prisonnier enfermé dans le bloc cellulaire hurla. Elle voulait désespérément lui dire que tout irait bien. Elle se concentra, faisant appel à la Force, et projeta des ondes de sérénité à l’intention de son homologue.

Des bruits de pas dans le couloir brisèrent sa concentration. Ils ralentirent, puis s’arrêtèrent devant la porte de sa cellule. Elle se leva lorsque la porte s’ouvrit. Un soldat impérial seul entra dans la cellule, le doigt levé devant son casque comme pour lui faire signe de se taire.

Plus consciente que jamais du petit monde qui l’entourait, Alex sentait une présence familière.

— Dair ?

Le visiteur saisit son casque des deux mains et le retira.

— Je n’ai pas eu le temps de te le dire tout à l’heure, mais tu m’as manqué !

Alex esquissa un sourire, mais elle parcourut la pièce d’un regard méfiant avant de croiser le sien.

— On n’est pas surveillé ?

Dair acquiesça.

— Ils n’ont pas encore eu le temps de moderniser les cellules de ce bâtiment. Il n’y a aucun dispositif de haute sécurité ici, dit-il en s’approchant de la couchette. Je me suis inquiété tout à l’heure lorsque je t’ai croisé et que tu ne m’as pas reconnu. J’ai cru que tu avais tiré un trait sur moi.

— Qu’est-ce qui te fait dire que je ne t’ai pas reconnu ?

— Oh, je te connais depuis un bout de temps. Je connais ton regard.

— Tu vas bien ? demanda-t-elle dans le but de changer de sujet. Retkin m’a montré d’horribles vidéos…

Dair lui fit signe de se taire et dit :

— Quelques semaines après la Bataille de Garos, ils ont ordonné un échange de prisonnier. Tout s’est fait à la dernière minute, et j’ai été assigné aux efforts de récupération dans le centre-ville d’Ariana.

— Après qu’on t’ait tiré dessus ? Dair, je suis désolée, je n’ai pas pu…

— Chut. On devait jouer le jeu et tu le sais. C’était le seul moyen de préserver ma couverture.

— Mais les vidéos…

— Elles étaient tirés des interrogatoires qu’on avait subis après avoir été livré au Judicator. Ce n’était pas aussi dur que ça en avait l’air. Ton père a nombreuses relations chez les impériaux. Je suis devenu son assistant.

— Où est mon père ? Si tu es là, alors…

Dair prit un air grave.

— Ils t’ont menti, Alex, dit-il calmement, prenant les mains de la jeune femme dans les siennes. Après notre départ de Garos, Brandei devint le partisan du gouverneur le plus ardent. Il savait que ton père était toujours loyal à l’Empire. Ils ne l’ont jamais arrêté. Il a répondu à quelques questions, mais Brandei a refusé qu’on le soumette à un interrogatoire. Alex… là où il est, il ne souffrira plus jamais.

Le visage d’Alex devint pâle.

— Non, dit-elle, des larmes coulant le long de ses joues. Non, ne me dis pas que…

— Il est mort il y a trois mois, reprit Dair calmement, enlaçant Alex. Je suis désolé.

Alex enfonça son visage dans le torse de Dair et pleura. Elle avait perdu tous les membres de sa famille. Sa mère était morte alors qu’elle était bébé. Puis ses grands-parents avaient été tués sur Janara III. Son père, Matt Turhaya, un commandant des Forces Spéciales, avait été tué au cours de l’invasion de Garos IV. Aujourd’hui, l’homme qui l’avait adopté, qu’elle avait aimé en dépit de sa fonction, n’était plus.

Dair tint Alex fermement entre ses bras et passa la main dans ses cheveux. Il se racla la gorge et dit :

— Son cœur était fragile, Alex. Tout a changé après la tentative d’assassinat sur Garos.

Dair souleva le menton de la jeune prisonnière et essuya délicatement les larmes sur son visage.

— Quand on dit « au revoir » à quelqu’un, ça veut dire qu’on va revenir, dit Alex, les lèvres tremblantes. Ça ne devait pas se passer comme ça. J’aurais voulu lui parler une dernière fois. Lui expliquer pourquoi…

— Chut, dit calmement Dair. Les choses n’auraient pas été différentes.

— Comment peux-tu le savoir ? demanda-t-elle en se libérant de son étreinte.

— Il t’aimait, que tu sois une vermine rebelle ou pas. Après notre départ de Garos, il ne passait pas un jour sans qu’il parle de toi. (Dair esquissa un doux sourire tandis qu’il prenait la main d’Alex.) Il rayonnait lorsqu’il parlait du traditionnel dîner que vous aviez, tous les deux, au manoir, et de ta réussite à l’université. De la fois où la moitié des défenses aériennes d’Ariana avait failli abattre votre navette. Il n’a pas oublié la façon que tu avais d’en mettre plein la vue aux dignitaires et aux officiers de l’armée en visite.

— S’il te plaît, arrête. Tu ne l’a pas vu la nuit où je lui ai révélé que je travaillais pour la cellule rebelle de Garos. Je n’étais pas la fille loyale qu’il avait pensé élever. Je ne voulais pas finir dans un cockpit de chasseur TIE. Je voulais détruire les chasseurs TIE. Je lui ai fait beaucoup de mal, Dair.

— Le temps a effacé en partie cette souffrance.

Alex étudia le visage de son vieil ami.

— J’espère que tu as raison.

— Es-tu prête à te mettre au boulot ?

— Tu as pu contacter mon réseau ?

Dair acquiesça.

— J’ai l’impression qu’ils se préparent pour un sacré feu d’artifice. Grosse artillerie. Grande puissance de feu.

— Ça a l’air d’être mieux qu’une simple mission de sauvetage, non ? dit-elle. Les renseignements de la Nouvelle République avaient raison à propos des activités impériales dans ce secteur. Tu as probablement confirmé leurs soupçons. Qu’est-ce que les impériaux mijotent ?

— Ils installent des usines de production de chasseurs stellaires. Des tonnes d’équipements sont acheminées jusqu’ici. Les armes s’entassent.

— Tu as réussi à dénicher des informations sur les zones cibles ?

— Absolument, dit-il sur un ton affirmatif. L’attaque fera office de diversion. Après toutes les missions que tu as menées à bien, sortir d’ici sera un jeu d’enfant. Janara III va s’enflammer comme…

Alex esquissa soudainement une grimace alors qu’une autre douleur s’emparait de son bras.

— Qu’est-ce qui ne va pas ?

— Janara III, dit-elle lentement, les yeux fixés sur les murs gris-terne de sa cellule. J’ai vécu là-bas. Mes grands-parents y sont morts. (Saisissant son bras endolori, Alex se leva et se tourna pour faire face à son vieil ami.) Brandl m’a dit pourquoi l’Empire a attaqué ce monde.

— Jaalib Brandl ? Comment saurait-il… (Dair se renfrogna et reprit :) Alex, tu es sûre de pouvoir te fier à tout ce qu’il t’a dit ? Il a essayé d’assassiner ton père !

— Le père de Jaalib était responsable. Tu as entendu parler des chasseurs de Jedi employés par l’Empereur ?

Il y eut un silence plus profond que celui qui enveloppait le vide spatial. Dair fronça un sourcil et Alex comprit qu’il venait de rassembler toutes les pièces du puzzle.

— Toi ? dit-il. (Tant de choses concernant la jeune femme qui se tenait devant lui devinrent soudain claires. Toutes les choses qu’il avait attribuées à l’intuition ou à un étonnant sens du danger étaient en fait bien pires.) C’est toi qu’ils recherchaient, dit Dair, l’air pensif. Alors tu as vraiment un grand pouvoir…

— Ce n’est pas toujours une bonne chose.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

Alex retira sa veste et révéla la cicatrice sur son bras. C’était la marque d’un sabre-laser.

Dair réprima un juron.

— C’est Brandl qui t’a fait ça ?

Alex posa les mains sur les épaules de Dair afin de l’apaiser et de faire cesser ses propres tremblements.

— Peu importe, dit-elle sans la moindre conviction.

Elle repensa au passé. La puanteur de chair ensanglantée, les os brisés et la fumée asphyxiante répandus après l’explosion d’une bombe posée par un assassin lui étaient aussi clairs à ce moment qu’au moment où elle les avait vécu sur Garos. Ses mains étant entaillées par de la roche et du verre coupant, elle lutta pour atteindre son père.

— Brandl disait que je n’étais pas assez forte. Il savait que la colère me rendrait puissante. (Une seule larme coula le long de sa joue tandis qu’il levait les yeux vers Dair.) Je ne pouvais pas laisser mon père mourir.

L’expression de Dair s’adoucit.

— Bien sûr, dit-il doucement, repoussant délicatement une mèche de cheveux de devant ses yeux avant d’essuyer l’unique larme qu’elle versée. Alors, tu es une Jedi ?

Alex secoua la tête.

— Brandl m’a montré le côté obscur de la Force. Il m’a fait voir une part de moi-même dont je ne suis pas fière. Chaque jour je me souviens de ce que j’ai fait.

— Tu as sauvé la vie du gouverneur, Alex. Ce pouvoir…

— … et bien trop attrayant, dit-il en lui coupant la parole. Trop dangereux. Il me fait peur.

— Peux-tu le contrôler ?

Durant les mois précédents, plusieurs de ses amis s’étaient trouvés en danger, ce qui l’avait soumise à une dose d’émotions intense.

— J’essaie.

— Et qu’arrivera-t-il si tu échoues ? Qu’arrivera-t-il la prochaine que tu te mettras en colère ?

— Je ne pense pas que…

— Quand je t’entends parler, je ne parierai pas là-dessus. Tu ne comptes tout de même pas vivre comme ça le reste de ta vie ?

— Bien sûr que non.

— Dans ce cas, pourquoi passes-tu ton temps assise dans le cockpit d’un vaisseau de la Nouvelle République alors que tu devrais apprendre à maîtriser ton pouvoir ?

— Tu ne m’as pas entendu ? Je ne crois pas être suffisamment forte pour résister à l’attrait du côté obscur.

— Tu sais, si tu ne t’entraînes pas, tu ne deviendras pas plus forte. Tu n’en seras que plus vulnérable.

Elle secoua la tête.

— Je ne suis pas prête. Je ne le sais que trop.

— Eh bien, tu n’es pas forcée de faire ça toute seule, tu sais ?

Alex se détourna de lui et se mit face au mur gris-terne de sa cellule.

Nous nous reverrons, Alex.

— J’ai entendu dire que Luke Skywalker rétablit actuellement l’Ordre Jedi. Il forme des élèves sur Yavin.

— Dans ce cas, pourquoi ne les rejoins-tu pas ?

Elle se retourna de nouveau vers lui, secouant la tête.

— Il ne voudrait pas de moi là-bas. Pas après ce que j’ai fait.

Dair la força à le regarder dans le noir de ses yeux.

— La bonne vieille Alex Winger que je connaissais n’abandonnerait pas aussi facilement.

— Laisse-moi tranquille ! hurla-t-elle en se libérant de son emprise. Tu ne vois pas que j’essaie ?

— Tu as peur. J’ai compris. Mais la peur ne t’a jamais empêché de faire quoi que ce soit auparavant. (Dair se tint de toute sa hauteur et saisit son casque.) Je ferais mieux d’y aller. Repose-toi. Je reviendrai dans quelques jours.

Alex passa la paume de sa main le long de sa vieille cicatrice, remontant avec un doigt jusqu’à l’extrémité de l’entaille. Elle savait qu’il y avait du vrai dans ce qu’avait dit Dair. Le côté obscur n’avait pas une emprise absolue sur les gens réceptifs à la Force. Luke Skywalker en était lui-même revenu. Même le légendaire Ulic Qel-Droma avait fini par retourner à la lumière. Et il y avait Kyp Durron, dont elle était sûre de connaître l’avenir mieux que le sien. Il serait un grand Maître Jedi. Mais son propre futur était teinté de gris, dissimulé sous l’ombre projetée par les Jedi Noirs. Elle devait mettre un terme à l’influence de Brandl. Et elle devait le faire maintenant.

— Je me demandais si tu reviendrais après la façon dont on s’est quittés l’autre jour, dit Alex pendant que Dair se glissait dans sa cellule.

— J’ai pensé que tu avais besoin de sommeil. Rien de personnel, répondit-il. J’ai essayé de venir te voir hier, mais on m’en a empêché. Je voulais te prévenir avant le début de l’opération, mais tu sais ce qu’on dit sur les plans les mieux préparés.

— Alors, quel est le plan ?

— Il y a quelques douzaines de gardes entre ta cellule et le spatioport. (Dair tira une datacarte de sa poche, frottant son index contre sa surface.) Ceci nous aidera à sortir du bâtiment si quelqu’un tente de nous arrêter. Un landspeeder OP-5 nous attend dehors ; il nous permettra de rejoindre le spatioport où une navette est prête à décoller.

— Ça m’a l’air bien trop facile. Et tu sais ce qu’on dit sur les plans qui ont l’air trop faciles.

La montre de Dair se mit à émettre un bip.

— Il est temps de partir. Prête ? demanda-t-il, remarquant le regard distant d’Alex. Qu’est-ce qu’il y a ?

Elle fit appel à la Force.

— Un garde. Il s’approche de la cellule.

— Ils sont plutôt rapides. (Dair se colla dos au mur à côté de la porte lorsqu’une explosion retentit au loin.) Je pensais qu’on serait tranquille jusqu’à ce qu’on atteigne la baie de détention.

La porte s’ouvrit dans un glissement. Alex fixa du regard le soldat impérial qui entra. Le soldat aperçut Dair du coin de l’œil.

— Qui êtes-vous ? demanda-t-il en dégainant son fusil blaster.

Alex s’empara du canon du fusil et attira le soldat à l’intérieur de la cellule. Dair le frappa sur la tête, et l’homme tomba au sol dans un bruit sourd. Alex lança le fusil blaster A280 à Dair.

— Après vous, dit-il en lui faisant signe de sortir de sa cellule pour rejoindre le couloir désert.

Se déplaçant à la manière des boetays, ils longèrent le corridor, grimpèrent une série d’escaliers, et arrivèrent à la rotonde principale. Deux agents de sécurité levèrent les yeux de leurs bureaux. L’un d’eux fit un signe de tête à Dair, qui poussa Alex en direction de la sortie. Son blaster était toujours braqué dans le dos de la prisonnière lorsqu’une autre explosion fit trembler la place à l’extérieur du bâtiment. Des alarmes retentissaient.

— Attendez, lieutenant, dit l’un des gardes à voix haute.

Dair se retourna et dit d’un ton sec :

— Je ne crois pas.

Il abattit les deux gardes pendant qu’Alex courait en direction de la porte, dévalait les escaliers, et se dirigeait vers le landspeeder OP-5 garé près de l’entrée. Elle bondit à l’intérieur du véhicule, suivie de près par Dair.

Alex leva les yeux au ciel et vit quatre Ailes-X passer en trombes au-dessus de sa tête avant de détruire un bâtiment situé au nord. Deux autres chasseurs stellaires fusèrent à l’ouest, volant par-dessus un ciel tinté de rose. Dair fit rugir les moteurs et lança le véhicule dans une large avenue, ignorant les cris frénétiques que lancèrent les gardes à la porte.

Alex lui adressa un large sourire.

— Jolie diversion.

— Je t’ai dit que je leur avais fournis les bonnes informations.

Alex étudiait la route derrière eux.

— Aucun signe de poursuite pour le moment. Je suppose qu’ils sont légèrement occupés.

— On aura déjà beaucoup de chances si on arrive à avoir cinq minutes d’avances sur eux. (Dair lui lança un regard en biais.) Est-ce que ça va ?

— Je me demandais juste si tu n’avais pas marre de ta vie d’impérial.

— Tu penses que je pourrais travailler derrière un bureau, en sécurité ?

— Tu pourrais beaucoup apporter à la Nouvelle République, Dair.

— Ils n’auraient que ta parole. Je ne suis pas sûr de savoir comment réagir si je ne travaille pas derrière les lignes ennemies.

— On te laissera une ou deux semaines pour t’y habituer.

Il rit.

— J’aurais quand même une requête.

— Laquelle ?

— Il y a peu de chances que l’aide vienne de l’intérieur la prochaine fois, alors tu veux bien me promettre qu’à partir de maintenant tu éviteras les prisons impériales ?

Alex serra délicatement son bras.

— Je promets si tu retournes sur Garos.

Dair lui adressa un sourire.

— Je rentrerai que tu rentreras !

Il savait qu’elle ne retournerait pas sur Garos, Alex le sentait. S’efforçant de sourire, elle étudia le profil de Dair, heureux qu’il quitte enfin son service auprès de l’Empire. Ses pensées remontèrent à son père, et elle ressentit de nouveau une douleur au cœur. Elle se demandait s’il aurait compris que dans cette lutte, il n’y avait pas de réponse simple. Tout n’était pas tout noir ou tout blanc. Pas pour elle, pas pour Dair. Tout était gris.

Dair indiqua du doigt la boîte à gants.

— Regarde ça. Quelques extras en cas de besoin.

Alex fouilla le compartiment et trouva les objets dont Dair parlait.

— Un pour moi, un pour toi, dit-elle. (Alex vérifia les cellules d’énergies des blasters, puis posa les deux pistolets blaster DL-18 entre eux et ramassa le fusil A280 que Dair avait récupéré sur le garde qu’il avait abattu.) D’accord, mon ami. Je suis prête si tu l’es.

— Garde les yeux ouverts, dit Dair.

Une demi-douzaine de vaisseaux impériaux apparut au loin, s’élevant par-dessus les entrepôts situés en périphérie du spatioport, prêts à donner la chasse aux agresseurs de la Nouvelle République. Dair guida l’OP-5 à travers la première rangée de bâtiments et suivit un flot de véhicules qui se bousculaient pour transporter les pilotes à d’autres vaisseaux.

Alex scruta rapidement le tarmac.

— Où est cette navette dont tu m’as parlé ? demanda-t-elle lorsqu’ils longèrent une rangée de bâtiments délabrés.

— Juste derrière cette tour, dit Dair, faisant un signe de tête en direction d’une haute structure grise qui s’élevait plus loin. Tout le monde semble être occupé par tes amis. Ils n’ont pas été prévenus de notre arrivée.

— Il se pourrait que tu aies tort, dit Alex. Deux éclaireurs impériaux en approche sur ta gauche.

Alex agrippa fermement le fusil blaster tandis que le landspeeder traversait une zone à découvert. Elle posa le canon sur le flanc du véhicule, le regard fixé sur les speeder bikes en approche rapide.

— Ils sont sacrément rapides ! hurla Alex. Fonce !

Dair enfonça la pédale d’accélérateur et répliqua :

— On ne pourra jamais les semer !

— Contente-toi d’atteindre la navette ! s’exclama Alex, ajustant sa visée sur les soldats sans pour autant ouvrir le feu. Encore quelques secondes et…

Alex ouvrit le feu, mais le premier tir se perdit lorsque Dair fit un écart pour éviter un esquif qui avançait lentement. Au deuxième tir, elle fit mouche.

— Je l’ai eu ! hurla-t-elle alors que l’un des véhicules ennemis explosait et effectuait une série de tonneaux avant de s’écraser sur le tarmac. Le second speeder bike fit un écart, évitant de peu l’épave enflammée.

Un tir en provenance de la direction opposée heurta le landspeeder.

— Voilà les renforts, dit Dair en décochant quelques tirs avec le DL-18 avant de zigzaguer entre les immeubles.

— Il en reste toujours un derrière !

Alex ajusta sa visée et tira. Des étincelles jaillirent du moteur du speeder bike lorsqu’un autre éclaireur impérial émergea d’une allée et se trouva au coude à coude avec le landspeeder. Il tira en direction de Dair, ratant sa cible de seulement un ou deux centimètres. Alex saisit les commandes des mains de Dair et vira légèrement sur la gauche.

— Hé ! cria Dair. Qu’est-ce que tu fais ?

Du coin de l’œil, il vit le speeder bike heurter le flanc du landspeeder avant que le pilote ne perde tout contrôle du véhicule. Il lança un large sourire à Alex.

Ils n’étaient pas sortis d’affaire pour autant. Alex remarqua deux objets non identifiés qui se positionnèrent rapidement derrière l’OP-5. Un battement de cœur plus tard, un soldat se trouvait face à Dair. Dair le remarqua lui aussi, et vira brutalement sur la gauche. À la différence de son homologue, le soldat ne se laissa pas avoir. Après s’être penché sur le côté, il agrippa le flanc du speeder et hissa ses jambes sur la plage arrière.

L’éclaireur attrapa Alex tandis qu’elle tentait de l’abattre. Il l’attira sur la plage arrière et immobilisa ses bras.

— Arrête-toi ! hurla-t-elle. (Soulevant ses jambes entre elle et le soldat, Alex tenta de le repousser.) Arrête-toi, Dair ! cria-t-elle. Freine !

— Quoi ? dit Dair en fronçant les sourcils.

— Freine d’un coup sec !

Dair enfonça la pédale de freins et le soldat impérial fut projeté sur la plage avant. Sa tête heurta violemment le pare-brise en transparacier. Le soldat qui se trouvait derrière eux s’écrasa contre l’arrière du véhicule, fut éjecté à l’autre bout du landspeeder et tomba sur le tarmac.

— Accélère, accélère ! hurla Alex.

Dair enfonça l’accélérateur à nouveau. Alex attrapa le soldat effondré sur la plage avant et le jeta en arrière. Son corps rebondit sur le tarmac à la manière d’une poupée en caoutchouc tandis que le speeder fonçait droit en direction de la tour de contrôle en forme d’obélisque, à destination de la navette.

— Rien de cassé ? demanda Dair.

— Non, répondit Alex en se frottant la nuque.

Des tirs de blaster touchèrent l’arrière du landspeeder. Alex s’empara du fusil blaster posé sur le plancher et se tourna pour débusquer la nouvelle menace.

— Plus on les tue, plus ils reviennent !

Dair jeta un bref regard en arrière et repéra la demi-douzaine de speeder bikes qui les avait poursuivi en premier lieu et qui était maintenant en approche rapide. Quelques secondes plus tard, Dair arrêtait l’OP-5 à quelques mètres de la rampe de la navette de sauvetage.

— Une navette Lambda contre des chasseurs stellaires impériaux ? geignit Alex tandis que plusieurs tirs de blaster pleuvaient sur le landspeeder.

— Tes amis sont venus. C’est le plus important, non ?

— C’est vrai, hurla-t-elle en sautant hors du landspeeder.

Dair passa par-dessus le flanc du véhicule et décida de couvrir Alex en ciblant l’éclaireur impérial le plus proche. Il ouvrit le feu et un autre speeder bike se transforma en boule de feu.

Alex courut à travers le tarmac. Elle s’arrêta au pied de la rampe de la navette, se retournant pour couvrir Dair.

Un autre speeder bike avait fait un détour et approchait sur leur droite. Une décharge libérée par son canon laser toucha la main d’Alex, faisant sauter le blaster qu’elle tenait. Alex ignora la douleur et dégaina son DL-18, l’agrippant tant bien que mal de ses mains couvertes de sang. Elle fit pleuvoir sur le speeder bike un flot continu de tirs pendant que Dair courait jusqu’à la rampe d’embarquement. Le véhicule ennemi explosa, projetant des débris à travers le tarmac qui génèrent la progression des autres speeder bikes impériaux. Deux autres speeder bikes se rentrèrent dedans, un troisième tomba sous les tirs d’Alex.

Les réacteurs du vaisseau s’enclenchèrent et Alex monta le long de la rampe, actionnant la fermeture de la navette qui s’élevait déjà au-dessus du spatioport. Elle déchira sa veste et enroula le bout de tissu autour de sa blessure. Des tirs de blaster rebondirent sur la coque du vaisseau pendant qu’elle rejoignait Dair dans le cockpit, qu’elle prenait les commandes et qu’elle guidait la navette en atmosphère.

— Signal identifié, dit Dair. S’ils nous abattent, ce ne sera pas à cause de ses amis.

— Qu’est-ce que tu veux dire ? Tu es en présence du meilleure pilote de l’Escadron Bleu.

— Bleu ? répéta-t-il en gloussant. Quel genre d’escadron d’élite porterait un nom pareil ?

Alex roula des yeux.

— C’est sans prétention. Subtile.

— Ah, d’accord. Je comprends, répondit-il.

— Peux-tu passer le commandant de l’escadron sur la fréquence com ? demanda-t-elle tandis qu’elle enfonçait une douzaine de boutons sur le panneau de commandes afin de s’assurer que les boucliers étaient bien levés et que le système d’armement était bien opérationnel. La console fut bientôt couverte d’empreintes de main sanglantes.

— Alex, tu saignes ! (Dair lui attrapa le bras et déroula son bandage de fortune.) Tu as perdu la moitié de ta main !

Dair ouvrit sa veste et déchira un morceau de son propre t-shirt. Il prit sa main et enroula délicatement le bout de tissu autour de la blessure.

— Arrête ton char, aboya-t-elle. C’est rien que deux doigts. Je vais bien, je t’assure. Laisse-moi piloter, qu’on puisse enfin s’en aller d’ici.

— Un autre signal en approche. Coordonnées.

— Entre-les dans le navordinateur.

Les doigts de Dair survolèrent la console.

— C’est fait.

Quelques secondes plus tard, la navette fit un saut en hyperespace.

Le regard fixe, Alex regarda les étoiles s’allonger devant elle. S’autorisant un moment de détente, elle fit appel à la Force, sachant désormais qu’elle trouverait la forte d’affronter ses peurs. Elle n’emprunterait plus de chemin obscur.

Nous nous reverrons, Alex.

C’étaient là les mots de Luke Skywalker.

Sans réfléchir, Alex tripota le panneau de commande du vaisseau et entra une nouvelle série de coordonnées dans le navordinateur.

— Tu changes de cap ? demanda Dair.

— C’est le moment d’aller sur Yavin, dit-elle, le regard tourné vers l’avenir. Il y a là-bas quelqu’un qui m’attend. Je le sens.

La Force sera avec toi… pour toujours.