ÉPILOGUE
RENAISSANCE
Yan Solo était seul, debout dans la foule de cadets euphoriques réunis sur le terrain d’atterrissage. Le col de son tout nouvel uniforme le serrait, mais il n’osait pas passer un doigt dedans de peur de l’agrandir.
Il voulait être parfait.
Autour de lui, les nouveaux cadets se faisaient féliciter par les membres de leur famille. Ceux qui n’avaient personne, comme Yan, étaient rares. Le Corellien repéra un jeune homme à la peau sombre, et une femme aux cheveux coupés très court.
À ces exceptions près, les nouvelles recrues impériales étaient entourées par l’affection des pères, mères, frères, sœurs et grands-parents venus applaudir leur heure de gloire.
Yan se sentit très seul. Il était plus vieux que les autres cadets, ce qui l’isolait encore plus.
Mais j’ai réussi. J’y suis arrivé…
Le vaisseau de transport Imperator les attendait. Bientôt, les cadets monteraient à bord, pour être amenés sur Carida, la planète d’entraînement.
Yan eut un pâle sourire en regardant l’Imperator.
Une corvette corellienne. Logique.
Il sonda de nouveau la foule, et réalisa soudain qui il cherchait.
Solo, espèce d’idiot. Tu ne croyais quand même pas qu’elle allait venir, non ? C’est fini ! Elle est partie !
Non, il ne pensait pas que Bria allait venir. Mais une partie de lui l’espérait peut-être…
Il soupira. Dewlanna lui avait souvent cité un proverbe wookie, qui, traduit en basic donnait à peu près : « Méfie-toi de la joie qui n’est pas mêlée à un peu de peine… »
Dewlanna…
Si elle avait pu le voir aujourd’hui. Elle aurait été si fière. Fermant les yeux, Yan l’imagina à ses côtés, grognant de plaisir, lui ébouriffant les cheveux pour qu’il soit plus séduisant.
J’ai réussi, Dewlanna. Regarde… Ma famille, ça n’a jamais été que toi. Il est juste que tu sois avec moi, en pensée, aujourd’hui.
Et Bria…
Sois sincère, Yan, tu penses encore à elle. Tu crois entendre sa voix, voir sa silhouette.
Il faut te consoler, mec…
Il secoua la tête, essayant de chasser l’image de la jeune femme aussi facilement qu’il invoquait celle de Dewlanna. Mais il ne réussit pas.
L’ombre du pèlerin 921 planait toujours à ses côtés.
« Avoir une bonne mémoire est à la fois une bénédiction et une malédiction. »
Un autre proverbe de Dewlanna.
Comme elle avait eu raison…
Yan se balança d’un pied sur l’autre, sa hanche encore douloureuse du combat de la veille.
Il est mort, Dewlanna. Ton assassin est mort. Tu peux trouver le repos, maintenant…
Un officier impérial fendit la foule. Son regard se posa sur Yan.
— Votre nom, cadet ?
Yan se redressa.
— Yan Solo, monsieur !
— Vous ne savez plus comment saluer, cadet Solo ?
— Si monsieur ! dit Yan en s’exécutant.
L’officier étudia le visage du jeune homme.
— Cadet Solo, que vous est-il arrivé ?
— Je me suis battu, monsieur.
— Vraiment ? Vous m’étonnez… lâcha le lieutenant sarcastique. Quelle était la raison de la bagarre ?
— Mon adversaire a insulté l’armée impériale, monsieur.
Après tout, c’était vrai.
Le lieutenant leva les sourcils.
— Vraiment, cadet ? J’espère que vous lui avez donné une bonne leçon ?
— Oui, monsieur. Je peux vous assurer qu’il n’insultera plus jamais les forces impériales.
— Très bien, cadet Solo.
L’officier s’éloigna ; Yan laissa échapper un long soupir de soulagement.
Je l’ai échappé belle…
Une voix résonna sur le tarmac.
— Cadets de l’armée impériale, en rangs !
Après une brève panique, les rangs se formèrent.
— Vous allez monter à bord du transporteur !
Le silence se fit. Yan était debout au quatrième rang. Il se tint très droit, attendant les ordres.
L’hymne de la marine impériale résonna derrière eux.
— Rang un ! En avant, marche !
— Rang deux ! En avant, marche !
— Rang trois ! En avant, marche !
Une vague d’excitation submergea Yan.
Ça y est. Toute ma vie, je me suis battu pour ce moment…
— Rang quatre ! En avant, marche !
Yan se tourna vers la droite et avança vers l’Imperator. Un léger sourire jouait sur ses lèvres.
Ma véritable existence commence enfin.
Dans sa tête, les visages de Dewlanna et de Bria lui sourirent.
Arrivant sur la rampe d’embarquement, il prit une profonde inspiration, comme un nouveau-né se préparant pour son premier cri : Je suis arrivé ! Écoutez-moi, je suis vivant !
Yan Solo eut l’impression qu’il venait de naître. Le passé s’était envolé et un avenir radieux l’attendait.
Il avança sans jeter un regard en arrière.