- Ce serait difficile de ne pas le voir, rigole cette joyeuse.
- Vous sauriez me dire s'il est stationné là
depuis longtemps?
- «a doit faire le troisième jour.
Elle a envie de me demander ce qui motive ma question; s'en abstient d˚ment, intriguée par le Noir et l'obèse qui m'escortent.
- Savez-vous o˘ se trouve son conducteur?
- H a d˚ aller faire des provisions à …tampes, avec sa mob'.
- C'est quel genre d'homme ? Elle hausse les épaules.
- Ben... un camionneur... Il a un pull bleu marine, un Jean, une casquette de toile. Pourquoi me demandez-vous ça?
116
L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
- Histoire de me tenir au courant...
- D y a bien une raison ? insiste cette petite curieuse.
qu'à cet instant précis, un léger coup de vent retrousse sa jupe, nous permettant d'apercevoir une petite culotte mauve, cousine germaine des blanches qu'elle met à sécher (nos gorges sèchent plus vite).
Comme, dérouté par mon émoi, je tarde à lui donner satisfaction, elle insiste :
- qui êtes-vous ?
Je retrouve mes esprits :
- Devinez ! Un mot de six lettres commençant par un " P " et se terminant par un " E ".
- Police?
- Gagné !
Elle me découvre trente-deux perles fines à l'éclat nacré.
- Il a commis une infraction, le gars du camion?
- «a se pourrait.
- D est italien, comme son gros " q ".
- Vous lui avez parlé? coupe-je.
- Non, mais il chante en cassant la cro˚te sur une table du parking. H
possède d'ailleurs une très belle voix pour la canzonetta.
- Il est seul ?
- Des gens viennent le voir en bagnole.
- Ces voitures sont immatriculées à l'étranger?
117
L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
- Je n'ai pas fait attention. Vous savez, je ne le surveille pas, ce type.
Je l'aperçois quand je viens dans le jardin, et puis je ne suis pas toujours là. Je travaille chez un médecin dont c'est le jour de fermeture.
- Merci pour votre coopération.
- Elle est réduite à sa plus simple expression, pouffe l'adorable créature que je transformerais volontiers en girouette après l'avoir installée confortablement sur mon paf; mais je n'ai pas le cúur à " «A ", crois-je te l'avoir indiqué un peu
plus haut, à gauche.
Prise de congé aimable, suivie d'un long soupir propice à toutes les mouillances.
Mes compères qui ont observé notre échange en silence me détriment d'un úil f˘stigeur.
- O˘ en es-tu? demande Jérémie. Béru et lui sont partisans d'explorer le véhicule sur les flancs duquel sont peintes d'énormes boîtes de p‚tes au nom réputé.
- Délicat, réfléchis-je. Si ce camion est de bon aloi, nous risquons, en cas de suif, des complications diplomatiques avec la súur latine.
- N'en c' cas, c'est moive qu' j' prends l'initiative.
Rare qu'il joue les Jeanne Hachette, messire l'Obèse. Il nous plante pour se diriger d'un pas massif vers le lourd engin.
Naturellement la porte est chiusa. Alors tu sais quoi?
118
L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
Non, franchement, il doit souffrir d'un décollement de la cervelle consécutif à l'assassinat de sa Ricaine ! Le voilà qui sort de ses hardes son vieux tromblon à la crosse déglinguée.
A l'instant o˘ je hurle : " Non, Gros ! Fais pas ça ! ", il balance deux bastos à série limitée dans la serrure de l'énorme véhicule.
Le double impact obtient les résultats qu'il escomptait puisque nous le voyons déponer la porte latérale de ce "vaisseau de la route" comme l'appellerait une poétesse de mes relations, laquelle se masturbe avec son stylo dont le capuchon la tranquillise, côté procréation.
Sa Majesté féodale pénètre sans vergogne à l'intérieur du monument à
roulettes.
- H est gonflé ! fait mon Jéjé avec un soupir d'admiration. En plein jour, au milieu d'une aire de stationnement, faut oser. C'est la correctionnelle assurée !
- Baste, dis-je, nous en avons fait d'autres, et des plus risquées.
- Tout de même pas avec une telle impudence !
Un moment s'écoule, sans que nous bougions un cil ou un poil de mollet.
Nous attendons, le guignol comme un crustacé jeté vif dans le court-bouillon.
Un pressentiment me point : certitude qu'il va imminemment se passer du peu banal. Et je suis
I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL 119
persuadé que le M‚churé est dans les mêmes
transes.
Enfin un début de quelque chose se produit près du monstre rouge que cément des camionneurs dont le somme réparateur a été troublé par les coups de feu du Magistral. Alexandre-Benoît se présente de dos pour dégravir les trois marches. Il a les bras tendus vers l'intérieur, comme s'il aidait quelqu'un à descendre.
J'aperçois le pan d'une jupe. Et puis une jambe de dame.
Chancelante, Berthe Bérurier sort du camion.
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LES CHEMINS DE L'AVENTURE ANGULEUSE.
Peu préoccupé de sa vie, Félix avait fini par s'endormir. L'équipée lui semblait presque plaisante et il n'était guère angoissé par sa finalité. H
n'ignorait pas que son odyssée pouvait mal tourner, mais sa condition de philosophe à la retraite le rendait fataliste. Par ailleurs, la communication téléphonique avec ce poussah de Bérurier l'aurait rassuré
s'il avait été perméable à la peur.
Félix somnolait donc. Parfois le sommeil l'entraînait dans une plongée abyssale (habit sale) de courte durée. Il remontait rapidement, sans décompresser, pour retrouver la réalité, à savoir qu'il était au côté d'un homme bien mis et détendu, pilotant une voiture cossue.
" J'ai d˚ me faire des idées rocambolesques, songeait le doux vieillard.
Mes mésaventures récentes m'inclinent à délirer. "
H s'éveilla tout à fait à la hauteur de Chalon-sur-Saône : le serviable conducteur s'arrêtait
L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL 121
dans une vaste station d'essence pour faire le plein.
- Souhaiteriez-vous prendre une collation? demanda-t-il à son passager pendant que le précieux liquide s'engouffrait dans le réservoir.
- Je mangerais volontiers quelque croque-monsieur, admit le bonhomme; me permettez-vous de vous en proposer un ?
Pour ne pas le désobliger, l'autre accepta et ils se retrouvèrent debout devant une petite table ronde haut perchée.
Leur chiche en-cas arrosé de bière sans alcool achevé, ils reprirent la route. Le temps s'assombrissait à mesure qu'ils se dirigeaient vers le nord et des gouttes de pluie ne tardèrent pas à s'écraser sur le pare-brise, lourdes comme des fientes de pigeon.
Enhardi par les heures qu'ils venaient de passer ensemble, Félix questionna son compagnon à propos de ses occupations.
Herbert Malandryn lui apprit qu'il négociait des droits cinématographiques pour le compte d'une société américaine.
H cita plusieurs titres de films dont l'ancien prof n'avait jamais entendu parler car il détestait le 7e Art, l'estimant " fabriqué " et souvent niais.
Le silence revint insensiblement les séparer. Deux êtres n'ayant rien à se dire finissent immanquablement par faire mutisme à part.
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LACHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
* * *
quelques centaines de mètres en arrière, une CitroÎn banalisée les suivait, avec à son bord deux policiers de la brigade d'Avignon. Logiquement, des confrères à eux auraient d˚ prendre le relais depuis longtemps, mais il s'était produit un sac d'embrouilles dans la transmission des consignes, aussi les pandores du Vaucluse poursuivaient-ils en conscience leur filature.La circulation restait fluide. Les balais d'essuie-glaces faisaient entendre leur zonzonne-ment un tantisoit geignard. Pendant la première partie du trajet, le brigadier Vaubecours avait raconté ses déboires conjugaux à son subordonné. De là, ils passèrent à la Coupe de France de foot, chacun d'eux y allant de son pronostic. Après quoi. Germain Pilon qui conduisait, fit le procès de son beau-père, un vieux grigou enrichi dans les fruits et légumes, lequel refusait de le cautionner pour l'achat d'une maison à Pont-de-Poitte.
- Gaffe ! ils vont s'engager sur l'aire de stationnement avertit le cocu chef.
Effectivement, la bagnole qu'ils filochaient obliqua pour pénétrer dans la zone de repos. Elle stoppa devant le petit b‚timent affecté aux toilettes.
L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL 123
Les perdreaux contournèrent l'endroit et allèrent s'embusquer dans un bosquet d'acacias proche de la zone " goguenarde " .
Le vieillard descendit et gagna les tartisses en commençant de dégager sa braguette pour déballer de ses brailles sa monumentale chopine. Toute sa vie, ce membre d'exception lui avait posé problème. D avait pris l'habitude d'uriner dans des vécés clos et non dans des pissotières, ces dernières ne lui permettant pas de dissimuler sa verge aux regards des autres licebroqueurs.
Dans leur CX, Vaubecours et Pilon ricanaient de l'incontinence manifestée par Félix. Eux avaient profité de la halte de Chalon pour aller faire "
pleurer le gosse ".
Le B.A. BA du métier : ne jamais conserver une vessie pleine, car elle porte atteinte à la disponibilité du flic.
Ils branchèrent la radio pour écouter les nouvelles. Il y avait toujours une guerre au feu, si l'on peut dire. Les Ricains qui " intervenaient ", histoire de faire marcher le commerce, les pauvres. Ils n'avaient qu'à
fabriquer des armes, il se trouvait perpétuellement des connards pour les utiliser.
Pendant qu'ils ingurgitaient les infos, il se produisit, non loin d'eux, une terrifiante explo-1. Extension du mot " gogue ".
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L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
sion. Une énorme boule de feu parut tourner sur elle-même, tandis qu'une épaisse fumée noire s'élevait dans des volutes d'apocalypse.
- Bordel à cul, c'est " notre " bagnole ! égosilla le brigadier, marquant par ce possessif qu'il s'agissait de la voiture suivie.
Ils jaillirent de leur véhicule pour courir sus au sinistre. Ils ne purent s'en approcher tant le brasier était déjà adulte.
A travers le buisson ardent, c'est tout juste s'ils distinguaient les formes de la voiture en train de se transformer. Les tôles se convulsaient, une vague silhouette d'homme, fantôme de flammes, gesticulait, ceinturée, au milieu de cette ignition. Elle cessa de s'agiter très vite et le phénomène de la combustion seul continua de la mouvoir.
- Seigneur ! Tu as vu ? questionna le gradé.
- «a me rappelle un film sur le Viêt-nam, renchérit son compère.
- Je te parle pas de l'incendie, mais de «A ! D montrait le vieux prof hébété sortant des
cagoinsses, le f˘tal en socquettes, la tête de son paf au niveau des genoux.
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IL FAUT qUE «A P»TE OU qUE «A CASSE.
- J'ai sorti de chez nous pour passer dire un bonjour à Alfred, not' ami coiffeur. J'allais prend' le métro quand v'ià un type qui me bouscule. Il manque tomber, mais y m' rattrape en extrait d' miss, me confond d'escuses, me propose de m' conduire là que je vais, manière de se faire pardonner.
Brèfle : 1' parfait gentlemane. J'accepte. Monte à son côté. On décarre, qu'aussitôt un zigoto qu'était planqué à l'arrerière se dresse.
"Il m'appuille le canon d'un flingue su* la nuque et m' dit : " Bronche pas, la Grosse, sinon t'auras 1' cerveau collé sur 1' pavillon de cette bagnole ! " Le vrai goujat.
"Mais caisse j'ai fait? j' proteste. "T'es la rombiasse d'un gros plein d'
merde dont auquel on n' veut pas d' bien. " Le monsieur élégant grogne derrière son volant : " Pas de conversation, je vous prie, Angelo. "
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L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
" Alors le mec se tait. On roule et on arrive sur ce parkinge. Pile devant le camion ci-joint ! m'y font z'entrer. quelle n'est-ce pas ma surprise d'y trouver Ramadé, votre chère épouse, Jérémie, en compagnie d'une mignonne gamine. "
- Non ! nous exclamons-nous, le dark et moi.
- Testuel ! Y leur disent de les suive, ce dont elles font, y m'laissent à
leur place et puis y r'partent...
- Ma femme était comment? demande Jéjé (lequel ressemble plus au tunnel qu'au mont Blanc dont il porte le nom).
- Prostrée, mais très digne.
- Vous croyez qu'ils l'ont violée?
- C'est pas leur genre.
Soupir désenchanté du " cinq tonnes ".
- Frappée?
- Non plus.
- Ont-ils dit quelque chose pouvant fournir une indication sur leurs intentions ?
- Rien !
Pendant cet échange, Bérurier-le-Violent a saisi sa Baleine par les épaules si je puis dire parlant d'un cétacé, et posé sa joue sur ses bajoues en cascade.
- Ah ! c'est bon d' t' r'trouvever ! roucoule-t-il.
- Tiens ! Via l'aut' qu'est en train d'oublier sa pute ! ricane la Glorieuse.
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I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
- On est arrerivés jusf pou' t' délivrer! reprend ce Télémaque heureux d'avoir reconquis le royaume d'Ithaque. Mes potes voulaient pas qu' j'
forçasse la lourde du camion ; mais moive, l'instincte m' poussait : la voie du sangue, quoi !
- Vous l'entendez? questionne la Vachasse. Y joue Manon après m'avoir obligée à bouffer le cul de sa pétasse ricaine ; y a une pointe d'abus, non?
- Maint'nant qu'elle est nase, on peut faire la trêve des confiseurs, propose notre Somptueux.
Sa grandeur d'‚me ébranle l'Odontocète. Berthe accepte d'enterrer cette hache de guerre qui tentait de mettre bas l'arbre de leur amour.
Long baiser br˚lant et baveur, applaudi par
l'assistance.
Je pénètre dans le camion. Le compartiment aménagé derrière la place conducteur est une sorte de minuscule studio comportant une couchette et un gogue avec lavabo.
Visiblement, cette " cellule " aux parois capitonnées a été créée dans une intention très claire :
séquestrer dans un premier temps les personnes kidnappées, puis, dans une seconde phase, les acheminer sur un lieu de détention plus durable, ou -
qui sait ? - les assassiner.
Les conducteurs alertés par les exploits du Fracassant se retirent, l'impitoyable mouchard signalant la durée des arrêts ! Négriers, va !
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I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
Nous déponons les lourdes arrière du véhicule rouge. Il contient bien une cargaison de p‚tes, comme annoncé sur ses flancs.
- Je me demande o˘ est passé le chauffeur? soupire Jérémie, très abattu.
- Il va revenir, prédis-je, sauf s'il a rappliqué pendant que les routiers faisaient cercle ! Auquel cas, il aura pris la tangente.
Brève réflexion, je décide :
- Béni et Berthe vont rentrer sur Paname, conduis-les jusqu'à la gare la plus proche, tandis que je resterai placardé dans le secteur. Tu viendras me rejoindre ensuite.
- J'irai mett' ma gazelle en lieu s˚r chez Alfred, déclare notre Grenadier normand. L' temps d'y faire un' bonne manière d' conciliation a'v'c Alfred qu'est toujours prêt à porter queue forte et j' vous r'joigne !
Us partent sur ces paroles de paix.
Je déniche un coinceteau arborisé, avec un chêne pour jouer à Saint Louis, et je laisse filer le temps à travers ma vie bouillonnante.
Tout à l'heure, la Grossasse narrant son rapt a déclaré que le " Monsieur "
qui conduisait la voiture a interpellé son compagnon en le nommant Angelo.
Ce céleste prénom rital me rappelle quelque chose : dans le précédent volume, notre service d'anthropométrie a découvert que les assassins 129
I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
de la fille Grey s'appelaient Pierre Labbé et Angelo Angelardi. Nul doute que le coravisseur de la Vachasse soit l'Angelo de la clinique.
* >K
Peut-on appeler somnolence, l'immobilité physique et cérébrale du guetteur à l'aff˚t d'un gibier (le mien est de potence) ?
Mon esprit étale continue de vigiler, mais sans phosphoration superflue. Le bruit de la route, sa houle grondante, m'aident à me maintenir en éveil. Je pense à ma mignonne Antoinette, à sa maman qui doit débarquer de Suède, l'‚me fendue en deux dans le sens de la hauteur.
La haine continue de croître en moi. A m'en rendre fou ! Ma volonté de retrouver ma petite fille et Ramadé, puis d'écraser cette bande de cancrelats est si intense que je ne doute pas d'y parvenir.
Enfin, à travers la rumeur de l'endroit, la pétarade d'une mobylette retentit. Il en existe d'autres sur la nationale, mais mon sub' m'avertit que c'est celle-là " la bonne ".
0 merveille de l'intuition triomphante ! Un type débouche sur sa péteuse entre les mastodontes à l'arrêt. La trentaine, les tifs rou-quinants, avec un anus de bébé au milieu du menton. Il a une cicatrice sur l'arête du pif et le regard poreux.
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I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
n stoppe son engin à l'arrière du camion, descend la béquille et se met à
compisser les roues jumelées de son gigantesque bahut.
Comme il se la secoue (pauvres hommes que nous sommes d'avoir à nous égoutter la zigou-nette), je le rejoins à pas d'autant plus feutrés que j'ai laissé mes mocassins dans l'herbe, et appuie l'úil d'acier de mon ami Tu-Tues sur sa nuque bronzée.
- Remets ton morceau de tripe en place et ne cherche pas à t'émanciper, sinon je te fais exploser la gueule !
D y a des intonations qui accréditent les menaces.
Lui, c'est un pro : il connaît toutes les nuances du grabuge, n pige illico que son destin est mal barré.
- On va aller dans l'appartement des invités ! reprends-je. Pas la peine de chercher la clé : il est ouvert.
D'un coup de genou dans les meules, je lui intime d'avancer. Il remonte son autobus à petits pas, jusqu'à la porte donnant accès à la cellule o˘ était retenue la Bérurière de mes b˚mes.
- Maintenant, entre !
Si je t'avouais que je ne reconnais plus ma voix. Celle de Frankeistein ressemble au chant du rossignol, comparée à elle. Bon, nous voici I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL 131
dans la place. J'actionne le commutateur. Le plafonnier répand une lumière mitigée, dans les jaune code.
- Retourne-toi ! Je sais qui tu es, dis-je, avant son obtempération : Pierre Labbé, un gredin classé 5 sur l'échelle du crime. C'est toi qui as scraffé la fille ricaine en compagnie d'une frangine et de ton pote Angelo, dont tu viens prendre le relais ici. "
A l'extérieur du camion, il a été pris de court. Un homme avec la queue à
l'air perd ses moyens. Mais voilà-t-il pas qu'il se force à goguenarder, le malheureux.
- Tu ne devrais pas ricaner, fais-je en lui faisant éclater le genou droit !
Fou de douleur et de médusance, il s'abat sur la couche plus étroite que la porte de Gide et que son trou du cul.
- On débute à pas de loup, reprends-je, chaque chose en son temps. Si tu as pour deux ronds de psychologie, tu comprendras que tu as en face de toi un fauve enragé.
Et pour le lui prouver, je tire une nouvelle bas-tos dans sa seconde (et dernière) rotule.
- Tu vas droit à la chaise roulante ! assure-je avec flegme.
Des gouttes de sueur grosses comme les diamants de la Couronne britouille dégoulinent sur sa vitrine convulsée.
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I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
- Il existe dans ta carcasse des tas de points non vitaux que mes balles vont explorer. Ici, par exemple !
Et je lui en sers une troisième dans la clavicule gauche.
- Si tu ne me révèles pas ce que je veux savoir, poursuis-je, je t'en mettrai encore une dans les roustons.
Je te passe sur les clichés inhérents à la situasse : p‚leur de cire, gueule grande ouverte, regard révulsé, souffle haletant.
- Vois-tu, Pierrot, maintenant tu commences à te faire une idée précise de ce qu'est un homme dingue. Mais je ne te laisserai pas crever sans t'affranchir. Je suis San-Antonio, mon bijou, le papa de la fillette que ta bande franco-amerloque a enlevée. Tu vois bien qu'il faut vider ton sac avant que je vide mon chargeur dans ton ventre et ta tête !
19 LE MALHEUR REND M…CHANT.
Un autre Sana me regarde tristement : ma conscience. Ce double hoche la tête au spectacle du forban que je viens de mutiler. Une voix s'élève sur fond de harpe : " Es-tu satisfait, misérable bonhomme, de répondre au mal par le mal ? "
"- Fais pas chier! rétorque-je. Il existe des moments o˘, tendre la joue gauche, est une foutaise. "
Venant opportunément faire diversion, un chant mélopesque retentit : Dans ma Savane
Banane
Y a bon les nichons
A Dondon.
Délicieux hymne au soleil composé par le fameux chantre africain Tavumaqueu, prix Nobel d'Enculage à sec.
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L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL \ l¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
Aucun doute : Jéré est de retour, n rôde, inquiet, autour du camion, se demandant o˘ je me trouve car il a repéré la mobylette dehors.
J'entrouvre la porte, siffle voyou, et il se pointe (comme la mère Duraz).
Regard interrogateur de mon cher Bougne.
Je m'efface pour lui laisser contempler le panorama. Une expression de bébé
comblé élargit sa face sombre.
- Enfin! soupire-t-il.
Puis, découvrant les blessures infligées au salopard :
- Tu l'as commencé?
question inquiétante pour notre homme car elle sous-entend que nous allons
"le" poursuivre, voire " le " terminer.
On est un peu à l'étroit dans cette chambre-niche. Le Ut se teint en rouge.
Le truand halète comme la louve de Rome l.
Je pose un pied sur le pucier :
- C'est pas à une vérolerie de ton espèce que je vais jouer du pipeau, Labbé. On va t'interroger, et si tes réponses manquent de spontanéité, ta putain de vie s'arrêtera là. Compris ?
U bat des paupières.
1. Si tu ne piges pas toutes mes astuces, ça ne fait rien : y aura de la baise par la suite.
- Je commence par la seule question qui compte vraiment : o˘ sont la fillette et la jeune
femme noire ?
- Ils les ont emmenées, fait le bandit sans
l'ombre d'une hésitation.
- O˘?
- Je ne sais pas. Ce camion c'est juste pour le dispatching. Il est au bord de l'évanouissement.
- Vous allez pas m'achever? geint-il.
Au lieu de m'intéresser à sa supplique, je
continue :
- qui est venu les chercher?
- Une espèce de Mexicanos.
- qu'avait-il comme voiture?
- C'était pas une auto, mais une moto avec un side-car.
- Immatriculation?
- Anglaise.
- Comment les a-t-on installées dans le side ?
- Attachées et b‚illonnées, avec une couverture par-dessus.
Pauvre petite fille molestée ! Cher ange coupable d'avoir pour père un aventurier de la
Rousse !
- O˘ les emmenait-il, ce motocycliste?
- Je n'en sais rien, parole ! Parole de fumier, tu parles d'un cadeau !
Jérémie vient de sortir comme un fou pour alerter toute la volaille de France, afin qu'on
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Œ¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
intercepte une ronfleuse avec side-car immatriculée Grande-Albion. Doit pas y en avoir des flopées sur nos routes.
- Pour qui travaillez-vous, toi et Angelardi ?
- La Main Verte.
- Dis donc, c'est une sous-traitance de la Mafia, cette association ! D
acquiesce.
- Vous y faites des ménages ? Liquidation en tout genre ?
i Ne moufte pas. "
- Et qu'est-ce que cette honorable institution fout avec son homologue ricaine? fc
Si je ne lui avais déglingué la clavicule, il hausserait s˚rement les épaules.
- Ils sont en cheville, c'est tout ce que je sais.
- Le motard, il retournait en Angleterre ?
- Je l'ignore.
- Il ne peut guère prendre le barlu avec deux personnes attachées dans un side-car ! |
Le vaurien ne répond pas. Il y a une raison primordiale à cela : il vient de perdre connaissance.
Et c'est pas du bidon, espère.
Tu te rappelles la momie de Ramsès H ?
* * *
C'est marie, comme la Providence, ou du moins sa cousine par alliance, se montre bien137
l¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
veillante avec nous ; surtout après des périodes fangeuses, j'ai observé.
Le soleil après la pluie,
air connu.
Au moment o˘ je rejoins mon négro sprituel, la gentille de naguère délourde son portail afin de sortir sa petite Fi‚t cabossée à l'avant et à l'arrière (parce qu'elle freine trop tard ou trop tôt, selon les cas). Elle nous refait un signe de la
main.
Va savoir pourquoi, son mouvement me déferle la pensarde et me fait courir à elle. Lui demandant si elle aurait aperçu un motard ou quoi. Oui : elle l'a vu partir. Les side-cars ne sont pas légions (comme disaient les Romains).
Donc, le gars que j'ai perforé dit vrai. L'engin était noir avec un motif bleu en forme de flèche. Le pilote portait une combinaison de cuir, un casque à l'anglaise, du genre qui donne l'air abruti. Mais bouge pas ! Ah !
la délicieuse enfant, ce coup de tringlette que je vais lui décerner un de ces quatre, lorsque l'aurore se remettra à boréaler sur ma vie ! Inimagine-toi que dans la décarrade cyclonesque, quelque chose s'est envolé d'une fonte mal fermée du coursier de feu.
- Un papier, assure la jolie.
- quel genre?
Elle ne sait pas. «a s'est passé à l'autre extré-mence du parking. Le faf a voleté dans le souffle de la vitesse pour aller s'abattre " par là-bas ".
138
L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
Elle me guide jusqu'à l'endroit, te rends-tu compte? Fin du vaste terre-plein. Fectivement, un chiffon de papelard soubresaute le long du fossé.
J'y cours, véloce tel un dératé qui a des ratés. Le bloque du pied.
Le ramasse.
C'est la photocopie d'une fraction de carte Michelin comme tu en adresses aux amis venant passer le week-end dans ta nouvelle masure du Loir-et-Cher.
Elle concerne la Normandie; un petit cercle a été tracé sur une localité du Flau-bertin nommée Saint-Julien-l'Hospitalier.
- Vous semblez transfiguré, remarque ma bienfaitrice.
- Tu viens de faire pour moi davantage que le Général de Gaulle pour le cimetière de Colom-bey-les-deux-…glises, réponds-je.
" Un soir, je viendrai te chercher. Je t'emmènerai dîner dans un Plat d'Etain de la région, et ce qui se passera ensuite te fera regretter d'avoir mis un slip ! "
Lui roule, à titre d'arrhes, une gamelle prometteuse qui éblouit sa glotte.
20 LA T TE DANS LE SAC.
Une heure dix pour atteindre Saint-Julien-l'Hospitalier ! Nous réussissons cet exploit, gr‚ce aux deux motards qui nous coursaient alors que nous roulions à deux cents et nous ont contraints au stop, profitant d'un engorgement camion-nesque. Rouges de colère ils sont. Comme si ça diminuait leur traitement, que nous bolidions
ainsi.
Je leur brandis mes exequatur et leur enjoins de nous ouvrir la route au lieu de couper notre élan. Ils me saluent marris, et nous entraînent.
Saint-Julien-l'Hospitalier est une quéquette 1 localité dont le clocher roman se mire complai-samment dans les eaux lentes de la Bauvarie (affluent de la Seine).
Peu avant l'orée du bled, je demande à nos anges convoyeurs de s'esbigner jusqu'au patelin
1. L'auteur a probablement voulu écrire " coquette ".
(L'…diteur)
140
L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
le plus proche, non sans avoir noté leur code téléphonique " pour en cas de grabuge ".
Bien. Nous voici donc à l'endroit coché (d'ailleurs il fouette) sur l'extrait de carte routière. Dans notre affolerie, nous nous sommes peut-
être précipités à tort sur une piste illusoire car, reconnais-je, le Créateur nous a sincèrement à la good. qui fait perdre des indices à nos adversaires dans les moments cruciaux. J'allusionne à la clé d'hôtel dans notre plate-bande (peut s'écrire également platebande) et au feuillet envolé de la sacoche motarde. De toute façon, notre rush nous a amenés là.
Il faut nous comporter en conséquence.
Jérémie, dont le teint sombre devient ambré, mord sa lèvre inférieure si tellement fort qu'elle éclate comme un fruit m˚r!. Tandis qu'il étanche son beau sang, je range notre carrosse à l'ombre des tilleuls bordant la place.
" Et maintenant, que vais-je faire ? " chantait Albert Bécaud à l'époque de Gilbert.
Nul signe de vie dans ce trou en léthargie, sinon celui, très précaire, d'un vieillard à casquette, assis devant une maison de briques, sa canne entre les jambes, piètre ersatz de bite.
Je descends de mon siège pour faire le sien.
1. Superbe comparaison. Bien dans le style de celui qu'on a surnommé : " Le Chateaubriand des Pommes ".
L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL 141
Le vieux Normand me regarde approcher avec l'air mécontent du déféqueur auquel tu fauches son faf à train au moment o˘ il allait l'utiliser pour la plus grande gloire de son slip.
- Alors, grand-pé ? je lui dis.
- Hé bé ! rétorque le quasi-centenaire du tacot tac.
- Vous habitez un bien beau pays, l'amadoue-je.
- Autrefoué, j'dis point; mais maintenant il est à chier ! fait valoir cet être qui joue les prolongations.
- Vous êtes contre le progrès ? t‚té-je-t-il le terrain.
Le dabe procède à un lancer de glave d'au moins dix mètres et ronchonne :
- Ce que je suis contre, c'est cette saloperie d'secte qui vient nous polluer l'pays !
Là, mes testicules font un soubresaut dans le havresac qui les héberge.
- Une secte, dites-vous, grand-pé?
- De la racaillerie! Si mon père qu'était maire d'ia commune revenait, il te vous sacquerait cette vermine en moins de pas longtemps.
Dès lors, c'est du velours que de lui faire déballer le trop-plein.
Je te résume. Voici trois ou quatre ans, une confrérie bizarroÔde a racheté
le ch‚teau du coin qui menaçait ruine. Ses adeptes, ayant à leur tête 142
L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
un Asiatique obèse, ont réparé sommairement l'immense demeure et s'y sont installés. A présent, ils dépassent la centaine, mènent une existence hors norme dans un pêle-mêle d'humanité indescriptible o˘ les sexes se confondent. A la belle saison, ces marginaux sont entièrement nus. Les couples et les enfants sont mélangés. On baise, ripaille, chante, célèbre d'étranges cultes plus ou moins paÔens. Ces curieuses gens se cament à
longueur de journée et se battent parfois.
Beaucoup de villageois se sont plaints, mais la secte bénéficie s˚rement de protections puissantes, car les doléances paysannes n'ont jamais provoqué
l'intervention des autorités.
- Voulez-vous que je vous dise, péroraisonne l'homme auquel je tends une oreille séculière. Je veux. n baisse la voix et déclare avec gravité :
- Faudrait tout y tuer de c'moment; c'est pas au temps du Maréchal qu'on voyait «A.
Je m'apprête à lui dire au revoir, lorsqu'une question me fulgure des lèvres :
- Dites-moi, grand-pé, vous n'auriez pas vu passer une moto avec un side-car, il y a environ deux heures ?
- Celle de l'Anglais ? me demande-t-il. Ah ! le digne homme ! Ah ! le cher vieillard !
Ah ! l'admirable bouseux d'amour ! Comment le gratituder ?
143
L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
A son ‚ge, une pute, on n'a plus rien à lui demander ! Une décoration, on s'en branle ! Du blé, on en a suffisamment ! Un caveau au cimetière ? Il le tient déjà de sa famille. Alors quoi ? Une caisse de vin ? Mais, normand comme je le vois, il ne doit boire que du cidre.
- Une bouteille de calva hors d'‚ge, ça vous
ferait plaisir? questionne-je.
- Pas la peine : mon gars fabrique le meilleur de la région.
*
* *M'en vais rejoindre le black pote. Il continue de se mettre la bouche en sang sous l'effet de l'anxiété et maugrée :
- T'en as mis du temps !
- J'en ai nus, mais ne l'ai pas perdu, corrige-je.
Et de décrocher le bigophe de ma ceinture. J'appelle les braves motards placés en attente à quatre kilomètres d'ici. Leur dis de nous rejoindre sur la place de Saint-Julien-1'Hospitalier, mais qu'auparavant ils nous fassent dépêcher un max de renforts au ch‚teau du même patelin.
C'est pas encore la guerre, mais je sens que
d'ici pas longtemps, ça va drôlement y ressembler.
21
IL Y A TOUJOURS, AU BOUT DU CHEMIN...
Je règle notre action de la façon suivante. J'irai me présenter seul au ch
‚teau et demanderai à parler au gourou. Pendant ce temps, les huit gendarmes arrivés à la rescousse cerneront le domaine et attendront les ordres de Jérémie. Lorsque je jugerai le moment opportun, au moyen de mon bip, je donnerai à mon merveilleux compagnon l'ordre d'investir les lieux.
- Supposons que tu sois neutralisé d'entrée de jeu? hypothèse l'avisé
poulardin.
- Sans nouvelles de ma pomme au bout d'un quart d'heure, tu déclencheras le patacaisse.
Pourquoi nous serrons-nous la main en cet instant crucial? D'ordinaire, dans les cas critiques ou d'euphorie intense, on se donne plutôt l'accolade. Nous jouons si gros, lui et moi, que notre tendresse fraternelle a besoin de s'exprimer " autrement ", par un véritable geste d'homme.
I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL 145
Je le laisse en compagnie de nos collègues pandores pour prendre le chemin sinueux menant au ch‚teau. Tout en roulant, un flash brutal me projette Salami dans la pensarde.
Tu vas dire que j'ai d'autres chiens à fouetter, mais notre calbombe fonctionne à son gré, n'est jamais " dirigeable ". Nos pensées ont la fluidité de l'eau, se gonflent ou se dessèchent, mais suivent leur pente naturelle.
O˘ est-il, mon merveilleux toutou? quand avons-nous cessé d'être ensemble?
J'efforce de la mémoire : le Sacré-Cúur de Montmartre!
n se trouvait à la sacristie avec moi puisqu'il a flairé le cadavre du père Chatounet dans
l'amoire aux chasubles.
Je n'avais pas besoin de cette contrariété supplémentaire au moment de livrer bataille! Une couillerie succède à une autre dans l'existence !
Le ch‚teau est d'une féodalité indéniable, n est clos de murs. Son accès est protégé par une grille. La serrure a été remplacée par une chaîne cadenassée.
Une grosse cloche subsiste, actionnée par une corde. Je tire dessus, déclenchant une
espèce de tocsin fêlé.
A travers les barreaux, je découvre des chiares vêtus miséreusement d'une culotte Petit Bateau ou d'une chemise de corps. Les mieux équipés portent les deux à la fois, tandis que les plus démunis vont cul nu.
Le tintement les a alertés et ils radinent, kif des volatiles auxquels on apporte du grain. Contrairement aux enfants de leur ‚ge, ils demeurent silencieux, avec des yeux curieux emplis d'une crainte latente.
Je leur lance ce bonjour enjoué dont les adultes font l'aumône aux gosses.
Aucun d'eux ne me répond.
Bientôt les graviers de l'allée, envahis par la mauvaise herbe, se mettent à crisser sous les pieds d'un homme vêtu de cuir noir, botté, le cr‚ne rasé, une matraque engagée dans la ceinture. Le type même du nouveau nazi fouteur de merde!
L'arrivant écarte les marmots sans ménagement et pose sur moi un regard de crotale constipé.
- Vouais ? demande-t-il avec distinction.
- Salut, Pierrot! fais-je-t-il en souriant. Je voudrais m'entretenir avec le gros Chinago.
«a lui provoque des zébrures dans la boîte à idées. Je l'interloque à
blanc, ce gussier. D palpite des stores.
- De quoi ? finit-il par articuler.
- Tu ne parles que le martien ou t'as les cages à miel saturées ? reprends-je.
- Non, mais ça va pas ! piètrise ce déchet humain.
Déconcerté jusqu'au coccyx, il me plante là et retourne au ch‚teau à grands pas afin d'aller
informer ses supérieurs.
Sombrement déterminé, je sors flegmatique-ment mon sésame et obtiens un visa d'entrée en moins de jouge, ces cadenas anciens ne valant pas tripette. Les chiares, estomaqués, me défriment avec l'air époustouflé qu'avait Jeanne d'Arc quand les anges Truc et Machin vinrent lui ordonner de rassembler ses tampons périodiques et d'aller sus aux Anglais (si l'on peut dire).
J'avise, sous un hangar proche, rangés côte à côte, un minibus de marque nippone et un side-car noir, décoré d'un filet bleu. Son immatriculation est anglaise.
J'explore la nacelle garnie de moleskine, crevée par endroits. Un vieux plaid puant le moisi gît au fond de cette coquille fusiforme. Je le soulève. Dans le mouvement, un objet tombe de ses plis, long d'une douzaine de centimètres, orné d'un petit núud rouge. Je le reconnais spontanément : il s'agit d'un soulier d'Antoinette.
Je n'ai pas le temps de consacrer à " Celui d'en haut " les démonstrations de reconnaissance
qu'il mérite.
Trois malabars, parmi lesquels le vermineux
de l'accueil, se pointent; même boule passée au papier de verre, boucles d'oreilles, ceinture à
148
l¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
clous, m‚choire en tiroir de commode Régence, goumi virevoltant (ils s'en frappent soit les cuisses, soit la paume de la main).
- Comment que vous êtes entré? gronde un moudu au bouc moins fourni qu'un pubis de première communiante.
- Par la porte, monseigneur. N'est-elle pas là pour ça?
- Y a un cadenas !
- D y avait. Vous le retrouverez dans la grosse touffe d'orties, là-bas.
Aveuglé par la rage, comme on dit dans les livres à voie unique, Barbed'úuf jette son cri de guerre :
- On s'ie paye, les mecs !
Ce n'est pas la phraséologie médiévale qu'on serait en droit d'espérer d'un ch‚telain.
Tout comme l'OTAN, je suspends mon vol. «a belliqueuse, mes chéries. Tu connais l'expression : de l'électricité dans l'air? Un truc commak, multiplié par cent dix mille (volts) ! Si je ne fais pas illico quelque chose pour moi, je risque d'essuyer un orage dépaveur de molaires. Voilà
pourquoi je presse la touche de mon bip.
Les vilains zoiseaux se regardent kif trois toucans tout cons. Ils pressentent du pas bon, mais mes manières désinvoltes les confondent. Se demandent à quoi riment les façons d'un zigoto de mon espèce.
L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL 149
Tout de même, le Barbichiotte, pour sauver sa face de pet foireux, fonce sur ma pomme, la matraque haute. Se biche un coup de tatane dans les frangines lui chlorophyllisant le teint instantanément.
- Vous croyez qu'il m'aurait frappé ? fais-je à ses deux potes troublés.
- qu'est-ce y vous prend? glapit celui qui m'a accueilli naguère.
- Je déteste les gars agressifs, réponds-je
négligemment.
quelques adeptes de la secte, attirés par l'altercation, se pointent d'un peu partout. Des femmes incoiffées depuis plusieurs mois, vêtues de saris orangés, des types en futiaux bouffants, avec des tronches de Christ pour mystère de la Passion interprété par des habitants de la Haute-Volta.
L'ensemble très folklo.
Le gars " Trois-Poils " qui reprend souffle, halète à l'intention de ses acolytes :
- Crevez-le, bordel !
Avec une grande humilité, je dégage mon flingue et le leur montre.
- Restez calme, chers enfants du Diable, sinon je vous fais exploser quelques os en guise
d'avertissement. Et d'ajouter ce mot, à nul autre pareil :
- Police !
«a les tétanise! affirmeraient des confrères bien plus cultivés que moi !
Us muséegrévinent
au moment o˘ la charge poulardière s'opère. Les vaillants gendarmes qui cernaient le domaine y pénètrent avec la fougue héroÔque des Poilus de la quatorze.
Cette fois, fini mon numéro pour fête foraine. J'appuie le canon du camarade Tu-Tues sur le ventre de Touffe-de-chatte, lequel achève de se remettre debout.
- Tu as trois secondes pour me conduire jusqu'aux deux séquestrées, sinon l'intérieur de ton bide ressemblera au tunnel du Mont-Blanc après l'explosion du camion citerne. Tu m'entends, Plein-de-merde?
Et alors, tu veux que je te dise ?
Ce sous-paf me crache au visage, pour épater ses " voyoucrates ", videmment. Leur montrer qu'il en a toujours deux malgré mon shoot.
Tu me vois supporter pareille infamure devant le monde, toi ?
Ces tronches molles agissent sans songer aux conséquences.
Je rengaine mon feu pour avoir la liberté de mes poings.
Combien je lui sers-je de une-deux à la vitesse de pistons suractivés ?
Cinq ? Peut-être six ?
Une pluie de ratiches jaunies par l'abus de tabac. Des yeux de crapauds enfumés. Une fraise de concours écrasée à la place du pif. Les manettes pendantes ainsi que des poches arra-
^
chées. Des lanternes japonouilles en guise de pommettes et, pour achever, la fracture impeccable de son portemanteau ; c'est ce qui s'appelle un numéro à transformations.
J'enjambe cette crevure et je dis aux deux autres, en les bichant chacun par une aile :
- Maintenant, conduisez-moi sans plus tarder auprès des prisonnières avant que je vous déguise en flaques de dégueulis.
Ces chérubins, domptés, se résolvent à la soumission définitive.
Nous pénétrons dans le ch‚teau sous les regards camés de la coterie.
Jérémie me filoche le train en continuant de se m‚cher les lèvres comme s'il s'agissait de che-wing-gum.
22 LE NåUD COULANT \
Voir cramer Herbert Malandryn, son sympathique auto-stoppé, plongea M.
Félix dans un état de prostration alarmant, vu sa faiblesse physique.
L'idée que son faramineux sexe, pièce unique pour nos régions tempérées, aurait pu se consumer comme une b˚che dans l'incendie de l'auto le rendait fou.
Ce danger de destruction phallique lui donnait la mesure de notre impuissance et, pour la première fois de son existence, le professeur regrettait de ne s'être pas reproduit. Cette période de marasme lui sembla annoncer la conclusion de sa longue vie désabusée.
Par ailleurs, il regrettait d'avoir mis en doute l'obligeance de l'infortuné Malandryn dont, une fois retiré des décombres, le corps ne mesurait
1. Ce chapitre n'est pas consacré à l'étude de la blennorra-(L'…diteur) gie.
153
I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
guère plus de quatre-vingts centimètres. Cet homme était mort à cause de Félix, laissant derrière lui : une épouse encore baisable, deux enfants pas plus camés que d'autres et une séduisante maîtresse qui pouvait le pleurer ouvertement, étant la femme de son meilleur ami.
Les gendarmes Vaubecours et Pilon, chargés de veiller sur sa sécurité se reprochaient amèrement de n'avoir pas gardé perpétuellement un úil sur la voiture car, à coup s˚r, c'est pendant l'étape au restauroute que l'on avait glissé un explosif à bord. Ce dernier, d'une grande puissance, devait être une mine d'origine militaire, selon les premières expertises du laboratoire. Les scientifiques à l'úuvre supposaient même qu'elle était américaine.
*
* *De retour à Paris, le prof tenta en vain de rencontrer Bérurier et San-Antonio. En appelant à Saint-Cloud, maman Félicie lui apprit le rapt dont venait d'être victime sa petite-fille fraîchement débarquée dans leur existence.
Les péripéties de la vie des autres intéressaient médiocrement le cher homme. H eut des paroles compassionneuses et raccrocha, mécontent de se sentir livré, non seulement à lui-même (il en avait pris l'habitude), mais à des ennemis achar-
nés. Il concevait mal qu'on p˚t souhaiter sa mort au point de la lui administrer. Cette persévérance le troublait et le flattait peut-être aussi ?
La croisière n'avait pas jugulé le danger, songeait-il, seul dans son loft.
San-Antonio, ce fier-à-bras à tête de pilote de Boeing, après avoir déclenché la foudre, le laissait se dépatouiller sans aucune aide.
Félix abandonna ses bagages indéfaits pour aller traînasser dans Paris, ce faux ami qui cache des dents de dingo l derrière un sourire enjôleur.
Incertain, trop disponible, le philosophe matérialiste décida de remercier un dieu hypothétique au Sacré-Cúur de Montmartre. Ce but le ragaillardit.
Il prit le métro pour Pigalle, songeant qu'à défaut de rencontrer le Seigneur, il y trouverait toujours des putes.
* * *
Le hasard est manichéen, se tue à me répéter un débardeur malien qui décharge les navires marchands à Nogent-le-Rotrou.Lorsque Félix eut gravi les degrés conduisant à la basilique, il fut pris de faiblesse et alla s'asseoir près d'un confessionnal provisoirement désert. Le temps passa lentement, comme s'écoulaient les chaudes-pisses de son adoles-1. Chien sauvage d'Australie.
cence. Le prof éprouvait l'étrange sensation d'être tout à la fois mourant et protégé. Une dodelinance capiteuse l'induisait au sommeil, du moins à
une relative perte de conscience.
Blotti dans son coin d'ombre, le front appuyé à la paroi de l'isoloir, il respirait menu, paupières baissées, les sens en léthargie.
A cette heure de la journée, les fidèles avaient joué rip, les prêtres, chaisières, bedeaux et touristes nippons également. Juste une petite collégienne teutonne qui taillait une bouffarde à son correspondant de seconde, derrière les grandes orgues. Sir Félix dormait tout de bon, diraient les indigènes du plateau de Mille-vaches (j'ai recompté : elles y sont bien!). D se prit à faire un songe, un cauchemar, plutôt, puisqu'il rêvait qu'il était anglais. Il vivait à l'époque d'Henri VIII et on le pendait haut et court pour avoir compissé l'archevêque de Canterbury.
Il fut violemment arraché à ce rêve atroce par une réalité qui l'était davantage :
quelqu'un l'étranglait à l'aide d'un lien. Son presque meurtrier serrait avec une force que je qualifierai de "peu commune" rien que pour voir l'effet que ça fait d'écrire comme les
cons.
Des étincelles en gerbes fulguraient sous son cr‚ne. Il eut le temps de constater que cette mort
156 I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
était doucereuse et d'apprécier qu'elle ne porterait pas atteinte à
l'intégrité de son sexe. Puis l'ombre l'engloutit.
Ce f˚t bref, l'étreinte féroce se desserra et un mélange gazeux, composé de 21 % d'oxygène, de 78 % d'azote et de 1 % d'argon emplit ses poumons en fin de contrat. Le vieillard réintégra sa lucidité, principalement l'usage de l'ouÔe. Il perçut un bruit de lutte ponctué de grognements semblables à
ceux des fauves.
Le digne Félix se gava d'air basiliqueux et parvint à se retourner (pas dans sa tombe, Dieu merci) pour découvrir un petit homme visiblement simiesque, qu'un basset-hound délivrait de ses attributs virils avec une férocité d'une extrême rareté chez ces chiens, de chasse certes, mais d'excellente compagnie.
L'Asiate grondait de douleur, l'animal de fureur.
Un paquet de bas morceaux enveloppés d'étoffé tomba de la gueule sanglante.
L'émasculé chuta à son tour. Son antagoniste, incontent du résultat, le prit alors à la gorge et lui broya le larynx aussi aisément que toi un cornet de glace.
Le doux philosophe contemplait la scène. D lui semblait reconnaître son sauveur. Mais oui, parbleu : le chien de San-Antonio ! Comment s'appelait-il déjà? Il avait un nom italien... Spaghetti? Cannelloni ? La mémoire lui fulgura la réponse.
157
I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
- Salami! murmura-t-iÔ.
L'interpellé déplanta ses rudes incisives de l'agresseur aux yeux bridés et vint recevoir la reconnaissance de l'universitaire, son fouet battant la mesure du triomphe.
- Je vous dois la vie ! reconnut gravement
l'étranglé.
L'animal haletait. Félix le conduisit jusqu'au bénitier et le souleva pour qu'il p˚t y boire une eau d'autant plus rafraîchissante qu'elle était bénite.
Galochard remarqua :
- On ne voit jamais de chiens dans une église, pas davantage que d'étrangleurs d'ailleurs ; votre magnifique intervention fait naître en moi des sentiments mêlés qui ressemblent à un début de foi.
n le reposa à terre, épuisé par son effort, car Salami pesait quelque trente-cinq kilogrammes.
- Je sais que San-Antonio est hors de la capitale, reprit-il, puis-je vous accorder l'hospitalité jusqu'à son retour?
Le chien secoua négativement la tête, faisant voleter ses interminables oreilles.
- Vous préférez bénéficier de votre libre
arbitre ?
- Wouah ! répondit le quadrupède.
- Ne risquez-vous pas d'être ramassé par la
fourrière ?
- Nouff!
- Comment faites-vous pour le gîte et le couvert, si ce n'est pas indiscret?
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Z¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
Le valeureux basset marqua une légère hésitation et enjoignit muettement à
son interlocuteur de le suivre. Le guida vers le fond de la basilique jusqu'à une étroite porte dérobée qu'il poussa de la patte. L'huis s'écarta comme les fesses d'un homosexuel passif. Félix le suivit, m˚ par la curiosité.
Ils débouchèrent sur une impasse o˘ l'odeur de Paris n'était plus la même car des mécréants l'utilisaient pour uriner et pire. A l'extrémité
d'icelle, un petit porche s'offrait. Salami l'emprunta et stoppa devant une loge de gardienne d'immeuble faisant également office de chaisière.
Cette brave personne accordait un asile provisoire à l'animal, lequel marquait sa gratitude en lui passant sa langue dans la crevasse pendant qu'elle regardait " questions pour un champion ", la seule émission justifiant le prix de la rede-veance T.V.
Rassuré, requinqué aussi, le prof décida de s'offrir des fruits de mer de toute exception chez Marius et Jeannette.
Pendant ce temps, la petite étudiante allemande qui raffolait des fellations " go˚t français ", découvrait l'Asiate mort et se mettait à
hurler.
23 CE PLAT qUI SE MANGE FROID.
Tu as déjà vu se lever des tempêtes?
Un souffle surgit du fond de l'horizon, s'enfle, gronde, démesure! Il bouscule la nature en vociférant; sa force génère un ouragan, tout se courbe devant lui. Tout craque ! Je suis devenu cette tornade, ce séisme.
Je n'ai pas l‚ché les bras des deux guignolets devenus chiffes.
L'investissement de leur domaine enchanté par les archers du guet achève de les écouiller. Ces faux durs sont devenus plus toutous que des chiens d'aveugles.
On a gravi le perron aux marches déglinguées, pénétré dans un hall couvert de nattes en raphia sur lesquelles des adeptes baisent ou prient.
qui prient-ils? Mystère. De l'incarnation ou de l'anthropomorphisme? …
trange humanité ayant perdu ses repères ou, pour le moins, les pédales.
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L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
Assis en tailleur, un vieillard parcheminé joue aux osselets avec ses propres cartilages. Nous passons devant lui sans le faire sourciller.
On accède à une ancienne salle de billard, ceux-ci (il y en a trois) sont épluchés par les mômes qui font du trapèze sur les suspensions. Les parquets défoncés geignent sous nos pas. De hautes fenêtres aux vitres brisées laissent gambader des courants d'air.
Notre charge à travers la grande demeure à demi morte continue. Nos deux gendarmes du début, galvanisés comme si j'étais Rodrigue fonçant castagner les Maures, marchent à nos côtés, m‚choires géométrées par la détermination.
La salle de jeux franchie, nous tombons sur un petit couloir terminé par un escalier en colimaçon.
L'un des zouaves en noir s'y engage le premier, moi sur ses talons. Tu sais ce qu'est une vermine ? Note que je me tenais sur le qui-vive. Dans un virage, ce sous-produit de l'espèce humaine se cramponne à la rampe et me balance-tique une ruade qui, si elle avait atteint mes mandibules, aurait rendu mes gencives chauves.
Hélas pour lui, l'úil était dans la tombe et regardait CaÔn. Je me plaque au mur et place une bastos entre ses miches. Tu parles d'un suppositoire, Léonard ! Le petit f˘maro choit à la renverse ; d'un coup de poing, je fais suivre à Jéjé
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qui, peu doué pour le jeu de culbutos, le virgule carrément par-dessus la rambarde, si bien que le zélé se paie une tartine de plancher pour grande personne.
L'incident a à peine perturbé notre grimpette. C'est pourquoi, en moins de jouge, nous déferlons dans la partie " intime " du ch‚teau.
Une porte basse.
J'en actionne la poignée. Fermée de l'intérieur! Ne me perds pas en états d'‚me. Mon coup d'épaule la rend pantelante et je découvre un lieu étrange, puant l'encens et l'opium
chauffé.
Pièce incongrue dans cette b‚tisse délabrée car elle est capitonnée de tissus indiens et meublée dans le plus pur style Chandemagor. Des canapés gros comme des pachydermes, des statues de dieux à la con, des tableaux montrant des gens turbaneux, des tables graciles surchargées de porcelaines translucides, et toute une bran-douillerie représentant des singes mutins à
la queue en anse de théière.
Affalé sur un trône d'ivoire et de soie, imagine une espèce d'obèse bistre, vêtu de blanc, la chevelure grise. Des bagouzes enrichies de pierres ultra-précieuses alourdissent ses doigts. H semble somnolent, ou recueilli. Le monstre tient un verre de whisky dans sa main droite en guise de ciboire et observe le néant avec attention.
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L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
Mécolle se tourne vers le troisième malabar :
- Je t'ai ordonné de me conduire auprès des prisonnières, j'ai rien à cirer de ce tas de merde !
- Mais c'est le grand maître ! glabatouille-t-il.
- Je ne fais aucune différence entre lui et un rat crevé du choléra. O˘
sont les filles ?
Le gonzier adopte le teint poireau (feuilles du haut).
- Demandez-lui. C'est la pleine lune, il a peut-être procédé au glorieux sacrifice !
Ces paroles me cryogénisent les roupettes pendulaires.
Un autre à qui elles produisent un effet identique, c'est Mister Blanchounet ! Il se jette sur le pape de la secte, lui prend son godet de scotch et le vide sur sa bouille frisée en gueulant :
- O˘ sont-elles?
L'obèse semble sortir d'un songe.
D s'informe auprès de l'acolyte rasé du dôme :
- que ces gens sont-ils ?
- Des policiers. Grand Maître !
D est en roue libre, le chevelu. Camé jusqu'aux paupières. Son entendement doit ressembler à un cloaque faisant des bulles.
- Les laisser pourquoi venir à moi ?
- Ils sont entrés de force ! Son hébétude se fissure pour faire place à une expression rusée.
- Le droit, ils n'ont pas ! déclare placidement le chef débloqueur.
163
T¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
que vient-il de dire là ! Si ma patience a des limites, ma fureur, elle, n'en comporte aucune !
Tu verrais ce coup de saton qu'il déguste en pleine poire, William ! Son groin explose ; je me tourne vers nos deux fidèles motards.
- …coutez, mes amis, leur lance-je, nous jouons la montre et je vais employer TOUS les moyens : les vies de ma fille et de l'épouse de mon ami Blanc sont en jeu. Prêtez main-forte à vos camarades pendant que nous allons nous livrer à des exhumérances...
Us pigent.
Demi-tourent. S'emportent ailleurs.
Vendredi est déjà en action avec le gussier que je viens de tatouer. Crac !
fait le manche à gigot
du gars.
- Conduis-moi aux séquestrées! poursuit le Noirpiot en le cueillant aux narines, de ses doigts
en crochet. A demi asphyxié, l'enfant de pute émet des gargouillances de conduite bouchée. Mon éminent camarade lui agite la tronche
dans tous les sens.
- En te réveillant ce matin, t'as pas eu le pressentiment d'attaquer ta dernière journée? fait-il.
Littérature !
Plus le moment de confectionner du phrasé ! J'entreprends sérieusement le Roi Mage. Le hic avec ce cachalot camé, c'est qu'il n'a pas peur.
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L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
Le genre tordu capable d'empoigner un tisonnier chauffé à blanc pour s'en gratter le dos.
Il me fixe de ses yeux d'hypnotiseur agréé par la faculté des fakirs sédentaires de Vaison-la-Romaine. J'y lis du mépris, mais pas la moindre crainte.
Nous allons bien voir.
Tu le sais : je ne fume pratiquement pas (si ce n'est un cigare à la Saint-Monzob), néanmoins je possède un briquet extra-plat orné d'une photo émaillée représentant M. Lepen en train de décorer un Arabe d'une médaille explosive. Actionne la molette et approche la flamme de la tunique immaculée.
Le feu part en régalade. Faut voir comme il investit le pote-en-tas ! Le déguisant en torche, instantanément.
A travers les hautes flammes, le gus continue de me renoucher sans broncher. Dès lors, Agé-nor, c'est moi qui chope les flubes ! J'arrache du sol un tapis qui passait par là et m'en sers pour éteindre l'incendié. Il me laisse faire avec indifférence.
Lorsque j'ai circonscrit le désastre (si j'avais été rabbin je l'aurais circoncis), le gourou ressemble à un sapin de NoÎl ayant pris feu. Il a les tifs roussis, la bouille noircie, le prose en évidence et la zigounette façon pickles dans un bocal de vinaigre.
^
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I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
«a pue le goret cramé !
- Arrête ton barbecue ! me jette le Bronzé. Mon copain est disposé à
collaborer !
Comme quoi, rien n'est inutile. Mes sévices n'ont pas réduit la volonté du Grand Vizir, mais celle du porte-coton. Son dalaÔ-lama à demi rôti constituant pour lui une vision intolérable, il a mis les pouces.
24 DESCENTE AUX ENFERS.
que je précise...
Les murs du ch‚teau sont terriblement épais d'apparence parce qu'ils sont doubles. Se composent de deux parois écartées d'une quarantaine de centimètres, constituant un passage inutilisable par mon cher Carlos, non plus que par l'ex-chancelier Kohi ou Mme Windsor, reine du Royaume-Uni de son métier.
Nous nous y déplaçons de profil, ce qui accroît l'interminabilité de notre cheminement. «a pue le salpêtre et le squelette négligé. Ce conduit descend en pente douce vers, je le suppose, quelques oubliettes réellement oubliées. Nulle meurtrière pour proposer un peu de jour et renouveler l'air. H fait sombre, nous respirons mal.
Tout en arquant, je songe qu'il est également impossible au fakir Cochonnet d'emprunter ce boyau.
I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL 167
«a déclive de plus en plus. Nos semelles ripent sur des dalles trop polies pour être honnêtes. Parviendrons-nous un jour au terminus de ce trajet infemieux ?
Oui, puisque le noir est soudain troué de lumière ; la pente se calme, le tunnel s'élargit.
Nous débouchons dans une salle basse comme on en voit dans des films d'épouvanté chargés d'effrayer les soubrettes portugaises, les dames patronnesses abordant leur troisième ménopause et les enfants britanniques qu'on punit encore du cachot noir. Le lieu est éclairé par des torches fichées dans des anneaux conçus pour. Clarté pauvrette et fuligineuse.
Nous nous arrêtons, essoufflés, le corps endo-loré par notre marche en crabe, le regard meurtri biscotte l'obscurité.
Je fais front au Moudu qui nous guide.
- O˘ sont-elles ?
- Là-bas.
H désigne une extrémité vo˚tée, plus sombre que le reste de l'endroit.
Alors que nous nous y dirigeons, deux silhouettes fantomatiques s'avancent.
Des femelles en haillons, h‚ves, aux têtes cadavériques, aux regards creux et morts.
- qui sont ces êtres ? m'enquiers-je. Notre mentor éclopé répond :
- Les gardiennes !
L¬CHE-LE. IL TIENDRA TOUT SEUL
Gardiennes de quoi? De l'enfer? Gardiennes de la mort ? Des prisonnières, plutôt ! Exsangues, titubantes, n'ayant plus de réel visage humain.
Pitoyables; l'on a du mal à les imaginer en surveillantes d'individus plus démunis qu'elles.
- La petite fille ! La petite fille, croasse-je 1.
- Et la femme noire ! renchérit Jéré.
C'est qu'il pense à son brancard, lui !
Les malheureuses épaves n'ayant pas l'air de piger, nous les écartons.
Fonçons vers le fond des " oubliettes ".
Là : des cages !
Tu me lis bien, Lucien? Des cages, comme dans des chenils, d'o˘ s'exhale une puanteur excrémentielle. M'en approche à m'écraser le mufle contre les barreaux.
Je t'ai dit la chicheté de l'éclairage. Nos yeux s'accoutumant aux pénombres les plus mélas-seuses, je finis par distinguer, dans ce cul-de-basse-fosse, une foule de malheureux dont un être cadavérique, émacié comme un Christ d'ivoire et - tiens-moi bien - vêtu d'un uniforme en loques.
Pas banal, non?
Examinant le prisonnier avec un max d'attention, je découvre qu'il s'agit du général Godefroi Haumiche, chef d'état-major de l'OTAN, enlevé
1. Le verbe croasser n'est-il pas trop fort? Tu aimes mieux coasser? Tu préfères les grenouilles aux corbeaux?
L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL 169
voici deux ans et mèche lors d'un déplacement en voiture (son chauffeur avait été abattu d'une bastos dans la mansarde). L'affaire fît un foin du diable. Les autorités gouvernementales s'étaient attendues à une demande de rançon, mais personne ne se manifestant, on oublia progressivement ce mystère.
Et l'officier supérieur est là, réduit, égrotant, momifié avant la mort !
- Courage, mon général ! lui lance-je. Votre calvaire prend fin !
Il ne bronche pas mais entonne d'une voix à peine audible Le Régiment de Sombre et Meuse, ce qui lui déclenche une quinte de toux.
Pendant ma brève halte. Blanc a passé les autres cages en revue ; il y en a une dizaine.
- "Elles" ne se trouvent pas ici, dit-il, anéanti. Nous sommes arrivés trop tard !
25 LE JOUR OŸ JE SUIS MORT.
A compter de cet instant, c'est comme si je n'existais plus. Je me sens projeté sur une lointaine planète n'ayant rien de commun avec celle que je viens de quitter. Tout en moi est glace et insensibilité.
Avec détachement, je regarde s'agiter Jérémie. Je l'entends vociférer. H
s'en prend au péone du mage. S'arrête de lui parler pour lui mettre des coups de boule dans le portrait; heureusement pour le larvaire, la crépétude de Blanc amortit un peu le saccageage.
N'a un certain moment, le Négus empoigne les génitoires du mec de sa puissante main de tordeur d'enclumes.
Oh ! que ça doit faire mal !
A preuve? Le crevard s'évanouit! Pauvres chiffes. Tristes minus nazéifiés qui se vêtent en guerriers de l'apocalypse et chient dans leur bénoche de cuir sitôt qu'on les houspille.
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L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
Le gré‚t Black me dit :
- Ce salaud fait partie de l'équipe de surface et ne sait pas grand-chose.
Il a vu arriver Ramadé et Antoinette mais ignore ce qu'elles sont devenues.
Je m'arrache à mon état second pour réintégrer la réalité.
- questionnons les deux gonzesses!
décide-je.
J'amène les pauvres épaves au plus fort de la clarté végétative qui règne dans ces geôles. Seigneur ! quelles lamentables figures. Ces regards hallucinés, bouffeurs de visages décharnés; ces cheveux qui, depuis des temps immémoriaux,
sont en jachère.
Domptant mon impatience, je m'efforce de les interroger calmement, manière de les apprivoiser.
En très peu de temps, j'apprends leur mésaventure. Elles étaient déjà au "
rebut " : sans ressources ou presque, camées à l'os, contraintes de se prostituer pour gagner de quoi nourrir leurs chiares. A bout d'exténuance, elles sont arrivées ici avec leurs lardons. On a commencé par les séparer d'eux, les astreindre rapidement aux basses besognes de la communauté, jusqu'à ce qu'on les affecte aux " oubliettes ". Elles reçoivent un peu de nourriture et beaucoup d'alcool en compensation de leurs services. Cette 172
œ¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
existence cancrelate a fini de neutraliser en elles tout désir de rébellion. Elles ont même renoncé à leurs enfants. Elles s'enivrent et se masturbent, cognent sur les captifs en leur apportant leur pitance. Ceux-ci gisent derrière les grilles comme du bétail condamné, soit à la mort, soit à une interminable agonie.
Le gourou se pointe de temps à autre pour faire " sa cure ". Dans ces cas-là, il torture un prisonnier avec raffinement, puis le met à mort en l'égorgeant. Ces exécutions sont toujours en rapport avec les lunaisons.
Jérémie qui conserve tout son chou, interrompt la confession des deux malheureuses :
- Par o˘ vient-il? n est bien trop gros pour pouvoir emprunter le passage dans le mur?
Les deux kapos femelles tendent le bras dans la même direction.
- Par là.
- Montrez ! enjoins-je.
Nous retournons aux cages. Celle située à l'extrémité gauche est vide. La lourde étant légèrement entrouverte, j'y pénètre, constatant ainsi qu'une autre porte, de fer " pleine " celle-ci, s'y trouve. D˚ment cadenassée, certes, mais du moment que j'ai mon vieux sésame en fouille... Tu m'as compris tu m'as?
Cette fois, le couloir est de dimensions humaines. Le grand prêtre peut y engager son
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œ¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
obésité triomphante sans risquer de se faire des bleus à l'‚me non plus qu'aux miches.
Court et en pente raisonnable, ce passage mène à une serre en friche o˘ la nature sauvage a pleinement retrouvé ses droits. A l'emplacement surélevé
des anciens semis foisonne désormais une végétation anarchique.
Les vitres de cette construction sont en grande partie manquantes ou fendues.
Depuis la serre, tu aperçois le ch‚teau sur ta gauche (ou sur la mienne, si je me mets à ta place) et à droite, des écuries aux toitures affaissées.
Des " sectaires " 1 non encore au courant de l'investissement policier fol‚trent dans l'herbe, sous des pommiers trop vieux pour pommer
encore. Rien de bucolique au tableau. Cette horde de paumés dégage une impression oppressante. Me font songer à une peinture flamande représentant le purgatoire. Des êtres retirés du monde, fonctionnant par habitude.
Mon Black and Blanc fonce vers ces larves, converse avec elles. Pendant son interview, je gagne les communs en effondrement.
Rien de plus persistant que les odeurs. L'endroit sent toujours le bourrin et la paille
1. Adeptes de la secte.
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L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
humide. Les araignées régnent ici sans partage (même à midi, ajouterait Claudel).
J'avance sur un sol cimenté, dans la travée bordant les stalles. Les portes ouvertes clopinent sur leurs gonds; des courants d'air aigres-doux les font grincer.
Je me rends rapidement compte que les boxes sont déserts. Des rats s'enfuient à mon approche. Devant ces ruines, j'ai du mal à imaginer l'époque glorieuse du domaine : fêtes, chasses à courre, valets empressés, montures piaffantes, le son des cors, les servantes " accortes " troussées dans le foin... Tout cela s'est englouti. N'en subsistent que des vestiges et des échos.
"Et nous, les os, devenons cendre et pouidre. "
A l'instant o˘ je m'évacue, je crois distinguer un léger scintillement dans la paille feutrant le sol. Ramasse l'objet : une boucle d'oreille ornée d'une perle. S'agit-il d'un nain-dix ? Ou bien ce modeste bijou (modeste, car la perlouze est microscopique) a-t-il été perdu par l'une des nières de la communauté, venue se faire empl‚-trer là?
Je traverse des massifs dégénérés, devenus boqueteaux, afin de rallier le groupe d'enfoirés interrogés par mon collaborateur. Il a toutes les peines du monde à repousser les gestes capta-teurs d'une gonzesse au regard de braise.
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I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
- Je veux pomper le nègre ! Je veux pomper le nègre ! psalmodie l'aimable créature !
Il la refoule à coups de genou, le descendant d'anthropophages. Cette frénésie, loin de le flatter, le plonge dans une fureur qui va croissant, comme on dit en Islande.
- Tu as appris quelque chose ? lui questionnéje-t-il.
- Plus ou moins. Le side-car a gagné les écuries o˘ il aurait séjourné peu de temps. Avant qu'il ne reparte, deux hommes chargés de matériel se sont pointés.
- Et puis ?
- Et puis rien. Ces gens sont shootés à bloc ; pour leur arracher ces quelques réponses, il m'a fallu des forceps.
- Reconnaîtrais-tu ceci?
Le bijou paraît misérable dans la paume de ma main. Jérémie balbutie :
- C'est une des boucles de Ramadé. Je les lui ai offertes pour son dernier anniversaire.
26 LE JOUR OŸ JE SUIS MORT (SUITE).
n tient le pendant d'oreille comme le prêtre l'hostie consacrée. Sa bouche éclatée tremble. Des larmes lui jaillissent.
- O˘ était-il ? il susurre.
- Dans les écuries effondrées, là-bas. Il se met en marche. Je le suis. Je crois bon de le prévenir :
- En dehors de cette perle qui s'y trouvait, tout avait l'air normal.
Haussement d'épaules du malheureux. n déclare :
- Rien ne peut être normal. Si l'on a conduit ma femme en ce lieu, c'est dans un but précis !
Revoilà les b‚timents charognes par le temps et l'indifférence des hommes.
" Le ciel est pardessus le toit, si bleu, si calme. "
Comme ma pomme, naguère, il examine les tristes lieux. Ballepeau !
Mon amigo soliloque :
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L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
- Il n'y avait aucune raison de les amener ici puisqu'ils sont " outillés "
dans les sous-sols.
- Très juste, apprécie-je.
Alors, tu sais quoi. Grivois? Jérémie s'arme d'un manche de fourche en train de faire des heures supplémentaires dans l'une des stalles ; il s'en sert comme d'un "brigadier" de thé‚tre, frappe le sol consciencieusement.
Son intention est d'étudier la résonance de toute la surface.
Il agit sans se décourager de n'éveiller que des chocs sourds. Il a commencé par une extrémité et avance d'une allure de jardinier. Toc! Toc!
Toc ! Partout cela sonne le plein. Un petit pas, deux coups ; nouvelle enjambée, re-toquetoque.
- Tu pourrais m'aider! me fait-il, mauvais. Si je te disais que l'idée ne m'en était même
pas venue. Je déniche un second morceau de bois et pars à l'autre bout de l'écurie.
Dans l'encadrement de la lourde, la fille enflammée du réchaud nous contemple. Elle convoite le chibraque de Jérémie si fortement qu'elle a relevé ses cotillons, comme disait grand-mère, pour s'opérer un toucher de motte
de mandolinière.
Et nous deux, enragés, on " pan ! pan ! pan ! " à nous détrancanner les biceps, triceps, forceps et colonne vertébreuse.
Soudain, ça sonne le creux sous mes pilo-nades. Incontestable. Six mètres carrés forment
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L¬CHE-LE. IL TIENDRA TOUT SEUL
caisse de résonance. Putain, cette frénésie ! Je dégage les reliquats de paille afin de mettre à nu la chape de ciment. Elle révèle une trappe délimitée par un encadrement métallique.
- Viens ici! lance-je à mon compagnon de misère.
Il pige illico, accourt.
En général, une trappe est pourvue d'un anneau permettant de la soulever.
Ne voyant rien de tel, et après examen de sa surface, j'en déduis qu'elle obéit à un autre système.
Nos cúurs fonctionnant à deux cents coups minute, nous cherchons la solution. Jéré se casse les ongles à vouloir les glisser dans les interstices.
- Laisse quimper, fais-je, il y a s˚rement autre chose.
En cas de mystère aigu, je m'immobilise pour réfléchir.
Tout ici est croulant, rouillé, brisé, hors d'usage, pourtant, la dalle de ciment n'a pas été coulée depuis longtemps. Une fois qu'on l'a balayée, cela paraît évident. S'il existe un système d'ouverture, il est récent et, par conséquent, peut se détecter sans mal dans cet univers agonisant.
Autrefois, papa avait acheté un chien de chasse : un " espagnol-breton ", dirait le Gros. H dressait son chiot en promenant un morceau de 179
l¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
barbaque sur le sol, qu'il enterrait ensuite dans le jardin, puis il exhortait le cador par des :
" Cherche, mon Dick ! Cherche ! "
A cet instant, je crois entendre la voix engageante de mon dabe, facilement pétardier mais cependant plein de tendresse : " Cherche, mon Antoine !
Cherche ! ".
Je te jure qu'il est à proximité, mon daron. A preuve? Il "m'oblige" à
tourner la tête en direction d'une plaque de concours hippique accrochée à
un clou. Du bout des doigts, je la relève. Bravo ! Elle cache un commutateur niché dans le mur.
que j'actionne.
Il se produit un zonzonnement feutré. La trappe de ciment descend de quelques centimètres, puis se met à coulisser, et découvre une ouverture.
Une effroyable puanteur monte de la fosse. Une odeur qu'il m'est arrivé de respirer quelquefois au cours de ma carrière : celle d'un charnier!
J'empare mon stylo-torche et braque son faisceau dans le trou. La pestilence me chavire.
L'impensable se révèle : un ignoble tas de morts en décomposition! Pareils à ceux qu'on extrayait, à la Libé, des camps nazis et, de nos jours, des sols occupés par des régimes totalitaires!
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I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
Ma lampe tremble dans ma main. Des cris de bête blessée encombrent ma gorge. Je déplace la cruelle lumière : elle me découvre Ramadé, serrant Antoinette blottie dans ses bras.
La Noire est sans connaissance. L'enfant pleurniche doucement en balbutiant :
" Maman ".
Plus fou que fou, dirait un publicitaire, je saute dans l'horreur.
Cramponne MA fille. Hèle Jérémie. Il ne répond pas. L'une de ses jambes pend dans l'excavation. …vanoui, le bon Jéjé. A toi de te démerdaver, Sana !
Je te raconte pas. Je hisse la petite hors de la fosse. Elle est dans un triste état, avec ses vêtements chiffonnés et puants, son minois maculé de cambouis, ses fins cheveux emmêlés, collés par d'épouvantables viscosités !
Je lui souris.
- Pourquoi tu pleures ? murmure-t-elle.
- Je ne pleure pas ! Je secoue le Négus :
- Arrête de nous jouer La Dame aux Camélias, Dugland, c'est pas le moment !
H a un soubresaut. Rouvre des yeux hagards.
- Aide-moi à remonter ta femme !
- Ramadé ? balbutie le tiersmondiste. La réalité lui réinvestit la matière grise. Sa
physionimie est un déferlement de sentiments
intenses.
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I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
Pour la seconde fois, je plonge dans l'abomination. «a fait une sacrée impression de fouler des cadavres réduits en boue !
Agenouillé devant cette fosse commune peu commune, il se met à gerber, l'enfoiré de sa mère ! Merci pour les éclaboussures !
Conjuguant nos efforts (et nos spasmes), nous parvenons à extraire Mme Jérémie Blanc. A l'air, elle sort du coltar, avise son gladiateur, lui ouvre les bras (ce soir, ce sera les jambes).
*
* *Nous voici hors des écuries. Les allumés-fol‚tres font cercle. Ces ébréchés de la coiffe regardent notre quatuor comme s'ils contemplaient la cour de récréation de l'Académie, au moment o˘ les bicornes mangent leur go˚ter.
Je reviens sur mes pas pour refermer la trappe, puis dégaine Tu-Tues et carbonise deux bastos dans les airs afin d'appeler nos gendarmes à l'aide.
27 LE JOUR OŸ J'AI RESSUSCIT….
Ils se ramènent depuis le ch‚teau, nos bons amis pandores.
J'aime les gendarmes. Je comprends que certaines gens (les malfrats principalement) nourrissent une aversion pour les flics; mais je ne conçois pas qu'ils retendent aux bédis. C'est comme du pain chaud, un schmitt. Bien s˚r, il en est de teigneux, des qui se montrent un peu trop jugulaire-jugulaire ; pourtant dans l'ensemble ce sont de braves mecs.
Les voyant radiner, je l‚che à Jérémie :
- Pas un mot sur le charnier non plus que sur la geôle souterraine. C'est un trop gros morcif, ça foutrait la panique chez nos ennemis. On va jouer la partition calmos !
Ainsi est fait.
Je te gaze sur nos petites miraculées que nous enveloppons chacune d'une couverture et conduisons à la polyclinique Salambô, la plus proche d'ici.
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L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
Diagnostic du professeur Homais qui les examine : rien de grave, sinon une légère commotion nerveuse de Ramadé. L'adulte, consciente de l'horreur, a plus mal résisté que l'enfant, sécurisée par l'étreinte maternelle de Mme Blanc, mais tout cela va rentrer dans l'ordre.
Tranquillisé, je vais m'acheter des fringues au " Dandy Normand ", un magasin de confection voisin, car les miennes fouettent la fosse
"
commune.
Un long bain à l'hôtel Bouvard et Pécuchet et je me retrouve à neuf, ivre de bonheur. Coup de turlu à Féloche afin de la rassurer. Le happy end l'éclate en sanglots de soulagement. Justement, Marie-Marie vient d'arriver, elle veut me la passer. Prudent, je coupe la communication pour ne pas entendre les imprécations de la Musaraigne. Délivrée de sa mortelle angoisse, elle va se calmer en attendant notre retour.
Petit somme réparateur en l'absence du Bronzé qui n'en finit pas de ne pas revenir. Il doit tenir la main de sa femme et lui caresser la motte (il est ambidextre). Le printemps chante en moi. Je trique en évoquant l'exquise petite assistante médicale qui m'a mis sur la bonne voie en me parlant du morceau de carte routière envolée. J'irai la visiter sans tarder. Lui placerai ma menteuse de caméléon en spirale. Comme prévu : 184
I¬CHE-LE, EL TIENDRA TOUT SEUL
auberge du Plat d'Etain, fenêtres sur campagne baignée de pluie, hymne du bidet puis du sommier, langue longitudinale depuis ma tête chercheuse jusqu'aux deux maracas. La vraie fiesta françoise ! Je me sens follement heureux ! Délivré! Conquérant! Invincible! quoi encore ? Non, rien ; ça va comme ça.
Retour à la clinique. Ramadé, gavée de tranquillisants, roupille. J'avais jamais remarqué combien elle est belle, cette súur! Dommage qu'elle soit la femme d'un ami absolu.
D'en ce qui concerne MA petite chougnette, ça boume. Elle joue en compagnie d'une infirmière qui lui a confectionné une poupée à l'aide d'une pomme, d'une chaussette et d'un mouchoir. Aucune Barbie ne saurait plaire davantage. Les enfants sont des poètes ; ils ont besoin d'inventer leurs jouets.
Je la regarde s'amuser comme un mélimélo-mane écoute de la grande musique dans la basilique de Vézelay. La fenêtre s'obscurcit; les loupiotes s'allument dans l'établissement.
Soudain Blanc réapparaît.
- O˘ étais-tu? le questionne-je. Haussage d'épaules.
- Tu es retourné " là-bas " ? n acquiesce.
- Pour t'emparer de cette abomination de gourou?
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I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
- Oui.
- Et alors ?
- Il a disparu. Les gendarmes l'ont laissé sans surveillance. Je grimace et finis par murmurer :
- Baste, avec sa gueule et son obésité, il n'ira pas loin. La chiasse c'est qu'il va donner l'alerte à ses complices.
Une brève conciliabulation succède. Nous décidons de rentrer à Paname avec Antoinette. Ramadé récupérera au cours de la nuit tandis que Jérémie s'occupera de ses mômes.
*
* *Au bon accueil !
Des instants pareils, je te les recommande. Ils sont idéals pour préparer une crise cardiaque. Marie-Marie saisit sa fille dans ses bras et la presse contre elle farouchement.
- Maman, maman, gazouille la jolie chérie, heureuse de retrouver sa mère.
Cette dernière monte à l'étage sans me regarder.
Je m'assieds sur l'une des chaises du vestibule. Envie de me mettre deux doigts dans le gosier; mais parvient-on à se dégueuler soi-même?
Félicie s'approche, pose ses mains sur mes
tempes.
186 L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
- quelle épreuve ! soupire-t-elle. N'a pas envie de s'enquérir. Dire quoi, puisque la gosse est de retour, intacte-Dé mon côté, c'est le vide, un néant tendance gris‚tre. J'appuie ma tête contre le mur, près d'un tableautin représentant des potirons peints par mon dabe qui aimait barbouiller, parfois.
T'as des moments o˘ l'existence déborde, comme une fosse d'aisance en crue.
M'man murmure :
- que comptes-tu faire de Mme Selma? J'essaie de me désembrouiller les muqueuses du cerveau.
- qui ça?
- La nurse d'Antoinette.
Si je te disais que je l'avais oubliée, cette grosse vachasse !
- Elle est toujours menottée à son lit, reprend ma mère. Ce n'est pas très pratique... Heureusement, j'avais conservé le bassin de grand-mère.
- Comment réagit-elle ?
- Elle pleure sans discontinuer ; tu sais, je ne pense pas que ce soit une mauvaise femme. Je pose un baiser sur le dos de sa main. - Avec toi, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil !
Je vais pour grimper l'escadrin lorsque je vois déboucher Marie-Marie, notre mouflette d'une main. une valise de l'autre.
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I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
- O˘ allez-vous? demande-je.
Mais ne le sais-je pas déjà !
Elle me contemple longuement, avec une
émotion contenue.
- Vois-tu, Antoine, je regrette de t'avoir appris ta paternité. Je viens de comprendre, et de cruelle façon, que tu n'es pas fait pour être père. Un homme comme toi, ça reste solitaire, avec une maman qui l'attend et des femmes à chaque carrefour. Ta seule épouse, c'est l'aventure; ton seul ami, le danger. Nous retournons en Suède o˘ je chercherai une autre nurse.
" quand l'envie te prendra (si elle te prend) de revoir Antoinette, viens à
Stockholm. Peut-être qu'un jour, te sentant vieillissant et n'ayant plus ta mère, tu décideras de raccrocher. En ce cas tu pourras te réfugier sur les rives du lac Màlaren ou de la Baltique. Il se peut que je me sois remariée, mais quelle importance, puisque tu es pour toujours l'homme de ma vie ? "
Et voilà.
M'man pleurait; moi également. J'ai serré ma petite fille sur mon cúur pour sentir battre le sien. Je n'ai rien dit. Il n'y avait rien à dire. Elles sont parties. La vie c'est comme ça.
28 CHASSE ¿ CORPS.
Je me souviens d'un taureau qui ne voulait pas mourir ; à l'époque o˘
j'aimais encore la corrida. Je m'imaginais que c'était l'un des derniers vrais spectacles au monde, avec la boxe. J'étais sensible au cérémonial, aux habits de lumière, au sang. Au sang, surtout !
Je revois ce lourd taureau noir écumant, percé de toutes parts, hérissé de banderilles multicolores, l'épée enfoncée de guingois dans son dos invincible.
Un torero de mes fesses, conspué par la foule, tentait de lui planter la lame de la puntilla dans le cerveau, mais l'animal, transcendé par son agonie méprisante s'obstinait à rester campé sur ses pattes. 11 refusait moins sa mort que la victoire du triste héros chamarré affolé par ses honteuses maladresses.
En cet instant, c'est moi le taureau blessé, à l'agonie dodelinante.
I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL 189
Moi, qui titube, so˚lé de chagrin. Mais personne ne m'acclame. Au contraire, un silence me
condamne. Comment fait-on pour continuer sa vie après une pareille estocade?
Heureusement, le Seigneur est là, qui vigile. Une bourrasque déboule, aux senteurs d'ail.
Une voix, évoquant un concours de pets dans
une contrebasse, éclate :
- Toive, alors, tu m'la copyright ! La journée à morfonde dans c' putain d'
camion rital ! Je pose sur lui un regard plus lointain que Plu-ton.
Le Mastard poursuit ses incriminations :
- Je croivais qu'tu m'avais laissé un message sur o˘ vous alliez, mais chibre ! Et c' tordu dont t'as zingué les fumerons qu'en finissait pas de gueuler, n'au point qu' j'ai d˚ lu farder les pommettes av'c la crosse d'
mon riboustin pour l'endormir! Pourtant, ça n'a pas été du temps complètement perdu !
H me guigne, dans l'attente d'une rafale de questions. Mon apathie (laquelle ne vient pas qu'en mangeant) le déconcerte.
- Secouve-toi, Grand, murmure-t-il, on la
retrouvevera, ta mouflette !
Pauvre connard ! Il ne sait pas encore que je viens de la perdre pour la seconde fois !
- Bon, j' vais t' dire...
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I¬CHE-LE, SL TIENDRA TOUT SEUL
D remet sa couille droite en place, c'est-à-dire à gauche du bénoche, vu qu'il porte côté cúur.
- Tandis qu' j' poireautais dans c' t' cabine du gros " q ", on est v'nu tambourer à la porte. N'aussitôt, je biche mon composteur et j' dépone si tant fort qu' la personne frappeuse se prend la lourde dans 1' portrait.
Un' gonzesse, Sana, capab' de t' rend'dingue : blonde, jeune, des lèvres à
shampouiner 1' braque d'un éléphant. Elle portait des lunettes vachement smart ; malheureusement, 1' coup d' portière qu'é s'est mor-flé dans les naseaux les a puveirisées. J'ai voulu savoir c' qu'é v'nait branler là, mais ell' m'a joué bouche cousue et modus vivandière! J' croye qu'é
s'gênait de l'autre. N'en fin de compte, j' l'ai passé les cadennes et emballée, propre-en-ordre.
Sortant enfin de ma prostration, je demande à Béni ce qu'il a fait de sa prisonnière.
- Rien encore, répond-il.
- C'est-à-dire?
- Dans c' circus on marche soite su' des úufs, soite su' des bombes à
retardance. J'ai préféré t'l'amener. Elle est dans 1' coffiot d' sa tire d'vant ton pavillon.
Allons donc quérir cette singulière personne. Très effectivement, elle se trouve entravée et lovée à l'arrière de sa chignole, une Chevrolet en légère déglingue, vieille d'une dizaine d'années, 191
I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
ce qui est un ‚ge canonique pour une guindé, de nos jours.
- Pourquoi avoir conservé sa voiture?
m'enquiers-je.
- Biscotte la mienne est rincée, mec. Elle m'a l‚ché à quéques centaines de mètres du parkinge, raison à propos d'laquelle j'ai attendu là-bas. «a fait lurette qu' j' veuille en changer, mais t' sais c' qu' c'est? On s'habitude aux choses.
Nous rentrons la bagnole dans mon garage, en extrayons la passagère afin de la conduire dans la resserre o˘ nous rangeons, l'hiver, les meubles de jardin.
L'endroit sent la pomme de terre germée et le géranium desséché. Sur un côté, j'ai installé des rayonnages, m'man y entrepose des confitures, des conserves et autres denrées ménagères.
Je fais asseoir la gerce dans un fauteuil de fer, devant une table ronde de même métal. Une pénombre douce‚tre nous enveloppe. C'est vrai que la môme est superbement roulée de première. Sans ses lunettes (la trace se lit sur l'arête de son nez tuméfié), son regard de myope s'accentue et acquiert un charme supplémentaire.
Tu n'ignores pas combien je fonctionne à
l'intuition?
- Vous apparteniez au commando mandaté pour assassiner Pamela Grey à
l'hôpital, demande-je à br˚le-pourpoint.
192 l¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
Elle fronce les sourcils, comme pour mieux me considérer, et répond :
- Vous pouvez le prouver?
- Ayez confiance : en temps utile, ce sera fait. Je sens que j'ai affaire à
une cliente sérieuse, retorse, maligne, froidement déterminée. quand elle passera aux assiettes, elle saura embobiner le jury, voire même le président. Césarine, pour lui arracher des confidences, va falloir pousser la flamme de la lampe à souder !
- que veniez-vous chercher dans ce camion ?
- Je voulais demander ma route.
- A un chauffeur supposé italien compte tenu de l'immatriculation de son véhicule ?
- Les cartes routières sont internationales.
- Vous avez des pièces d'identité, naturellement?
- Elles se trouvent dans mon sac à main, à l'intérieur de la voiture.
- Va voir! enjoins-je au poivrot-étoile de la Rousse.
Bibendum sort en maugréant qu'il a faim et commence à en avoir plein les miches de ce métier à la con. S'il aurait su, il aurait resté à la ferme familiale de Saint-Locdu-le-Vieux, et bourrerait encore la fille Marchandise qui, à treize ans, possédait déjà une chatte comme l'Arche de la Défense !
Je me penche sur notre chérubine. La chaleur de son visage m'est perceptible.
l¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL 193
- Je ne veux pas vous impressionner, mais sachez que ça va mal pour vous, ma chérie. J'ai récupéré mon enfant, et mon adjoint sa femme, dans votre beau ch‚teau de Saint-Julien-l'Hospitalier.
Bingo ! Je marque un point. Pourtant, elle parvient à se dominer.
- J'ignore ce dont vous parlez.
Je soupire :
- Mon Dieu, quel système de défense pauvret! J'attendais mieux de vous.
Elle ne réagit pas, soudain pétrifiée, comme toi lorsque ta femme entre dans ton burlingue au moment o˘ ta secrétaire te taille une petite bouffarde devant la console de l'ordinateur.
Ce qu'elle regarde?
Je vais te dire.
Auparavant, sache que ce cabanon est fréquenté par des rats. Les graines mortifères faisant marrer les rongeurs, Féloche a installé une nasse de grillage app‚tée au gruyère. Plusieurs fois par semaine, la gent trotte-
menu s'en vient
chercher sa perte. Il est rare qu'un gaspard, voire deux, ne se fasse pas poirer. Impitoyable, m'man si douée, plonge le piège dans le petit bassin et revient après que l'eau a accompli son úuvre.
Gradube radine avec le sac de la fille. Il la voit figée, ses yeux braqués sur le siège o˘ un gros
194
I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
muridé au museau pointu et à la longue queue écailleuse semble attendre le métro. On se défrime, Sacam' et moi. On se comprend. Ce rat félicien pourrait parfaitement être notre providence.
Je me lève, saisis le piège par son anse et viens le déposer sur la table.
Tu renoucherais la guerrière ! Elle bande son torse pour se reculer un max; ses lotos deviennent gothiques !
- Enlevez ça! glabatouille-t-elle.
- Elle est poilante, cette greluche, dis-je à Alexandre-Benoît Premier.
Elle te découperait les testicules avec des ciseaux de brodeuse, mais un brave mammifère la fout en transe !
Cette découverte, aussi heureuse que fortuite, dilate le Ventru.
- On va y faire faire connaissance d' plus près ! annonce-t-il en se délectant. Moi, c' qui m' vient en tête, c'est le projet ci-joint. On ôte galamment la culotte à Médème, on ouv' la cage et on place la sortie d' s'
cours contre 1' couloir à pafs d' cette beauté ! Le gaspard, son idée, c'est d' jouer cassos. Voiliant un terrier, il y fonce; logique, il a passé sa vie à entrer dans des trous !
- C'est valable, conviens-je et, pour tout te dire, j'envie ce rongeur!
C'est alors que notre prisonnière se met à hurler.
29
LA RECONqU TE DES TERRITOIRES OCCUP…S.
Pendant que maman Félicie faisait des courses en compagnie du petit enfant inconnu tombé du ciel (ignorant son nom, elle l'avait baptisé " Bruno " à
cause de son teint sombre et de ses cheveux noirs), son employée de maison, comme on dit puis en parlant des anciennes bonnes à tout faire, repassait un costume de
M. Antoine.
Elle s'appliquait, sachant combien le fils de sa patronne détestait les doubles plis de pantalon et les cloques aux revers de veste. Il n'avait rien d'un maniaque pourtant et l'honorait volontiers d'un coup de bite à
l'occasion, ne dédaignant pas
les étreintes ancillaires.
n possédait une verge de belle prestance dont il se servait à merveille, ajoutant à cela une technique très " pointue ", un esprit inventif peu commun dans le royaume de Juan Carlos. Elle appréciait fort, entre autres délices, sa chevau-
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L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
chée cosaque assortie d'un doigt mouillé dans l'úil de bronze.
Elle f˚t tirée de son évocation érotique par une voix soudaine, sortie de nulle part. Voix qu'elle estima céleste sans barguigner et qu'elle attribua immédiatement au Seigneur. D'o˘ miracle !
Cependant, elle était incommodée par le fait que l'organe en question s'exprimait en anglais, dialecte dont un emploi dans un hôtel lui avait enseigné quelques mots.
La gentille exilée savait que Dieu comprend toutes les langues de la planète, mais croyait qu'il ne prenait la parole qu'en castillan.
Sa stupeur surmontée, elle tendit davantage l'oreille, allant jusqu'à la poser contre le vêtement en cours de repassage.
La chère fille perçut encore quelques syllabes et ne tarda pas à découvrir qu'elles sortaient de la petite boîte plate trouvée quelques semaines plus tôt dans une poche de Monsieur.
Cette fois l'objet l'effraya. L'ayant longuement examiné, elle le reposa sur l'étagère à côté du vieux poste de radio qui, depuis des lustres, s'obstinait à fonctionner.
Pilar (son état civil comportait à peu près tous les prénoms féminins du calendrier) avait le cúur plus serré qu'un poing communiste. Les nerfs tendus, elle redoutait (en l'espérant confusément) une nouvelle manifestation sonore de la boîte.
197
L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
Rien de tel ne se produisit.
Au bout d'une heure, elle alla renouveler son Tampax et but une forte goulée de Malaga à la bouteille rapportée à sa patronne, de ses dernières vacances.
*
* *Le basset se passa une langue longue comme une traîne de mariée sur les roustons et reprit le cours de sa méditation. C'était la première fois qu'il égorgeait quelqu'un. La victime avait beau n'être qu'un homme, et qui plus est un criminel, ce sauvage réflexe le troublait. Cela dit, sans son intervention, l'ami de son maître serait mort, donc il avait accompli un acte salvateur.
Depuis plusieurs jours le prêtre asiatique louait une chambre à Mme Goguenuche, la brave " logeuse " de Salami. D'emblée, le personnage avait éveillé la suspicion de ce chien hors pair (mais pas hors paire). Le hound avait décidé de rester sur place pour le surveiller, voire prévenir les mauvais desseins dont il le sentait animé.
Bien lui en avait pris.
Le brave clébard regrettait déjà d'avoir décliné l'invitation du bonhomme, car il pressentait confusément que Félix n'en avait pas terminé avec ses ennemis. D'autre part, regorgement du Jaune, près du confessionnal, déclencherait un
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SACHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
patacaisse du diable ! Le signalement de l'animal serait diffusé et les services de la fourrière, épaulés par la poulaillerie, chercheraient ce basset dans tout le 18e.
La décision du valeureux toutou f˚t rapidement arrêtée. Il absorba, en h
‚te, quelques morceaux de Canigou dans son écuelle, et fila prestement.
Heureusement, Galochard puait des pinceaux. Salami n'eut aucune difficulté
à relever sa trace.
* *
Dans la crypte du ch‚teau de Saint-Julien-l'Hospitalier, la gendarmerie de l'Eure, assistée des Services de la Croix-Rouge (en anglais Red-Cross), s'occupait activement de libérer, et de donner les premiers soins aux prisonniers pitoyables du gourou, lequel, malgré les avis de recherche demeurait introuvable.Beaucoup des séquestrés étaient dans un état critique et respiraient d'une façon précaire. On avait dressé une tente sanitaire dans le parc pour prodiguer les soins de première urgence. Les pauvres victimes, parmi lesquelles le général Godefroi Haumiche, se tenaient lovées sur les civières, en position foetale.
Un brigadier au kebour de traviole demandait leur identité à ceux qui pouvaient encore parler.
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l¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
u la notait sur des feuillets fixés à une planchette de bois. Il ne s'agissait pas encore de déposition, seulement de dresser la liste de ces gens sortis de
l'enfer. Le gendarme parvint devant un très vieil homme à la barbe longue et soyeuse comme celle de quelque magot chinois.
Ses orbites ressemblaient à des cratères lunaires. Il lui adressa un sourire compatissant.
- A vous, grand-père, fit-il. Vous pouvez me
dire votre nom? Le presque mourant acquiesça, et murmura très bas :
- Je suis le père Pierre Chatounet.
30 SONNEZ LA CHARGE!
Marrant, quand on y réfléchit. Voilà une gon-zesse qui a d˚ carboniser davantage de mecs qu'elle n'a confectionné d'omelettes norvégiennes dans sa vie, et qui joue des castagnettes avec ses dents et ses miches à cause d'un bon vieux rat de banlieue piégé.
Défaut de la cuirasse. Même dans le crime, nul n'est parfait.
quand elle s'est affalée, nous avons décidé de contre-attaquer sans délai, le Saint-Locducien et moi.
On a embarqué la môme Dolly et le gaspard avec nous. D constituait la souris de l'Abbé Jouvence, un vade-mecum idéal! Diaboliquement, on a posé
la nasse près de la fille, sur la banquette arrière. Comme s'il avait pigé
ce que nous attendions de lui, le moustachu ne la quittait pas des yeux et couinait parfois en secouant les barreaux de sa cage. Je lui rendrai la liberté " après
L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL 201
usage " : il le méritait. Toujours se montrer reconnaissant pour les services rendus. que ce soit vis-à-vis des hommes ou des rats.
Pendant que nous roulions, Béni criait la faim. Je lui ai promis d'aller faire le plein plus tard, après " l'opération ". Les toréadors ne mangent jamais avant une corrida ; or, nous allions entreprendre une action plus redoutable que les jeux de l'arène.
*
* *Nous sommes arrivés dans Paname à la nuit tombée. J'ai coupé à travers le bois de Boulogne et gagné les quais. Devant nous, perçant la brumasse, la tour Eiffel semblait frappée de somnambulisme. Un jour, on la démolirait parce que les tas de ferraille finissent connement. Ou bien quelque fantaisie atomique la ferait fondre. Mais enfin, bref, à cet instant, je sentais sa précarité irrémédiable, et ça ne me faisait ni chaud ni froid.
J'ai suivi la rive droite jusqu'à l'Aima, puis ai emprunté la rampe menant à la Seine. Un troupeau de grosses péniches noires s'agglutinaient le long de la berge.
Dolly nous a conseillé de remonter le train de barlus en direction de Grenelle. A un moment donné, elle a murmuré : " Stop ".
202
L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
J'ai pilé.
quelques mètres en aval, un fort chaland battant pavillon belge était amarré b‚bord contre les pierres du quai.
- C'est là? a demandé Bérurier.
- Oui.
On voyait des lumières sur le rouf et de la musique de danse s'échappait de ses flancs. quelques automobiles cossues stationnaient, face au fleuve.
- Y a réception au domaine ! a remarqué mon alter-inégal.
Je me suis rangé dans une zone d'ombre du pont Mirabeau. Deux dodos couverts de sacs et de journaux m'ont insulté ; leur ai filé cent points et ils se sont pris à m'aimer.
- T'as des projets ? a questionné Alexandre-Benoît en laissant filer une louise langoureuse dans les azurs de son bénouze.
- «a va venir ! ai-je promis.
J'ai appuyé ma nuque sur le dossier.
Le pour et le contre ?
Rien de plus difficile à peser! Aucune balance, f˚t-elle de Roberval (Gilles Personne de) ne peut y parvenir.
Je ferme les ch‚sses. Perçois les bribes de musique s'étirant sur l'eau.
Sourd grondement de Pantruche jamais totalement canné.
Chose bizarre, Big-Bide respecte ma concentration. Il sait que nous vivons un moment capi-L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL 203
tal. Si nous livrons l'assaut à deux, nous risquons une défaite en comparaison de laquelle celle de Pavie ressemblerait à une partie de colin (mayonnaise)-tampon, alors qu'avec nos incomparables troupes la victoire serait assurée.
Jumbo, l'éléphant rampant, poursuit ma pensée à haute voix :
- Si qu'on choisit d'alerter les collègues,
mec, on passera à côté d' la gagne. Les forbans seront emballés et point à
la ligne. Nos représe-sailles tomberont à la flotte. Ces vilains seront carcérés, on leur foumirera des bavards triés su' F barreau et y z'auront commis toutes ces horreurs pour rien. Nous aut' on comptera pour d' la magarine rance !
- Conclusion ? fais-je au bout de sa diatribe.
- Ben : les Marines attaquent à l'aube, Grand ! C'est 1' moment de montrer qu'on a des couilles bien en place ! La seule chose dont j' m' demande, c'est ce qu'on va fiche d' la mousmé. La r'mett' dans le coffiot? J' dis pas, mais comm' elle a vu les dodos, elle va faire du suif pour attirer leur intention. Brève réflexion du surdoué de la pensarde que
je crois être.
- Nous allons l'emmener avec nous!
décide-je.
- Tu croives ?
- «a peut devenir un atout.
204
l¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
- Si tu F sens commak, souate ! Et le rat ?
- Nous attacherons sa cage dans le dos de la donzelle pour juguler de possibles arnaques.
Sa Majesté briocharde m'enveloppe d'un regard expressif comme deux cerises à l'eau-de-vie.
- C" qui m' plaît, chez toi, c'est qu' t'as pas du foin dans la tronche!
m'assure-t-il admira-tivement.
31 L'EMBARqUEMENT POUR CITERNE.
On se pointe à l'échelle de coupée (terme s˚rement excessif pour qualifier la passerelle unissant le quai à la péniche, mais tel est mon bon plaisir et je te compisse la raie médiane).
Deux gusmen sont là, qui font le pet en grillant des cigarillos de pacotille. Nous voyant surgir, ils s'interposent :
- O˘ allez-vous? Je désigne Dolly.
- Nous ramenons mademoiselle, elle a eu un
accident de la circulation.
Les chiourmeurs reconnaissent notre prisonnière.
- Rien de grave ? lui demandent-ils. Ce disant, ils découvrent les menottes enserrant les poignets et s'alarment :
- Hé! Doucement! qu'est-ce que ça veut
dire? Je leur indique Béru de la hure :
206 I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
- Monsieur va tout vous expliquer. Sans trop se mettre en condition, Bibendum les harponne chacun par un revers de veste et les utilise comme un cymbalier son instrument. Là, ça ne produit qu'un bruit mou. Les vigileurs sont sonnés, aussi est-ce un jeu d'enfant pour mon pote de les virguler à
la Seine. Ploff!... PIoff!
L'un d'eux, plus lourd que l'autre, " asseinit " en priorité.
Alors, sans plus nous occuper de ces gentlemen, nous dégainons notre artillerie et dévalons les quelques marches menant au salon.
Je peux déclarer sans forfanter que notre arrivée produit son effet.
Il y a une demi-douzaine de personnes en ce lieu élégant. Illico, je retapisse Mr. Blood, assis à une table de bridge, en compagnie de trois autres mecs ; il fume un Corona gros comme la fusée Ariane.
Pour mémoire, je te redis que c'est un grand vieillard parcheminé, aux cheveux très blancs, dont le regard recèle moins de tendresse que celui du crapaud-buffle souffrant d'hémorroÔdes.
- Navré d'interrompre cette partie, déclare-je en m'avançant vers leur table.
Les partenaires de Blood ont des frites latino-moncul pas piquetées des charançons ! Ils feraient du stop sur une route déserte, t'enfoncerais l'accélérateur de dix centimètres dans le plancher.
207
I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
Deux autres gonziers (leurs porte-flingues de toute évidence) écoutent la zizique en gorgeon-nant du brut blanc de blanc millésimé.
Notre entrée un temps pestive les fait se dresser et dégainer des riboustins de gardes-malades.
Le Graves, en comparaison duquel Buffalo Bill serait juste bon à jouer aux fléchettes, virgule deux bastos privant chacun des péones de sa dextre pour une durée indéterminée. Leurs flingues chutent sur le tapis. Avec un calme impressionnant, Alexandrovitch-Benito va à la ramasse ; ses vagues sont vite aussi gonflées que
lui.
Le silence qui succède aux coups de feu pourrait être de Jean-Sébastien Bach.
C'est l'instant que choisit le rat pour frénéti-quer dans sa nasse, déclenchant les cris hystériques de la garce.
Mr. Blood réagit :
- que signifie cette cage dans votre dos?
demande-t-il à Dolly. Mais elle est bien trop terrifiée pour engager la converse, aussi réponds-je à sa place :
- Votre aimable partenaire est étourdissante de brio, mais elle souffre d'une grave faiblesse que vous ignoriez probablement : elle a la phobie des rats; nous avons fortuitement découvert la chose et l'avons exploitée comme il fallait.
L'Américain tripote ses brèmes d'un doigté gourmand. Il semble réfléchir.
208
L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
Soudain, l'un de ses compagnons de jeu éponge la sueur dégoulinant de son front avec sa pochette, puis fait mine de la ranger. Seulement, au lieu de la remettre o˘ elle se trouvait, il la coule dans sa vague intérieure.
Gros malin !
Tu penses qu'au moment o˘ il déballe son composteur, le mien crache déjà
son venin !
n se morfle la balle dans la pommette, ce qui a pour résultat de lui faire gicler l'úil de l'orbite. Pas gai comme blessure. Un tantisoit dégueu, ajouterai-je. Ce gnaf reste pétrifié devant ses cartes. Tiens, il avait un brelan de rois ! Son lampion énucléé pend sur sa joue sanguinolente.
- T'auras qu'à porter un monocle, lui fais-je, ça te donnera l'air distingué.
Connaissant son affaire, le Gros palpe les vestons des autres joueurs et ramasse leur artillerie de fouille.
- J'vas pouvoir monter un' armurerie, jubile cet être simple mais astucieux. On a encore des cadennes, j' croive?
Je lui tends mes menottes. Il les utilise avec prestesse pour enchaîner l'un à l'autre les deux flambeurs restants.
C'est beau, une paire de mecs en action lorsqu'ils sont décidés et expérimentés. En moins de rien, les trois partenaires de Blood, ainsi que les gardes du corps, sont bouclarès
209
I¬CHE-LE. IL TIENDRA TOUT SEUL
dans la chambre des machines o˘ ils vont pouvoir prendre un repos bien gagné sur de la tôle
huileuse. Le Mastard revient au salon en déclarant qu'il a verrouillé la trappe d'accès et leur a coupé
l'électricité.
Policier zélé, ne commettant jamais d'imprudence, il retourne sur le pont s'enquérir des plongeurs.
Il revient, le bec enfariné, pour m'annoncer la noyade de l'un et la perte de conscience de l'autre, lequel s'est ouvert la calebasse contre
une pierre du quai.
J'approuve d'un hochement de tête. - Toutes les conditions sont réunies pour
qu'on puisse ouvrir la séance, fais-je au vieillard. S'agit-il d'une impression? n me semble que
son havane tremble un peu entre ses lèvres
minces.
32 L'ADDITION.
Avec son muridé dans le dos, la Dolly n'en mène pas plus large que la zitoune d'un petit garçon dans la figue d'une fillette. D'autant que ce brave rat lui grattouille les omoplates de ses griffes exaspérées! A chaque attouchement du rongeur, cette connasse pousse des cris d'orpailleur découvrant une pépite d'une tonne !
Son attitude ajoute à l'agacement glacé de " l'Empereur du Crime ".
- Calmez-vous, voyons! s'emporte-t-il. Ce n'est qu'un rat.
Mais il n'y a rien à dire. Tu ne peux endiguer la terreur d'un individu car elle échappe au raisonnement.
Un frémissement contre mon testicule droit m'avertit que mon portable veut prendre la parole. Je soulève son capot et le m‚le organe de Jérémie vient embellir mon ouÔe.
- O˘ es-tu? me demande-t-il ‚prement.
I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL 211
- A bord d'une péniche battant pavillon belge près du pont Mirabeau.
- qu'y fais-tu?
- Je t'attends. O˘ en est Ramadé?
- Je l'ai ramenée à la maison, complètement chamboulée par sa mésaventure.
Avant d'aller la chercher à la clinique, je suis retourné à Saint-Julien-1'
Hospitalier.
- Alors?
- On donnait des secours aux malheureux séquestrés. Parmi eux sais-tu qui j'ai trouvé?
- Vas-y?
- Le père Chatounet !
- Je ne pige pas...
- Le " vrai ". Celui qui s'est fait buter à l'église était son frère jumeau ; un sacré loustic qui avait choisi les chemins du crime plutôt que ceux du ciel !
Je suis scié.
Surmontant mon incrédulité, je décide :
- Amène-toi, grand primate, j'ai une bonne surprise pour toi !
- quoi donc?
- Si je te le disais, ce ne serait plus une surprise. Renfouille mon biniou. Surprenant, ce qui
m'arrive. Une sauvage sensation de bonheur ardent, comme lorsqu'on tire une mousmé charitable du fion qui joint les sentiments à l'enfilade.
Le misérable paraît de plus en plus préoccupé.
- Si je comprends bien, articule-t-il avec des glapougnotes dans le gosier, vous venez discuter à propos de votre fille ?
Je ne réponds pas.
- Elle... elle est en bonne santé ! place-t-il. Ma pomme, impossible de me contrôler davantage : te lui file un aller-retour dans la gueule. H en glaviote son r‚telier et le cigare qui s'y trouvait coincé.
Privée de ratiches, sa bouille s'affaisse, n ressemble à mon ami Sim, en pas sympa.
- …coute, ganache, je lui bonnis ; tu ne te tiens pas assez au courant de l'actualité. Ma fille est en sécurité, la petite Noire idem, et la grosse pétasse de mon ami Bérurier ici présent aussi. Nous avons fait un tour chez ton gourou à la pompe-moi-le-núud. La visite ne manquait pas d'intérêt.
Entendant cela, il ramollit de la moelle épi-nière, pressentant du très mauvais, de l'indescriptible. Peut-être tient-il à ses os, malgré son ‚ge et sa cruauté ?
- Sais-tu o˘ j'ai découvert la petite Antoinette, vérole de l'‚me ? Dans une fosse pleine de cadavres décomposés.
Ma fureur est montée de dix crans ! Je bronche, soudain, sous l'effet d'une révélation :
-ï Mais dites-moi, grand-papa g‚teau, le petit garçon déposé chez moi vient du Ch‚teau des
Horreurs? On l'a piqué à l'une des épaves de cette congrégation maudite pour l'amener dans ma maison et rendre plus terrible encore la perte de notre ange, n'est-ce pas ? que la malédiction du Ciel soit sur toi et t'anéantisse ! Puis, Bibendum d'ajouter :
- C't' un suppositoire d' Satan, ce type ! Tu croives qu'eguesiste un ch
‚timent assez terrib' pour lu espier ses crimes?
Bonne question. Je me la posais, précisément.
- Pourquoi tant de barbarie? demande-je à
Mr. Blood.
n me file une úillée identique au contenu d'un úuf glaireux et ironise :
- Bavard de Français !
J'éprouve des pulsions homicides. Pourquoi, à cet instant, évoque-je un de mes amis religieux, totalisant, d'opération en opération, trois mètres quarante de cicatrices, au moment o˘ je mets sous presse ? Cela ne l'empêche pas de manier la fourchette et de savourer l'Yquem, car Le Seigneur l'a à la bonne.
Dans la carcasse de ce banni du ciel, c'est dix mètres de plaies que j'aimerais inscrire ! Le peler comme une pomme ! Transformer son corps en Colisée de Rome !
- Parler détend l'atmosphère, lui dis-je, votre intérêt est de répondre à mes questions ; et j'en ai beaucoup à vous poser.
214
I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
Nous sommes interrompus par un hurlement de Miss Dolly à qui le gaspard vient de donner un coup de griffes.
- Commençons par le père Chatounet et son frère, reprends-je. Pourquoi la crapule a-t-elle pris la place du saint homme ?
Ma question demeurant sans réponse, mon fougueux Béru " fait le nécessaire
" : il sectionne le bout du nez de Blood au moyen d'un cutter dont il ne se sépare jamais. Puis il récupère l'espèce de demi-cerise consécutive à son initiative et la dépose dans la main du Vermineux.
- Souvenir ! murmure gentiment le Gros. Cette fois, ce fennec enragé met les pouces avant qu'on ne les lui tranche. H s'opère une éperduance dans son être. Comprends-le : ce caÔd a toujours régné, il n'a rencontré que sourires pleutres et échines en arc de cercle sur sa route. Il a molesté, tué sans vergogne. Le moindre de ses gestes générait des meurtres. Or, par un inconcevable retour de manivelle, c'est lui à présent le torturé, le brimé, le vaincu.
- Alors, le père Chatounet ? reprends-je.
Il se met à jacter.
Un département de la drogue, en France, fonctionne dans ce haut lieu touristique qu'est le Sacré-Cúur de Montmartre. Chatounet-crapule a déposé, au nom de son frère, une requête pour devenir un desservant de l'illustre basilique. Sa
I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL 215
demande agréée, ne restait plus qu'à faire revenir Chatounet-saint-homme à
Paris et à prendre sa
place.
Mais l'organisation ne pouvait laisser le religieux en liberté, il risquait, sans le vouloir, de tout faire capoter. Alors on le conduisit dans le Haubertin, au fameux Ch‚teau de la Honte, et le frère maudit put se livrer librement à ses activités criminelles. Il participa au rapt de ma fille, au cours duquel ce sale con perdit la carte magnétique de sa chambre. Ce fut le grain de sable dont parlaient les romanciers de jadis.
Le tournant du match, la maille qui file et tout ce que tu voudras d'aussi glandochard. Hélas pour lui, l'imposteur se permit quelques fantaisies avec ses complices, au plan pognon, signant ainsi son arrêt de mort (diraient toujours les mêmes figures de fifre littéreurs). Un faux prêtre asiatique, supervisant le trafic du Sacré-Cúur, mit fin à ses arnaques voyouses.
Suivant le cours majestueux de mes pensées qui n'est pas sans évoquer le delta* de l'Amazone, je retourne aux énigmes non élucidées dans le précédent book :
- Pourquoi Einora, la pseudo-amie de Pamela Grey, a-t-elle disparu du bateau qui les amenait en Europe, laissant croire qu'elle était passée par-dessus bord?
L'homme, qui range le bout de son pif dans sa poche-gousset répond :
216 L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
- Pamela savait que son père faisait surveiller Einora à propos de laquelle il avait des doutes. Fine guêpe, Einora s'en aperçut et précipita à la mer, par une nuit romantique, l'homme chargé de l'observer. Ensuite de quoi, elle revêtit des vêtements masculins et se claquemura dans la cabine du disparu, si bien que c'est elle qui f˚t portée manquante.
Interruption.
Arrivée en trombe du M‚churé, resplendissant dans un complet vert printemps et une chemise bleu kind. Rasé, odoriférant, on devine le mec fou de bonheur qui s'est vidé les burettes et a poussé ses ablutions jusqu'à la mue.
Pourtant son sourire s'efface quand il avise Mr. Blood. Il met un temps à
le reconnaître car, sans son dentier et son bout de nose, l'Empereur du meurtre toutes catégories a perdu son aura. Il ressemble à un prédateur déplumé dans la vitrine d'un naturaliste.
- Putain! exulte Jérémie, nous le tenons enfin !
Il le contemple sous toutes les coutures, comme tu admires la nouvelle bagnole qu'on vient de te livrer.
- O˘ en est-on ? finit-il par demander.
- Au bavardage, fais-je, sur le ton de la badi-nerie.
Résumé éclair de ce que tu sais déjà. Approbation solennelle de mon copain chéri.
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œ¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
- Tu connais la raison de leur acharnement
contre Félix?
- Je me proposais d'aborder la question. J'entreprends de nouveau notre client. Le scalpé du clapoir nous la joue docile, soit qu'il chocotte, soit qu'il cherche à gagner du temps; avec une vermine de ce calibre, impossible de se forger une opinion.
Le prof? Ses scouts et lui, entrevoyant mal notre dessein, ont décidé, par prudence, de l'éliminer. L'embarquement rapide du brave retraité sur un navire de croisière n'a fait qu'affermir leur décision. Et ce bougre d'échapper à quatre attentats : dans son loft, sur le bateau, dans la bagnole d'Herbert Malandryn, puis au Sacré-Cúur!
Ds s'enrognaient après sa vieille carcasse, fl était devenu leur bête noire; à liquider
d'urgence.
Je ris. Bon prince, j'explique à mon terlo-cuteur qu'ils se sont excités en pure perte, ses maffieux et lui. C'aura été du temps, du pognon et de l'énergie perdus !
Le regard qu'il me virgule ferait exploser la station Mir !
33 POUR SOLDE DE TOUT COMPTE.
Depuis combien de temps suis-je sur cette péniche de luxe, à cuisiner le gonzier le plus infect que j'aurai rencontré au cours de ma vie ?
Les heures s'écoulent autrement. Plus question de montre. La musique d'ambiance retentissant lors de notre arrivée a cessé, faute de munitions.
Le rat continue de couiner, de même que la donzelle dont il s'obstine à
mandoliner les omoplates.
Depuis la survenance de Jérémie, Béru ne braque plus Blood, mais bricole dans un coin du salon.
que fabrique-t-il ?
Je m'abstiens de le lui demander tant il semble mobilisé par sa t‚che. Je désigne la cave à liqueurs trônant près d'un canapé.
- Tu devrais nous servir un petit quelque chose, Jéjé, j'ai la menteuse en os de seiche !
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l¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
II obéit avec empressement.
- Je nous prépare un Baccardi?
- Yes, mec, avec très peu de grenadine. Pendant qu'il manie le shaker, je me rapproche davantage du Vilain dont le tarbouif sectionné raisiné sans discontinuer.
- Personne ne saurait désormais te mener par le bout du nez, plaisante-je.
Il trouve ma remarque de mauvais go˚t. Elle est facile, mais quoi, on peut se rel‚cher après d'aussi dures aventures, non?
- Maintenant, comme point d'orgue, parlons de la fameuse petite boîte en or, fais-je d'un ton
sans réplique. Il branle le chef. que voudrais-tu qu'il bram‚t à son ‚ge pontifical ?
- O˘ est-elle ? croasse le corbaque.
- Non : c'est moi qui questionne, ne l'as-tu pas encore compris, momie démaillotée? Il renfrogne kif un hibou au bec coupé.
- A quoi rime ce délicat objet ressemblant à quelque téléphone archiminiaturisé ?
Jérémie me présente une boisson rosé décorée d'une tranche de citron (en anglais : lemon).
- Il est à ta botte, ce cocktail ? Je go˚te.
- Excellent dosage, fils.
- Tu vois, si je n'aimais pas tant mon métier de flic, barman, ça m'aurait plu.
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- Tu pourras toujours t'y mettre, la retraite venue. Puis, faisant front au père la Clapote :
- Alors, cette boîte ?
- La détenez-vous ? s'obsdne-t-il.
- Admettons.
D étanche son sang d'un revers de manche.
- Un appareil comme celui-ci, il n'en existe pas dix dans le monde !
- «a ne m'apprend rien sur sa signification.
- Cette chose a été mise au point par le P.B.I. Elle est réservée à des individus supra-privilégiés. Son détenteur est assuré d'une protection totale sur l'ensemble de la planète. Il suffit de programmer le code pour qu'aussitôt le Bureau Fédéral d'Enquêtes intervienne et se porte au secours de son possesseur.
- Rien que ça? réagis-je, abasourdi. Je ramasse ma surprise et la glisse dans la poche de s˚reté de mon slip exténué.
- Votre ami David Grey avait droit à l'un de ces gadgets ?
- «a vous donne une idée de sa puissance !
- D était de mèche avec les Fédés ?
- Sa principale qualité consistait à se rendre indispensable ; même le Président faisait appel à ses services.
Re-méditance du prodigieux Sana, l'homme capable de remplacer tout le monde mais qui reste irremplaçable.
L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL 221
- Vous avez mis notre univers à sang et à feu afin de vous approprier cet appareil, il est donc
transmissible ?
- Il me le fallait absolument pour contrer le F.B.L, et puis je suis le successeur de Grey, non?
- Son assassin, voulez-vous dire.
- L'Histoire fourmille d'exemples o˘ le dauphin tue le roi pour régner.
Nouveau silence.
- Parfait, dis-je. Eh bien, je vais clore l'instruction de ce dossier. Le Mammouth, dont l'opération brico-loisir
semble achevée, s'avance.
- J' croive qu' mon heure à moi est v'nue !
assure-t-il, péremptoire.
- L'heure de quoi ? demande Blanc.
- D'arrêter 1' compteur d' mossieur.
n s'explique :
- Voiliez-vous, les gars, c't'à présent qu' les choses arrivent aux points cruciaux. C'gus, ça fait des jours qu'on rêve d'y couper les b˚mes et d' l'empaler su' la grille du Luxembourg. Mais, mauviettes d' l'‚me tels qu' j' vous sens, v's' êtes prêts à y ach'ter un manteau fourré pou' l'hiver, pas qu'y prende froid. N'alors, le Gros Béru qu'est z'un homme just' et fort va ch‚ti-menter c't'erreur humaine comme elle' 1' mérite.
V'z'allez voir, c't'assez plaisant.
H a tout préparé pour l'accomplissement de son noir projet, Bibendum : des liens, naturelle-
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ment, sans lesquels rien n'est réalisable de manière confortable. H
saucissonne Blood sur son fauteuil, le dos plaqué au dossier. Une seconde partie de l'entravage consiste à maintenir sa tronche rigoureusement fixe.
Ensuite, il va quérir l'appareil qu'il a confectionné à l'écart. Un truc indécis, bizarre, sans utilité apparente.
Le parfait adepte du système " D " pince ce qui subsiste de tarin à Blood.
- Ouv' grand la gueule, bonhomme. Allons ! Plus large qu' ça, feignasse !
Moui ! «a doit boo-mer. Montre voir? Jockey! N'a présent, j' te place mon engin.
n enquille dans cette gueule dégarnie et béante la chose réalisée avec le bac à glaçons métallique. Ce n'est ni plus ni moins qu'un ouvre-bouche comme en usent les dentistes pour maintenir la trappe de leurs clilles ouverte.
Tu verrais la Terreur U.S., t'en resterais comme le bandage herniaire de Maurice Druon sur son serviteur muet. Terrible et cocasse à la fois.
Tragique, en tout cas !
Le Dark et moi suivons, fascinés, les moindres gestes de notre confrère.
Ces préparatifs achevés, le Yéti des comptoirs va délivrer notre prisonnière de la cage à rat qui tant la terrorise. Elle tremble (non : je ne dirai pas " comme une feuille ") comme la pointe de tes seins lorsque je les titille de ma langue.
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Le révérend Machopine entrouvre la nasse et coule sa formidable dextre à
l'intérieur.
- Tu vas te faire mordre ! lance Jérémie.
- On voye qu' t'as pas été zélevé à Saint-Locdu! riposte Sa Bedonnance.
Moive, les ratons, qu'y soyent laveurs ou non, y m'ont à la bonne.
Effectivement, il se saisit du rongeur, par-derrière, comme un pêcheur de truites, l'index et
le pouce formant collier.
- qu'est-ce que tu maquilles? balbutie-je,
craignant de piger.
Le Gros ne répond pas. Il engage la tête du muridé dans la bouche béante du Ricain, puis pousse l'animal au maximum en direction de sa gorge. Blood vagit de terreur, éructe, libère des
spasmes monstrueux.
- Bon gu ! Tu vas rentrer à bout ! fait le bourreau en comprimant le cul du gaspard.
Il parvient à ses fins sans trop de mal. Dans l'impossibilité o˘ elle se trouve de reculer, la bestiole avance, étouffant le roi de la pègre étasunienne.
- Eh bien ! nous y sont ! annonce Alexandre-Benoît en retirant son ouvre-bouche. Ce qu'j'voulais organiser dans la chaglatte à Mam'selle Dolly, j'
l'ai fait dans l'clapoir à
M'sieur! Maintenant il utilise la cravate du " patient "
pour le b‚illonner.
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Scène atroce !
Le vieux bandit se trémousse, émet des sons rauques abominables. Il violit ! L'asphyxie jointe à l'horreur causée par son locataire le plonge dans des affres indicibles.
- Il faut faire quelque chose ! éclate-je.
- C'est fait, rétorque le Valeureux, non sans humour.
Je tire sur la cravate qui muselle le forban, mais rien ne se passe : le rat descend déjà dans ses profondeurs.
34 LA GRANDE PURIFICATION.
question : le rat va-t-il mourir d'asphyxie, lui aussi? Probable. C'est un mammifère comme nous, extrêmement semblable même, puisqu'on l'utilise pour des expériences scientifiques à la
place des humains. Le Négus et moi restons là, inertes, glacés d'effroi.
Crimes et ch‚timents, répète-je.
Mais quels crimes! Et surtout quels ch‚timents!
- Nom de Dieu de garce ! clame tout à coup
le Mammouth !
On se retourne.
Misère de mon zob! Mettant à profit notre inattention, Dolly, débarrassée de son parasite, sinon de ses menottes, a mis le feu au salon à l'aide d'un gros briquet de marbre. Je te prie de croire qu'elle a agi rapides. En un rien de temps tout s'embrase dans cet univers ouatiné. Des 226
I¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
flammes d'un mètre dix, mon pote! Sainte Jeanne d'Arc priez pour nous !
La fille court vers les marches !
- Halte ! hurle Béru-1'omniprésent en défou-raillant, car chez lui, sommations et exécution sont synchrones.
Touchée, la gueuse s'écroule. Ne nous reste plus qu'à franchir le rideau de flammes en déplorant de n'être point ignifugés.
Parvenus sur le pont, nous nous entréteignons avec nos vestes. Puis franchissons la passerelle pour gagner le quai o˘ les dodos nous regardent, ahuris.
Constatations :
La tignasse de Jérémie a cramé presque entièrement.
Un début d'incendie s'est déclaré à la braguette d'Alexandrovitch-Benito.
Pour ma part, je n'ai laissé que mon veston en cachemire dans l'aventure.
quand je te répète que le Seigneur me fait des fleurs!
Lorsque les pompiers s'annoncent, la somptueuse péniche n'est plus qu'un br˚lot illuminant le pont Mirabeau sous lequel...
…PIGONE
quelques jours plus tard, nous sommes dans l'avion pour Stockholm, m'man, les Blanc et moi. On va voir Antoinette.
Jérémie et Ramadé passeront seulement le week-end, mais nous comptons bien y séjourner
davantage, ma vieille et moi.
Si je sais m'y prendre avec Marie-Marie, on pourra peut-être envisager un retour général en France. Simple affaire sexuelle, moi je dis. Tu connais les dames?
Félicie est assise au côté de la gentille Noir-piote, devant nous. Malgré
toutes mes adjurations, Salami a été obligé de voyager dans la soute. Mais enfin, le voyage n'est pas long !
Blanc me demande, tout en lookant les nues
par le hublot :
- Pourquoi n'as-tu pas signalé la fosse aux
cadavres du ch‚teau dans le rapport? Je libère un rire aigrelet.
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L¬CHE-LE, IL TIENDRA TOUT SEUL
- Tu ne t'en doutes pas ? Silence embarrassé de mon ami.
- Peut-être, convient-il.
Comme je ne moufte plus, il fait :
- Comment as-tu su ?
- Après que nous avons emmené Ramadé et la petite à l'hosto, tu t'es très vite éclipsé. Tu es revenu beaucoup plus tard avec un drôle d'air. J'ai compris que tu étais retourné chercher le gourou et l'avais flanqué dans le charnier pour qu'il expie. Juste ?
- Sans bavures, chef! n ajoute :
- Je lui ai laissé une lampe électrique afin qu'il puisse mesurer à loisir l'horreur de sa situation. Dégueulasse, non?
- C'est TON problème, poncepilaté-je.
MORCEAUX CHOISIS
Ironiques, insolentes, cinglantes, corrosives, cruelles, paillardes ou hilarantes, les réflexions de San-Antonio vous feront pleurer de rire ou grincer des dents.
Déjà parus :
1. Réflexions énamourées sur les femmes
2. Réflexions pointées sur le sexe
3. Réflexions poivrées sur la jactance
4. Réflexions appuyées sur la connerie
5. Réflexions sur les gens de chez nous
et d'ailleurs
6. Réflexions passionnées sur l'amour
7. Réflexions branlantes sur la philosophie
8. Réflexions croustillantes sur nos semblables A paraître :
9. Réflexions définitives sur l'au-delà
10. Réflexions jubilatoires sur l'existence
11. Réflexions terre à terre sur Dieu
12. Réflexions sans concession sur l'humanité
San-Antonio :
mode (Remploi
Un guide de lecture inédit élaboré par Raymond Milési REMONTEZ LE FLEUVE AVEC LE COMMISSAIRE SAN-ANTONIO
La première aventure du commissaire San-Antonio est parue en 1949. Peu à
peu, ce personnage au punch et à la sincérité extraordinaires, a pris dans le cúur des lecteurs de tous ‚ges une place si importante qu'on peut parler à son sujet de véritable phénomène. qu'il s'agisse de son exceptionnel succès dans l'édition ou de l'enthousiasme qu'il provoque, on est en droit de le situer - et de loin - au premier rang des " héros littéraires " de notre pays.
1. Bibliographie des aventures de San-Antonio A) La série
Aujourd'hui, la série est disponible dans une collection appelée " San-Antonio ", avec une numérotation qui ne tient pas compte - pour une bonne partie -, de l'ordre originel des parutions. C'est également cette numérotation qui est proposée, depuis 1997, dans la liste présente au début de tous les San-Antonio. La bibliographie ci-après est rétablie dans son ordre chronologique, respectant les dates de
parutions.