
Rose, étant une enfant gâtée, avait un mauvais caractère, elle était orgueilleuse et méchante. Chrysanthème, au contraire, était bonne comme un ange et douce comme un agneau. Elle cherchait à ne point porter envie à sa sœur, acceptait sans se plaindre toutes les réprimandes, injustes pour la plupart, qui ne cessaient de pleuvoir sur elle, ne se fâchant jamais et faisant sans murmurer tout le travail qu'on lui ordonnait de faire.
On était au milieu du mois de décembre.
La neige tombait à flocons. La campagne était toute blanche et il faisait bien froid.
Tandis que Rose se chauffait, assise sur la natte, les deux mains appuyées sur les bords du brasero, Chrysanthème était à la cuisine, nettoyant la vaisselle avec ses petites mains gelées.
Cédant à une brusque fantaisie, Rose appelle sa mère:
– Maman, lui dit-elle, je voudrais bien manger des fraises!
– Des fraises, ma chérie? lui répond amoureusement sa mère, mais tu sais bien qu'il n'y en a plus! La saison en est passée. Veux-tu que je t'achète des oranges?
– Non, maman, je ne veux pas d'oranges. Ce sont des fraises que je veux!
Et elle se met à pleurer. Une mère raisonnable lui aurait dit alors:
– Que signifient tous ces caprices? Tu vas te taire à l'instant, ou sinon je te donne le fouet.
Mais Faucon n'était pas une mère raisonnable, habituée à céder à toutes les fantaisies de son enfant elle lui répond, en caressant ses cheveux:
– Allons! ma mignonne, ne pleure pas, je vais voir s'il y a moyen de te procurer des fraises.
Elle appelle Chrysanthème qui travaillait à la cuisine. Celle-ci accourt aussitôt.
– Écoute, petite paresseuse, dit la marâtre d'un ton rogue, ta sœur Rose désire manger des fraises. Va-t'en dans la campagne. Il en reste peut-être encore… tâche d'en trouver et d'en rapporter quelques-unes.
– Mais, ma mère, se hasarde timidement à dire la fillette, il ne doit plus y en avoir. Et puis, il fait bien froid et la neige…
Elle n'avait pas fini de parler qu'une main s'appliquait avec force sur chacune de ses joues:
– Tiens, voilà pour t'apprendre à ne point murmurer et à obéir, quand on te commande… M'as-tu comprise, méchante enfant? Tu vas aller à la campagne, et de toute façon, il faut que tu t'arranges pour rapporter des fraises. Ta sœur Rose en désire. Allons! dépêche-toi…
Chrysanthème, dans son cœur, pensa que sa mère était bien cruelle de l'obliger à aller, en plein mois de décembre et avec une pareille neige, chercher des fraises dans la campagne. Mais elle ne savait pas se plaindre ni désobéir.
Elle prit donc un panier, et toute triste sortit de la ville. Elle marcha longtemps. La neige tombait toujours, et il faisait bien froid. Ses petits pieds sans chaussures eurent beaucoup à souffrir…

Elle avait beau marcher, il n'y avait pas de fraises. Aussi loin que sa vue s'étendait, elle n'apercevait dans la campagne que le blanc manteau de neige qui couvrait le sol, et les arbres qui en sortaient pleurant des larmes blanches. Chrysanthème fatiguée songea à retourner à la maison. Mais elle entrevit alors la réception qui l'attendait si elle rentrait les mains vides. Elle savait qu'elle serait battue. Alors, toute triste et toute rêveuse, elle s'assit sur le bord d'une pierre, après avoir, de sa manche, secoué la neige qui la recouvrait; et ne sachant plus que faire, elle se mit à pleurer.
Chrysanthème pleurait, la tête dans les mains… Soudain elle se sent frapper légèrement sur l'épaule. Elle lève la tête et aperçoit une femme très vieille, très vieille, dont le corps courbé en deux s'appuyait sur un bâton.
– Pourquoi pleures-tu, mon enfant? lui dit celle-ci avec une grande bonté dans la voix. Chrysanthème lui raconte le motif de son chagrin et de ses larmes.
– Eh bien, ne pleure plus, reprend la vieille femme, viens, je vais te mener à un endroit où tu trouveras en grande quantité de bonnes fraises bien mûres. Chrysanthème, toute joyeuse, se lève, essuie ses larmes et se laissant prendre la main, s'en va où la conduit la bonne et compatissante vieille. Elles arrivent ainsi à la lisière du bois. Alors elles s'arrêtent. La vieille femme frappe deux fois ses mains l'une contre l'autre. A cet appel, un homme qui paraît avoir trente ans environ sort du bois et s'approche. La vieille se tournant vers Chrysanthème.
– Ma fille, lui dit-elle, il faut que tout d'abord je te dise qui nous sommes. Je m'appelle Fuyunomikoto, je suis la déesse de l'hiver. Ce jeune homme est mon fils. Il est le dieu de l'été et s'appelle Natsunomikoto. Puis, s'adressant à ce dernier:
– Mon fils, voici une brave enfant qui cherche des fraises, fais qu'elle en trouve et en emplisse son panier.
Le dieu de l'été s'incline alors profondément devant sa mère en signe de la plus humble soumission. Puis, joignant les mains et levant les yeux au ciel, il prononce quelques paroles mystérieuses.
Au même instant, ô prodige! la nature se transforme. La neige disparaît; la campagne se couvre d'herbes verdoyantes, les arbres se chargent de fruits, une douce chaleur succède au froid de tout à l'heure: la terre a pris l'apparence qu'elle a au mois de juin. On voit en quantité de belles fraises bien mûres répandues parmi les fleurs.
Chrysanthème cueille les fraises et ne met pas longtemps à remplir son panier, tellement elles sont abondantes. Quand le panier est bien plein, la fillette veut remercier ses illustres bienfaiteurs. Mais elle ne les voit plus. Et voilà que les herbes, les fleurs et les fruits ont disparu à leur tour; la neige couvre de nouveau le sol et les branches des arbres; la nature a repris son apparence de tout à l'heure.
Chrysanthème se demande d'abord si elle n'a pas fait un rêve. Puis, voyant son panier rempli jusqu'au bord de belles fraises rouges, elle comprend que le ciel est venu à son aide, a eu pitié de son chagrin et de ses larmes. Et, débordante de joie, elle rentre à la maison…
Faucon et Rose furent vivement surprises de voir les belles fraises que Chrysanthème apporta. Mais, il n'y eut pour la pauvre fillette ni remerciement, ni récompense. Elle reçut l'ordre de retourner à la cuisine continuer son travail interrompu. Pendant ce temps, la mère et la fille mangèrent toutes les fraises que Rose trouva excellentes.
Quand elles eurent tout mangé, Rose dit à sa mère:
– Maman, il doit y en avoir encore à la lisière du bois. Je veux y aller, pour en cueillir moi-même.
– Il fait bien froid, ma chérie! Tu pourrais t'enrhumer. Il vaut mieux ne pas sortir aujourd'hui. Après dîner, j'enverrai ta sœur en ramasser encore.
– Non, maman, je veux y aller moi-même, répéta l'entêtée jeune fille.
La mère devait céder, elle céda…
Faucon et Rose mettent leurs plus chauds habits, prennent chacune un panier et sortent, sans même prévenir Chrysanthème de leur départ. Elles se dirigent vers la lisière du bois. Elles marchent longtemps. Mais il n'y avait plus de fraises. Elles voulurent rentrer et ne retrouvèrent plus leur chemin. Chrysanthème attendit jusqu'au soir leur retour. Puis, comme elles ne revenaient pas:
– Elles seront peut-être allées à la lisière du bois! se dit-elle.
Et, toute tremblante, elle sortit et alla à leur rencontre. Quelle ne fut pas sa surprise et sa douleur de les trouver toutes les deux étendues côte à côte dans la neige!… Faucon et Rose avaient perdu leur chemin et étaient mortes de froid.

Les enfants sages sont toujours récompensés, les mères méchantes et les enfants gâtés sont toujours punis.
Le Moineau sans langue
Au village de Nagatani, vivaient autrefois, dans deux maisons voisines, un brave homme de vieux et une méchante vieille. Le premier s'appelait Nasakéji, la seconde Arababa. Le vieux aimait beaucoup les oiseaux. Il avait surtout pour les moineaux une préférence marquée. Un jour, il en dénicha un tout petit, le prit chez lui, l'apprivoisa, le nomma Bidori, et le soigna comme son fils. Or, écoutez ce qui arriva.
Un matin, le bon vieux était allé à la montagne, pour ramasser du menu bois. Pendant l'absence de son maître, le petit Bidori commit un méfait, bien excusable à son âge. Il alla becqueter de l'amidon que la vieille voisine avait déposé sur le devant de sa porte, et qu'elle destinait à la lessive. Arababa furieuse s'empara du moineau et, pour le punir, lui coupa la langue. L'oiseau, souffrant horriblement et fort ennuyé d'être devenu muet, ne voulut plus rester au village. Il se sauva, et alla retrouver sa mère, qui le reçut avec joie et se mit à le soigner.
Nasakéji revient de la montagne; il ne retrouve plus son cher Bidori. Étonné, il va prendre des informations chez la méchante voisine, qui lui raconte, avec un mauvais sourire, ce qui s'est passé.

Nasakéji est devenu tout triste. La maison lui paraît bien vide à présent. La solitude lui pèse. Un jour, il n'y tient plus. Il part à la recherche du moineau:
– Bidori, où es-tu? Où es-tu, Bidori? crie-t-il le long des routes et des sentiers.
Tout à coup, il entend un cri au-dessus de sa tête. Il lève les yeux et aperçoit un moineau déjà âgé, perché sur une branche d'arbre.
– N'êtes-vous pas Monsieur Nasakéji?
– Parfaitement, c'est moi. Et toi, qui es-tu?
– Moi? je suis la mère de Bidori.
– Pas possible? Et moi qui le cherche partout! Où est-il maintenant, mon petit moineau sans langue?
– Il est à la maison. Si vous voulez le voir, je vais vous y conduire, suivez-moi!

Et l'oiseau prend son vol. Le vieillard, tout heureux à la pensée de retrouver son ami, court plutôt qu'il ne marche à sa suite. Il arrive ainsi à la demeure de l'oiseau.
C'est une grotte profonde, creusée dans le rocher. Un grand nombre de petits moineaux accourent en volant au devant du visiteur, et le saluent avec les signes de la plus grande joie. On le conduit à la pièce principale, où il retrouve Bidori. Celui-ci, plein de joie à la vue de son maître, vole sur ses épaules et, par mille caresses, lui témoigne son affection.
– Eh bien, lui dit le vieillard, veux-tu retourner avec moi! Je suis venu te chercher. Je m'ennuie depuis que tu n'es plus à la maison.
Bidori, n'ayant plus de langue, ne pouvait pas répondre. Sa mère répondit pour lui:
– Non, dit-elle, je ne veux pas que mon enfant retourne au village. La méchante vieille finirait par le tuer. Il restera ici, avec sa mère.
Ensuite, on fit asseoir Nasakéji sur un moelleux coussin; on lui servit le thé, puis on lui donna du poisson à manger et du saké à boire.
Quand il eut fini de manger, il voulut prendre congé de ses hôtes. On essaya de le retenir, mais il prétexta qu'il avait des affaires pressantes. Alors la mère de Bidori tira de son coffre deux boîtes en laque, une grande et une petite. Les présentant au vieillard, elle lui dit:
– Veuillez emporter une de ces deux boîtes, comme marque de ma reconnaissance pour l'affection que vous avez portée à mon fils. Choisissez celle qui vous conviendra le mieux.
Nasakéji, qui n'avait pas d'avarice, choisit la plus petite, disant qu'étant la moins lourde, elle était plus facile à porter. Puis il dit au revoir à Bidori, à sa mère et à tous les petits moineaux. On l'accompagna à la porte, où l'on se fit les saluts d'usage, et ils se séparèrent.
De retour chez lui, le vieillard ouvre la boîte. Quelle n'est pas sa surprise! Elle est pleine de diamants et de pierres précieuses. Tout joyeux de cette fortune qui lui arrive, il va de ce pas à la ville, vend tous ses trésors à un bijoutier, en retire une somme considérable. Avec cette somme, il s'achète un vaste champ, se fait construire une belle maison, et commence à mener une vie très heureuse.
La vieille Arababa, ayant appris comment son voisin était tout d'un coup devenu si riche, éprouva un violent désir de le devenir à son tour, par le même moyen. Elle s'informa donc avec précision de l'endroit où habitait ce moineau, qui faisait à ses visiteurs des cadeaux si splendides. Elle résolut d'aller le voir, pensant bien qu'à elle aussi, il donnerait une boîte.
Lorsqu'elle arriva à la grotte, les moineaux reconnurent tout de suite que c'était la méchante vieille qui avait coupé la langue à Bidori. Ils cachèrent tout d'abord ce qu'ils pensaient au fond du cœur. On la reçut fort poliment et on lui offrit à manger.
Puis, la mère tira de son coffre deux boîtes en laque, une grande et une petite, et pria la vieille d'en emporter une à son choix.
Arababa, qui n'était venue que dans cette intention, ne se sentit pas d'aise à la vue des deux boîtes. Pensant que la plus grande contenait beaucoup plus de trésors que l'autre, elle n'hésita pas une seconde, elle choisit la plus grande et quitta la grotte.
Vite, Arababa retourne chez elle, allègre et contente. En chemin, elle fait de magnifiques projets d'avenir. Elle ira habiter la ville, portera de beaux habits de soie, offrira de grands dîners aux dames du monde, se promènera en voiture… Toute pleine de ces idées, elle arrive chez elle, ferme bien la porte, pour qu'aucun œil indiscret n'aperçoive les trésors qu'elle porte, et vite entr'ouvre la boîte.

Aussitôt voilà que de la boîte mystérieuse s'échappent en poussant des cris aigus, une multitude de démons. Ils se précipitent sur la vieille, pâle et muette d'épouvante. Ils s'emparent de tout ce qui leur tombe sous la main. L'un saisit un couteau de cuisine et coupe d'un seul coup la langue d'Arababa. Un autre prend des tisons ardents et les lui enfonce dans les yeux. Un troisième s'empare d'une corde et lui en applique de violents coups. Enfin un quatrième saisit une massue et assomme la vieille qui ne tarde pas à expirer au milieu d'indicibles souffrances.
Morale: quand un moineau gracieux vous offrira deux boîtes, prenez toujours la plus petite.
Les deux loupes
Il était une fois un bûcheron, du nom de Kikorisuké. Il portait à la joue droite une énorme loupe. Cette infirmité l'affligeait beaucoup; car, chaque fois qu'on le voyait passer, les voisins riaient… surtout les jeunes.

Un soir, il achevait de couper du bois dans la forêt. Tout à coup, un violent orage éclata, accompagné de fulgurants éclairs et de sourds grondements de tonnerre. Le bûcheron se réfugia dans un tronc d'arbre et attendit. Vers minuit, les nuages se dissipèrent, le ciel s'ouvrit et laissa passer les étoiles. Kikorisuké se disposa à partir.

Subitement un bruit étrange l'arrête. C'est comme un mélange confus de voix et de cris qui n'ont rien d'humain. Cela approche, grossit. Le bûcheron a peur: il se blottit dans sa cachette. Bientôt, il voit déboucher d'un sentier une multitude d'êtres fantastiques. Chacun a une tête d'animal; tous ont un corps d'homme, avec des pieds de chèvre et une queue de singe. Ils se massent justement devant l'arbre dans le tronc duquel le bûcheron est caché. Ils déposent leurs lanternes et leur panier, s'assoient sur l'herbe, et commencent un repas.
Kikorisuké comprend que ce sont les lutins, les lutins des bois… Il tremble de tous ses membres, et retient sa respiration. Quand ils ont fini de manger et de boire, ils se lèvent. Les musiciens prennent leurs instruments; shamisen, koto, flûtes, tambours et tam-tams se mettent à l'unisson. Puis une ronde folle s'organise. La danse est d'abord calme et lente. Mais la musique accélère ses notes et les danseurs s'animent. Bientôt, c'est un vacarme cadencé, des cris perçants, des chants sauvages.
Le bûcheron s'est calmé peu à peu. Cette danse et cette musique l'intéressent: car il aime beaucoup la musique et la danse. Instinctivement il bat la mesure de la tête et des mains. Enfin, n'y tenant plus, emporté par le rythme, il sort de sa cachette, se jette au milieu des lutins, et se met à danser avec eux.
Ceux-ci, tout surpris, s'arrêtent et le regardent. Lui, danse toujours, et il danse très bien, presqu'aussi bien qu'eux. Les lutins émerveillés applaudissent; puis, quand il s'est arrêté, ils le félicitent chaudement, le font asseoir au milieu d'eux et lui servent à manger et à boire. Jamais il n'avait de sa vie fait un aussi bon repas.
Sur ces entrefaites, l'aurore entr'ouvrit doucement ses portes, et du fond de l'Orient se précipita une douce et pâle lumière. Les lutins se disposèrent à partir, car les lutins n'aiment pas la lumière. Le chef de la troupe s'approcha du bûcheron et lui dit:
– Tu danses admirablement bien. Tu nous as grandement amusés. Il faudra revenir. Reviens le mois prochain, au soir du sanglier. Comme gage de ta promesse, j'emporte ceci.
Et, d'un coup de main habile, si habile que le bûcheron ne sentit rien, il lui enleva l'énorme loupe qu'il portait à la joue droite et la mit dans sa poche. Quand ils furent partis, Kikorisuké se demanda d'abord s'il n'avait pas fait un rêve. Il se passa la main sur la joue droite et s'assura que la loupe n'y était plus. Alors, fou de bonheur, il courut à son village, pour vite raconter la chose à sa chère femme.
Au village, ce fut un événement. On parla partout de l'aventure. Les amis du bûcheron vinrent le féliciter.
Or, dans le village voisin, habitait un menuisier qui portait, lui, une grosse loupe à la joue gauche. Ayant entendu raconter l'histoire de Kikorisuké et appris comment ce dernier avait été débarrassé de sa loupe, il résolut d'essayer à son tour du même moyen. Il alla donc trouver le bûcheron, s'informa exactement du soir et de l'endroit où les lutins se réunissaient, et au jour dit, se rendit seul à la forêt. Le menuisier, caché dans le tronc d'arbre, attend avec anxiété l'arrivée des lutins. Ceux-ci arrivent, en effet, se mettent à table, puis commencent à danser. Tout à coup le chef de la troupe s'écrie à haute voix:
– Le bûcheron de l'autre jour n'est-il pas encore arrivé?

– Me voilà! répond le menuisier en se jetant au milieu des lutins. Ceux-ci tout heureux lui font de profonds saluts, et l'invitent à danser. Malheureusement le menuisier n'avait jamais appris la danse. Il essaye, mais il danse très mal. Les lutins murmurent. Puis le chef l'arrêtant, lui dit d'une voix sévère:
– Tu ne danses pas bien aujourd'hui. Je ne veux plus que tu reviennes. Je te rends ton gage.
Et, ce disant, il applique sur la joue droite du malheureux menuisier l'énorme loupe que, le mois dernier, il avait prise au bûcheron.
Et voilà comment le pauvre menuisier revint tout triste à son village, portant deux loupes au lieu d'une, une loupe à chaque joue.
Morale: si vous ne savez pas danser, n'allez jamais dans la forêt, le soir où les lutins se réunissent.
Une ruse de Jiro
Jiro a quatorze ans. C'est un garçon à la mine éveillée, aux yeux d'un noir d'ébène, pétillants de vivacité et d'intelligence. Il n'a jamais connu son père. Celui-ci est parti pour l'autre monde, quelques jours après la naissance de son fils. La mère de Jiro vient de mourir à son tour, emportée par une fluxion de poitrine. Le voilà donc orphelin. Pour fortune, il lui reste une paire de vieux fauteuils hors d'usage, une petite table, quelques livres d'école, une demi-douzaine de tasses à riz, les habits, plusieurs fois rapiécés, dont il est en ce moment couvert. Et c'est tout.
Tout le reste, c'est-à-dire tout ce qui avait une certaine valeur, a été saisi, quelques heures après la mort de la mère, par des créanciers impitoyables. Car la mère avait des dettes, et naturellement ne les avait pas payées.
Comme parents, Jiro possède une tante déjà âgée. Elle en est à son huitième mari, nourrit six enfants et ne désire pas en augmenter la collection. Il a aussi une sœur aînée. Celle-ci a épousé en secondes noces un employé de la Banque, lequel a filé en Chine, emmenant sa femme et une partie de la caisse. Enfin, il reste un oncle, gros marchand de riz, qui n'a pas d'enfants. C'est lui qui adopte l'orphelin. Jiro s'installe donc dans la maison de son oncle, et continue à vivre et à s'amuser.

Un jour, il lui vient une vague idée de se faire une petite fortune, de reprendre son indépendance et d'échapper à la trop vigilante tutelle de son oncle. L'idée, d'abord vague, s'éclaircit, s'affermit, se développe. Mille projets se succèdent, mais à peine échafaudés, ils croulent, parce qu'ils n'ont pas de base.
Un capital! Un petit capital! Que faire si l'on n'a même pas un petit capital?
– Ah! si j'avais seulement quelques sous pour commencer! se dit et se répète Jiro à chaque projet qui survient.
Puis, tout naturellement, la question se pose:
– Comment faire?
Un jour, une idée subite traverse son esprit et l'illumine comme un éclair. Dans le même village que lui, habite un brave vieillard du nom de Bacayémon. Ce vieillard est l'honnêteté même, et de plus, c'est un fervent bouddhiste. Il croit à la métempsychose. Là-dessus ses opinions sont on ne peut plus arrêtées. Aussi, ne se hasarde-t-il jamais à manger de la chair d'un animal quelconque, voire même du poisson. Il craindrait d'engloutir par le fait l'âme de quelqu'un de ses ancêtres. Il se laisse volontiers dévorer par les insectes, il se ferait un crime de les écraser, de peur d'écraser en eux quelque vieille connaissance. Les rats ont beau jeu dans sa maison. Les tuer serait commettre un assassinat. Qui sait si dans le corps de ces petits rongeurs, ne loge pas l'âme de quelque ancien grand homme?
Le brave Bacayémon possède une truie qu'il nourrit et engraisse avec le plus profond respect et la plus grande affection, persuadé que sous son épaisse enveloppe se cache l'âme de quelque ancien monarque.
Or Jiro connaît tout cela. Il connaît le cœur honnête et pieux du brave vieillard et ses idées arrêtées sur la métempsychose. Un jour, il vient le trouver. Il a pris une figure de circonstance, grave et mélancolique.
– Bonjour, Monsieur Bacayémon, le temps est beau aujourd'hui.
– Ah! c'est toi, Jiro! En effet, il fait un temps superbe. Et comment vas-tu?
– Merci, je vais bien. A propos, est-ce que vous auriez par hasard une truie chez vous?
– Mais oui, j'en ai une! Et après?
– Ah! mais, c'est donc vrai!
Et voilà que la figure du jeune espiègle s'illumine tout à coup d'un rayonnement de joie intense. Le brave vieillard, tout surpris s'écrie:
– Pourquoi donc cette joie, Jiro? Qu'est-ce que cela peut te faire, que j'aie une truie chez moi?
– Ah! Monsieur, si vous saviez!… Mais y aurait-il de l'indiscrétion à vous demander de me la laisser voir un tout petit instant?
– Rien de plus facile, mon ami. Viens!
Et Bacayémon intrigué conduit Jiro dans la cour où l'énorme truie se vautre dans la fange en grognant. A peine Jiro l'a-t-il aperçue que, se précipitant vers elle, il la saisit, l'étreint, l'embrasse, avec toutes les marques d'un amour passionné. Le vieillard stupéfait contemple cette scène; puis, pressentant un mystère, il rappelle l'enfant:
– Jiro, lui dit-il, quel est le motif de cette étrange conduite? Tu dois avoir des raisons secrètes d'aimer ainsi cet animal. Explique-moi cela, raconte-moi tout!
– Monsieur, répond Jiro, le visage baigné de larmes, cette truie est ma mère!

– Ta mère? Comment cela?
– Voici. La nuit dernière, tandis que je dormais profondément, quelqu'un m'a frappé sur le front. Réveillé en sursaut, j'aperçois ma mère, ma pauvre bonne mère qui est morte il y a trois mois. Elle avait une figure bien triste et ses yeux étaient humectés de larmes:
– Mon fils, m'a-t-elle dit, je vais te confier un secret. J'ai péché dans ma vie, et en punition de mes fautes, j'ai été condamnée à vivre trente ans dans le corps d'une bête. Pour le moment j'habite le corps de la truie que possède Bacayémon. S'il te reste pour moi un peu de piété filiale, viens me voir de temps à autre, me consoler et me distraire.

Elle dit et disparut aussitôt. Voilà pourquoi je suis venu, Monsieur, et mon seul désir est que vous m'autorisiez à venir de temps à autre. Ah! si vous saviez comme je l'aimais, ma pauvre mère!
Et les larmes recommencent à couler, Jiro retourne vers la truie, et de nouveau l'embrasse en lui répétant:
– Ma mère! oh! ma mère!
Le vieux Bacayémon se sent remué jusqu'au fond de l'âme. Après avoir réfléchi quelques secondes:
– Jiro, dit-il à l'enfant, j'admire ta piété filiale. Je suis ému des sentiments qu'elle t'inspire. Eh bien! écoute: puisque cette truie renferme l'âme de ta mère, prends-la, je te la donne. Emmène-la chez toi et soigne-la bien!
Jiro, qui s'attendait à la chose, simule la surprise, tombe aux pieds du vieillard et, la parole entrecoupée de sanglots, le regard rayonnant de joie, il le remercie de son extrême bonté. Puis, se retournant vers l'animal:
– Allons, ma mère, lui dit-il, venez avec moi. Nous allons comme autrefois vivre côte à côte, et je vous soignerai bien.
Puis, entraînant la truie, il sort de la maison, et de ce pas se rend chez le boucher, lui vend la bête, en obtient une petite somme, et riant jusqu'aux larmes:
– Bien joué, se dit-il, et maintenant que j'ai le capital, à moi la fortune, à moi l'avenir!
FIN
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Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.
Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation
The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations. Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org
For additional contact information:
Dr. Gregory B. Newby
Chief Executive and Director
gbnewby@pglaf.org
Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation
Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment. Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.
The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements. We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance. To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org
While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.
International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.
Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
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