UN PEU D’HISTOIRE :
HONG-KONG ET MACAO

Au début du XVIIIe siècle, quand la Compagnie des Indes Orientales prit possession du Bengale, elle y développa la culture du pavot, qui y poussait en grande quantité. À cette époque en effet, les nations n’étaient guère aussi scrupuleuses que de nos jours et le trafic de l’opium était un négoce fort profitable.

Pour écouler la drogue, la compagnie décida de la faire pénétrer en Chine. Cependant, comme le Fils du Ciel s’y opposait, il fallut avoir recours à la contrebande. Celle-ci pratiquée avec l’approbation des autorités britanniques, fut fructueuse. Il suffit, pour s’en assurer, de citer quelques chiffres :

En 1793, la vente de l’opium des Indes rapportait annuellement 250.000 livres sterling à la Compagnie des Indes ; en 1809, ce chiffre était passé à 500.000 et à 1.000.000 en 1832. Pendant le même laps de temps, le nombre de caisses d’opium passées en contrebande montait de deux mille à vingt-six mille annuellement. À noter que ces caisses étaient énormes.

Deux aventuriers anglais, Jardine, que les Chinois nommaient « Vieux-Rat-à-la-Tête-de-Fer », et Matheson avaient pris en charge tout le trafic. Une flotte de bateaux corsaires solidement armés conduisaient l’opium vers l’île de Lintin, dans la baie de Canton. Là, les caisses étaient déposées sur les pontons où, la nuit, les contrebandiers chinois venaient en prendre possession.

L’empereur de Chine, cependant, décida de mettre fin à ce trafic et fit saisir dix mille caisses d’opium qui furent aussitôt détruites à Chuenpee. C’est alors que Jardine et Matheson firent tout ce qui était en leur pouvoir pour déclencher ce qui plus tard prit le nom de Guerre de l’Opium.

Après que Jardine se fut rendu à Londres pour intriguer auprès de lord Palmerston, alors premier ministre, les opérations furent déclenchées. Les vaisseaux de guerre britanniques n’eurent aucune peine à vaincre les lourdes jonques chinoises et le traité de Nankin obligea la Chine à ouvrir cinq ports aux vaisseaux de commerce britanniques. En outre, l’île de Hong-Kong devait être cédée à l’Angleterre.

À Londres, de nombreuses critiques s’élevèrent contre ce traité. « À quoi servira ce roc stérile ? » disait-on. Pourquoi consacrer de l’argent à fortifier et aménager cette île perdue, sans ressources et sans avenir ? »

Aujourd’hui, Hong-Kong est un des plus riches ports de commerce britanniques. C’est une cité de 450.000 habitants (800.000 pour toute l’île), par où passe la plus grande partie du trafic vers l’Extrême-Orient. Notons que la firme commerciale la plus importante de l’endroit porte, de nos jours encore, les noms de Jardine et Matheson.

L’histoire de Macao est moins spectaculaire. Ce fut en 1517 que le navigateur portugais aborda à cette presqu’île et y installa un comptoir. Devenue colonie en 1557, Macao a subi des fortunes diverses. Aux XVIe et XVIIe siècles, ce fut une métropole commerciale fabuleusement prospère.

Cependant, avec l’installation de Hong-Kong de l’autre côté de la baie, la décadence vint vite. Tout le commerce fut drainé par les Britanniques et Macao ne fut bientôt plus qu’un lieu de plaisir où les riches commerçants d’en face venaient perdre leurs fortunes au jeu. De nos jours, on joue toujours dans la colonie portugaise, mais beaucoup moins que par le passé. Macao, l’Enfer du jeu, est le terme consacré par une légende qui, malgré vents et marées, n’est pas près de s’éteindre.

 

Fin du tome 25



[1] Ami de Bob Morane. Chef de la Brigade des Narcotiques. Agent de l’Intelligence Service au Moyen Orient.

L'Empereur de Macao
titlepage.xhtml
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_000.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_001.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_002.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_003.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_004.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_005.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_006.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_007.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_008.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_009.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_010.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_011.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_012.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_013.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_014.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_015.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_016.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_017.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_018.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_019.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_020.html
Vernes,Henri-[Bob Morane-025]L'Empereur de Macao(1958).French.ebook.AlexandriZ_split_021.html