16.
Lâcher prise

 

14 octobre 1971

 

Je ne pouvais pas le leur cacher plus longtemps. Même si j’ai essayé.

Mes parents ont voulu m’emmener voir John Walter, le meilleur guérisseur de notre coven. Je savais qu’il leur dirait la vérité, alors j’ai dû prendre les devants. Ma mère a pleuré pendant deux jours et mon père refuse de me parler. Mes parents m’avaient toujours dit que, quoi que je fasse, ils ne cesseraient jamais de m’aimer.

Je crois que j’ai trouvé l’exception qui confirme la règle.

Je ne peux plus revenir en arrière, à présent. Je ne pourrais pas récupérer ma magye, quand bien même je le voudrais. Même si je suis toujours affaiblie par le rituel, je préfère souffrir moi-même plutôt que de risquer de blesser quelqu’un d’autre. Je sais que la Wicca est dangereuse. Magnifique, mais dangereuse. J’aimerais juste que quelqu’un me parle, essaie de comprendre le motif de mon geste. Ne voient-ils pas que j’ai perdu bien plus qu’eux ?

J’écris ces lignes à bord d’un bus Greyhound qui va à Houston. C’était la destination la plus lointaine de Gloucester que je pouvais me payer. Il ne me reste presque plus rien : j’ai vingt-trois dollars et trente-sept cents en poche. Tout ce qu’il reste de mes économies. Avec ça, un petit sac de vêtements et le livre de Harris Stoughton enveloppé dans un carré de soie noire (vu qu’il ne représente plus aucun danger pour moi, comment aurais-je pu le laisser à ma famille ?), je commence une nouvelle vie.

Je me répète que ce genre de bouleversement ne peut que me faire du bien. Que rien n’a changé dans ma famille depuis des siècles et que je suis une pionnière, partie pour découvrir de nouveaux mondes. Mais j’ai du mal à y croire.

Cela serait peut-être plus facile si je savais où j’allais. Cependant, je n’en ai pas la moindre idée.

Comme tout le monde, j’imagine.

 

Sarah Curtis

 

 

* * *

 

 

— Morgan ?

La voix de Mary K. a retenti dans l’escalier. J’ai posé mon livre et je me suis levée. Je m’étais installée sur mon lit, avec Dagda roulé confortablement en boule dans le creux de mon ventre, pour lire les chapitres du manuel de littérature indiqués par le professeur.

Mary K. m’a appelée de nouveau, d’un ton plus pressant :

— Morgan !

— Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? ai-je demandé en sortant de ma chambre.

Mary K. se tenait au pied de l’escalier, un grand sourire aux lèvres.

— On a de la visite. Quelqu’un que tu seras sans doute contente de voir.

— Qui ça ? me suis-je enquise en descendant l’escalier.

Hunter ? ai-je songé avec espoir. Non, c’était impossible. Je l’aurais senti arriver. De qui d’autre pouvait-il s’agir ?

Je me suis immobilisée en entrant dans le salon. Alisa était assise dans le canapé, pâle et minuscule. Ses cheveux tirés en queue-de-cheval soulignaient son visage hagard et ses traits délicats. Elle a levé les yeux vers moi, visiblement nerveuse.

— Bonjour, Morgan.

— Waouh, Alisa !

Si elle paraissait toujours faible, elle était là, chez moi, et elle me parlait. Je suis allée m’asseoir près d’elle.

— Je suis contente que tu sois sortie de l’hôpital. Comment te sens-tu ?

— Comme ci, comme ça, a-t-elle répondu en haussant les épaules.

Elle a posé ses mains sur ses genoux : elle tenait l’ourson rouge et blanc de Mary K.

— J’ai parfois des douleurs et la tête qui tourne, mais ça va de mieux en mieux, a-t-elle ajouté avec un petit sourire. Je suis suffisamment remise pour sortir de chez moi, et ça, c’est génial.

Mary K. s’est installée dans le fauteuil de mon père.

— Est-ce que les docteurs ont trouvé ce que tu avais ?

Alisa a secoué la tête, l’air un peu triste.

— Non. Ils m’ont raconté que vous êtes venues me voir et que, après votre départ, j’ai eu une sorte de crise. J’étais si mal qu’ils avaient conseillé à mon père de se préparer au pire. Mais, au bout de quelques heures, mon état s’est subitement amélioré. Vers minuit, je me suis réveillée avec une soif horrible et j’ai demandé un verre de jus de fruits à l’infirmière. C’est dingue, non ? a-t-elle ajouté avec un petit rire. J’étais inconsciente depuis plusieurs jours et, soudain, je me lève pour demander un jus de pomme ! L’infirmière était sous le choc.

— Ça alors ! s’est exclamée Mary K. en me glissant un coup d’œil. C’est incroyable.

— Je sais. Les docteurs ont conclu que j’avais attrapé un virus violent et qu’il avait fallu du temps à mon organisme pour l’éliminer. En réalité, ils ne savent pas pourquoi je suis tombée malade, comme ils ignorent pourquoi j’ai guéri si subitement, a-t-elle conclu avec un regard lourd de sens dans ma direction.

Ce qui m’a mise mal à l’aise. Je me suis détournée vers la fenêtre. Est-ce que Mary K. et elle pensaient que je l’avais guérie ? Ce n’était pas le cas.

— Alisa, je…

— Enfin, bref, m’a-t-elle coupée, je voulais vous remercier toutes les deux pour votre visite.

Elle a baissé la tête vers la peluche qu’elle caressait distraitement. Même si elle allait mieux, je discernais en elle une certaine tristesse – je me suis de nouveau demandé ce qu’étaient ses « problèmes familiaux », évoqués par Mary K.

— De rien, ai-je murmuré.

J’ai voulu lui serrer le bras – mon instinct protecteur se manifestait toujours près d’elle –, mais, dès que je l’ai touchée, un grand fracas nous a fait sursauter. Une photo encadrée était tombée du manteau de la cheminée, à l’autre bout de la pièce. L’air perplexe, Mary K. s’est levée pour la ramasser.

— C’est bizarre, a-t-elle murmuré en regardant la photo de notre famille prise devant le sapin lors du dernier Noël. Il a dû y avoir un courant d’air.

J’étais pétrifiée. Cette photo n’avait aucune raison de tomber du mur. Aucune, à moins que cela ne soit lié aux étranges incidents qui m’avaient poursuivie. Or c’était Ciaran, le responsable. Et il s’était fait arrêter. Cela ne pouvait pas être lui.

Était-ce un simple accident ? Je devenais peut-être paranoïaque. Deux semaines plus tôt, je n’y aurais pas accordé la moindre attention. Depuis… tout ce qui sortait vaguement de l’ordinaire me semblait suspect.

Mary K. a ramassé avec prudence les morceaux de verre brisé. Tandis que je l’observais, une pensée plus effrayante encore m’a traversé l’esprit : et si ce n’était pas Ciaran qui avait orchestré ces incidents ? Si c’était quelqu’un d’autre… qui me voulait du mal et était toujours en liberté ?

— Euh… je ferais mieux de monter finir mes devoirs, ai-je bredouillé en me levant. Alisa, je suis vraiment contente que tu ailles mieux. J’espère te revoir bientôt au lycée.

— Merci.

Alors que je quittais la pièce, mon regard a glissé sur la photo, que Mary K. avait posée sur une table. J’ai frémi en voyant la cassure du sous-verre : d’un côté se trouvaient Mary K., ma mère et mon père, de l’autre, moi. Toute seule.

Je me suis dépêchée de monter dans ma chambre.

 

* * *

 

Je n’avais pas eu le temps de réfléchir à tout cela lorsque ma mère a frappé à ma porte.

— Tu as une minute ? m’a-t-elle demandé avant d’ouvrir.

— Bien sûr, entre.

J’ai soupiré en sentant le sermon venir. Elle tenait une liasse de feuilles à la main – le devoir de rattrapage pour M. Powell. Il me l’avait rendu le matin même, avec un A. J’étais si contente que je l’avais laissé sur la table de la cuisine pour que ma mère le voie. À présent, je me disais que j’avais peut-être commis une erreur.

— Morgan, a-t-elle dit en s’asseyant au bord du lit. Je pense que je suis une personne raisonnable.

D’habitude, ai-je commenté silencieusement.

— C’est pourquoi je…

Incapable de finir sa phrase, elle a baissé les yeux vers ma copie en secouant la tête.

— Maman, je ne voulais pas te provoquer en laissant ça dans la cuisine. Je pensais que tu serais contente de voir que mes notes remontent.

— Je sais, a-t-elle répondu lentement. Et tu as raison, je suis contente.

Elle a feuilleté mon devoir et a poursuivi :

— C’est très bien écrit, Morgan. Et tu as dû faire des tonnes de recherches.

— Oui, ai-je confirmé. Ce n’est pas difficile, lorsqu’on s’intéresse vraiment au sujet.

Ma mère a acquiescé, les lèvres pincées.

— Morgan, je crois que ton père et moi, nous avons commis une erreur en voulant t’envoyer à Sainte-Anne.

J’ai cru que j’avais mal entendu, ou que j’avais halluciné.

— Ce n’était pas la bonne solution, a-t-elle ajouté. J’imagine que nous avons… enfin… que j’ai réagi de façon disproportionnée. Je…

Elle s’est interrompue pour inspirer profondément avant de poursuivre :

— Je m’inquiète pour toi, Morgan. Je t’aime, voilà tout, a-t-elle conclu dans un murmure.

Quel soulagement ! Elle était sérieuse : pas de lycée catholique pour moi ! Que la Déesse soit louée ! J’ai aussitôt éprouvé une bouffée d’amour et de gratitude pour ma mère, qui mettait ses craintes de côté afin de me permettre d’explorer un domaine qu’elle ne comprenait pas. Je me suis penchée pour lui prendre le devoir.

— Merci beaucoup, maman. Je sais que la Wicca te fait peur. Mais elle fait partie de moi. Je n’y peux rien.

Elle est restée silencieuse si longtemps que j’ai un instant redouté de l’avoir contrariée.

— Tu as raison, a-t-elle soupiré finalement. Morgan, je suis ta mère et je ne veux que ton bonheur. Je me suis toujours promis de ne jamais dicter la conduite de mes enfants, et j’entends bien tenir cette promesse. Si difficile que cela puisse être.

Je l’ai serrée dans mes bras. Son parfum léger, sucré, m’a chatouillé les narines. Mon cœur s’est une nouvelle fois serré lorsque j’ai compris à quel point elle m’avait manqué – elle et le reste de ma famille – au cours de ces dernières semaines. Je n’étais plus en danger, à présent. Ciaran avait été arrêté, et ma famille m’entourait. À cet instant, j’ai éprouvé une certaine sérénité, un certain bonheur. Ma mère m’a embrassée sur le front.

— Je pense que tout ce travail mérite une petite récompense, a-t-elle repris. Que suggères-tu ?

— La fin de ma punition ? ai-je proposé, un grand sourire aux lèvres.

— Et que dirais-tu d’un simple appel téléphonique ?

— Ça ira, ai-je répondu en m’extirpant du lit à toute vitesse.

Dagda a émis un miaulement courroucé.

— Où vas-tu ? m’a demandé ma mère.

— Téléphoner à Hunter !

— Ah ! Dis-lui bonjour de ma part.

— Promis, ai-je lancé par-dessus mon épaule.

J’ai dévalé l’escalier, impatiente de lui annoncer toutes ces bonnes nouvelles. Dans ma hâte, je me suis trompée de numéro deux fois en appuyant sur les touches du téléphone sans fil. J’ai inspiré profondément avant de recommencer. Il a décroché dès la première sonnerie.

— Morgan ! Ça fait du bien d’entendre ta voix.

J’ai ri pour la première fois depuis ce qui me semblait des semaines. Il y avait des jours que je ne lui avais pas parlé, et l’entendre pour de vrai était délicieux.

— Devine ! Pas de lycée catho pour moi !

Il y a eu un blanc à l’autre bout de la ligne, si bien que je me suis demandé s’il m’avait entendue.

— Morgan, c’est formidable. Tu as réussi à remonter ta moyenne ?

— Oui ! ai-je confirmé gaiement. Et ce n’est pas tout, Alisa est presque sur pied ! Elle est passée à la maison tout à l’heure.

— Tant mieux.

J’ai repensé un instant à la photo tombée au sol. Devais-je mentionner l’incident à Hunter ?

— Morgan…

Son ton trahissait une pointe de… d’inquiétude ? de peur ?

— Que se passe-t-il ? l’ai-je interrogé, le ventre noué.

— J’ai eu des nouvelles de Sky.

Il m’a fallu un instant pour comprendre.

— Qu’est-ce qu’elle a…

— Elle a trouvé plusieurs pistes. En fait, elle est persuadée que mes parents ne se trouvent pas en France.

— Ah bon ? ai-je répondu, ébranlée par une vague de soulagement égoïste.

Est-ce que cela signifiait que Hunter n’aurait pas besoin de partir à leur recherche en Europe ?

— Oui. Pour elle, ils sont au Canada. Au Québec, plus précisément, ce qui expliquerait mes phrases en français. Je vais y aller en personne, dès que possible.

La pièce s’est mise à tourbillonner autour de moi. J’ai dû me rattraper au comptoir pour garder l’équilibre.

— Mais… mais… le Conseil…

— J’ai déjà parlé à mes supérieurs. Morgan, Ciaran a été arrêté. Selene et Cal ne sont plus de ce monde… J’ai demandé l’autorisation d’aller enquêter au Canada. Je n’ai plus aucune raison de rester ici. Tu comprends ? Tu n’es plus en danger. Je n’ai plus rien à faire à Widow’s Vale.

Avais-je bien entendu ?

— Merci beaucoup, ai-je rétorqué avec amertume, les larmes aux yeux.

— Ce n’est pas ce que je voulais dire et tu le sais.

Il avait raison. Ce qui ne m’empêchait pas d’avoir le cœur gros.

— Tu partiras combien de temps ?

— C’est difficile à dire. Plusieurs jours, ou plusieurs semaines. Peut-être davantage. Cela dépendra de mes découvertes.

Évidemment. C’était bien ce que je craignais. L’image que j’avais vue en lisant dans le feu, l’image où Hunter me saluait d’un signe de la main, m’est revenue, de même que le sentiment de terreur qui m’avait secouée alors. Était-il possible… était-il possible qu’il ne revienne jamais ? N’y songe même pas, me suis-je rabrouée mentalement. Trop tard.

— Est-ce que les informations de Sky sont fiables ? Et si on t’avait tendu un piège ? ai-je demandé.

Je me suis aussitôt haïe d’avoir posé de telles questions.

Hunter n’a pas répondu. C’était inutile. Nous savions tous deux que Sky ne l’aurait jamais envoyé vers le Canada sans preuves irréfutables.

J’ai tiré une chaise pour m’asseoir, le coude sur la table, la main sur le front. C’est impossible, me suis-je dit. Maintenant que je ne risquais plus rien, Hunter partait. J’ai tenté de me concentrer sur ma respiration. Pendant une fraction de seconde, j’ai regretté de ne pas courir un terrible danger. C’était très bizarre, de comprendre que je préférais vivre dans la menace avec Hunter plutôt que d’être en sécurité… sans lui.

— Morgan, a-t-il repris en murmurant. Nous sommes des muìrn beatha dàns. Tu sais que je t’aime plus que tout. Mais tu sais aussi ce que j’éprouve pour mes parents. Tu ne voudrais pas que je rate cette occasion, si ?

Si, justement, ai-je pensé. J’allais le lui dire, avant de me reprendre. Comment lui répondre une chose pareille ? Quel effet cela aurait-il sur notre amour ?

— Non, ai-je chuchoté. Je veux que tu les retrouves.

— Je savais que tu dirais ça.

Sa voix était douce comme une caresse.

J’ai inspiré profondément. Et expiré longuement. Surgies de nulle part, les paroles qu’Alisa avait prononcées plus d’une semaine plus tôt ont résonné dans ma tête : « Je voudrais que les choses restent telles quelles. » Pendant un bref instant, j’avais été en sécurité, ma famille était heureuse, et je savais que je pouvais compter sur l’amour de mon muìrn beatha dàn.

À présent, il partait loin de moi. En repensant à ma vision, je me suis efforcée de ne pas me dire que cette séparation serait définitive.

Fais-moi confiance.

Il n’avait pas parlé. Ses paroles semblaient voleter tout autour de moi comme du pollen porté par une brise d’été. J’ai regardé par la fenêtre de la cuisine. La nuit était noire, la lune, invisible. Même si je ne voyais aucune étoile, je savais qu’elles étaient là. Je les imaginais, attendant patiemment que leur lumière traverse les ténèbres infinies. Jamais le feu ne m’avait paru si froid.

Avais-je vraiment le choix ?

— Je te fais confiance, ai-je répondu.

 

Fin du tome 3



[1] En français dans le texte. (Toutes les notes sont de la traductrice.)

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