16

 

— Je n’y vois rien, murmura Aeron. Il fait noir comme dans un four.

Cette obscurité absolue et uniforme n’avait rien de naturel. Il avait apporté avec lui une lampe de poche, mais le faible rayon qu’elle émettait était comme absorbé par le néant sombre qui les entourait.

— Lysander m’a dit que je conserverais quelques-uns de mes pouvoirs d’ange, tant que le délai de quatorze jours ne serait pas expiré, dit Olivia. Je crois que je peux faire quelque chose.

— Tais-toi, murmura Aeron.

Elle lui avait assuré que Scarlet dormirait, mais il regrettait déjà de l’avoir emmenée jusqu’ici. Il fallait bien pourtant qu’il lui montre, comme il l’avait promis à Lysander, que sa vie n’était pas un conte de fées. De plus, il n’avait pas voulu la laisser à la merci de Legion. Ni à proximité de Torin.

Il se sentait déchiré, pris dans cette tempête qu’il avait déclenchée sans le vouloir, tiraillé entre deux femmes – entre son amante, qu’il devait renvoyer ; et sa fille adoptive, qui voulait coucher avec lui…

— Elle dort, répondit tranquillement Olivia à voix haute.

— Elle pourrait se réveiller, répondit-il entre ses dents.

On n’y voyait toujours rien dans cet escalier. Ils butaient sur ce qu’il supposait être des cercueils. Il avait peur. Pas pour lui, mais pour Olivia.

— Elle ne se réveillera pas, je te l’assure, déclara posément Olivia. Et comme je viens de te le dire, je pourrais…

Il s’arrêta net, et elle buta contre lui en poussant un cri étouffé. Le contact fut bref, mais troublant. Doux et chaud. Enivrant. Suffisant pour que son corps y réagisse. Une fois de plus.

Elle est à moi, gémit Colère.

Je sais, tu te répètes.

Il ne cherchait plus à contredire Colère quand celui-ci revendiquait Olivia. Sans doute parce que… Mais mieux valait ne pas réfléchir au pourquoi.

Quelques secondes s’écoulèrent dans un lourd silence troublé uniquement par le bruit de leur respiration. L’air épais sentait le moisi et le renfermé, la poussière, la mort. Mais il aurait pu rester ici pour l’éternité. Parce qu’elle était près de lui.

— Tu pourrais quoi ? demanda-t-il.

— Tu vas voir.

De petites étincelles jaillirent.

Il battit des paupières et se frotta les yeux. Ces étincelles venaient de la peau d’Olivia et augmentaient d’intensité. Peu à peu, elles chassaient les ténèbres. Il en était presque aveuglé.

— Comment… ?

Elle sourit et son visage en fut illuminé, comme la plus brillante des étoiles. Ses cils noirs encadraient ses yeux si bleus. Il eut soudain envie de l’embrasser, d’avaler son souffle. Ne t’avise pas de faire ça. Mais, à présent, il connaissait le goût de sa bouche, il savait à quel point leurs corps se comprenaient… Pourquoi devait-il résister, déjà ?

Legion. Lysander. La liberté.

Il retint un juron. Voilà pourquoi il devait résister.

— J’ai dû parfois guider des humains perdus dans la pénombre, expliqua-t-elle.

Elle se dandina d’un air gêné et lui désigna du menton le chemin.

— Scarlet se trouve derrière ce coude du couloir, dit-elle. Je sens sa présence.

— Parfait.

Il s’obligea à se détourner d’elle. Colère manifesta sa déception en poussant un cri de bête blessée.

Calme-toi, lui dit-il. Elle est là. Juste derrière nous.

En suivant le couloir, il ne tarda pas à déboucher dans une sorte de salle. Des épées étaient plantées dans le sol à intervalles réguliers, et leurs lames de métal lançaient des éclats menaçants. Entre les épées, on avait installé des barrières électrifiées. Tout au bout de la pièce, derrière cette zone digne d’une base militaire, on distinguait un cercueil. Scarlet se protégeait efficacement.

Mais pourquoi dormait-elle dans un cercueil ?

Sans doute parce qu’elle pouvait s’y enfermer, à l’abri des balles et des lances. Décidément, elle avait tout prévu.

Il saisit l’un de ses poignards et circula au milieu de ce terrain miné en évitant soigneusement les embûches. Olivia lui emboîta le pas.

— Fais attention, murmura-t-il. Reste derrière moi.

Il était arrivé devant le cercueil et le souleva lentement.

Olivia ne s’était pas trompée : l’immortelle dormait paisiblement, parfaitement inconsciente de cette intrusion dans son sanctuaire. Il prit le temps de la regarder. Des cheveux noirs et soyeux encadraient un visage dont il n’avait pas perçu la délicatesse dans la pénombre de la ruelle. Elle avait des cils plus longs qu’il n’avait cru, pareils à des plumes qui auraient cherché à caresser ses pommettes. Il fut également frappé par la petitesse de son nez et par la rougeur de ses lèvres.

Elle portait un T-shirt et un jean, noirs l’un et l’autre, et elle avait des armes sanglées un peu partout sur le corps. Elle ne les abandonnait pas pour dormir. Tiens, tiens… Même lui ôtait ses armes pour se mettre au lit et se contentait de les conserver à portée de main.

Il se détendit un peu et regarda autour de lui. Les murs étaient de terre, comme le sol, et des lames en sortaient ici et là. Celui qui avait le malheur de trébucher ou de s’appuyer au mur signait son arrêt de mort.

Cauchemar n’avait piégé que la salle qui lui servait de chambre, pas le couloir qui y donnait accès. Sans doute avait-elle jugé que l’obscurité suffirait à éloigner les curieux. Son accueil était réservé aux intrépides, c’est-à-dire à des gens décidés à l’éliminer. Elle ne tuait donc pas sans discernement et épargnait les innocents. Ou bien elle avait voulu les cadavres autour d’elle, pour jouir du spectacle dès son réveil.

En tout cas, elle ne plaisantait pas quand il s’agissait de sa sécurité.

Il aurait presque souhaité qu’elle se lève et qu’elle attaque. Un combat lui aurait fait du bien. Il avait les nerfs à bout et un peu de sang l’aurait soulagé. Il y avait trop de bouleversements dans sa vie, en ce moment. Et surtout trop de problèmes.

Grâce à Galen, Méfiance venait de trouver un corps pour l’accueillir. Cronos et Rhéa étaient possédés par des démons de la boîte de Pandore. Et puis Olivia… Olivia, avec sa tenue et ses invites indécentes, adressées à lui ou à d’autres, ne cessait d’exciter son désir, sa jalousie, sa colère.

Oui, décidément, ça lui aurait fait du bien de tuer quelqu’un.

Et comme si cela ne suffisait pas, il y avait aussi Legion, qui posait sur lui des yeux de femme enamourée. Legion, qui avait conclu un pacte avec le démon et qui niait l’avoir fait. Parce qu’à présent il n’avait plus de doute à ce sujet. Il l’avait lu dans ses yeux quand ils s’étaient séparés : elle voulait à tout prix faire de lui son amant, et elle était capable de tout pour parvenir à ses fins.

Qu’allait-il faire d’elle ? Il l’aimait toujours comme sa fille et ne voulait pas qu’elle sorte de sa vie. Pas question de l’abandonner à son sort. Il existait sûrement une solution, mais laquelle ?

N’y pense pas pour le moment. Tu as autre chose à faire.

Scarlet. S’occuper d’abord de Scarlet. Est-ce que Galen était au courant de sa présence ici ?

— Elle habitait dans une église, soupira Olivia. Mais elle n’a pas pu y rester.

Il eut l’impression qu’elle se sentait coupable. Mais de quoi ? Scarlet ne méritait pas qu’on s’attendrisse sur son sort.

— Je t’avais demandé de te taire, lui dit-il.

— Mais puisque je te dis qu’elle ne va pas se réveiller.

— Qu’est-ce que tu en sais ?

Il se rendit compte que sa question était stupide. Olivia savait beaucoup de choses. Et toutes ces choses allaient intéresser Sabin au plus haut point. Sabin n’avait qu’une idée en tête : engranger des informations. Heureusement, Olivia serait partie avant le retour de Sabin. Aeron n’aurait pas supporté que cette brute interroge son ange.

Imaginant sans doute Aeron agressant Sabin, Colère trépigna de joie.

Aeron songea qu’il n’avait pas tort. Après tout, un petit coup de poignard dans le dos… Il lui en devait un…

— Peu importe, dit-il à Olivia alors qu’elle ne répondait pas. Nous devons nous dépêcher, si nous ne voulons pas être surpris par d’autres visiteurs.

— Quels visiteurs ? Qui pourrait bien venir ici ?

— Des chasseurs.

— Oh…

Aeron ne voulait pas d’un affrontement avec les hommes de Galen. Pas avec Olivia près de lui. Les horreurs de l’existence, il les lui montrerait une autre fois. Et à distance raisonnable.

La crypte de Scarlet n’était pas toute proche du repaire des chasseurs, c’était un bon point pour eux, mais on ne savait jamais.

— Il fait si noir…, lança soudain une voix d’homme.

Elle venait de l’escalier qui descendait jusqu’à eux.

— C’est bizarre, ma lampe de poche ne fonctionne pas.

— Je n’y vois rien.

— Avancez et taisez-vous, merde.

Bon sang… Ils n’en avaient donc pas terminé pour aujourd’hui avec les ennuis. Les chasseurs étaient là. Etait-ce un hasard, ou ces salauds avaient-ils été informés de leur présence dans ce caveau ? Par exemple, par quelqu’un qui aurait pu les suivre en se protégeant sous la Cape qui rendait invisible ?

Et si oui, est-ce que ce quelqu’un était là, avec eux, en ce moment, dans cette salle sombre, prêt à fondre sur Olivia ?

Aeron serra les poings tout en parcourant de nouveau la crypte du regard, mais il ne remarqua rien d’anormal. Il jeta un coup d’œil du côté d’Olivia, d’où irradiait toujours de la lumière. Puis il s’intéressa à Scarlet, laquelle dormait toujours. Ensuite, il se tourna vers la porte, le seul accès à la pièce. Pour en sortir, il leur aurait fallu passer par là. C’est-à-dire foncer tout droit sur un groupe d’hommes probablement armés.

Bien sûr, ces hommes n’y voyaient rien, mais sans la lumière d’Olivia, lui aussi serait aveugle.

Il n’y avait qu’un seul moyen de la protéger. Aeron n’hésita pas.

Il lui mit un poignard dans la main.

— Pose ça sur sa gorge et n’hésite pas à la lui trancher si elle remue, murmura-t-il.

Sur ce, il la saisit par la taille et la déposa près de Scarlet dans le cercueil. Scarlet ne bougea pas, mais Olivia poussa un cri étouffé. Il lui mit la main sur la bouche et secoua la tête. Elle déglutit et acquiesça pour lui signifier qu’elle avait compris.

— Cesse d’éclairer, ordonna-t-il.

De nouveau, elle acquiesça. Sa peau cessa progressivement d’irradier de la lumière, puis ce fut le noir complet. L’ombre, comme si elle n’avait attendu que ça, envahit aussitôt la crypte, l’emplissant tout entière de son oppressante noirceur.

— Merde ! Mais fais un peu attention !

— Désolé.

Les voix se rapprochaient.

Aeron était trop grand pour entrer dans le cercueil et servir de bouclier à Olivia. Il voulut lui presser l’épaule pour la rassurer – raté, il avait touché son sein, et il l’avait senti durcir sous ses doigts…

Il fit une nouvelle tentative, en visant cette fois plus haut. L’épaule, parfait. Elle tremblait. De peur ou de désir ? Il préféra croire que c’était de désir et…

Voilà que je recommence. Ce n’est pas le moment.

Il se reprit aussitôt et poussa l’épaule d’Olivia pour l’obliger à s’allonger. Il ne vérifia pas si elle appuyait la lame sur le cou de Scarlet, comme il le lui avait demandé, mais il s’assura que celle-ci dormait toujours en posant sa main libre sur son visage. Parfait. Elle n’avait pas bougé, et il sentit sur sa paume sa respiration tiède et régulière.

Il n’avait pas remarqué de pièges autour du cercueil, aussi le contourna-t-il pour se placer au pied, afin de s’éloigner de l’entrée, sans pour autant perdre le contact avec les deux femmes. Il voulait qu’Olivia sache qu’il était là pour la protéger. Il aurait volontiers rabattu le couvercle, mais il préféra s’abstenir, au cas où l’immortelle se réveillerait.

— Attends, fit l’une des voix. Arrête.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Tu ne sens pas le courant d’air ?

— Nous devons approcher d’une ouverture.

Ils se figèrent pendant quelques secondes, puis il y eut des bruits de pas. Ils étaient nombreux. Olivia trembla de plus belle et Aeron pressa son épaule pour la rassurer.

— C’est sûrement une salle.

Une pause. Un craquement.

— Oui ! C’est une salle ! Je ne sens plus de murs à portée de main.

— Elle n’est sûrement pas là-dedans. Comment aurait-elle fait pour s’installer dans un endroit aussi sombre ?

— Elle est possédée par Cauchemar… Bien sûr qu’elle peut s’installer dans un endroit sombre. Avancez à tâtons et tirez sur tout ce qui bouge.

Comment savaient-ils par qui Scarlet était possédée ? Est-ce que Cronos ou Rhéa les avaient renseignés ? Ou bien s’étaient-ils servis de la Cape pour espionner des conversations ?

— Sûrement pas, protesta un autre. On risquerait de se tuer les uns les autres.

— Mieux vaut nous entretuer plutôt que de lui laisser une chance de s’échapper.

Il y eut un moment de silence, tandis que les hommes prenaient conscience des intentions de leur chef.

— Nous lui tranchons la gorge, protesta quelqu’un. Je n’ai pas signé pour une mission suicide.

— D’accord, soupira le chef. Mais arrangez-vous pour la blesser sérieusement, qu’elle ne soit pas en état de nous attaquer quand nous la transporterons. N’oubliez pas qu’elle est responsable de chacun de nos cauchemars.

Ils remuèrent. Sans doute commençaient-ils à s’aventurer dans la salle. Aeron se figea. Si l’un d’eux parvenait vivant jusqu’au cercueil…

Quelqu’un hurla.

— Mais qu’est-ce que… ?

Un autre cri. Un gargouillement. Encore un cri de détresse. Un autre.

Aeron ne put s’empêcher de sourire. Il s’était inquiété pour rien. Avec les pièges de Cauchemar, personne n’approcherait le cercueil.

Plusieurs hommes déchargèrent leurs armes, oubliant la peur de se blesser mutuellement. Une balle atteignit l’épaule d’Aeron, qui fut projeté en arrière.

Il se redressa et s’empressa de revenir près du cercueil, tandis que d’autres cris atroces résonnaient dans la crypte. Les choses devenaient trop dangereuses. Il referma le couvercle sur Olivia, d’un coup sec, sans même la prévenir. Il n’y avait plus qu’à espérer que Scarlet ne se réveillerait pas.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Des lames, je suis blessé…, murmura une voix entre deux gargouillis.

Un autre cri, cette fois suivi de gémissements de douleur et d’une odeur métallique de sang frais.

— Sortons, murmura une voix. Sor…

Il y eut de nouveau des bruits de pas, précipités cette fois, et beaucoup moins nombreux. Puis ce furent encore des hurlements et des plaintes, et les pas cessèrent tout à fait. Voilà. C’était terminé. Aeron n’avait pas eu sa bataille. Il n’avait pas même levé le petit doigt.

Il attendit que le silence s’installe quelques minutes, puis souleva le couvercle.

— Lumière, dit-il.

Olivia obéit aussitôt, et de nouveau, des étincelles jaillirent de sa peau. Il vit qu’elle était pâle, mais indemne. Scarlet dormait toujours.

— Aeron, j’ai eu si…

Elle se tut. Elle venait de remarquer qu’il était couvert de sang.

— Tu es blessé ! s’écria-t-elle.

Il baissa les yeux et contempla la plaie ronde et dégoulinante de sang qui trouait son épaule. Des rigoles écarlates se frayaient un chemin le long de son ventre, jusqu’à sa ceinture qui les épongeait. À présent qu’il ne s’inquiétait plus pour Olivia et que son taux d’adrénaline avait baissé, il commençait à sentir la douleur. Du feu brûlait dans ses veines, comme si elles avaient charrié de l’essence plutôt que du sang, et qu’on avait approché une allumette.

Mais il décida de ne pas en tenir compte.

— Ce n’est rien, assura-t-il. J’ai eu des blessures bien plus graves, il n’y a pas de quoi s’inquiéter.

— Mais c’est impressionnant, ça me fait peur…, murmura-t-elle, mâchonnant sa lèvre inférieure et avançant une main timide pour lui effleurer la joue.

Le geste visait à le réconforter, mais le désir qu’il déclencha ajouta à sa souffrance. Colère se mit à geindre comme un enfant.

Ce n’est pas le moment, lui fit-il remarquer.

Le sol était jonché de cadavres transpercés par des lames. Certains étaient tombés face contre le sol, d’autres gisaient sur le dos. Plus un seul ne respirait. Aeron ne put s’empêcher de sourire et se promit de remercier Scarlet pour ce dispositif si efficace qui avait sauvé la vie d’Olivia.

Il ignorait si des hommes avaient pu fuir cette chambre des horreurs, mais si c’était le cas, il n’avait pas l’intention d’attendre qu’ils reviennent avec des renforts. Après avoir aidé Olivia à sortir du cercueil – l’effort déchira un peu plus sa blessure –, il prit Scarlet dans ses bras.

— Reste près de moi, dit-il à Olivia. Et marche sur mes pas.

— Compte sur moi.

Il se fraya un chemin jusqu’à l’escalier du couloir, zigzaguant entre les corps et grimaçant de douleur.

J’ai mal ! se plaignit Colère.

Aeron fronça les sourcils.

Tu as mal ? Toi aussi ?

Oui. Je souffre atrocement.

Reste tranquille et repose-toi. Nous rentrons au château.

Il n’y avait aucune trace de sang dans l’escalier, pas même une goutte. Personne n’avait donc quitté la salle. Tout allait donc à merveille… Sauf que…

En atteignant le haut de l’escalier, il se rendit compte qu’il tremblait de tous ses membres et qu’il s’affaiblissait dangereusement. Il y voyait de plus en plus trouble, une sorte de brume gênait sa vision.

Colère poussa un gémissement.

Et à présent, ce n’était plus du feu qui coulait dans ses veines, mais de la glace.

— Aeron ? s’inquiéta Olivia.

Il avait ralenti et avançait, trébuchant, luttant contre la léthargie qui l’envahissait.

— Fouille dans ma poche arrière de pantalon, murmura-t-il. Prends mon téléphone.

Il ne se sentait plus la force de transporter les deux femmes jusqu’au château.

— Qu’est-ce qui t’arrive ? demanda Olivia tout en s’emparant du téléphone. C’est à cause de ta blessure ? Tu avais dit que ce n’était pas grave.

Il ne répondit pas et ne chercha pas non plus à la rassurer. Il n’aurait pas su quoi dire. Jamais une simple balle ne l’avait mis dans un tel état.

— Tu sais envoyer un message ? demanda-t-il.

— Non. J’ai déjà vu faire les humains, mais je n’ai jamais essayé.

Et appeler ?

Ils voyaient enfin le bout du tunnel et une faible lueur parvenait jusqu’à eux. Il était à présent en sueur, mais cela ne l’empêchait pas de claquer des dents. Ses mouvements étaient de plus en plus ralentis.

— Non, dit-elle. Je suis vraiment désolée.

S’il déposait Scarlet pour envoyer un message, il ne serait plus capable de la soulever. Catastrophe.

Il se demanda si les chasseurs avaient glissé quelque chose dans cette balle – un poison, peut-être… Ou bien, tout simplement, il était encore fragilisé par sa dernière et sanglante bataille. Il opta pour la seconde hypothèse.

Une fois dehors – enfin –, il vérifia du regard qu’aucun chasseur ne faisait le guet dans les parages. Il ne repéra pas de chasseurs, mais sa vision étant de plus en plus floue, cela ne le rassura qu’à moitié et il demeura sur ses gardes.

Pas question en tout cas de voler jusqu’au château : cela, c’était une certitude. Il fouilla de nouveau les alentours, cette fois pour chercher une cachette. Là, à quelques mètres devant eux, il repéra une pierre tombale particulièrement fleurie dont le feuillage pouvait servir d’abri.

— Par là, dit-il en se remettant en avancer.

Olivia le prit par la taille pour le soutenir.

— Appuie-toi sur moi, dit-elle.

Il était gêné d’avoir besoin de son aide, mais il s’appuya tout de même.

— Merci, murmura-t-il.

Il voulut déposer Scarlet, mais ses genoux le trahirent et il s’effondra avec elle, sur elle. Elle n’eut aucune réaction, pas même un soupir.

Colère non plus ne réagit pas. Il était maintenant étrangement silencieux.

Aeron se laissa rouler sur le côté, tandis qu’Olivia arrangeait la végétation autour d’eux pour qu’elle leur serve de paravent.

— C’est bien, parvint-il à murmurer.

Elle le remercia d’un sourire qui exprimait tout son courage et sa volonté – sourire qui donna un coup supplémentaire à son pauvre cœur. Etait-il en train de rêver, ou bien des papillons s’étaient-ils mis à voleter près d’elle ? Des écureuils s’étaient rassemblés à ses pieds… Des oiseaux picoraient le sol à quelques centimètres d’elle…

Il avait probablement des hallucinations, ce qui signifiait que son état s’était encore aggravé.

Incapable de lire des chiffres sur un clavier de téléphone, il dicta le numéro à Olivia.

— Ça sonne, dit-elle.

Il lui fit signe d’approcher le téléphone de son oreille.

— Torin, dit-il. Localise mon téléphone et envoie quelqu’un pour nous… chercher.

Il n’entendit pas la réponse. Une obscurité aussi profonde que celle de la crypte l’enveloppa. Et, cette fois, il l’accueillit presque avec reconnaissance.

Le guerrier des ténèbres
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