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Il faudrait à présent non plus deux mais trois volumes à ce livre pour raconter en détail le long voyage que firent Andreas, Robin et Aalis pour retourner au royaume de France, et comme il n’est toujours pas dans notre intention de lasser notre lecteur plus que de raison, nous dirons simplement qu’ils ne rentrèrent point par le même chemin qu’ils avaient pris à l’aller, puisque d’Alexandrie ils partirent en bateau pour Athènes, puis d’Athènes ils embarquèrent pour Syracuse, et de Syracuse pour Marseille, où ils arrivèrent un peu avant deux mois.

Pendant cette longue navigation, n’oubliant pas les paroles du frère bibliothécaire, Andreas s’efforça de ne jamais ouvrir le précieux étui qu’il portait sur lui en toutes circonstances, et ce fut pour lui une grande épreuve, car l’envie, à l’évidence, était très grande. Le soir, parfois, il posait le long cylindre devant lui, et il restait un long moment à le regarder en silence, comme s’il avait pu percer ses mystères simplement de cette façon. Quand les deux jeunes gens lui demandaient s’il avait enfin regardé le papyrus, toujours il répondait : « L’heure n’est pas encore venue. »

Si l’Apothicaire se montra pendant toute cette traversée plus taciturne et songeur encore qu’il ne l’avait jamais été, il n’en fut pas de même pour Robin et Aalis qui, bien qu’ils ne le consommassent point encore, construisirent, sans se le dire, les premières fondations d’un amour naissant. Aalis termina sa statuette et l’offrit cérémonieusement au garçon. Et pour tout dire, ces jeux courtois, de plus en plus évidents, agaçaient Andreas, qui ne manquait jamais de les mettre mal à leur aise en lançant ici et là un : « Il serait peut-être temps que vous deux vous emboîtiez pour de bon », un « Ne me dites pas que vous attendez le mariage ! », ou un « Je vais finir par croire que vous ne savez pas comment vous y prendre, et s’il le faut, je veux bien me dévouer à vous montrer »…

Malgré les humeurs d’Andreas, cette drôle de compagnie s’amusa quelques fois, car il y avait désormais entre les trois voyageurs des liens si solides qu’aucune force, fût-elle surnaturelle, n’eût su les dénouer. Quand ils étaient ensemble, c’était comme s’ils étaient seuls au monde, car personne sur terre n’eût pu comprendre ni même deviner la puissance de leur attachement.

Depuis Marseille ils reprirent les routes de France, et ils perpétuèrent cette habitude de ne prendre que deux chevaux, les deux jeunes gens montant le même, comme de bien entendu.

Ainsi, après une longue chevauchée pendant laquelle il leur arriva encore moult aventures que nous conterons peut-être un autre jour ailleurs, au milieu du mois de septembre de l’année 1313, nos trois aventuriers étaient en cette région que l’on appelle la Beauce, qui est au sud-ouest de Paris, et alors Andreas s’enferma peu à peu dans un mutisme dont la profondeur finit par inquiéter ses compagnons, jusqu’à ce qu’un jour, enfin, il ouvrît la bouche, mais ce fut seulement pour leur dire :

— Ce soir, mes enfants, nous arriverons à Étampes, où je dois tenir une promesse que j’y fis il y a très exactement sept mois.

Puis il s’effaça de nouveau dans son silence jusqu’à leur entrée dans la ville. Là, ils prirent une chambre à l’hôpital Saint-Antoine, et c’est en retrouvant ces lieux où ils avaient déjà séjourné que Robin comprit ce que son maître voulait y faire. Dès lors, il témoigna à l’Apothicaire une douce bienveillance et l’aida à accomplir son dessein.

Le père Gineste, qui dirigeait toujours les lieux, manifesta une authentique joie à les revoir et leur offrit sa plus belle chambre, au sommet du bâtiment.

— Alors, ce pèlerinage ? demanda-t-il. Vous a-t-il comblés ?

— Bien plus que nous ne saurions vous le dire, mon père ! répondit Andreas amusé.

La nuit n’était pas encore tombée quand ils se rendirent tous trois à la prévôté où ils demandèrent à être reçus par un lieutenant. Celui-là les fit attendre longuement, comme cela se fait beaucoup au royaume de France dès lors qu’on a affaire à l’administration.

Quand enfin ledit lieutenant daigna les recevoir, Andreas – bien qu’il y eût peu de chance que l’ordonnance royale demandant son arrestation fût encore d’actualité – se présenta de nouveau sous le nom de Thomas Roquesec.

— Et quelle urgence y a-t-il à me voir, à une heure aussi tardive ? demanda l’antipathique préposé.

— Nous cherchons quelque information au sujet d’une femme qui fut assassinée dans les rues d’Étampes le douzième jour de mars dernier.

— Je me souviens de cette histoire. Et alors ?

— Nous aimerions savoir si elle a été enterrée.

Le lieutenant sembla trouver la chose amusante.

— Enterrée ? Puis-je savoir quel lien vous avez avec cette femme ? demanda-t-il d’un air presque moqueur.

— Elle était ma sœur, mentit Andreas.

— Votre sœur ? Une prostituée ?

— Les prostituées n’auraient-elles point le droit d’avoir une famille ? répliqua l’Apothicaire qui commençait à s’agacer.

— Si, si, bien sûr…

— Alors ? A-t-elle été enterrée ?

— Les putains dont personne ne réclame la dépouille sont jetées à la fosse commune, monsieur, comme le recommandent tant la loi que les règles de l’hygiène.

La figure d’Andreas se tendit durement.

— Le fut-elle donc ?

— Assurément. Vous ne pensez tout de même pas que la ville d’Étampes allait lui offrir un caveau de marbre avec des ornements, et en épitaphe : « Ci-gît une pute » ?

L’Apothicaire lutta pour conserver son calme.

— Puis-je savoir dans quelle fosse ?

— Mon pauvre ami ! Je ne m’en souviens plus !

— Eh bien, cherchez, s’il vous plaît !

Le lieutenant poussa un soupir d’exaspération puis, dévisageant longuement Andreas, il dut lire sur la figure de celui-ci une détermination et une animosité si grandes qu’il finit par se lever et dire, d’un air las :

— Soit ! Je vais aller voir dans les archives !

Il revint quelques instants plus tard et leur apprit que Magdala avait été jetée le 15 mars 1313 dans la fosse commune de la collégiale Notre-Dame-du-Fort.

Ils le remercièrent sans conviction et sortirent de la prévôté pour se rendre sur-le-champ à l’église susdite où, après moult recherches, ils finirent par trouver le chanoine.

— Vous n’y pensez pas ! s’écria celui-là quand ils lui demandèrent s’ils pouvaient exhumer le corps de Magdala afin de lui offrir une sépulture digne de ce nom. La chose ne se fait que sur ordonnance du prévôt ou du bailli, et ce seulement dans le cadre d’une affaire criminelle !

— C’était bien un crime ! argua Andreas.

— L’affaire est close, répliqua le chanoine.

Ils eurent beau insister et parlementer, le religieux campa sur sa position : non seulement il ne les laisserait pas exhumer son corps, mais il n’était pas disposé non plus à offrir à une ancienne prostituée une tombe en son joli cimetière !

Il fallut toute la pondération de Robin et d’Aalis pour éviter la catastrophe quand, n’y tenant plus, l’Apothicaire s’apprêta à corriger vertement le chanoine à grands coups de pied subtilement placés. Andreas, comme ses compagnons le poussaient hors de l’église, ne se priva point toutefois d’affubler l’impudent d’une longue liste de noms d’oiseaux, de chapon maubec, de misérable salaud, de ladre vert, de grippeminaud, de coquard, de catier, de musardeau, de couillon de moine ou de fot-en-cul, et d’autres épithètes encore, que rigoureusement la morale nous interdit de dire ici. L’esclandre fut si grand, même, qu’il attira passants et paroissiens sur le parvis de la collégiale, certains hilares, d’autres outrés, et l’Apothicaire ne décoléra point que ses amis ne l’eussent ramené de force à l’hôpital Saint-Antoine, où il noya sa colère tout le soir dans le diacode et le vin.

Le lendemain matin, quand ils sortirent au dehors dans l’idée d’aller se plaindre auprès du prévôt, sans grand espoir toutefois, ils tombèrent nez à nez avec une vieille femme qui semblait les avoir attendus aux portes de l’hôpital.

Andreas, dont on sait qu’il avait bonne mémoire, reconnut aussitôt sa figure : c’était la Mère du quartier des fillettes, à laquelle Magdala avait demandé leur direction, et qui les avait ensuite assistés dans leur fuite quand les Mal’achim les avaient retrouvés.

— Salut les bourgeois ! les héla-t-elle depuis le petit banc de pierre où elle était assise.

— Qu’est-ce que tu veux ? demanda Andreas, auquel les excès de la veille avaient laissé une méchante douleur au crâne qui n’améliorait guère une humeur déjà bien entamée.

— Alors comme ça, on emmerde les curés ?

— Ce sont plutôt eux qui nous emmerdent ! répliqua l’Apothicaire.

La vieille femme sourit, de son sourire sans dents, et son visage brûlé de soleil s’illumina d’une façon qui la rendait presque belle, comme assurément elle l’avait été par le passé.

— Y paraît que vous voulez déterrer une fillette ?

— Elle n’était pas seulement une fillette, corrigea Andreas, elle était notre amie.

— Je me souviens d’elle. Magdala la Ponante qu’elle m’avait dit qu’elle s’appelait.

Andreas hocha la tête.

— Oui. C’était elle. Et c’était une femme extraordinaire.

La vieille femme le dévisagea longuement, sembla le jauger, puis, prise d’un étrange pressentiment, elle lui demanda :

— Et toi, le biffard, comment que c’est, ton nom ?

L’Apothicaire hésita à donner son véritable patronyme. Malheureusement, soit qu’il eût encore peur d’être recherché et qu’on les entendît, soit qu’il se méfiât d’un piège qu’on lui eût tendu en payant la catin, il y renonça finalement (nous disons malheureusement car, le lecteur l’aura compris, eût-il donné son vrai nom, la vieille Izia eût d’emblée reconnu celui dont Charles de Valois avait dit qu’il était son fils) :

— Je m’appelle Thomas Roquesec.

La Mère inclina la tête, avec une espèce d’air déçu puis, se levant, elle vint se placer juste devant Andreas, comme pour lui signifier qu’elle lui parlait en confidence :

— Si tu veux, on peut t’aider à la déplanquer, ta belle. C’est pas des manières de balanstiquer une brave femme à la fosse comme si que c’était la dernière des salopes.

Andreas haussa les sourcils et jeta un regard à ses deux compagnons, comme s’il cherchait leur avis.

— Et comment pourriez-vous nous aider ? demanda-t-il.

— C’est pas besoin d’être une grande cabèce pour savoir comment qu’on déplanque un cadavre, mon mignon ! Y faut des bras et des pelles.

— Les chanoines ne nous laisseront jamais faire !

— Qu’ils y viennent, ces baltringues ! rétorqua Izia.

Un sourire inespéré se dessina enfin sur le visage de l’Apothicaire. Il y avait quelque chose qui lui plaisait chez cette vieille femme, peut-être parce qu’elle lui rappelait justement Magdala… ou peut-être pour cette autre raison que le lecteur connaît, mais dont Andreas, lui, ne pouvait se douter.

— Ramenez-vous donc ce soir, quand le soleil se couche, à la fosse commune, et je vous promets qu’on réparera l’affront que lui ont fait ces entrouducutés.

Saint-Loup acquiesça, puis il regarda la Mère s’en aller sans dire un mot de plus. Toute prostituée qu’elle était, si vert fût son langage, il songea sur l’instant qu’elle avait un chien extraordinaire.

— Je suppose qu’on ne va plus voir le prévôt ? demanda Aalis tout sourire.

— Qu’il crève la bouche ouverte, répondit Andreas.

Et ainsi, le soir, à l’heure dite, Andreas, Robin et Aalis se présentèrent derrière le cimetière de la collégiale Notre-Dame-du-Fort, où était l’une des plus grandes fosses communes de la ville.

Lors, dans la pénombre, bien qu’ils s’y fussent préparés, ils eurent la surprise de voir non pas deux ou trois catins, mais une belle douzaine, allant de la plus jeune à la plus âgée, de la plus belle à la plus vilaine, et toutes étaient assemblées autour de la Mère, et certaines avaient même déjà en mains qui une pelle, qui une pioche, qui une fourche. Dans l’obscurité, on eût dit une troupe de paysans attendant le départ au matin des vendanges. Sur une charrette, elles avaient amené un cercueil, et en le voyant Andreas éprouva une vive émotion, non pas seulement parce qu’il avait le sentiment d’y voir déjà le corps de Magdala, mais parce qu’il était touché par l’attention de toutes ces femmes qui, pourtant, ne l’avaient pas connue. C’était une belle inspiration que de voir ces fillettes honorer la mémoire de l’une d’elles, par la plus authentique des compassions, celle qui ne calcule pas, et il pensa qu’il était peu de métiers où l’on pouvait trouver fraternité si belle.

— C’est qu’il est joli garçon, le crâne d’œuf ! s’écria l’une d’elles en le voyant arriver, déclenchant alors une salve d’approbations dans ses rangs.

— Et le rouquin, il est pas vilain non plus ! lança une autre.

— Vos gueules les ponifles ! intervint Izia. On n’est pas là pour esganacer.

Puis, s’avançant lentement vers Andreas et ses deux compagnons :

— Alors, on creuse ?

L’Apothicaire, ému, hocha doucement la tête et lors tout le monde se mit à l’œuvre dans l’ombre de la haute église.

Les tranchées de la fosse commune, qui étaient d’une largeur de six à sept pieds et d’une profondeur de douze à quinze, étaient comblées de terre dès que le lit de cadavres avait rempli toute la longueur, et s’il n’y avait aucun moyen de savoir dans laquelle le corps de Magdala avait été jeté, on pouvait toutefois estimer l’époque à laquelle chacune d’entre elles remontait en observant la consistance de la terre au sommet.

Partant, Andreas, qui connaissait mieux ce genre de choses, désigna celle des tranchées par laquelle il voulait qu’on commençât. Aussitôt, les femmes se mirent à creuser, et Robin et Aalis se joignirent à elles sans hésiter.

L’Apothicaire, en homme prévoyant, n’était pas venu les mains vides, et quand ils arrivèrent à la profondeur où apparurent les premiers cadavres, il distribua des petits bouts d’étoffe imbibés de vinaigre et recommanda à ces fossoyeurs fortuits de s’en couvrir la bouche et le nez afin de se préserver des effets nuisibles que produisent les exhalaisons qui s’élèvent d’un amas de corps en putréfaction. Pareillement, de temps en temps, il arrosait lui-même la fosse avec deux ou trois onces d’une dissolution de chlorure de chaux qu’il avait soigneusement préparée.

Quand la première tranchée fut assez dégagée, la Mère s’approcha d’Andreas et, posant une main sur son épaule :

— Je suis désolée, mon ami, mais tu es le mieux placé pour identifier la Ponante. Il faut que tu mettes les mains dans cette merde.

Andreas, le visage livide, opina du chef et commença ses recherches.

Les cadavres, enfermés pour la plupart dans de grands sacs de toile épaisse, étaient séparés par de vulgaires planches de bois. Parfois, il y en avait deux dans la même cellule, et alors les chairs se mêlaient et les ossements se confondaient, ce qui rendait plus difficile l’identification.

D’une main, l’Apothicaire tenait un mouchoir imbibé contre son visage, et de l’autre il s’efforçait d’ouvrir les sacs un à un. Plusieurs fois, assailli par les morbides effluves, il crut qu’il allait défaillir, mais sa détermination était si grande que, le front dégoulinant de sueur, il s’entêta.

Les cadavres les plus récents étaient couverts d’insectes nécrophages, d’asticots et de larves, et c’était une chose épouvantable que de voir ces viles bestioles glisser le long de la chair gâtée ou sortir lentement des orbites. De même, les corps dont la putréfaction ne datait que d’un ou deux mois, et dont la peau devenait noirâtre, avaient l’odeur la plus forte et la plus désagréable. Heureusement, Andreas s’en détournait rapidement, car ils n’étaient pas assez anciens pour correspondre à celui qu’il cherchait.

Soudain, alors qu’il en était au milieu de la tranchée, des bruits de pas s’élevèrent derrière l’église.

— On vient ! s’exclama une putain.

Andreas se redressa et la Mère lui fit signe de sortir du charnier.

Au coin de la rue, de l’autre côté du cimetière, ils virent alors apparaître une petite dizaine d’hommes, au nombre desquels étaient le chanoine et le lieutenant de la prévôté.

— Au nom du roi ! s’exclama ce dernier comme ils arrivaient, moult agités. Cessez sur l’instant ce sacrilège !

— Au nom de Dieu ! surenchérit le chanoine.

Et bientôt, d’autres habitants de la ville, attirés par la rumeur, s’amassèrent derrière eux, et non plus seulement des hommes, mais des femmes aussi, et tous conspuaient les profanateurs de plus en plus vivement.

— C’est une honte ! criaient les uns.

— Qu’on la laisse pourrir là, la putain ! cria un autre.

— Hérésie ! lança un autre encore.

La foule, de plus en plus nombreuse, et de plus en plus sotte, semblait prête à en arriver aux mains quand, soudain, la vieille Izia, montée sur la charrette, la harangua à son tour, et dans cette position elle ressemblait à un crieur public de la Rome antique.

— Dites donc, bande de tocards ! hurla-t-elle de sa voix rauque mais puissante. Passez votre chemin et laissez-nous terminer notre besogne pénards ! Le premier qui nous la coure, je balance les noms de tous les goitreux que je vois ici et à qui j’ai léché la pine ! Et je peux déjà vous dire que dans la bande y’a des hommes mariés, des gens d’épée et des gens de robe ! Quant aux demoiselles, j’en connais une ou deux parmi vous qui n’ont pas baisé que leur mari et qui feraient mieux de se tenir à carrette !

Le silence, aussitôt, s’abattit sur cette pitoyable assemblée.

Andreas, voyant l’étonnante et redoutable efficacité de ce discours bien senti, retrouva une sorte de sourire.

— Cette femme, elle mérite une sépulture au moins autant que tous les enfilés que vous êtes ! reprit Izia. Mais vous morfillez pas le dardan : on va pas la terrer dans votre belle église, de peur que vos aïeux ne ressortent de leur tombe le braquemart à la main pour aller se faire boire au goulot par leur nouvelle voisine ! Allez ! Décanillez !

Il y eut quelques protestations dans la foule, surtout chez les femmes, mais petit à petit elle se dispersa. Le chanoine et le lieutenant de la prévôté, quant à eux, avaient depuis longtemps disparu.

La vieille femme redescendit de la charrette sous les rires des fillettes.

— Allez ! dit-elle. On n’est pas là pour jouer aux quilles.

Andreas, ragaillardi par le spectacle, reprit ses recherches, mais bientôt il retrouva sa mine grave devant la rudesse de sa tâche.

Le spectacle de cet homme immergé dans un océan pestilentiel de corps décharnés était si horrible à voir que Robin et Aalis se demandaient comment il pouvait y parvenir. C’est une chose que d’exhumer un corps quand on le fait par profession, c’en est une autre quand on le fait pour trouver la dépouille d’un être cher, et il fallut à Andreas un immense courage pour ne pas abandonner.

Chaque fois que, la main tremblante, il ouvrait un nouveau sac, il était un peu plus accablé. Puis quand il trouvait la confirmation que ce nouveau cadavre n’était pas celui de Magdala, il fermait les yeux et cherchait au plus profond de son âme la force de continuer.

Aux deux tiers de la fosse, dans l’un des sacs, il trouva le corps d’une femme dont le visage était si mutilé par la putréfaction qu’il eut d’abord quelque doute… Son cœur s’accéléra, sa mâchoire se serra, mais bientôt, en inspectant mieux la défunte, il fut à peu près certain que ce n’était pas elle. Il étudia encore cinq ou six autres macchabées avant de décréter que son amie n’était pas dans cette tranchée-là.

S’extirpant péniblement du gouffre il s’écarta et se laissa tomber au sol, s’adossant à un arbre un peu plus loin, pendant que les fillettes comblaient de nouveau la tranchée, puis creusaient la seconde.

Dans sa vie d’apothicaire, Andreas avait eu maintes fois l’occasion d’étudier des cadavres ; il avait aussi assisté à nombreuses dissections pratiquées post-mortem par des confrères médecins, et parfois il y avait même participé. Mais plonger dans cet amoncellement d’os et de chair était une chose à laquelle rien ne l’avait préparé.

Quand la deuxième fosse fut mise au jour, Robin s’approcha de son maître :

— Voulez-vous que je cherche à votre place ?

Andreas, se remettant debout, secoua la tête.

— Non, mon garçon, c’est bien à moi de le faire. Je… J’en ai besoin.

Et alors il recommença son abominable exploration. Ses mains plongèrent au milieu des morts entourés de chaux, soulevèrent des squelettes, glissèrent sur les peaux en lambeaux, et puis, enfin, alors qu’il avait déjà ouvert une dizaine de sacs, il tomba sur une dépouille qui eût pu être celle de Magdala, d’abord parce que son stade de putréfaction semblait correspondre à l’époque de sa mort – la dessiccation était presque achevée, les parties molles avaient disparu, et le cadavre n’exhalait presque plus d’odeur – et ensuite, parce que c’était indéniablement le corps d’une femme, dont les dernières traces de vêtement pouvaient ressembler à ceux qu’elle avait portés. Enfin, il y avait quelque chose dans la forme du crâne qui, sans qu’il eût pu vraiment l’expliquer, donnait à Andreas l’impression qu’il s’agissait bien d’elle.

D’instinct, sans avoir vraiment réfléchi à son acte, il ouvrit plus largement le sac et sa main glissa lentement sur le bras atrophié, comme s’il avait voulu lui tenir une dernière fois la main. Lors, sur un doigt, il trouva l’ultime confirmation dont il avait besoin : une bague en argent dont on avait enlevé le joyau. Sans doute ceux qui avaient récupéré le corps de Magdala, n’ayant pas réussi à lui enlever sa bague, plutôt que de lui couper le doigt, comme cela se fait parfois, s’étaient contentés d’en dessertir la pierre. Mais même sans son émeraude, Andreas reconnaissait le bijou : c’était celui qu’il avait pris aux coquillards qui l’avaient attaqué, à l’entrée d’Étréchy, et qu’il avait ensuite offert à son amie, comme il l’eût fait à une épouse.

Lors, Andreas sortit de la fosse en rampant, et devant tous ces yeux qui le dévisageaient, assis par terre, démuni, il se mit à pleurer en silence.

— C’est-elle, dit-il simplement en relevant son visage couvert de larmes.

Aalis aussitôt se précipita à ses côtés et le serra dans ses bras, telle une enfant son père, et les fillettes d’Étampes, refermant le sac, transportèrent dignement le corps de Magdala dans le cercueil qu’elles avaient amené.

L'Apothicaire
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