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Il faudrait sans doute à notre ouvrage un second volume pour raconter en détail ce voyage qui dura trois longs mois, mais ce n’est pas ici notre intention, ni celle de notre éditeur car, à vrai dire, il ne s’y passa pas grand-chose qui servirait précisément notre intrigue. Nous dirons donc l’essentiel, et uniquement cela, afin que le lecteur, dont nous voulons qu’il reste notre ami, puisse assembler lui-même les informations qui méritent d’être assemblées, sans que notre récit devienne indigeste.

D’abord, donc, nous dirons quelques mots de l’extraordinaire trajet que firent nos trois compagnons pour rejoindre cette contrée de mystères qu’on appelle Sinaï.

Depuis la fin du Xe siècle, la dévotion à sainte Catherine rencontrait en Occident un grand engouement, sous l’impulsion des ducs de Normandie. Aussi, la plupart des chrétiens qui se rendaient en pèlerinage à Jérusalem prolongeaient-ils celui-ci plus au sud par une visite au monastère Sainte-Catherine afin d’y recueillir, dit-on, l’huile sainte qui suintait de ses reliques, puis de se rendre au sommet du mont Sinaï et de prier dans cette grotte où Moïse lui-même eût séjourné quarante jours et quarante nuits. Partant, comme ils l’avaient fait pour rejoindre Saint-Jacques-de-Compostelle, Andreas, Robin et Aalis se mêlèrent aux pèlerins de Jérusalem qui prenaient la voie dite d’Afrique, qui était la plus pénible de toutes à raison des mers à parcourir, du manque de vivres auquel on s’y exposait et du désert qu’il fallait traverser.

Depuis la Galice, chevauchant tous les jours du matin jusqu’au soir, redoutant encore d’être poursuivis par les Mal’achim (car ils ignoraient encore que, de ces deux-là, il n’en restait plus qu’un), ils rejoignirent le sud de la péninsule ibérique. Pour ce faire ils traversèrent le Portugal par les villes de Vigo et Porto, puis l’Andalousie par Badajoz et Séville, et arrivèrent vingt-deux jours plus tard en cette région que l’on appelle Gibraltar, qui est un nom issu de l’arabe Djebel Tariq, et dont le grand rocher était considéré à l’époque antique comme l’une des deux Colonnes d’Hercule.

Là, dans ce détroit qui relie l’océan Atlantique à la mer Méditerranée, ils embarquèrent sur un bateau de pèlerins qui, longeant les dangereuses côtes septentrionales de l’Afrique, passa au sud de la Sardaigne et de la Sicile, puis au sud de la Crète jusqu’à Alexandrie.

Comme nous l’avons promis, nous passons rapidement sur les épisodes de leur navigation, les pirates par lesquels ils faillirent se faire attaquer, les tempêtes qui manquèrent de faire chavirer leur navire quand la mer devenait grosse et le vent violent, et ce mal de cœur que les deux adolescents au moins durent affronter les premiers jours. Nous passons aussi, mais à grands regrets, sur les splendeurs que leur offrit ce voyage, celles des mers d’Alborán et Tyrrhénienne, celles des plages du cap Sidi Ali el-Mekki, du volcan de l’île de Pantalarée où les peuples anciens venaient extraire l’obsidienne, de l’archipel de Malte, de l’azur immaculé de la Méditerranée, puis, enfin, du port de la capitale égyptienne, héritière d’Alexandre le Grand, surplombée par la tour de Ptolémée Philadelphe, le célèbre Pharos auquel nos phares doivent aujourd’hui leur nom.

L’arrivée à Alexandrie, au milieu d’une foule d’autres vaisseaux, fut néanmoins l’une des plus grandes sources d’émerveillement que connurent nos héros lors de ce long voyage. Le temps était splendide et l’ancienne cité, immense, s’élevant comme une île au milieu d’un océan de sable doré, étincelait sous les rayons du soleil, avec sa colonne de Pompée et son aiguille de Cléopâtre, ses minarets, ses belles maisons blanches, ses bazars, ses palmiers, ses habitants aux tuniques colorées, ses ânes courant dans l’ombre des ruelles… Malheureusement, malgré la beauté de la ville, nos héros ne devaient point y rester plus d’une journée car, comme ils n’allaient pas vraiment jusqu’à Jérusalem, ils durent changer de bateau, quitter les pèlerins pour faire une dernière traversée et rejoindre, à l’est, la côte du Sinaï, où ils arrivèrent enfin après ce long périple qui avait déjà duré plus de deux mois.

Ensuite, nous dirons quelques mots d’une découverte que fit Andreas pendant cette fabuleuse expédition car, profitant de l’oisiveté à laquelle les obligeait le bateau, il étudia de plus près le lexicon d’Avicenne, se préparant à lire le mystérieux livre dont tout laissait croire qu’il serait en cette même langue. Ainsi, pendant les longues journées en pleine mer, plutôt que de discuter avec les deux jeunes adolescents ou avec les pèlerins de Jérusalem, il se pencha doctement sur le vieux manuscrit qu’il avait emporté et s’efforça d’en comprendre chaque vocable. Ce faisant, il eut un jour une soudaine et importante révélation : la traduction que Denis de Tourville lui avait suggérée pour le titre du Shatirum lâ-mi’umma était inexacte (comme l’avait d’ailleurs laissé entendre Juan Hernández Manau). À en croire le lexicon, l’intitulé, en effet, ne signifiait pas Le Livre qui n’existe pas, mais plutôt Le Livre de ce qui n’existe pas, ou, pour employer une formulation plus simple : Le Livre du Néant.

Et la nuance était majeure.

D’abord, elle était rassurante : elle affaiblissait l’idée que le livre pût n’être qu’une légende et ne point exister. Ensuite, elle était instructive : ce titre ne définissait plus le livre en lui-même mais son sujet, à savoir le néant ou, plus exactement, ce qui n’existe pas. Assimilant ce concept à la pensée gnostique, Andreas s’aventura même à en deviner le sens. Car après tout, le gnosticisme – qui avait d’ailleurs ses racines en cet Orient vers lequel ils se dirigeaient maintenant – affirmait que les hommes étaient des âmes emprisonnées dans un monde créé par un dieu mauvais. Ainsi ce livre, peut-être, traitait du « bas monde », du monde dit physique, et qui pour les gnostiques n’était qu’une illusion produite par le démiurge, quand le vrai monde, spirituel, était ailleurs, auprès du Dieu bon. Pour certains de ces penseurs, enfin, la gnose, cette connaissance spirituelle et libératrice de la vérité cachée, eût été donnée à Moïse par le vrai Dieu lors de l’épisode… du Buisson ardent. Le fait que le livre gnostique, supposé antérieur, se fût à présent trouvé là était peut-être une coïncidence, mais plus probablement un choix symbolique. Ou bien ce lieu possédait quelque qualité favorable aux grandes révélations…

Ainsi Andreas songea que le Shatirum lâ-mi’umma se pût être une sorte de manuel gnostique, un codex offrant la gnose à celui qui était digne de la recevoir, lui proposant la délivrance du monde artificiel et sa remontée vers les sphères célestes. À porter quelque crédit à cette théorie, cela eût pu expliquer que quiconque lisait et comprenait ce livre… disparaissait du monde physique pour rejoindre le monde spirituel (et du même coup, disparaissait de la mémoire des hommes emprisonnés dans le bas monde).

Bien sûr, Andreas peinait à y croire, mais au moins avait-il l’impression de mieux comprendre la légende, celle à laquelle semblaient adhérer les maîtres de la schola gnosticos qu’il avait rencontrés.

Pour eux, ainsi étaient les faits : Andreas avait rencontré à Saint-Jacques-de-Compostelle une personne, qui semblait être une femme, une femme extraordinaire, qui n’était pas seulement apothicaire, mais aussi maîtresse de cette école gnostique. Cette femme, Andreas doutait de jamais savoir qui elle fut vraiment, et la chose l’attristait grandement – à moins qu’il n’en trouve la trace en trouvant le livre… Toujours était-il qu’à ses côtés, il était devenu l’apothicaire que l’on sait, brillant, habile, érudit. Puis, comme l’avait dit Juan Hernández Manau, cette femme était partie pendant sept ans, laissant Saint-Loup s’occuper seul de l’apothicairerie ; puis un jour elle était revenue, avec le livre. Pour une raison qu’Andreas ne pouvait s’expliquer, quand celui-ci décida de rentrer à Paris, elle l’accompagna. Elle emménagea avec lui dans sa maison de la rue Saint-Denis, mais dans une chambre séparée (ce qui laissait supposer qu’elle n’avait pas été son amante ou sa femme). Et puis un jour – neuf ans plus tard ! – elle avait fini et compris le livre, et alors elle avait disparu du monde réel comme des souvenirs de ceux qui l’habitaient encore.

Telle était visiblement la thèse des gnostiques.

Il restait toutefois pour Andreas plusieurs mystères inexpliqués. Par exemple : pourquoi cette femme avait-elle mis si longtemps à lire le livre, une fois rentrée à Paris ? Avait-elle attendu avant que de s’y plonger ? Et ensuite, plus déroutant encore : si vraiment elle avait trouvé le livre, se pouvait-il que celui-ci fût maintenant au monastère ? N’avait-il pas disparu avec elle ? Quelqu’un l’avait-il ramené ? Ou bien n’avait-elle pris qu’une copie ?

Andreas, malgré l’esprit scientifique qu’on lui connaît, et malgré ces questions qui restaient sans réponse, devait bien reconnaître que cette histoire troublante entrait en résonance avec les faits dont il avait été témoin de première main. Pourtant, il ne pouvait s’y résoudre entièrement, et à présent il n’avait plus qu’une seule envie : trouver le livre à son tour. Le trouver et le lire. Car ainsi, il saurait. Une bonne fois pour toutes. Peut-être découvrirait-il une tout autre histoire. Peut-être confirmerait-il la thèse des gnostiques. Peut-être découvrirait-il qui était cette femme. Mais au fond, pour lui, une seule chose comptait, comme toujours : la vérité.

Enfin, pour conclure ce chapitre, nous devons dire quelques mots d’Aalis et Robin. Après les événements terribles qu’ils avaient vécus à Compostelle (et dont, comme ils en étaient convenus, ils ne parlèrent jamais à Andreas), leur relation avait beaucoup évolué. Ils avaient bâti ensemble une complicité nouvelle et se parlaient désormais avec beaucoup de tendresse, partageaient des secrets, riaient d’une même voix et parfois même aux dépens de l’Apothicaire. Sur le bateau on les voyait discuter tout bas jusque tard dans la nuit, et ils se livrèrent l’un à l’autre avec bien plus de franchise qu’ils n’en avaient jamais offert à personne. Pourtant, quand bien même Robin eût plusieurs fois manifesté à la jeune fille son désir de franchir un autre pas (celui de l’amour, le lecteur l’aura compris), celle-ci s’y refusait toujours. Le regard qu’elle portait sur l’Apothicaire n’avait pas beaucoup changé, il était encore confus et ambigu, et c’était comme si l’admiration qu’elle vouait au pharmacien l’empêchait encore de se donner à Robin. Cela, toutefois, ne les empêcha pas de devenir les meilleurs amis du monde, mais n’y a-t-il rien de plus triste que de recevoir de l’amitié là où vous attendez de l’amour ?

Ainsi le jeune apprenti, quoiqu’il fût des plus adroits à masquer sa peine, se laissa ronger par une affliction grandissante, car plus leur amitié croissait, plus son espoir de devenir un jour l’amant d’Aalis diminuait, et pourtant il était contraint de s’en contenter. Pis : pour ne pas la heurter, il devait même faire mine de s’en réjouir.

L'Apothicaire
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