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Quand Robin et Aalis se présentèrent à leur tour devant le palais de Gelmírez, Andreas n’y était pas (il était déjà à l’intérieur des murs pour suivre son plan diabolique), mais l’apprenti remarqua rapidement le signe que son maître avait laissé sur le mur.
— Il est venu ici ! s’exclama le rouquin en désignant le caducée. Et s’il nous a laissé un signe, c’est pour nous le faire savoir, et nous dire sans doute que ceci reste notre point de rendez-vous.
— Alors attendons-le !
Et c’est ce qu’ils firent toute la matinée mais, évidemment, l’Apothicaire n’apparut guère.
— Cela devient dangereux de rester ici, en plein jour, dit Aalis.
— Mais si nous partons, nous risquons de le rater de nouveau, et il ne saura pas que nous sommes venus.
— Nous pourrions lui laisser un signe à notre tour, suggéra la jeune fille.
— C’est une bonne idée.
— Mais quoi ?
Robin réfléchit.
— Eh bien, toi qui es si douée pour la sculpture, saurais-tu graver un moissonneur ?
— Bien sûr, mais pourquoi ?
— C’est l’origine de mon nom : Meissonnier.
— Tu penses qu’il comprendra ?
— Évidemment !
La jeune fille acquiesça et, au pied du mur, se cachant derrière Robin qui faisait le guet, elle grava la silhouette d’un homme coupant les blés avec une faux.
Puis ils décidèrent de retourner dans l’hórreo où ils avaient passé la nuit. Là, ils firent passer le temps en discutant, apprenant encore à mieux se connaître, et la jeune Occitane s’occupa à sculpter de nouvelles statuettes sous le regard admiratif de l’apprenti.
Voici, toutefois, ce que nos deux adolescents ignoraient : de l’autre côté de la place du Palais, les deux Mal’achim, qui avaient quitté leurs chevaux, avaient assisté à toute la scène.
— Suivons-les ! avait grogné Suryan.
— Oui. Mais restons cachés. Si nous leur tombons dessus maintenant, ils ne parleront pas. Attendons plutôt qu’ils retrouvent leur maître.
Ainsi, les deux cavaliers noirs restèrent tout le jour à les épier dans leur grenier de bois.