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C’est en ce moment où Andreas se référait doctement à Socrate – encore qu’on eût pu lui reprocher de l’avoir fait en latin plutôt qu’en grec – que Robin et Aalis arrivèrent en vue du palais de Gelmírez, où ils espéraient le retrouver.
Le soir commençait à tomber, et la pluie n’avait pas cessé de le faire.
— Il a simplement dit de l’attendre ici ? demanda Aalis d’un air agacé.
— Oui.
— J’espère qu’il ne va pas être trop long !
Aussitôt qu’Aalis eut fini sa phrase, Robin lui donna un violent coup sur l’épaule qui la fit trébucher en arrière, et alors il l’emmena avec lui derrière l’un des grands chênes qui poussaient sur la grand’place.
— Qu’est-ce qui te prend ? hurla la jeune fille, qui était prête à en découdre.
— Regarde ! répliqua le rouquin tout bas, en pointant du doigt vers le Palais. Ils sont là !
La jeune fille les vit aussitôt, les deux cavaliers noirs, montés sur leurs puissants chevaux.
— Mon Dieu ! lâcha-t-elle d’une voix tremblante. Qu’allons-nous faire ?
Plaqué derrière l’arbre, Robin ferma les yeux d’un air désespéré. Il se passait exactement ce qu’il avait redouté en voyant partir son maître.
— Si nous fuyons, nous risquons de rater Andreas et, partant, de ne pas pouvoir le prévenir qu’ils sont encore là.
Aalis leva la tête.
— Nous n’avons qu’à monter dans l’un des clochers de la cathédrale, proposa-t-elle. De là, nous pourrons les surveiller eux, et le voir arriver lui.
— L’idée n’est pas mauvaise, concéda l’apprenti. Quelque chose me dit, en outre, qu’ils n’oseront pas y entrer. Allons-y !
L’un derrière l’autre, ils durent faire le tour de la grand’place par le sud, tapis dans les ombres, pour ne pas se mettre en vue de leurs deux ennemis.
Après moult frayeurs, ils parvinrent enfin devant le triple portail du porche de la Gloire, à l’incroyable statuaire. Avec une sage discrétion, ils se glissèrent parmi les pèlerins, puis filèrent sur la gauche, ouvrirent une porte de bois qui n’aurait point dû l’être et montèrent rapidement l’escalier jusqu’au sommet de la tour qui surplombe le palais de Gelmírez, et qui est celle qui ne renferme point de cloches. Là, ils se hissèrent sur une plate-forme dont les quatre murs étaient percés de deux grandes ouvertures chacun, et par celles qui donnaient sur la grand’place ils virent les deux cavaliers s’éloigner lentement.
— Bon débarras, murmura Aalis.
— Ne te réjouis pas trop vite.
Pour ne prendre aucun risque, ils décidèrent de rester là tant qu’Andreas ne serait pas réapparu et, aussi bien, ils attendirent fort longtemps.